Partie 2 - Les blessures de l'âme
Les coups sur la porte étaient devenus plus impatients, Iruka s'était alors levé à contre cœur pour aller ouvrir.
Deux tasses de thé fumantes furent posées sur la table de la salle à manger.
« Je n'en reviens pas que vous ayez oublié notre rendez-vous, Iruka-sensei, ça ne vous ressemble pas.
- Je suis désolé Sakura, répondit-il en se grattant la cicatrice.
- Ce n'est pas grave, répondit-elle en humant sa tasse. Vous faites encore des crises d'angoisse ?
- Non ! menti hâtivement Iruka. Il n'avait pas envie de paraître si faible aux yeux des personnes qui prenaient le temps de prendre soin de lui.
- Fort bien, ce serait inquiétant sinon. Fit-elle en buvant son thé. Vous en faisiez beaucoup aussi quand vous étiez dans le coma. Il ne faut pas rigoler avec ça.
- D'accord. Fit simplement Iruka en sirotant nerveusement son thé.
- Si jamais cela se reproduit, vous devrez absolument en parler à votre psychologue, afin d'entamer une thérapie. Sans quoi vous pourriez devenir... instable.
- Instable ? S'interrogea Iruka.
- Vous pourriez avoir des idées noires si vous préférez. Ou bien même changer profondément de personnalité, ou même les deux. Ou d'autres choses. Les crises d'angoisse ne sont qu'un symptôme. Vous avez vécu quelque chose de très traumatisant, même pour n'importe quel Ninja. Mais si elles ne sont plus présentes alors il n'y a pas à s'inquiéter. Tout va bien à ce niveau. Dit-elle en terminant sa tasse de thé. Je vais devoir examiner vos cicatrices maintenant. »
Ces plaies n'ayant pas été prises à temps par la médecine Ninja, elles laissaient derrière elle des cicatrices. Certaines ayant même eu quelques soucis d'infections. Iruka termina son thé avec une telle lenteur que Sakura dû lui rappeler gentiment qu'elle devait retourner travailler à l'hôpital prestement. Iruka s'était alors dévêtu de son Yukata avec dégout et avait croisé ses bras sur son torse.
« Vous avez des ecchymoses ? S'alerta Sakura en s'approchant de lui. Je vais vous donner un traitement pour la circulation du...
- Pas besoin ! Fit Iruka en cachant son cou et en détournant le regard.
- Oh... Souri Sakura en se frottant le dessous nez. Je vois... »
Iruka se laissa docilement bien que mal à l'aise, manipuler par son ancienne élève, qui avait accepté de faire des visites à domicile pour lui épargner de venir à l'hôpital. Les cicatrices étant nombreuses et de différents degrés, cela prenait du temps de les examiner une par une et ils s'étaient mis d'accord sur ce fait. Iruka était plus à l'aise chez lui, et Sakura pouvait profiter d'un thé en dehors de l'excitation de l'hôpital.
Les cicatrices les plus profondes, notamment celle qui lui trouait le bas du ventre de part en part et qui avait bien failli le tuer, étaient bien évidement à surveiller. Elles mettraient du temps à cicatriser complètement, puisqu'elles n'avaient pas été soignées à temps.
Sakura les vérifia toutes. Son visage ayant été le seul endroit épargné, elle parcouru son cou, sa nuque, son torse, ses bras, ses mains, son dos, ses cuisses, ses jambes, puis lui demanda de s'assoir pour vérifier la plante de ses pieds.
« Bon ! Tout va bien. La plupart ne sont plus que de vieux souvenirs. »
Iruka serra les poings sur ses genoux. Ses « vieux souvenirs » étaient encore très proches pour lui qui venait tout juste de se réveiller. Tout était encore très frais dans sa tête.
Un post-it fut collé sur le réfrigérateur.
« Surtout n'oubliez pas celui-là, dans six mois. Il est très important.
- Pourquoi ? Demanda curieusement Iruka en se rhabillant hâtivement.
- Tsunade-sama vous expliquera. C'est elle qui prendra ce rendez-vous en charge. Sakura s'approcha de son ancien professeur et posa une main douce sur son épaule. Vous êtes très fort Iruka-sensei. Preuve en est que vous êtes encore vivant. Termina-t-elle en se dirigeant vers la porte après avoir regroupé ses affaires dans un sac à bandoulière. »
Dos à Iruka qui lui emboitait le pas pour la raccompagner, la jeune kunoichi s'arrêta une demi-seconde quand elle aperçut la paire de chaussures supplémentaire. Puis elle laissa Iruka lui ouvrir la porte.
« Merci pour tes mots réconfortants Sakura.
- Ils ne sont pas seulement réconfortant, c'est la vérité, Iruka-sensei ! dit-elle en replaçant son sac sur son épaule.
Elle croisa ses mains dans son dos puis lui adressa un sourire plein de malice, en ajoutant : Vous pourrez demander à Kakashi-sensei de signer ma demande de congé ?
- Hein ? Pourquoi- je- que hein ? Bégaya Iruka dans un charabia incompréhensible.
- Eh bien, vous travaillez avec lui en ce moment non ? répondit innocemment Sakura, le visage penché sur le côté. Vous lui demanderez lundi ?
- Ah, oui, bien-sûr, aucun problème, je m'en souviendrai ! souffla Iruka un doigt sur sa cicatrice. Rassure Naruto si tu le vois, et bon courage Sakura !
Kakashi avait eu le temps de remettre de l'ordre dans ses idées. L'absence d'Iruka auprès de lui l'avait vite fait redescendre du petit nuage sur lequel il s'était assoupi depuis hier soir. Qu'est-ce qu'il faisait ici ? Était la première question qui était venu s'installer dans son esprit. Ensuite, il avait réalisé ce qu'il s'était passé la veille. C'était arrivée naturellement lorsqu'il essayait de rassurer Iruka. Jusque-là, ça allait encore, ils s'étaient juste égarés par la force des choses.
Ensuite, Iruka lui avait demandé de rester dormir, ce qu'il avait bien évidement accepté. Il s'était dit qu'Iruka avait eu pitié de lui, puisqu'il avait deviné que ce dernier avait dû le ramasser dans la rue. De toute façon, il n'avait pas eu l'intention de le laisser seul après ce qu'ils avaient fait, après la crise d'angoisse qu'il avait eu tant de mal a calmer. Et puis il y a eu cette main posée sur la sienne avant qu'il ne s'endorme, le baiser au réveil, et... ce qu'ils auraient fait si la pudeur du aux tourments qui hantaient Iruka ne les avaient pas interrompus.
Qu'est-ce que tout cela voulait dire ? Pourquoi Iruka l'avait ramené chez lui ? Qu'est-ce qu'Iruka voulait dire quand il lui avait dit qu'il avait quelque chose à lui dire ? Est-ce que les règles étaient toujours d'actualité ? Alors qu'il quittait la chambre après avoir entendu la porte d'entrée se fermer, signes que la jeune Kunoichi s'en était allée, il devina au regard perdu du Chûnin que le sien devait lui poser mille questions.
« Kakashi -san je... s'exprima le professeur avec anxiété.
- On...est pas obligé d'en parler, d'accord ? Répondit hâtivement l'Hatake en devinant la respiration saccadée qui commençait déjà à s'élever dans le torse du plus jeune. Il n'avait franchement pas envie de le revoir dans tel état. Ou sont mes vêtements ? Demanda-t-il en passant sa main dans sa nuque.
Il devait partir. Il devait partir très vite puisqu'il ne savait vraiment pas s'il pourrait se contrôler. En effet, Iruka était vraiment beaucoup trop désirable dans son long Yukata vert pomme, les cheveux caressant sa nuque. Il n'avait franchement pas envie de le violer alors il parti vite enfiler ses vêtements et son armure noire qui se trouvaient dans la salle de bain qui lui avait été désignée du doigt.
Il se permit le d'utiliser son lavabo pour se passer de l'eau froide sur le visage. Il souffla longuement puis rejoignit Iruka dans son salon après avoir reenfilé son masque, qui entre temps s'était heureusement vêtu des vêtements noirs réglementaires. Il était assis sur la chaise de son bureau, et son regard était aussi vide que ce dernier.
« Ne t'en fais pas, tu les retrouveras bientôt, rassura l'Hokage, en se positionnant derrière lui, d'une douce main posée sur son épaule. Je sais que ça ne doit pas être passionnant de travailler avec moi ricana-t-il pour détendre l'atmosphère. Plus qu'une semaine à supporter le pire Hokage de l'histoire de Konoha, ça va passer vite.
- Ne... Ne dites pas ça... souffla Iruka en posant timidement sa main par-dessus celle de son Hokage.
Kakashi ne répondit rien. Il avait trop de questions pour pouvoir répondre quelque chose de cohérent et ne comprenait pas ce que signifiait cette main qui s'était posée sur la sienne. Était-elle sincère ? Ce qu'ils avaient fait l'étaient-ils également ? Iruka cherchait-il quelqu'un d'autre à travers lui ? Pourquoi ce changement de comportement ? Pourquoi lui qui était si attaché à ses fichues règles les avaient toutes transgressées du jour au lendemain ?
- Pardonnez-moi... termina Iruka devant le silence de Kakashi, en retirant sa main comme s'il s'était brulé. »
Kakashi ne voyait pas le visage d'Iruka. Il était positionné derrière lui, puis il retira également sa main de son épaule. L'ambiance était étrange. A la fois lourde et légère.
« Kakashi-san... chuchota Iruka sans relever son visage penché sur son bureau, serrant ses points sur ses genoux. Je... je...
- Tu dois avoir besoin d'être seul. Je ne vais pas profiter plus longtemps de ton hospitalité. Fit-il en partant se chausser. Repose-toi bien Iruka... à demain. Termina-t-il en quittant prestement l'appartement du fonctionnaire.
Kakashi avait cette drôle d'impression qu'il oppressait Iruka de sa seule présence, et il n'avait aucunement envie de le mettre mal à l'aise. En conséquence, il ne s'imaginait pas une seul seconde les conséquences dramatiques de son départ de l'appartement d'Iruka, tandis qu'il pénétrait dans sa deuxième maison : son bureau, où l'attendait une montagne de dossiers comme d'habitude.
L'ambiance y était devenue pesante, lourde, amère, noire.
- N-non... je... Ce n'est pas ça... Kakashi-san... Ne partez pas... sanglota désespérément le Chûnin en s'agrippant la poitrine.
Cette sensation qui le pesait, l'enfermait, le comprimait. L'air qui le quittait et qui ne voulait pas revenir. Son cœur qui se comprimait douloureusement, sa vision qui devenait flou et sa respiration qui l'abandonnait. Son corps qui tremblait. Ses sanglots qui l'étouffaient. Sa tête qui tournait et l'obscurité qui venait l'habiter ensuite dans un tourbillon de ténèbres. Dans un tourbillon de ténèbres où il revivait sa torture. Où il voyait son défunt ami se faire transpercer par ce qui aurait dû le transpercer lui. Où il sentait son sang chaud venir lui frapper le visage. Où il sentait encore son gout de ferraille sur ses lèvres. Ou il s'entendait hurler sous la douleur qui avait suivi. Comme si leur bourreau était encore là, en train de rigoler de son haleine putride en lui découpant ses chairs une à une.
C'était son quotidien, depuis qu'il s'était réveillé.
Il avait tout essayé pour se contrôler mais il n'y parvenait pas. Tout le monde lui disait qu'il était fort, mais il était si faible. De quel droit demanderait-il encore de l'aide après ce que tout le monde avait fait pour le sauver ?
Seule la présence de cet homme l'apaisait. Seule sa présence le soulageait. Il en savait la raison. C'était la personne dont il était mystérieusement épris depuis toujours.
Il se sentait minable, et faible. Mais tout ce qu'il aurait voulu à cet instant c'est que cet homme soit là.
Mais il ne l'était pas.
Et il sombra alors dans les ténèbres tant redoutées, sa tête heurtant lourdement son bureau aussi vide que son âme brisée.
