Bonjour à tous ! Oui, oui, ça fait quoi, presque trois mois ? Je sais bien, je me sens un peu nulle mais ma vie était sacrément bousculée par certains facteurs ces derniers temps. De plus, pour me faire pardonner, j'apporte un long chapitre ! Presque trente pages. J'espère qu'il vous plaira !

(Petite parenthèse avant de vous laisser à votre lecture, par rapport au chapitre précédent. Dans la précipitation, j'avais oublié de le préciser pour que les choses soient plus cohérentes, et je me suis rendue compte que personne n'y avait fait attention ! En vérité, le passage de l'agression de Sakura n'est pas anodin. Il paraît carrément too much, exagéré, mais c'est pour une bonne raison ! Comme je suis une grande fan du manga, il se trouve que j'ai juste, à ce moment de l'histoire, refait la scène de la forêt de la mort pendant l'examen Chunnin ! Avec un univers et des choses différentes, mais les grands lignes y étaient, Sakura seule face à ses agresseurs, Sasuke qui arrive, prit d'une colère noire, qui brise les bras de l'un des deux gars (j'ai oublié leurs prénoms là, mais je les avais réutilisé aussi) Bon, elle ne se fait pas poignardé dans le manga, mais en gros, voilà l'idée. J'espère que cela vous paraîtra plus clair !)

Sur ce, bonne lecture à tous !

Chapitre Sept

Où il est question d'un baiser, d'un grand frère et d'un idiot blond.

Mon cœur battait à tout rompre et je transpirais, sûrement plus que quiconque dans cette ville faisant le même effort que moi. Rapidement et par quelques calculs de logique, je compris en me référant à mes cours, que mon cœur s'était habitué durant ces deux précédentes semaines à une pression artérielle lente et calme, puisque le seul exercice que je faisais se réduisait à me lever mollement pour aller aux toilettes et me laver le visage, exceptionnellement le corps. Le fait que je demande à mon corps de s'activer du jour au lendemain créait une tornade de demandes adressées au cœur qui-

Sakura, arrête de réfléchir, et marche ! Il ne me restait plus que quelques mètres.

J'avais presque envie de pleurer, traînant ma valise derrière moi lourdement et tâchant de marcher le plus vite possible, sentant une douleur aiguë tirer la peau de mon ventre. Je ne savais pas si mes larmes s'apprêtaient à couler parce que je haïssais Sasuke d'avoir fait ce qu'il avait fait, ou bien parce qu'en sortant de l'hôpital ce fou blond s'était mit à me suivre et avait prétexté être mon garde du corps.

Je vis le combini se dessiner au loin, j'arrivais.

Je me revis quelques secondes plus tôt, faire ce que quelques semaines auparavant je ne me serais jamais permise de faire. J'avais giflé le blond, hors de moi, lorsqu'il avait refusé de m'en dire plus sur la raison pour laquelle il me poursuivait ainsi. J'étais partie, tirant ma valise derrière moi et priant pour qu'il ne me suive plus. Je n'avais pas entendu un de ses « eeeeh » ni « attend ! » ni ses pas me courir après. Sur l'instant, il avait ouvert ses yeux bleus en grand, et avait posé sa main sur son visage, sur la trace rouge de ma main.

Cet idiot !

C'est essoufflée que j'arrivai au combini. Ou du moins, à ce que je croyais être le combini, mais que je ne reconnu pas.

Oh bordel... Il l'a fait. Sous mes yeux se dressait une double façade. A gauche, l'entrée du combini qui n'avait pas changé, mais à droite, au lieu de la vitrine du magasin donnant sur des articles à vendre, il y avait un bar à ramens. Un vrai, avec un petit rideau sur le dessus pour garder de l'intimité, des tabourets, et au dessus, un écriteau « Ichiraku ramens ». Vivement, je tournai les yeux en haut à gauche. « Ichiraku combini » était toujours présent. Mon esprit s'embrouilla. En soupirant, une main sur mon ventre pour calmer la douleur, j'entrai sur mon lieu de travail.

-Sakura !

Ayame tenait la caisse. Je vis ses yeux au bord des larmes quand elle arriva vers moi, mais je fus trop occupée à regarder ce qui se dressait devant moi. L'agencement avait complètement changé, et le combini était maintenant en longueur, prenant une partie de l'arrière boutique et de l'ancienne salle pour les ramens d'Ichiraku. Tout avait changé, tout était plus organisé, plus... Beau.

-Tu nous as tellement manqué, tu sais..Souffla-t-elle.

-Qu'est ce que..

-Tu as mal ? Tu te tiens le ventre.

J'avançai de quelques pas, obnubilée par ce qui se dressait devant moi. Là où le combini prenait toute sa largeur avant, il y avait un mur, et une porte coulissante en bois.

-Qu'est ce qu'il s'est passé, ici.. ?

Ayame eut un rire, en continuant de me tenir le bras comme si je m'apprêtais à tomber.

-On voulait t'attendre pour te montrer la surprise !

J'hésitais entre le terme surprise et désastre financier. Ils avaient dû dépenser sans compter pour faire une chose pareille, même si je savais que c'était le véritable rêve d'Ichiraku depuis le début.

-Viens, je vais te montrer, continua-t-elle, après tu iras te reposer.

Je jetai un coup d'œil rapide derrière moi à l'entrée du combini. Il n'y avait pas de trace du blond fou. La claque qu'il avait prit en pleine figure lui avait peut-être suffit, finalement. Même si en y repensant, j'avais la sensation d'y être allée un peu fort. La ferme Sakura, tu as fait ce qu'il fallait ! Ma collègue me guida jusqu'à la large porte coulissante, elle l'ouvrit, et mes yeux s'écarquillèrent. En face de moi, des murs à moitié peints, un beau comptoir en bois, une délicieuse odeur de ramen, une marmite, des ustensiles, mais surtout Ichiraku, plus radieux que jamais. Son visage pourtant déjà si illuminé s'éclaira lorsque ses petits yeux croisèrent les miens. Puis ses pupilles disparurent dans le plissement d'un large sourire.

-Sakura, enfin !

Il s'approcha dans trois grands pas, et lui qui n'était pas du genre à laisser transparaître son émotion se contenta de poser une main chaleureuse sur mon épaule. Je sentis mon cœur battre plus fort, et je ne savais plus si c'était de la joie, de la surprise ou le stress qui redescendait.

-Qu'est ce qu'il se passe, ici..

Un rire nerveux s'échappa de ma bouche. J'avais toujours été sensible à tout ce qui touchait la réalisation de ses rêves.

-Tu veux t'asseoir ? Me demanda mon patron.

Il me soutint pour passer du coté « client » et m'aida à m'asseoir sur un tabouret avant de me laisser m'accouder au comptoir. Ayame lança un « je retourne à la caisse, à tout à l'heure Sakura ! », avant de repasser par la porte coulissante.

-Prend donc un ramen ! Je vais t'expliquer.

J'hochai la tête en continuant d'observer le décor, nouveau, dressé sous mes yeux.

-Ce n'est pas tout à fait fini, mais quelques clients sont déjà venus plusieurs fois !

Je lui répondis par un large sourire. Celui-ci s'inversa bien vite, lorsque je sentis la douleur à mon ventre me reprendre. Eh merde. Je me forçai de faire comme si de rien n'était. Il me servit avec son éternelle efficacité un bol de ramen, chaud certes, mais ce détail m'importait peu puisque cette soupe était délicieuse, et que j'ai pas mangé de bon truc depuis deux semaines.Il se mit à essuyer de la vaisselle sous mes yeux et commença son récit, alors que je mangeais allègrement mon plat.

-Lorsque j'ai appris que tu avais été agressée au combini et que ce dernier avait failli se faire braquer, commença-t-il sur un ton colérique, je suis revenu immédiatement.

Je revis son visage et celui de sa fille, près de moi, alors que j'étais lourdement allongée dans mon lit d'hôpital.

-Très vite, j'ai repris les choses en main.

J'haussai les sourcils. J'avais appris par le policier qui était venu me voir qu'Ichiraku était déterminé à trouver des solutions pour rendre le combini plus sûr, mais je n'avais pas deviné qu'il se serait investi à ce point là.

-J'ai contacté mon assurance, je leur ai tout expliqué, le premier braquage, la deuxième tentative, ton agression.

-Et ? M'empressai-je de demander.

Un sourire satisfait se dessina sur ses lèvres.

-Et voilà le résultat.

Il ouvrit les bras pour désigner tout ce qui se trouvait autour de nous.

-Grâce à l'argent donné par l'assurance, j'ai pu entamer très rapidement une série de travaux.

-C'est allé très vite, soufflai-je.

Il se mit à rire.

-J'en suis le premier étonné ! Mais c'est tant mieux.

Mes yeux se posèrent sur la porte coulissante alors que je buvais la dernière gorgée du ramen. Je me doutais bien qu'Ichiraku devrait maintenant travailler à temps plein pour le bar à ramen.

-Et le combini, alors ?

Il soupira.

-Je le ferme la nuit, et Ayame y travaille le jour.

Mes yeux s'écarquillèrent, je savais que si nous continuions à faire de la sorte, on fonçait droit dans le mur.

-Comment ?

Je me relevai douloureusement du tabouret. Il soupira, puis ouvrit la bouche comme pour dire quelque chose mais je l'empêchai.

-Je vais reprendre mon travaille, répliquai-je, je n'ai qu'à me tenir derrière une caisse et-

J'étouffai un léger cri de douleur. Bordel, pourquoi il fait aussi chaud ? Je sentis une goutte de sueur perler sur mon front, ma respiration s'accélérait.

-Il n'en est absolument pas question !

Son ton fut rude, ses sourcils froncés.

-Ayame ! S'écria-t-il, aide Sakura à remonter dans son appartement et veille à ce qu'elle reste au calme !

-Non, je n'ai pas besoin de-

Je me tordis de douleur une nouvelle fois. BORDEL ! J'allais devoir me plier cette fois-ci, mais je savais que je ne pouvais pas laisser Ichiraku commettre l'erreur qu'il s'apprêtait à commettre. L'espace d'un instant, je revis l'infirmière d'une voix ennuyante me dire que je devais me reposer et tâcher de rester un maximum allongée. J'allais entamer ma quatrième année de médecine, si je devais me recoudre, je le ferai. Enfin...

Ayame nous rejoignit alors que je cachai une grimace. Elle me prit par le bras, comme une petite grand-mère, en me soufflant un « tu dois te reposer », et si j'avais eu laa force, je l'aurais repoussé depuis longtemps.

-A tout à l'heure ! Me lança Ichiraku

-J'ai déjà monté ta valise, continua Ayame.

Arrivées dans l'arrière-boutique, je retrouvai le combini comme je le connaissais, mais ce ne fut pas un sentiments chaleureux qui se diffusa dans ma poitrine. Plutôt l'inverse, j'eus un flash de la dernière fois que j'avais été ici, le soir de mon agression. Mon cœur, battant déjà inhabituellement vite, accéléra de nouveau. Il faisait jour, j'étais avec Ayame, mais mon angoisse prit le contrôle de mon corps.

Elle m'aida à monter les escaliers, et bientôt j'arrivai devant la porte de mon appartement, la valise m'attendait déjà, avec dessus posé mon sac à main. Je l'avais laissé à la boutique le soir où j'avais été emmené à l'hôpital, et on me l'avait emmené pendant mon hospitalisation, avec ma valise pleine d'affaires qu'Ino avait soigneusement choisis, alors que je n'avais besoin que d'un ensemble pour sortir de l'hôpital.

Je soupirai.

-Merci pour tout ça, dis-je à Ayame, un sourire aux lèvres.

-Je t'en pris, appelle-moi si tu as un problème.

J'ouvris la porte de mon appartement avec la clé, avant de me retourner vivement.

-Ayame, l'appelai-je

Elle se retourna, le regard interrogateur.

-Je pourrais revenir travailler, vraiment-

Elle me coupa d'un de ses rires doux, ceux que je n'arrivais pas à déterminer plutôt moqueurs ou attentionnés.

-Sakura, ne t'en fais pas.

Elle redevint sérieuse.

-Papa pense à embaucher quelqu'un d'autre.

J'ouvris de grands yeux, pourquoi avais-je l'impression douloureuse d'être congédiée ? Mon sourcils se froncèrent légèrement. C'est une façon hypocrite de me virer, ou quoi ?

-Comme ça, lorsque tu reprendras le travail, continua-t-elle, nous pourrons nous relayer plus facilement et rouvrir le combini de nuit.

Un soupire de soulagement s'échappa de ma bouche. Elle me lança un « je te laisse, je dois reprendre le combini » avant de repartir. En ouvrant ma porte, je revoyais Ino, assise à coté de mon lit d'hôpital, me raconter qu'elle avait été dans mon appartement faire une valise de mes affaires, et qu'elle n'avait rien touché d'autre. « Il y avait un de ces bordels dans cet appart ! Entre tes cours et tes fringues partout, j'ai cru m'y perdre ! ». Je refermai la porte derrière moi, et d'un geste inhabituel fermai la porte à clé.

En vérité, je n'étais pas quelqu'un de bordélique, j'étais même plutôt méticuleuse, mais je n'avais plus de place pour mes cours de médecine amassés, qui débordaient de l'étagère qui leur était consacrée, ainsi que des épais classeurs de couleurs. J'ouvris la porte. Un sentiment bizarre me prit à la gorge. En ce qui concernait les habits partout, ils n'étaient en vérité que sur mon canapé et dans ma chambre, ce que je pus constater en y rentrant. La raison du bazar était surtout dû au fait que la dernière fois que j'avais quitté mon appartement, c'était en vitesse puisque j'allais louper le dernier train -chose qui arriva- et que mon cerveau était trop occupé à faire attention à mon cœur, qui lui palpitait à toute allure à l'idée que j'allais peut être retrouver Sasuke au Red bar -chose qui n'arriva pas-.

Je soupirai. J'avais l'impression d'avoir perdu mon innocence lors de cette agression et de revenir sur un lieu figé dans le passé. Lentement, je me dirigeai vers ma salle de bain. Sur mon chemin cependant, mes pieds butèrent dans quelque chose, je baissai les yeux, c'était une paire de chaussures ouvertes à talons. Je me revis deux semaines plus tôt, hésiter entre miser tout sur un look sexy qui ne me correspondait pas, ou miser sur le confort que je préférais en prenant des chaussures plates. J'avais enfilé ces chaussures à talons, marché quelques malheureux mètres dans mon appartement, levé les yeux vers mon horloge, je m'étais souvenu du dernier train, avait paniqué et sans réfléchir jeté la paire, pour enfiler l'autre et repartir.

Doucement, je me baissai en pliant les genoux pour prendre ladite paire de chaussures et aller la mettre à sa place dans le rangement « chaussures » de l'armoire de ma chambre. Je pus m'attarder plus longtemps aux habits qui y jonchaient le sol, la plupart étant ceux qu'Ino m'avait fait acheter. Une robe avec décolleté plongeant, une jupe courte et haute, différents débardeurs, tous auraient été portés dans le but de plaire à Sasuke, et tous auraient attiré l'attention des deux frisson me parcouru.

J'avais même sorti cette exceptionnelle robe de soirée bleue marine/noire, aux manches longues, complètement fermée au devant et ras du cou, mais ouverte dans tout le dos jusqu'au bas de celui-ci. C'était la seule robe « sexy » qui m'avait tapé dans l'oeil lors des nombreuses sorties shopping avec Ino. Je l'avais porté une seule fois, après l'avoir acheté, seule devant ma glace.

Je poussai un lourd soupire. Je la porterai jamais ! Et après avoir rangé ces quelques affaires difficilement, j'allai dans la salle de bain. Ici le bazar était d'une autre nature, puisque plusieurs maquillages dont je ne me servais pour la plupart jamais, jonchaient le meuble. Je m'arrêtai devant la grande glace pour me constater. T'es sacrément marquée, Sakura ! Même moche ! J'avais des cernes, mon teint était pâle et mes yeux verts semblaient malades. D'un geste mécanique je relevai doucement mon tee-shirt, pour regarder ma cicatrice, rouge des efforts que j'avais fait, encore cousue des fils réparateurs, cette blessure laide de plusieurs centimètres, voisine de mon nombril.

Ma gorge se resserra. Ce n'était pas beau à voir, et je savais que j'en garderai une marque désagréable à vie. Je posai mon autre main délicatement dessus, et le contact fut douloureux. Je soupirai.

Putain.

En fermant les yeux, je revis Sasuke crier mon nom avant que je ne reçoive le coup. Ses yeux si noirs, grands ouverts. La douleur locale sembla se déplacer jusqu'à ma poitrine, c'était un sentiment devenu commun, chaque fois que je pensais à Sasuke depuis ce soir là, et peut être plus particulièrement depuis notre baiser. Ma respiration s'accélera.

Putain !

Et alors que les larmes montaient incontestablement jusqu'aux frontières de mes yeux, j'entendis un bruit de poignet qu'on essaye d'ouvrir, à l'entrée. Puis le son appuyé de ma sonnette me ramena à la réalité. J'abaissai mon tee-shirt, mon cœur battait vite, et je me dirigeai vers ma porte d'entrée.

D'un coup, je me stoppai dans mon élan. Et si c'est l'autre fou qui m'a retrouvé ? La sonnette retentit une nouvelle fois. Non, non, si c'est lui, je fais quoi ? D'une main je pris le sac à main posé sur ma valise, encore dans l'entrée. Je me mis à fouiller dedans mécaniquement.

Merde ! Putain, j'ai plus de portable ! Une panique que je ne me connaissais pas me prit à la poitrine. Bordel, pourquoi je panique ? Le son irritant de la sonnette m'agressa les oreilles une fois de plus. Puis on frappa directement à la porte. Je reculai d'un pas. C'est lui, il va m'agresser !

-Sakura !

Je poussai un profond soupire. Ce n'était pas le blond aux yeux bleus qui m'avait suivit un peu plus tôt dans la journée, j'avais reconnu la voix d'Ino, agacée. J'avançai, le cœur sur le point d'exploser dans ma poitrine, pour déverrouiller la porte et lui ouvrir. Elle entra, les sourcils froncés.

-Depuis quand est-ce que tu fermes ta porte à clé ?

-Oui, bonjour Ino, soupirai-je.

Elle fit trois pas, s'arrêta, se retourna en me regardant, et dans un soupire de soulagement s'approcha de moi pour me serrer dans ses bras, fort.

-Que c'est bon de te revoir chez toi !

J'eus un rire, avant de la repousser gentiment en me tenant le ventre. Elle se mit à faire le tour de l'appartement comme pour se rassurer en vérifiant que rien n'avait bougé.

-Je te jure, ça me rendait malade de te voir allongée dans ce lit d'hôpital !

-Et moi donc... Tu veux boire quelque chose ?

Elle était dans ma chambre, et ne semblant pas avoir entendu ce que je venais de lui demander, elle lança un « en plus, ça puait ! Rien que pour cette odeur je déteste les hôpitaux ! », je ne pus m'empêcher de rire. Je ne faisais pas attention à l'odeur des hôpitaux, puisque je savais que j'y travaillerai. Je me dirigeai vers ma petite cuisine pour lui servir un verre de soda frais, et me servir un verre d'eau.

Elle revint vers moi, et comme si c'était chez elle, fit un détour par la fenêtre de la pièce principale pour l'ouvrir en grand.

-Maintenant j'ai l'impression d'avoir l'odeur dans le nez !

Elle me prit les deux verres des mains pour les amener elle-même jusqu'à la table basse, qui a l'exception de quelques feuilles de cours n'était pas polluée par mes affaires. Elle se laissa tomber dans le canapé en poussant un gros soupire.

-Le soda, c'est pour toi ?

-Non, non, répondis-je en m'asseyant lentement à ses cotés, c'est pour toi, moi je prends de l'eau.

Un son semblable à de la compassion désabusée sorti de sa bouche.

-Sérieuuux, tu dois encore suivre un régime ?

Après deux gorgées, je reposai mon verre pour lui répondre.

-Oui, mais ça ne me dérange pas, c'est bon.

Sauf que je n'avais plus le droit de manger épicé, gazéifié, trop consistant, trop salé, trop sucré, durant les deux prochaines semaines, et que tous mes repas étaient limités en quantité.

-Tu rigoles ! S'exclama-t-elle, tu as dû perdre au moins trois kilos depuis que tu as été hospitalisée, tu es encore plus mince qu'avant !

Elle baissa la tête en se touchant le ventre, l'air de dire que ce n'était pas son cas. Puis elle se mit à rire et je l'accompagnai aussitôt. Il est vrai que j'avais perdu du poids, mais j'avais surtout perdu l'appétit. L'infirmière qui s'était occupée de moi m'avait conseillé lourdement d'aller voir un psychologue, m'expliquant que je pouvais avoir subit un choc psychologique. En vérité, j'avais cru avant de passer ma première nuit là-bas, que toutes mes nuits seraient pleines de cauchemars en lien avec l'agression, mais mes nuits furent troublées d'une manière différente, et non moins désagréable. Si certaine fois j'étais prise d'angoisses nocturnes en revoyant le visage des agresseurs, la plupart du temps, je ne rêvais que de Sasuke. Et je me réveillais, l'estomac noué par la tristesse.

Ino, bavarde de nature, se lança dans un grand monologue pour m'expliquer les raisons pour lesquelles elle commençait à se disputer régulièrement avec Kiba. Je l'observai calmement en écoutant son récit. Je ne lui avais pas raconté pour Sasuke. Elle ne savait pas qu'il m'avait embrassé, elle était seulement au courant que grâce à lui j'étais arrivée à l'hôpital suffisamment tôt, et que j'avais été sauvée in extremis d'un viol, ainsi que du braquage du combini. Chaque jour, elle était venue, et chaque jour elle avait râlé. « Et alors, où est-il, ton sauveur ? Je veux le voir ! » Je me forçais à rire à chaque fois, mais ne pouvais m'empêcher de penser que je savais qu'il ne reviendrai pas.

Je lâchai un soupire. Et je n'aurais pas dû, puisque ce fut un signe qui fit comprendre à Ino que j'avais décroché de son monologue. Pourtant, j'avais retenu, elle était rendue à « Et en plus, des fois j'ai l'impression qu'il veut juste qu'on couche ensemble et que je le laisse tranquille ! »

Elle s'arrêta, et son regard se remplis de peine. Oh merde, elle a remarqué que je suivais pas.

-Oh ma Saki...

Elle prit mes mains dans les siennes, j'haussai les sourcils. Quoi, c'est de la pitié là, ou je rêve ?

-Qu-quoi ? Bafouillai-je, gênée de ne pas l'avoir complètement écouté.

Elle soupira.

-Je suis maladroite, parfois, je te parle de sexe comme ça, mais ça doit être frustrant pour toi non ?

Pardon ? Ino était maladroite, mais pas par rapport à ses sujets de conversation, plus par rapport à la tournure de ses pensées. Je lui lançai un regard désabusé.

-Non, je m'en fiche.

Elle eut un petit rire, qui semblait stupidement attendri, que je ne préférai pas relever. Elle s'enfonça dans mon canapé en lâchant un autre soupire.

-Quand je pense que j'ai toujours pas vu ton Sasuke...

Mon cœur s'accéléra, et je me grattai la gorge nerveusement. Geste qu'elle trahi immédiatement. Elle se pencha pour me regarder, je me sentis rougir. Pourquoi je rougis ? Lorsqu'elle pencha sa tête pour croiser mon regard et que je tournai les yeux dans la direction opposée pour éviter le contact visuel, elle n'étouffa pas son cri. « Oh mon Dieu ! »

-Sakura, tu serais pas en train de me cacher un truc, là ?

J'eus un rire nerveux en agitant ma main devant mon visage.

-M-mais non, voyons !

Putain Sakura ! On dirait une gamine qui cache une bêtise à ses parents !

-Haruno !

Elle se releva, mains sur les hanches. Ino ferait une terrible mère.

-Maintenant, dis moi ! Je connais cette façon gênée que tu as quand tu essayes de cacher quelque chose !

Je poussai un lourd soupire. Je vivais une journée forte en émotions. Et en plus j'allais devoir subir le questionnaire d'Ino.

-Sasuke m'a embrassé, soufflai-je, le lendemain de l'agression, avant de disparaître et ne plus donner de nouvelles.

Quoi qu'il ne m'a jamais donné de nouvelles entre les fois où on se voyait. Elle eut un cri de stupéfaction en inspirant, puis elle s'assit lentement. Doucement, elle posa sa main sur mon épaule, et je n'avais pas besoin de ça. Je me sentis pathétique, j'avais presque envie de pleurer.

-Vraiment aucune nouvelle ?

Sa voix était douce. Étrangement, elle n'avait pas l'air de s'apprêter à poser une liste entière de questions, elle était même compatissante.

-Non, répondis-je. Ce n'est pas son genre.

Elle poussa un grognement, comme si la situation était devenue personnelle pour elle. « Et c'est quoi son genre, alors ? »

A ne pas donner de nouvelles, à ne pas donner un signe de vie, jusqu'à ce que le destin fasse qu'on se croise, jusqu'à ce qu'il ait envie de yakitoris.

-Lorsqu'on se voit, c'est lui qui l'a décidé.

La dernière en liste était la seule exception. Notre rencontre avait eu lieu parce qu'il avait commandé des yakitoris à une heure tardive, la seconde parce qu'il avait commandé une fois de plus, la troisième, cependant, était le résultat du hasard, mais alors que nous nous étions croisés, il avait décidé de partir avec son ami blond. La quatrième fois fut quand il-

Mon cerveau calcula un détail, si rapidement, et ce dernier étant si important, que mes yeux s'écarquillèrent et mon cœur se contracta plus durement.

Son ami blond. Son ami était blond et-

-Sakura ? Tu n'as pas l'air bien..

Je sentis une goutte de sueur perler sur mon front, tout s'embrouillait dans mon esprit, pourquoi faisait-il si chaud ?

-Je te jure, si je pouvais, j'irai voir cet imbécile pour lui en causer deux mots !

Ino, sous mes yeux, passa d'une humeur douce à une humeur révoltée. Ma meilleure amie restait un mystère pour moi. Je passai ma main sur mon front en soupirant.

-Pour lui dire quoi, ça ne sert à rien.

-Sakura ! Il t'a embrassé, ça implique beaucoup de choses !

Je la regardai d'un air désabusé, on aurait dit que j'avais fait l'amour avec Sasuke et qu'elle se plaçait dans la rôle de ma mère inquiète. Je posai une main sur mon ventre, douloureux.

-Ce n'était qu'un baiser !

J'avais presque hésité entre « baiser » et « bisou » mais ce dernier ne correspondait pas au contact que nous avions échangé. Ça avait été plus long, et plus intense qu'un simple frôlement de lèvres.

Ino plissa les yeux exagérément, geste qui ressemblait plus à une grimace qu'autre chose.

-Quoi ? Demandai-je, fronçant les sourcils.

Elle hésita quelques secondes, toujours avec le même regard.

-Vous avez mis la langue ?

Je ne pus me retenir de pouffer de rire. « Vous avez mis un préservatif ? » Mon rire s'accentua face au ridicule de la question. Rapidement, elle me rejoignit mais un tiraillement aigu au ventre me fit comprendre qu'en plus de devoir me priver alimentairement, je devais aussi me priver de rire.

-Non, mais vraiment ?

Je réfléchis un instant.

-Non, répondis-je. Enfin, presque, continuai-je avant de rougir, enfin je sais plus ! C'est quoi cette question ?

Sa question ne faisait me renfoncer dans le fait que je n'ai aucune expérience en la matière. Elle rigola de nouveau avant de commencer à parler en faisant des gestes.

-Bah, physiquement parlant, un simple baiser c'est plus...

Je fronçai les sourcils, quelle bêtise s'apprêtait-elle à dire, d'après sa longue expérience de jolie jeune fille souvent courtisée ?

-C'est plus un signe d'attachement, pour montrer des sentiments, tu vois !

Je levai les yeux au ciel en souriant, avant de la laisser continuer.

-Alors qu'un baiser plus profond, et pas forcément avec la langue ! Se coupa-t-elle en levant son index, parce que la langue, c'est un peu trop sauvage, ça doit vraiment se faire dans l'intimité, avant de passer à l'acte !

Je fermai les yeux doucement, tâchant de ne pas laisser déborder mon imagination, et soufflai un « Ino... N'en rajoute pas » Auquel elle continua sur un « des fois, des baisers longs et sans la langue m'ont fait plus d'effet que- »

-Ino !

Ça devient dégueulasse !

Elle se mit à rire.

-Tout ça pour dire qu'un baiser, contrairement à un bisou, c'est plus un signe de désir !

Et pourquoi tu me précises ça ? Essayait-elle de me faire comprendre que Sasuke m'avait embrassé parce qu'il voulait de moi? C'est quoi ce délire ? Alors qu'elle continuait à déblatérer sur son intimité buccale, je jetai un coup d'œil au mur de ma cuisine pour regarder l'heure. La douleur à mon ventre me rappelait que je ne devais pas faire d'exercice, mais aussi et surtout que j'avais oublié d'aller à la pharmacie pour prendre les antidouleur. Je soupirai, avant de me lever douloureusement.

-Tu vas où, comme ça ? Me demanda ma meilleure amie.

-Désolée, Ino, je viens de me souvenir que j'ai oublié d'aller à la pharmacie et-

-Tu rigoles ? Elle se leva à son tour, tu dois te reposer !

Elle disait vrai, mais ma vérité à moi se trouvait être que je m'étais trop reposé depuis deux semaines et que malgré la douleur mêlée à la fatigue, j'avais un besoin brûlant de me changer les idées, de marcher, de ne plus penser à Sasuke, et cela passait par ne plus parler du baiser qui m'avait laissé sur ma faim, et écourter la discussion avec Ino. Je la regardai avec un sourire.

-Je prendrai mon temps, ne t'en fais pas.

Elle fronça les sourcils avant de pousser un lourd soupire.

-De toute façon, tu iras quand même.

Et elle avait raison.

-La pharmacie est sur mon chemin, je t'accompagne !

Soudain, la bruit strident de sa sonnerie parfaitement féminine se fit entendre, étouffé, du fond de son sac. Elle lâcha un râle en levant les yeux au ciel.

Je profitai de ce moment pour me diriger vers ma salle de bain. Je n'y allais pas pour me regarder ni pour me repoudrer le nez, mais je croisai quand même mon visage pâle et fatigué dans le miroir. Mollement, je pris le déodorant à bille qui se trouvait à coté de ma brosse à dent, pour m'en tartiner les aisselles. Si je me permettais de sortir avec une tête de grande malade, je ne voulais pas faire fuir les gens avec ma transpiration d'été.

« Tu abuses, Kiba ! Tu aurais pu prévenir ! »

Après la phase de joie profonde et de vie sur un petit nuage, Ino semblait traverser après plusieurs mois de relation, une période trouble avec Kiba. Je n'avais vraiment pas envie de me mêler de ça, aussi je décidai de finalement me maquiller les yeux pour perdre du temps dans la salle de bain.

Une à deux minutes plus tard, Ino raccrocha au nez de Kiba, avant de me lancer un « On y va, Sakura ? » Je savais qu'après une dispute sérieuse, la dernière chose dont elle voulait parler était la dispute sérieuse en question.

C'est ainsi qu'on se retrouva à marcher côte à côte dans la rue, et qu'elle se forçait à nourrir une discussion constante pour ne certainement pas avoir à penser à son couple. Elle m'accompagna jusque dans la pharmacie où je fus servie rapidement.

En sortant, elle devait tourner à droite et moi à gauche pour rentrer. Elle me fit une bise sur la joue en me promettant qu'on se reverrait très vite puisque ça avait été trop rapide. Nous nous éloignâmes l'une de l'autre, et c'est à ce moment précis que je réalisai que le fait qu'elle tienne une discussion continuelle l'avait certes aidé à ne pas penser à ce qui la dérangeait, mais ça m'avait aidé également à ne pas plonger dans une réflexion longue et inutile.

Je marchai lentement, plus lentement que les neuf-dixième des gens dans la rue, regardant droit devant moi sans porter d'attention à ce qui m'entourait. Mon esprit était maintenant libre de penser à toutes sortes de choses auxquelles je ne voulais pas penser. Cela me rappelait douloureusement ces longues journées seules dans ma chambre d'hôpital où tout se passait entre moi et moi, et que je ne faisais qu'attendre la visite de gens, pour ne pas faire face à la réalité évidente qui était que la seule personne que je voulais voir franchir la porte était Sasuke.

Je m'arrêtai un instant pour regarder derrière moi. Si je voulais aller le voir, c'était par ici que je devais aller. Non Sakura, tu feras pas ça ! J'en brûlais d'envie. Depuis quand brûlais-je d'envie de faire quelque chose ? J'avais franchi la ligne du « tu réfléchis trop »

Je n'avais pas été seule une seule fois depuis que j'avais quitté l'hôpital, et ça avait commencé par cet idiot blond et fou. Peut être aurait-ce été mieux que je sois seule à ce moment-là, finalement, puisque entre trop réfléchir et me faire persécuter, j'avais fait mon choix. J'avais définitivement-

-Sakura !

Mon cœur s'accéléra, sans que je sache pourquoi. C'était la simple réaction au fait d'entendre son prénom crié au milieu d'une foule de gens. Je me retournai vivement.

-Lee !

Il trottina jusqu'à moi. Chose que je n'avais jamais vu faire. Qui trottine en pleine rue de Tokyo ? Un sourire étira mes lèvres.

-C'est un hasard, de se croiser ici !

J'avais l'impression d'avoir déjà vécu cette scène. Je me mis à rire en répondant un « oui ! Comment vas-tu ? »

-Bien mais...

Il baissa la tête et tout le malheur du monde sembla s'abattre sur lui à ce moment, sa facilité à exprimer ses sentiments était effrayante.

-Qu-quoi ? Demandai-je.

-Tu ne réponds à aucun appel ni aucun message... Tu m'évites, c'est ça ?

Ses yeux furent effroyablement larmoyants.

-N-non ! J'ai eu quelques petits soucis, et...

J'hésitai un instant à tout lui raconter ou non. J'allai peut être me mettre à pleurer, si je le faisais. Je n'avais eu à raconter à personne ce qui m'était arrivé, toutes les personnes de mon entourage le savaient, et comme on chercherait à taire une maladie grave, personne ne m'avait parlé clairement de l'agression.

-Et je n'ai plus de portable !

J'eus un rire nerveux, mais que je tâchai de faire passer pour un rire spontané. Je ne pus m'empêcher de cacher la poche de médicaments dans mon dos.

-Oh, vraiment ? Moi qui croyait que tu ne voulais vraiment pas me revoir..

J'agitai la tête de gauche à droite en signe de négation.

-Comme tu le vois, je suis revenu du tournoi de printemps !

Il écarta les bras comme pour dire « Et je suis entier ! » Je jetai un regard aux gens autour qu'il avait manqué de toucher. Les gens à Tokyo n'aimaient pas être touchés. Ils étaient pourtant collés les uns aux autres dans les rues, et d'autant plus lorsque des bus, quelques voitures ou taxis traversaient vainement les rues piétonnes.

-Ah ! Et alors ?

Au moment où je lui posai la question mes yeux se posèrent sur un taxi qui était tout proche et que Lee gênait, je me décalait avant de lui toucher le bras, en signe qu'il se décale. Il peut pas passer ailleurs lui ?

-Eh bien justement, continua-t-il, je pensais que-

Alors que mes yeux se posèrent sur la portière arrière du véhicule qui passait beaucoup trop près, je cru que mon cœur allait bondir hors de ma poitrine au moment où mes yeux croisèrent durant un dixième de seconde l'ébène des yeux de Sasuke. Quoi, quoi, quoi ? C'était lui là, à l'instant, c'était lui dans le taxi, je l'ai reconnu ! Bordel !

Mon esprit paniqua, je ne sus plus où poser mes yeux, quoi écouter, bien que mes palpitations dépassaient bien les autres sons que je pouvais entendre.

Non, non. Cet imbécile !

Ma respiration était inconfortablement trop rapide. Pourtant, je ne pouvais pas être sûre que c'était lui. Prenait-il le taxi ? Sakura ! Arrête !

-Sakura ?

D'un sursaut je me souvins que Lee était près de moi, et me parlait, ou plutôt, parlait à mon enveloppe charnelle, mon esprit ayant poursuivit ce taxi pour s'assurer que Sasuke était bien le seul être à avoir un regard charbon.

-E-excuse-moi, tu peux répéter ?

Je plaçai toute mon attention sur ce qu'il disait, luttant contre ma véritable volonté. La personne en qui m'avait transformé Sasuke était monstrueuse. Depuis quand étais-je obsédé par un garçon ? C'était qu'un baiser, putain !

-Je t'invitai à manger quelque chose, ce soir.

Je me grattai la gorge nerveusement. S'il m'avait embrassé, c'était bien pour une raison ! Pourquoi cet abruti n'était-il jamais revenu ? J'avais besoin de réponses. Il fallait que j'aille le voir.

-Euh, oui, c'est d'accord.

Maintenant.

-Est-ce que ça va ?

Son regard se fronça.

-O-oui, désolée, m'excusai-je, je viens de réaliser que j'avais oublié d'acheter quelque chose !

Il soupira discrètement. Sakura, monstre.

-Tu n'as qu'à passer au combini ce soir puisque je n'ai plus de portable !

-Ah, euh, très bien.

A trois mètres, je vis un taxi déposer quelqu'un. Non, ne plante pas Lee ici ! Je n'avais jamais été aussi désireuse d'avoir des réponses à mes questions.

-A ce soir, alors !

Je le dépassai, faisant de grands pas, qui se répercutèrent immédiatement sur la couture de mon ventre. J'entendis Lee souffler un « A... ce soir » lorsque je passai à coté de lui. Bordel, Sakura !

Je fis un signe de main au taxi pour lui montrer que j'allais monter. C'est essoufflée et honteuse que je montai à toute allure dans le véhicule, pour donner l'adresse que j'avais involontairement mémorisée, prenant soin de ne pas préciser le numéro pour ne pas débarquer juste devant la maison. Je m'enfonçai dans le siège en cuir pour ne pas croiser mon reflet dans le rétroviseur.

J'étais déchirée entre ces deux parties de moi, l'ancienne Sakura, honnête, aimable, qui serait restée avec Lee, l'aurait écouté, et n'aurait pas eut l'esprit ailleurs, celle qui ne s'intéresse pas à l'amour et pense plus à son avenir de médecin qu'aux garçons. Puis l'autre Sakura, que j'osais à peine appeler « nouvelle » tellement elle était ridicule. Egoïste, stupide, soumise à ses émotions, soumise à ses sentiments pour un garçon, complètement aveuglée et qui n'a qu'un nom à la bouche.

Je détestais cette Sakura, mais c'était elle qui s'était emparée de mon corps à la seconde où j'avais cru reconnaître Sasuke.

-Où est ce que je dois vous déposer ? Me demanda-t-il en se rapprochant de la destination.

-Au début de la rue, s'il vous plaît.

Pourquoi tu fais ça, pourquoi tu fais ça, pourquoi tu fais ça !

Il s'arrêta, m'annonça le prix que j'avais vu s'afficher à l'intérieur du taxi, je fouillai dans mon sac pour trouver mon porte-monnaie et lui donner l'argent. J'avais de plus en plus chaud, et en me rappelant que j'allais sûrement voir Sasuke, je fus plus ou moins contente qu'Ino se soit disputée au téléphone avec Kiba et que j'ai décidé de me maquiller légèrement.

Idiote.

Je pris une grande inspiration en marchant, et me tenant le ventre. Je sentais les coutures de ma blessure à travers le fin tissu de mon tee-shirt. Finalement, alors que mes jambes se transformaient en coton, j'arrivai devant le portillon de la bâtisse où vivait Sasuke. Mes yeux se posèrent d'une façon nostalgique sur le muret, et comme dans les films, je nous revoyais partageant ses yakitoris. J'avais l'impression d'être à l'époque encore innocente, alors que peu de choses avaient changé.

Il ne me restait plus qu'à sonner. C'était certainement le moment le plus délicat et le plus dur. Au moment où mon doigt presserait le bouton blanc, j'allais devoir assumer l'autre Sakura, l'hystérique de service qui poursuivait le garçon qui l'avait embrassé. Alors que mon doigt allait toucher la sonnette, je me ravisai. Et si c'était un des deux hommes qui ouvraient, ses professeurs ? Et si c'était celui avec les longs cheveux noirs et les yeux de serpent ? Il me mangerait sûrement sur place. La peur se mélangea au sentiment d'appréhension et de stupidité que j'avais déjà.

Maintenant que t'es là, assume !

Je pris une très grande et longue inspiration avant de souffler brusquement. Je sonnai.

Bravo, tu vas avoir l'air maligne maintenant ! Je rougissais déjà, et dans mon esprit défilaient les souvenirs douloureux du soir de l'agression. En y réfléchissant, c'est de là que mes sentiments pour Sasuke s'étaient sur-développés, et que chaque fois où j'étais seule se transformait en occasion pour penser à lui. Je devenais folle. Et-

La porte s'ouvrit. Quoi ? On répond pas d'abord à l'interphone ? Mes jambes allaient céder et je n'arrivais plus à réfléchir. Sasuke !

-Oui ?

Quoi ?

Mes yeux s'écarquillèrent. Étais-je en train de rêver ? Ou avais-je vraiment sous mes yeux Sasuke avec les cheveux longs attachés en couette basse, et le visage d'un homme plus âgé ?

-Qu- euh, Sa-Sasuke, bafouillai-je

Reprend-toi !

Je vis un léger sourire se dessiner sur le visage de l'homme. Ou plutôt de Sasuke avec une perruque et des cernes. Je me sentais plus rouge que jamais. Il était droit, une main sur la poignet de la porte et l'autre dans sa poche. Il dégageait un charme encore plus puissant que celui de Sasuke, et cela devait être dû à son âge qui était sûrement plus- Oh putain ! Son frère ! Mais c'est son frère !

Je rougissais désormais à un tel point que je devais certainement avoir de la fièvre.

-Sasuke ? Répéta-t-il avec amusement.

Aaaaaaah !

-P-pardon, je cherche... Sasuke.

J'avais failli baisser la tête de honte, mais je réussis à résister et me contentai d'un grattement de gorge. Ce que je venais de dire était à peine une phrase, mais j'avais réussi à me souvenir du prénom de cet homme, certainement le plus proche de Sasuke, qui travaillait à la police. Itachi. Le temps que j'articule ma phrase, il avait croisé ses bras et son regard donnait l'impression qu'il lisait en moi comme dans un livre ouvert, malgré les plusieurs mètres et la barrière qui nous séparaient.

-Tu es une amie à lui ?

Quoi ? C'est quoi cette question ? Ca le regarde ? Je réponds quoi ?

-Je.. Euh, oui, bafouillai-je, non, enfin, plus une connaissance ?

Bordel ! Je suis en train de vivre le moment le plus gênant de ma vie !

-Sasuke ne m'a jamais parlé de toi...

Il avait dit sa phrase en fronçant légèrement les sourcils, comme si il me soupçonnait de quelque chose, et ma seule envie à ce moment précis fut de courir à toute vitesse, peut importe où, mais le plus loin d'ici. J'allais me liquéfier de honte. Je vivais la punition suprême de n'avoir pas contrôlé ma pulsion en venant ici.

-Eh bien... Soufflai-je.

Je fronçai les sourcils, troublée, je ne savais même pas quoi répondre, je ne pus cette fois-ci pas m'empêcher de baisser les yeux. Putain ! Un rire masculin me sortit directement de mes pensées. Je fronçai les sourcils, il se moque de moi en plus ? Ce mec ne peut pas être le frère de Sasuke ! Il cessa de rire doucement.

-Je rigole, Sasuke ne me dit jamais rien.

Mes yeux s'ouvrirent un peu plus. C'était... Une blague ? Ils doivent seulement avoir le physique de commun. Un rire absolument nerveux sortit de ma bouche, ce qui finissait l'image d'idiote que je dégageais.

-Je veux bien prendre un message à lui faire passer, ajouta-t-il, mais je crains que ça soit inutile.

Connaissait-il si bien son frère au point de savoir qu'il se fichait plutôt pas mal d'un message qu'une fille aux cheveux roses qui se déplace jusqu'à chez lui pouvait lui laisser ? Sinon, tu peux aussi me dire où il est, ou à quelle heure il sera là!

-Puisqu'il ne reviendra pas ici avant un moment.

Mes yeux s'écarquillèrent. Pardon ? Mon cœur se mit à être douloureux. Si par « pas avant un moment » il entendait « tard ce soir » ou « demain matin », je ne voyais pas le problème. J'articulai un « ah.. ? » Surpris et déçu que je ne pus retenir. Il fronça légèrement les sourcils, ne s'attendant visiblement pas à cette réaction.

-Il ne t'a pas dit ?

Voilà que je recommençais à rougir. Cette question me rendait non seulement encore plus anxieuse sur la signification du « il ne reviendra pas avant un moment », mais elle donnait en plus l'impression que Sasuke ne me connaissait absolument pas et que j'étais une fan hystérique qui avait retrouvé son adresse pour le harceler.

-Non.

Ma réponse avait été simple et je l'avais dite en le regardant dans les yeux, le regard trouble. Mes émotions étaient décidément incontrôlables, voilà que des larmes brûlaient la frontière de mes yeux.. Certainement en réponse à toute l'adrénaline accumulée en quelques secondes et qui redescendait d'un coup. Ou peut être parce que je m'apprêtais à prendre une mauvaise nouvelle en pleine figure et que je la sentais déjà me serrer la poitrine.

Je pris une grande inspiration pour tâcher de calmer mes sentiments, pourtant largement visibles sur mon visage. Je vis le dénommé Itachi fermer les yeux en soupirant.

-Fidèle à lui-même.. Souffla-t-il.

Il me regarda d'un air dur, comme si il avait compris ce que je ressentais pour son frère en un regard.

-Sasuke est parti passer les tournois de kendoka à travers le Japon.

Il marqua une pause.

-Ils durent tout l'été.

Ma respiration s'accéléra.

-Et s'il les remporte, continua-t-il, il partira pour Osaka.

ma lèvre inférieure se mise à trembler et pour stopper la montée de tristesse qui partait de ma poitrine, je serrai les poings ainsi que les dents. Je pris une grande inspiration saccadée et lâchai un rire nerveux qui, si il avait été plus près de moi, aurait sûrement été vu comme un pleur.

-Je vois... Chuchotai-je.

Il soupira lourdement. Si il ajoutait quelque chose et que je devais répondre, je me mettrais certainement à pleurer. J'étais à la limite, si je clignais les paupières, les larmes regroupées sur mes cils tomberaient immédiatement sur ma joue, et ces quelques minutes seraient à jamais les plus gênantes de toute ma vie. Mes yeux étaient rivés sur le sol, il fallait que je m'en aille, mais pour cela il fallait que je dise quelque chose.

-Il y a deux épreuves à Tokyo et il sera là, ça se passera dans-

-J-je... Ne veux pas savoir.

J'avais relevé la tête, cligné des yeux, trois larmes avaient dévalé mon visage pour s'écrouler au sol, et tâchant de garder ma fierté, je fixai un point imaginaire au loin, me mordant la lèvre inférieure. Je reniflai involontairement, puis ne pus m'empêcher de rire une nouvelle fois, nerveusement. Quelle idiote.

-Merci quand même, ajoutai-je finalement. Au revoir.

Et sur ces paroles, après avoir baissé la tête pour cacher mon émotion trop forte, je me tournai pour repartir. Je priai alors pour entendre rapidement le bruit de la porte qui se ferme, mes jambes étaient chancelantes, mais il fallait que je me concentre pour marcher normalement.

-Je crois savoir qui tu es.

J'entendis une nouvelle fois sa voix, plus lointaine cependant. Je pris une inspiration avant d'essuyer les larmes de mes joues, me retourner lentement et l'interroger du regard.

-Tu es celle à qui appartient le sang sur les vêtements de Sasuke.

Je revis Sasuke à l'hôpital, maculé de mon sang, sur ses bras, son tee-shirt, bermuda, sur sa joue. Répondre un simple « oui » aurait été trop douloureux, je me contentai de le fixer impassiblement.

-La fille du combini.

Je fermai les yeux doucement. Sasuke ne lui avait pas parlé de moi, ses collègues étant policiers, il devait être au courant par ce biais. Je chuchotai un « oui » avant de faire un signe de la tête en guise d' « au revoir » et repartir doucement.

-Pardonne mon petit frère... Il est maladroit avec ses sentiments.

Puis le bruit tant attendu de la porte qui se ferme se fit entendre. Je fis quelques pas, puis m'arrêtai près de la continuation du muret, ou de larges buissons empêchaient quiconque de s'asseoir. Maladroit avec ses sentiments.

Mes jambes tremblaient beaucoup trop. Mon corps tout entier tremblait comme une feuille alors que résonnait dans ma tête les phrases graves que je venais d'entendre. Lentement, je me mis à croupis et laissai aller mes sentiments qui ne demandaient qu'à exploser. Je me mise à pleurer, lourdement, douloureusement, cachant mon visage derrière mes mains, expulsant toute ma colère et ma frustration, espérant expulser par ailleurs tout l'amour que j'avais pu laisser s'accroître en moi, pour ne plus jamais aimer, ne plus jamais être déçue.

–-

Mon réveil me tira de mon sommeil à la seconde même où il sonna. Je l'arrêtai, vérifiant l'heure. Il était sept heures du soir, l'heure de me préparer pour sortir avec Lee, espérant qu'il ne soit pas du genre à venir toujours très en avance. Je me levai lentement, levant mon fin haut de pyjama pour observer ma blessure. Elle était moins rouge que lorsque j'étais revenue quelques heures plus tôt.

Je soupirai, allant à la salle de bain pour prendre une douche. Je pris soin de poser un bandage sur la blessure qui devrait la protéger un minimum de l'eau, et que j'enlèverai après.

En rentrant chez moi, la plaie était rouge et me faisait atrocement mal. J'avais donc pris les antidouleur les plus puissants qui m'étaient prescrit et m'étais couchée dans mon lit. J'avais stupidement décidé de rentrer à pieds, comme si cela aurait pu servir à me « changer les idées » cela eut l'effet contraire et j'étais engourdie de partout en franchissant le palier de mon appartement, ayant l'impression d'avoir été soudainement touchée par ce qui aurait communément été appelée la « dépression ».

L'eau chaude me fit un bien fou. Mais il ne fallait que je reste trop longtemps dessous, non seulement parce que le bandage ne devait pas trop s'imbiber, mais aussi parce que je savais que d'un moment à l'autre j'allais me remettre à penser. Et penser était la dernière chose dont j'avais envie depuis que j'étais revenue de chez Sasuke. Par chance, durant le grand moment de faiblesse qui m'était tombé dessus, personne ne m'avait croisé dans la petite rue où je m'étais assise pour déballer mes sentiments au goudron. En me relevant, j'avais été comme vidée de toute émotion, j'étais amorphe, fatiguée, et je n'avais envie de rien.

Je m'enroulai dans une épaisse serviette blanche en sortant et libérant la buée de la douche. J'avais eu l'impression d'être comme Ino après une de ses plus douloureuse séparation amoureuse. Pourtant, je n'avais pas subis de séparation. Je n'avais même pas été en couple, j'avais juste été embrassée par un garçon, et un peu plus tôt, je m'étais stupidement laissée tomber amoureuse, naïvement. L'autre Sakura, celle qui me possédait et qui était obsédée par Sasuke, s'était brusquement envolée au moment même où j'avais mesuré l'ampleur de mon erreur.

J'étais redevenue moi, et j'avais trouvé cette liberté particulièrement douloureuse.

Je poussai un soupire en me regardant dans la glace. Je dû ressortir de la salle de bain pour aller regarder l'heure dans ma petite cuisine. Il fallait que je me rachète un portable, et vite, sinon Ino allait criser et je louperais des moments tel que sortir avec Lee un soir.

J'allai dans ma chambre pour enfiler un pantalon fin et moulant, avec un tee-shirt ample puisque je devait éviter les contact avec la blessure. Après m'être séché les cheveux et légèrement maquillée, j'avalai mon médicament du soir, mis mes chaussures plates et ouvertes, pris mon sac, fermai la porte et descendis au combini.

Avant d'arriver dans l'arrière boutique, j'entendis la voix de Lee qui se mêlait à celle d'Ayame. Oh putain il est déjà là ! Depuis combien de temps ?

-Sakura !

Son visage s'étira dans un grand sourire que je lui rendis, et j'arrivai à ses cotés, saluant Ayame qui tenait la caisse.

-Ca va aller, Sakura ? Me demanda-t-elle.

-Oui ne t'inquiète pas.

J'agitai ma main en signe de dire « n'en dis pas plus, Lee ne sait même pas ce qui m'est arrivé ! » Mais dans tout son naturel exagéré, il réagit automatiquement.

-Comment ça Sakura, tu ne vas pas bien ?!

Je me mise à rire, avant de le pousser vers la sortie.

-C'est rien, je te raconterai tout à l'heure !

Ayame fit une grimace, signifiant sûrement un « Oups ».

-Sakura, ce soir n'oublie pas de rentrer par la porte principale, le combini sera fermé !

Je ne fus pas heureuse de réentendre parler de cette histoire de combini qu'on fermait la nuit et qui nous rabaissait au titre de simple superette, mais je me contentai de lui faire un signe de la tête et de sortir dans la rue, où une agréable chaleur du soir s'était posée sur la ville.

Lee avait enfilé un pantalon noir qui n'étais ni trop large, ni trop moulant, et qui lui allait étrangement bien. Par dessus il portait un tee-shirt d'un vert uni, semblant fidèle à lui-même, et assorti à ses fines baskets qui avaient une touche de cette même couleur. Je vis sur son visage une lueur d'anxiété alors qu'il fit deux grands pas pour me rattraper, après que je l'ai dépassé en sortant du combini.

-Tu sembles avoir des choses à me raconter, non ?

Je jetai un coup d'œil à son expression, et ne pus retenir un rire.

-Attendons d'être assis ! Où m'emmènes-tu ?

Presque automatiquement ses yeux s'illuminèrent et il commença à m'expliquer que l'endroit où nous allions était réputé pour sa convivialité. C'est ainsi qu'on se retrouva à marcher côte à côte pendant plusieurs minutes et d'une façon tout à fait détendue. Il commença à me raconter le déroulement de ses tournois, mais ce mot me rappelait un souvenir désagréable et pourtant proche. Je fis comme si de rien n'était et le laissai me raconter les principes des sports qu'il pratiquait et la façon dont il s'était durement entraîné dans sa jeunesse et aujourd'hui encore.

-Mais je dois ces nombreuses médailles à mon professeur et maître qui m'a tout enseigné !

Je le vis commencer à ralentir tout en continuant son récit. Soudain, il s'arrêta, puis leva son regard avant de le rabaisser vers moi et d'annoncer, dans un sourire « nous y sommes ! »

A mon tour je levai les yeux en l'air pour regarder où est ce que nous allions passer la soirée. Je manquai alors d'avaler de travers, surprise. Il doit y avoir erreur.. Il passa devant moi et se retourna.

-Tu viens ?

Mes sourcils se haussèrent.

-Euh, Lee...

-Mh ?

-Tu.. Enfin, c'est un bar à saké, ici.

En effet, le généreux écriteau au dessus de l'entrée laissait lire « La rizière » puis, plus en bas, « bar – saké artisanal »

Je vis alors ses joues rougir subitement, et il baissa la tête. Parfois, je me demandais ce qui pouvait bien se passer dans son cerveau pour que de telles expressions apparaissent sur son visage. Il releva le visage d'un coup, les sourcils froncés de détermination.

-J-je sais ! Mais si c'est ce que tu crois, je ne veux pas te saouler, Sakura !

Il serra son poing, comme si cela démontrait sa sincérité. Je lâchai un rire. Encore heureux !

-Ce n'est pas marqué ici, mais je te promets qu'ils font de la nourriture, et qu'elle est très bonne !

Je fermai les yeux doucement.

-Je te crois, Lee !

Puis j'avançai lentement, suivant ses pas. Je ne fus effectivement pas surprise de constater l'ambiance chaleureuse, puisque je pouvais apercevoir dès l'entrée des hommes accoudés au bar, riant, parlant très fort. Si le centre de la pièce et le coté droit étaient consacré au coté bar, à gauche de la salle en longueur, plus discrètement, se trouvaient des tables avec des banquettes, et séparées par de fines cloisons.

-Suis-moi !

Je l'écoutai, et il se dirigea vers la première table à gauche. Ce n'était, à mes yeux, pas la meilleure place, puisque nous allions probablement avoir du mal à nous entendre avec les gens bientôt fin saouls d'à coté. Mais je ne voulais pas non plus donner l'impression d'une sortie en couple, qui cherche de l'intimité. Je m'assis du coté cloison, et lui en face de moi, du coté bar. Il eut un rire nerveux en voyant que l'ambiance était certainement plus forte que ce à quoi il s'attendait. Je le vis même rougir.

-Tsunade, arrête de boire maintenant, tu vas finir complètement saoule !

Cette phrase avait été presque criée derrière mon dos par une voix rauque et masculine, et je ne pus empêcher mon indiscrétion de me faire retourner. Mon regard croisa celui d'une femme aux cheveux blonds, attachés en couettes basses, avec une poitrine énormissime qui reposait sur la table. Ses joues étaient rouges d'ébriété, ses yeux froncés, et elle haussa un sourcil en me regardant d'un air de dire « un problème ? » Je me sentis rougir à mon tour alors qu'elle bu cul sec son verre, je choisis ce moment pour me retourner en faisant mine d'observer le décors.

Très vite, alors que Lee s'apprêtait à lancer un sujet de discussion, un serveur vint à notre rencontre avec deux petites cartes qu'il nous glissa et demanda si nous prenions un apéritif. Lee sembla hésiter en me regardant. Pensait-il que j'irais m'imaginer des choses s'il prenait de l'alcool ?

-Euh, non. Répondit-il.

Il ajouta un « régime alimentaire de sportif oblige », en me regardant.

-Mais Sakura voudra sûrement goûter le saké ? Me demanda-t-il finalement.

-Euh, répondis-je, non, je n'ai pas le droit.

Cette phrase était sortie automatiquement de ma bouche. « Je n'ai pas le droit » laissait planer plusieurs possibilités : on aurait pu croire que mes parents m'avaient interdit l'alcool et que j'étais une fille sage, et pire, la gêne avec laquelle j'avais répondu pourrait faire penser que j'avais des antécédents avec l'alcool et que selon une règle d'un code de sobriété à suivre, je ne devais pas replonger. Pourtant, le saké était un des rares alcool que j'aimais boire sans problème.

-Très bien, je reviendrai lorsque vous aurez choisi.

Lee avait haussé les sourcils, légèrement, de façon à ce que je ne le vois pas, mais je l'avais vu. J'avais été stupide de répondre que je n'avais pas le droit, mais c'était vrai, dans le régime alimentaire strict que je devais suivre, l'alcool était naturellement proscris. Soudain, je me demandai si, sans cette contrainte, j'aurais tout de même pris un verre d'alcool.

Alors que j'étais plus censée faire attention à Lee et une possible discussion entre nous, mon cerveau dérailla sur un souvenir, ou plutôt une absence de souvenir qui remontait à il y a moins d'une année. C'était un des rares soirs où j'étais sortie avec Ino, et que dans un emballement que je ne me connaissais pas, j'avais pris goût au saké et m'étais mise à le boire comme de l'eau. Jusqu'à la deuxième bouteille, mon souvenir de cette soirée était flou mais logique, ça avait d'ailleurs été une des fois où je m'étais le plus amusée avec ma meilleure amie.

Je m'étais réveillée, le lendemain matin chez Ino, une douleur atroce au niveau de l'estomac, mais qui restait moindre comparée à celle de ma tête, fracassée. J'avais pour ainsi dire pris une cuite, et l'effet « trou noir » avait été immédiat à mon levé. Je ne me souvenais plus de la fin de la soirée. Mes souvenirs s'étaient effacés, et je découvris, paniquée, ce sentiment d'impuissance. Par la suite, Ino m'avait calmement, sans pouvoir s'empêcher de rigoler, expliqué que j'avais été « extraordinaire », qu'elle ne m'avait jamais vu comme ça, avant de m'annoncer, normalement, que j'avais embrassé un garçon. Mon cœur avait failli exploser, et j'ai mis plusieurs jours avant de croire à ce qu'elle me racontait, avant qu'elle ne retrouve une vidéo sur son portable, de moi, en train de danser d'une manière inimaginable dans une boîte de nuit, en criant.

J'avais lentement admis que si j'avais été capable d'une telle folie, j'avais aussi été capable d'embrasser un garçon. « Il était assez grand. Très pâle, par contre, comme un cul ! » m'avait raconté Ino d'après ses souvenirs. « Un brun, avec les cheveux courts et les yeux noirs, plutôt banal, coincé, mais mignon ! »

-Sakura ?

Lee me sortit immédiatement de mes souvenirs. Je relevai la tête en m'excusant et en m'attardant sur la carte.

-C'est indiscret si je te demande pourquoi tu n'as pas le droit ?

Mes yeux s'arrondirent, et l'espace de quelques secondes je cru qu'il avait pensé à une des possibilités auxquelles j'avais réfléchis plus tôt. Puis, vu l'inquiétude dans son regard, je compris qu'il avait fait le lien entre tous les signes qui lui avaient fait comprendre que j'avais eu un problème. Après avoir décidé de prendre des sushis, je je pris une grande inspiration, il fallait que je lui raconte.

Tranquillement, alors qu'il me portait une attention immense, je commençai à lui raconter le soir de l'agression. Je commençai par lui rappeler le premier braquage du combini, puis le malheur que j'avais eu à passer dans cette rue. Au fur et à mesure du récit, je voyais son visage se décomposer, comme si il avait assisté à la scène, impuissant. Le serveur arriva au moment où j'allais lui raconter que j'avais appelé Sasuke. Ce qui me permis de réfléchir à la façon dont j'allais expliquer ce passage.

Le serveur reparti, commande en note, et je repris. Je m'étais contentée de lui dire que j'avais appelé un numéro au hasard dans mon répertoire et que c'était tombé sur une connaissance. Par hasard, même si je savais que cela ne tenait pas la route, cette connaissance se trouva à être dans le coin et vint m'aider.

J'avais dû m'arrêter à presque chaque phrase, revivant à petites doses la douleur de cette agression. Puis alors que nos plats arrivèrent et qu'on commença à manger, je lui expliquai pour mon séjour à l'hôpital, brièvement mon intervention, et que j'étais sortie aujourd'hui. Lee avait les larmes aux yeux à la fin de mon récit, et je ne savais pas si cela devait m'attendrir où me gêner. C'était sûrement un mélange des deux. Il se mit soudain à déballer une sorte de culpabilité, comme si il y avait été pour quelque chose, ou qu'il aurait pu me sauver. Mais cela était impossible. Rapidement, après avoir plombé l'ambiance, je tâchai de changer de sujet, mais Lee, presque plus concerné que moi, avait du mal à parler d'autre chose.

Mes yeux cherchèrent dans la salle de quoi changer de sujet. J'attardai mon regard sur chaque personne au bar, principalement des hommes. La nuit était tombée, quelque uns étaient saouls et sortaient, ne marchant plus très droit. Soudain, mon cœur loupa un battement, mes yeux s'écarquillèrent. Oh non, oh non ! Je vis une tête blonde que j'avais déjà trop vu pour une vie entière. Le fou de ce matin était accoudé au bar et s'était levé pour partir, l'entrée se trouvant tout près de moi. Non ! Il va forcément me voir, j'ai les cheveux roses ! Merde, merde !

Brusquement, je me laissai glisser le long de mon siège en continuant de l'observer, il s'était arrêté pour regarder son porte-monnaie. Mais bouge ! Sors de là ! Si je continuai à me recroqueviller de la sorte, c'était certain, j'allais finir sous la table.

-S-Sakura ? Ca va ?

J'en avais même oublié Lee, qui maintenant s'inquiétait. J'eus un rire nerveux.

-O-oui ! J'ai juste... Fait tombé quelque chose par terre !

Et sur cette excuse totalement bidon, je me glissai sous la table pour une durée que j'estimais d'environ cinq secondes. Faites qu'il soit parti quand je me relèverai...

-Mais... Naruto ?! C'est toi ?

Mon cerveau s'activa à toute allure. Naruto, Naruto...

« je m'appelle Naruto et.. En fait je suis ton garde du corps. »

NON ! Non ! C'est lui ! Lee le connaît ? C'est quoi, ce délire ! Je sentais que je commençais à transpirer. J'entendis le fou lancer un « Oha ! Gros sourcils! »

Gros sourcils ? Je faillis laisser s'échapper un rire de ma bouche, mais la situation était trop grave. Ils se connaissaient. Lee ne va quand même pas...

-Viens t'asseoir avec nous !

NON !

-Nous ?

Il fallait que je sorte de dessous la table. Bordel, ça va sembler super ambigu !

-Assied-toi à coté de moi, Naruto !

Je vis la tête de Lee apparaître en face de moi alors qu'il venait de se pencher.

-Tu as trouvé ce que tu cherchais ?

-O-oui !

Je pris une grande et profonde inspiration. Cette journée n'est décidément pas la mienne ! D'un coup, et tâchant de ne pas me cogner la tête contre la table, je me hissai à l'aide de mes mains et poussai sur mes jambes pour me relever.

Je m'assis, pour m'enfoncer au fond de la banquette en croisant les bras et fronçant les sourcils. J'aurais voulu être n'importe où mais pas ici. Et pas devant chez l'autre idiot non plus. Il s'était assis à coté de Lee et le regardait en s'exclamant un « quoi, toi, avec un rendez-vous ? » Il se mit à rire au moment où je poussai un soupire. Il tourna la tête, nos regards se croisèrent.

-WOH !

Il eut un violent geste de recul, en fronçant les sourcils. La surprise devait être de taille. Cependant, je cru comprendre qu'il n'en était pas à son premier verre. Lee s'étonna en passant son regard de lui à moi.

-Quoi ? S'inquiéta-t-il.

L'idiot blond fit une grimace.

-Qu'est ce qu'elle fait là ?!

Il s'adressa exclusivement à Lee, comme si je n'étais pas là. Peut être avait-il compris que je n'avais vraiment pas envie d'être là.

-Vous vous connaissez ? Demanda Lee, ne comprenant plus.

Je poussai un autre soupire.

-C'est une folle !

Il avait tendu son bras en me pointant du doigt. Pardon ? J'étais probablement en train d'halluciner. Il fallait que je garde mon calme, je m'apprêtais à exploser.

-Je rêve ! M'exclamai-je en tapant mon poing sur la table.

Je n'avais pas réussi à me contenir.

-Tu m'as persécuté !

Il prit ma phrase comme une insulte.

-Qu-Quoi ? Tenta d'intervenir Lee.

-J'étais là pour l'aider, porter sa valise, et qu'est ce que j'ai eu en retour ? Il s'adressa à Lee, Une baffe ! Elle m'a giflé et-

-Je n'ai pas besoin d'un fou qui prétend être mon garde du corps !

-Tu ne comprends rien !

Je me mise debout en tapant mes deux mains sur la table, qui vibra.

-Alors explique, je t'écoute !

Ma colère avait résonné dans ma phrase et il ne su quoi répondre. Il se tapa le front avec la paume de sa main en soupirant.

-S'il vous plaît ! S'écria-t-il.

Il m'ignora et interpella un serveur. Il est sérieux ? Il est vraiment en train de m'ignorer ?

-Une bouteille de saké !

Lee me regardait sans comprendre. Il n'avait jamais vu cette facette de ma personnalité. C'était celle qui restait souvent cachée, et je ne l'avais pas beaucoup vu non plus. Mais ce « Naruto » me mettait hors de moi.

-Calme-toi, Sakura !

Je soupirai une seconde fois. Étais-je obligée de rester ici ? Il continua de faire comme si je n'était pas là et croisa ses bras derrière sa tête. Lee prit alors la parole.

-Naruto est un ami du lycée ! On était dans la même classe de sport.

L'intéressé eut un rire. J'avais du mal à assimiler l'idée que ces deux personnes, que j'avais connu de façon diamétralement opposée, pouvaient se connaître entre elles, et depuis longtemps.

-Ouais, répondit l'idiot blond, t'étais imbattable !

Lee se mit à rire.

-Je faisais de mon mieux !

Joyeusement, comme si la joie de se retrouver avait effacer ma présence, et c'était tant mieux, ils se mirent à rire ensemble. La petite bouteille de saké arriva et celui qui l'avait commandé se servit immédiatement. Sous nos yeux, il fit un cul sec. C'était vraiment un imbécile, et en plus de ça, il commençait à mâcher la moitié de ses syllabes, comme quelqu'un qui aurait déjà bu deux trois verres.

-Oh, tu t'souviens de notre rencontre ?

Il reparlèrent du passé, puis il se servit un second verre qui connu le même sort que le premier. Mes yeux, pleins de colère, se posèrent sur lui. Je repensai à la scène de la matinée sans réussir à comprendre. Qui est assez idiot pour s'autoproclamer garde du corps ? C'était d'ailleurs impossible. Je fixai son regard, sans qu'il ne croise le mien. On ne pouvait pas s'autoproclamer garde du corps. Il y avait forcément quelque chose. Je plissai les yeux pour tenter de le cerner. C'était la première fois que je voyais des yeux d'un bleu pareil, mais ça ne le rendait pas plus appréciable.

Soudain, son regard qui n'avait fait que regarder Lee où la bouteille de saké, se dirigea vers le mien. Sur l'instant, je ne voulu pas détourner les yeux, ça faisait beaucoup trop la fille gênée, où celle qui n'assumait pas de le fixer. Alors je restai plantée de cette façon, les bras croisés, les sourcils légèrement froncés, mes yeux verts dans ses yeux bleus.

L'instant était trop court pour prendre une décision, comme dire quelque chose ou tourner la tête, mais était trop long pour que ça paraisse normal. Je pensais qu'il allait finir par lancer un « quoi ? » mais il se contenta de froncer les sourcils à son tour, baisser les yeux et retourner son attention sur Lee.

Il vient de se passer quoi, là ?

Je poussai un soupire. Ils étaient rendus à parler d'un combat de lutte qu'ils avaient fait et où Lee l'avait battu à plate couture. Je ne préférais même pas imaginer la scène. Mon soupire attira l'attention de Lee, alors que « Naruto » en était à son quatrième verre.

-Excuse-nous Sakura, ça fait un moment que nous ne nous sommes pas vu !

-Tu l'as dis, gros sourcils !

Pour la seconde fois que j'entendais ce surnom, je ne pus m'empêcher de sourire. Aussi méchante soit-elle, c'était le première chose que j'avais pensé à propos de Lee en le voyant dans le bar. Ça, mais aussi que sa coupe au bol était plutôt horrible, celle-ci qu'il avait heureusement arrangé.

-Je ne sais pas ce que vous avez l'un contre l'autre, soupira Lee, mais je suis sûre que vous pourriez bien vous entendre !

Nos regards se croisèrent une seconde fois. Il me fit une grimace, commençant à être saoul, et ses traits se tirèrent d'une façon si laide que je ne pus retenir un rire. C'était vraiment un idiot. Lee se leva alors, demandant à Naruto de le laisser passer pour qu'il aille aux toilettes. Il mit un temps à comprendre, puis se leva, s'étira, et en voulant se rasseoir, cogna son pied dans celui de la table, ce qui lui arracha un cri et moi un soupire.

Il se mit à rire, puis me tendit la main.

-J'm'appelle Naruto !

Je le regardais d'un air désabusé. L'alcool ne le rendait que plus imbécile.

-Je sais, répondis-je.

Il soupira en laissant tomber sa tête sur la table, je fronçai les sourcils.

-C'était pour repartir sur de bons teeermes ! Gémit-il.

Et je n'avais pas envie de ça. Il restait le garçon qui m'avait persécuté ce matin. Il releva la tête, ses grands yeux bleus insistant. Sans lui tendre la main, je me contentai de répondre un « Je m'appelle Sakura ». Il me lança un grand sourire avant de se mette à rigoler bêtement, tel un imbécile heureux.

Sans trop comprendre pourquoi, je me demandais si Ino le trouverait beau, elle qui avait un œil aiguisé sur le physique des hommes. En mettant de coté la colère qu'il m'inspirait, je ne pouvais m'empêcher de le trouver mignon. Ses cheveux blonds étaient en bataille, et ses marques de moustaches sur les joues lui donnaient un air attendrissant. Il semblait être l'exact opposé de Sasuke, que j'avais décidé de gentiment détester pour le restant de mes jours, sentiment moins douloureux que n'importe lequel autre.

Je vis Lee revenir au loin.

-Au fait Naruto, lança-t-il en arrivant à son niveau, comment va Sasuke ?

Je me demandai automatiquement si j'avais mal entendu. Puis je me demandai si il avait lu dans mes pensées, et après, si ils connaissaient quelqu'un qui avait le même prénom que le Sasuke que je connaissais. Mon cœur s'était accéléré, mais en toute innocence, je n'arrivais pas à croire que Lee, mais surtout Naruto, connaissaient Sasuke.

Cependant, au moment où Lee avait posé sa question, Naruto avait écarquillé violemment les yeux, et ne l'avait pas regardé lui, mais moi. Il avait eut le reflex de guetter ma réaction, et je compris automatiquement qu'il parlait de Sasuke Uchiha. Et qu'évidemment, je n'étais pas censé savoir qu'ils se connaissaient. Il eut un rire nerveux, et alors que je fronçai les sourcils, il se gratta la gorge.

Oh. Putain.

Dans ma poitrine grandit le sentiment douloureux, le même que cette après-midi, celui d'avoir été bernée, et de découvrir quelque chose qu'on avait voulu me faire ignorer.

-C'est quoi, ce délire... Soufflai-je.

Une teinte de panique s'était figée sur son visage, au moment même où il attendait ma réaction.

-Tu... Mon regard se posa sur Naruto, connais Sasuke ?

Il soupira un « aaah » brusquement en passant sa main dans ses cheveux. « J'ai vraiment merdé jusqu'au bout »

Cette dernière phrase me donnait en plus la sensation d'avoir été manipulée. J'en avais trop entendu pour la journée. Je me levai, prenant une grande inspiration.

-Mais, qu'est ce qu'il se passe ? Demanda Lee. Tu- tu t'en vas Sakura ?

Je déposai un billet sur la table.

-Je dois y aller Lee, on se reverra plus tard.

-Ah, euh, d'accord...

Il baissa la tête, visiblement déçu.

-Passe au combini dans quelques jours, je te passerai mon nouveau numéro de portable.

Il sembla reprendre espoir et me conseilla de faire attention en rentrant chez moi, inquiet comme à son habitude. J'accélérai mes pas, car je sentais que-

-Eeh, attend, attend !

Eh merde.

Je comptai sur le fit qu'il soit saoul pour le semer, mais il réussit à me rattraper et m'attrapa le bras. Je me dégageai aussitôt.

-Quoi, à la fin ?!

Il semblait torturé dans sa tête et poussa un gros soupire.

-C'est pas ce que tu crois !

Je le regardai comme un imbécile qu'il était. Les lueurs des lumières du soir dans la ville se reflétaient dans ses yeux, ce qui, si je ne l'avais pas détesté, aurait été déstabilisant.

-Je ne crois rien, puisque je ne comprends rien !

Il faisait la tête d'un chien battu. Je ne savais pas si il jouait de ses charmes, mais ça en donnait clairement l'impression, et j'avais l'impression de gronder un enfant qui aurait fait la bêtise de sa vie. Il soupira une nouvelle fois.

-Je... Vais tout te raconter.

Une montée de colère me prit à la gorge.

-Laisse tomber, je veux pas savoir.

Je repartis aussitôt, mais en quelque pas il me rattrapa. Cette fois-ci, je ne m'arrêtai pas, et me glissai entre les passants du soir. La douleur à mon ventre me reprit, comme la fois où j'avais voulu le semer ce matin et que mon corps m'avait rappelé que je ne pouvais pas faire trop d'efforts physiques.

-Oui, je connais Sasuke !

J'avais cru comprendre ! Je l'entendais s'essouffler derrière moi.

-Depuis l'école primaire, et c'est mon meilleur ami !

Je levai les yeux au ciel, qu'est ce qu'il ne fallait pas entendre. Chaque mot qu'il sortait me donnait encore plus l'impression d'avoir été prise pour idiote, alors que les idiots, c'était eux. Je quittai la rue piétonne pour un trottoir longeant un long mur de pierre. Il me suivait toujours, et je priai pour qu'au prochain carrefour à feux, j'arrive à le laisser derrière moi.

-Je lui rendais juste un service !

J'avais juste envie qu'il la ferme. Je ne voulais plus entendre parler de Sasuke, et je ne voulais plus avoir un quelconque lien avec quoi que ce soit en lien avec lui. Tout ça était beaucoup trop douloureux, je ne préférais même pas imaginer la suite de ce qu'il me racontait. Au loin, je vis les piétons s'engager en masse sur le très grand passage, il fallait que je les rattrape. J'arrivai à deux mètres du passage, et le feu piéton passa au rouge, les voitures allaient redémarrer. NON ! Je ne peux pas rester là avec lui !

Je m'élançai d'un grand pas sur le passage, avant d'être violemment attrapé par le poignet et 'être tout aussi brusquement tirée en arrière. A ce même moment, une voiture coupa la route à une allure folle, et les autres la suivirent. Mon cœur allait exploser, j'avais manqué d'être renversée. Alors que je sentais les larmes monter à mes yeux, la main qui serrait fort mon poignet me poussa coutre le mur, et continua de me serrer. Face à mon visage, à quelques centimètres, celui de cet abruti blond, le regard déterminé et froncé.

-Écoute moi !

Mes yeux s'écarquillèrent, et je les fermai. Je n'avais plus le choix. Je sentais son haleine d'alcool, et ses membres tremblaient. Sa main lâcha mon poignet et se plaça contre le mur, à coté de mon visage. Il baissa la tête, essoufflé. « Putain, j'ai trop bu »

Il releva les yeux, qui se plantèrent dans les miens.

-J'm'y suis mal pris, ce matin.

Je restai silencieuse.

-Sasuke est mon meilleur ami... Répéta-t-il. Je suis le seul à qui il a raconté l'accident de l'autre soir et...

Je lui lançai un regard menaçant. Il ne fallait pas qu'il en dise plus sur cette soirée, et qu'il aille droit au but. Il laissa tomber son bras avant de prendre une inspiration.

-Il est pas bavard, soupira-t-il. Mais quand il est parti pour ses tournois, il m'a demandé de te protéger.

Je détestais Sasuke.

-J'ai... J'ai pas mal de problèmes d'argent et.. Il m'a proposé de me donner un salaire pour faire ça.

Mes yeux s'ouvrirent en grand. Quoi ? C'est une blague ?

-Je pense qu'il t'aime bien, enfin, il eut un rire stupide, c'est la première fois qu'il me demande de faire ça et-

-C'est bon. Le coupai-je. J'en ai assez entendu.

J'étais la raison d'un trafic d'argent entre deux amis, il considérait que je ne pouvais pas me débrouiller toute seule, et a fait tout cela en partant tout l'été sans rien dire. Je haïssais Sasuke.

Je repris ma marche en voyant que le feu pour piétons était vert. Je n'étais plus trop loin du combini, de mon appartement, où j'allais aller me coucher, pour oublier cette journée affreuse. Il continua de me suivre, et je ne savais pas trop si c'était parce qu'il continuait de vouloir me « protéger », si il voulait me dire encore autre chose, ou si il était simplement stupide. Je penchai plutôt pour la troisième possibilité. Pendant que nous traversions le passage, j'accélérerai naturellement ma marche, et entendis derrière moi un « attend ! » Il n'allait décidément jamais me lâcher la grappe.

Je tournai dans une rue large à ma gauche, pour arriver devant l'épaisse porte d'entrée de l'immeuble, que je n'utilisais presque jamais. Évidemment, je le vis me rejoindre quelques secondes après, essoufflé.

-Tu n'étais pas censé savoir tout ça.. Soupira-t-il.

-C'est plutôt raté, me contentai-je de répondre en cherchant mes clés.

-Sasuke... M'a fait promettre de ne jamais entrer en contact avec toi, pour que tu ne devines jamais !

J'hésitai alors entre considérer ça comme un ego sur-dimensionné ou une fierté mal-placée.

-J'ai foiré avec le coup de la valise... Désolé, souffla-t-il.

Il se gratta la tête, pensif.

J'ouvris la grosse porte, et d'un coup de bras la tirai pour passer de l'autre coté du pallier. Je voulu la refermer, mais sa main s'interposa, une seconde fois. Je le fusillai du regard.

-S'il m'a demandé ça, c'est parce qu'il était inquiet.

Je tentai de fermer la porte une seconde fois, une seconde fois, il m'en empêcha.

-Il n'est jamais inquiet...

Je poussai un soupire.

-Appelle Sasuke, lui répondis-je. Dis-lui ce que tu veux de ta part. Mais de ma part, dis-lui que je me débrouille toute seule, et que surtout, insistai-je, je n'ai pas besoin d'un lâche dans ma vie.

Ses yeux bleus se plantèrent une fois de plus dans les miens, il haussa les sourcils et sembla vouloir maintenir le contact visuel encore et encore. Je fermai la porte sur un « bonne nuit. ». Je me laissai reposer sur dernière, poussant un lourd soupire. Avais-je vraiment dis ce que je venais de dire ? Lentement, ma main sur mon ventre, je remontai les marches jusqu'à mon appartement. Une fois dans ce dernier, je me déshabillai sans prendre la peine de faire autre chose, et m'enroulai dans ma couverture, alors qu'il faisait chaud déjà.

Je soupirai. Je n'arriverai pas à trouver le sommeil.

Depuis quand ma vie était-elle passée d'une monotonie des plus extrêmes à une successions d'événements que je ne pourrais pas oublier avant très, très longtemps ?

Voilà voilà ! Sur le moment, j'ai juste envie de le publier le plus vite possible mais je dois écrire le petit mot de la fin ! Donc j'espère avant tout que ce chapitre vous aura plu. J'avais peur que le coté morose de Sakura plombe un peu tout, que ça soit déprimant, lourd à lire, mais je devais écrire cette partie de l'histoire où Sakura repart à zéro, puisqu'elle était devenue clairement trop obsédée par Sasuke. Naruto est donc bel et bien dans l'histoire ! Son rôle n'est pas le plus agréable puisque ses rapports avec Sakura sont conflictuels pour le moment, mais évidemment, tout ça va évoluer très vite ! Alors surtout, n'hésitez pas à me donner votre avis, comme toujours, je suis infiniment heureuse de vous lire !

Je vous dis à très bientôt (cette fois-ci) et je vous embrasse !

Auk.