Voilà le second chapitre ! Il est séparé en deux parties, l'histoire se met doucement en place. Merci à Lilika397 et Akana pour ces reviews, elles m'ont vraiment fait chaud au cœur ! (Pour Lilika397 : je ne pouvais pas rêver plus agréable comme première review à vrai dire ! Akana :oui c'est bien l'histoire du trio, mais Naruto n'apparaîtra qu'après que ça se soit mis en place avec Sasuke, donc il faudra un peu de patience!)

J'espère que ce chapitre vous plaira :)

Bonne lecture !

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Chapitre Deux :

Où il est question de cafés chantilly, de gros sourcils, d'une maison et de yakitoris.

Mon réveil sonna à 9h. J'étais en plein temps depuis une semaine au combini. Mes horaires n'étaient pas fixes, c'était ce qui le plus fatiguant. En général, j'avais ma matinée de libre jusqu'à onze heures. Puis je travaillais en continuité jusqu'à 18h, avec une pause que je pouvais prendre à tout moment, et à partir de 18h, je me consacrais aux livraisons. Je finissais vers 21h, épuisée, et si Ichiraku avait trop de demandes de repas à préparer, je continuais à tenir la caisse du combini. Je m'obstinais à mettre mon réveil pour garder un rythme dont j'avais besoin pour ne pas me laisser aller.

Une semaine s'était donc écoulée depuis la soirée avec Ino, et ma rencontre avec le sombre inconnu, beau mais arrogant. Le lendemain matin, Ino m'avait envoyé un message pour me dire qu'elle partait une semaine démarcher des fleurs avec ses parents dans un endroit reculé du Japon, et qu'on se verrait à son retour. Ino était une fille comme ça, son quotidien était mouvementé, et même si elle n'en donnait pas l'impression, elle s'investissait dans tout ce qu'elle faisait, surtout quand ça concernait le travail avec ses parents.

Un peu de tranquillité ne me faisait pas de mal. Je m'étais remise à mes cours, il ne fallait pas que je me relâche. Même si c'est affreusement chiant. La médecine était quelque chose qui m'avait vite passionné, à l'heure où mes camarades de classe se destinaient à faire de longues études aux débouchés flous, j'avais choisis de sauver des vies. Ou du moins, j'étais partie pour, il me restait, si tout se passait bien environ trois ans d'étude. Aussi, une capitale mouvementée comme Tokyo était à mes yeux ce qui me convenait le plus. Mes parents avaient beaucoup râlé. « Et pourquoi ne resterais-tu pas à Osaka ? C'est ici la véritable capitale du Japon » Mais j'avais besoin de plus, et de ne pas me sentir emprisonnée à un même endroit depuis ma naissance.

Je me levai, pour enfiler ma chemise de nuit en soie, et sortir de ma chambre en traînant des pieds. Le chauffage était revenue à pleine puissance, comme si toute la chaleur dont j'avais été privée s'était amassée d'un coup. Je dormais presque nue, et avec un simple drap. Quel luxe. En bayant, j'allai démarrer la cafetière avec le café soigneusement préparé la veille, puis j'allumai ma toute petite télé, avant de tirer le rideau de la pièce principale. Ma vue n'était pas vraiment extraordinaire. Je pouvais voir quelques appartements en face, la petite cours du combini en bas, et en se penchant, la rue. J'avais cependant la chance de bénéficier tous les soirs du coucher de soleil, qui perçait parfaitement entre deux immeubles pour atterrir chez moi. C'était mon moment préféré de la journée, quand j'avais l'occasion d'en profiter. Le ciel était gris, je me mis à bayer une fois de plus, en constatant l'émission de variété qui passait à la télé.

Tranquillement je retournai dans ma chambre pour prendre mon portable sur ma table de chevet. J'avais un message, d'Ino, même. Si tôt ?

« Haruno ! Je viens de rentrer, on se voit quand ? »

J'eus un sourire. Il n'était que 9h15, mais je décidai de l'appeler, après m'être gratté la gorge pour éclaircir ma voix. Elle décrocha aussitôt.

-Sakura ! S'exclama-t-elle.

-Alors, c'était bien ?

-J'ai des trucs à te raconter !

-Eh bien, ça te réussi, les fleurs. Souriais-je.

-Mais non, pas à propos de ça ! Mais à propos du soir au bar dansant !

Sans que je le veuille trop, des souvenirs m'apparurent par bribes. Je revis le garçon banal en vouloir au corps d'Ino, puis le garçon au chien qui semblait presque être tombé amoureux d'un coup, puis celui avec des gros sourcils qui s'était intéressé à moi, puis, puis... Ce mec impertinemment beau. Je soupirai. Moi aussi, j'aurais des choses à lui raconter, mais j'avais toujours pris pour habitude de garder ces choses-la pour moi. Je n'avais pas envie qu'avec sa joie quelque fois exubérante elle exagère les choses et pire, qu'elle me force à revoir un de ces deux garçons, l'un qui s'intéressait à moi, l'autre qui m'intéressait, pour combler le trou immense de ma vie sentimentale.

-Alors tu veux qu'on se retrouve ce matin ?

Avant même qu'elle ne réponse, j'arrêtai la cafetière. C'était étrange de la retrouver un matin, puisque ce moment de la journée correspondait à la nuit, dans les journées d'Ino. J'allais dans ma chambre, devant mon armoire.

-Oui, même maintenant, on se retrouve au café à coté de chez toi ?

Je me constatai un instant dans la glace de mon armoire. Je suis pas propre, pas coiffée, pas habillée.

-Je dois prendre une douche avant, Ino.

-Haruno, on s'en fiche que tu sois propre ou non on sera seulement deux ! Cria-t-elle. Lave toi les dents et rejoins-moi dans quinze minutes !

Elle raccrocha. C'est fou comme elle pouvait se montrer autoritaire, parfois. Mais ça avait toujours été, depuis que je l'avais rencontré, à l'école primaire. A mon passage à l'université, mes parents m'avaient d'ailleurs accusé de vouloir suivre Ino, puisque ses parents à elle déménageaient dans Tokyo. Il se trouve que nous nous sommes plus ou moins volontairement suivies depuis le premier jour. Devant la glace, je relevai les quelques cheveux aux pointes fourchues devant mon front. J'eus un rire. Et dire que c'est grâce à ce fichu front que je l'ai connue. Les enfants de l'école se moquaient de moi, alors que j'essayais de cacher cette partie de mon visage qui me semblait démesurément grande. Elle est venue à ma rencontre, m'a autoritairement dit de ne plus la cacher, et notre amitié a démarrée la-dessus. Je souris en me rappelant ces souvenirs. C'était simple à l'époque, peut être même trop.

J'ouvris mon armoire. Il me fallait quelque chose de chaud, à tous les coups, nous serions obligées de nous asseoir en terrasse, puisque ce café était assez réputé et plutôt bondé dès le matin. Un pantalon noir, un pull vert qui tenait chaud, et une veste grise deux fois trop grande qui ressemblait à une veste de jogging sans en être une, et qui était rembourrée de fourrure. C'était sûrement mon vêtement le plus chaud. Le moins esthétiquement sortable aussi. J'enfilai une grosse pair de chaussette, mes chaussures en daim marrons confortables, puis j'allais dans la salle de bain. Je cru mourir par la chaleur de mes radiateurs le temps de me laver les dents. J'allai me re-contempler devant la glace. Le parfait look qui ne ressemble à rien. Je me fis une queue de cheval négligée, sans maquillage, en entier j'étais pour ainsi dire presque repoussante. Ca me fit rire. Il y avait tellement de gens dans Tokyo, tellement de personnes plus différentes les unes que les autres dans leur look, que je me fichais carrément de sortir ainsi vêtue. Ino aurait certainement une crise cardiaque. Je savais que même si c'était de bon matin et qu'on ne croiserait personne, elle serait toujours bien habillée.

Je regardai mon portable, il était l'heure. Je pris mon sac, sortis de l'appartement en refermant derrière moi pour descendre et sortir de l'immeuble. Je croisai Ichiraku devant le combini qui nettoyait les vitres. Il semblait frigorifié.

-Bonjour Sakura, tu sors ? Me demanda-t-il.

-Oui, je vais prendre un café avec une amie, répondis-je avec un sourire.

-J'espère que tu es bien couverte alors, la température est presque négative ce matin !

Je lui souris avant de repartir. J'étais bien couverte, mais juste vraiment mal habillée, il n'avait rien remarqué, je pense même qu'il s'en fichait. Enfonçant mes mains dans mes poches, je me mis à marcher vite, le café était tout proche. Arrivée, je pu facilement constater qu'il y avait un monde fou, plus que ce que je n'avais imaginé. Ils se sont tous donnés rendez-vous ou quoi ? Les tables de dehors étaient aussi prises, il en restait une. Je m'empressai de la prendre, m'asseyant sur le siège en métal glacé. Une minutes plus tard, Ino arrivera, me faisant un grand signe. « Ohé Sakura ! »

Elle avait attaché ses cheveux, portait un cache-oreilles violet, un manteau noir qui marquait sa taille fine et sa grosse poitrine, Une grosse écharpe violette, un pantalon gris et des chaussures noires. Quelques fois, j'avais l'impression qu'elle me tendait des pièges, en me disant de venir d'une façon décontractée alors qu'elle prenait toujours soin d'elle peu importe la situation. Lorsqu'elle s'assit en face de moi, je vis qu'elle n'avait opté que pour un trait d'eye-liner au dessus de chaque œil.

-La vache, il fait froid ! Dit-elle en frissonnant. Alors, comment vas-tu ?

Elle me souriait généreusement, visiblement heureuse de me revoir. Elle n'avait pas noté mon look désastreux. Même si elle pouvait être à ce sujet cruelle parfois, elle savait me laisser être moi-même dans les bons moments.

-Ça va, ça va, dis-je.

Un serveur vint nous demander ce que nous prenions, Ino se chargea de lui répondre, d'une façon neutre. De la même façon que son exigence pour les vêtements en soirée, elle pouvait de jour être parfaitement neutre envers la gente masculine. Le serveur était dans la catégorie banal/mignon, je m'étonnai qu'elle ne lui fasse pas un regard appuyé en passant commande. Peut être que l'autre soir s'est mal fini avec l'autre garçon.

-Alors, qu'as-tu de si croustillant à me raconter ?

Elle prit une inspiration, comme si elle s'élançait pour le marathon du tu-sais-pas-quoi-il-faut-que-je-te-raconte. Je la regardai quelque peu attendrie. Ma vie serait sûrement encore plus morose si je n'avais pas les ragots de celle de ma meilleure amie.

-L'autre soir, commença-t-elle, je suis vraiment tombée sur un pauvre gars !

Non, vraiment ?

-Au début, il était gentil et tout, raconta-t-elle en faisant des gestes avec ses bras, mais après m'avoir payé deux verres et dansé un peu, il s'est transformé en véritable gros lourd ! Sérieux, tu penses que je les attire ?

Non, juste légèrement beaucoup. Je me mis à rire en guise de réponse, puis elle continua.

-Bon ok, elle leva les yeux au ciel, j'avais bien compris dès le début qu'il en avait plus après mon physique que mon mental, mais il a quand même essayé de m'emmener dans les toilettes du bar pour me serrer, au-cune classe, souligna-t-elle.

L'enfoiré, j'avais raison. Je fronçai des sourcils.

-Il était louche, je l'avais remarqué dès le début, répondis-je.

Le serveur nous amena nos deux cafés, avec un supplément chantilly. Elle rigola.

-Oui Saku, tu as bien souvent raison mais j'avais tellement envie de m'amuser...

Ah, ça...

-Et donc, ensuite ? Demandai-je en goûtant à la chantilly.

-Une fois qu'il eut essayé de m'avoir dans les toilettes, je lui ai mis une bonne baffe bien au milieu de sa joue, j'ai pris mes affaires et je suis sortie du bar !

-C'est bien, Ino, cette fois tu ne t'es pas laissée faire.

Je faisais référence au douloureux souvenir d'une soirée où j'étais malade, et où j'avais été obligée de rentrer en urgence, fiévreuse, chez moi. Elle avait tout comme l'autre soir, rencontré un don juan qui l'avait bien baratiné et bien alcoolisé. Sauf que celui-là avait agis de façon subtile, et avait réussi à la ramener devant son appartement. Cette nuit là, Ino m'avait appelé paniquée, en pleurs à deux heures du matin, l'enfoiré avait essayé de la violer. J'étais descendue en bas de l'immeuble, elle était accroupie contre le mur du combini, tremblante. J'avais passé la nuit à la réconforter, et à agoniser avec ma fièvre. Elle avait mit deux mois avant de ressortir ne serait-ce qu'une heure, c'était il y a presque un an. Elle prenait désormais cela avec philosophie, mais ne pu s'empêcher de grimacer au souvenir de cette soirée.

Après une gorgée, elle prit une inspiration pour continuer son récit.

-Et ce n'est pas fini ! S'exclama-t-elle

-Je t'écoute ? Dis-je en collant mes mains à la petite tasse pour me réchauffer.

-Je suis rentrée chez moi, je me suis endormie direct. Le lendemain comme tu le sais, mes parents m'ont réveillé à l'aube pour qu'on aille s'enfoncer dans le fin fond du Japon.

Elle semblait là me faire un bref résumé avant de se lancer dans la nouvelle qui, comme je m'y attendais venant d'Ino, allait être LA nouvelle qui faisait qu'elle m'avait fait déplacer ce matin.

-Comme à chaque fois que je pars, reprit-elle, ce sont mes grands-parents qui tiennent la boutique.

-Oui, approuvais-je.

Je sentais venir une chose à laquelle je n'avais pas pensé depuis cette soirée au bar dansant. Comme la conséquence d'un certain acte de générosité dont j'avais fait preuve, regrettant presque aussitôt.

-Eh bien, tu ne devineras jamais !

Elle fit claquer ses deux mains l'une contre l'autre, l'air enjoué. Un gars est venu au magasin et t'a demandé d'une façon récurrente parce qu'il a eut ton adresse miraculeusement ? Je ris à moi-même, avant de lui lancer un regard qui lui dit de continuer.

-Il y a un garçon, assez grand, brun ébouriffé, plutôt charmant et qui n'a pas donné son nom, qui est venu me demander plusieurs fois dans la semaine !

Un sourire semblait scotché à ses lèvres, comme si elle venait de découvrir qu'elle pouvait plaire à la gente masculine. Elle venait de faire le portrait du dit garçon comme si elle l'avait elle-même eut en face. Mais ce n'était pas le cas, Ino attachait juste un intérêt conséquent, flippant, aux détails, souvent physiques.

J'avais beau avoir compris vite qu'elle allait me parler de « Kiba », je n'avais pas réfléchis à cette possibilité avant de l'avoir en face de moi. Je ne savais donc pas comment réagir, si je devais endosser mon rôle de copine rabat-joie ou celle qui laisse place aux rêves d'Ino. J'optais bien vite pour la deuxième option. Je vais surtout en prendre plein la tronche si elle apprend que j'ai donné son adresse à un inconnu.

-Ah oui ? Rigolai-je, c'est fou ça, qu'est ce que tu vas faire ?

A la simple évocation du garçon mystérieux, elle était déjà partie dans ses rêveries, le menton posé sur la paume et le regard vague. Elle bougonna un « Par contre, je crois qu'il a un chien » assez inaudible, puis lorsque je l'appelai, elle sursauta et eut un rire nerveux. Eh merde, je culpabilise, voilà qu'elle s'est relancée dans sa quête de l'amour. Je tentai alors une autre technique, celle de la dissuasion. Je m'en voudrais trop si cela se finissait par un cœur brisé.

-Fais attention, tout de même. Chuchotai-je à mon café. Tu ne sais rien de lui après tout.

Je relevai les yeux, son regard posé sur moi avait pris une teinte attendrie, celui qui me confiait qu'Ino était tout de même bonne dans son rôle de meilleure amie.

-Je rêve juste Saki, ria-t-elle, tu sais bien que ça sera toujours toi la plus importante à mes yeux !

Mon rire accompagna le sien tandis qu'elle finissait de boire son café. Mais cette phrase, aussi adorable qu'elle puisse l'être n'était pas vraie. Ino était une sentimentale, elle vivait pour l'amour, bercée par les songes d'un homme idéal qui saurait la guérir de tous les maux. Peut être que nous nous complétions, elle avec ses rêveries heureuses et moi avec mon réalisme déprimant. Je n'aimais pas ce sentiment qu'est celui de l'amour. Il ne m'a jamais été utile, et j'ai toujours pensé qu'on pouvait largement s'en passer. Après tout, je me complaisais dans l'amitié. Ino m'avait un jour reproché d'être simplement effrayée de tomber amoureuse. Mais il suffisait de l'observer pour être définitivement vacciné de l'amour.

-Et puis ça se trouve, il ne reviendra jamais à la boutique !

Son rire changea de ton, pour me dire qu'elle souhaitait tout le contraire. J'étais à peu près sûre qu'elle s'était déjà faite une image parfaite du charmant inconnu.

-Et toi, alors, comment s'est terminée ta soirée ?

Rapidement je me rappelai des événements peu glorieux de ce soir là. Fallait-il que je lui parle du brun arrogant à qui j'avais été livré des yakitori ? Je ne partageais pas souvent mes goûts au niveau des garçons avec elle, mais j'étais certaine qu'avec une simple description, elle le trouverait aussi attirant que moi. En vérité, je n'avais pas grande occasion de trouver un garçon beau, puisque je ne les regardais presque jamais. J'avais même réussi à déduire que j'étais plutôt exigeante, au vue du nombre de fois où j'ai été négative lorsqu'Ino partageait ses attirances physiques avec moi. L'arrogant aux yakitori était peut être trop beau pour que je ne lui en parle pas.

-Eh bien en fait, ma livraison-

-Ah ! S'exclama une voix masculine. Sakura ?

J'eus un certain temps de réaction, un temps de trouble lorsque je vis une personne de la catégorie « inconnus » ou « tout juste connus » se planter devant moi. Je mis même quelques secondes avant de retrouver son prénom, avec en complément la situation gênante qui lui était liée.

-Ah, euh, bafouillai-je, L-Lee ? C'est ça ?

Je croisai le regard presque froncé d'Ino. Oui, c'était le garçon aux sourcils énormes et à la coupe au bol. J'arrivai presque à décrypter ce qu'elle devait être en train de cruellement penser à son sujet. La situation devint bien vite atrocement gênante. Il était debout face à moi avec un énorme sourire, et puis moi, stupidement assise et ne sachant pas quoi dire.

-Tu te souviens de moi ? Demanda-t-il.

-O-oui, bien sur, encore désolée, d'ailleurs.

-Ce n'est rien ! C'est une sacré coïncidence de se croiser, je pensais vraiment ne jamais te revoir, surtout que je n'ai pas eu le temps de prendre tes coordonnées.

J'espérai pendant une seconde qu'il se lance dans un monologue, mais il s'arrêta sur cette phrase pour me regarder. Il avait un air véritablement gentil sur son visage, je me mis à culpabiliser de l'avoir tant critiqué, mais je regrettais tout de même de le croiser dans de telles conditions. Ino se gratta la gorge, intégrant la conversation. Elle me souriait.

-Sakura, tu ne nous as pas présenté ?

Je pensais qu'elle allait détendre l'atmosphère, mais elle fit tout l'inverse. L'hypothèse que Lee lui révèle l'origine de son bel inconnu me frôla l'esprit et je pris soudainement peur.

-Je m'appelle Lee, reprit-il en souriant, j'étais au bar le soir où toi et Sakura y étiez.

Sa présentation était aimable, claire et surtout, ne supposait pas la présence d'un quelconque ami qui aurait littéralement fondu d'amour pour Ino.

-Ah, et tu as repéré la jolie Sakura, c'est bien ça ?

Elle avait reposé son menton sur sa paume, nous regardant. Je n'aimais finalement plus ce regard, d'un coté, il me disait « tu attendais quoi pour me le dire ? » et de l'autre, il insinuait qu'elle était contente que j'ai « enfin trouvé quelqu'un » sauf que je n'ai trouvé personne et que je n'étais toujours absolument pas intéressée par Lee. Je fronçais les sourcils. La discussion avait pris un tournant très différent de celui que j'attendais, puisque je m'apprêtais à parler du garçon beau et arrogant de l'autre soir, et au lieu de ça je finissais avec ce garçon qui semblait s'accrocher à moi. Il répondit à Ino.

-En quelques sortes, mais j'aurais aimé la connaître plus, dit-il en tournant les yeux vers moi. Qu'en dis-tu ?

Mon dieu, non. Je ne veux pas de copain, absolument pas, et pas lui. Comment lui faire comprendre ?

-Oui, qu'en dis-tu Sakura ? Appuya Ino.

Je n'avais rarement eu, voir jamais eu l'occasion de renvoyer un garçon sur les roses. Et je n'en avais pas envie. Je ne savais pas faire, Ino était l'experte, pas moi.

-Je- eh bien-

Elle se mit à rire. Puis après avoir fouillé dans sa poche, elle déposa un billet sur la table et leva. Quoi ?

-Je dois y aller Saki, je t'appelle dans la journée, d'accord ?

Son sourire était plus malicieux qu'autre chose.

-A une prochaine fois, Lee !

Il bafouilla un au revoir. Ce n'était pas un bafouillage de gêne, mais plutôt un bafouillage d'incompréhension. Ino venait de me planter en beauté, avec ce garçon que je connaissais à peine et qui s'intéressait peut être beaucoup trop à moi pour que ça soit réciproque. J'eus un mouvement de panique.

-Je suis désolé, je ne voulais pas la faire fuir.

Il me fit rire, mais je ne savais toujours pas quoi faire. Je souhaitais juste me retrouver dans mon appartement à la chaleur tropicale et y être tranquille. J'eus alors une réaction non réfléchie, plutôt méchante en qui engendra un mensonge.

-Je suis désolée, mais je dois y aller aussi.

Je me relevais. Eh merde, j'avais oublié cet accoutrement ridiculement atroce. Il sembla déçu. Si en plus je devais le rendre triste, je ne préférais pas plaire aux garçons. Enfin bon il ne me connaît pas non plus alors pas de raisons d'être déçu. Je déposai un peu de monnaie, avant de commencer à partir. Ca devait vraiment être ridicule à voir, mais en situation de panique, je ne sais jamais comment agir.

-A-Attend !

Il me retint par le bras. Lorsque je me retournai, je ne vis pas dans son regard un quelconque jugement sur ma façon d'être habillée, il me regardait dans les yeux. Puis il soupira, me lâchant.

-Je sais bien qu'il n'y a aucune chance pour que tu t'intéresses à moi, mais accepterais-tu qu'on mange ensemble, ou quelque chose dans ce genre ?

Il avait perdu toute confiance en lui, comme dépité. Il me faisait de la peine, était-ce une technique pour soutirer un rendez-vous ? Je ne m'y connaissais définitivement pas. Il releva les yeux. Non, ne me regarde pas comme ça bon sang. Je soupirai discrètement.

-Oui, d'accord.

Son visage s'illumina, il tenta de contenir sa joie, sans grand effet.

-Vraiment ? Merci de me laisser cette chance ! S'exclama-t-il.

Quelle chance ? Il y eut un silence, je ne savais encore toujours pas quoi répondre.

-Puis-je prendre ton numéro de téléphone pour te recontacter ?

Une fois de plus, il faisait très solennel. Je ne savais pas si c'était effrayant, drôle ou juste bizarre. Je m'apprêtais à donner mon numéro à quelqu'un dont je connaissais seulement le prénom, la pilosité faciale, ainsi que le goût prononcé pour le vert. Bravo, Sakura. Je n'avais pas souvent eu l'occasion de me confronter à mon instinct, surtout en ce qui concernait les garçons. Souvent il avait marché pour ceux qui tournaient autour d'Ino, j'espérais qu'il marcherait pour ce garçon, à qui j'avais subitement décidé d'accorder une pseudo confiance. Lorsque je sortis mon portable de ma poche et vis son sourire sincère, je me dis qu'il avait définitivement l'air d'être quelqu'un de bien. Il prit le sien à son tour, prêt à prendre note. Je lui tendis l'objet avec mon nom, prénom et numéro pour qu'il se mette à les recopier. Au moins, puisqu'il connaissait mon prénom, j'étais sûre de ne pas être affublée d'un terrible surnom dans son répertoire du genre « fille du bar » ou « fille aux cheveux roses ».

-Je te remercie ! Je te laisse, maintenant.

Puis il se retourna. C'est tout ? Il n'était peut être finalement pas du genre pot de colle. C'était un point négatif. Je l'observai un court instant marcher de dos, puis sans que je m'y attende, il s'arrêta, pivota et me regarda. Je pu constater qu'il avait une dentition parfaite lorsqu'il me balança un sourire des plus flamboyants, brandissant son pouce et faisant un clin d'oeil. «A bientôt ! » cria-t-il avec un engouement effroyablement puissant.

Mon Dieu, c'est quoi cette pose ? Je ne pu retenir un fort rire sortir du fond de ma gorge lorsqu'il partit définitivement. C'était certainement la chose la plus ridiculement amusante qu'on m'ait faite. Ce Lee était peut être quelqu'un de drôle, point positif.

Je repris lentement la direction de mon appartement. Les journées qui commençaient de la sorte étaient souvent les plus fatigantes. Peut être pensais-je trop à mon sommeil. Peut être allais-je faire une sieste. Bordel on dirait une petite vieille. J'accélérais le pas pour me convaincre moi même que j'étais dynamique, et surtout parce qu'il faisait froid. Très vite j'arrivais au combini. Les combinis étaient intelligemment pensés, puisqu'avec leur simple façade, ils nous donnaient l'impression que nous avions besoin de quelque chose. Quoi, on ne sais jamais, mais il fallait acheter quelque chose pour répondre à ce besoin compulsif sortit de nul part. J'avais appris à gérer cette envie au fur et à mesure que j'avais commencé à travailler chez Ichiraku. J'avais souvent craqué sur les bonbons, les glaces en été, et les bons petits plats chauds faits maison l'hiver. Surtout les ramen et yakitori. Peut être profitais-je aussi du fait que j'avais -50% sur tous les articles.

Je réfléchis quelques instants à mon envie d'acheter quelque chose au combini, avant de me précipiter vers les barres chocolatées. Ce n'était pas mon pêché mignon, mais j'avais tout de même un faible pour. J'en pris une fourrée aux noisettes, avant de me diriger vers la caisse. Elle était tenue par Ayame, la fille d'Ichiraku. C'était une fille que je pouvais considérer comme une amie, puisqu'elle était restée avec moi les premières nuits où je tenais le combini. Elle était gentille, même si elle pensait peut être un peu trop au travail, aidant principalement Ichiraku.

-Ah tiens, bonjour Sakura.

Elle me fit un sourire en prenant mon article, fit une manipulation sur la caisse avant de me demander le montant. Dérisoire, il faut dire.

-Ça va, tu tiens le coup ? Me demanda-t-elle, tu travailles beaucoup depuis tes vacances !

-Oui oui, ça va, soufflais-je, le plus dur c'est les livraisons le soir.

Elle me tendit ma barre chocolatée, je la pris en souriant.

-Mon père m'a dit oui, tu as eu une livraison tard l'autre soir ?

-Oui, et dans un quartier résidentiel assez loin.

Elle fit une mine triste, comme si elle prenait pour elle un reproche que je n'avais pas fait. Elle prenait tellement ce travail à cœur que tout ce que faisait ou demandait son père était comme si c'était elle qui l'avait fait ou demandé. Du coup, si je faisais un quelconque reproche à la façon de faire d'Ichiraku, elle le prendrait directement pour elle. Du coup, je dis plus rien.

-Mais ce n'est rien, c'est le boulot !

J'étais même obligée de me rattraper, alors que ma phrase n'avait pas pour but de la viser particulièrement. J'avais du mal à cerner certaines personnes. Ayame était une fille adorable mais son caractère était très variable. Je crois que j'avais plus d'affinité avec les gens stables, comme Ino que je connaissais sous toutes ses coutures. Je ne cherchai pas à poursuivre la discussion.

-Bon, je te laisse, je prends la suite tout à l'heure !

-Oui, à tout à l'heure.

Sur cet échange courtois, je ressortis du combini pour prendre la porte principale du bâtiment et monter chez moi. En montant les escaliers, je commençai à enlever ma couche de vêtements, pouvant presque sentir la chaleur tropicale de mon appartement. Rentrée, je me mis tranquillement en tenue d'été devant la télé. Ce n'est qu'une trentaine de minutes plus tard que je me rappelai de ma meilleure amie qui m'avait lâchement abandonné au café. Elle va pas s'en sortir comme ça. Je pris mon portable, composai le numéro et attendis trois sonneries avant d'entendre la voix d'Ino.

-Oui allô ?

-C'est Sakura, ta pseudo meilleure amie tu te souviens ? Répondis-je ironiquement

Je l'entendis rire au bout du fil.

-Oh toi tu m'appelles pour m'engueuler !

-C'est presque ça !

J'entendais sa joie de vivre transparaître à travers sa voix, son rire. Elle devait toujours être en train de rêvasser à son bel inconnu qui n'en était pas vraiment un, juste le propriétaire aux cheveux ébouriffés d'un chien, qui avait flashé sur elle.

-Haruno c'est plus à moi de t'engueuler ! Pourquoi tu ne m'as pas dit pour ce garçon ?

-J'allais t'en parler avant qu'il arrive, figure toi !

Ce qui était complètement faux. J'allais te parler du bel arrogant aux yakitori. J'avais un certain talent pour le mensonge, certaines fois. Surtout quand cela s'avérait utile, ici pour avoir raison.

-Eh bien ! S'exclama-t-elle, je t'avais dit que toi aussi tu avais du succès !

Sa phrase sonnait douloureusement ironique.

-Tu parles, rigolai-je. Tu ne m'as toujours pas fait de réflexion sur son physique ?

-Mais voyons, je ne vais pas me moquer de-

-Ino ! Lee ne m'intéresse pas du tout, je ne suis pas désespérée au point de prendre le premier venu !

Je ne suis pas désespérée tout court !

Il y eut un silence, je l'entendis prendre une inspiration.

-Ah bon, parce que... Mon Dieu Sakura mais c'est quoi ces sourciiiiils !

Je me mis à rire avec elle, amèrement puisque Lee était quelqu'un de gentil, mais surtout parce que j'avais pensé la même chose la première fois que je l'ai vu. Je me voyais mal extrapoler sur le fait que la beauté ne faisait pas tout, c'était un concept totalement à part, voir ridicule pour elle. Elle se mit à me demander des détails sur notre « rencontre », et je lui répondis, évitant soigneusement de signaler Kiba, et notre conversation se termina ainsi.

Deux jours passèrent.

Je n'avais pas de nouvelles de Lee, je m'étonnais moi même à régulièrement regarder mon portable, sans nouvelles. Était-ce aussi une technique ? Celle de se faire désirer ? Je sais qu'Ino en usait souvent, mais dans ma situation, ça aurait plus été à moi de me faire désirer. Ino n'avait d'ailleurs pas eu de nouvelles du charmant inconnu Kiba. Peut être qu'ils s'étaient passé le mot entre amis pour se faire désirer. Le fait est que mon amie en souffrait beaucoup plus que moi, puisque j'avais tendance à être rassurée de ne pas avoir eut le moindre appel. Peut être qu'il m'a entendu rire après sa pose bizarre ? Même si c'était pas méchant...

J'étais à la caisse du combini, m'ennuyant. J'allais bientôt passer aux commandes, il était 18h, le soleil commençait à tomber. Ayame allait me remplacer alors que je rassemblais les livraisons que j'avais à faire. Il y en avait une bonne dizaine, je les regardai une par une, elles n'étaient pas classées par ordre d'exigence mais je devais quand même respecter un cycle. Je mordis dans une pomme, me considérant comme dans une pause de transition, lorsque la fille d'Ichiraku prit ma place. Aussitôt elle décrocha au téléphone, je jubilai un instant d'être partie à temps pour ne pas avoir à répondre à ce coup de fil, mais me rappelai aussitôt qu'il s'agirait sûrement d'une livraison à faire.

-Si nous les faisons cuire d'ici peu vous pourrez être livrés d'ici une heure.

Eh merde c'est encore pour moi. De plus en plus de clients désiraient se faire livrer des produits fais maisons tout justes cuits. Comme le brun arrogant. C'était beaucoup plus cher, beaucoup moins pratique mais la plupart s'en fichaient. Je me voyais déjà faire un allé retour jusqu'à la boutique alors que je m'apprêtais à partir et à enchaîner mes livraisons d'une traite, puisque je n'avais que des produits comme du papier toilette, des chocolats, de la lessive et des litchis. J'avais des yakitoris à livrer près d'ici mais il suffisait que je le fasse en premier et ça ne changerait rien.

-Très bien nous ferons au plus vite. Merci d'avoir choisi Ichiraku combini !

Ayame raccrocha puis pris un petit bout de papier pour griffonner l'adresse, la commande, l'heure. Une de plus ! Trop bien. Je pris les articles, les mis dans mon panier à vélo et passai une dernière fois devant la caisse. Elle me tendit le papier qu'elle posa sur la pile d'adresses dans ma main.

-Voilà, celle là, je la fais cuire tout à l'heure, tu reviendras la chercher pour aller la livrer après les autres commandes.

-OK.

C'est dans ces moments-là qu'elle m'était énervante. Elle voulait trop être efficace, trop réussir, trop tout contrôler. Je sortis dans la petite cours pour accrocher le panier au devant du vélo, et y mettre le petit GPS. En soupirant, je regardai le papier qu'elle venait de poser. Mon cœur loupa un battement.

Oh putain. C'était le brun arrogant, beau, pété de thune, sombre, et beau. Il commandait une fois de plus des yakitori. Au moment où je me rappelai les traits sombres de son visages, Ayame sortit en trombe, la poche de yakitori brûlants en main.

-Tiens, celle là en première, donc ! A tout à l'heure pour la suivante.

Je n'eus pas le temps de la remercier. La remercier de quoi, d'ailleurs ? Ce n'était pas elle qui faisait le sale boulot. Mais ce n'était pas elle qui allait croiser le regard du brun arrogant. C'était moi. J'eus une montée d'adrénaline à cette idée. Digne d'une ado fanatique en pleine puberté. Je ne voulais pas dire que ce garçon que j'avais à peine vu me plaisait. Il était indéniablement attirant, mais c'était juste la curiosité qui me piquait. De plus, j'aurais aimé pouvoir lui rendre la monnaie de sa pièce en lui livrant quelque chose d'irréprochable. Allons Sakura, si tu lui livres l'autre tournée de yakitoris dans une heure aussi, ça sera irréprochable. Je soupirai violemment. J'étais dans une position de frustration que je ne me connaissais pas. J'étais tellement habituée à mon quotidien morne, à croiser des gens qui se ressemblaient tous plus les uns que les autres, que la simple idée d'aller faire une livraison plus motivante que les autres me mettait dans tous mes états.

Je montais sur mon vélo, réfléchissant avant de sortir dans la rue. D'un coté, le client qui habite a coté à qui je dois livrer ces yakitoris, je me fiche qu'il soit mécontent ou pas, qu'il recommande ou pas. Alors que ce brun arrogant est beaucoup plus intéressant, après tout il est pété de thune, il pourra rapporter à la boutique. Je frappais mon front avec ma paume de main. Voilà que j'essayais de trouver des excuses pour aller livrer tout de suite ce qui était dans mon intérêt strictement personnel. Je sortis , regardant le GPS. A droite était la direction du client que je devais livrer. A gauche celle du brun arrogant que je devais livrer dans une heure. Dans mon panier, des yakitori. Je me mis à pédaler.

A gauche.

Putain Sakura qu'est ce que tu fous. Depuis quand tu désobéis pour un gars qui te plaît et dont tu ne connais même pas le prénom ? Il ne me plaisait pas. C'est ce que je me répétais, voyant au loin le soleil qui commençait à se coucher derrière les immeubles de Tokyo. C'était de la simple curiosité. Voilà, c'était le mot juste, de la curiosité envers la personne qu'était ce mec terriblement canon.

Je me forçais à arrêter d'y réfléchir. Ce n'était pas la fin du monde après tout. J'avais depuis toute petite toujours été à suivre les règles qu'on m'imposait. Et j'étais très douée pour ça d'ailleurs, puisque quand on me disait, j'appliquais. C'est ce qui me valait mes bons résultats à l'école, sans que j'ai à travailler comme une forcenée. Et cette docilité m'avait suivie dans ma vie. En médecine, je notais, j'apprenais tout ce qu'on nous disait. Au combini, j'exécutais ce qu'on me demandait de faire, et ainsi de suite. Alors merde de temps en temps j'ai le droit de m'écouter. Je soupirai, le vent était froid, et sans soleil, j'allais vite être gelée. J'accélérai, slalomant entre les gens qui traversaient n'importe comment. Mon Dieu comme je pouvais détester Tokyo pour ses habitants qui s'y sentaient rois. Si il y avait un moyen de locomotion à ne pas prendre dans le centre, c'était bien la voiture. J'avais naïvement emmené lors de mon déménagement mon vélo, étant habitué à me déplacer exclusivement sur ce dernier à Osaka. C'était beaucoup plus calme qu'ici, beaucoup plus praticable. Je me retrouvais tous les jours à effectuer un véritable parcours du combattant pour aller livrer.

Je me surprise à reconnaître le chemin et n'avoir à regarder le petit GPS que deux fois. Je n'allais que très rarement livrer aux mêmes endroits. Les gens étaient assez vagabonds, très libres. Ils ne restaient jamais fidèles à un endroit en particulier. Peut être que le service de livraison n'était pas aussi satisfaisant qu'ils le pensaient. Je fronçai les sourcils à cette idée. Je me fiche bien de ce qu'ils pensent. J'avais donc été plus rapide que la première fois, ce que je constatai en arrivant une nouvelle fois devant la belle bâtisse qu'était celle du brun arrogant. Elle prenait une ampleur différente à la tombée du soleil. C'était un endroit vraiment charmant.

J'étais essoufflée, je pris un temps pour reprendre mon calme en mettant mon vélo contre le muret. Je voulais faire les choses bien cette fois-ci. Je m'emparai de la poche chaude, recoiffai rapidement mes cheveux qui étaient ébouriffés avec le vent, puis en prenant une grande inspiration, je sonnai. Ni trop longtemps, ni pas assez. Parfait Sakura.

Et je me mis à attendre, avec l'amère sentiment de regret qui s'empara très vite de tout mon corps. C'est ainsi que je commençai à paniquer mentalement. Bon sang, et si il avait prit en compte le fait que je devais arriver dans un heure et était parti ? De quoi j'aurais l'air ? Est ce que je dois partir maintenant ? Je vais perdre du temps, ils le remarqueront forcément au combini. Voilà ce qu'il en coûte quand on ne suit pas les règles, Sakura ! Allez ouvre cette porte ! Qu'est ce que je dois faire ?

Je me mis à regarder partout autour de moi, comme si le garçon allait sortir d'un buisson en me criant surprise. Qu'est ce que je pouvais être stupide, parfois. Je n'entendis pas la porte s'ouvrir, mais la voix me ramena vite à la réalité.

-Oui ?

Je tournai la tête violemment. Hein ? A moins que le bel inconnu n'ait pris une vingtaine d'année depuis une semaine, je ne comprenais pas ce qui était en train de se passer. Un homme avait ouvert, avec des lunettes rondes et une queue de cheval grise. Il n'a pas l'air si vieux pourtant. Il me regardait d'un air méfiant, alors que j'essayais de comprendre quel facteur je n'avais pas pris en compte pour en être là. Je détestais quand les choses prenaient un tournant différent de celui que j'avais calculé. C'était une des raisons pour lesquelles je suivais toujours les règles qu'on m'imposait pas de mauvaise surprise. Il se mit à froncer les sourcils.

-Euh, oui, excusez-moi, bafouillai-je.

Je me baissai, tendant la poche vers lui, comme je le faisais à chaque livraison.

-Merci d'avoir choisi Ichiraku combini pour votre commande de yakitori ! Même si c'est pas toi que je voulais voir !

Il ne répondit rien. Peut être avait-il comme point commun avec l'autre la non connaissance de la politesse. Un surplus d'arrogance, encore ? Cette maison devait avoir un truc. Je me relevai. Cette fois, c'était moi qui était en tord en étant venue beaucoup trop tôt. Il allait forcément me faire la réflexion, c'était la seule chose qui n'était pas parfaite dans mon plan.

-Je ne comprends pas, vous avez dû vous tromper d'adresse.

Il était froid, mais plus humain que l'autre. Il réussit même à me faire douter, mais je reconnaissais la plus grande maison du quartier, le petit portillon ainsi que le muret. Je décidai, partie dans ma lancée de transgresser les règles, d'insister. Je ne pense pas que j'avais quelque chose à perdre. Alors je fis mine de regarder le papier où l'adresse avait été gribouillée. L'adresse correspondait, la commande aussi, l'heure était juste différente...

-N-non, je ne fais pourtant pas erreur. Je suis peut être légèrement en avance.

Ayame ne marquait pas les noms des gens qui prenaient la commande. Elle l'écrivait quand ces derniers lui donnait, mais elle estimait que nous n'en avions pas besoin. Je pensais la même chose, jusqu'à maintenant. J'avais l'impression d'être dans la peau de quelqu'un qui frappe à toutes les portes pour arnaquer les gens et revendre des trucs de mauvaise qualité. Où du moins, c'est comme ça que l'homme aux cheveux gris et lunettes rondes me regardait. Il soupira.

-Non, ça doit être Sasuke qui a commandé ça sans le dire. Entrez.

Sa phrase avait été courte mais pleine d'informations. J'avais retenu « Sasuke » ainsi que « Entrez ». Sasuke était peut être le prénom de- Attend, quoi ? Comment ça, « entrez ? » Tu vas pas me faire rentrer comme ça, prend la poche que je m'en aille ! J'ouvris de grands yeux, il s'était tourné et me faisait signe de la main d'ouvrir le portillon pour le suivre. Et voilà Sakura, une conséquence non négligeable de ton coup de tête ! Pourquoi voulait-il me faire rentrer ? Je n'étais qu'une vulgaire livreuse, franchement il avait juste besoin de me donner l'argent. Mais d'un coté... J'étais toujours aussi curieuse de revoir l'autre bel arrogant. Ma respiration s'accéléra tandis que j'ouvris le petit portail. Voilà, je rentrais chez des gens, perdais du temps, et avais transgressé une règle. C'est hésitante que je le rejoignis pour rentrer dans la grande maison.

Il referma la porte derrière moi, je fus stupéfaite. La maison renfermait un intérieur beaucoup plus grand et traditionnel que je ne l'avais imaginé. C'était très spacieux, harmonieux et beau. Je devinais la cuisine à droite derrière les portes japonaises, pouvais voir un bout du salon à gauche, le hall était très grand. Un escalier était un peu plus loin après la cuisine sur la droite, et le plus beau se trouvait en face et loin de moi, un magnifique jardin japonais, sûrement deux fois plus grand et dense que celui de mes parents à Osaka. Pas de doute il doit être pété de thune. La grandeur était ce qu'il y avait de plus fascinant, puisque tout le traditionalisme japonais avait été comme étendu pour montrer ses plus beaux cotés.

Je n'avais vu que ces parties de la maison, puisque je restai sur le pallier, telle une enfant timide. Me rendant compte de l'impolitesse dont je faisais preuve en scrutant partout, je baissais les yeux, rougissante, sur la poche que je tenais de mes deux mains. Je craignais que l'odeur grasse des yakitori ne vienne déteindre sur la fraîcheur des lieux. L'homme qui n'avait pas de chaussures avait avancé jusque devant le salon et me regardait sans comprendre.

-J-je préfère rester ici.

-C'est inutile et impoli, enlevez vos chaussures et asseyez vous ici. Ordonna-t-il, désignant la pièce à gauche.

Je me sentais rougir encore plus. Je n'avais vraisemblablement jamais autant rougis qu'ici, depuis la dernière fois. Avec mes pieds j'enlevai mes chaussures par l'arrière une par une. Ce fut rapide. Je remarquais alors le ridicule de mes chaussettes noires à pois blancs. Est ce que je vais subir encore longtemps les répercutions de ce coup de tête ? C'est bon, le coup des chaussettes, je regrette suffisamment ! Je gardais précieusement la poche entre mes deux mains, j'avançai délicatement sur le parquet vernis pour le suivre. Et je découvris le salon. Grand à l'image de la maison, épuré mais chaleureux, et sur deux murs de la pièce, je pus voir que le jardin japonais entourait presque la maison. Bon sang, c'est tellement beau. Je continuai d'avancer, les yeux rivés sur le l'extérieur, et je me pris dans le pied la table basse. Merde. Automatiquement je regardai l'homme qui fronçait les sourcils. Des yeux il me désigna où m'asseoir au pied de la table basse. J'étais donc dos à l'entrée du salon et face à une partie du jardin.

Puis il parti. « Attendez là quelques instants. » Je mourrais d'envie de me lever, faire coulisser les portes pour sortir dans ce jardin au coucher du soleil qui ne cadrait tellement pas avec l'univers de Tokyo. Je me voyais déjà assise sur la parquet qui continuait autour de la maison, balancer mes pieds et jeter un caillou dans la marre. Bordel Sakura à quoi tu penses, tu n'es même pas chez toi et tu es juste en train de perdre du temps ! Je sortis bien vite de mes songes, pour retrouver la panique qui m'avait gagné un peu plus tôt à l'extérieure. L'attente se fit longue. Derrière moi j'entendais les pas des pieds nus de l'homme aux lunettes, mais je me devais de rester assise, droite, à attendre qu'on s'intéresse à moi.

Je passai une main dans mes cheveux. J'avais l'odeur des yakitori dans le nez, mais j'étais persuadée qu'une douce odeur flottait dans l'air de cette maison. Je n'avais pas pensé que le style traditionnel japonais pouvait m'avoir manqué. Il me rappelait doucement ma maison à Osaka, avec mes parents. Elle était deux fois plus petite mais très douillette. Bien à l'inverse de mon appartement de Tokyo. Bien à l'inverse de Tokyo tout court d'ailleurs. Je me mis à respirer fort. C'était stressant.

Puis la voix de l'homme aux cheveux gris se fit entendre de loin. Je ne comprenais pas bien ce qu'il disait, mais j'entendis ses pas se rapprocher. Ainsi que d'autres derrière lui. Il n'était plus seul, et je n'eus pas le temps de réfléchir a quelle nouvelle personne ça pouvait être qu'une deuxième voix résonna, plus grave.

-J'espère que c'est important pour être venu me déranger en plein entraînement.

C'est là que mon cœur, devenu bien fragile, se mit à battre de travers et résonna dans mes tempes. C'était la voix du beau brun arrogant de l'autre soir. Et ses pas ses rapprochaient, jusqu'à se faire entendre juste derrière moi. C'est ce moment que je choisis pour me retourner.

Oh bordel. C'était lui, en costume noir traditionnel japonais d'arts martiaux, ouvert au torse, suant, avec une longue arme dans la main, certainement un katana, qu'il posa sur l'encadrement de la porte. J'eus un frisson, il était terriblement beau. Beaucoup plus à la lumière, même du soir. Il fronça les sourcils, l'homme aux lunettes était à coté de lui.

-Qu'est ce qu'elle fait là. Demanda-t-il, cinglant.

-A vrai dire, je me posais la même question. Lui répondit l'homme aux cheveux gris.

Je me sentis alors vraiment stupide. J'étais là, assise en tailleur avec mes chaussettes de petite fille, la poche au creux de mes jambes, à les regarder comme si je me demandais à quelle sauce ils allaient me manger. Mais à travers toutes mes pensées, une se détacha du lot. Il avait dit « qu'est ce qu'elle fait là » pas « qui est-ce ». Je me mis à rougir bêtement, avant de me relever, tentant de ne pas glisser sur le beau parquet. Il était tout proche, et son torse se soulevait au rythme de sa respiration haletante. Je ne pensais pas qu'un art traditionnel japonais de combat pouvait être aussi... Terriblement sexy. Je fronçai des sourcils pour vaincre ces idées que je ne me connaissais pas. Il avait un air méchant, je le dérangeais. Je désignai la poche de yakitori.

-C'est votre commande, annonçai-je calmement, sans baisser les yeux.

Il tourna la tête et soupira lourdement. Je ne m'étais définitivement pas trompée sur son arrogance. Il croisa les bras et leva les yeux sur l'horloge derrière moi que j'avais repéré un peu plus tôt.

-Sais-tu lire l'heure ?

Une fois de plus il me tutoya. J'ajoutai le terme « irritant » à la liste des mots qui pouvaient le décrire.

-Je suis en avance cette fois, oui.

Il aurait fallu que j'ajoute un « excusez-moi » mais je n'avais pas envie de me soumettre à ce caractère impétueux. Et puis quoi encore ? Son regard était plongé dans le mien. Il était noir, essayait-il de me faire plier ? Je continuai de le fixer. La situation devint bien vite gênante.

-C-cette fois les yakitori sont à bonne température.

Eh merde j'ai bafouillé, il a gagné. Il eut ce qui ressemblait à un micro sourire, très provocateur, et très bref. Comme si il était fier d'avoir gagné cette joute invisible. Il se retourna lentement.

-Une heure plus tôt ou une heure plus tard souffla-t-il, c'est si compliqué que ça de livrer dans les temps ?

Il partait en direction du fond de la maison. Eh mais reste là ! Et les yakitori, bordel ! L'homme aux cheveux gris s'était décalé et avait rejoint ses mains devant lui tel un serviteur de maison. Fronçant des sourcils, j'oubliais les règles de politesse de base pour suivre avec la poche en main, le garçon qui désormais s'appelait Sasuke. Où est ce qu'il partait ? Je suivis ses pas rapidement, et je me surpris même à être provocatrice à mon tour.

-Au moins, si vous avez commandé une seconde fois, c'est qu'ils vous ont finalement plu.

Ma réplique me fit sourire moi-même. Il s'arrêta subitement alors que j'avais continué de marcher, et nous fûmes très près l'un de l'autre lorsqu'il se retourna, avec le regard froncé une seconde fois. Mon sourire se dissipa. Mais je continuai.

-J'avais donc... Raison... soufflai-je, presque comme une question.

Ne te laisse pas impressionner, ne te laisse pas impressionner, Sakura ! Je craignis qu'il n'entende ma respiration s'accélérer. Son regard était tellement sombre qu'il en était presque agressif, je devinai qu'il ne voulait pas que je le suive. J'étais arrivée cependant au niveau de l'escalier, je pouvais voir plus loin dans la maison. Ses yeux me figèrent sur place, et il passa devant moi, son bras frôlant le mien, pour monter les escaliers.

Et maintenant, je fais quoi ? Je ne bouge plus en tout cas ! Il fallait vraiment que j'arrête de laisser aller mon caractère. Peut être que suivre les règles était négatif en ce point, je ne me plaignais jamais, et j'accumulais tout en moi. Étrangement, c'est toujours ici que je perdais le contrôle de ma docilité. Mes yeux basculèrent vers l'homme aux lunettes. Il s'était déplacé pour récupéré le katana qui semblait lourd, et au même instant, une troisième voix résonna lourdement, venant d'une salle qui devait se situer derrière les escaliers.

-Kabuto !

Le timbre de la voix était sévère. Mais je pu alors connaître le nom de l'homme à la queue de cheval grise, puisqu'il répondit automatiquement, et d'une façon plutôt étrange.

-Oui, maître.

-Où est passé Sasuke, bon sang ?

J'ouvris de grands yeux. C'est quoi ce délire ? Pourquoi il appelle un gars « maître » ? Le dit Kabuto passa lentement devant moi. Il avait endossé le rôle de serviteur entièrement. Beaucoup plus soumis qu'il n'en donnait l'air, en tout cas. Il n'eut pas le temps de rejoindre son « maître » que ce dernier, j'imagine, débarqua en trombe. Il était aussi habillé d'un habit de combat traditionnel. La vache, il fait peur lui ! Il s'arrêta net devant moi, mais j'aurais préféré passer inaperçue au moment où son regard presque jaune plongea dans le mien. Il avait de longs cheveux noirs, la peau aussi pâle qu'une feuille de papier, les joues creusées et, bordel c'est du maquillage autour de ses yeux ? Il ressemblait à un serpent.

-Qui est-ce ? Demanda-t-il, sans me quitter des yeux.

L'espace d'un instant, je m'imaginai une scène improbable dans laquelle ces deux hommes seraient en couple, et auraient adopté « Sasuke ». Je secouai la tête. C'était pour le moins improbable. Quoi que j'aurais bien vu le mec aux lunettes dans le rôle de la mère. Mon regard cherchai un endroit où se poser, partout mais pas dans les yeux de cet homme effrayant. Voyant qu'il attendait une réponse que ne donnerait pas Kabuto, je répondis, me concentrant pour ne pas montrer ma peur.

-Je m'appelle Sakura, je suis venue livrer des yakitori c-commandés par... Sasuke.

Eh merde ! J'avais buté deux fois dans ma phrase, une fois où j'avais bégayé, et une autre où je n'ai pas su trouver le mot que je cherchais. Mais je venais d'utiliser à mon aise le prénom du beau brun arrogant, je m'en étais moi-même surprise. D'une façon telle qu'on aurait pu croire que je le connaissais de longue date. Alors que je le connaissais depuis une semaine et que c'était ma curiosité qui m'avait poussé à revenir vers lui de la sorte. J'entendis des pas descendre de l'escalier. Encore une fois, mon esprit divagua à imaginer une quatrième personne apparaître. Un harem d'hommes étranges. Sauf le brun arrogant, qui était juste arrogant, mais beau. J'aperçus vite la silhouette de « Sasuke ». Et je fus particulièrement rassurée. L'homme qui faisait peur le regarda descendre, et avec cette façon de parler aux gens sans les regarder, il articula un « eh bien enchanté, Sakura. » Mon Dieu, mais pourquoi on dirait qu'il va me manger ?!

Je m'étais recroquevillée debout, collée à l'escalier. Sasuke se mit à coté de moi, et sans me regarder lui non plus, me tendit un billet. Voilà ce qu'il était parti chercher.

-Tu ne pouvais pas m'attendre ?

Son regard prit les teintes similaires à celui d'un tueur. Sérieux c'est quoi cette ambiance entre eux ? Les voyant tous les deux en habit traditionnels de combat, j'imaginai qu'au lieu d'être père et fils, ils étaient peut être plus professeur élève. Mais ça n'expliquait toujours pas la présence de Kabuto.

-Je te cherchais, répondis l'homme effrayant avec un sourire provocateur, et en chemin j'ai fait la connaissance de cette charmante... Sakura.

Je déglutis. Je me surpris à ne plus vouloir mettre les pieds dans cette maison lorsqu'il me regarda avec ce même sourire qui faisait peur. Sasuke soupira violemment.

-Retournez dans la salle, j'arrive.

Finalement, c'était peut être lui qui dictait les ordres. Je n'y comprenais plus rien. L'homme serpent eut un rire, qui sonnait effroyablement démoniaque, et après avoir lancé un regard au serviteur Kabuto, ils partirent tous les deux dans la salle derrière les escaliers. C'est quoi, cette baraque ? Je me retrouvai alors seule avec le brun arrogant, et la tension palpable à l'instant se dissipa doucement. Était-ce possible, tant d'agressivité silencieuse ?

-Je pense que je ne reviendrai plus en avance non plus. Soufflai-je.

Le silence persista, je levai les yeux vers lui, qui était totalement impassible. Finalement, je préférais peut être quand il me répondait méchamment.

-Si je recommande un jour.

Ok je préférais quand il restait silencieux. Il me tendit le billet. Cette fois-ci la somme était la bonne. Je le pris pour lui tendre la poche. Je rangeai le billet dans ma poche.

-Si vous avez aimé alors qu'ils étaient froids, vous ne pourrez plus vous en passer quand ils sont chauds !

On aurait dit un vieux slogan de publicité. J'eus un sourire à cette pensée, je devais être plutôt ridicule, surtout que je rougissais à chaque fois que son regard croisait le mien un peu trop longtemps. Il ouvrit la poche et regarda dedans un instant.

-Alors, m-merci d'avoir choisi Ichiraku ramen pour votre commande.

Encore bafouillé...

-Mh.

Ses yeux passèrent de la poche de yakitori à mes chaussettes. Non, non pas ça ! Si j'avais pu cacher mes pieds, je l'aurais fait, mais j'étais coincée, je devais le laisser admirer les jolis motifs à pois blancs sur tissu noir. La honte ! Puis son regard croisa le mien. Je soupirai. Même si il était terriblement beau, je devais à ses yeux n'être qu'une vulgaire livreuse aux chaussettes à pois. Qui en plus, ne livrait jamais au bon moment.Je me retournai pour aller remettre mes chaussures. J'avais été suffisamment ridicule comme ça ! Et j'avais perdu un temps fou. Il resta debout à me regarder pendant que je remettais rapidement mes chaussures. Mais pourquoi tu me fixes ? Mon visage devait ressembler à une grosse tomate bien mûre. Et grosse tomate bien mûre + cheveux roses, ça devait être... Je ne préférais pas imaginer. Je me relevai une fois fini. Nous nous faisions face, de loin. J'étais plutôt blasée. Je n'avais vraiment pas l'habitude d'être attirée par un garçon, et lorsque cela se produisait, il fallait que ça soit quelque chose d'inaccessible, ou que je me tourne au ridicule. Bravo, Sakura !

-Bon, eh bien au revoir.

Je me baissai, par signe de respect, comme si ça pouvait récupérer mon image. Puis je me retournai, et ouvris la porte, après avoir croisé une dernière fois son regard charbonneux, impassible cette fois, comme si il réfléchissait et ne faisait rien d'autre. Adieu, beau brun arrogant.

-A bientôt.

C'est les mots qu'il dit au moment où je fermais la porte. Quoi, « à bientôt » ? J'avais une folle envie de rouvrir la porte en trombe pour lui crier « comment ça, à bientôt, on va se revoir ? » Mon cœur battait la chamade. Je m'appuyais quelques secondes sur la porte. Reprend-toi Sakura, ça ne veut rien dire, ce n'était rien que de la politesse. Je soufflai un grand coup avant de descendre les quelques marches et ouvrir le portillon pour sortir.

Je montais sur mon vélo, et pris la prochaine commande que je m'apprêtais à faire. Je mis un certain moment à réussir à régler le GPS. J'étais troublée par cette livraison. Alors que le soleil se couchait, je repartis, lançant un bref regard à la grande maison. Cette fois, j'aurais quelque chose à raconter à Ino. Je me repassai les scènes toutes plus gênantes les unes que les autres, et finalement, certaines me firent rire. Mon Dieu ce que j'avais pu être ridicule. Puis le « A bientôt » de Sasuke, ainsi que ses yeux noirs me revinrent. Je souris. Je ne regrettai absolument pas d'avoir transgressé les règles.

Et a partir de maintenant, je m'apprêtais à recommencer, et bousculer volontairement ma vie. Particulièrement si j'avais l'occasion de le refaire avec ce Sasuke.

-

Voilà pour ce chapitre numéro 2 ! J'espère qu'il vous aura plu. Il est plus long que prévu, puisque la scène chez Sasuke est plus longue que prévu finalement. Arrivé à la moitié du chapitre, je me suis rendue compte que l'histoire avait l'air sacrément monotone. Et si cette impression est partagée, sachez que c'est juste le début, le temps que ça se mette en place ! J'espère ne pas avoir été trop lourde avec certaines descriptions. Bref tout simplement j'espère que ce chapitre vous aura plu ! Et j'espère que vous n'hésiterez pas à commenter, que je sache ce que je dois améliorer, si ça vous plaît, etc, ça m'aiderait vraiment ! :)

Merci pour votre lecture et à bientôt !

Auk.