Chapitre 6
Quand Beleth se réveilla le lendemain, la douleur à sa jambe avait pratiquement disparu. Une partie d'elle espérait naïvement qu'elle était guérie, mais elle avait été trop souvent blessée pour savoir que ce genre de miracle n'existait pas.
Flayn m'aurait soigné en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, songea-t-elle.
Elle ne remettait pas en cause les compétences du médecin de Ferdinand qui avait l'air d'avoir une bonne connaissance de ce qu'il faisait. Seulement, les talents de Flayn comme soigneuse étaient prodigieux. Aucune maladie, aucune égratignure ou blessure ne lui résistait. Si elle osait, Beleth aurait qualifié sa magie curative de divine.
Elle ignorait l'heure qu'il pouvait être. Les rideaux de sa chambre étaient trop épais pour laisser filtrer la lumière du jour. Elle avait terriblement envie de se lever et d'aller ce qu'il en était, mais, elle se rappela qu'elle ne devait pas bouger. À sa grande frustration. D'aussi loin qu'elle se souvienne, il fallait vraiment qu'elle soit complètement inconsciente ou à la limite du trépas pour la forcer à garder le lit ! Et elle était censée rester immobilisée dans cette chambre plusieurs jours ? Alors que sa fille et Flayn l'attendaient à des milliers de kilomètres d'Enbarr ? Elle devait rentrer à Dagda coûte que coûte, quitte à supplier Ferdinand de la laisser partir ! Et tant pis pour les Leuclit !
On frappa à la porte et une jeune domestique blonde entra.
« Bonjour ! Avez-vous bien dormi ? demanda-t-elle d'une voix chantante.
— Assez, je crois. Quelle heure est-il ?
— Presque dix heures. Monsieur est déjà parti, mais Madame m'a fait savoir qu'elle viendrait vous tenir compagnie sitôt qu'elle sera prête. Dame Dorothéa sera là également.
— Et Félix ? »
Non pas que la présence de Constance et de Dorothea ne lui fasse pas plaisir, mais elle savait parfaitement qu'aucune des deux, tout comme Ferdinand, ne se montrerait trop insistante sur son absence. Pour Félix, en revanche, c'était une autre histoire. Elle redoutait la réaction de son ancien étudiant. Le sourire de la domestique se figea.
« Le duc Fradalrius devrait passer ce soir. Il a demandé s'il pouvait vous voir, mais si vous avez besoin de repos…
— Inutile. Je ne suis pas mourante à ce que je sache. Je pourrais voir Félix. »
Félix semblait inspirer une certaine crainte à cette pauvre demoiselle. Le connaissant, ça ne l'étonnait même pas. L'épéiste n'était pas réputé pour avoir le caractère le plus abordable du monde.
Constance passerait donc la journée avec elle. Elle ne savait pas si elle devait trouver cela réjouissant, mais, avoir de la compagnie ne pouvait pas être une mauvaise. Puis Dorothea serait là, elle aussi.
« Dame Dorothea », l'avait appelé la domestique.
Cela lui avait totalement échappé la veille, mais elle s'en souvenait à présent : Dorothea était mariée à Félix ! Un couple sur lequel elle n'aurait pas parié de prime abord. Elle gardait le souvenir de Dorothea adolescente : une jeune femme qui s'était inscrite à l'Académie pour trouver un beau parti qui puisse subvenir à ses besoins. Beleth n'avait jamais réussi à se décider si cette raison complètement superficielle ou convenable. Chacun faisait ce qui était en son pouvoir pour survivre et Dorothea, qui avait connu la mendicité lorsqu'elle était enfant, l'avait bien compris. Durant la guerre, l'ancienne chanteuse d'opéra avait preuve d'un grand courage en s'opposant à sa patrie d'origine, mais également à ses camarades de la classe des Aigles de Jais. Ces affrontements lui avaient brisé le cœur. Beleth l'avait souvent vu contempler l'étang du monastère, le regard vide. Elle avait cependant pris sur elle pour aller jusqu'au bout dans leur quête de victoire. Elle avait aidé les orphelins qu'ils croisaient en chemin, révélant que derrière ce personnage de fille futile, il y avait un cœur immense et un désir de justice. Peut-être était-ce ce qui avait séduit Félix. Ils s'étaient mariés moins d'une année après la fin de la guerre, Beleth était encore archevêque. S'ils étaient toujours ensemble après toutes ces années, c'était que leur mariage était solide.
« Professeur ! s'écria une voix criarde. Vous avez bien meilleure mine qu'hier !
— Bonjour, Constance. »
La duchesse Aegir était apprêtée de façon très formelle, à moins que Constance ne soit naturellement coquette ? Ne l'ayant jamais eue en tant qu'élève, Beleth la connaissait peu. Elle remarqua que Constance aussi l'appelait « professeur ». Comme Dorothea la veille. Comme Flayn. Elle n'était pourtant plus professeur depuis bien longtemps. De surcroît, elle n'avait jamais été celle de Constance.
« Êtes-vous bien installé ? Souhaitez-vous à manger ? Ou du thé peut-être ? N'hésitez pas à me dire si vous désirez quoi que ce soit !
— Je peux sortir ? »
Constance éclata de rire.
« Ho ho ho ! Professeur, vous avez beaucoup d'humour ! Vous savez bien que vous ne pouvez pas bouger.
— Constance, je n'aime pas rester immobile.
— Hélas, c'est le seul moyen pour soigner votre jambe. Soyez patiente, je serais là pour vous tenir compagnie. »
Si Constance la surveillait, elle ne voyait pas comment lui échapper. De mémoire, elle était une magicienne exceptionnelle et elle n'était clairement pas en état de lui montrer une opposition digne de ce nom. Elle maudit sa maladresse et le soi-disant destin qui l'avait forcé revenir en Fódlan.
« Tu as l'air d'aller bien, finit-elle par dire d'une voix morne.
— On ne peut mieux ! Comme vous avez pu le constater, Enbarr est rayonnante ! Les stigmates de la guerre ont complètement été effacés ! Adrestia se porte bien dans son ensemble. Nos récoltes sont abondantes et riches et nous avons pu restaurer la plupart des infrastructures du pays… enfin de la province. Ferdinand a fait un travail remarquable.
— Il semblerait. »
Elle fut tentée d'évoquer les tensions qu'elle avait perçues, mais elle n'avait aucune envie d'entrer dans un tel sujet. Elle pensa également à demander si Constance et Ferdinand avaient des enfants. Ils en avaient l'âge après tout et la présence d'héritier était une nécessité dans des familles comme la leur, sauf qu'elle ne voyait venir que trop bien la question réciproque. Beleth resta donc à écouter Constance parler du renouveau d'Adrestia et de ce qu'étaient devenus les anciens élèves de l'Académie.
Capturée durant l'assaut sur Enbarr, Petra était retournée à Brigid sitôt Dimitri couronné roi. Son grand-père était décédé cinq ans plus tôt et Petra lui avait succédé en tant que reine. Elle avait dès lors travaillé à renouer des liens diplomatiques entre Fódlan et Brigid, indépendante depuis la chute de l'Empire.
Linhardt avait dirigé un escadron pour le compte des forces impériales pendant la bataille de Fort Merceus. Par chance, lui et ses hommes n'avaient pas croisé la route de l'armée royale et il avait pu en réchappé. Dimitri le gracia et lui accorda même le titre de comte Helvring… qu'il refusa, préférant se consacrer à l'emblémancie ! Caspar, qui avait rejoint la classe des Lions de Saphir, avait été récompensé d'un poste de général. Son père avait choisi de mourir à Fort Merceus afin d'éviter à ses hommes d'être exécutés. Son frère, un temps emprisonné, reprit la tête de la Maison Bergliez, mais fortement amputé de ses terres et de ses richesses. Quant à Marianne, elle avait succédé à son père à la tête du margraviat d'Edmund. Elle avait consacré une grande partie de sa fortune à aider à la reconstruction du pays et au financement des recherches sur les emblèmes à des fins pacifistes.
Beleth songea aux défunts, ceux qui avaient perdu la vie durant cette horrible guerre et qui n'étaient plus là pour voir le monde qu'ils avaient laissé. Bernadetta avait péri lors de la terrible bataille de Gronder, le duc Varley avait été démis de ses fonctions et avait quitté Fódlan. Les rumeurs l'envoyaient à Morfis. La succession avait été assurée par un lointain cousin. La Maison Hresvelg, déjà fortement affaiblie avant le conflit, s'était éteinte avec Edelgard, il en allait de même pour les Vestra. Quant à la Maison Arundel, elle avait perdu tous les privilèges qu'elle avait gagnés à la mort du patriarche, n'existant plus que dans une très faible mesure, et ses liens troubles avec les Serpents des Ténèbres n'y étaient pas pour rien. La plupart des maisons loyalistes s'étaient vues retirer titres et terres. Dimitri avait voulu limiter le plus possible les exécutions, mais quand les chefs de famille refusaient de se soumettre, menaçant de soulèvement, il n'y avait pas d'autres choix. Beleh pouvait alors comprendre les tensions qu'elle avait ressenties. Dix ans, c'était bien peu de temps pour effacer les plaies d'une défaite. Il y avait encore une certaine rancœur contre le Royaume. Adrestia avait été la première nation de Fódlan et avait régné sur tout le continent, avant de se voir amputé des régions de Faerghus et de Leicester. Le projet d'Edelgard leur avait permis d'espérer renouer avec ce glorieux passé. Se retrouver relégué au rang de simple province devait être humiliant pour les plus nostalgiques.
« Sa Majesté a bien fait de placer un Adrestien comme gouverneur, continua Constance, mais pour certains, Ferdinand est un traitre et des seigneurs locaux se montrent particulièrement récalcitrants quant à ses mesures. »
Elle soupira.
« Nous sommes prospères, mais nous ne pouvons pas dire que tout va pour le mieux non plus. Beaucoup regrettent l'époque de l'Empire et s'opposent aux décisions de Ferdinand. Le pire, c'est que cela ne concerne pas uniquement, mais aussi le petit peuple. Certains se plaignent que nous donnons toutes nos récoltes à Fhirdiad. Notre plus grande crainte serait d'essuyer une révolte.
— Il y a réellement un risque de révolte ? s'interrogea Beleth.
— Pour le moment, non. Mais sait-on jamais ? L'équilibre est fragile.
— Est-ce pour cela que Félix était à Enbarr ?
— Entre autres. Mais nous avons également pour projet une nouvelle route commerciale entre Enbarr et Fhirdiad. Comme vous le savez, les deux villes sont à l'opposée l'une de l'autre, le trajet est bien trop long. Voilà pourquoi nous songeons à une route maritime. Cela permettrait aussi d'avoir un troisième port, en plus de Nuvelle et de Derdriu. »
Bien des choses avaient changé en sept ans. Beleth était rassurée de constater que la vie avait pu suivre son cours, même si tout n'était pas rose. Autant de mécontentement à Adrestia l'inquiétait.
Dorothea les rejoignit à l'heure du déjeuner. Quand elle vit Beleth en bien meilleure forme, elle se précipita vers elle et la serra contre elle.
« Je suis tellement heureuse de vous revoir, professeur ! s'exclama-t-elle, la voix gorgée d'émotion. Vous nous avez vraiment manqué, vous savez !
— Merci… bredouilla Beleth, mal à l'aise par cette démonstration d'affection.
— Mais où étiez-vous donc ? Vous avez disparu si soudainement ! On s'est tous posé des questions ! »
Ah… que devait-elle dire ? Elle n'avait pas l'intention de révéler sa nouvelle vie à qui que ce soit, mais il était difficile de ne fournir aucune réponse à des personnes qui avaient tant compté pour elle.
« Je-j'avais besoin de m'éloigner, finit-elle par dire.
— Si longtemps ? Et sans donner de nouvelles ?
— Je suis désolée. »
Beleth sentit l'ambiance s'alourdir. Elle avait bien conscience que les deux femmes mouraient d'envie de la questionner davantage. L'ancien professeur craignit pendant quelques minutes un interrogatoire, mais, heureusement, Dorothea changea de sujet.
« Enfin, vous êtes là, c'est le principal ! J'ai tellement hâte d'annoncer à tout le monde que vous êtes de retour ! Ils vont être si contents à Fhirdiad ! Peut-être devrions-nous organiser une fête pour célébrer cela ?
— Dorothea, fit mine de rire Beleth, s'il te plait, ne fait rien de tel ! Tu sais à quel point j'ai horreur de ce genre de chose. De plus, je ne peux pas rester longtemps, j'ai des affaires qui m'attendent… ailleurs.
— Un dîner de retrouvailles alors ! Cela fait sept ans que nous ne vous avons pas vu, je refuse de vous voir vous évaporer une nouvelle fois en secret ! »
Les yeux de Constance luisaient d'une lueur soupçonneuse, mais Dorothea ne sembla pas l'avoir remarqué. Beleth retint une grimace. Elle qui avait escompté attirer le moins possible l'attention sur son retour sentait à présent que cet espoir s'amenuisait. Entre son accident en plein milieu d'Enbarr, sa convalescence chez Ferdinand et les retrouvailles avec Félix et Dorothea, ce serait un miracle si cela ne remontait jusqu'à Fhirdiad.
« En tout cas, tu as l'air en forme, Dorothea. Le titre de duchesse Fradalrius te va à ravir.
— Merci, se réjouit l'intéressée. Il est parfois difficile de supporter certains nobles, que ce soit de nobles locaux sur les terres de Fradalrius, ou bien de ceux à la capitale, mais un peu de répartie suffit à les remettre à leur place. Félix ne se gêne pas pour le faire lui aussi.
— Cela a l'air de tenir entre vous.
— On peut mieux ! Félix est loin d'être le plus démonstratif quand il s'agit de sentiment, comme vous vous en doutez. Mais nous sommes un couple solide, je peux vous l'assurer ! »
Du reste, Dorothea était véritablement rayonnante. Il fallait croire que c'était bel et bien d'un mariage réussi, malgré les a priori que l'on pouvait avoir.
Elle apprit par la suite que Dorothea était l'auteure de nombreux opéras dont certains avaient connu un beau succès. Celui que Beleth avait vu quelques jours plus tôt était l'une de ses créations. En tant que premier conseiller du roi, Félix était souvent en déplacement et, Dorothea l'accompagnait et s'évertuait à visiter les écoles, les hôpitaux et les orphelinats afin d'apporter un peu de baume au cœur à leurs locataires.
Fatalement, l'ancienne chanteuse lui raconta ce qu'étaient devenus ses élèves de la classe des Lions de Saphir, ceux qui étaient originaires de Faerghus. Ashe avait hérité du titre de seigneur Gaspard en qualité de fils adoptif de feu le seigneur Lonato. La maison Gaspard, autrefois vassale des Rowe, avait gagné son indépendance et siégeait désormais au Conseil. Ashe avait été aussi adoubé chevalier et membre de la garde royale. Anette enseignait à l'Institut de Magie de Fhirdiad. Elle n'était toujours pas mariée, mais Dorothea lui confia que la mage avait des vues sur le seigneur de Gaspard et qu'il se pourrait qu'elle fasse sa demande si ce dernier ne se décidait pas. Son père, Gustave, avait quitté l'Ordre de Seiros après la guerre pour reprendre son vrai nom et son ancienne position. Il faisait office de deuxième conseiller auprès du roi. Sylvain et Ingrid s'étaient tous les deux mariés. Beleth le savait déjà ayant assisté à la cérémonie, mais Dorothea lui apprit qu'Ingrid avait donné des naissances à des jumeaux âgés aujourd'hui de cinq ans. Ingrid avait rejoint la garde royale et passait la majeure partie de son temps à Fhirdiad avec ses fils. Sylvain restait lui sur ses terres au nord de Faerghus qui avaient dû faire face à quelques incursions Sreng, mais le nouveau margrave Gautier avait mis un point d'honneur à traiter avec ce peuple nordique plutôt qu'à le combattre systématiquement. Dedue était toujours au service de Dimitri et le suivait partout où il allait. Après son accès au trône, Dimitri s'excusa officiellement auprès des Duscuriens pour le massacre dont ils avaient été victimes. Il rendit à la péninsule une forme d'indépendance et promit de les aider à se reconstruire aussi longtemps que cela était nécessaire. Quant à Mercedes, elle avait ouvert un orphelinat à Fhirdiad qui recueillait tous les orphelins de guerre et de la brève période du Duché de Faerghus.
Quand le crépuscule commença à tomber, Beleth fut autorisé à se laver et à changer de vêtement. Elle n'avait pas oublié ce que la domestique lui avait dit et l'ancien professeur préférait être à son aise lorsqu'elle aurait face à elle Félix et son terrible caractère. Constance et Dorothea l'aidèrent à se lever et à se rendre dans la salle de bain où un bassin d'eau chaude l'attendait déjà. À son grand regret, Beleth fut forcée de constater que, si elle ne ressentait plus de douleur, il lui était toujours impossible de se tenir debout.
Si au moins, elle ne pouvait rentrer à Dagda rapidement, elle devait trouver un moyen de prévenir Flayn et Grenat, sans quoi elles allaient s'inquiéter. Elle songea à Yuri. Il avait dû apprendre d'une manière ou d'une autre qu'elle était chez Ferdinand vu l'efficacité de son réseau. Peut-être qu'elle pouvait lui demander de porter un message à Atha.
Ferdinand et Félix ne rentrèrent que lorsque la nuit fut complètement tombée. Comme Beleth s'y attendait, Félix exigea immédiatement de la voir. Elle eut cependant la surprise de constater qu'il n'était pas seul. Yuri l'accompagnait.
« Cela faisait longtemps, dit-il. »
Chez lui aussi, le passage des années se faisait sentir. Ses cheveux sombres avaient poussé et étaient coiffés en catogan, mais il avait conservé quelques mèches rebelles. Félix avait choisi de rester imberbe, peut-être pour se différencier de son défunt père, mais même ainsi, la ressemblance était frappante. Son regard affichait, en revanche, toujours une détermination sans faille.
Bien entendu, Ferdinand, Constance et Dorothea étaient présents et la chambre de Beleth ressembla soudain à une salle de réception.
« Ouais ! lança Yuri. Une réunion d'anciens élèves improvisée, ça ne se refuse pas. »
Il se tourna vers Beleth.
« Je suis rassuré de vous savoir ici. J'ai voulu vous rejoindre aujourd'hui à la taverne, mais je n'ai trouvé personne. Heureusement pour moi, on parle de vous dans toute la ville. Je n'ai plus eu qu'à chercher messieurs les ducs pour qu'ils me mènent à vous.
— À ce point-là ?
- « L'ancien archevêque est de retour ! », c'est ce qu'on entend.
— Ça va faire grand bruit, la nouvelle se répandra bientôt dans tout le royaume, renchérit Félix. »
Au grand désespoir de Beleth.
« Enfin, poursuivit-il, j'ai cru comprendre que vous aviez demandé au roi des voleurs de vous rendre un service. D'où votre retour.
— Plus ou moins, répondit-elle. Un client m'a demandé de contacter un membre de sa famille vivant à Enbarr. En arrivant, je me suis dit que Yuri pourrait m'aider.
— Vous êtes redevenus mercenaires ?
— Pas exactement. Je dirige une sorte de comptoir qui propose entre autres du mercenariat. »
Jusque-là, l'interrogatoire (car ce n'était ni plus ni moins qu'un interrogatoire, elle ne s'y trompait pas) se déroulait sans trop d'anicroches.
« Où étiez-vous ses sept dernières années ? s'enquit Félix.
—A Dagda. »
Elle savait que Félix ne se contenterait pas de réponses vagues, aussi elle choisit de lui la vérité. Ou du moins une toute petite partie. Sa révélation eut d'ailleurs un certain effet à en juger par les expressions de Yuri, de Constance, de Ferdinand et de Dorothea qui la regardaient avec surprise.
« Vous savez qu'on s'est inquiété pour vous ? poursuivit le duc. On avait même commencé à vous chercher, jusqu'à ce que le roi phacochère tombe sur votre message… »
Beleth détourna immédiatement les yeux, gênée.
« Pourquoi ? Vous craigniez à ce point les types qui vous ont blessé ? »
À côté d'eux, Ferdinand, Yuri et Constance écoutaient religieusement. Dorothea essayait de rester impassible. Elle seule savait de quoi parlait Félix.
« Par la Déesse, s'exclama Ferdinand, que vous est-il donc arrivé ?
— Il y a un peu plus de sept ans, on l'a trouvé errante sur la route de Fhirdiad un soir d'hiver, répondit à sa place Félix. Elle était grièvement blessée. Son cheval aussi d'ailleurs, il était comme fou. Ça a pris du temps avant qu'on sache si elle allait s'en sortir ou non. Et si vous vous posez la question, les responsables n'étaient autres que les anciens alliés de l'Empire. Les mêmes qui ont enlevé Flayn quand on était à l'Académie et qui ont tué Jeralt. »
Elle vit Ferdinand blêmir.
« Une imprudence de ma part, répliqua-t-elle. Je voulais seulement enquêter et je me suis retrouvée piégée. Mais pour te répondre, oui, c'est en partie pour cela que je suis partie.
— En partie ? tiqua le duc.
— Oui. »
Hors de question qu'elle parle de Grenat.
« Il parait que Flayn vit avec vous, continua Félix.
— C'est vrai. D'ailleurs, elle risque de s'inquiéter si je ne rentre pas bientôt.
— Le médecin a dit que vous deviez rester immobile. Je crains que vous ne deviez reporter votre retour. Peut-être que notre roi de l'Abysse peut s'arranger pour prévenir Flayn que vous aurez du retard. Ça évitera qu'elle ne se fasse trop de souci.
— C'est effectivement une possibilité… »
Elle sentait que Félix avait quelque chose derrière la tête et cela ne lui plaisait pas beaucoup.
« Félix, si tu me disais clairement ce que tu attends de moi, fit-elle. »
Le duc Fradalrius eut un sourire sarcastique.
« Toujours aussi perspicace, se réjouit-il. Très bien. Je veux que vous rentriez à Fhirdiad avec moi et Dorothea. »
Beleth ouvrit des yeux ronds. Rentrer à Fhirdiad avec Félix et Dorothea ? Il n'en était pas question ! Elle ne pouvait pas y retourner ! La déclaration du duc ne surprit pas qu'elle. Ferdinand et Constance échangèrent des regards ébahis, tandis que Yuri fronçait les sourcils. Dorothea laissa échapper une exclamation de stupeur.
« Elle n'est pas en mesure de se déplacer ! protesta sa femme. Tu n'y penses pas !
— Je la connais, répliqua son Félix, ce n'est pas une jambe blessée qui l'empêchera de voyager. Si vous avez réussi à revenir à Fhirdiad dans l'état où vous étiez il y a sept ans, vous pouvez vous déplacer sans problème aujourd'hui.
— Et donc ? fit Beleth, la voix soudain glaciale. Pourquoi te suivrais-je alors que je peux rentrer chez moi ?
— Parce qu'après sept ans d'absence, je pense que vous nous devez quelques explications. »
Il se pencha en avant et planta son regard brun dans celui vert de Beleth.
« Je dois rentrer à Dagda, Félix, insista-t-elle.
— Avez-vous des choses si pressantes à faire à Dagda pour vous empêcher de revoir vos anciens élèves ? »
Elle ne répondit pas, toujours décidée à ne pas parler de Grenat. Néanmoins, le reproche de Félix produisit son effet. Elle savait qu'elle leur devait à tous des explications. Malheureusement pour eux, elle avait aujourd'hui une autre priorité. Elle devait rentrer chez elle, auprès de Flayn et surtout de sa fille. Elle ouvrit la bouche, prête à répliquer avec une tirade cinglante, mais Constance la devança :
« Je suis on ne peut plus d'accord pour dire que nous avons tous beaucoup de questions à lui poser, mais cela est-il nécessaire de la précipiter ? Ne pouvez-vous pas la laisser rentrer à Dagda le temps de parler à la jeune Flayn ?
— Si elle retourne maintenant à Dagda, nous ne la reverrons plus jamais, lança Félix. Libre à elle de disparaitre et de couper les ponts, mais elle nous doit d'abord des réponses. Vous avez été notre professeur, vous nous avez tout appris et c'est grâce à vous que Faerghus est ce qu'il est aujourd'hui. Au nom de ce que nous avons partagé, je vous demande la vérité. Vous nous devez bien ça. »
Blabla de l'auteure :
Bonjour tout le monde ! C'est l'heure de votre chapitre hebdomadaire !
Les choses avancent. Lentement mais elles avancent. Notre héroïne est quasi-contrainte de retourner à Fhirdiad. Bon, en vrai, c'est un peu une solution de facilité parce que je ne voyais pas trop comment Beleth pouvait retourner à Fhirdiad... alors qu'elle ne veut surtout pas retourner à Fhirdiad. Cela dit, la confrontation avec Félix, c'était prévu ! S'il y avait bien un personnage qui pouvait secouer Beleth, c'était lui parce qu'il possède le franc-parler et le caractère nécessaire à ce genre de discussion. Notez bien que Beleth ne se laisse pas faire mais c'est normal.
On évoque aussi rapidement d'autres personnages du jeu. En fait, j'ai deux parties avec les Lions de Saphirs : la toute première et une deuxième que je n'ai pas encore terminé. Du coup, je fais un mix des choix que j'ai fait durant ces deux parties. Typiquement, j'avais Lorenz mais pas Ferdinand dans ma première partie et dans la seconde, j'avais Ferdinand mais pas Lorenz. Je les ai gardé tous les deux parce qu'ils seront utiles à mon histoire. Mais pour commencer, faisons un tour de ces personnages qui sont morts durant la guerre.
Bernadetta : j'adore Bernadetta, elle est mimi, elle est drôle, elle est touchante. Je ne l'avais dans aucune de mes parties avec les Lions, et vu où elle est placée durant la bataille de Gronder, c'est à dire en plein milieu du champ de bataille, c'est difficile de l'épargner. Donc repose en paix Bernadetta.
Léonie, Ignatz et Raphael : je présente d'avance mes excuses aux fans de ces personnages. C'est triste à dire mais la classe des Cerfs d'or est probablement celle avec laquelle j'ai le moins d'affinité. Il y a des personnages que j'aime beaucoup et d'autres beaucoup moins et c'est malheureusement le cas des trois cités. Pour cette raison, et ne voyant pas de place pour eux dans mon intrigue, on peut considérer qu'ils ont tous les trois péris pendant la bataille de Gronder. Paix à leurs âmes.
Je ne reviens pas non plus sur Edelgard et Hubert qui meurent par défaut dans la route des Lions (et dans à peu près toutes les routes en fait). A mon grand regret d'ailleurs.
Très rapidement, je reviens su les cas de Petra et Linhardt. Ni l'un ni l'autre ne faisaient partie de mes classes mais je sais qu'il est possible de les épargner dans les batailles où on les croise. Donc j'ai choisi cette option. (oui c'est de la triche mais c'est mon histoire, je fais ce que je veux). Je ne sais pas si on verra Petra dans l'histoire. Je la ferais peut-être apparaitre histoire de mais Linhardt oui, et il sera utile. C'est principalement pour ça que j'ai choisi de le laisser en vie, Linhardt. Et aussi parce que ça me fendait le coeur d'avoir Caspar dans mon équipe qui devait tuer son meilleur ami. Hilda est toujours vivante, elle a survécu au siège de Derdriu, Marianne, je l'avais dans mon équipe et toutes les deux feront des apparitions. Et c'est tout pour les personnages...
Hum ? Lysithea ? Oh non, je ne l'ai pas oublié rassurez-vous ^^.
J'ai beaucoup trop parlé donc je vous laisse profiter de votre lecture.
Bonne lecture,
Bises,
Sheena
