Chapitre 14 : Le verre de trop.

Les semaines s'étaient écoulées dans incident majeur depuis la soirée désastreuse qui avait failli couter la vie à Hermione. Malefoy ne lui avait quasiment pas adressé la parole et s'était montré fort peu présent au Manoir. Hermione avait passé le plus clair de son temps entre sa chambre et la cuisine, où elle avait eu de longues conversations avec Hoba à propos de la famille Malefoy. Hermione n'avait pas appris grand-chose, sinon à quel point Draco était désireux de rentrer à nouveau dans les bonnes grâces de Voldemort. Mais discuter avec Hoba lui faisait le plus grand bien et elle se sentait beaucoup mieux depuis quelques jours. L'automne était finalement arrivé avec son vent frais et ses matinées pluvieuses. Le vert des arbres avait laissé place à un dégradé de jaune orangé et les paons albinos se montraient de plus en plus difficiles vis-à-vis de la météo.

Hermione était installée comme à son habitude sur le rebord de la fenêtre qui donnait sur le parc et lisait pour la dixième fois environ « Histoire de la magie par Bathilda Tourdesac », quand on frappa à la porte.

- Entre Hoba ! lança-t-elle en reconnaissant le coup hésitant de l'elfe contre le bois.

- Bonjour Miss, couina l'efle. Il y a une lettre pour vous.

Hermione ouvrit de grands yeux. Elle se redressa d'un geste vif et constata que Hoba tenait dans ses mains un plateau sur lequel était posé un parchemin cacheté. Elle se précipita vers lui, pris la lettre d'une main, la décacheta de l'autre et commença à lire :

« Mathilda,

Je sais que les jours doivent vous paraître bien long en attendant le mariage, qui ne nous a toujours pas été annoncé officiellement. C'est pourquoi je vous propose de venir vous rendre visite très prochainement. J'ai d'excellentes nouvelles à vous annoncer. J'ai en effet appris que la boutique de farce et attrapes du chemin de traverse allait être détruite et les occupants remplacés. La date de démolition devrait être fixée très prochainement. J'en saurai plus quand nous nous verrons.

Il me semble important que nous puissions en discuter pour nous rendre au spectacle ! Comme vous le savez, les démolitions sont publiques. Nous pourrons surement apercevoir les anciens occupants et en profiter pour leur toucher deux mots ?

Qu'en pensez-vous ?

Répondez-moi par retour de hibou, dans l'attente de vous lire, je vous souhaite une excellente journée.

Amycus »

Charles…. Il prenait beaucoup de risques en lui envoyant cette lettre. Visiblement, elle allait devoir déchiffrer un code car le contenu n'avait aucun sens. Elle réfléchit quelques instants et se demanda à quoi pouvait bien faire référence la boutique de farces et attrapes. La boutique avait été détruite depuis longtemps déjà donc cela devait signifier autre chose. Pourquoi ce magasin en particulier ?

Hermione retourna s'assoir sur le rebord de la fenêtre et réfléchit. La boutique était tenue par Fred et George, donc des Weasley. Cela faisait-il référence à la famille de Ron ? Pourquoi parlait-il d'une date de démolition ? Le seul moyen pour en savoir plus était de lui répondre.

Elle releva les yeux de la lettre et fixa la porte de sa chambre. Elle se leva d'un coup et fonça dans le couloir.

- HOBA ! lança-t-elle à travers le manoir.

- Qu'est-ce que tu lui veux ? fit une voix glaciale derrière elle.

Hermione s'arrêta net. Elle remonta sa main qui tenait encore la lettre contre son torse et tenta de la cacher sous sa chemise.

- Qu'est-ce que tu as dans la main ? lâcha Malefoy en s'approchant d'elle.

- Rien… répondit-elle d'une voix qu'elle jugea trop peu assurée.

Malefoy la contourna et se planta face à elle. La lettre froissée contre sa peau faisait une bosse sous sa chemise, Hermione le savait, Malefoy ne pouvait pas la louper. Il leva sa baguette, la pointa sur elle et prononça :

« Accio papier »

La lettre glissa sous le tissus, lévita quelques instants et vint se déposer dans la main tendue de Malefoy. Alors qu'il dépliait le papier froissé, Hermione restait impassible dans l'espoir qu'il ne comprenne pas que cette lettre était codée.

- Depuis quand Amycus écrit si bien ? finit-il par dire après quelques secondes de lecture.

- Je ne sais pas. Je ne le connais pas.

- Bien, répondit-il en glissant la lettre dans sa poche. Tu veux lui répondre j'imagine ?

Perplexe, Hermione hocha la tête.

- Parfait, ajoutat-il. Viens avec moi.

Malefoy lui tourna le dos, traversa le couloir, grimpa quelques marches qui donnaient sur un petit palier. Il posa sa main contre une porte jusqu'alors fermée à clé et la déverouilla à l'aide de sa baguette. Il s'écarta pour laisser passer Hermione qui hésita quelques secondes, mais face à l'air encourageant qu'affichait Malefoy, elle pénétra dans la pièce.

Son souffle se coupa lorsqu'elle découvrit l'immense bibliothèque qui s'offrait à elle. Des étagères par dizaines regorgeaient de milliers d'ouvrages aux reliures mutilcolores. Certains livres étaient enfermés dans des cages en métal verrouillées par des cadenas, d'autres étaient plongés dans des liquides fumants, certain étaient en lévitation, accrochés aux étagères par de lourdes chaines en métal.

- Je… commença Hermione incapable de finir sa phrase.

- Tu ? demanda Malefoy en souriant. Bon, visiblement ça te fait plaisir ! Je me suis dit qu'il était temps d'enterrer la hache de guerre. Alors tu as ici un secrétaire avec tout ce qu'il faut pour répondre à Amycus.

- Mal… Draco ! se rattrapa Hermione, tu sais très bien que je ne parle pas à Amycus…

Elle ne savait pas pourquoi elle avait dit ça. Elle attendit la réponse de Malefoy comme un sortilège en pleine poitrine, mais celui-ci n'arriva pas.

- Oui je le sais… finit-il par répondre après quelques minutes de silence. Je suis presque aussi intelligent que toi tu sais ?

- Mais alors pourquoi ?

- Car tu trouveras toujours un moyen de communiquer avec cette personne si je t'en empêche. Et on t'a déjà privée de suffisamment de tes amis pour que je t'en laisse encore un dernier.

Ne sachant pas comment prendre cette information, Hermione ne répondit rien. Elle resta là, devant son ennemi à jauger de la sincérité de ses paroles.

- Tu ne crois pas à ce que je dis hein ? demanda Malefoy avec un sourire triste.

- Disons que c'est compliqué de te faire confiance… Tu ne m'as pas parlé depuis la soirée et là tu m'offre une bibliothèque.

- J'en avais marre de faire la gueule.

- Je n'ai même pas compris pourquoi tu faisais la gueule, comme tu dis.

- Tu ne comprends vraiment rien hein ?

Hermione ne répondit rien. Elle ne savait pas du tout où Malefoy voulais en venir et n'avait pas vraiment envie de savoir.

- Bon, dit-il d'un ton grave. Que dirais tu de dîner avec moi ce soir ? J'en ai marre de manger tout seul.

- Si tu veux… répondit Hermione hésitante.

- Seulement si tu en as envie.

Elle hésita. Pouvait-elle vraiment lui faire confiance ? Ce dîner serait surement l'occasion d'en savoir plus sur ses intentions.

- Avec plaisir ! répondit-elle avec un petit sourire.

- Je te laisse répondre à Amycus. A tout à l'heure.

Il quitta la pièce dans un mot de plus et referma délicatement la porte derrière lui. Hermione fonça alors vers le secrétaire, saisit un parchemin, une plume et commença à écrire.

« Amycus,

Merci pour ta lettre. Avoir de tes nouvelles après de longues semaines a été une bouffée d'air frais dans cette atmosphère plus que pesante. Je n'ai pas bien compris ton histoire de boutique, tu sais, je viens des Etats-Unis et je ne connais pas bien les magasins londoniens. Peux tu être un peu plus explicite ?

Amitiés,

Mathilda »

Elle plia la lettre en deux et la cacheta avec de la cire posée sur le secrétaire. Au même moment, un hibou grand duc se posa sur le rebord extérieur de la fenêtre et tapota son bec contre la vitre. Hermione se leva et lui posa la lettre dans le bec.

« Pour Charles, chez Amycus Carrow ».

Après s'être ébouriffé les plumes en signe d'approbation, le hibou déplia ses immenses ailes et s'envola dans le soir qui tombait.

Les chandelles du manoir brillaient de mille feux alors qu'Hermione descendait vers la salle à manger. Avoir passé l'après-midi dans la bibliothèque l'avait faite passer à une allure folle, si bien qu'Hermione avait failli être en retard pour le diner. Non pas qu'elle avait peur de la réaction de Draco, mais elle se voyait mal briser le peu de cordialité qui s'était installée entre eux depuis le début de la journée. Hoba, qui l'attendait en bas des escaliers qui menaient au grand hall, lui indiqua la porte de l'autre côté de l'entrée. Hermione passa devant lui et pénétra dans la salle à manger.

La pièce était sombre et froide. Les murs de marbre brut absorbaient la moindre lueur qui émanait des bougies positionnées un peu partout dans la pièce, si bien qu'on ne voyait quasiment rien. D'un geste vif, Hoba se glissa derrière elle en claquant des doigts. Les bougies s'enflammèrent d'un coup, projetant une douce lueur dorée sur la table de bois noire placée au centre de la pièce. Malefoy attendait Hermione accoudé à la cheminée. Sans dire un mot, il dirigea sa baguette vers l'âtre qui s'enflamma à son tour, diffusant une agréable chaleur qui manquait terriblement à la pièce.

- Je t'en prie, dit-il d'une voix douce en indiquant d'un geste de la main la chaise la plus proche d'Hermione.

Elle s'exécuta en le remerciant d'un signe de la tête.

- Je vois que mon cadeau te plait ? ajouta-t-il en s'asseyant à son tour.

Il comprit face à l'air interrogateur d'Hermione qu'elle ne semblait pas comprendre à quoi il faisait référence.

- L'accès à la bibliothèque, reprit-il. Tu y as passé l'après-midi.

- Ah ! s'exclama Hermione en se retenant de l'appeler « Monseigneur ». Oui merci !

- Tu as trouvé ce qu'il te fallait ?

- Oui tu as des livres incroyables. Bon je m'attendais à trouver plus de livres sur la magie noire et les sales sangs de bourbes comme moi.

Si Malefoy avait été surpris par la remarque d'Hermione, il n'en laissa rien paraître. Il saisit le verre de vin posé devant son assiette et en bu une longue gorgée.

- Je les ai jetés, finit-il par répondre simplement. Je n'avais pas envie que tu tombes dessus et je ne voyais pas l'intérêt de garder des livres remplis de mensonges.

Hermione le sonda. Elle n'arrivait pas à distinguer de sarcasme dans sa voix, mais elle ne pouvait s'empêcher de douter de sa sincérité.

- Tu n'as pas eu peur que ça contrarie tes amis ? dit-elle en le fixant du regard.

- Ils ne sont pas au courant.

La douce atmosphère que diffusait la cheminée ne parvenait pas à atténuer la tension qui s'était installée entre eux deux. Hermione se tenait droite sur sa chaise, les jambes croisées sous la table, une main posée sur le pied de son verre et l'autre sur ses genoux. Malefoy la regardait, impassible, mais elle sentait qu'elle ne devrait pas faire de faux pas ce soir, au risque de ne plus avoir accès a la bibliothèque pendant des semaines.

Hoba entra dans la pièce pour servir l'entrée. Il s'était surpassé en leur concoctant un velouté s'asperges aux truffes. Hermione huma la vapeur qui s'élevait de son assiette en souriant légèrement, ce qui n'échappa pas à Malefoy.

- Bon appétit, dit il en saisissant sa cuillère à soupe.

- Merci.

Tous deux dégustèrent le velouté dans un silence apaisant. Le crépitement des braises dans l'âtre de la cheminée rythmé par le bruit des cuillères plongeant dans les assiettes donnait un caractère champêtre à la scène. Après quelques minutes, Hoba réapparu pour débarasser les assiettes alors vides, et s'éclipsa à nouveau.

- C'était très bon, osa alors Hermione pour briser le silence qui commençait à devenir légèrement pesant.

- Je n'y suis pour rien, répondit Malefoy en reposant son verre de vin.

- Je m'en doute, mais je tenais à le remarquer.

- Comment ça « tu t'en doute » ? s'offusqua Malefoy.

- Je veux dire par là que je suppose que tu ne fais pas à manger alors que Hoba est là.

- Tu as déjà oublié mes pancakes ? dit-il en lui lançant un regard oblique.

Hermione le regarda se servir un troisième verre. Elle se demanda si il avait bu une potion pour tenir l'alcool, car à ce rythme-là, il aurait du mal à retrouver le chemin de sa chambre s'ici la fin de la soirée.

- Non, d'ailleurs, j'en veux bien encore pour demain matin !

- N'abuses pas de ma gentillesse non plus…

Hoba fit une nouvelle fois irruption dans la pièce en apportant le plat. Il posa devant Hermione une assiette dans laquelle était disposé un morceau de canard en sauce, accompagné de légumes d'été. Il remplit le verre au tiers plein de Hermione puis contourna la table pour remplir celui que Malefoy venait de vider.

Après avoir mangé le dernier petit pois de son assiette sans dire un mot, Hermione releva la tête vers Malefoy qui se passait la main dans les cheveux. Un malaise s'abattit sur la table à manger. Malefoy gesticulait sur sa chaise en passant ses jambes d'un côté puis de l'autre. Il reprit une gorgée de vin et termina son cinquième verre du repas. Il ouvrit la bouche, puis la referma. Hermione ne savait pas quelle attitude adopter face à l'inconfort visible de Malefoy, ni quel sujet de discussion aborder.

- Tu vas bien ? finit-elle par demander d'un ton inquiet.

- AH ! lança Malefoy en relevant la tête vers elle. Tu t'inquiètes pour moi ?

- Et bien, vu ton état, il y a de quoi … Je pense que tu devrais arrêter de boire.

- Sinon quoi ? dit il avec un sourire. Tu as peur de moi ?

- Non, mentit-elle.

- Alors c'est ça hein… la grande Hermione Granger, héroïne de guerre, meilleure amie du Martyr Harry Potter n'a pas peur de Draco Malefoy !

Hermione ne répondit rien. Il était visiblement ivre.

- Mais tu as raison, continuât-il en se resservant un sixième verre. Pourquoi devrais-tu avoir peur de moi ? Je t'ai sauvée d'une mort atroce. Je fais tout pour que tu te sentes bien. Quelle raison aurais tu de me craindre hein ?

Il la fixa de ses yeux gris mais elle ne baissa pas le regard. Elle voulait savoir où irait cette conversation mais ne voulait pas prendre le risque de dire le mot qui y mettrait fin.

- Tu ne dis rien ? Miss Je-sais-tout a perdu sa langue ?

- Je crois que tu es ivre, finit-elle par dire d'une voix douce.

- Et alors ? Il ne me reste plus que ça ! Je n'ai plus rien !

- Plus rien ? ne pu s'empêcher de lâcher Hermione devant l'ironie de la situation.

- Plus de famille, plus d'amis, plus de liberté, plus de distraction…

- ça, il fallait y penser avant de soutenir tu-sais-qui !

Elle regarda le fond de son assiette, prête à encaisser la violence de sa réponse.

- Avec toi, souffla-t-il, j'ai de l'espoir.

Elle releva la tête d'un geste brusque.

- Pardon ?

- Grâce à toi, je retrouve un peu de vie. Et qui sait, bientôt quand nous serons mariés, tu te feras peut-être à ma présence…

Hermione ne sut quoi répondre. La peur lui saisit l'estomac, mêlée à l'effarement qu'avaient provoquées les paroles de Malefoy. Après quelques instants de silence, elle finit par retrouver son souffle.

- Tu veux vraiment te marier avec moi ?

- Je te l'ai dit, j'ai besoin de toi pour rentrer dans les bonnes graces du Seigneur des Ténèbres.

- Mais Draco, je suis une née-moldue, la pire ennemie de tu-sais-qui depuis la mort de Harry. Comment peux-tu envisager ça ?

Il la fixa d'un regard vide pendant quelques secondes, saisit son verre d'une main et s'appuya sur la table de l'autre pour se relever. Sa chaise manqua de basculer en arrière lorsqu'il se leva, mais il n'y fit nullement attention.

- Je te croyais intelligente Hermione Granger…

A Suivre...