Bonjour à tous ! Voilà avec un peu -beaucoup- de retard le chapitre cinq, où comme prévu pour ceux qui sont allé faire un tour sur mon profil, les choses commencent à bouger ! J'espère ne pas vous avoir trop déçu avec ce sacré retard, mais examens obligent, je ne pouvais vraiment pas avancer vite !

Sinon, le « yakitoris » dans le titre est vu et revu, mais c'est pour garder un peu de mystère ! Je vous souhaite à tous une bonne lecture et vous rappelle que je suis ouverte à tout type de questions par review (auxquelles je peux répondre) et/ou par MP :-) (si par ailleurs j'ai oublié de répondre aux reviews, n'hésitez pas à me fâcher, je suis malheureusement une pro de la procrastination..)

Je tenais à vous remercier pour vos reviews qui m 'ont fait chaud au cœur, je pense aussi aux anonymes à qui je ne peux pas répondre, notamment Akane qui me suit depuis le début, une certaine Tami-chan qui a été particulièrement généreuse et Creepy-chan, ainsi que tous les autres avec un compte à qui j'ai normalement répondu. Un grand merci !

Sur ce bonne lecture à vous tous :)

Chapitre Cinq

Où il est question de braquage, de train et de yakitoris

Ichiraku était dévasté. Ce matin-là de mi-printemps, après m'être préparée, j'étais descendue par la boutique dans l'espoir de prendre quelque chose à grignoter sur mon chemin vers la fac. Ichiraku était à la caisse, le visage prit entre ses mains, Ayame essayait de le prendre dans ses bras pour le consoler et, surtout, trois policiers se trouvaient dans le combini. Un vent de panique s'empara de moi quelques secondes. Je laissai tomber mon sac à mes pieds pour me précipiter vers eux.

-Qu-qu'est ce qu'il se passe ? Demandai-je le voix tremblante.

Ayame releva ses yeux humides sur moi. « Oh Sakura .. » mais ravala des sanglots, visiblement incapable de me dire ce qui se tramait sous mes yeux. Les trois policiers s'étaient retournés vers moi. L'un s'approcha, le visage sévère.

-Vous travaillez ici ?

-Ça ne semble pas évident ?

J'avais, ces derniers temps, de plus en plus de mal à contenir le deuxième moi qui bouillait dans mon être et ne se gênait pas pour dire tout fort ce que je pensais tout bas. Je vis l'homme froncer les sourcils, mais une lueur de compassion flottait dans son regard.

-Bon sang est ce que vous allez me le dire à la fin ?!

Un silence plus pesant s'installa après que j'eus crié cette phrase. Je vis Ichiraku relever la tête vers moi.

-Nous avons subi un braquage, Sakura.

Mon sang se glaça, un peu comme quand je voyais Sasuke, mais d'une façon beaucoup plus désagréable. Quand ? Dans quelles conditions ? Pourquoi nous, putain ? J'ouvris de grands yeux en regardant le policier près de moi.

-C'est arrivé vers cinq heures du matin, votre patron tenait la caisse.

Je m'approchai de lui. Son visage était décomposé, ses traits étaient tirés. Je ne pus m'empêcher de regarder brièvement autour de moi, le combini, les étalages ne semblaient pas avoir été visés en particulier puisqu'ils étaient intacts. Je posai ma main sur son épaule. Il n'avait vraiment pas besoin de ça, les choses étaient suffisamment dures. Il soupira profondément. Je l'interrogeai du regard, n'osant pas lui demander de vive voix comment cela s'était passé. Comme si il avait compris, il baissa les yeux et ouvrit la bouche. Ses mains tremblaient.

-L'homme avait le visage caché. Il m'a menacé avec une arme blanche, m'a demandé de lui ouvrir la caisse.

Je savais alors que la caisse devait être pleine, puisqu'il n'allait la vider dans la coffre qu'à six heures et demi lorsqu'Ayame prenait son service. Sa voix était pleine d'émotions, chevrotante. J'étais sur le point de lui dire de s'arrêter là mais il continua.

-Comme si cela ne lui suffisait pas, continua-t-il, il m'a forcé à l'amener jusqu'au coffre.

Mon cœur s'emballa, comme si je vivais cette scène épouvantable. Je sentis mes yeux se remplir de larmes, mais puisa une force profondément en moi pour ne pas craquer devant ces personnes. Le coffre était un coffre massif caché dans l'arrière boutique, il n'avait pas de clé mais un code à huit chiffres que seul Ichiraku détenait. C'est dans ce coffre que la caisse de la journée était vidée. A la fin de la semaine, Ichiraku allait à la banque avec une valise, renforcée elle aussi, contenant tout l'argent pour le déposer. C'était le moment le plus risqué pour perdre l'argent, mais la banque se trouvait à deux pas.

Etant mardi aujourd'hui, le coffre contenait seulement la journée de lundi et la nuit de dimanche. Le braqueur n'avait donc pas fait le casse du siècle, mais sûrement de quoi mettre Ichiraku et le combini dans l'embarras total.

-Puis me menaçant une dernière fois, il est parti avec l'argent.

Ayame soupira avant de froncer le regard vers son père, puis moi.

-Papa ne comptait même pas appeler la police ! S'écria-t-elle, je l'ai retrouvé dans cet état en arrivant ce matin, il n'avait pas bougé !

Cette remarque était accablante mais ne m'étonnait pas d'Ichiraku. C'était un homme autonome, d'une petite ville, qui n'avait pas l'habitude de se reposer sur les autres. Même si appeler la police dans ce genre de situation n'était pas vraiment synonyme de se reposer sur les autres. Il voulait régler ses problèmes lui-même. Un policier s'approcha de moi, pour me faire signe de venir avec lui un peu plus loin, ce que je fis. Il m'emmena dans le fond du combini, entre la lessive et le papier toilette. Je lui lançai un regard méfiant.

-J'aimerais juste vous poser quelques questions.

Et je n'aimais pas ça. Dans les films ou les séries policières, quand un flic demandait à parler à l'entourage, c'était qu'il pouvait soupçonner la personne d'avoir commis le crime.

-Donc, commença-t-il, vous travaillez ici, pour cet homme ?

Ca démarrait plutôt mal.

-En effet, répondis-je.

Il sortit un bloc note et un crayon qui y était accroché pour commencer à noter de ce que je disais. Comme dans les séries. Mon regard se fronça un peu plus et je croisai mes bras sur ma poitrine. Ses yeux se posèrent moins d'une seconde sur cette dernière, ce que je trouvai véritablement déplacé, puis alors que je baissai les yeux à mon tour pour regarder ce qu'il avait pu voir de si intéressant, je me rappelai que j'avais mit un tee-shirt avec un léger décolleté sous un fin gilet. Le printemps était exceptionnellement chaud cette année et me faisait porter quelques habits d'été. Cependant l'action de croiser mes bras transforma le « léger décolleté » en « décolleté provocateur ». Je décroisai immédiatement les bras pour les mettre dans les poches de mon jean, me sentant rougir.

-C'est un bon patron ? Continua-t-il. Pas trop sévère ?

Je voyais parfaitement où il voulait en venir. Si Ichiraku avait été un mauvaise patron j'aurais eut toutes les raisons d'organiser ou de participer, de près ou de loin à ce braquage.

-Il est d'une extrême gentillesse, répondis-je, il me traite aussi bien qu'il traite sa fille.

A cette phrase je repensai aux cadeaux qu'ils m'avaient offert pour mon anniversaire. Et je haïs d'autant plus la personne qui avait pu faire une chose pareille à Ichiraku.

-Entre vous et moi, vous êtes bien payée ?

Voilà la question qui aurait justifié que je veuille braquer le combini. Mes yeux fixèrent le policier qui lui était occupé par ce qu'il écrivait dans son bloc note. Il devait avoir la trentaine, était légèrement plus grand que moi et, si j'étais une fille comme Ino, je l'aurais catégorisé comme « trentenaire sexy ». Je savais déjà que, si elle avait été à ma place, elle l'aurait subtilement dragué et aurait fait en sorte de le revoir. Mais je n'étais pas à la place d'Ino. Je ne pourrais jamais faire une chose pareille. Bon sang, Sakura ! Comment peux-tu penser que le policier en face de toi est sexy alors que le combini a été braqué ! Je secouais la tête.

-Je suis bien payée et bénéficie de réductions de loyer sur mon appartement dans l'immeuble.

Il nota ce que je venais de dire d'une écriture presque illisible et d'un coup de crayon affirmé. Mes yeux s'attardèrent sur sa main, virile. Je basculais mon regard ailleurs. Certaines fois, je m'exaspérais.

-Une idée de qui aurait pu commettre un acte pareil ? Des concurrents, un jeune qui aurait déjà essayé de voler...

Ses yeux étaient bleus foncés et croisèrent les miens au moment de sa question. Je réfléchis un instant.

-Non, vraiment aucune idée.

Et c'était vrai. Ichiraku n'avait pas de concurrent direct et nous n'étions pas la cible de vols. Le combini était même apprécié pour être chaleureux.

-Tokyo subit une série de braquages depuis environ un mois, expliqua-t-il. Les malfaiteurs profitent du nombre improbable d'habitants pour ne pas se faire avoir, mais nous réussirons à les attraper.

Il finit sa phrase sur un sourire qui se voulait rassurant et aussi terriblement sexy. Mais qui eut pour seul effet de me faire rougir légèrement alors que je me laissais aller à observer son physique plutôt agréable, musclé. J'étais monstrueuse.

-Très bien, répondis-je.

-Merci d'avoir apporté des réponses à mes questions.

Il reparti sans un regard, me laissant dans le fond du combini. Après avoir poussé un soupire, je les rejoignis. Ichiraku derrière la caisse s'était relevé, comme ayant réussi à retrouver sa dignité. Le policier attirant semblait être, malgré sa trentaine d'année, le supérieur des autres. Il prit la parole alors qu'ils venaient de se réunir devant l'entrée.

-Bien, nous allons enquêter et demanderont à ce que la police passe régulièrement aux heures sensibles devant votre combini.

-Je vous en remercie, répondit solennellement Ichiraku.

-Je vous en prie. Au revoir.

Ses derniers mots me furent presque destinés, puisque dans un sourire il m'avait regardé en les disant. Quoi ? Je me demandais ce que ça pouvait bien vouloir dire dans le langage gestuel des trentenaires, et fis en sorte de ne pas montrer aux autres que je rougissais. Bravo, voilà que maintenant tu es sensible aux charmes d'un mec qui a sûrement une femme et des enfants ! Je jetai un regard à Ayame qui me fixait d'une façon dérangeante avec un sourire complice comme si elle venait d'assister à la scène et avait compris. Mon Dieu. Ayame était une experte, en même temps. Elle m'avait confié un jour ne craquer que pour des hommes plus âgés qu'elle.

Je soupirai de compassion, voyant la mine dépitée d'Ichiraku. Alors qu'un silence plana au dessus de nous, il tapa des mains sur le comptoir et d'un air décidé ajouta un « il ne faut pas se laisser abattre ! » courageux. Et sur un « je vais aller préparer la salle pour les plats chauds. » C'était la salle juste à coté qui venait à peine de finir d'être aménagée. On pouvait y accéder en traversant le combini, et bientôt, c'était dans ses projets, on pourrait y accéder directement de l'extérieur. C'était le projet qui lui tenait à cœur, faire son bar à ramens.

-Oh Sakura..

Ayame me regarda, les yeux pleins de larmes. Bientôt, elle réussirait à me faire pleurer aussi.

-C'est horrible... Ajoutai-je.

Elle regarda en direction de là où était parti son père.

-Il fait l'homme fort devant nous, mais je sais que ça l'a profondément fragilisé..

Une larme perla sur sa joue, qu'elle essuya aussitôt avant de me faire un sourire, lui aussi fragile. Une peine immense s'empara de moi.

-Le policier n'a pas voulu l'inquiéter, mais il me l'a dit à moi.. Chuchota-t-elle.

J'ouvris de grands yeux.

-De quoi tu parles ?

Elle s'approcha de moi.

-Les combinis ayant subis un braquage ont pour la plupart vécu une récidive. C'est pour cela qu'ils vont passer tous les jours et toutes les nuits.

J'eus un frisson. Mais compris aussitôt pourquoi elle ne voulait pas en informer son père, il aurait été capable de prendre des décisions comme fermer le combini par peur que sa fille ou moi n'ayons à vivre un braquage à notre tour.

-J'ai tellement peur...

Son visage avait les traits tirés, comme si elle avait en une heure prit toutes les répercutions de cet événement. Elle tentait elle aussi de se montrer forte mais je lisais en elle qu'elle était effrayée.

-Tu veux que je reste pour la journée ?

Je n'étais pas vraiment convaincue par ce que je venais de proposer, sécher les cours n'était pas dans mon genre et pour assurer une certaine réussite, je me présentais tous les jours à la fac pour ne pas en perdre une miette et risquer de prendre du retard. Mais si c'était pour Ayame et Ichiraku, j'étais prête à ne pas y aller. Elle eut un petit sourire.

-Ca ne sera pas d'une grande utilité et tes cours sont bien trop importants pour que tu n'y ailles pas.

Elle avait tout juste. Je regardai ma montre rapidement, j'avais encore le temps de prendre le dernier train pour la fac et j'arriverai seulement dix minutes en retard.

-Vas-y.

Je la remerciai du regard et me précipitai vers la porte.

-Attend !

Je me stoppai, la main sur la poignée et tournai la tête vers elle. Elle passa de l'autre coté du comptoir et me tendit un bout de papier cartonné que je regardai avec étonnement.

-C'est la carte du policier aux yeux bleus.

Hein ?

-J'en ai gardé une en cas de problème au combini, mais après le sourire appuyé qu'il t'a fait, je me suis dit que tu voudrais peut être le revoir !

Je sentis mes joues brûler. Mon cœur s'accéléra dû à la gène monstre qui venait de m'envahir. J'avais juste trouvé ce policier mignon et.. Elle me fit un clin d'œil, plein de complicité. Je déglutis. Cela ne m'engageait à rien d'avoir sa carte, et ça pourrait toujours être utile. C'est ce dont je me convaincu avant d'ouvrir la porte et partir sur un léger « à tout à l'heure », rangeant la carte dans mon sac en bandoulière et daim. Je pressai le pas pour ne pas louper mon train et après avoir tourné dans quelques rues pour sortir du cœur même de Tokyo, j'arrivai à la gare, descendis les escaliers à toute allure, passai la borne et sautai dans le dernier train qui s'apprêtait à partir.

Et ce train était bondé, mais j'eus la chance de trouver une place assise d'une personne qui venait de se lever pour descendre à cette station. Je poussai donc un lourd soupire après m'être assise, vérifiant qu'une personne n'en ai pas plus besoin que moi. Mais ce n'était pas le cas, pas de vieille personne ni de femme enceinte, le train était juste plein d'étudiants qui n'avaient pas réussis à se lever ce matin. C'était le train des retardataires, celui que je ne prenais jamais puisque je tâchais de toujours être à l'heure. Je posai mon sac sur mes genoux et en l'ouvrant je réalisai que je n'avais pas emmené de quoi écouter de la musique. Et cela était agaçant. Pas de musique voulait dire que j'étais contrainte à écouter des discussions inintéressantes et qui ne me regardaient pas. Même si c'est drôle en général.

Je jetai un dernier coup d'œil dans mon sac pour voir la carte du policier qui me rappela à l'ordre. Et la phrase d'Ayame. Je me demandai si elle l'avait trouvé mignon, mais la réponse était certaine. La nuit où elle m'avait avoué ne tomber amoureuse que de personnes plus âgées qu'elle, je n'avais pas trouvé que c'était un si gros problème que ça, mais il se trouve qu'elle le vivait particulièrement mal. Avec son père constamment derrière elle, il lui était impossible de laisser transparaître une quelconque attirance pour un trentenaire. C'est une chose qui pourrait facilement anéantir Ichiraku qui était du genre papa poule.

Je soupirai en regardant le paysage indescriptible défiler sous mes yeux. Ca ne devait tout de même pas être une chose facile. Elle m'avait avoué il y a quelques temps qu'elle avait eut une liaison avec un homme de trente-cinq ans. J'avais halluciné, cela lui donnait une image beaucoup plus mâture, mais ça avait été irresponsable de se lancer dans cette relation puisqu'elle avait dû taire un chagrin d'amour des plus insupportables. Elle ne m'en avait même pas parlé lorsque c'est arrivé. L'homme en question était un homme marié, avec deux enfants. C'est lorsqu'elle m'a raconté cette histoire que j'ai appris qu'elle aussi avait déjà fait l'amour, et avec quelqu'un d'expérimenté en plus de cela. Je la revoyais en train de me raconter son histoire, à trois heures du matin, la mine triste. C'était un fidèle client du combini. Au départ elle avait honte d'être attirée par lui, elle se sentait gamine, sans expérience et parfois ridicule de lui lancer des petits sourires.

« Puis une nuit alors que papa dormait, il est venu après avoir travaillé très tard. » m'avait-elle raconté. « Il avait dû un peu boire avec ses collègues avant, et lorsque je lui ai servi son ramen, il m'a attrapé par le bras pour m'embrasser. »

Ses mots suivants avaient été : « c'était évident, je l'aimais ».

Mon regard s'attarda sur un homme plus âgé que les étudiants du train. Je me demandais à quoi avait bien pu ressembler l'amant d'Ayame, mais la connaissant, il devait être beau.

Cette liaison s'est terminée brutalement. Sa femme était tombée malade à cause de la pollution de Tokyo et craignant pour leurs enfants, ils déménagèrent loin de la ville. « On est allé dans un hôtel une nuit. On a fait l'amour puis en allumant une cigarette il m'a annoncé qu'il partait quelques heures plus tard et ne reviendrait pas.. »

L'enfoiré.

Elle avait versé une larme à ce souvenir douloureux mais m'avait époustouflé par la façon dont elle s'était montrée humble. Je m'étais sentie terriblement triste pour elle mais aussi incroyablement pathétique avec mes histoires d'attirance et de sentiments pour Sasuke.

Je n'avais pas vu ce dernier depuis le jour de mon anniversaire, cette fois-la où monsieur n'avait pas voulu manger au combini et qu'il m'avait croisé le regard quelque peu étonné. Quel imbécile. Comme tout le temps, j'avais ce sentiment qui me poussait à croire que je le reverrai, même si cela paraissait improbable. Pourtant quelques fois je me surprenais à vouloir le revoir, vraiment.

J'avais un peu moins d'une demi heure de trajet et une place venait de se libérer à coté de moi. Je me mis à observer les gens autour qui n'étaient pas plus âgés que moi, et comme je ne prenais jamais ce train, je n'en connaissais aucun. Je me mis donc à imaginer quelle personne viendrait s'asseoir ici. Je vis quelques gens de la fac de sport, reconnaissables avec le sweat-shirt spécifique, qui restaient debout se tenant aux barres. C'était les seuls que nous pouvions rattacher à un établissement juste en les croisant dans la rue. Ils arboraient ce sweat, soit vert soit bleu, comme la plus grande fierté de leur vie. Ils se la pètent juste parce qu'ils sont musclés.

Le train s'arrêta à une des dernières stations avant la fac. Personne ne descendit, une vague d'étudiants montèrent. Je gardai les yeux au sol, à ce moment précis, je me sentais agressée dans mon espace personnel considérablement réduit, puisque trop de personnes à la fois devaient me frôler, me toucher, me bousculer, et, putain. Au moment où j'eus cette pensée, quelqu'un venait de s'asseoir, non, de s'affaler à coté de moi, s'étant presque jeté sur cette dernière place comme si être debout était un supplice insurmontable. Je tournai la tête pour lui lancer un regard meurtrier, puisque en prenant cette place, il avait aussi mordu de dix bons centimètres sur la mienne. Je fus surprise de voir qu'il avait la tête baissée, comme si il se concentrait pour se rendormir et finir sa nuit. Ses cheveux étaient tirés en arrière et noués en une queue de chevale courte et brune. Il avait une boucle d'oreille, et ses traits semblaient fins. Enfin, en vue de sa posture, il avait bien l'air d'être le plus grand branleur au monde.

-Putain, Shikamaru !

J'avais tourné le visage droit devant moi, mais le sien restait dans la périphérie de mon regard. Il releva vivement la tête lorsqu'une voix féminine et rauque résonna. J'en déduis donc qu'il s'appelait Shikamaru, et qu'il allait passer un sale quart d'heure. Il poussa un lourd soupire.

-Galère...

Et je vis la fille arriver vers lui. Je n'osai pas la regarder dans les yeux, c'était trop indiscret. Je restai rivée sur la porte en face, ne pouvant retenir une oreille indiscrète d'écouter ainsi que la périphérie de mon regard d'observer.

-T'es vraiment impoli, bordel !

Cette phrase sonnait plutôt ironiquement en vue de la vulgarité dont elle faisait preuve. Mais j'eus un sentiment étrange, cette voix ne m'était pas inconnue et bientôt je ne résistai plus à l'envie de jeter un coup d'œil dans sa direction. Elle était debout, se tenant à la barre face au fainéant à coté de moi qui enchaînait une suite impressionnante de soupirs.

Je mis quelques secondes à faire le lien entre le visage de la fille et un visage que j'avais déjà croisé. Puis tout d'un coup, tout devint beaucoup plus gênant. Je l'avais déjà vu dans le combini, et c'était elle qui avait acheté un test de grossesse. Oh putain, trop gênant. Ma vie interférait rarement dans celles des clients du combini. Par cela il fallait comprendre que je ne les recroisais jamais, ou que je ne les reconnaissais pas. Mais cette fille aux quatre couettes blondes m'avait marqué. C'est ainsi que je me demandai si, à défaut de ne pas y avoir de personne âgée à qui céder ma place, il n'y avait pas en fait une femme enceinte sous mes yeux.

Putain Sakura, arrête de penser! Mes yeux se décalèrent jusqu'à son ventre, caché par son sac. Qu'avait donné le test ? Mon indiscrétion atteignait des sommets. Et je pus en considérer les répercutions lorsqu'une aura étrange m'entoura. Merde. Merde merde merde. Je relevai les yeux, elle me fixait, les sourcils froncés. Puis subitement son visage se teinta de rouge. Elle venait sûrement de me reconnaître. Elle détourna les yeux, ces derniers se posèrent brièvement sur « Shikamaru » et elle mit sa main devant sa bouche en regardant au loin, cette fois véritablement rouge. Je pus en déduire qu'il était l'homme avec qui elle avait couché et de qui elle craignait être enceinte. En même temps, quand on voit quel genre de gars c'est...

Pour tenter de ne pas la gêner plus, je détournai le regard d'une façon que je voulu naturelle.

-Qu'est ce que t'as, tu dis plus rien.

C'était sans compter sur le type assis à coté de moi qui venait de relever mollement la tête vers elle après avoir mit les mains dans ses poches de pantalon.

-Ferme-la, abruti, répondit-elle.

Cette fille n'avait vraiment pas l'air commode. Et il sembla penser la même chose que moi puisqu'il soupira.

-T'as tes règles, c'est ça ?

Elle lui donna un coup de pied.

-Ca va pas de balancer des trucs pareils comme ça ?

Il leva les bras comme pour se protéger d'un coup, puis les agita d'un air de dire « calme-toi »

-Ok, je dirai plus rien, répondit-il.

Elle marmonna un « espèce d'idiot ».

Je n'avais pas spécialement envie d'être témoin de cette scène mais je n'avais pas le choix. Pourquoi avait-il fallu que j'oublie ma musique ? Le garçon semblait prendre un malin plaisir à la taquiner et elle partait au quart de tour.

-En plus, chuchota-t-il, je sais que tu ne les as pas...

J'ouvris de grands yeux en entendant cette phrase contre mon gré. Ca devenait gênant. Je me fiche de votre vie sexuelle, putain ! La fille tiqua, puis après avoir étouffé un cri choqué, elle prit de l'élan avec sa main droite que je vis se rapprocher à toute allure du visage du brun. J'avais trouvé la solution pour les épier sans qu'ils ne le voient, je pouvais assister à tout leurs faits et gestes dans le reflet de la vitre d'en face. C'est ainsi que je pu voir que d'un geste net et franc, « Shikamaru » avait retiré sa main de sa poche pour attraper le poignet de la blonde et la stopper dans son élan de violence. Elle siffla un « putain de bordel » entre ses dents. Il la tira vers elle légèrement et, de ce que je pus en voir, eut l'air de planter ses yeux dans les siens en chuchotant un « Temari, détend-toi »

Elle s'appelait donc Temari. Je pouvais donner un nom à cette jeune femme colérique. Leurs caractères ne collaient pas du tout, pourtant, elle sembla se calmer immédiatement, comme si la voix sûre du garçon l'avait apaisé. C'est tout de même violemment qu'elle retira son poignet, et croisa les bras, avant de se retenir à la barre, perdant de l'équilibre. Il remit ses mains dans ses poches.

-Je rigolais, souffla-t-il.

-C'est ça.

Tous les ingrédients étaient réunis pour faire, dés les premières minutes de la matinée de « Temari », une journée pourrie. Je tâchais de montrer que je ne suivais pas leur discussion, mais en faisant ça, ils pouvaient tout aussi bien comprendre que je participai malgré moi à leur histoire. Il soupira. Nous allions bientôt arriver et je n'avais jamais autant eu hâte. Quelques personnes dans le train commencèrent à lancer des « putain, on va être en retard, encore » et je me dis que c'était sûrement la phrase habituelle de ce train. Nous arrivions à la station de la fac, ils s'agglutinèrent tous devant les portes, dont celle qui se trouvait en face de moi. Je décidai de rester assise le temps que le plus gros des personnes sorte. Puis je me levai, tenant mon sac près de moi, avant d'entendre une sonnerie d'une musique que je trouvais agréable mais beaucoup trop forte et vraiment pas discrète.

Putain ça vient d'où, c'est super dérangeant ! Ce son se superposait au vacarme des gens qui descendaient du train. Puis je tentai de suivre à l'oreille ce bruit, avant de remarquer que les regards se tournaient vers moi, et de baisser la tête subitement. Ca venait de mon sac, c'était mon portable. Merde, merde !

En m'empressant de le sortir, je me rappelai que je n'avais plus l'habitude de ma sonnerie puisque je n'enlevai que très rarement mon téléphone de son mode vibreur. Ce n'arrivait jamais, d'ailleurs, ça devait être une mauvaise manipulation.

En me levant de ma place assise pour me diriger vers la sortie du train je décrochai. Ca devait être Ino qui ne se rendait pas compte que j'avais des horaires de cours.

-Allô ?

-Sakura ?

Je ne reconnu pas la voix tout de suite.

-C'est Lee !

Un vent de panique me balaya l'esprit, avoir Lee au téléphone faisait parti des perspectives auxquelles je n'avais jamais pensé, même en lui donnant mon numéro.

-Ah, euh, bafouillai-je, Lee ! Comment vas-tu ?

-Très bien ! Je n'espérais pas qu tu décroches au premier appel !

Ca veut dire quoi, ça ?

Une demi saison était passée depuis la fois où j'avais revu Lee au combini pour que nous échangions nos numéros une deuxième fois. Et nous ne nous étions pas vus une seule fois depuis. Il m'avait envoyé un message quelques jours plus tard, mais j'avais une semaine d'examens de début d'année, - puisque j'avais fait ma rentrée au début du printemps- pour laquelle je devais sérieusement réviser et je ne pouvais pas sortir un soir avec lui. Je ne pensais pas que ça causerait un quelconque soucis, pensant qu'on pourrait se voir après. Mais c'est après quelques messages que je me rendis compte que Lee était loin d'être un garçon avec une vie monotone comme je l'avais imaginé, non, il était en vérité constamment surbooké. Sportif à haut niveau en athlétisme, sports de combats à mains nues et karaté, il était tout le temps parti pour des compétitions, des entraînements aux quatre coins du pays, dans la montagne, etc, avec son entraîneur particulier. Lee était quelqu'un de sérieux, et apprendre ça à son sujet lui avait redonné consistance à mes yeux.

-J'appelais pour savoir si tu étais libre ce soir.

Il m'avait prit de cours avec cet appel. Je réfléchis en descendant du train.

-Oh Lee, tu vas croire que je le fais exprès..

Mais je ne pouvais vraiment pas, ce soir. Je travaillais au combini, et en plus c'était le soir de la semaine où j'étais derrière le comptoir de ramens et yakitoris à les faire pour la clientèle. Ichiraku avait décidé de nous mettre aux fourneaux pour qu'un jour, s'il était malade ou quelque chose dans le genre, ça ne soit pas handicapant pour le combini et que nous sachions cuisiner comme lui pour ses clients. Et je n'avais pas à me plaindre puisque je m'en sortis exceptionnellement bien, malgré le fait que la cuisine n'était pas un de mes passe-temps favoris.

-Je me doutais bien que tu travaillerais, mais je me demandais si tu ne pouvais pas prendre ta soirée exceptionnellement ?

Heureusement que j'étais en train de marcher, puisque quand j'étais au téléphone avec quelqu'un à qui je n'avais pas l'habitude de parler, j'avais un besoin nerveux de bouger partout et de tout toucher. Juste devant moi j'observai les deux presque amoureux aux caractères opposés marcher côte à côte.

-Et en temps normal, répondis-je, je peux. Mais aujourd'hui n'est vraiment pas le bon jour..

-Ah.. ? Soupir-t-il.

-Oui, le combini a été braqué la nuit dernière..

-Mon Dieu ! Sakura ! S'écria-t-il, tu n'as rien ?

J'eus un léger rire. Il avait cette faculté impressionnante d'être avec moi comme avec une personne qu'il connaîtrait depuis des siècles.

-C'était mon patron qui tenait la boutique, expliquai-je. Mais il est dans un sale état et avec sa fille nous avons décidé de le soutenir, du moins au moins pour quelques jours, ce soir y compris.

Et c'était quelque chose de vrai. Je n'avais, avec le temps et les quelques messages que nous nous étions échangé, plus eu peur de sortir un soir avec Lee. C'était définitivement quelqu'un de bien. Certes, j'avais connu des physiques plus agréables. -Sasuke-. Mais son exceptionnelle personnalité renversait la balance.

-Peut être samedi, proposai-je. Qu'en dis-tu ? J'ai ma journée.

Je l'entendis pousser un soupire à son combiné.

-Tu ne peux pas ? Demandai-je.

-Eh bien, je pars demain faire une sorte de tour du Japon.

-Oh, vraiment ?

-Oui, ce sont les tournois du printemps, ça s'arrête juste avant le début de l'été, avant que les jours ne soient trop chauds.

Je me surpris à soupirer silencieusement à mon tour.

-C'est super, Lee, je compte sur toi pour tout réussir.

-Evidemment !

Il m'avait raconté en toute modestie avoir déjà plusieurs coupes et médailles à son effectif. Je relevai les yeux, devant moi, la fille au prénom de Temari s'agitait, semblant avoir perdu quelque chose dans son sac. Elle pestait à voix haute.

-Donc, continuai-je, on doit remettre ça au début de l'été ?

-Je le crains, oui. Mais Sakura, ne m'oublie pas d'ici là !

J'eus un rire en guise de réponse.

-Que la force de la jeunesse soit en toi ! S'écria-t-il.

Je rigolai une seconde fois. Puis sous mes yeux, je vis Temari empoigner plusieurs objets du fond de son sac, et en faire tomber un derrière elle. Un objet plat, rectangulaire, une carte. J'arrivai à son niveau pour la ramasser.

-Ecoute Lee, je dois te laisser, je dois aller en cours.

Je devais juste rendre à cette fille sa carte d'identité qu'elle avait fait tombé, mais je n'avais pas le temps de tout lui expliquer.

-D'accord, alors à bientôt Sakura !

-Oui et bon courage pour tes tournois !

Après son « merci » je raccrochai.

M'intéresser à cette carte d'identité était dans la top liste des choses indiscrètes à faire. Mais je ne pus empêcher mes yeux de lire « Sabaku no Temari » et de voir qu'elle venait de l'autre bout du Japon. Elle avait un an de plus que moi et-

-Eh !

Merde.

Je la vis arriver vers moi, les sourcils froncés, laissant le brun derrière elle. Avant de la laisser me crier dessus puisque ça semblait être son fort, je lui tendis l'objet. Elle s'arrêta, me fixa les yeux sombres, puis récupéra son identité.

-Elle est tombée il y a quelques instants, me contentai-je d'expliquer.

Elle soupira en la remettant dans son sac, sans un merci, puis se retourna brièvement pour regarder le garçon derrière elle.

-Tu es la fille de l'autre jour, hein.

Si par « fille de l'autre jour » elle entendait « la vendeuse du combini qui m'a vendu ce test de grossesse sur lequel j'aurais volontiers craché » alors oui, j'étais cette fille là. Mais j'hochai simplement la tête, craignant sa réaction. Elle soupira une seconde fois. Peut être se ressemblaient-ils un peu, finalement.

-Je m'appelle Temari.

Hein ? J'ouvris de grands yeux. Cette fille semblait avoir le caractère le plus désagréable du monde, semblait parfaitement insociable, mais se présentait à moi comme si elle voulait être mon amie. Je ne comprenais plus rien.

-Euh, répondis-je, et moi Sakura.

Elle me regarda quelques secondes avant de refouiller dans son sac.

-Tu es dans quelle fac ? Me demanda-t-elle.

De plus en plus bizarre.

-Médecine.

-Sérieux ? Ça tombe bien, en fait-

Un sifflement retentit. Elle tourna la tête derrière pour regarder l'autre garçon fainéant qui venait de l'appeler. Il lui fit un signe de la tête pour lui dire de venir, puis tapa deux doigts sur son poignet, ce dernier geste voulant dire qu'ils allaient être en retard.

-Putain, marmonna-t-elle, j'y vais, à plus.

Elle marcha d'un pas accéléré vers lui, et lui donna une tape sur l'épaule arrivée à son niveau, avant de se mettre à marcher ensemble et de faire de grands gestes.

J'étais plantée là. Je ne comprenais plus rien.

–-

-Et elle a pas continué sa phrase ?

Je n'avais eu qu'une longue matinée de cours. J'avais donc passé l'après-midi à travailler dans mon appartement et j'étais maintenant en train de préparer différents plats pour les servir aux clients.

-Non, j'ai rien compris, répondis-je. Tiens, ta salade.

Et il n'y avait pas beaucoup de monde. Je venais de servir Ino.

-Cette fille est bizarre non ? Me demanda-t-elle en scrutant sa salade.

Je soupirai en posant mon menton sur ma paume.

-Je pense qu'au début elle était surtout gênée par rapport au test de grossesse.

Elle se mit à manger avec ses baguettes.

-Et le gars derrière elle, c'était lui qui l'avait peut être mise en cloque ?

-Oui, voilà.

Elle prit la sauce pour en mettre dans son bol.

-Le tout est de savoir ce qu'elle te voulait.

Le bout de salle à ambiance asiatique semi-zen était vide, mon regard se posa sur chaque table en imaginant quel réussite ça aurait été si la nourriture d'Ichiraku était un peu plus connue.

-J'en sais rien, Ino, soupirai-je. Il y a vraiment des gens bizarres à Tokyo.

Elle eut un rire avant de pointer sa baguette sur moi d'un air accusateur.

-Non, Haruno ! Ca, c'est l'excuse que tu as trouvé pour ne pas te sociabiliser.

Je me mis à rire à mon tour, alors qu'elle dévorait la verdure sans manière. Il n'y avait qu'avec moi qu'elle se montrait aussi naturelle, et aucun Kiba n'y changerait rien. Même si la fréquence des fois où nous nous voyions avait considérablement baissée.

-En plus, continua-t-elle la bouche pleine, il y a de véritables petites perles si tu creuses.

Je la regardai en haussant les sourcils. Ino et les métaphores, ça avait toujours fait deux. Elle toussa après avoir mangé trop vite et se reprit.

-Je veux dire, dans la population de Tokyo, en cherchant bien ou par une chance incontestée qui est la tienne, tu peux tomber sur des gens particulièrement intéressants !

Elle avait finit sa phrase sur un sourire lourdement malicieux. Et je fronçai les sourcils. J'avais peur d'avoir compris. Elle me regarda d'un air désabusé.

-Mais bon sang Sakura, je te parle de ce Sasuke !

Et j'avais bien compris.

Quelques temps après avoir eu Ino au téléphone le jour de mon anniversaire, nous nous étions revues. Je ne lui faisais plus la tête et elle semblait presque sur un petit nuage. Puis j'avais sauté le pas. Elle s'était parfaitement souvenu du « garçon sur qui j'avais craqué lors d'une livraison » et me força à tout lui raconter. Comme j'y avais réfléchi, je la laissai me poser des questions pour lui répondre par « oui » ou par « non ».

« Il est châtain ? - Non »

« Brun ? Oui »

« Il a les yeux bleus ? -Non, noirs »

« Il est grand ? -Oui »

« Comme Kiba ? -Un peu plus »

« Il est sociable ? - Non. »

« Il est beau ? -Vraiment beaucoup, oui. »

« Il connaît ton prénom ? - Oui »

« Il est bien foutu ? -..Oui »

« Il a un beau sourire ? -Il ne sourit pas trop.. »

« Il est mystérieux, alors ? -Complètement. »

« Ténébreux ? -Oui. »

« Tu as son numéro ? - Non. »

« Il t'attire ? -Oui. »

« Non, sérieux ? -..Oui, Ino »

« Tu vas le revoir ? - J'en sais rien »

« Il s'appelle ? -Uchiha Sasuke »

Le fait est que je savais que si Ino le voyait un jour, elle le trouverait vraiment beau. Sasuke se trouvait bien au dessus de tous les garçons qu'elle avait pu fréquenter.

Elle posa son menton sur sa paume après avoir fini sa salade et regarda dans le vide d'un air rêveur.

-J'aimerais tellement voir à quoi il ressemble en vrai...

Elle tapa sa main sur le comptoir en me regardant dans les yeux.

-D'après ce que tu m'en as dit, il a de quoi être un super canon !

Je soupirai.

-Sans compter que c'est la première fois que tu te laisses aller à être attirée par quelqu'un.

-Ca, je sais.. Soufflai-je en essuyant de la vaisselle.

Elle tapa dans ses mains.

-Raconte moi, qu'est ce que ça te fait ?

On aurait dit une gamine à qui on aurait raconté une histoire excitante sans lui dire la fin. Je lui lançai un regard de « tu m'énerves avec tes questions »

-Oh alleez, tu me dis tout.

Je soupirai. Je ne me souvenais plus pour la combientième fois depuis le début de cette journée, mais c'était à coup sûr un très grand nombre. Je gardai le regard fixe sur la vaisselle que j'essuyais.

-Quand je le vois, je rougis, je tremble, j'ouvre grand les yeux, mon cœur bat vite, ce genre de choses..

Et lorsque je relevai les yeux, Ino me fixait avec un large sourire.

-Qu-quoi ? Demandai-je.

-Tu es trop mignonne, Sakura ! Il craquera pour toi un jour, c'est sûr.

Je me mis à rire. Je la vis sortir son portable de son sac à main.

-Je dois y aller, Kiba va m'attendre.

-Ca fait un moment que vous êtes ensemble maintenant, dis-je en posant sur le comptoir le dernier bol à ramen.

-Oui, ma plus longue relation, souffla-t-elle.

-Ca se passe bien ?

Elle eut l'air d'hésiter, les yeux dans le vague, puis secoua la main devant son visage en souriant.

-En ce moment, il y a des hauts et des bas, mais tu sais, ce sont des phases à passer !

Je la regardai, le visage inquiet. Pour qu'Ino avoue qu'il y ait des hauts et des bas, elle qui est une inconditionnelle rêveuse ayant du mal à s'avouer la vérité, c'est que ça devait être sérieux.

-Ne t'en fais pas ! Allez, je file.

-D'accord.

Elle se leva de son tabouret, me fit un signe de la main avant de passer l'encadrement de la porte coulissante ouverte qui donnait sur le combini. J'entendis, alors qu'elle venait à peine de passer la séparation boutique/salle la porte du combini s'ouvrir. Je calculai rapidement que ça devait être un nouveau client et espérai qu'il soit venu manger quelque chose ici. Ichiraku était parti faire des commandes pour réapprovisionner le combini tandis qu'Ayame tenait la caisse en ce début de soirée. Je me mis à ranger les bols à ramen dans le comptoir, puis j'entendis un « C'est juste là. Sakura, c'est pour toi ! »

Je finissais de ranger lorsque j'entendis des pas calmes entrer. Je me relevai de dos pour accrocher le torchon à son étendoir.

-Que puis-je vous-

Je me retournai.

-Servir...

Mes yeux s'écarquillèrent, mon cœur se mit à battre plus fortement, mes jambes tremblèrent, mes joues rougirent, et tout cela en l'espace de la seconde où je vis Sasuke en face de moi. Son visage doux et viril à la fois me rappela à quel point une attirance pouvait être violente. Il portait un tee-shirt bleu marine, serré au niveau des muscles de son torse et ses bras. Je cru distinguer un bermuda gris laissant voir une partie de ses jambes.

Silencieusement, il s'assit sur le tabouret où Ino était assise quelques minutes plus tôt. Il regarda calmement autour de lui, et comme si j'avais réussi à m'habituer aux réactions de mon corps face à lui, je réussis à me calmer.

-Des yakitoris.

La dernière fois que je l'avais vu, je l'avais évité. La dernière fois aussi il avait dénigré l'endroit où je travaillais, refusant d'y entrer. Je me retournai pour reprendre mon calme et prendre le torchon une seconde fois d'un geste mécanique pour essuyer mes mains déjà sèches. Bon sang, quel abruti ! Cet imbécile ! Je repensai à notre dernière véritable confrontation, ce moment gênant où j'avais complètement craqué en lui demandant si je pouvais le revoir. Je serrai les dents et les poings. Mon cœur avait reprit de plus belle. Je le déteste ! Dénigrer le combini où je travaille, sérieux !

Je pris une grande inspiration en entendant le bruit du tabouret sur lequel il était assis. Je me retournai pour le regarder du coin de l'œil, il était de dos, à regarder dehors, une baie vitrée à coté donnait vue sur la cours intérieur de l'immeuble, ainsi que sur mon vélo.. Mes yeux se fixèrent sur sa nuque. Je me retournai d'un sursaut, rougissante.

Putain, putain, Sasuke est là, c'est bien lui.

Il se gratta la gorge discrètement.

Aaah !

Pour reprendre mon calme, je m'attelai à la tâche. Je me mis en tête de toujours rester de dos, pour faire en sorte que nos regards ne se croisent pas, pour ne pas qu'il voit mes joues cramoisies, pour ne pas qu'il se rende compte que je tremble, qu'il est beau, que je craque pour lui et.. Bon sang, Sakura !

Cependant, je fus vite confrontée à un dilemme, les pics en bois pour les brochettes se trouvait en dessous du comptoir où il était actuellement accoudé. D'un coup, espérant que ça soit le bon moment et qu'il regarde ailleurs, je me tournai à toute allure, si bien que je fus prise de vertiges.

Et c'était le mauvais moment.

Aussi vite que j'avais pivoté, je tombai dans la profondeur de son regard noir, planté dans le mien.

Trop soudain ! Garde ton calme. Mes yeux se baissèrent alors même que je pris trois brochettes. C'était à mon tour de me gratter la gorge, nerveusement. J'étais bloquée, le comptoir était aménagé de façon à ce qu'on cuisine face aux clients. Pourquoi, pourquoi ? Son regard me suivait. Mais POURQUOI ? Mes mains commencèrent à trembler lorsque je sortis la viande du frais et pris un couteau à épaisse lame pour trancher et faire des boules destinées à être cuites en brochettes. Je n'arrivais pas à me concentrer. Le bruit de la ville filtrant par la baie vitrée ouverte faisait office de tapisserie sonore, en ajoutant le bruit de la caisse et les « bonsoirs ! » d'Ayame, je n'avais pas de quoi être gênée par un quelconque silence. Pourtant, j'étais en train de mourir de gêne. Il fallait que je fasse quelque chose.

-Avec ça, une boisson ?

J'avais volontairement choisi une phrase qui ne m'obligeait pas à lui parler directement. Aussi l'avais-je dite sans le regarder, rivée sur la forme des boules de viandes. Ne lève pas les yeux sinon tu vas rougir.

-Oui, une bière.

Mais je ne pus empêcher mes yeux de se lever vers lui. Une bière. Mon cœur s'accéléra à l'idée que sans raison, cela le rendait terriblement viril. Plus qui ne l'était déjà. Mes joues me brûlèrent une seconde fois. Il n'était toujours pas bavard, et presque impoli, mais il était en face de moi, allait manger devant moi, boire une bière devant moi, et j'en oubliais toute trace d'impolitesse.

-Bien, répondis-je.

Cela me faisait une bonne raison de me retourner vers le grand réfrigérateur pour sortir une bouteille de bière artisanale, un verre, et lui verser dedans. Les yakitoris étaient près, il ne me restait plus qu'à les faire cuire. D'une habilité que je ne me connaissais pas, je me retournais pour déposer juste à coté de sa main son verre d'alcool. Mes yeux ne cherchèrent pas de contact visuel, trop concentrée à ne pas faire d'erreur qui pourrait me rendre ridicule.

-Merci, dit-il finalement.

Je soufflais discrètement. Pouvait-ce être plus gênant que cela ?

-En sauce ou avec du sel ?

Mon regard craqua. D'un air sérieux je venais de lui poser la question, les yeux dans les yeux alors qu'il prenait une gorgée de sa bière. Comme si je l'avais déconcentré, une goutte du liquide perla sur sa lèvre, au coin de sa bouche, au moment où il posa le verre. Et mes yeux tombèrent amoureux de cette goutte de bière, qui failli franchir son menton avant que son doigt n'arrête son chemin.

Mes sens s'étaient émoustillés contre me gré. Putain ! Il me regarda, mais rien n'était à faire, cette goutte de bière avait attiré mon regard sur la bouche la plus sexy qu'il m'ait été donné de connaître. Je fondais.

-Je ne sais pas, répondit-il d'un froncement de sourcils, comme d'habitude.

Sa froideur me ramena immédiatement sur terre. Sasuke était le garçon le plus attirant du monde, mais sa personnalité était la chose à améliorer.

-Ils sont au sel, d'habitude.

-Alors au sel, répondit-il les sourcils froncés.

Je me retournai, vexée. Il m'a parlé comme à une imbécile ! Mais c'est lui l'idiot ! Je mis les brochettes sur la barbecue une à une, le regard froncé et fixe sur l'entrée du combini et Ayame qui se faisait les ongles. Je ne pus alors m'empêcher de repenser à ce moment où n'avait pas voulu rentrer dans le combini. C'est quoi son problème, à la fin ? Je revivais son « non, allons ailleurs » qui avait été aussi frustrant qu'un « non, la nourriture n'est pas bonne ici », ou « non l'autre folle travaille ici ». Mon cœur s'accéléra de colère.

-Et puis si les yakitoris ne te plaisent pas, tu n'avais qu'à pas venir !

Mon esprit se bloqua à cet instant même.

Je venais de faire ça. Je venais de me retourner, la colère m'avait envahie et alors qu'il avait tranquillement relevé les yeux vers moi, j'avais exclamé ma colère, l'expulsant droit à son visage, lui, le garçon le plus attirant du monde dont j'étais dingue, lui qui était venu de son plein gré et avec qui je passais un moment involontairement en tête à tête. Ses yeux s'étaient légèrement ouverts, ses sourcils quelques peu haussés et je pouvais lire dans son regard que si ce n'était pas le cas avant, j'étais maintenant officiellement considérée comme une folle.

Frustrée par mon propre agissement et pleine de honte, je retournai la tête tout aussi violemment vers le barbecue pour retourner les yakitoris. Quelle conne. Mais quelle conne.

-Quoi ?

Cela était sa réponse. Et son regard était maintenant froncé, autant que le mien aurait été si j'avais été verbalement agressée comme il venait de l'être. J'étais rouge de honte. Après la gêne et la colère, mes joues se teintaient de honte, non, mon visage entier, j'étais sûrement rouge jusqu'aux pieds.

-L'autre jour, je t'ai vu t'arrêter devant le combini et refuser d'y entrer.. Soufflai-je.

Les yakitoris étaient près. Après les avoir saupoudré de gros sel, je mis les trois brochettes dorées dans une assiette. Je lui déposai entre ses mains avant de d'essuyer les miennes à l'aide du torchon posé sur mon épaule, la tête baissée.

-Alors, continuai-je, ça ne sert à rien de te forcer.

Mais putain, pourquoi il se forcerait ? Ferme-la Sakura, on dirait une pauvre fille qui fait une crise à son copain en utilisant des arguments sans queue ni tête ! Je soupirai lourdement. C'est pas ton copain, c'est MÊME PAS ton ami ! Je me frappai mentalement.

-Oublie, désolée.

J'étais la folle, et maintenant la bipolaire, qui change de personnalité comme de chemise. Il allait partir en courant, c'était obligé. Je venais de tout ruiner, même si rien n'avait commencé. En racontant ça à Ino, elle me traiterait sûrement de dégénérée, de grosse débile, de fille qui fait tout capoter et qui au lieu de lui servir son plus beau sourire se contente de l'engueuler sans raison par une frustration certaine. Tu as un caractère à chier, Sakura. Je soupirai une seconde fois, je devenais véritablement folle.

-Peut être, j'ai pas souvenir, répondit-il en gouttant la première brochette.

J'écarquillais les yeux. Quoi ? Pas de prise de jambe à son cou pour partir ? Pas de « mais c'est quoi cette folle » pas de « j'ai vraiment rien à faire ici je m'en vais » ?

-Bonsoir, Sakura !

Je n'eus pas le temps de réfléchir à la signification de sa réaction -mensongère, soit dit en passant, puisqu'il m'avait vu ce jour la et nos regards s'étaient croisés d'une façon peu facilement oubliable- plongée entre l'incompréhension et la joie de ne pas avoir été prise pour une ahurie. Ichiraku venait de rentrer dans la salle, une liasse de feuilles dans la main.

-Bonsoir, répondis-je.

Sasuke, fidèle à sa façade ténébreuse fit un signe de tête en guise de salutation. Cette situation était étrange, dans une autre dimension délimitée par mon imagination, je me voyais sortir avec Sasuke et être prise au dépourvu en plein milieu d'un tête à tête par mon père qui serait Ichiraku. Je me sentis gênée sans raison. Mon patron s'avança jusqu'au comptoir, il avait retrouvé une mine plus habituelle que celle de ce matin.

-J'espère que c'est bon ! S'exclama-t-il à Sasuke.

-Plutôt.

Peut être que son dialecte se limitait au fur et à mesure de la journée, ou qu'il avait un nombre de mot limité pour vingt-quatre heures.

-Sakura est une bonne élève, elle a retenu la recette et la reproduit à merveille !

Le moment gênant, nous y étions. J'avais presque envie de taper ma main contre mon front et soupirer un « papaaa, la honte ! Ne dis plus rien » Je fis un signe de la main pour que ses presque compliments cessent et il enleva la ficelle autour de la pile de feuille.

-Qu'est ce que c'est ? Demandai-je en me penchant sur le comptoir.

-Notre nouvelle organisation !

Sasuke, tout en mangeant d'une manière terriblement sexy zieuta du coin de l'œil. Je fis le tour du comptoir pour arriver au niveau d'Ichiraku et comprendre ce qu'il entendait par « nouvelle organisation » C'était une pile de feuille avec des sortes de cases à remplir. En titre était écrit « Ichiraku livraison »

-Désormais lorsque tu livreras, m'expliqua-t-il, tu glisseras cette feuille pour que le client la remplisse !

Je pris un papier pour commencer à le lire. Dessus était demandé certains renseignements comme le nom, l'adresse, le numéro de téléphone, la fréquence des commandes, et d'autres choses dans ce genre-la.

-Nous récolterons les feuillets et pourrons nous organiser à partir de ça, termina-t-il. J'en ai laissé dans un présentoir sur la caisse à l'entrée.

Il me fit un sourire que je lui rendis.

-Très bien, répondis-je.

Je lançais un coup d'oeil furtif à Sasuke qui en était à sa deuxième brochette et semblait s'être totalement désintéressé de la conversation. Je soupirai discrètement. A ce rythme-la, il aurait bientôt fini et partirait de là sans que rien ne se soit passé. Il ne fallait pas qu'il reparte maintenant, mais je n'avais aucun moyen de le retenir.

-Jeune homme, s'adressa-t-il à Sasuke, êtes-vous un client fidèle ?

Sasuke le regarda, étonné. La gêne reprenait possession de mon corps. Ses yeux croisèrent les miens quelques secondes qui me parurent particulièrement longues puis au moment de tourner la tête vers Ichiraku, il répondit un « pas vraiment ». J'avais envie de croiser le regard d'Ichiraku pour lui faire comprendre qu'il ne fallait pas être trop lourd avec Sasuke, et qu'il ne fallait pas faire tout capoter. Même si je n'étais pas encore sur de ce que « tout » représentait.

-Avez-vous déjà passé commande ?

Nonn, stop ! Il n'a rien demandé ! Je ne savais pas si Ayame avait déjà présenté des garçons qu'elles fréquentait à son père, mais elle avait dû vivre de grands moments de solitude si c'était le cas. Soudain je repensai au policier aux yeux bleus de ce matin.

-Quelques fois.

Le regard de mon patron s'illumina. Une lueur de fierté brillait, et j'étais heureuse de savoir qu'un rien pouvait lui faire changer les idées rapidement. Aussi agissait-il comme si il n'y avait pas eut d'incident la nuit dernière. « Aaah, très bien ! » s'exclama-t-il gaiement. Il plaquaa la première feuille du tas devant Sasuke. Pas ça ! C'était sûr maintenant, il ne reviendrait pas. Tous les ingrédients venaient d'être réunis.

-Pouvez-vous remplir ça, je vous prie ? Sakura ! Je retourne travailler, amène à ce jeune homme un crayon. A plus tard !

Il partit aussi tôt. Je soupirai lourdement, Sasuke n'avait aucune expression descriptible sur son visage. Il entama lentement sa troisième et dernière brochette tout en semblant s'intéresser au papier. Je soufflai un « je reviens » avant de passer du coté combini.

Je marchais tête basse jusqu'à la caisse, pensant le combini vide, seule face à mon désespoir.

-Je te prends un crayon, Ayame.

-Bonsoir.

Je relevai la tête vivement, en face de moi se trouvait le policier de ce matin. Ses yeux bleus étaient toujours les mêmes, mais sa tenue était normale, si bien que je ne fus pas sûre de bien le reconnaître immédiatement. Ayame me tendit un crayon de derrière la caisse, que j'attrapais d'une main en bafouillant un « bonsoir »

-Il est passé pour vérifier que tout allait bien, m'expliqua-t-elle.

-Je suis venu en civil pour ne pas attirer l'attention, ajouta le policier aux yeux bleus, et pour repérer si il y avait une quelconque agitation suspecte.

-Ah, c'est gentil.

« C'est gentil », quelle idiote ! Pour rattraper cette réponse digne d'une gamine de quatorze ans qui perd ses moyens, j'ajoutai un « nous n'avons rien remarquer, en tout cas » totalement inutile. Il eut un petit sourire.

-Je sais, j'ai déjà eu l'occasion de parler un peu avec la jeune fille.

Je répondis d'un hochement de tête.

-Bien, je vais y aller, mon collègue passera demain.

J'échangeai un regard avec Ayame, le sien me disait « alors, il te plaît finalement ? » et le mien tentait de lui répondre « il y a le garçon dont je suis dingue de l'autre coté ! » vainement. Je me sentais coupable, de quoi, je n'en savais rien. Peut être était-ce le remord d'avoir ressenti de l'attirance pour un trentenaire. Il s'avança vers moi pour me dépasser, les mains dans le poches, et s'arrêter près de l'encadrement entre le combini et le coté bar à ramen.

-Je n'avais pas vu, ce matin, ajouta-t-il.

Je le rejoignis pour tendre le cou et regarder par dessus son épaule. Sasuke tourna la tête au même moment et fronça les sourcils comme si on venait de le déranger. Je doutais cependant que le papier était si intéressant que ça.

-Voulez-vous manger quelque chose ? Demanda Ayame de la caisse.

Je vis un contact visuel plutôt froid s'installer entre le policier et Sasuke. Si ce dernier était un client régulier, il ferait sûrement fuir le reste de la clientèle à longueur de journée, à coups de regards fusillant.

-Non, je vous remercie, je n'ai pas le temps, répondit-il dans un sourire.

Il se retourna pour se diriger vers la sortie, s'arrêta devant celle-ci et nous accorda un sourire cordial.

-Restez sur vos gardes et n'hésitez pas à contacter le commissariat en cas de problème.

Il ajouta un aurevoir avant de sortir définitivement et de reprendre son chemin. Ayame me lança un regard complice mais confus. Mais je n'avais pas le temps de parler avec elle, d'un pas pressé je me rendis alors aux cotés de Sasuke pour lui tendre le crayon. Et alors que je me rendis compte qu'en faisant ça nos mains se toucheraient sûrement, je choisis plutôt de le laisser posé près de lui. Il le prit et commença à écrire, ses brochettes étaient terminées.

Je pris son assiette silencieusement après l'avoir observé quelques instants. Mon Dieu, qu'il était beau. Je me sentais faiblir en sa présence, qu'il dise quelque chose ou non. Un silence s'installa, entrecoupé par les bruits de vaisselle que je lavais à la main, face à lui.

-Qu'est ce qu'un policier faisait là ?

Le son de sa voix était tellement inattendu qu'il me fit sursauter. Depuis quand prenait-il l'initiative de parler ? Mon cœur s'accéléra, il ne fallait pas que je bafouille, pourtant je ne comprenais pas trop comment il avait compris la situation aussi vite. Je le regardai d'un air de lui poser la question.

-Son badge dépassait de sa poche, répondit-il en regardant au loin.

Et en plus, il avait le sens de l'observation. Je fondais, bientôt je glisserais sur le sol et me liquéfierais à ses pieds. Cependant, qu'il ait compris pour le policier me forçait à lui expliquer.

-Le combini a été braqué la nuit dernière.

Ses yeux s'écarquillèrent légèrement, avant de suivre le mouvement de ses sourcils qui se plissèrent.

-C'est plutôt courant, à Tokyo.

Ce fut sa simple réponse. Rien d'étonnant venant de lui qui, je le devinais maintenant, ne devait s'extasier devant rien.

-Il ne suffit pas de faire passer un policier le soir pour éviter le risque de récidive.

Et il n'était pas franchement obligé d'en rajouter. Je fronçai les sourcils, me sentant agressée dans mon espace personnel.

-Ah oui, et qu'est ce qu'il faut faire, alors ?

Ses yeux plongèrent dans les miens profondément, comme si soudainement, je devenais intéressante. Je n'avais pas envie de lui tenir tête pour ne pas en plus passer pour la fille lourde, mais je m'étais sentie obligée de répondre à ce pique qu'il venait de lancer.

-Agir, répondit-il. Appâter le voleur et le prendre sur le fait.

Il fronça les sourcils, une fois de plus.

-Être passif ne sert à rien.

Ce fut à mon tour d'écarquiller les yeux. Si Sasuke avait un quota limite de mots pour une journée, il l'avait sans aucun doute pulvérisé. De plus, il avait l'air concerné par le sujet comme si il s'y connaissais mieux que les autres. Ou peut être avait-il juste développé une dent contre le policier qu'il avait fusillé du regard un peu plus tôt sans raison. Mais peu importe ses réactions, il restait calme, et malgré ses propos énervants, je me sentais toujours aussi attirée vers lui comme un aimant.

-Je n'en sais rien, répondis-je les sourcils plissés, mais je n'aimerais personnellement pas vivre un braquage en tenant la caisse la nuit.

Il se releva. Je n'avais pas réfléchi au fait qu'il avait fini son assiette, son verre, et allait partir sur un sujet de conversation désagréable. Il glissa sa main de sa poche pour poser un billet sous mes yeux. Cette fois c'était sûr il allait partir. Je n'en avais pas envie. Je devais le retenir. Je passai de l'autre coté du comptoir pour me trouver à coté de lui. Je me sentais petite, face à sa grande taille et à ses bras musclés, parfaitement mis en valeur dans son tee-shirt bleu marine. Je me mise à rougir.

-Et comment peux-tu être aussi sûr de ce que tu dis ?

Comme si cela ne suffisait pas, il avait fallu que j'en rajoute encore un peu. Je devenais effrontée, je venais de lui barrer la route en me plaçant devant lui, les bras croisés. Je crus distinguer un micro sourire au coin de sa bouche lorsqu'il me vit m'interposer. Ma poitrine allait exploser. Et si ce sourire en avait été un, il se dissipa aussitôt avant qu'il ne réponde.

-Ma famille travaillait dans la police.

Il avança lentement en me contournant.

-Et mon frère y travaille aussi.

Des connections se firent dans mon cerveau. Je me souviens d'un dénommé Itachi que j'avais déduis être son frère. Maintenant, je savais que ce dernier travaillais dans la police. Mais j'étais curieuse d'en savoir plus. Il allait passer l'encadrement quand je tentai un dernier contact verbal.

-M-merci d'être venu manger ici ! A bientôt j'espère !

La première phrase était une phrase bateau sortie à chaque client, mais la deuxième, et plus particulièrement le « j'espère » venait du plus profond de mon cœur. Je désirais plus que tout le revoir, vite. Plus je le rencontrais, plus l'attente avant notre prochaine rencontre était longue et difficile.

A l'entente de ma phrase, il tourna la tête, mains dans les poches, et par son expression figea cet instant dans ceux que je n'oublierai pas. Son quota de mon devait être définitivement épuisé, puisqu'en guise de réponse, j'eus droit à un sourire. Pas un micro sourire, pas un sourire moqueur comme à la dernière livraison. Un sourire, un vrai, un beau, sexy, et parfait sourire. D'une seconde à peine, mais suffisant à me faire planer. Ma bouche s'ouvrit légèrement. Je ne savais pas si c'était parce que j'avais voulu dire quelque chose ou parce que j'étais tout simplement stupéfaite.

Sasuke m'avait sourit.

Et il était reparti sans se retourner. Je craquais définitivement.

La soirée passa et j'eus trois clients. Je les avais servit mollement, et alors que la nuit était tombée depuis un moment déjà, il était temps pour moi de fermer cette partie de la boutique et de remonter dans mon appartement pour dormir. Cette journée avait été forte en émotion, du début jusqu'à la fin, en considérant que la fin se délimitait jusqu'au départ de Sasuke. Ayame venait de reprendre la caisse après plusieurs heures de pause et ferait un bout de la nuit. Je passai devant elle en baillant et me grattant les yeux.

-Longue journée, n'est ce pas ?

-Tu l'as dit..

Je soupirai de fatigue en prenant mes affaires laissées ici un peu plus tôt pour remonter chez moi. Ayame eut un rire nerveux que je transcris aussitôt.

-Tu es nerveuse ?

-Pour ?

-Cette nuit.

Elle était la première à craindre que le combini ne se refasse braquer. Elle eut un frisson.

-Non, non.

Il y eut un silence.

-Enfin si, un peu. Mais je sais que je peux appeler la police n'importe quand et qu'ils viendront tout de suite.

-Oui...

Elle eut un sourire compatissant. Je n'étais pas particulièrement rassurée non plus et m'apprêtais sûrement à passer une mauvaise nuit. Je lâchai un « bon eh bien bonne nuit » en repartant vers l'arrière boutique. Soudain elle m'interpella. Je me retournai vers elle, elle me tendait quelques feuilles que je crus reconnaître.

-Je ne sais pas quoi en faire pour l'instant et mon père m'a dit de te les donner pour ne pas les perdre.

C'était les feuilles de la « nouvelle organisation » d'Ichiraku.

-Ah, ça.. soupirai-je. Je vais les prendre, oui.

Il y en avais cinq à tout casser. Je ne savais pas si c'était un point positif ou non. Après qu'elle m'ait souhaité bonne nuit, je remontai dans mon appartement pour allumer la bouilloire et m'affaler sur le canapé. Une tisane et au lit. Tranquillement je me refis le film de la journée, et très vite l'image de Sasuke me revint à l'esprit. Je soufflai un grand coup. Non sérieux, tu es grave Sakura. J'étais complètement mordue de lui, c'était évident. J'étais tombée dans le piège de l'amour aussi bêtement qu'un novice. Mais c'est ce que j'étais, une novice. Je n'y connaissais rien et j'avais tout à apprendre, de l'amour et de ce garçon pour qui mon rythme cardiaque avait explosé plusieurs fois.

Je me tournais sur le coté, mon regard s'attardant sur le coin de ma table basse. Tout était si compliqué. Une histoire d'amour devait-elle l'être forcément si c'était la première d'une vie ? Je trouvais tout cela injuste, puisqu'absolument tout était basé sur des facteurs aléatoires. Je ne pouvais pas contrôler les fréquences de mes rencontres avec Sasuke, et, surtout, je ne choisissais rien et il pouvait choisir tout. Si au moins quelque chose me rattachais à lui je pourrais-

Je me relevai aussitôt, mon esprit venait de calculer plus vite qu'il n'avait l'habitude de le faire. Des liens s'étaient fait entre plusieurs faits et très vite mon cœur s'accéléra. Je me jetai sur les cinq feuilles que m'avait donné Ayame pour trouver la bonne. Sasuke, Sasuke, où est cette fichue feuille..

D'un geste vif, je tirai la bonne du lot et la brandit vers le ciel accompagné d'un grand « OUI ! Elle est là » Tout aussi vite je la collais presque à mon visage pour survoler les écris et trouver ce qui m'y intéressait. Lentement je repris mon souffle.

-Bingo.

Son numéro était là. Son numéro de portable, écrit de sa propre main, alors même que ce champs était facultatif. Le nombre incalculable de toutes les possibilités que j'avais se déploya dans mon esprit, et j'étais désormais excitée comme une véritable enfant a qui on aurait donné trop de sucre avant de dormir. Quelque chose me liait enfin à lui. Je n'oserais très certainement jamais en faire quoi que ce soit, mais une pulsion ne pu m'empêcher de prendre mon portable et de rentrer son nom, prénom, et numéro.

En appuyant sur « enregistrer » une vague d'une joie incertaine s'écoula en moi. Un sourire étira mes lèvres et je sentais une douce chaleur dans ma poitrine. Je me mis même à rire, j'étais folle. Taré, la fille qui récupère son numéro comme si elle allait le harceler. Bravo, Sakura !

J'allai me préparer ma tisane pour me détendre. L'enfant surexcitée au sucre devait dormir.

Après l'avoir bu, j'allai dans ma chambre, me déshabillai en enfilai un pyjama moelleux. Voilà, j'étais sous ma couette, il ne me restait plus qu'à fermer les yeux et dormir ce qui n'était pas gagné, mon cœur ne voulais plus se calmer. Aujourd'hui, j'avais gagné deux choses le sourire de Sasuke et son numéro.

Pensant à cet instant et à tord ne jamais en avoir besoin, je m'endormis innocemment, stupidement heureuse.

Non, j'ai vraiment réussi à finir ? Ahah ! J'espère que ce chapitre vous aura plu ! J'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire, surtout que les choses s'activent enfin, on rentre dans le vif du sujet. Bon par contre, j'ai un oral demain et j'ai passé l'après-midi à écrire, ce n'est pas très raisonnable mais si je ne le faisais pas maintenant, ça aurait entaché mes futures révisions ! Sinon, j'ai mis longtemps avant de trouver la phrase finale ! Il fallait vous laisser l'eau à la bouche sans en dire trop, pour l'autre chapitre qui va être musclé ! J'ai hâte de l'écrire.

Avez-vous des hypothèses quant à la suite ?

Sinon, grande surprise, Naruto fera son arrivée au prochain chapitre et cette fois-ci, il restera dans l'histoire ! Autant vous dire sans trop vous spoiler que tout ne fait que commencer :-)

N'hésitez pas à commenter en masse, c'est une source inépuisable de motivation !

A bientôt les amis !

Auk.