Salut les gens,

Voici un nouveau chapitre. (C'est l'évidence même...hum...)

L'arrivé au Square Grimmaud, et une entrevue avec Snape... Il y en aura d'autres, ne vous inquiétez pas ;)

Je vous remercie grandement pour tous vos messages !

Bonne lecture.

Bye :)

PS : Merci à Yelle80 pour la correction.


Chapitre 5

-« Je vous prie de m'excuser mes enfants mais le devoir m'appelle. Harry, je suis heureux de t'avoir vu. » Déclara Dumbledore tout en serrant l'épaule du Griyffondor dans un geste d'affection.

Harry lui offrit un sourire en guise de réponse bien qu'il soit un peu attristé du départ du Directeur. Le vieil homme ne semblait pas vouloir s'attarder alors que cela faisait près d'un mois qu'Harry ne l'avait pas vu. Il eut un petit pincement au cœur qu'il refoula rapidement.

Mrs Weasley lui proposa de s'asseoir autour de la table, ce qu'il fit de bonne grâce, imité par le reste du petit monde. Sirius s'assit à sa droite tandis que Ron prenait place à sa gauche, visiblement ravi de retrouver son meilleur ami. Hermione s'assit face à lui, lui offrant un sourire éclatant, tandis que Madame Weasley s'activait aux fourneaux pour leur préparer un copieux petit déjeuner. Rapidement, une agréable odeur de bacon grillé envahi la pièce.

-« Où sommes-nous Sirius ? »

Cette question lui brûlait les lèvres depuis son arrivée. Il n'avait pas osé questionner Snape étant donné la tension qui régnait entre eux depuis leur départ de Privet Drive. Un frisson lui parcouru l'échine à ce souvenir.

-« Chez moi. » Répondit son parrain d'un ton amer qui surprit le jeune homme. « C'est la Maison Familiale des Black. J'ai proposé à Dumbledore d'en faire le QG de l'Ordre du Phœnix depuis le retour de Tu-sais-qui… »

-« L'Ordre du Phœnix ? » releva-t-il avec un froncement de sourcils.

-« C'est une organisation secrète que le Professeur Dumbledore a fondé durant la première Guerre. Elle réunit tous ceux qui combattent Voldemort, et depuis sa résurrection en Juin, le Directeur a décidé de reformer l'Ordre. » Expliqua Hermione de ce ton professorale qui la caractérisait si bien.

-« Oh… » Lâcha Harry, surpris. « Vous ne pouviez pas me le dire dans une lettre ? » Il fit de son mieux pour que son ton ne soit pas accusateur mais étant donné les expressions de ses amis, il dut admettre qu'il avait lamentablement échoué.

Un silence gêné suivi sa question et tous échangèrent un regard équivoque.

-« Comment t'es tu fais ça ? » Esquiva Sirius en désignant sa lèvre fendue. La subtilité de son parrain fit lever les yeux au ciel au jeune homme.

-«Oh c'est rien… » Se déroba le Gryffondor un peu mal à l'aise. « Réponds moi s'il te plaît Sirius. Pourquoi m'avez vous laissé à l'écart pendant près d'un mois ? »

-«Eh bien… » Il jeta un regard à Ron et Hermione avant de prendre une inspiration décidé. « Ce n'est pas qu'on ne voulait pas te le dire… mais Dumbledore nous a interdit de t'informer de quoi que ce soit… »

-« Pardon ? » Siffla-t-il, furieux.

-« Il avait peur que les lettres se perdent et tombent dans de mauvaises mains. J'aurais aimé venir te chercher dès le premier juillet chez tes moldus, crois moi, mais Dumbledore disait que tu serais bien plus en sécurité chez ta tante grâce à la protection du sang… Ou quelque chose comme ça… » Se justifia Sirius d'un ton clairement embarrassé. Pour faire bonne mesure, il passa son bras au travers des épaules de son filleul.

Celui-ci se détendit légèrement, essayant de se convaincre que le Directeur devait avoir ses raisons. Il se mordilla la lèvre pour faire passer son mécontentement et retint un gémissement douloureux quand il manqua de s'ouvrir un peu plus sa lèvre fendu.

-« Mais pourquoi être venu me chercher maintenant ? Et pourquoi Snape ? » Il fit de son mieux pour ignorer le tremblement dans sa voix.

-« Le professeur Snape, mon chéri. » Le reprit gentiment Mrs Weasley avant de retourner à la préparation de son omelette.

Seul le reniflement moqueur de l'Animagus lui répondit.

-« A vrai dire on sait pas trop…» Expliqua Ron tout en échangeant un regard avec Hermione mais celle-ci haussa les épaules, signe de son ignorance. « Dumby est arrivé tout énervé hier soir, il était près de minuit mais on dormait pas encore et il nous a annoncé que Snape arriverait avec toi le lendemain matin. »

Harry fronça les sourcils face à cette explication quelque peu bancale.

-« Ronald ! » gronda Mrs Weasley. « Surveille un peu ton langage, tâche de montrer plus de respect envers tes professeurs ! »

-« Oui maman. » répondit sagement le roux, un air contrit peint sur le visage. Cette image arracha un sourire à Harry. Son ami faisait un piètre acteur…

-« Où sont les jumeaux ? Et Ginny ? Il y a qui d'autre qui vit ici ? » Demanda brusquement le Survivant, étonné de voir si peu de monde. D'habitude la famille Weasley ne se séparait jamais…

-« Oh, ils dorment encore. Il est encore tôt mais voulions être là pour t'accueillir. » Elle lui offrit un sourire affectueux tout en déposant une assiette plus que rempli devant lui, assiette dont il ne mangerai pas la moitié… « Remus est parti pour quelques jours et Tonks est toujours dans leur chambre il me semble... »

-«Tonks ? Comment ça leur chambre ? » Coupa-t-il curieusement.

-« Nymphodora Tonks.» Répondit Sirius avec un petit sourire amusé. « C'est une Auror, l'apprenti de FolOeil. Et… disons que… Lunard et elle sont plus ou moins ensemble. »

Un sourire goguenard naquit sur les lèvres d'Harry en imaginant son ancien professeur de Défense Contre les Forces du Mal en couple. Il ne l'avait jamais imaginé ainsi. L'homme semblait trop…sage pour conter fleurette à une demoiselle. Il fut cependant satisfait pour lui. Le loup-garou semblait un peu trop seul à son goût et cela lui faisait mal au cœur. Il décréta qu'il aimait déjà cette Tonks si elle rendait Rémus heureux.

-« Mange mon chéri! Merlin sait que tu as besoin de grossir et vite fait ! Tu es tout maigrichon, ça ne va pas du tout… » La voix de Mrs Weasley le sortit de ses pensées. Il rougit en regardant son assiette qu'il n'avait pas encore touché, se contentant de remuer les aliments avec sa fourchette.

Les regards inquiets de ses amis et de son parrain se posèrent sur lui, réveillant sa culpabilité. Lui-même reconnaissait qu'il était rachitique. Durant le mois qui venait de s'écouler, il n'avalait qu'une demi assiette par jour et encore… Personne ne s'en souciait de toute façon.

-« Qui d'autres est là ? » demanda-t-il plus pour changer de sujet que par véritable intérêt.

-« Pour le moment il n'y a que nous… Mais dès ce soir les trois professeurs viendront s'installer ici. Dumbledore, McGonagall et…Snape. » Sirius cracha le dernier nom avec une telle haine que Harry en lâchant sa fourchette qui heurta la table dans un tintement strident.

Il fixa son parrain avec des yeux ronds.

-« Snape ? Snape vient ici ? Mais pourquoi ? »

Oh non, non, non… Ça n'allait pas du tout. Il mit rapidement ses mains sous la table lorsque des tremblements nerveux commencèrent à les agiter.

C'était une catastrophe, il avait mis l'incident avec le Maître des Potions et ses tuteurs dans un coin de son esprit. Il comptait s'y repencher plus tard, il voulait d'abord prendre le temps de profiter de ses retrouvailles avec ses proches… Mais là, avec cette nouvelle, les souvenirs lui sautèrent au visage, lui coupant brusquement le souffle…

-« Ca va Harry ? » demanda son meilleur ami, une main serrant son épaule, les sourcils froncés d'inquiétude et d'incompréhension.

-« Ouais Ron, ça va… » Il lui fit un petit sourire « Je… Salle de bain… »

-« Oh ! C'est au premier étage. »

-« Merci. » Et sans une explication de plus, il quitta la table et parti se réfugier à l'étage sous les regards perplexes de ses proches.

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-« Echec et mat ! » Déclara pompeusement Ron tout en bombant le torse.

Harry leva les yeux au ciel face au comportement puéril de son ami. C'était la cinquième partie qu'ils faisaient et c'était la cinquième fois qu'il se faisait laminer par le joueur d'échec en herbe qu'était son ami. Ce qui n'empêchait pas ce dernier d'être fier comme un coq à chacune de ses victoires. Ça lui avait terriblement manqué de ne plus jouer aux échecs avec son ami durant le mois passé mais ce n'était que maintenant qu'il le réalisait. Ils prenaient plaisir, chaque soir en rentrant des cours, à passer plusieurs heures au coin du feu à échanger une partie d'échec tandis qu'Hermione les disputait pour leur manque d'intérêt face à leur scolarité… C'étaient ces petites choses qui lui faisaient aimer la vie…

Et parce que les vieilles habitudes avaient la vie dure, les deux Gryffondors étaient actuellement assis à même le sol, devant le feu de cheminée ronflant de la bibliothèque de la Maison des Black, à partager une simple partie d'échec. Ils profitaient ainsi de leurs vacances bien méritées…

-« Arrête un peu de fanfaronner Ron! Tu sais bien que je suis nul à ce jeu ! » La réprimande aurait pu marcher si un sourire amusé n'avait pas éclot sur son visage.

-« Peut-être mon vieux mais ça n'empêche que je suis super fort et que toi t'es super nul… »

Pour toute réponse, le roux reçu un coussin en pleine tête.

-« Hé ! »

-« Un problème peut-être ? » demanda innocemment Harry.

Ron lui répondit de façon très mature en lui tirant la langue ce qui fit rire le brun.

-« Bon je vais me coucher.» Un bâillement accompagna la déclaration du roux. « Je me suis levé tôt à cause de ton arrivé de ce matin et j'ai des tonnes d'heures de sommeil à rattraper. » Le garçon se leva et se dirigea vers la porte.

-« Froussard ! » rétorqua Harry. « T'as surtout peur de mon talent aux échecs. »

Seul le rire moqueur de son ami lui répondit avant de s'éteindre quand celui-ci ferma la porte derrière lui.

Resté seul dans la bibliothèque de son parrain, Harry se perdit dans ses pensées. Son regard plongea rapidement dans les flammes qui léchaient les dernières bûches de cette fin de soirée. Il bâilla. Il était fatigué. A vrai dire, il était totalement épuisé mais il refusait d'aller se coucher dans la chambre qu'il partageait avec Ron. Il savait d'avance que ses cauchemars l'attendaient sagement sur l'oreiller et il ne voulait pas leur faire face. Oh, il était bien trop conscient qu'il allait devoir les affronter un jour ou l'autre mais plus cette date reculait mieux il irait.

Sa journée s'était relativement bien passée, si ce n'est son passage le matin même dans la salle de bain où ses nerfs avaient lâchés, bien heureusement, à l'abri des regards. Quand il était sorti quelques regards inquiets et curieux avaient accueilli ses yeux rouges mais il avait fait de son mieux pour les ignorer.

Le reste de la journée avait été agréable. Il s'était installé dans la chambre de Ron où sa valise ainsi qu'Hedwige l'attendaient sagement. Le repas du midi avait était plutôt éreintant pour Harry puisque Mrs Weasley le surveillait d'un œil acéré. Et malgré les encouragements de ses proches pour qu'il finisse son ragoût, il avait été obligé d'en laisser la moitié, se battant contre une nausée traîtresse.

Mrs Weasley avait relégué tous les enfants au nettoyage afin de pouvoir rendre la maison habitable. Apparemment, plus personne ne vivait ici depuis longtemps si ce n'est un vieil elfe complètement cinglé. C'est pourquoi Hermione, Ron, Ginny, les jumeaux et lui avaient passé tout leur après midi à tenter de se débarrasser de Doxys qui infestaient les rideaux d'un bureau vide du deuxième étage. Travail harassant et inutile selon lui. La maison était vieille, lugubre et sentait le moisi. Et de son point de vue, il aurait fallu bien plus que les sorts de nettoyage de Mrs Weasley pour la rendre agréable à vivre. La raser peut-être…

Quelques heures plutôt, pour le dîner, plusieurs personnes les avaient rejoints. De ce qu'avait compris Harry, ils étaient tous plus ou moins proche de Dumbledore. Un collègue de Tonks, grand et noir avec une étrange voix sage et rassurante. Il n'avait retenu que son prénom, Kingsley quelque chose… Un certain Fletcher lui avait fait hausser les sourcils de nombreuses fois. Cet homme était le cliché même du voyou de base. Il n'avait pas trop compris ce qu'il faisait là mais avait retenu ses questions…

Il s'était soudainement tendu en voyant apparaître son professeur de Métamorphose et le Directeur de Poudlard, effrayé de voir sortir de l'ombre le Maître des Potions. Mais à son grand soulagement l'homme était absent. Dumbledore avait brièvement expliqué que Snape n'était pas vraiment réjoui de venir s'installer ici mais qu'il ne lui avait pas tellement laissé le choix. L'homme avait alors décidé de venir au tout dernier moment et de sauter ainsi le diner. De ce fait, Harry avait pu se détendre et rire avec ses amis. Il avait fait connaissance avec Tonks et son don de Métamorphomage avait amusé toute la table, détendant ainsi les convives.

Puis chacun s'était octroyé une pièce où passer la soirée. Ron et Harry avaient réquisitionné la bibliothèque tandis qu'Hermione se perdait dans des discussions de filles avec Ginny à l'étage.

Harry se leva puis commença à déambuler parmi les dizaines d'étagères où étaient rangés des milliers d'ouvrages poussiéreux. La bibliothèque de Poudlard était, certes, nettement plus impressionnante, mais celle-ci n'avait pas grand-chose à lui envier non plus… Il songea distraitement qu'il n'avait pas encore fait tous ses devoirs de vacances, ce qui était très stupide de sa part puisqu'il venait de passer un mois à ne rien faire excepté ses corvées. En même temps, ce n'était pas comme si le 12, Square Grimmaurd proposait des activités dignes d'un centre de vacances… Pour ce que qu'il avait compris des explications contrariées de Ron, seul les personnes ayant fini leurs études avaient le droit de participer aux réunions de l'Ordre. Mrs Weasley avait bien insisté sur ce point.

Du coup, les adolescents se retrouvaient à jouer les elfes de maison toute la journée tandis que les membres de l'Ordre enchainaient les réunions. Ce qui était d'autant plus frustrant puisque les informations étaient à portée de main mais que personne ne les laissaient s'en approcher.

Il fit glisser ses doigts sur les différents livres. Sans grand étonnement, il constata rapidement que la majorité des ouvrages traitait de Magie Noire. Après tout, la famille Black avait soutenu Voldemort par le passé et tous venaient de Serpentard. Excepté Sirius bien sûr…

Il sortit la tête d'entre deux étagères lorsqu'il entendit le grincement de la porte. Prêt à lancer une pique amicale à Ron, il se figea soudainement lorsqu'il reconnut le visiteur. L'homme en noir avança dans la pièce en direction des livres, sans l'apercevoir. Snape se tendit subitement lorsque ses yeux se posèrent sur le Gryffondor qui blanchissait à vue d'œil.

Immobile, face à face, les deux sorciers s'observèrent. Harry était plus que nerveux et aurait aimé prendre ses jambes à son cou alors que son professeur le dévisageait impassiblement.

Au moment même où Harry s'apprêtait à sauter par la fenêtre pour fuir cette tension plus que palpable, l'homme prit la parole.

-« Je pense qu'une discussion s'impose Mr Potter. »

Le ton neutre contrastait horriblement avec l'air glacial qui semblait avoir envahi la pièce.

Harry hocha vaguement la tête, plus pour faire bouger son corps que par véritable envie. Il ne voulait pas avoir la moindre discussion lui ! Lui, il aurait aimé aller se cacher sous son lit et ne plus jamais affronter le regard noir de l'homme.

Il ne voulait même pas penser à ce que l'homme avait vu, à ce qu'il avait fait… Et encore moins en parler avec lui. Il ne voulait pas lui donner d'avantage d'armes pour de futures railleries et autres humiliations en cours de potions… Il pouvait aisément imaginer les : « Que faites-vous hors de votre placard Potter ? Heureusement pour vous que l'école impose des uniformes Potter ! » Potter, Potter, Potter !

Le nom de son père craché avec dégoût et rancœur comme un vulgaire déchet.

-« Asseyez-vous. »

La voix était toujours impersonnelle et neutre. Il se demanda vaguement ce qu'attendait l'homme pour lui jeter au visage tout ce qu'il avait appris le matin même… N'osant pas désobéir à son professeur, Harry prit place sur le canapé qui faisait face à la cheminée tandis que le Maître des Potions s'installait dans le fauteuil. Il mit ses mains sous ses cuisses pour tenter de stopper leur tremblement mais sans grand succès.

Le silence s'installa, inconfortable. Visiblement son professeur ne savait pas plus que lui par où commencer…

-« Ce qu'il c'est passé ce matin… » Dit-il d'une voix un peu hésitante qui ne lui ressemblai pas.

-« Non. » Coupa Harry sans se soucier d'être poli. « Je ne veux pas en parler. De toute façon il n'y a rien à dire… »

-« Votre ton Potter. » Siffla son professeur avec colère. Il se passa une main lasse sur le visage cherchant visiblement de la patience supplémentaire. Harry doutait franchement qu'il en ai à revendre… « J'aimerais que vous me fournissiez quelques détails. Que faisiez-vous dans ce fichu placard ? »

-« Avec tout le respect que je vous dois Professeur… » Et Merlin sait à quel point il respectait l'homme... « Cela ne vous regarde en rien. »

-« Cela me regarde bien plus que vous ne le pensez ! » Harry fronça les sourcils, ne voyant pas vraiment où voulait en venir l'homme. « Répondez Potter ! »

Avec un soupir Harry comprit que l'homme n'en démordrait pas. Il ne comprenait vraiment pas pourquoi cela intéressait tant son professeur…

-« Je pense que vous avez déjà compris tout seul Monsieur. » Sa voix était nettement plus faible que précédemment et ses yeux fixaient obstinément les flammes devant lui.

Un silence suivi sa réplique si bien qu'Harry douta que l'homme l'ai vraiment entendu… Il jeta un regard incertain au Maître des Potions et déglutit difficilement en voyant les yeux de l'homme posé sur lui. Il le fixai curieusement comme s'il s'apprêtait à le disséquer. Ce qui étonna le plus le garçon était l'absence de haine, de dégoût ou de rancœur dans son regard. Ce devait bien être la première fois…

-« Ils vous séquestrent. »

Ce n'était pas une question, ni même une supposition. Juste une constatation. Harry ne prit pas la peine de répondre.

-« Et ils vous frappent. »

Machinalement Harry porta une main à sa lèvre meurtrie. Il avait refusé la proposition de Mrs Weasley de le soigner, arguant que ça passerai tout seul. Il n'avait pas vraiment mal et ne voulait donc pas attirer l'attention plus que nécessaire.

-« Qu'est-ce que ça peut vous faire ? » Il fut déçu de ne pas sentir le venin transparaitre dans son ton, jute une profonde lassitude.

-« Vous êtes mon élève, je suis votre professeur. Je suis censé agir dans ces cas-là, c'est la logique des choses… »

-« Censé ? » Harry ricana. « Vous n'allez rien faire et vous le savez très bien. Au contraire, réjouissez-vous ! Ça doit vous faire plaisir de savoir que le Garçon-qui-a-survécu se fait taper dessus par de pauvres moldus ! Le plus beau jour de votre vie non ? »

-« Potter ! » Gronda Snape.

Plus que la colère, ce fut la tristesse qu'Harry lut dans ses yeux qui le poussa à se taire. Une tristesse profonde qui le déstabilisa un instant.

-« Pourquoi ? » Demanda le Gryffondor d'une voix vide et affaibli. L'amertume et la colère qu'il ressentait quelques secondes plutôt venaient de disparaitre en croisant les deux orbes noirs.

-« Tâchez d'être plus explicite Mr Potter. »

-« Pourquoi voulez-vous savoir ? Pourquoi vous vous en…souciez ? »

Le professeur perçut nettement son hésitation étant donné son rictus moqueur –et Harry se devait de préciser gentiment moqueur-, mais pour une raison que le garçon ignorait Snape ne commenta pas.

-« Que vous font-ils au juste ? » Esquiva l'homme.

-« Quoi ? Vous voulez trouver de nouveaux sujets d'humiliations pour les cours de Potions ? » Railla Harry. Il se fit vaguement la réflexion qu'il n'avait pas surveillé son ton…

Snape se pinça l'arête du nez et Harry se demanda jusqu'où il pouvait pousser la patience de son professeur. Après tout, ce n'était pas comme s'ils étaient à Poudlard. Ici l'homme ne pouvait pas lui enlever de points ou le mettre en retenue pour le reste de ses jours… Mais quand il vit sa mâchoire se serrer en un geste nerveux il se souvint soudainement que le Maître des Potions était un Mangemort, un espion certes, mais un Mangemort tout de même…. Et un Mangemort en colère est dangereux.

-« Je ne vous demande pas ça à cause d'une curiosité malsaine ou pour profiter de cette… faiblesse. »

Le ton hésitant, qui ne correspondait pas tellement à l'homme sombre qui se trouvait face à lui, inquiéta légèrement Harry. Légèrement bien sûr. Snape restait l'horrible batârd des cachots après tout. Bien que ce batârd est un comportement pour le moins inattendu…

-« Je suis désolé Monsieur mais… je ne comprends pas… Pourquoi cela vous intéresse-t-il ? »

-« Vous ne comprenez jamais rien Potter ! Vous ne pouvez donc pas vous contenter de répondre simplement sans poser de questions ? »

Harry laissa naître un sourire moqueur sur ses lèvres.

-« Honnêtement Professeur ? Non. »

-« Avez-vous déjà envisagé de vous passer d'insolence ? Ou bien de récurer tous les fonds de chaudrons de mes cachots ? » Rétorqua-t-il du même ton innocent que le jeune homme.

Harry grimaça.

-« Hum... Pas vraiment… »

-« C'est bien ce que je pensais… » Répondit-il de sa voix doucereuse. « Potter… Vous n'avez pas répondu à ma question. Que vous font-ils ? »

-« Pourquoi votre magie est-elle si sombre ? »

La question lui avait complétement échappé. Elle avait déjà passé ses lèvres quand il réalisa ce qu'il venait de dire. Il écarquilla les yeux. Non seulement il avait posé une question personnelle à Snape mais une intimement liée à l'homme puisque liée à la Magie Noire. A sa Magie… Noire… Etait-ce seulement possible ?

L'homme se figea et le foudroya du regard, un regard tellement glacial qu'Harry s'enfonça inconsciemment dans les coussins du canapé.

-« Vous ne pensiez tout de même pas obtenir une quelconque réponse à cette question totalement déplacé, n'est-ce pas ? » demanda-t-il d'une voix menaçante.

Harry se retint de lever les yeux au ciel sachant que ça ne plairait pas à son professeur. Pourquoi répondait-il toujours à une question par une autre question ?

-« Hum… Non… »

Non. Bah non. Evidemment que Snape allait l'envoyer paître sans lui répondre. Bien évidemment. Non mais à quoi s'attendait-il ? Snape ! C'était Snape, Merlin…

-« Bien… » Il le sonda un instant et Harry se tortilla, mal à l'aise. « Je suppose que je n'obtiendrais pas plus de réponse. »

Harry hocha nerveusement la tête.

-« Allez-vous coucher Potter, il se fait tard. Sachez que la prochaine fois je ne serais pas aussi clément. »

Harry se leva un peu précipitamment, manquant de s'étaler contre la table basse quand son pied se prit dans le tapis. Sans un mot ni un regard il rejoignit la porte mais la main sur la poignée, il s'immobilisa, s'attirant un levé de sourcil curieux de son professeur de Potions.

Avec une grande inspiration, il lâcha ce qui lui trottait dans la tête depuis le matin.

« Pourquoi ma tante vous a-t-elle reconnu ? »

Il eut vaguement l'impression d'avoir lâché une sorte de bombe. Comme si c'était une question interdite. Tabou.

Son cœur se déchaînait violemment contre sa cage thoracique tandis le sang battait bruyamment à ses oreilles. Il mit du temps à se rendre compte que la pièce était restée dans un silence pesant à cause du brouhaha qui s'élevait dans tout son être. Il ne s'était pas retourné, fixant toujours la porte en bois.

-« Dégagez. »

La voix glaciale fendit l'air comme une flèche bien trop aiguisé qui entra violemment en contact avec son dos. Il se crispa et baissa un peu plus la tête.

Il ouvrit la porte dans un grincement et disparut dans les ombres du couloir sans un mot. Il rejoignit rapidement l'étage supérieur, entra dans la chambre et constata avec soulagement que Ron dormait déjà profondément, s'il en jugeai par les ronflements sonores qui s'échappaient du lit du roux.

Rapidement, il se mit en pyjama et se glissa sous les draps fins de son lit.

Et là, se dit-il en fixant le plafond, commençait la longue attente car ilétait certain qu'il n'y avait aucune chance pour qu'il s'endorme avant de longues heures avec tout ce qui lui trottait dans la tête.


Les commentaires sont la partie la plus durable du plaisir.

Georges Chevalier