Partie 2 - L'affection d'Iruka Umino

Assis à même le sol, le visage posé près de celui qui dormait, Kakashi calinait tendrement la main qu'il avait prit dans la sienne. Encore une fois, les règles lui semblaient loin après avoir vu une nouvelle fois ce regard en détresse percer le sien quand il avait prononcé son prénom, sans même utiliser de suffixe. Le fait que l'Umino le détestait lui semblait tout aussi loin maintenant.

Son étude sur cette fichue ligne de chemin de fer attendrait encore certainement, peut-être même qu'il laissera Shikamaru s'en occuper. De toute façon il ne savait pas qu'elle décision prendre. Bien-sûr, cela serait pratique de pouvoir rejoindre le pays du vent, confortablement installé dans un fauteuil moelleux. Mais n'était-ce pas là tout le fond du problème ? N'était-ce pas contraire aux préceptes Ninja ? Les citoyens de Konoha seraient-ils d'accord ? Le souhaitaient-ils ? Bien-sûr, une gare à Konoha serait sans doute utile pour développer le tourisme et renflouer les caisses de Konoha, douloureusement vide après la grande guerre.

Peut-être que... Iruka pouvait l'aider ? Lui qui quémandait sans cesse du travail... il n'avait pas vraiment pensé à ce qu'il pouvait ressentir mais peut être s'était il sentit mis à l'écart ?

En pensant au loup, voilà la queue qui arrivait. Alors que son regard s'était perdu sur leurs main liées, il vit et senti celle de l'Umino s'agiter. Il fut alors pris la main sur le fait, tandis que le doux regard d'Umino lui fut de nouveau dévoilé.

« D-desolé ! Balbutia Kakashi en souhaitant reprendre l'usage de sa main, mais celle-ci fut retenue.

- Kakashi san... murmura Iruka le visage étrangement triste. Vous étiez là n'est-ce pas ? »

Les sourcils de l'Hatake se froncèrent d'incompréhension.

« Quand je me suis réveillé de mon coma... vous étiez là... »

Alors Sakura n'avait donc pas réussi à tenir sa parole ?

« ...

- Sakura n'a pas arrêter de me soutenir que je me suis réveillé seul... mais vous étiez là... Assura Iruka le regard déterminé. Et vous vouliez même me...

- Oui... finit par dire Kakashi en reprenant fermement l'usage de sa main. J'étais là... Termina-t-il en se redressant, résigné à recevoir les reproches qu'il méritait. Sa main fut pourtant attrapée une nouvelle fois par celui qui s'était redressé en position debout.

- Merci, Kakashi...»

Son cœur aurait pu exploser à cet instant. Lui faire dos ne l'empêcha pas de deviner à quel point cet étrange merci était d'une sincérité pure. Tant est si bien que son corps entier se mit à trembler en entendant les lentes enjambées arriver derrière lui. Tant bien que mal, il retenait sa respiration qui semblait s'amuser de son malaise. Elle était là. Coincé au fond de sa gorge, dans ses poumons ou encore ailleurs. Bloquée, refusant d'aller et venir comme elle le faisait normalement.

Un malaise ?

Une euphorie plutôt ! La respiration d'Iruka arrivant dans sa nuque... Une délicieuse euphorie, oui...

« Merci pour tout... Je te demande pardon ! entendit-il tout près de son oreille alors qu'Iruka venait d'enlacer son torse par derrière. Tu as dû te sentir tellement seul... Je sais comment c'est dure... se mit à sangloter l'Umino. Pardonne moi Kakashi... si j'avais été moins bête, tu n'aurais jamais enduré tout cette souffrance. ».

Une triste euphorie, cela dit. N'était-ce pas un paradoxe ?

L'air fut expulsé à l'instant où les bras s'était éperdument serrer autour de sa cage thoracique. Son muscle de vie aurait peut-être même pu s'échapper de son enveloppe corporelle tant il se mit à battre. Vite. Fort. Encore. Et encore.

Heureusement, il y avait des bras qui le comprimait, le gardait enfermé là où il devait être. Il y avait Iruka qui emprisonnait son cœur.

Comme il le faisait déjà si bien au sens figuré.

Mais pouvait-il accepter cet élan de tendresse? Lui qui se sentait responsable de toutes les souffrances d'Iruka. Pouvait-il égoïstement accepter cette étreinte qui semblait pourtant être le kitsugi de son âme brisé ?

Définitivement non.

« Qu'est-ce que tu racontes Iruka ? se défendit Kakashi en tentant doucement de se défaire de l'étreinte.

- Mais fermez là ! Coupa Iruka d'un reniflement, en le serrant toujours plus fort. S'il vous plaît... taisez-vous... »

Bien-sûr. Qui était-il pour refuser quelque chose au Chunin le plus colérique de Konoha ? Qui était-il pour repousser les larmes qui inondaient sa nuque ?

Docilement, Kakashi obéit à son subordonné, fermant les yeux pour ne sentir plus qu'Iruka contre lui.

Elles tremblaient. Ses mains tremblaient. Tout son corps tremblait. De rage. De tristesse. De désespoir. De joie. De soulagement.

De tant de sentiments contraires qui s'amusait à se renvoyer la balle mais qui ne faisaient qu'entretenir une chose : l'amour.

L'amour qu'il éprouvait pour Iruka.

L'amour qui tremblait, qui se matérialisait soudain dans les mains qui agrippèrent désespérément celles qui étaient agrippées sur son torse haletant.

Elles tremblaient. Encore et encore. Peut-être était-ce de part la force qu'il avait mis dans l'étreinte de leurs mains, laissant même les jointures de ses phalanges blanchir.

Elles tremblaient.

Tout aussi fort que le corps d'Iruka qui sanglotait contre le sien, tout aussi fort que sa respiration.

Et puis, il se laissa aller. Il se laissa sombrer.

Ne laissant plus que dans la pièce deux êtres qui s'aimaient éperdument. Deux êtres qui ne savaient même pas à quel point ils comptaient chacun pour l'autre. Deux êtres qui n'avaient aucune idée d'à quel point ils étaient le Kintsugi de l'autre.

Il y avait dans cet instant, un étrange et subtil mélange de soulagement et de tristesse, qui émanait de leurs silhouettes collées l'une à l'autre. Aucune autre parole ne fut échangée. Ils n'en avaient pas besoin. Si bien que leurs respirations s'étaient accordées à l'unisson, à mesure que les sanglots d'Iruka s'était tari, à mesure que les battements de cœur de Kakashi s'étaient calmés.

Cet instant de magie complice aurait même pu durer une éternité si Yurito ne venait pas de débouler dans le bureau.

« KAKASHI SAM... »

Un meurtre. Kakashi avait envie de commettre un meurtre. En plus, ça faisait longtemps tien... La nouvelle génération ne savait-elle donc pas toquer aux portes ?

« Yurito ! S'exclama Iruka. N'as-tu pas du travail ? »

Prenant dans un bras les dossiers qu'il avait classé cette nuit et le col arrière du jeune Shinobi de l'autre, il le fit sortir du bureau du Hokage sans prendre de pincettes.

« Mais je venais pour...

- Ca tombe bien, j'en ai plein à te donner ! Râla Iruka dans le couloir en tirant le pauvre Yurito vers son bureau de secrétaire. Je t'en foutrai moi des je rentre dans le bureau de Rokudaime-Sama sans prendre la peine de toquer ! Et le respect envers tes aînés tu l'as oublié aux toilettes ce matin ? J'aimerais beaucoup savoir quel professeur tu as eu à l'académie Ninja que j'aille lui en toucher deux mots ! Je te préviens, la pro... »

Kakashi était resté penaud en plein milieu de la pièce et souriait d'amusement en entendant les foudres d'Iruka. Cette fois, ce n'était pas lui qui était visé au moins. Il n'avait qu'une hâte. Iruka avait dormi toute la matinée et il était bientôt midi.

Quand la porte du bureau du Rokudaime fut ouverte sur un Iruka soulagé d'avoir évacuer sa foudre colérique, l'atmosphère y fut soudainement légère.

Il se regardèrent, alors qu'Iruka ferma la porte derrière lui pour venir devant le bureau de Kakashi, le sourire aux lèvres qu'il avait perdu jusqu'àlors. Le sourire lui fut rendu sous le masque noir, alors qu'une main pale souleva par-dessus le bureau un petit sac en toile.

« Obento ? »

« Au fait marmonnait Iruka la bouche pleine. Yurito voulait vous donner ça Lundi ! J'ai totalement oublié avec... »

Kakashi attrapa le parchemin tendu en faisant signe de la main à Iruka que ce n'était pas grave. Le Lundi après-midi, honteusement, ils n'avaient pas travaillé. Enfin, très peu. Kakashi lui avait proposer de partager son repas et il avait vu le regard de l'Umino s'émerveiller, même si le sien l'avait été tout autant d'avoir eu sa demande acceptée. L'après-midi, ils avaient discuté de tout et de rien, comme deux amis absolument normaux. En revanche, à l'heure du départ, il avait senti Iruka un peu tendu, alors il avait timidement proposé de le raccompagner jusqu'à chez lui. Encore une fois, il n'avait pas protesté, et en semblait même soulagé. Le lendemain avait été semblable, et une toute nouvelle routine venait de naître.

Kakashi se réveillait le matin pour s'atteler à sa passion cachée : la cuisine, et préparait toujours deux bentos. Un pour lui, et un pour Iruka. A l'heure du midi, il pouvait à lors apprécier regarder son Umino se régaler de ses talents culinaires et jouir de ses compliments. Et à l'heure du soir, il le raccompagnait.
Et même s'ils n'avaient pas reparlé de cet échange, l'ambiance entre eux était redevenu sereine et sans ambiguïté.

Il déplia le courrier sur son bureau non loin de son repas, puis soupira longuement.

« C'est Ereki Kaminarimon... Encore...

- Est-ce que je peux demander qui c'est ?

- Oui, bien-sûr. Je comptais t'en parler. Dit Kakashi en terminant son repas. »

Les yeux pleins d'étoile d'Iruka à cet instant fit sourire Kakashi. Il s'en voulu soudainement de l'avoir mis de coté même si c'était pour son bien. Iruka aimait travailler, cela n'avait pas été une bonne idée que de le ménager.

« C'est un Ninja de Konoha qui a pris sa retraite après la quatrième grande guerre. Récita Kakashi en rangeant son Bento maintenant vide dans son sac de toile. »

Iruka acquiesça en tendant son bento vide à Kakashi, en attendant la suite.

« C'était pendant ton coma, il est venu me voir et m'avait dit qu'il voulait construire un gare à Konoha souffla Kakashi en prenant le bento tendu pour le ranger lui aussi. Il m'a envoyé son projet il y a quelques mois mais avec les... évènements vous concernant, Aoba et toi... fit Kakashi plus bas, je n'ai pas encore eu le temps de prendre une décision... Enfin bref, il me harcèle depuis.

- Une gare ? Qui relierait Konoha aux autres villages Ninja ?

- C'est l'idée oui, pour le moment, ce serait surtout Suna qui ont déjà donné leur accord. Mais également desservir divers points stratégiques de Konoha.

- Je vois, fit Iruka. Vous dites que vous avez déjà les plans ?

- Oui... Je les ai étudiés et j'ai rectifié par ce qui me semblait plus intelligent. Je ne lui ais pas encore envoyé ma contreproposition, car je ne sais pas quelle décision prendre.

- Vous vous demandez si ce n'est pas contre le principe même des villages cachés ?

- C'est un peu ça... Souffla l'Hatake. Mais j'imagine que ce genre de décision n'est pas à prendre tout seule, mais également au peuple de Konoha... Je ne sais pas vraiment quoi faire.

- Je sais que vous ne me faites pas vraiment confiance au sujet du

- Veux-tu bien arrêter de penser de telles choses ? Si je t'en parle c'est que je te fais confiance.

- Merci... Dans ce cas, permettez-moi de faire une suggestion. »

Kakashi releva son visage perdu sur le parchemin en direction du Chunin. Il sourit. Il n'avait pas hâte que Shikamaru ne revienne...

« Bien-sur, je t'écoute. Tu es encore mon conseiller, Iruka-sensei~ chantona Kakashi d'un sourire trahi par ses yeux plissés

- Eh bien... Rougit Iruka en retraçant sa cicatrice. Je sais que Shikamaru revient Lundi... Mais je pourrais peut-être rester travailler sur... par exemple un projet de vote ? Je m'en moque si je ne suis pas payé ! Je veux continuer à venir tous les jours vous... »

Iruka amena la main à sa bouche. Il avait tellement peur de retrouver son ancienne amie la solitude que c'était sorti tout seul. Il appréhendait la fin de cette semaine qui signait la fin de son contrat de conseiller par interim, et cela ne voulait dire qu'une chose : son remède contre ses ténèbres post traumatiques qu'il gardait secrètes, ici présent, ne serait justement plus présent.

Kakashi avait très bien comprit ce qu'avait sous-entendu Iruka et en fut ravi. Cependant, il ne releva pas pour ne pas le mettre mal à l'aise.

« J'ai reçu un parchemin de la médecine du travail te concernant. Normalement tu as dû recevoir le tien également. Conformément à ta dernière entrevue avec le psychologue, tu pourras reprendre ton poste d'ici deux semaines. »

Était-ce une bonne idée que d'avouer qu'il ne prenait même plus le temps de regarder dans sa boite aux lettres puisqu'il revenait secrètement passer ses nuits ici ? Non.

« Euh, je suppose que oui...

- Mais tu pourras rester travailler dessus avec Shikamaru la semaine prochaine. Ça te tente ? Demanda Kakashi en partant préparer le thé. »

Travailler auprès de Kakashi avec son ancien élève ? C'était une perspective assez charmante, en effet.

« Oui, mais je peux commencer sans lui dès maintenant ! Assura Iruka. Où est le dossier ?

- Attend je prépare le th...

- Je vais demander à Yurito ! S'exclama Iruka en sortant du bureau, en courant peut-être un peu trop vite pour quelqu'un qui sortait récemment du coma. ».

Manquant de tomber plusieurs fois, Iruka grommela tout seul en jurant contre la porte du bureau qu'il peinait à ouvrir sous ces muscles encore affaiblis.

Derrière son masque, les lèvres de Kakashi frottèrent le tissu pour dessiner un sourire.

Y avait pas a discuter : il l'aimait de tout son être ce petit effronté.

Et il était bien décidé à le récupérer.