Salut !

Désolée pour cette immense pause dans mon histoire, mais j'avais perdu l'inspi.

Je l'ai retrouvée.


Chapitre 17 : Le vent d'hiver

Les jours dorés de l'automne avaient fait place au vent glacial de décembre. Malgré la solidité des crochets métalliques accrochés au mur pour les retenir, les larges volets en bois massif battaient sous les rafales incessantes. Hermione aimait à s'imaginer que les volets avaient en charge de marquer les secondes dans le but qu'elle n'oublie pas que le temps passait. La routine qui s'était installée depuis plusieurs semaines au manoir ne semblait pas vouloir le quitter. Malgré tous ses efforts, Hermione avait dû s'en accommoder et seul le vacarme des volets lui assurait qu'elle n'était pas entrée dans une boucle temporelle sans fin. Draco travaillait d'arrache-pied au ministère. La nouvelle du mariage avait perdu son effet de surprise et les fêtes données au manoir se faisaient désormais très rares. Non pas que passer du temps avec les tous les mangemorts du pays enchantait Hermione, mais au moins cela lui permettait de penser à autre chose qu'à la situation dans laquelle elle se trouvait. Draco lui avait dit un jour que si Ron et Ginny devaient quitter Azkaban, elle en serait informée. Mais elle avait bien compris qu'il valait mieux éviter le sujet en sa présence. Elle avait pourtant l'impression que Draco ne faisait pas d'efforts particuliers pour l'aider dans son projet de libération des Weasley. Le mariage, qui aurait propulsé Drago dans les hautes sphères du pouvoir, avait mainte fois été repoussé pour des questions de sécurité. En effet, des évènements troublants avaient mis à mal le si parfait monde d'après. Des mangemorts avaient disparu sans laisser de trace et on soupçonnait qu'une résistance existait encore quelque part. Draco, qui ne faisait pas partie de ce service, n'arrivait à glaner des informations par la ruse que trop rarement au gout d'Hermione qui n'arrivait qu'avec beaucoup de difficultés à cacher son agacement.

Mais elle voyait bien qu'il faisait tous les efforts possibles pour faire de sa captivité un moment vivable. Il avait ajouté un certain nombre de sorts à sa baguette, il la laissait libre d'écrire à Charles quand bon lui semblait, même s'il semblait éprouver les plus grandes difficultés à ne pas laisser paraître sa jalousie. Hermione éprouvait alors un élan de compassion pour son geôlier, qui s'était depuis longtemps transformé en hôte un peu strict. Un malaise étrange avait cependant accompagné la routine dans son installation au manoir. Depuis leurs ébats de la fin de l'été, Hermione et Draco n'avaient pas reparlé de cette soirée et leurs échanges se cantonnaient à la plus plate cordialité. Hermione n'avait pas su comment prendre le comportement de Draco le lendemain matin et avait donc décidé d'attendre qu'il fasse de nouveau le premier pas. Visiblement, elle avait dû l'interpréter correctement car depuis, il s'était montré simplement amical. Elle s'était même demandé s'il avait joué la comédie juste pour pouvoir passer la nuit avec elle. Ce ne fut que quelques jours avant Noël que la routine fut enfin brisée par Draco.

- Qu'est-ce que tu attends ? lui demanda-t-il alors qu'il lui servait un verre de vin rouge.

Hermione, qui ne savait absolument pas de quoi il voulait parler, le regarda d'un air interrogateur.

- Tu vas attendre encore combien de temps comme ça ? répéta-t-il sans préciser d'avantage sa pensée.

- De quoi tu parles ? demanda Hermione d'un ton légèrement agacé.

- Tu penses que les Weasley vont tenir encore combien de temps à Azkaban ? lâcha-t-il en s'assaillant.

Le nom de Ron prononcé par Draco lui fit l'effet d'une gifle. Hermione posa le verre qu'elle venait de prendre et observa Draco de travers.

- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

- Je veux dire que toi, en deux mois à peine, tu étais à moitié morte, alors imagine eux. Ça fait quoi … six mois qu'ils y croupissent ?

Hermione fut horrifiée par le ton cinglant qui sortait de la bouche de Draco. Elle tenta de rester impassible mais elle sentait déjà les larmes lui monter aux yeux.

- Pourquoi tu me demande ça ? finit-elle par demander dans un souffle.

Draco se leva et contourna la table. Hermione le suivi du regard jusqu'à ce qu'elle le voit s'accroupir devant elle et poser ses mains sur ses genoux.

- Je te demande ça car je me demande si leur sort t'importe toujours… Et au vue du regard outré que tu viens de me faire, j'en déduit que oui.

- Bien sûr que leur sort m'importe ! s'indigna Hermione en dégageant ses genoux des mains de Draco. Je ne pense qu'à ça !

- Alors pourquoi tu ne m'en parles pas ? dit-il en se redressant. Tu ne me fais pas confiance ?

- Je…

- Il ne me semble pas avoir exigé quoi que ce soit venant de toi, la coupa-t-il. Je ne crois pas être un hôte horrible qui t'oblige à venir me rejoindre dans ma chambre le soir, qui te torture dans sa cave la nuit, ou qui te fait manger de la soupe à rien… Alors pourquoi tu ne me fais pas confiance ?

- Il me semblait que tu n'avais pas envie que je t'en parle ! dit-elle précipitamment.

- Il te semblait ? Comment « il te semblait » si tu ne m'as pas demandé.

Hermione ne répondit rien. Draco la regardait de l'autre côté de la table où il était retourné s'asseoir.

- Qu'est-ce que je dois faire de plus Hermione ? finit-il par demander après de longues minutes de silence pesant.

- Pour quoi ?

- Pour que ça se passe bien entre nous…

Le son de sa voix était semblable à un murmure. Hermione releva la tête et constata qu'il ne la regardait plus.

- ça ne se passera jamais bien entre nous Draco… répondit-elle sur le même ton. Tu me retiens prisonnière ici. Comment veux-tu que ça se passe bien ? Le fait que tu m'aimes n'y change rien.

- Que je t'aime ? s'étonna Draco en levant les yeux vers elle.

- C'est bien pour ça que tu es comme ça non ? Tu m'aimes ?

Il resta muet à son tour. Hermione ne voulait pas le lâcher du regard. Elle voulait l'entendre le dire.

- ça changerait quoi si je t'aimais ? demanda-t-il alors d'un ton étrangement calme.

- Je ne sais pas, mais au moins je le saurais.

Sans un mot de plus, Draco se leva et quitta la table sous les yeux triste d'Hermione qui soupira en se disant qu'ils en étaient revenu plusieurs mois en arrière. Incapables de se dire les choses telles qu'elles sont. Elle décida d'aller faire un tour dans le jardin pour s'aérer l'esprit. Elle aurait tout le temps de réfléchir dans la neige. Elle s'enveloppa alors dans sa cape, enfonça son bonnet sur ses oreilles et chaussa ses boots à fourrure, puis poussa la grande porte d'entrée qui donnait sur le jardin. Elle passa devant une fenêtre qui lui renvoya son reflet. Depuis l'incident de la fin de l'été, elle avait pris le réflexe de toujours boire du polynectar avant de sortir du manoir. Draco et elle avaient convenu qu'elle aurait toujours une fiole sur elle en cas de besoin, et elle était beaucoup plus rassurée depuis qu'elle respectait ces directives à la lettre. Elle s'avança dans le jardin éclairé par le bout de sa baguette. Le vent lui giflait le visage mais elle s'en fichait. Elle tourna à droite, puis à gauche entre les haies qu'elle connaissait maintenant très bien et fini par s'arrêter auprès d'une fontaine gelée. Elle s'assit sur le rebord en pierre et éteignit sa baguette. A cet endroit, le vent ne soufflait pas. Seule la neige tombait en petits flocons et recouvrait le sol d'un duvet immaculé. Malgré l'absence de lune, la neige reflétait le peu de lumière venant du manoir et diffusait une lumière bleutée dans les allées du jardin. Hermione pouvait voir le relief des traces qu'elle avait laissé dans la neige en arrivant. Le bruit du vent dans les haies proches et le battement lointain des volets contre les murs du manoir faisaient comme une musique en fond des pensées d'Hermione. Elle se demanda alors, pour la énième fois, si elle aurait pu tomber amoureuse de Draco. S'il s'était révélé aimant, aidant et s'il lui avait montré que cet amour était sincère, aurait-elle pu oublier Ron ? Et comment Draco pouvait-il penser qu'elle ne pensait plus à Ron ou à Ginny ? Comment pouvait-il envisager une seule seconde que quelques semaines avec lui aurait pu briser des sentiments nourris pendant des années ?

- Merde ! lança Hermione dans la nuit. Tu es en train d'essayer de te persuader toute seule ma vieille !

Elle se frappa le visage avec sa main gantée. « Je ne l'aime pas » se répéta-t-elle en boucle, jusqu'à ce que les mots qu'elle prononçait dans son esprit n'aient plus aucun sens. Elle devait se rendre à l'évidence. Malgré toute l'animosité donc il avait fait preuve toutes ces années, malgré son statut de mangemort, malgré qu'il la retienne prisonnière, Draco avait pris une place dans son cœur. Elle aurait voulu pleurer mais le froid de la nuit aurait gelé ses larmes sur ses joues, et elle ne voulait pas avoir mal. Son cœur la faisait déjà suffisamment souffrir pour qu'elle n'ait pas à subir une autre douleur. Elle entendit alors des bruits dans la nuit. Le grincement caractéristique de la neige qui craque sous le poids de quelqu'un qui marche se fit plus sonore au fur et à mesure que les secondes passaient.

- Hermione ?

Elle reconnut immédiatement la voix de Charles venant de derrière une haie.

- Je suis là ! chuchotta-t-elle en sa direction.

Après quelques secondes, elle aperçut la silhouette massive d'Amycus Carrow se dessiner devant elle.

- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle d'un air réprobateur. Tu ne devais pas venir ce soir.

Hermione et Charles avaient convenu de se voir une fois par semaine. Pour ne pas éveiller les soupçons de Draco, ils avaient convenu d'un code dans leurs lettres pour s'accorder sur une date et une heure de rencontre. Charles avait bien entendu la permission de Draco pour venir rendre visite à Hermione, mais celle-ci avait préféré lui cacher pour ne pas avoir à lui rendre de compte.

- Je ne pourrai pas venir demain finalement, répondit Charles en s'asseyant à côté d'elle. Donc j'ai décidé de tenter ma chance ce soir, et tu vois j'ai bien fait.

Hermione l'embrassa tendrement malgré les épaisses couches qui les protégeaient du froid.

- Dispute ? demanda Charles d'un air sincèrement inquiet.

- Oui, mais je n'ai pas envie d'en parler.

- rien de grave ?

- Non. Pourquoi tu ne peux pas venir demain ?

- Oh… il faut que je te raconte. On a rejoint un groupe de résistant.

- QUOI ? hurla Hermione.

- Chuuut ! s'amusa Charles face à la réaction de son amie. Moins fort.

- Raconte !

- Et bien je ne t'en ai pas parlé dans mes lettres car j'avais peur d'être lu mais il y a quelques jours on a failli se faire rôtir par des résistants. Heureusement, on a réussi à leur faire comprendre à temps qu'on n'était pas de vrais mangemorts. Mais tu comprends, on n'a pas le choix que de se déguiser pour certaines occasions, comme celle-ci.

Charles et Sidney avaient rendu leur liberté à Amycus et Alecto Carrow, en les soumettant au sortilège de l'imperium. Ils pouvaient ainsi les laisser faire leur travail de mangemort tout en utilisant leur statut privilégié quand c'était nécessaire.

- Qui était-ce ? demanda Hermione impatiente.

- Un groupe de résistants venu du nord de l'Ecosse. Ils étaient descendus à Londres pour y chercher des informations. Nous sommes désormais une vingtaine et on mène des actions un peu partout pour mettre la pagaille.

- alors c'est à cause de vous qu'on n'a pas pu se marier ? lâcha Hermione sans réfléchir.

- A cause ? s'étonna Charles. Grâce à nous tu veux dire !

- Oui oui, pardon.

Charles regarda Hermione de travers mais continua tout de même son récit.

- On a donc rejoint le groupe la semaine dernière, et on va mener une action demain. Je ne pouvais pas les laisser faire sans moi et risquer qu'ils soient inférieurs en nombre.

- Oui je comprends totalement. Il n'y a pas de problème. J'aimerai pouvoir vous aider.

- Ne t'inquiète pas, si j'ai besoin d'informations, je te demanderai.

- Tu peux compter sur moi ! lança Hermione avec un large sourire.

- Et toi alors ? demanda charles en se tournant un peu plus vers elle. Comment ça se passe ?

- Oh tu sais… commença-t-elle d'un ton las. Depuis la semaine dernière, pas grand-chose.

- Ecoute, répondit Charles en lui prenant la main. Très bientôt, je pourrai parler de toi au groupe et on montera une opération pour te libérer d'ici.

- Charles… tu sais très bien que…

- Oui je sais ! Il faut aussi libérer Ron et Ginny ! Mais ça sera beaucoup plus facile si toi tu es dehors !

- Ne fais rien sans m'en parler d'abord, d'accord ?

- Promis ! Je vais devoir y aller, je te raconterai pour demain.

Il se leva et serra à nouveau Hermione dans ses bras. Elle lui rendit son étreinte en se demandant s'il tiendrait effectivement sa promesse, mais décida qu'elle s'inquièterait pour ça demain.

- Tu m'envoie une lettre dès que vous êtes rentrés ? demanda-t-elle avant de le laisser partir.

- Oui, je te raconterai tout en détail.

- Pas trop en détail non plus, si jamais la lettre est interceptée.

- Je ferai attention !

Il lui fit un clin d'œil et disparut derrière une haie. Hermione se rassit sur le rebord de pierre de la fontaine et observa le ciel. Les flocons tombaient inlassablement sur le jardin, telles les secondes qui séparaient Charles d'une mort certaine.

Elle retourna vers le manoir quand elle se rendit compte qu'elle ne sentait plus ses doigts. La chaleur du feu qui ronronnait dans la grande cheminée du hall lui enveloppa les mains et lui en redonna l'usage. La proposition de Hoba de lui faire couler un bain chaud lui arriva aux oreille comme une douce musique au réveil. Elle accepta avec plaisir et se rendit dans sa chambre pour se déshabiller. Elle ne s'attendait pas à croiser Draco qui devait être aller se coucher directement après leur dispute au diner, mais fut quand même déçue de ne pas le voir l'attendre sur son lit quand elle poussa la porte de sa chambre. Elle se déshabilla en vitesse, enfila un peignoir et se faufila dans la salle de bain. La baignoire était pleine et un nuage de vapeur envahissait déjà l'immense salle de bain. Le peignoir qu'elle laissa tomber à ses pieds alla se poser tout seul sur le porte manteau mural, et un nuage de vapeur supplémentaire s'échappa de la baignoire quand elle s'y glissa. Son corps frigorifié se détendit immédiatement au contact de l'eau brulante. Elle ferma les yeux et se détendit pour ce qu'elle espérait être de longues minutes. Mais c'était sans compter sur le grincement de la porte qui se fit entendre quelques secondes seulement après qu'Hermione se soit immergée. Elle ouvrit les yeux et poussa un petit cri en voyant l'homme qui se tenait devant elle.

- Tu pourrais frapper ! lança-t-elle en se redressant.

- Je t'ai déjà vue nue je te signale, répondit Draco d'un ton suave.

- tu m'as surprise ! ce n'est pas agréable. Et même si tu m'as… tu pouvais frapper.

- Pardon, dit-il alors en s'inclinant.

Il ressorti de la pièce aussi discrètement qu'il y était entré, referma la porte derrière lui et frappa.

- Qu'est-ce que tu veux ? demanda Hermione suffisamment fort pour qu'il l'entende de derrière la porte.

- Te rejoindre, répondit-il.

A suivre...