Chapitre 13 : La fin du calvaire.

Hermione se précipita vers l'étagère sur laquelle reposait les fioles de polynectar, en saisit une qu'elle déboucha d'un geste vif et en vida le contenu. Elle sentit le liquide froid descendre le long de sa gorge, suivi quasiment instantanément des premiers effets de la potion. Elle se retourna pour faire face au miroir posé au mur et fixa son reflet. Elle soupira de soulagement en visualisant la scène dans sa tête. Se retrouver face aux pires mangemorts d'Angleterre sous les traits de Hermione Granger, née moldue considérée comme l'ennemie publique numéro une il y a encore peu de temps aurait été la pire chose qui aurait pu lui arriver. Même Malefoy aurait été un souci secondaire à côté d'une situation pareille.

- Tu viens ? lança Malefoy qui venait d'ouvrir la porte.

Elle sortit de la pièce sans dire un mot. Son estomac noué se tordait dans ses entrailles, l'empêchant de prononcer le moindre son. Arrivés en bas de l'escalier, Hermione sentit les cordes autour de son estomac se relâcher alors que le brouhaha des conversations se fit entendre. Visiblement, les invités n'avaient pas remarqué leur absence soudaine. Elle inspira une grande bouffée d'air et s'avança vers la porte. Elle manqua de basculer en arrière quand elle sentit une main la tirer par le bras.

- Hé ! lança-t-elle par reflexe.

- Chut ! répondit Malefoy en posant son indexe sur ses lèvres.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Hermione inquiète. Ils vont voir qu'on est plus là !

Sans prévenir, Malefoy entoura Hermione de ses bras et la plaqua contre son torse. Il coinça son visage dans son cou et soupira. Choquée par l'attitude de son ennemi, elle fut incapable d'esquisser le moindre mouvement. La répugnance de sentir Malefoy contre elle, si près de sa peau, lui donna un haut le cœur.

- Ah ! vous voilà tous les deux ! lança une voix derrière eux.

Malefoy sursauta et serra un peu plus Hermione qui sentit une douleur lui traverser les côtes.

- Aïe !

- Nous arrivons Tante Bella ! répondit Malefoy en relâchant Hermione de son étreinte.

Hermione se tendit un peu plus en se rendant compte que Bellatrix Lestrange se trouvait derrière eux. Malefoy qui avait toujours la main posée sur son bras sentit ses muscles se contracter et lui jeta un regard inquiet. Elle leva les yeux vers lui et lui lança un regard assassin en retour. Il sembla troublé par l'attitude d'Hermione mais ne fit pas de remarque. Elle entendit le bruit des bottines de Bellatrix s'approcher d'eux, chaque claquement du talon sur le sol nouant un peu plus les cordes autour de son estomac. Malefoy remonta sa main le long de son bras et lui pressa doucement l'épaule, comme pour lui indiquer de ne pas s'inquiéter. Elle voyait difficilement comment elle pouvait ne pas être inquiète dans une situation telle qu'elle avait rarement vécu pire.

- Mathilda ne se sentait pas bien, dit Malefoy à l'attention de sa tante. Elle était inquiète que les invités ne passent pas une bonne soirée.

Bellatrix éclata d'un rire sans joie qui raisonna contre les murs de marbre du grand hall.

- Ne t'inquiète pas Mathilda ! Nous savons nous amuser entre nous. Et puis nous ne ferons jamais l'affront à notre hôte de ne pas apprécier cette soirée. La nouvelle de votre mariage futur a été un tel soulagement pour nous que la seule chose qui pourrait entacher notre joie serait de découvrir que tu as des moldus dans ta famille !

- Tante Bella ! lança Malefoy en fronçant les sourcils. Je ne te permets pas d'insulter la famille de ma future femme !

Bellatrix lui donna un petit coup de poing sur l'épaule en souriant.

- Je plaisante ! Crois-tu que nous n'ayons pas mené l'enquête ? La première chose que nous avons fait en apprenant la nouvelle est de nous assurer que la famille Malefoy ne serait pas souillée par du sang impur !

Hermione se retint de ne pas vomir. Elle sentait son estomac se réduire à la taille d'une noix alors que Bellatrix leur partageait ses odieuses pensées. Les doigts de Malefoy sur son épaule se resserraient un peu plus à chaque mot et Hermione finit par sentir ses ongles se planter dans sa chair.

- Je n'en doute pas une seconde, répondit Malefoy en souriant. Bien, retournons à nos invités veux-tu ?

Hermione leva des yeux effrayés vers lui, le suppliant du regard de ne pas l'obliger à retourner dans la salle, mais Malefoy la poussa discrètement en avant, lui bloquant le passage vers l'escalier. Bellatrix se retourna en souriant et s'élança d'un pas volontaire vers la salle remplir de mangemorts. Dès l'instant où elle les eut quittés des yeux, Malefoy se pencha à l'oreille d'Hermione et lui murmura :

- Encore un coup comme ça et je te renvoie d'où je t'ai sauvée.

Il se redressa et passa devant elle sans dire un mot, la tirant par le bras. A peine eut-elle passé l'angle du mur que tous les mangemorts présents dans la salle de réception se tournèrent vers elle. Elle chercha immédiatement Charles du regard et le trouva dans le coin opposé de la pièce. Face à son air de détresse, il traversa la foule d'un pas décidé et s'approcha d'elle.

- Miss Fawley, dit il d'une voix rauque. Vous dansez ?

Malefoy lui jeta un regard courroucé mais lâcha le bras d'Hermione pour la laisser partir avec Charles-Amycus. Tous deux se positionnèrent au centre de la piste de danse et d'un pas malhabile, Charles-Amycus lança une valse. Il semblait faire exprès de ne pas savoir danser, mais visiblement cela ne sautait pas aux yeux des mangemorts autour qui reprirent d'un coup leurs conversations. Hermione voyait le regard perçant de Malefoy qui lui jetait des éclairs à chaque fois qu'elle le croisait.

- Tu dois me sortir de là, murmura Hermione d'une voix à peine audible.

- J'y travaille, répondit Charles-Amycus en dévoilant dans un sourire macabre ses dents abimées.

Hermione passa la demi-heure suivante à se faire la plus discrète possible, passant d'un groupe de conversation à un autre, souriant à qui la regardait et lâchant un petit rire maladroit quand un des invités lançait une blague de mauvais goût. Elle évita Malefoy qui visiblement ne lui accordait plus d'attention et semblait s'occuper au mieux de ses invités. Après un temps assise sur un pouf brodé, elle décida de se lever pour faire un nouveau tour de la salle, mais elle sentit quelque chose lui tirer un pan de sa robe. Elle baissa les yeux et vit Hoba lui faire signe de la suivre. Visiblement, une nouvelle heure s'était écoulée et les effets du polynectar allaient bientôt s'estomper. Elle s'inclina face à un mangemort qui venait de se planter devant elle pour lui faire la conversation :

- Excusez-moi, dit-elle d'un ton solennel.

Elle traversa la salle d'un pas vif et se retrouva une nouvelle fois dans le hall. Elle s'adossa contre le mur, pris une grande inspiration et relâcha tout l'air qu'elle avait dans les poumons. L'impression de n'avoir pas respiré pendant une heure disparu de sa poitrine et elle se calma enfin. Hoba l'attendait en bas des escaliers pour l'accompagner jusqu'à la pièce où se trouvait le polynectar. L'espace d'un instant, Hermione se demanda si ce n'était pas l'occasion de s'échapper. Malefoy n'était pas avec elle, elle avait accès au Polynectar et pouvait en prendre une grande quantité dans ses poches. Elle n'aurait qu'à sortir discrètement de la maison et s'enfuir en courant. Mais s'enfuir où ? Elle n'avait nulle part où aller, elle n'avait pas de baguette, elle n'avait pas d'argent. Elle posa le pied sur la première marche quand elle entendit des pas précipités derrière elle. En se retournant elle vit Malefoy se diriger vers elle à grandes enjambées.

- Je vais chercher du Polynectar ! dit-elle sur un ton de reproche.

- Je sais, répondit-il. Je t'accompagne.

- Je n'ai pas besoin de ton aide.

- Ecoute, ajouta-t-il en lui attrapant le bras. Je suis désolé pour tout à l'heure. Je ne voulais pas t'effrayer. Je…

- Et bien c'était loupé Malefoy ! le coupa Hermione qui ne retenait plus sa haine envers lui. Ça ne marchera pas ! Je n'y arriverai pas ! Tu ferais mieux de me renvoyer à Azkaban tout de suite !

- Je voulais te remercier.

Hermione stoppa sa tirade et resta figée la bouche ouverte. Il s'approcha d'elle un peu plus et baissa les yeux vers ses chaussures, un air penaud sur le visage.

- Je ne te remercierai jamais assez pour tous les risques que tu prends pour moi, ajouta-t-il sans la regarder.

Hermione le regarda d'un œil suspicieux puis sentit son estomac se dénouer. Voir Malefoy sincère la soulagea dans son inquiétude et sentit pour la première fois depuis son arrivée au manoir qu'elle pouvait lui faire confiance.

- Je dois aller prendre du Polynectar, finit-elle par dire d'une voix calme.

- Je viens avec toi.

- Non, répondit-elle fermement. Charge-toi plutôt de trouver un moyen d'écourter cette soirée, je n'en peux plus.

- D'accord, répondit-il en lui lançant un regard attendri. A tout à l'heure.

Hermione monta les marches d'un pas vif sans se retourner et parcouru en courant les derniers mètres qui la séparaient de la pièce contenant le polynectar. Elle poussa la porte qui cogna contre le mur dans un grand bruit, puis la claqua derrière elle après s'être engouffrée dans la pièce.

Elle s'assit sur la chaise qui faisait face au miroir et plongea son visage dans ses mains. Les larmes qui coulaient sur ses joues lui réchauffèrent la peau, mais creusèrent des sillons dans son maquillage.

Lorsqu'elle revint quelques minutes plus tard dans le hall du manoir, elle constata que le brouhaha venant de la salle de réception avait cessé. Elle s'approcha discrètement et tendit l'oreille.

- C'est pourquoi je vous remercie tous chaleureusement de m'avoir fait l'honneur de votre présence ce soir. Comme je vous l'ai expliqué, Mathilda est souffrante et n'a pas l'habitude des grandes réceptions. Je vous promets que vous la reverrez bientôt, la date du mariage vous sera annoncée très prochainement.

Hermione sentit son cœur se serrer en entendant Malefoy prononcer ces mots, et le remercia intérieurement de lui autoriser à s'échapper pour le reste de la soirée. Elle aurait quand même aimé dire au revoir à Charles et Sidney, ne sachant pas quand elle les reverrait la prochaine fois, mais elle ne voulait pas prendre le risque de se faire voir debout alors qu'elle était visiblement sencée être à l'agonie dans son lit. Elle ne prit pas le temps d'écouter la fin du discours de Malefoy et remonta précipitamment les escaliers en direction de sa chambre. Hoba la regarda faire d'un air inquiet mais ne fit pas de commentaires.

Arrivée devant la porte de sa chambre, elle entendit des bribes de conversations venant du rez-de-chaussée, les mangemorts étant manifestement en train de quitter le manoir. Elle poussa la porte qu'elle claqua discrètement derrière elle, se déshabilla sans faire de bruit et se glissa sous les chaudes couvertures. Elle posa sa main sur la plume verte qui attendait sur sa table de nuit, qui se transforma au contact de sa peau en un gros livre sur lequel brillait en lettre vertes :

« Histoire de la Magie par Bathilda Tourdesac »

Un rayon de lumière blanche vint se poser sur son oreiller, comme si la Lune avait décidé qu'elle pourrait lire un peu ce soir. Un léger sourire se forma sur le visage d'Hermione lorsqu'elle posa ses yeux sur la page et qu'elle commença à lire.

« Toc ! toc ! toc ! »

Le cœur d'Hermione se serra alors qu'elle levait les yeux vers la porte. Elle cacha le livre sous son oreiller et posa sa fausse baguette sur sa table de nuit.

- Oui ? dit elle d'une voix faible.

- C'est moi, répondit la voix de Malefoy derrière la porte. Je peux entrer ?

Malefoy ? que venait-il faire là à cette heure tardive ?

- Oui, répéta-t-elle de la même voix fluette.

La porte pivota sur ses gonds et Malefoy apparu derrière. La lumière de la lune permettait à Hermione de voir qu'il était toujours en tenue de soirée et que visiblement il n'avait pas bu que de l'eau depuis le départ de ses invités. Il avait les yeux dans le vide et de grandes cernes grises descendaient sur ses joues pales.

- Est-ce que tout va bien ? osa Hermione dans un souffle.

Malefoy ne répondit pas et vint s'assoir sur le bord du lit. Elle décala ses pieds pour qu'il ne s'installe pas dessus et se redressa sur ses oreillers. Finalement, après quelques minutes à ne rien dire, il se tourna vers elle.

- Je n'ai aucun moyen de te faire partir, dit il d'une voix caverneuse.

- Quoi ? demanda Hermione interloquée.

- Je voudrais bien t'aider à t'enfuir, reprit-il. Mais je ne peux rien faire.

Hermione ne répondit rien. Il était visiblement ivre et elle ne voulait pas risquer de l'énerver. Après quelques minutes d'un silence de plomb, il reprit.

- J'ai besoin que tu deviennes ma femme pour pouvoir accéder au cercle restreint de Voldemort. Ensuite je pourrai te faire quitter l'Angleterre.

- Je ne quitterais pas l'angleterre sans Ron et Ginny, répondit Hermione sans réfléchir.

Les pupille jusqu'alors dilatées des yeux de Malefoy rétrécirent soudainement et son visage s'assombrit.

- Tu risquerais ta vie pour eux qui sont peut-être mort à l'heure qu'il est ?

Sa voix avait perdu toute chaleur et semblait sortir d'outre-tombe. Hermione croisa ses bras devant elle pour paraitre plus sûre d'elle qu'elle ne l'était vraiment.

- J'ai risqué ma vie tous les jours depuis que j'ai quitté Poudlard il y a plus d'un an Malefoy.

Il se leva d'un geste brusque et fonça vers la porte qu'il ouvrit avec violence.

- Très bien ! lança-t-il sans la regarder. Et bien tu resteras ici jusqu'à la fin de tes jours alors ! Granger.

« BAM ! »

Elle sentit les meubles trembler sous la violence du choc, mais ne fit attention qu'aux larmes qui coulaient à nouveau sur ses joues. larmes qui coulaient à nouveau sur ses joues.

A suivre...