Partie 1 : Les larmes d'Iruka Umino
Lorsque Kakashi émergea doucement de son sommeil, il n'ouvra pas pour autant tout de suite les yeux. Il n'ouvrit pas les yeux sur un plafond qu'il aurait tout de suite juger beaucoup trop blanc pour être le sien.
La non sensation des ressorts saillants de son vieux matelas aurait également pu l'interpeller plus tôt s'Il n'était pas si bien installé dans ce matelas moelleux. Si moelleux qu'il soupira d'aise en s'enfonçant toujours plus sous cette énorme masse de couverture douillette et épaisse. Elle sentait bon, elle sentait le thé et le jasmin. Elle était aussi moelleuse qu'un nuage, et même s'il n'avait jamais vraiment dormi sur un nuage il estima que ça devait y ressembler, et elle aussi dégageait comme une chaleur réconfortante. Rien à voir avec sa fine couverture qui grattait, sentait la transpiration et ne tenait même pas chaud.
L'oreiller accueillait parfaitement sa tête dans une étreinte chaleureuse et agréable.
L'odeur qui lui chatouillait ses narines n'était pas celle de l'humidité de sa chambre mais était assimilable aux fleurs de cerisiers.
Aucune brise froide ne traversait la fenêtre pour venir caresser désagréablement son visage. Il faisait même chaud, juste ce qu'il faut.
Aucun bruit de goutte à goutte de fuite d'eau n'attira son attention. Il n'y avait aucun bruit. Il n'y avait que le bruit de sa respiration calme et reposée qui le berçait. Il se sentait bien.
Il se sentait vraiment bien. C'est précisément ça qui l'avait réveillé. Il se sentait trop bien.
Ses yeux s'ouvrirent en premier lieux sur ce plafond qu'il qualifia en effet de beaucoup trop blanc pour être le sien.
Il n'était pas chez lui, ça, c'était certain. Mais il n'était pas à l'hôpital non plus. Il n'avait plus trop de raison de se réveiller à l'hôpital ses dernières années mais il avait toujours ce nœud à l'estomac quand il se réveillait ailleurs que chez lui, mais cette fois il ne dura même pas un instant, car il était presque aux anges tellement il se sentait bien.
Il se demanda même un instant s'il n'était pas mort, au paradis, mais la sensation de fatigue oculaire qu'il ressentait le ramena tout de même à la réalité. Il amena dans une hâte non dissimulé une main sur son masque pour confirmer sa présence dans un soupir de soulagement.
Il analysa brièvement l'endroit dans lequel il se trouvait en se relevant sur ses coudes. La pièce était tout juste éclairé par l'astre lunaire mais il parvenait tout de même à apercevoir une chambre qu'il imaginait facilement colorée, qui dégageait une ambiance chaleureuse et bienveillante.
Il se sentait étrangement en sécurité. Il aurait voulu rester là pour toujours, au chaud dans cet endroit subtilement parfumé et agréable. Mais les sanglots provenant de derrière les murs le sorti de sa bulle de bien-être.
Il était discrètement sorti du lit, en ressentant milles frissons désagréables sur son corps. Il aurait vraiment souhaité rester plus longtemps. Il remarqua brièvement qu'il était habillé d'un pyjama de coton bleu marine uni. Il s'était dirigé dans le silence le plus totale auprès de la porte de cette chambre. Ses habitudes de Ninja étant plus forte que ses intentions, il avait dissimulé son chakra et ouvert la porte dans une discrétion sans faille.
C'est à ce moment qu'il reconnut les lieux. Il était déjà venu une fois ici. Il était ivre ce soir-là, mais il n'y avait aucun doute là-dessus. Il était chez Iruka. Et même si sa présence sur le canapé confirmait facilement cette déduction, il n'avait rien oublié de cette soirée. Pas même ce bureau qui siégeait à la même place mais était tristement vide cette fois-ci.
L'encadrement de la porte où était accolé Kakashi se trouvait derrière le sofa dans le quel dépassait une chevelure étonnement détachée. Elle venait effleurer sa nuque et tremblait sous les sanglots qui se faisaient entendre dans la pièce.
Kakashi se demanda soudainement ce qu'il faisait là. Il remit de l'ordre dans ses idées encore engourdi par le confort dans lequel il s'était réveillé, puis se rappela qu'il avait quitté un certain bar après seulement deux verres, à cause d'une fatigue qu'il n'était parvenu à soutenir. Mais après, plus rien. C'était le trou noir.
Il se dit à ce moment qu'il y avait plus important car les sanglots qu'il entendait prenaient de l'ampleur, et entendre Iruka pleurer avait apparemment encore le mystérieux pouvoir de lui fendre le cœur.
Il s'approcha doucement à pas de loup, se demandant si ce qu'il allait faire était une bonne idée, mais le regard implorant d'Iruka dans le sien lorsqu'il était arrivé devant lui, avait chassé tous les doutes qu'il avait pu avoir. A cet instant, les règles, elles n'existaient plus. Il les avait rayées, déchirées et balancées au fin fond d'un ravin, bien loin, là où personnes n'auraient pu les lui rendre.
Car il y avait plus important. Car il y avait Iruka Umino qui pleurait toutes les larmes de son corps en s'accrochant à son pyjama qu'il lui avait probablement prêté… et enfilé.
Pas le temps d'en rougir, Kakashi s'accroupi pour être à la même hauteur que lui. Il ne sut pas quoi faire sur le moment, cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas vraiment vu Iruka. Cette semaine il avait juste eu l'impression de travailler avec un étranger après tout. Les quatre mois qu'il avait passé auprès de lui à l'hôpital étaient différents de la situation actuelle. Iruka était éveillé. Et puis il y avait eu les trois mois de rejet, et en ore de nombreux mois peut être même année où leur amitié s'était effrité par la guerre, puis par son statut d'Hokage, qui avait terminé de mettre cette distance entre eux... Il ne fallut que peu de temps avant que Kakashi ne le prenne affectueusement dans ses bras après s'être assis à côté de lui.
Il s'était senti comme une bouée de sauvetage lorsque le brun avait de nouveau agrippé son pyjama comme si sa vie en dépendait, en collant sa tête contre son épaule. Son cœur lui faisait mal, c'était dur de voir Iruka comme ça, lui qui a l'habitude était si fort et entreprenant. Il caressait doucement son dos dans l'espoir de diminuer les sanglots incessants qui avaient maintenant trempés son torse.
« Ka… Kakashi-san… Renifla Iruka au milieu des sanglots qui le secouaient. »
Kakashi resserra son emprise autour de lui en sentant ses propres yeux le piquer, puis il se mit à le bercer tendrement sans vraiment s'en rendre compte. Son corps agissait à sa place. Il ne comprenait pas pourquoi Iruka semblait si soulagé de sa présence et la recherchait même en partant nicher sa tête dans son cou. Il sentait ses nombreuses larmes tomber désagréablement dans sa nuque. Il ne comprenait pas pourquoi l'attention qu'il lui portait fonctionnait puisque les sanglots s'étaient amoindries quand il avait doucement caressé sa chevelure détachée. Il sentait le cœur d'Iruka frapper contre son épaule, presque comme si c'était le sien.
Iruka semblait pleurer toute la peine qu'il n'avait jamais pu pleurer. Il ne comprenait pas ce qu'il se passait, mais peu importait. Il ne savait pas pourquoi Iruka semblait avoir besoin de lui, mais les faits étaient les faits, alors il lova toujours plus fort son être aimé contre son torse, en s'allongeant de tout son long sur le canapé, Iruka sur lui, dans une étreinte où il pouvait également sentir le cœur de l'être aimé contre sa poitrine. Il ferait absolument tout pour lui, peu importe si ça le ferait souffrir ensuite.
Il est vrai qu'il avait eu une expérience traumatisante. Kakashi avait lu et relu le rapport qu'il avait reçu du pays du vent. Le déserteur de Suna était passé au crible dans leur service de renseignements, celui qui avait prit malin plaisir à torturer Iruka et Aoba, et les avaient laissés agonisants, cloués au sol ensemble. (Certains passages cependant n'avaient pas été relatés, laissant secrète la relation qu'entretenaient Iruka et Aoba).
Iruka avait dû voir Aoba mourir doucement et douloureusement dans ses bras sans rien pouvoir faire, puisqu'il était lui aussi au seul de la mort. Lui aussi avait dû souffrir le martyr, autant physiquement que mentalement. Oui, cela avait dû être une expérience traumatisante. Vraiment trop traumatisante pour un Chunnin professeur d'académie, ou n'importe qui d'ailleurs. Sakura lui avait également annoncé que son traumatisme était tellement fort que c'était la raison pour laquelle il s'était inconsciemment plongé dans un coma. Cela lui rappella l'agonie qu'Itachi lui avait fait subir grâce à son Dojutsu. Lui aussi était resté dans le coma ensuite, suite au traumatisme.
Kakashi se demanda un instant ce qu'Aboa avait pu bien être pour Iruka. Il lui avait dit qu'ils n'étaient pas en couple, c'est pour cette raisons qu'il s'était laissé aller ce fameux soir avec Iruka. Il n'aurait jamais eu l'audace de se mettre dans une telle situation sinon, il était quelqu'un de respectueux et il imaginait mal Iruka être une personne infidèle. Mais il se souvenait très distinctement de la détermination du Tokubetsu lorsqu'il s'était proposé pour partir sauver Iruka, et des lunette d'Aoba fermement tenu dans les mains du processeur lorsqu'il l'avait vu apparaître dans son bureau dans une marre de sang…
Cela faisait plus quatre mois maintenant, mais le Chûnin venait à peine de se réveiller, c'était encore tout frais pour lui. Autant la mort du Yamashiro que les souvenirs douloureux qui devaient le peser.
Il démêlait machinalement la chevelure brune qu'il avait de nichée dans son cou, en passant sa main de son front jusqu'à ses pointes, dans des caresses tout simplement amoureuses. A force de tendres caresses et de mots doux et réconfortant qu'il lui avait chuchotés, les sanglots s'étaient taris.
« Tout va bien Iruka, c'est fini. C'est fini…
— A-Aoba il…
— Je sais. Je sais…
— Non non je… je sais… mais mais avant de mourir, il… il m'a dit de… il m'a dit de vous dire que…
La respiration d'Iruka s'activait, nerveusement.
— Laa… Laa. Fit doucement Kakashi en reprenant les mouvements de son bras dans son dos, froissant involontairement son sous pull, touchant involontairement sa peau. Sensation qu'il apprécia un instant avant de retirer sa main comme s'il s'était brûlé.
Kakashi s'inquiétait de l'état d'Iruka. Il essayait de former des phrases sans y parvenir, sa respiration était dangereusement en train de s'accélérer.
« Reprend ton souffle on pourra discuter après, d'accord ? »
Kakashi ne s'était pas arrêté de prononcer des paroles douces et réconfortantes mais qui étaient restées vaines.
« Iruka s'il te plaît calme toi ! s'emporta Kakashi, dont l'inquiétude ne faisait qu'augmenter à mesure qu'Iruka peinait à respirer. »
Il était impuissant, impuissant face à ce qui se déroulait sous ses yeux, Iruka allait perdre inévitablement connaissance s'il ne se calmait pas.
