Chapitre 12

L'aube se levait dans un ciel triste et morne. Beleth n'avait pas réussi à fermer l'œil. Elle se repassait les événements de la veille, encore et encore. Un seul sentiment prévalait : le regret.

J'aurais dû…

Je n'aurais pas dû…

J'aurais dû…

Le silence de Dimitri était bien plus criant que n'importe quel emportement. Elle l'avait déçu. Trahi même. Elle s'était enfuie, avec sa fille, sans même le lui annoncer. Beleth aurait pourtant préféré qu'il hurle, qu'il exige des explications. Maintenant, elle ne savait pas comment réagir. En quelques heures, tout avait volé en éclat. La vie qu'elle avait construite après son départ et son secret.

Que devait-elle faire ?

Parle à Dimitri.

Sa conscience à la voix de Sothis le lui répétait inlassablement. Allez voir Dimitri et tout lui raconter. Elle savait que cette voix avait raison. Tenter de s'expliquer auprès du père de sa fille semblait être une priorité, mais comme des jours plus tôt, elle ignorait par quel bout commencer. Elle craignait aussi que Dimitri refuse de l'écouter et elle ne pouvait pas le lui reprocher.

Elle regarda Flayn et Grenat profondément endormies et son autre problème refit surface.

Qui les avait attaquées ?

Pour Beleth, cela ne pouvait être que l'Église ou les Serpents des Ténèbres. Seulement, les faits étaient contradictoires. Bien qu'ils aient invoqué le nom de Seteth pour convaincre Flayn, elle ne croyait pas l'Église responsable. En dépit de tous les griefs qu'elle avait contre elle, Beleth était sûre et certaine qu'aucun ecclésiastique n'aurait jamais employé de telles méthodes pour ramener Flayn au monastère. En revanche, les Serpents des Ténèbres avaient déjà tenté d'enlever Flayn quinze ans plus tôt et avoir recours à la violence ne les gênait pas.

Sauf que même dans ce cas de figure, certaines choses ne correspondaient pas. Les Serpents des Ténèbres maniaient l'art de la discrétion comme personne, agissant dans l'ombre depuis toujours. Pour ravir Flayn, ils avaient utilisé un de leur sbire infiltré. Ils avaient remplacé le bibliothécaire Thomas pour espionner l'Ordre de Seiros, et elle ne se souvenait que trop bien de Kronya, la meurtrière de son père, qui avait pris les traits de la jeune Monica. De plus, elle avait la certitude qu'ils avaient eu au moins deux des leurs à des postes clés durant la guerre de l'Unification, en la personne de Cornélia et d'Arundel. Une attaque aussi frontale ne leur ressemblait pas.

Alors qui ?

Un gémissement la tira de ses pensées. Flayn se réveillait. La jeune femme et se redressa et étouffa un bâillement lorsqu'elle vit Beleth.

« Oh professeur ! s'exclama-t-elle. Vous êtes déjà debout ?

— La lumière du jour m'a réveillé, mentit Beleth. »

Flayn la regarda avec un air triste. Beleth savait qu'elle se reprochait la mise en danger de Grenat, quand bien même elle avait tenté de la rassurer. Pourtant, ce n'est pas ce sujet qu'elle aborda.

« Le roi Dimitri… commença-t-elle, hésitante.

— Il sait, confirma simplement Beleth. »

Flayn ouvrit de grands yeux et se tourna immédiatement vers Grenat, toujours endormie.

« Qu'allez-vous faire ? chuchota-t-elle.

— Je ne sais pas encore…

— Vous devez aller lui parler ! Le plus vite possible ! »

Cette invective aux accès presque autoritaire surprit Beleth tant cela ne ressemblait pas à Flayn, d'ordinaire la douceur incarnée. Devant le mutisme de l'ancienne mercenaire, Flayn revint à la charge.

« Professeur, si vous tardez trop, il sera trop tard pour réparer les dégâts. Et je sais que vous serez très triste que le roi vous déteste. Alors, arrêter d'attendre. »

Beleth resta un moment la bouche ouverte en regardant Flayn, interloquée. Puis elle éclata d'un petit rire.

« Tu as raison. »

Elle se leva du fauteuil et tenta de lisser les plis de sa robe. Elle ne souhaitait pas se changer craignant de perdre le peu de courage que Flayn lui avait insufflé. Cependant, elle se passa un peu d'eau sur le visage.

« Veille bien sur Grenat, intima-t-elle à Flayn. »

Elle se retrouva dans ce couloir où Dimitri l'avait surpris quelques heures plus tôt. Elle avait une nouvelle fois les mains moites et le souffle court. Il était vraiment de très bonne heure et la décence aurait voulu qu'elle ne se promène pas de si bon matin dans les corridors du château, encore moins en direction des appartements du souverain. Par chance, elle ne rencontra personne. Pas même un garde. Elle en fut reconnaissante. Elle ne tenait pas à expliquer sa balade aux aurores. Elle craignait aussi qu'on l'empêche de parler seule à seul avec Dimitri. Malheureusement, alors qu'elle arrivait à la porte du bureau de Dimitri, elle trouva Dedue débarquant du côté opposée. Elle se mordit la lèvre.

« Dedue… fit-elle en s'arrêtant net. »

À sa grande surprise, le chevalier recula d'un pas, comme s'il souhaitait la laisser passer.

« Mais… ne dois-tu pas voir Dimitri ? interrogea-t-elle, étonnée.

— Oui, répondit-il. Mais que je crois que vous et Sa Majesté avez beaucoup à vous dire. C'est plus important que mon rapport matinal. »

Beleth eut une bouffée de gratitude pour le Duscurrien dont la gentillesse et la délicatesse l'avaient toujours touchée. En murmurant un « merci », l'ancien professeur frappa aux portes imposantes qui conduisaient au bureau du roi. Un froid « entrez » se fit entendre et Beleth pénétra dans la pièce.

La salle était vaste et lumineuse. La lumière blafarde du matin la traversait au travers par grandes baies vitrées. Les murs étaient parcourus de hautes bibliothèques et une grande cheminée se remarquait sur la droite. Au fond, elle distingua un bureau envahi de dossier et papiers, derrière lequel était assis Dimitri. Un seul coup d'œil lui suffit pour comprendre que lui aussi avait passé une nuit blanche. Il partait les mêmes vêtements que la veille et ses yeux étaient creusés par de grands cernes. Plongé dans la lecture dans un épais livre, il leva les yeux à l'arrivée de Beleth.

« Quelle surprise, lui dit-il d'un ton à peine chaleureux. Je ne pensais pas te voir si tôt.

— J'avais à te parler, répondit-elle.

— Vraiment ? »

Il posa le livre sur le bureau avec un bruit sourd et s'enfonça dans son fauteuil, les mains croisées. Interprétant ceci comme une autorisation de s'installer, Beleth s'assit face à lui. Le regard du roi était aussi froid que la lumière matinale, mais l'ancienne mercenaire serra les poings pour se donner du courage.

« Je suis désolée, vraiment, commença-t-elle après prise une grande inspiration. Je voulais te le dire ! Toute la semaine, j'ai cherché comment… Je ne voulais pas que tu l'apprennes de cette manière. »

Pas de réaction. Cela ne rassura pas Beleth, mais elle se força à continuer.

« Je-je… je sais que rien n'excusera mon comportement, mais… au moins, je vais m'expliquer… Alors… Alors, pose-moi toutes les questions que tu veux, j'essaierai d'y répondre le mieux que je pourrais.

— Pourquoi ? »

La question fusa avec une telle rapidité que Beleth mit quelques secondes à l'intégrer. Devant son mutisme, il précisa.

« Pourquoi ne m'avoir rien dit ?

— Parce que… commença l'ancien professeur. Parce que c'était extrêmement difficile… à l'époque. Je n'étais pas prête… Je ne me sentais pas capable de faire face aux conséquences.

— Tu savais que tu étais enceinte quand tu es partie ?

— Oui…

— Et tu as choisi de ne rien me dire ? »

Elle hocha la tête, honteuse.

« Tu es… j'étais… Je n'étais pas complètement guérie, je savais que le Royaume rencontrait encore des difficultés et…

— Je t'aurais soutenu ! l'interrompit Dimitri. J'aurai fait tout ce qui est en mon pouvoir pour t'aider. Tu le sais, pourtant !

— Oui, mais… »

Elle ferma les yeux, appréhendant à l'avance ce qu'elle allait dire.

« Tu es le roi, lâcha-t-elle. Tu as des devoirs, des responsabilités et tes actes ont des conséquences. Nous n'étions pas mariés… et je savais que cette enfant… elle allait être au centre de beaucoup de choses et c'était ça que je ne voulais pas affronter. »

Elle n'ignorait pas que son attitude était extrêmement égoïste et lâche, à des années-lumière de celle qu'elle avait eue en tant que professeur. Elle se sentait terriblement coupable.

« Est-ce que tu es partie uniquement à cause de… des conséquences ? continua Dimitri.

— J'avais peur aussi des Serpents des Ténèbres, qu'ils cherchent à m'achever. Je craignais également l'Église et…

— Lui as-tu parlé de moi ?

— Je lui ai dit que tu vivais loin. Mais j'avais l'intention de lui parler de toi un jour ou l'autre, quand elle serait en âge de comprendre.

— C'est vrai ?

— Oui. Mon père ne m'a jamais beaucoup parlé de ma mère, il m'a caché beaucoup de choses. Je ne voulais pas faire la même chose avec Grenat.

— Mais elle ne sait pas que je suis son père ?

— Non.

— Et qu'aurais-tu fait si elle avait demandé à me voir ?

— Je l'ignore… »

Elle avait bien entendu envisagé la possibilité que Grenat demande à rencontrer son père, mais elle n'avait jamais souhaité prévoir ce moment. Grenait était si jeune, se disait-elle. Elle aurait bien le temps de lui dire qui était son père.

Ils restèrent de longues minutes silencieux. Beleth retenait son souffle, attendant la suite des questions. Elle n'osait pas lever les yeux vers Dimitri, aussi gardait-elle le regard baissé sur ses mains qu'elle triturait nerveusement.

« Une part de moi… commença-t-il, la voix tremblante. Disons que je peux comprendre que tu aies voulu partir. Tu as tout le temps été au centre des machinations, des complots et tant de choses reposaient sur tes épaules… Cela, je le comprends. Mais… ma fille, Beleth ! Ma propre fille ! Comment as-tu pu me cacher mon enfant pendant toutes ces années ?

— Je regrette ! Dimitri, je regrette tellement ! Je n'aurais pas dû agir ainsi, j'ai été égoïste et… Je n'ai pas songé à ce que tu aurais pu ressentir, je ne pensais qu'à me protéger. Je suis tellement désolée !

— Tu peux l'être ! »

Il se prit la tête dans les mains. Beleth voyait à quel point il était bouleversé et qu'il se contenait pour ne pas lui hurler dessus.

« Je croyais ne jamais te revoir ! lâcha-t-il. J'étais prêt à l'accepter ! Et quand je pense que j'aurai pu ne jamais me connaitre ma fille… Même si tu avais des problèmes à l'époque, même si tu avais peur, tu aurais dû m'en parler. Tu n'avais pas le droit de me cacher ça ! »

Beleth ferma les yeux et baissa la tête. Elle n'avait rien à répondre parce que Dimitri avait raison. Elle n'avait pas le droit de lui cacher son enfant. Peu importe qu'elle désire rester en Fódlan ou partir ailleurs, par respect pour lui, pour tout ce qu'ils avaient partagé, elle aurait dû le lui dire.

« Qu'as-tu l'intention de faire maintenant ? interrogea Dimitri, le visage toujours enfoui dans ses mains.

— Je ne sais pas, vraiment. Je ne peux pas retourner à Dagda à présent que tout a été détruit… Et partir ailleurs ne servirait pas à grand-chose puisqu'ils ont été capables de me retrouver.

— Tu ne comptes pas rester ici ? »

Elle resta bouche bée.

« Si tu ne peux pas rentrer à Dagda ou aller autre part, continua Dimitri, pourquoi ne restes-tu pas ici en Fódlan ?

— Je ne peux pas… »

Dimitri poussa un profond soupir. Elle le sentait agacé.

« Qu'est-ce qui t'en empêche ? Tu viens de dire que tu ne peux pas retourner à Dagda ! Les ennemis qui te pourchassent, ce sont les mêmes qui ont assassiné Jeralt, ceux qui ont aidé Edelgard ! Ils te retrouveront où que tu ailles ! Tu n'as pas beaucoup d'options !

— Mais je ne suis même pas sûre que ce soit réellement eux !

— Tu n'en restes pas moins en danger ! Toi, Flayn et… »

Il n'osa pas prononcer le nom de Grenat. Il poussa un profond soupir. Il voulait éviter de trop élever la voix.

« Tu ne pourras pas t'en sortir seule, asséna-t-il. Même avec toute ta volonté, tu ne pourras pas les protéger toutes les deux. Tu le sais, ça.

— Bien sûr que je le sais ! s'emporta-t-elle. Je suis extrêmement impuissante, mais… Dimitri, je ne peux te demander à toi et aux autres de vous impliquer. La paix en Fódlan est très fragile, tu ne peux t'engager dans une nouvelle guerre !

— Même si elle me concerne ? »

Pendant quelques secondes, Beleth se demanda en quoi lutter contre les Serpents des Ténèbres pouvait bien le concerner à titre personnelle. L'évidence la frappa comme une gifle. La Tragédie de Duscurr ! S'il n'y avait aucune preuve formelle, Dimitri avait établi que ce groupe nébuleux y était très lié.

Elle se prit la tête dans les mains, encore plus confuse. Tout allait si vite ! Elle n'aurait jamais imaginé que sa situation puisse se dégrader si rapidement.

« Et Grenat alors ? murmura-t-elle. »

Elle n'avait toujours connu que Dagda. Si elles restaient en Fódlan, allait-elle réussir à s'adapter ? Puis au-delà de cela, comment la petite fille allait-elle interagir avec ce nouveau monde, ses habitants et son père ? Comment Beleth allait-elle annoncer à sa fille que son père était roi ? Qu'elle avait du sang royal dans les veines et comment Dimitri allait-il bien pouvoir gérer cette situation ? Elle prenait conscience un peu plus à chaque minute à quel point elle avait été déraisonnable de s'enfuir sept ans plus tôt. Dimitri sembla percevoir son trouble, car il déclara :

« Je ne te forcerai pas à lui parler de moi dans l'immédiat. Elle doit être bouleversée par tout ce qu'elle a vécu ces derniers jours, elle a besoin de temps pour se remettre. Pour être tout à fait honnête… je ne sais pas non plus comment réagir face à cela. Cela me prend littéralement de court. Néanmoins, il faudra bien lui expliquer tôt ou tard. »

Oui, elle le savait parfaitement. Elle n'aurait jamais imaginé avoir cette conversation si tôt avec Grenat et surtout dans ces circonstances.

Ils se turent, méditant sur ces changements qui bouleversaient leurs vies. Le jour s'était complètement levé à présent. Le soleil perçait à travers les nuages et des coins de ciel bleu apparaissaient. La journée allait être belle. On frappa alors à la porte du bureau et Claude entra accompagné de Gustave.

« Vous avez été plus matinaux que moi ! s'exclama Claude. Je ne peux même pas espérer partir en catimini !

— Je l'aurais très mal pris si tel avait été le cas, rétorqua Dimitri avec un demi-sourire. »

Beleth remarqua que ces échanges sarcastiques dissimulaient un profond respect et une certaine complicité. C'était une bonne chose, songea-t-elle, que le roi de Fódlan et le roi d'Almyra s'entendent si bien.

Elle se rappela tout à coup que, tout à son affolement d'hier, elle avait complètement oublié de remercier Claude. Sans lui, pourtant, jamais Grenat et Flayn n'auraient pu rejoindre Fhirdiad saines et sauves. Elle se leva d'un bond et se planta devant le roi d'Almyra.

« Merci, lui dit-elle en lui prenant les mains. Merci pour tout. Je ne sais pas ce qui se serait passé sans vous. »

Elle espérait que sa voix exprimait aussi sa gratitude pour avoir dissimulé la véritable identité de Grenat.

« Ne me remerciez pas, professeur, répondit Claude. J'ai fait ce qu'il fallait faire, rien de plus.

— Malgré tout, c'était risqué pour Almyra. Cela aurait pu provoquer un incident diplomatique !

— Rassurez-vous, j'aurais réglé le problème en un rien de temps ! rit l'ancien duc Riegan. Au passage, professeur, si vous et votre fille ne savez pas où aller, Almyra se fera un plaisir de vous accueillir. Flayn est également la bienvenue, cela va de soi. »

Beleth bredouilla un merci, touchée pour la proposition de Claude. Ce dernier lui lança un discret clin d'œil et se tourna vers Dimitri.

« Il en va de même pour Fódlan. Si vous avez besoin d'aide pour quoi que ce soit, Almyra se tiendra prête à vous aider.

— Je vous remercie, répondit humblement Dimitri. »

Claude s'inclina légèrement puis tourna les talons après un dernier signe de la main, Gustave derrière lui. Il était temps qu'il rentre chez lui.

« Je vais y aller aussi, déclara Beleth. Grenat doit être réveillée maintenant. »

Dimitri hocha la tête, l'air entendu. Après un dernier salut, l'ancienne mercenaire quitta le bureau. Elle se sentait étonnamment plus légère. Le fait d'avoir parlé sans doute. Elle ignorait toujours les conséquences qu'il y aurait à l'arrivée imprévue de Grenat, mais elle n'avait d'autres choix que de rester forte et de faire face. Quant à Dimitri… Elle ne pensait pas qu'il lui pardonnerait un jour ce qu'elle avait fait, pourtant, il était prêt à lui offrir asile et à affronter les Serpents des Ténèbres. La tentation de trouver refuge à Almyra était grande, mais cela ne faisait que reporter le problème. On la retrouverait même là-bas et tôt ou tard, elle devrait parler à Grenat. Elle soupira en ouvrant la porte de sa chambre.

« Maman ! »

Grenat se précipita vers elle à la seconde même où elle franchit le seuil de la pièce.

« Bien dormi, trésor ? demanda-t-elle en la prenant dans ses bras.

La petite fille hocha frénétiquement la tête. Toute trace de fatigue avait disparu de son visage, Grenat semblait même déborder d'énergie. »

Peu importe qui elle affrontait, Église, Serpents des Ténèbres, nobles ou voleurs, elle devait tout faire pour protéger Grenat. Son identité devait rester secrète pour le moment même si Beleth avait bien conscience que même avec les cheveux teints, la fillette ressemblait encore énormément à Dimitri. Il ne faudrait pas longtemps avant que nobles et domestiques se mettent à bavarder. Elle voulait néanmoins profiter de ce moment de répit. Grenat était en sécurité pour le moment. Inutile de l'inquiéter avec des choses qui la dépassaient.


La sensation de l'eau fraiche glissant sur son visage le fit frissonner, mais lui procura également un bien fou. Une sorte d'accalmie après le tourbillon d'émotion qui l'avait emporté ces dernières heures. En dix ans, Dimitri pensait avoir acquis une certaine maitrise de lui-même et de ses sentiments, et il se jugeait capable d'affronter à peu près n'importe quelle situation avec sang-froid. Rien, en revanche, rien ne l'avait préparé au retour de la femme qu'il avait toujours aimée, et encore moins de leur fille.

Il se figea en sentant une sourde appréhension lui serrer le cœur.

Leur fille…

Il avait une fille. Une enfant avec Beleth.

Cette vérité le frappait de plein fouet, comme un immense coup de massue. Il avait une fille. Il se laissa tomber dans un des fauteuils, les bras ballants. Une part de lui n'arrivait toujours pas à y croire. Cela lui paraissait tellement irréel ! Et pourtant, il ne pouvait le nier. Dès la seconde où il avait croisé le regard bleu de la fillette, il avait su qui elle était, de quelle manière elle était liée à lui. C'était comme si son propre sang avait réagir en reconnaissant l'enfant, comme une certitude provenant du plus profond de son être.

« Alors ? »

L'irruption sans cérémonie de Félix dans son bureau le fit sursauter. Si d'habitude, il ne faisait plus attention à ses arrivées impromptues et parfois déstabilisantes, ce matin-là, il était si absorbé dans ses réflexions qu'il avait oublié son environnement. Félix s'en aperçut et poussa un gros soupir de dépit. Dimitri ne réagit pas. Il était habitué à cette attitude. Félix n'avait jamais pris de gants avec lui et n'en prendrait jamais, quand bien même sa position en faisait le deuxième personnage du royaume. Avec le temps, le roi avait fini par apprécier ce comportement rude. Il lui permettait de garder la tête sur les épaules.

« C'est bien ma fille, répondit-il dans un soupir.

— Ça, même un aveugle aurait pu vous le dire, rétorqua Félix. C'est votre portrait craché. Ce qui m'intéresse, c'est ce qu'elle a dit.

— Elle s'est expliquée.

— Et ?

— Et je lui laisse le bénéfice du doute. Pour le moment. »

Félix le regarda d'un air clairement réprobateur. Dimitri précisa sa décision.

« Elle a mal agi et je suis le premier à le penser. Seulement, en l'état actuel des choses, la priorité est qu'elle, Flayn et l'enfant puissent avoir un endroit où elles seront en sécurité.

— Est-ce qu'elle a parlé de ceux qui ont attaqué Flayn et la petite ?

— Non, elle a en revanche beaucoup parlé des Serpents des Ténèbres. Cela pourra très bien être eux les responsables, ils s'en sont déjà pris à Flayn par le passé.

— Mais on n'a aucune certitude ?

— Non, en effet. »

Le duc avait les sourcils et les bras fermement croisés, signe de grande préoccupation chez lui. Il commençait à anticiper les problèmes à venir. Dimitri y avait déjà réfléchi de son côté. Il lui paraissait primordial de fouiller dans les anciennes archives principales des traces de ce mystérieux groupe. Ferdinand, en tant que gouverneur et ancien membre de l'armée impériale, était tout désigné pour accomplir cette tâche. En fonction de ce qu'il résulterait de ces recherches, et de l'évolution de la situation, il serait peut-être contraint de convoquer un Grand Conseil et de requérir l'aide de l'Église.

Méfie-toi de l'Église, et surtout de Rhea.

Cela avait été les derniers mots de Beleth, juste après qu'elle ait quitté ses fonctions d'archevêque et qu'elle parte mener son enquête. Il avait suivi ses conseils parce qu'à ses yeux, elle était restée son professeur. Celle qui lui avait appris à vivre, qui l'avait ramené à la lumière. Si elle estimait qu'il devait faire attention à cette institution millénaire qu'était l'Église et à sa plus fameuse représente, il devait l'écouter. Aujourd'hui, il regrettait de ne pas avoir posé davantage de questions. Peut-être qu'une partie des réponses sur l'attitude de Beleth pouvait s'expliquer dans ses rapports avec l'Église.

« Hé ! »

Félix lui passa la main devant les yeux pour attirer son attention.

« Qu'avez-vous décidé ? interrogea-t-il. À propos de l'enfant. »

Dimitri ne sut que répondre sur le moment parce qu'il n'y avait encore rien à répondre. Il ignorait comment réagir face à l'irruption de Grenat dans sa vie. Depuis la mort de la reine, il avait plus ou moins renoncé à l'idée d'avoir un enfant de son sang. À présent, cet enfant existait et elle avait passé ses six premières années à Dagda, en ignorant tout de son père et de son pays d'origine. Comment était-il censé réagir face à elle dans ces circonstances ?

Il comprenait néanmoins ce que Félix sous-entendant par sa question. L'arrivée de la petite fille n'allait pas passer inaperçue. Quand les nobles sauront par ailleurs qu'elle était la fille de Beleth, leur interrogation n'en serait que plus grande. Personne dans tout Fódlan n'ignorait la proximité entre Dimitri et l'ancienne archevêque. Sa succession était un sujet qui préoccupait tout le Royaume et il savait que l'existence d'une enfant naturelle allait déchainer les passions. Il serra les poings. Sur ce point, il ne pouvait pas tenir rigueur à Beleth d'avoir voulu tenir sa fille à l'écart de ce panier à crabe.

« Ne tardez pas trop, lui conseilla Félix. Quoique vous décidiez. »


« Alors c'est elle, la petite Grenat ? fit Sylvain. C'est vrai qu'elle ressemble beaucoup à Dimitri. On croirait lui quand il était petit ! »

Quelques jours s'étaient écoulés depuis l'arrivée catastrophe de Grenat, Flayn et Claude. Pour éviter que les domestiques et autres courtisans ne se posent trop de questions, Beleth avait pris la décision de quitter le château royal où elle logeait jusque-là pour vivre chez Mercedes avec Flayn et Grenat. Sa maison jouxtait l'orphelinat et était suffisamment spacieuse pour accueillir les trois invités. Par ailleurs, le contact avec d'autres enfants ne pouvait être que bénéfique pour Grenat. Beleth avait toujours trouvé que sa fille manquait d'amis de son âge.

Ingrid, Ashe, Annette, Sylvain, Dorothea avaient été mis au courant le jour même du départ de Claude. Passée la stupeur d'apprendre que leur roi et leur ancienne enseignante avaient eu un enfant ensemble et que cette dernière s'était cachée pendant sept ans, ils avaient immédiatement clamé leur soutien et proposé leur aide. Mercedes avait suggérer à Beleth d'emménager chez elle, le temps qu'elle y voit plus clair, les autres s'étaient présentés pour veiller sur la petite fille au cas où sa mère et Flayn devraient à s'absenter. Un tel dévouement avait réchauffé le cœur tourmenté de Beleth et avait renforcé son sentiment de culpabilité.

« S'il te plait, ne le dis pas si fort ! le reprit Beleth. J'aimerais éviter les rumeurs pendant encore quelque temps. »

Sylvain éclata de rire.

« Navré, professeur. Je n'ai pas fait attention. Cela dit, ne vous faites pas d'illusion. Les rumeurs vont arriver, cela ne fait aucun doute.

— Je le sais ! gémit-elle. »

Elle avait décidé que Grenat garderait les cheveux noirs pendant quelque temps, en espérant qu'on ne remarquerait pas trop rapidement la ressemblance avec son père.

« Est-ce qu'elle sait qui est son père ? continua Sylvain.

— Pas encore. Je ne sais pas comment avoir cette conversation avec elle. Je voudrais en parler avec Dimitri avant, pour ne pas le prendre de court.

— Bonne idée !

— J'ai fait beaucoup d'erreurs ces dernières années. J'aimerais commencer à faire les choses bien. »

Sylvain continuait d'observer la fillette en train de jouer dans le jardin de Mercedes avec Flayn. Oui, les rumeurs ne tarderaient pas à se faire entendre. Cheveux noirs ou pas, la petite était réellement le portrait craché de Dimitri. Plus il la regardait, plus cela le frappait. Même dans ses gestes et sa démarche, elle lui rappelait Dimitri. En revanche, il se dégageait une sorte d'assurance qui faisait défaut à Dimitri quand il était enfant. Sa vision était probablement biaisée par le fait que lui et le roi se connaissaient depuis qu'ils étaient petits, et que quelqu'un de moins proche du roi le remarquerait moins, mais il était évident qu'il fallait être prudent avec elle et prendre les devants.

« A-t-elle un emblème, professeur ? demanda-t-il.

— Je ne sais pas, répondit Beleth. Les emblèmes sont une chose inconnue à Dagda et honnêtement, je ne voulais pas le savoir. Qu'elle ait l'Emblème du Feu ou l'emblème de Blaiddyd m'était égal et surtout, l'un ou l'autre aurait été compliqué à gérer.

— Je ne peux pas vous donner tort. Malheureusement, maintenant qu'elle est ici, il faudra le vérifier. J'imagine que vous le savez.

— Oui, hélas. Les emblèmes comptent encore beaucoup trop.

— Ce n'est pas faute d'essayer de faire évoluer les mentalités, soupira le margrave.

— Ingrid m'a expliqué que vos proches avaient mal pris que vos fils n'aient pas d'emblèmes.

— Effectivement. Vous le savez désormais, pour les Gautier, posséder un emblème est considéré comme essentiels pour assurer la défense des frontières et les Galatea craignent de le voir disparaitre à chaque génération. Nos familles nous ont mis beaucoup de pression à cause de cela. Mais quand les garçons sont nés, nous avons immédiatement clarifié les choses au point avec Ingrid. Emblème ou pas, ils restaient nos fils. Ils seraient traités comme des héritiers, entrainés au combat, à la stratégie militaire et tout ce qui avec. Ils ne sont pas moins capables de prouesse qu'un porteur d'emblème et le hasard veut que nous ayons d'autres enfants qui eux portent un emblème, ils ne seront pas davantage privilégiés. »

Beleth sourit. Le frère ainé de Sylvain, Miklan, avait été déshérité au profit de son cadet parce qu'il ne possédait pas d'emblème. Le jeune garçon avait extrêmement mal vécu cette situation et avait développé une haine féroce envers Sylvain, qui le poussa à devenir un vulgaire bandit. Elle n'était pas surprise que Sylvain ne souhaitât pas faire de distinction entre ses enfants à cause d'un emblème. Elle trouvait qu'il avait énormément mûri. Elle se souvenait du jeune homme qui passait ses journées à courtiser toutes les filles qu'ils croisaient et qui méprisaient autant son emblème que celles qui le convoitaient. Désormais, il prenait son rôle de margrave et de père au sérieux et pour autant qu'elle le sache était d'une fidélité sans failles à Ingrid.

« Dites-moi, professeur, continua le margrave, avez-vous décidé de rester à Fhirdiad, finalement.

— Je pense oui. Même si Claude m'a proposé de vivre à Almyra, je ne sais pas si cela serait une bonne idée en fin de compte. Ça ne ferait que repousser le problème.

— Alors j'aurai une requête à vous formuler.

— Laquelle ?

— Accepteriez-vous d'être le professeur de mes fils ?

— Pardon ? »

Elle fixa Sylvain, hébétée. Elle crut avoir mal entendu, car elle n'imaginait pas un seul instant qu'on puisse lui redemander d'enseigner. De plus, les jumeaux Gautier étaient pris en charge par plusieurs tuteurs que ce soit pour le maniement des armes, l'équitation, la stratégie et bien d'autres choses. Constatant sa surprise, Sylvain précisa :

« Je comprends que cela vous étonne. Après tout, mes fils ont déjà des précepteurs. Seulement, aucun ne vous arrive à la cheville selon moi. Vous étiez présente pour moi et pour Ingrid quand nous avions besoin d'aide, vous nous avez toujours encouragés et vous avez veillé sur nous. On n'a jamais autant progressé que lorsque vous étiez notre professeur ! Et vos talents de combattantes ne sont plus à débattre. »

Il prit une légère inspiration.

« Nous avons eu de la chance de vous avoir comme professeur et je veux que mes fils aient également cette chance. »

Beleth rougit à la déclaration et détourna le regard.

« Tu le penses vraiment ? Même en sachant que j'ai pris la fuite sans dire à Dimitri que j'étais enceinte ?

— Oui, bon, vous avez commis une erreur. Mais entre nous, vu tout ce qui gravite autour de Dimitri, je peux comprendre que vous ayez paniqué. Puis vous êtes là, maintenant ! Vous pouvez tout reprendre à zéro ! »

Beleth ne savait pas quoi répondre. Une telle marque de confiance de la part de Sylvain et Ingrid la bouleversait, elle eut plutôt tendance à penser qu'ils se méfieraient d'elle. Mais non, ils la respectaient toujours et plus que cela, ils étaient prêts à lui confier leurs enfants.

« Dame Beleth ! Dame Beleth ! »

L'appel provenait de la rue. Beleth quitta à regret les jardins, suivit de Sylvain et aperçut un jeune page royal sur le perron, tout essoufflé.

« Dame Beleth, Sa Majesté vous demande de toute urgence ! Vous devez me suivre tout de suite !

— Tout de suite ? s'étonna Beleth. »

Elle se tourna aussitôt vers le jardin où Grenat jouait toujours.

« Mais… je ne peux pas laisser ma fille toute seule !

— Allez voir Dimitri, dit Sylvain. Je m'occupe de surveiller votre fille et de prévenir Flayn et Mercedes.

— Oui, mais… »

Depuis l'attaque qu'avaient subie Flayn et Grenat, Beleth avait le plus grand mal à accepter de ne pas avoir sa fille sous les yeux.

« Allez-y, répéta Sylvain. Je vous assure qu'elle ne risque rien. On sera trois pour la protéger. »

À contrecœur, elle hocha la tête et suivi le page, non sans avoir étreint sa fille avant de partir. Le page était extrêmement pressé et courait presque en retournant vers le château. Beleth avait du mal à maintenir son allure. Ils franchirent la porte principale et le page la conduisit dans le petit salon où se trouvait Dimitri, flanqué de Dedue et Gustave, Félix, Ingrid et…

« Yuri! »

Le chef de l'Abysse était bel et bien là, debout devant la cheminée. Soulagée, Beleth se précipita vers lui et lui prit les mains.

« J'étais tellement inquiète ! s'écria-t-elle. Il s'est passé tellement de choses depuis Enbarr et je ne savais pas du tout comment te contacter !

— Ha ha ha ! rit le baladin. Professeur, vous êtes capable de bien vous compliquer la vie ! Vous savez où me trouver pourtant.

— C'est vrai, mais… C'était tellement compliqué !

— Vous m'avez oublié, professeur ? fit alors une petite voix morne. »

Ce fut seulement à cet instant que Beleth remarqua la femme à la peau brune et aux cheveux rouges qui se tenait à côté de Yuri.

« Hapi !

— Quand même professeur, lança Hapi avec son flegme habituel, vous auriez pu donner des nouvelles. Ou au moins, autoriser Riri à me dire que vous étiez de retour. J'ai failli le tuer, vous savez. En plus, vous avez vu Coco avant moi. »

Yuri éclata de rire, presque imité par Dimitri qui plaqua sa main pour dissimuler son rire. Le visage de l'Abyssien se rembrunit presque immédiatement, cependant.

« Malheureusement, je n'ai pas vraiment de bonnes nouvelles à vous annoncer.

— Flayn est ici ! s'exclama Beleth. Elle est arrivée avec Grenat il y a quelques jours.

— Grenat ?

— Ma fille.

— Vous… Votre… »

L'ancien voleur manqua de s'étrangler en entendant ces mots. Faisant mine de calmer une toux, il essaya tant bien que mal de reprendre un visage serein. Cela ne l'empêcha pas cependant de glisser un discret coup d'œil vers Dimitri.

« Alors vous devez savoir que votre maison à Àtha a été saccagée.

— Oui… J'étais inquiète, je ne savais pas ce qui était arrivé à ton homme de main.

— Rien du tout. Il a fait le voyage et a débarqué à Àtha, il a cherché votre maison et l'a trouvé en ruines. Tout avait disparu, les meubles, les objets, les armes… Il a voulu mener sa petite enquête, mais les habitants se sont montrés plutôt hostiles.

— Ils ont vu quelque chose ? interrogea Félix.

— Ils ont vu des Fódliens débarquer et mettre à sac une boutique tenue par des Fódliennes, répondit Yuri. Il a essayé alors de contacter vos étudiants, mais ils n'en savaient pas plus. Beaucoup ont découvert après ce qui était arrivé et ils avaient plus de questions que de réponses. Quant aux habitants, ils n'avaient pas spécialement envie de parler à des Fódliens. »

Beleth se mordit les lèvres et se tourna vers Dimitri, l'air profondément désolé. Pourvu que cet incident ne provoque pas d'incident diplomatique avec Dagda. Le roi restait stoïque, se contentant d'écouter le récit de Yuri.

« Enfin, soupira Yuri, je suis soulagé de voir que Flayn et votre fille n'ont rien. Quand mon gars m'a appris que votre maison avait été mise à sac, j'avoue avoir une poussée de panique à l'idée de devoir vous l'annoncer.

— Vous savez qui les ont attaqués ? interrogea Hapi.

— D'après Flayn, il s'agissait des hommes de l'Église. Ils disaient avoir été envoyés par Seteth.

— Oh ? Votre bras droit quand vous étiez archevêque ? Il est toujours à Garreg Mach ?

— Toujours, confirma Beleth. Mais je n'y crois pas. Seteth n'emploierait jamais de telles méthodes pour faire revenir Flayn. L'Église aussi. »

La jeune femme croisa les bras et se mit à se balancer de droite à gauche, signe de réflexion chez elle.

« Nous pensons qu'il s'agit des anciens alliés de l'Empire, dit Gustave. Ceux qui se cachent dans les ténèbres. Ils ont déjà tenté d'enlever Flayn par le passé. Il est possible qu'ils aient recommencé.

— Si longtemps après ? s'étonna Yuri. Ça n'a pas de sens !

— Si ça se trouve, ce n'était pas Flayn qui était visé, lança tout à coup Hapi. »

Tous se tournèrent vers elle, ahuris. Hapi avait ce don déconcertant d'annoncer dans un calme des plus indifférents les plus terribles des nouvelles.

« Que veux-tu dire ? s'écria Beleth, soudain tendue.

— Vous pensez que c'est Flayn qui était visée parce qu'ils la réclamaient et qu'ils ont parlé de Seteth, mais peut-être c'était une ruse. Leur cible, c'était peut-être votre fille. »

Beleth sentit un grand courant froid la traverser de part en part et elle crut chanceler. Son visage dut afficher une expression particulièrement inquiétante, car elle sentit Dedue poser la main sur son épaule.

« Pourquoi… »

Sa voix était étranglée.

En vérité, elle avait évidemment pensé à la possibilité que Grenat soit leur cible, et ce, pour plusieurs raisons. La première était qu'elle était la fille cachée du roi de Faerghus, toujours sans héritier et donc, elle constituait un instrument de poids en cas de crise de succession. La seconde beaucoup plus inquiétante… était qu'elle était la fille de Beleth, héroïne de la guerre de l'Unification, ancienne archevêque de l'Église de Seiros, maitresse de l'Épée du Créateur et unique porteuse à ce jour de l'Emblème du Feu.

« Même si c'était Grenat la cible, intervint Dimitri, l'Église n'a aucun intérêt à l'enlever.

— Si elle a l'emblème de sa mère, elle peut les intéresser, affirma Hapi. L'Emblème du Feu est un emblème très rare et il permet d'utiliser l'Épée du Créateur. Ça intéressera forcément l'Église qu'une deuxième personne soit capable de ça. »

La jeune femme s'étira.

« Mais je disais ça comme ça, conclut-elle. »

Évidemment, Hapi ne pensait pas à mal en avançant son hypothèse. Seulement, cette dernière se révéla suffisamment plausible pour inquiéter davantage Beleth. Grenat prise pour cible… C'était la pire chose qui pouvait arriver ! Que devait-elle faire ? Comment la protéger alors qu'elle ignorait ce qui la menaçait ? Elle leva les yeux vers Dimitri qui discutait à voix basse avec Félix, l'air préoccupé.

Et lui ? Qu'en pensait-il ? Si c'était réellement l'Église qui était derrière l'attaque, est-ce qu'il pourrait s'opposer à elle ?

Blabla de l'auteure

Bonjour ou bonsoir selon l'heure à laquelle vous lirez ce chapitre.

Je m'excuse pour le léger retard de la publication, j'ai fait pas mal de modification et ça a pris du temps. Je m'excuse d'ailleurs s'il reste des fautes. En fait, j'ai décidé de changer complètement la structure des chapitres. J'avais essayé de faire des chapitre plutôt court sauf que je me suis rendue compte que ça rallongeait l'action et donc l'histoire. A l'heure actuelle, j'ai 34 chapitre d'écrits et toujours pas de fin. C'est beaucoup trop long pour moi XD. Donc j'ai décidé de fusionner certains chapitres. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé à celui-là. Vous avez le chapitre 12 et ce qui était à l'origine le chapitre 13. C'est pour ça que ça a pris du temps car j'ai dû corriger deux chapitres en très peu de temps. Mais je préfère cette structure là donc je vais faire la même chose avec d'autres chapitres.

Par ailleurs, je suis actuellement en travaux chez moi. On refait complètement la salon et ça prends beaucoup de temps dans la journée. Donc pour ces deux raisons, les publications seront ralentis pendant quelques temps. J'essaierai de garder le rythme d'un chapitre par semaine mais je ne garantis rien. Je vous remercie pour votre indulgence ^^.

Ceci étant dit, parlons donc du chapitre. Une première discussion entre Beleth et Dimitri. Je ne voulais pas que ça parte en dialogue de sourd donc les propos sont peut-être plus mesuré que ce qu'on aurait pu attendre. Cela ne signifie pas que Dimitri n'en veut pas à Beleth, hein ! Il essaye juste de ne pas laisser sa rancoeur prendre le dessus. J'ai voulu aller aussi de son côté, son vécu de l'arrivée de cette fille qu'il ne connaissait pas. Pour le moment, il est dans la surprise totale.

Enfin, on a des nouvelles de Yuri XD. Pour être honnête, je l'avais un peu oublié lui et son enquête mais je m'en suis rappelé juste à temps. J'ai aussi mis en scène Hapi que j'aime bien. J'essaierai de faire apparaitre le plus de personnages du jeu mais tous n'auront pas la même importance. Hapi formule l'hypothèse comme quoi ça aurait été Grenat la cible. Parce que oui, ce que mes personnages ont compris c'était que c'était Flayn qui était visé puisque les assaillants s'adressaient à elle mais ils n'ont pas nécessairement pensé à Grenat.

C'est tout pour cette semaine ! J'espère que ce chapitre beaucoup plus long vous aura plu et je vous dis à bientôt !

Bises,

Sheena