Chapitre 8 : Mathilda Dorine Fawley

La jeune femme leva les yeux vers le miroir accroché au mur à droite de l'étagère. Elle contempla son nouveau reflet, un visage inconnu qui reproduisait ses expressions, ses mimiques, ses gestes. L'angoisse se lisait sur le visage dans le miroir et Hermione se demanda si elle la ressentait aussi. Elle posa les mains sur les hanches de cette femme avant de baisser les yeux vers ce corps qui n'était pas le sien. Ce n'était pas la première fois qu'elle prenait du Polynectar mais cette fois ci, elle savait qu'elle allait devoir s'habituer à ce reflet, ne savant pas pour combien de temps cette enveloppe serait la sienne.

- Parfait ! lança une voix derrière elle. Comme ça je n'aurais pas l'impression de vivre avec Miss Je-Sais-Tout.

Hermione ferma les yeux pour s'empêcher de répondre. Vivre dans ce corps ne serait pas la chose la plus compliquée qu'elle aurait à vivre, mais ne pas pouvoir foutre à nouveau son poing en plein visage de Malefoy, ça serait difficilement vivable. Elle se retourna pour lui faire face.

- Je ne vois pas vraiment l'intérêt de gaspiller du Polynectar quand nous ne sommes que deux ici, dit-elle d'une voix la plus calme possible.

- Je n'appelle pas ça gaspiller, répondit Malefoy en levant le menton. Si ça peut m'éviter de me rappeler que je vis avec une sang-de-bourbe sous mon toit.

Hermione reçu l'insulte en pleine face mais ne broncha pas d'un pouce.

- C'est ce que tu appelles « repartir sur des bases saines » ? répondit-elle en levant un sourcil.

- Si tu n'es pas agréable avec moi, tu sauras à quoi t'attendre.

Hermione réfléchit à toute vitesse. Elle avait deux solutions qui s'offraient à elle dans cette situation : rester parfaitement odieuse avec Malefoy et lui faire payer tous les malheurs qu'il avait causé, ou prétendre vouloir faire la paix avec lui pour voir si cela l'adoucirait un peu. Dans le premier cas, elle savait qu'il lui ferait vivre un enfer mais au moins, elle aurait la conscience tranquille. Dans le second cas, elle pourrait espérer survivre et profiter du statut de Malefoy pour tenter de retrouver Ron et s'échapper, mais il lui faudrait endurer la compagnie de son ennemi et se retenir de lui fracasser le crane à coup de chaudron à la moindre occasion. Elle observa Malefoy qui se tenait devant elle, adossé au mur, les bras croisés sur sa poitrine et pris une décision qui allait changer sa vie.

- Alors repartons sur des bases saines, finit-elle par dire avec un léger sourire. Je préfère te savoir de mon côté.

Malefoy leva les sourcils et plongea son regard d'acier dans le sien. Il la sondait et elle le savait. Elle ne silla pas et maintint son regard le plus longtemps possible.

- Bien, répondit-il au bout de quelques minutes. Sortons d'ici, on commence à manquer d'air.

Il tourna les talons et poussa la porte en bois qui donnait sur le couloir.

- Suis moi, que je t'explique la suite.

Ils traversèrent le manoir dans l'autre sens et Malefoy la fit entrer dans un immense salon. Le plafond, qui se situait à plus de cinq mètres du sol, était recouvert de sculptures dorées et de peintures délicates représentant des sorciers majestueux à l'air hautain. De larges fenêtres donnaient sur le parc ensoleillé, entourées de lourds rideaux bleu nuit qui tombaient jusqu'au sol. Le long des murs recouverts de tapisseries complexes étaient disposés dans une harmonie parfaite, des meubles ouvragés, des canapés recouverts de soieries brodées, du petit mobilier de jeu et au centre de la pièce se trouvait un grand billard aux pieds sculptés en forme de serpent. Visiblement, ce salon était la pièce la plus luxueuse du manoir et Hermione se demanda si elle n'avait pas sous-estimé la fortune des Malefoy.

Il l'invita à s'assoir sur un confortable canapé en face duquel se trouvaient deux fauteuils assortis. Il s'assit sur l'un d'entre eux en croisant les jambes devant lui et ouvrit la bouche pour parler.

- Bien, commença-t-il. Maintenant que tu as compris le but du jeu, voici les règles. Je commence par t'avertir qu'enfreindre l'une d'entre elle te vaudra un billet sans retour pour les geôles du ministère. C'est clair ?

Hermione hocha la tête en signe d'approbation et le laissa continuer.

- Parfait. Donc la première règle que tu devras suivre est la suivante : tu ne fais rien sans mon accord.

- ça va être pratique, le coupa Hermione d'un air sarcastique.

- La deuxième, ajouta-t-il en la fusillant du regard, c'est que tu ne sors du parc sous aucun prétexte. Tu peux sortir du manoir mais tu dois rester dans l'enceinte du domaine.

- Bien, coupa à nouveau Hermione. D'ici trois jours je serai comme un lion en cage.

- La troisième ! continua Malefoy en serrant le point sur l'accoudoir de son fauteuil. Tu dois prendre du Polynectar tous les matins et conserver ton apparence actuelle jusqu'au soir.

- J'espère… commença Hermione.

- Et la dernière ! tonna Malefoy en se levant. Tu arrêtes tes enfantillages. Je vois bien ce que tu essayes de faire. Tu veux me pousser à te renvoyer d'où je t'ai sauvée.

Il s'approcha d'elle d'un pas lent.

- Je peux te faire vivre un enfer ici si tu préfères.

- Et moi je peux te planter devant les prochains invités que tu auras ici.

Le visage habituellement pâle de Malefoy perdit le peu de couleur qui lui restait. Il détourna le regard et s'avança vers une fenêtre pour observer le parc. Hermione le suivi du regard et se demanda si elle avait choisi la bonne option. Entrer en conflit avec Malefoy n'allait la mener à rien.

- Tu tiens trop à la vie pour oser me menacer… dit-il d'une voix caverneuse. Et si tu me réponds que non, je peux t'assurer que je connais une vie à laquelle tu tiens surement plus que la tienne.

Hermione en avait trop supporté. Elle se leva d'un bon et se dirigea vers la porte restée ouverte, mais celle-ci se ferma dans un claquement sec avant qu'elle n'ait pu traverser la moitié de la pièce. Elle fit volteface et se retrouva nez à nez avec son ennemi. Il lui agrippa la gorge d'une main et l'attira vers lui. Leurs visages n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre et Hermione sentait les doigts de Malefoy se resserrer autour de son cou sans qu'elle ne puisse rien faire. Par reflexe, elle agrippa l'avant-bras de Malefoy des deux mains mais il était trop fort pour elle.

- Tu… me… fais… mal…. Réussit-elle à articuler.

Ses yeux habituellement gris argentés étaient à présent noirs et plus rien ne se reflétait à l'intérieur. Hermione sentait ses ongles se planter dans la peau de Malefoy mais il ne lâchait pas prise.

- Dra… co…

A entendre son nom, l'ombre qui avait recouvert les pupilles de Malefoy se dissipa et il desserra ses doigts, laissant Hermione s'écraser lamentablement au sol. Il fit un pas de côté et traversa la pièce à grandes enjambées sans lui accorder un regard. Avant que la porte ne claque, Hermione l'entendit appeler son elfe, qui apparut quelques secondes plus tard à côté d'elle.

- Miss, couina l'elfe en se penchant sur elle, oh Miss, tenez.

Il lui tendit un mouchoir d'un blanc immaculé pour qu'elle puisse s'essuyer les larmes qui coulaient le long de ses joues, mais à la vue des initiales « D M » brodées dans un coin, Hermione rejeta l'offre de l'Elfe.

- Je n'accepte rien venant de cette ordure… réussit elle à prononcer d'une voix rendue rauque par la pression que Malefoy avait exercée contre ses cordes vocales.

L'Elfe l'aida à se relever et à s'assoir sur le premier fauteuil venu.

- Miss ? osa demander l'Elfe en la regardant avec ses immenses yeux clairs.

- Oui…

- Je peux vous donner un conseil ?

- Fais toi plaisir, il n'y a plus rien que je ne sois pas prête à entendre.

- Miss, je vous connais, repris l'Elfe. Je connaissais Dobby et il m'avait parlé de vous.

Hermione redressa la tête et observa Hoba d'un air intrigué.

- Je sais ce que vous avez fait pour les elfes et comment vous avez traité mes semblables. A mon tour de vous aider. Maitre Draco n'est pas si méchant et…

- ah ! s'exclama Hermione en portant la main à son cou.

- Je sais Miss… mais si vous voulez que Maître Draco se comporte mieux avec vous, il ne faut plus lui répondre. Il vous admire vous savez.

Hermione observa l'elfe avec des yeux ronds.

- Quoi ? demanda-t-elle.

- Il ne m'a pas interdit de vous en parler, donc je peux le faire. Quand il est revenu hier midi avant votre arrivée, il a fait les cent pas dans le salon. Il marmonnait qu'il ne pouvait pas, que c'était impossible. Puis il m'a demandé à l'aider à chercher dans les archives des familles de sang-pur, il a contacté Edgar Fawley qui vit à Londres et qui lui a parlé de sa lointaine cousine aux Amériques. Il m'a envoyé porter un message à Mr Fawley aux Amériques et m'a chargé de lui parler de son idée. J'ai ramené la réponse positive et les cheveux de Miss Fawley quelques heures plus tard, puis il a envoyé la demande au ministère pour qu'on vous amène ici. Je lui ai demandé si ramener une née-moldu au manoir n'était pas dangereux pour lui, mais il m'a répondu qu'il ne pouvait pas vous laisser là-bas, que maintenant qu'il vous savait en danger, il ne pourrait pas dormir tant que vous ne seriez pas en sécurité.

Plus Hoba avançait dans son récit, plus Hermione écarquillait les yeux. Bientôt, elle avait les sourcils si hauts qu'ils disparaissaient sous sa frange de cheveux bruns. Quand Hoba eu terminé, elle ricana en laissant tomber sa tête sur le côté, dans un signe de désespoir.

- Hoba mon cher, tu te fourvoies. Ton maître ne m'admire pas. Il tranquillise sa conscience. Nous l'avons sauvé pendant la Bataille de Poudlard et il tente de payer sa dette. Il me déteste, je suis une « Sang-de-Bourbe » et s'il pouvait il me tuerait.

Elle se leva et sans un mot de plus à Hoba, traversa la pièce pour retourner dans sa chambre. Elle y passa le reste de la journée, en espérant que Hoba passe lui porter à manger, mais personne ne frappa à sa porte avant le soir. Le soleil de cette fin d'été déclinait sur les arbres qui bordaient le parc à l'ouest, projetant une lumière dorée sur les murs de la chambre d'Hermione. Elle observait le parc qui entourait sa nouvelle prison, suivant du regard les paons albinos qui profitaient des derniers rayons de soleil avant la tombée de la nuit.

« Toc ! toc ! toc ! »

Hermione se retourna brusquement, manquant de faire tomber un vase délicat posé sur un guéridon ouvragé.

- Qui est-ce ?

- C'est Hoba Miss, répondit la voix de l'elfe derrière la porte.

- Entre !

La porte s'ouvrit, laissant passer la minuscule tête de l'elfe qui la regarda d'un air réjouit.

- Le diner est servi Miss.

- Et bien entre, insista-t-elle pour que Hoba vienne poser son repas sur son lit comme il l'avait fait le matin même.

- Hum… toussa l'elfe. Et bien…

Hermione compris immédiatement ce que l'elfe allait dire et soupira face à l'effort qu'elle allait devoir accomplir.

- Maître Draco vous attend dans la salle à manger.

- Très bien… soupira Hermione.

- N'oubliez pas de vous changer, vous avez de nouveau votre apparence.

Hermione baissa les yeux vers son corps et souffla. Elle allait devoir se plier aux règles de Malefoy, elle n'y échapperait pas.

- Des vêtements vous attendent dans la salle de bain, ajouta Hoba avant de quitter la pièce. Maître Draco vous laisse le temps de vous changer.

Draco Malefoy était assis au bout d'une longue table sur laquelle étaient installés deux couverts, ainsi que des décorations discrètes. Il portait un costume trois pièces noir mais ne semblait pas s'être donné la peine de mettre une cravate. Les yeux dans le vide, trifouillant sa fourchette du bout des doigts, il avait perdu son habituel air sombre et ressemblait plus à un chien égaré qu'à un mangemort terrifiant. Hermione s'avança sur ses talons hauts et s'installa sur la chaise que Hoba avait tiré pour elle. Malefoy leva les yeux vers elle, la regardant avec dédain.

- Quoi ? demanda Hermione d'un air outré par le regard que venait de lui jeter Malefoy.

- Rien, répondit-il simplement. Hoba ! Tu peux servir.

L'elfe s'agitât d'un coup et fila hors de la salle à manger. Il revint quelques secondes plus tard avec deux bouteilles de vin posées sur un plateau d'argent. Il déboucha maladroitement l'une d'elles et en versa une petite quantité dans le verre de Malefoy qui trempa les lèvres dans le vin pour gouter. Il hocha la tête en signe d'approbation, signal que Hoba attendait pour contourner la table à petits pas et servir Hermione. Elle accepta le verre mais ne but pas tout de suite. Hoba finit de remplir le verre de Malefoy puis reposa la bouteille sur la table à côté de lui et fila hors de la salle.

- Demain nous recevons des invités, lâcha alors Malefoy sans autre forme d'introduction. Je compte sur toi pour te tenir correctement.

- J'espère que ce ton paternaliste va très vite disparaître de ta voix Malefoy, sinon ça ne va vraiment pas le faire…

Les mots avaient jailli hors de sa bouche sans qu'elle n'ait pu les contrôler. Elle observa Malefoy du coin de l'œil en attendant la sentence qui ne tarderait pas tomber suite à cet affront.

- Je n'ai pas l'impression de t'avoir autorisé à parler, répondit-il sans changer de ton. Donc, je disais… Je pense que tu devrais t'entraîner à te présenter et à parler de ta famille, je te ferai porter ce soir l'arbre généalogique de la famille Fawley. Personne ne doit soupçonner que tu récites un texte. Je compte sur toi.

Hermione le regardait avec tout le dégout qu'elle était capable de montrer en cet instant où Malefoy, cet étudiant peureux et couard s'était transformé en un tortionnaire qui prenait le plus grand plaisir à l'humilier. Il n'y avait personne à impressionner dans cette pièce. Aucun camarade à faire rire, aucun élève à effrayer. Le seul but des mots qu'il choisissait était de la faire souffrir, elle et personne d'autre.

- Tu peux parler si tu veux, ajouta-t-il.

Hermione ne put s'empêcher de sourire.

- Tu peux crever Malefoy…

Et elle se quitta la pièce sans un mot de plus, sentant les larmes couler à nouveau sur ses joues et se jurant de le tuer dès qu'elle en aurait l'occasion.

A suivre...