Le printemps venait de débuter et les forêts qui recouvraient les alentours de la capitale du royaume de Fanélia, resplendissaient comme un océan d'émeraude sous la caresse du soleil.

Plus de dix ans s'étaient depuis la destruction de ce pays par les forces de l'empire Zaibacher, et une nouvelle cité avait été érigée sur les ruines de l'ancienne.

Entourées par les falaises d'une montagne, des milliers de maisons blanches aux toits sombres s'élevaient devant le palais royal. Celui-ci avait été rebâti à la vue, avec ses murs de briques blanches, recouverts d'un toit bleu, et surplombait fièrement l'agglomération, du haut de son promontoire.

Depuis le balcon attenant à ses appartements royaux, Van contemplait la ville qu'il avait reconstruite, avec l'aide des Fanéliens qui avait survécu au saccage de la cité. Elle était encore plus belle, plus imposante, que celle qui se reproduisait jadis à cet endroit.

A cette vue, son cœur se gonfla de bonheur et de fierté et il songea au long chemin parcouru avant d'atteindre un tel résultat.

Cela avait été dur, très dur, surtout au début, au moment de rebâtir à la hâte des campements de fortune pour loger les rescapés et les nombreux réfugiés, affluant des quatre coins du royaume.

L'attaque surprise de l'empire Zaibacher avait réduit la plupart des bâtiments en un énorme tas de cendre, et envisagé la mort d'un nombre incommensurable d'habitants. Les rares survivants s'étaient réfugiés dans les montagnes et les forêts environnantes, ainsi que dans les pays voisins prêts à leur accorder l'asile. Après la fin de la grande guerre et la défaite de l'empire Zaibacher, la population Fanélienne s'était reconstituée peu à peu; grâce au retour des rescapés de l'offensive Zaibach, dont le flot avait été grossi par l'arrivée de migrants originaires d'autres contrées de Gaia. Cependant, au début, certains citoyens doutaient du fait qu'un si jeune monarque soit en mesure de diriger un royaume.

Depuis sa création, Fanélia, possédait la vocation d'être une terre d'asile destinée à accueillir tous ceux qui le désiraient et étaient prêts à accepter ses lois et ses coutumes. Le pays ouvrait ses portes à tous, aussi bien aux humains que les hommes-animaux, sans distinction de races ou de classes sociales. C'était la raison pour laquelle la ville était aussi cosmopolite, et abritait une si grande diversité de population. Progressivement, la vie économique avait repris son cours et le royaume connaissait de nouveau une prospérité relative, grâce à la reconstruction de ses infrastructures et à l'exploitation de ses nombreuses ressources naturelles.

Un sourire de joie s'afficha sur le visage du jeune roi: il était finalement parvenu à effacer tous les stigmates de la guerre et à ramener l'harmonie dans sa patrie. Et en faute de toutes les difficultés qui s'étaient mises en travers de sa route.

"Père, Mère, Folken ... J'ai tenu la promesse que je vous ai faite autrefois; j'ai rebâti Fanélia et j'en ai fait l'une des plus riches nations de la région. Depuis le pays des morts, j'espère que vous êtes fiers de moi. "

Brusquement, la voix aiguë d'une jeune femme résonna derrière lui et l'arracha à ses pensées.

- Maître Van, c'est bientôt l'heure de l'inspection de la garde royale et de la cérémonie de présentation des nouvelles recrues. Nous risquons d'être en retard si nous ne nous dépêchons pas.

- Oui, Merle, j'arrive tout de suite. Je prenais juste un peu l'air sur le balcon.

La jeune femme-chat s'avança vers lui, en souriant. Elle portait une robe jaune pâle, nouée à la taille par une ceinture brune, et ses cheveux roses étaient attachés en une longue queue de cheval. La petite adolescente exubérante s'était métamorphosée en une jeune fille souriante, plus calme que dans sa prime jeunesse, mais toujours aussi espiègle.

- C'est vrai que le temps est magnifique! Le ciel est si limpide qu'on peut même apercevoir la Lune des Illusions. C'est plutôt rare qu'on la voit aussi bien en pleine journée.

Van acquiesça de la tête et leva les yeux vers la sphère céruléenne, apparaissant distinctement dans le firmament printanier. Dans son esprit, cette planète était si associée au souvenir d'Hitomi et semblaient ne former plus qu'un. Chaque fois qu'il levait les yeux vers la lune des illusions, il pensait à la jeune fille, non sans ressentir parfois une violente bouffée de nostalgie.

"Bon, il est temps d'y aller, le devoir m'appelle", se dit il, en quittant à regret le balcon où il était accoudé.

Ils quittèrent les appartements du jeune roi et se rendirent dans la cour intérieure du palais, entourée de hautes murailles. Plusieurs dizaines de soldats se tenaient alignés, en rangs serrés, au milieu de la cour, vêtus d'armures brillantes.

Auparavant, le royaume de Fanélia disposait d'une puissante armée, équipé de nombreux Guymelefs mais la majorité d'entre eux avait été anéantis lors de sa destruction. Mais depuis, le pays était parvenu à reconstituer ses forces militaires en reconstruisant des Guymelefs et en engageant de nouvelles recrues parmi la population. A présent, la mission qui incombait aux soldats Fanéliens était de combattre pour protéger le royaume et son peuple contre leurs ennemis.

Depuis toujours, Van détestait la guerre; pourtant il était trop lucide pour croire qu'un jour ou l'autre de nouveaux conflits n'éclateraient pas sur la surface de la planète. La paix était une choisie si belle mais si fragile, et il était prêt à se battre pour la protéger, même à sacrifier sa vie s'il le fallait.

Devant les troupes bien alignées, se tenait Arius, un général de l'armée Fanélienne; c'était un homme grand, au crâne entièrement dégarni qui arborait une barbe noire bien taillée. Son visage impassible affichait une expression sévère.

Le général portait une armure de métal couleur bronze, dont le torse était orné des armoiries du royaume de Fanélia, un emblème d'or sur un fond rouge, et une longue cape bleu foncé. Van estimait que ce dernier n'était pas aussi bon guerrier que son ancien maître, le légendaire Vargas, mais il possédait néanmoins une grande expérience du combat, ce qui faisait de lui un adversaire redoutable.

A l'approche de Van et de Merle, le général inclina légèrement la tête en signe de respect et désigna les soldats qui se trouvaient face à lui.

- Votre majesté, voici les jeunes gens qui ont réussi les épreuves de sélection et font à présent les partis des forces armées de Fanélia. J'ai personnellement ces guerriers et je peux vous assurer qu'il s'agit de l'élite de notre armée!

Van et Arius s'avancèrent vers un groupe de jeunes hommes, l'âge d'une vingtaine d'années. Une partie de celui-ci était composée d'hommes animaux et le reste de garçons humains aux cheveux foncés.

Ils s'agenouillèrent devant leur souverain et ce dernier dégaina son épée pour la poser sur l'épaule de chacun d'entre eux en signe d'adoubement.

- Moi Van Slanzar de Fanel, souverain de Fanélia vous proclame soldats de Fanélia. Jurez vous de toujours servir ce royaume et de combattre pour la justice, y compris au péril de votre vie?

- Nous prêtons serment de toujours servir le roi, les lois et le peuple de Fanélia, même au péril de nos vies, répétèrent en chœur les quatre jeunes garçons.

- Bien, rompez, dit Van.

Puis il se tourna vers Arius:

- Je dois me rendre au village d'Arzus, en compagnie de Merle afin d'assister à l'inauguration d'un nouvel orphelinat. Veille à ce que tout aille bien dans la ville pendant mon absence.

- Bien, votre altesse, il en sera fait selon vos ordres.

Van et Merle se dirigèrent en direction de deux chevaux bruns qui avaient été scellés en prévision de leur départ. Quand soudain, des cris retentirent dans la cour intérieure du château.

- Halte! Arrêtez le! A la garde, un intrus s'est présenté dans l'enceinte du palais!

Le jeune roi et la femme-chat se retournèrent et aperçurent deux gardes qui poursuivaient un homme-panthère. Celui-ci fut rapidement rattrapé et maîtrisé par les deux hommes qui le plaquèrent sur le sol avec violence.

Que se passe t'il? demanda le roi en s'avançant dans leur mise en scène.

- Votre grâce, ce malandrin a osé pénétrer dans la cour du palais royal malgré notre interdiction. Il demandait à vous parler, nous avions chassé mais il est revenu et s'est présenté par la force. Veuillez nous pardonner pour ce désagrément.

- Lâchez-le, ordonna Van aux gardes avant de s'adresser à leur captif.

- Qui est tu? Et qu'as tu de si important à moi dire?

L'homme panthère leva vers lui ses grands yeux d'ambre et se remit debout lentement; les traits de son visage félin semblaient tirés et son expression grave.

- Majesté ... Je me nomme Agnar et je viens des collines de Kirona, situé dans la région à l'est du royaume de Fanélia, non loin des frontières de Bazram.

Mon village a été attaqué et incendié par des hommes inconnus, probablement des marchands d'esclaves, et les habitants ayant échappé au massacre ont été emmenés de force! Je réclame justice pour mon peuple!

Le regard de Van s'assombrit: ce n'était pas la première fois que des réfugiés venaient de trouver abri dans la capitale de Fanélia, suite aux ravages de leurs villages, mais ces derniers temps la situation s'aggravait de manière préoccupante.

Il se passait des choses suspectes près de la frontière avec le royaume de Bazram et il devait envoyer des troupes afin d'enquêter dans la région. De plus, il devenait de plus en plus fréquent que des attaques ont lieu contre les convois d'énergie, transportant cette matière première dont les forêts de Fanélia regorgeaient.

- Ta demande me semble juste, j'enverrai des soldats à Kirona afin de faire la lumière sur cette sordide affaire, et essayer de retrouver les survivants de ton village.

Un sourire éclaira le visage de l'homme panthère.

- Merci, je n'en attendais pas moins de votre part! J'ai toujours pensé que vous étiez un grand roi et je constate que j'avais raison. Mais ... j'aimerais vous demander une dernière faveur.

- Parle je t'écoute.

- Je voudrais m'engager dans les forces armées de Fanélia afin de venger mon peuple!

Entre-temps, Arius, le général Fanélien, s'était approché et avait assisté à toute la scène. Il fronça les sourcils en signe de désapprobation avant de s'écrier.

- Tu n'y pense pas! l'armée de Fanélia ne recrute que les meilleurs soldats. Tu n'as jamais tenu autre chose a choisi qu'une fourche de paysan! Comment espère-tu réussir les épreuves de sélection? La grande majorité des candidats s'entraînent depuis leur enfance pour les réussir, et seule une petite partie d'entre eux y parvint. Tu n'es qu'un pauvre fou!

- Peut-être! Mais moi au moins une chance de vous prouver que je peux y arriver! Donnez-moi une épée et je vous montrerez de quoi je suis capable.

Le général Fanélien éclata de rire et un sourire goguenard s'afficha sur son visage.

- Très bien, tu l'auras voulu mais je ne vais faire qu'une bouchée de toi. Et ne viens pas te plaindre ensuite si tu récoltes une belle estafilade.

Arius se tourna en direction d'un des deux gardes qui se tenaient toujours à côté de l'homme panthère et lui ordonna de donner son épée à celui-ci. Puis ils se mirent tous deux en garde, brandissant leur arme et évaluant chacun leur adversaire. Tout d'un coup, Van qui était demeuré silencieux, prit la parole.

- Arius donne moi ton épée.

- Quoi? s'exclama le vieux général d'un ton décontenancé.

- Tu as très bien entendu. Ce n'est pas à toi d'affronter ce jeune homme, mais à moi.

- Mais votre Altesse vous n'y pensez pas! Ca serait bien trop d'honneur à ce misérable.

- Ne discute pas, obéis.

- Bien sire ... comme vous voudrez ..., fit l'homme en tendant à contrecœur la garde de son épée, incrustée d'or, à Van.

Puis le jeune homme s'adressa à l'homme panthère.

- J'accepte de t'affronter mais à une condition.

- Laquelle?

- Si tu perds, tu renonceras à devenir soldat, et tu retourneras dans les collines de Kirona. Marché conclu?

- Marché conclu, votre altesse.

Agnar et le souverain s'éloignèrent et se placèrent face à face, à plusieurs mètres de distance. D'entre eux jaugeant l'autre, à la recherche de la moindre faille dans la posture défensive de son adversaire. Merle observait la scène, tendue, osant à peine respirer. L'atmosphère autour de lui était devenue électrique et oppressante.

L'homme panthère mesurait au moins deux mètres, et les rayons du soleil ont briller son pelage d'un noir d'ébène. Tous les muscles de son corps longiligne, recouvert de haillons crasseux, semblaient raidis par la concentration.

Soudain, il se lança à l'attaque en poussant un cri rauque. Sa lame fendit l'air dans un sifflement aigu, prête à pourfendre son adversaire. Mais Van, plus expérimenté, avait anticipé son geste et fit un bond sur le côté afin de l'éviter. Cependant, il fut un peu surpris de la grande rapidité et de la souplesse de son assaillant. "Pas mal, pas mal du tout" pensa t'il.

D'abord déstabilisé par l'esquive de Van, Agnar se rua de nouveau sur celui-ci en brandissant son épée pour l'attaquer une nouvelle fois. Cette fois-ci, le jeune roi para son coup et les deux lames d'acier étincelantes s'entrechoquèrent dans un bruit métallique.

L'homme panthère avait beaucoup de force, et son corps à la fois gracile et athlétique, ruisselant de sueur, était contracté par l'effort. Van serra les dents et repoussa son adversaire qui manqua de tomber en arrière, mais parvint à retrouver son équilibre in extremis.

Le jeune roi fixait son opposant avec attention; ce dernier avait du mal à reprendre son souffle, et de toute évidence il manquait d'expérience du combat, même sa manière de tenir son épée était maladroite, pourtant il faisait preuve d'une rapidité et de réflexes hors du commun.

Van resta calme, dosant méticuleusement le moindre de ses mouvements, comme le lui avait appris Vargas ainsi qu'Allen. Il ne fallait jamais attaquer un adversaire de manière impulsive, mais au contraire préparer soigneusement chaque geste. Ce jeune homme lui rappelait par bien des côtés l'adolescent impétueux qu'il était autrefois.

De nouveau, Agnar se jeta sur Van, l'arme levée, mais le jeune souverain en profita pour riposter violemment. L'épée de l'homme panthère virevolta dans l'air avant d'aller se planter dans la terre, quelques mètres plus loin. Déstabilisé par la violence du choc, Agnar tomba en arrière sur le sol, où il demeura immobile, les yeux rivés sur Van.

Le roi pointa le bout de sa lame à quelques centimètres du visage de son adversaire qui continuait à le fixer de son regard mordoré.

- "Majesté ... j'ai perdu ..." murmura-t-il enfin, en baissant la tête.

Le jeune monarque esquissa un sourire, et lui tendit la main pour l'aider à se relever.

- "Tu n'avais aucune chance de l'emporter car je suis plus expérimenté que toi. Mais tu t'es bien battu. Je pense que tu es vraiment doué". "N'est-ce pas Arius?", Ajouta-il malicieusement à l'attention de son général.

- Oui sire, j'avoue ... avoir été surpris. C'était stupéfiant ...

Van donna une tape amicale dans le dos d'Agnar.

- Tu peux aller à la caserne chercher une tenue de soldat et débuter l'entraînement.

- Mais ... J'ai perdu! Pourquoi m'accordez-vous une telle faveur? Notre marché était que si j'étais vaincu je devais renoncer à m'engager dans l'armée Fanélienne et retourner chez moi.

- Disons que tu m'as impressionné. Bien entendu, ton style de combat est encore maladroit, mais il y a longtemps que je n'avais pas pris autant de plaisir lors d'un combat.

- Merci votre altesse, je ... je vous serez éternellement reconnaissant de votre bonté.

L'homme panthère et le général Fanélien s'éloignèrent en direction de la caserne des soldats. Pendant ce temps là, le souverain rejoignit Merle et tous deux enfourchèrent leurs montures.

- Maître Van, c'est un très beau geste que vous avez fais!

- Cela me convenait parfaitement, il méritait vraiment de devenir soldat. Mais j'espère qu'à cause de ce contre-temps nous ne serons pas trop en retard pour l'inauguration du nouvel orphelinat. En plus, tu t'es beaucoup investie dans sa construction.

Ils traversent la ville et en franchir les portes pour continuer leur chevauchée sur la route menant à Arzus, le village des hommes-loups. Le royaume de Fanélia se composait d'une grande capitale et d'une multitude de petits hameaux dispersés sur l'ensemble de son territoire, ce qui occasionnait de nombreux déplacements.

- Que dirais tu de faire la course jusqu'à là-bas? lança t'il au bout d'un moment.

Merle acquiesça de la tête en riant et lancèrent leurs chevaux au galop.

Bientôt Arzus fut en vue, avec ses petites maisons de bois, recouvertes de toits de chaume et ses ruelles sinueuses. De nombreux villageois se pressèrent autour d'eux pour les saluer, dont Luhm, le chef du village. Celui-ci connaissait Van depuis l'enfance, et c'était l'un de ses plus fidèles amis.

- Maître Van, c'est un tel honneur de vous accueillir. Cela faisait si longtemps que nous n'avions pas eu le privilège de vous revoir.

- Je sais Luhm, mais j'étais vraiment très occupé. Je suis venu pour assister à l'inauguration de l'orphelinat. Merle n'arrête pas de m'en parler et m'a dit que c'était très important que je sois là aujourd'hui. Un sourire de joie s'afficha sur le visage de l'homme loup.

- Je vais vous y escorter, l'orphelinat se trouve un peu à l'écart du village, à l'orée de la forêt.

Les trois compagnons continuent leur route jusqu'à un endroit calme, au milieu d'une clairière où se développe une grande bâtisse de bois, surmontée d'un toit de tuiles. Devant l'entrée du bâtiment, se tenait une femme-loup au pelage blanc, vêtue d'une longue robe bleu marine, montre une expression bienveillante et un sourire radieux. C'était Marha, l'épouse de Luhm et la directrice de cet orphelinat. Autour d'elle, se tenaient une trentaine d'enfants animaux, âge de sept ou huit ans, avait présenté à dévisager Van avec une curiosité empreinte de timidité.

Marha s'inclina révérencieusement quant au jeune souverain et Merle descendirent de cheval et avancèrent dans sa direction.

- Votre majesté, c'est un tel honneur de vous recevoir pour l'inauguration de notre institution modeste.

- Voyons Marha, trêves de cérémonial, nous ne sommes pas au palais de Fanélia! Je n'ai jamais apprécié toutes ces politesses désuètes, tu le sais bien, dit-il en riant.

Merle, Luhm et Marha échangèrent un regard complice: décidément Van ne changerait jamais, malgré son rôle de monarque et les lourdes responsabilités qui lui incombaient, il avait conservé sa simplicité et son mépris des règles protocolaires.

Dès que le jeune homme se développait éloigné de la cour royale, il se détendait et se comportait avec plus de naturel que ne le lui permettait habituellement son rôle de dirigeant.

- Vous êtes le portrait craché de votre père, le roi Gho! Lui aussi détestait tous ces "chichis", comme il les appelait. D'ailleurs, il faisait sans cesse enrager ses conseillers à ce sujet.

Van éclata de rire:

- C'est vrai je m'en souviens!

Celui-ci a conservé quelques souvenirs de son père, avant le début de sa maladie et sa mort prématurée. C'était les rares moment de bonheur qu'il avait passé avec sa famille au grand complet, juste avant que le malheur ne s'abatte sur eux le privé de l'innocence de son enfance. Peu de temps après le décès de son père, sa mère aussi avait disparu, puis Folken ... Depuis lors, Merle et Luhm étaient devenus sa seule famille.

En temps normal, Van détestait y penser, préférant se concentrer sur le moment présent. Mais chaque fois que ces souvenirs refaisaient surface, le jeune roi ressentait une douleur sourde lui broyer le cœur, comme une plaie mal cicatrisée, qui ne guérirait jamais totalement. Cependant, il avait appris à vivre avec ce fardeau, apprivoisant peu à peu ce vécu douloureux. "chaque être humain porte en lui des regrets et des cicatrices du passé; il faut être fort et continuer à aller de l'avant" se disait-il pour se réconforter.

- Venez Maître Van, je vais vous faire visiter l'orphelinat! dit Merle en prenant la main du jeune homme pour l'entraîner à sa suite en direction de l'entrée du bâtiment.

- Hé pas si vite Merle! dit Van en riant.

Au moment, où ils franchirent la porte d'entrée, un tonnerre d'applaudissement retentit et Van aperçut une salle soigneusement décorée, emplie d'hommes animaux et d'humains, avec des expériences sur le mur d'une énorme banderole comportant cette inscription:

"Heureuse fête des vingt neuf lunes à notre roi bien aimé, Van Slanzar de Fanel"

A sa vue, le jeune homme demeura bouche bée d'étonnement face à cette surprise inattendue. Il avait complètement oublié que c'était le jour de son anniversaire, tant ses responsabilités de souverain ne lui laissait pas une seule minute de répit.

- Joyeux anniversaire Maître Van! s'écria la femme-chat avant de lui sauter au cou comme elle le faisait quand ils étaient encore adolescents.

- Joyeux anniversaire, Sire! répétèrent en chœur les invités présentent dans la salle.

- Merle c'est toi qui a organisé tout ça?

La jeune fille acquiesça de la tête en rougissant.

- C'est moi qui en ai eu l'idée! Mais Luhm et Marha m'ont aidée à tout préparer. Je tenais vraiment à ce que ça soit une surprise. C'est pour ça que j'ai choisi d'organiser cette fête ici. En plus l'inauguration était un excellent prétexte pour vous amener ici sans que vous ne vous doutiez de rien.

- Hé bien tu es sacrément retorse! dit-il en riant. Mais on peut dire que la surprise est réussie car je ne me suis douté de rien.

Une table avec un buffet comportant de nombreuses victuailles et des boissons fraîches avait été dressée au milieu de la salle. Ils s'installèrent à table et commencèrent à manger le succulent repas, composé de pâtés et de rôtis que Marha avait préparé, et à boire du vin.

Une fois le plat terminé, ils sortent dans le jardin afin de profiter de la fraîcheur du temps printanier. Autour ayant, les enfants s'en donnaient à cœur joie, et Merle se leva pour jouer avec eux. Luhm et Marha regardaient la scène d'un air attendri:

- Merle a toujours adoré s'occuper des enfants, sans doute car elle est aussi une orpheline, dit l'homme loup doucement. Van les observait également d'un oeil pensif, assis dans l'herbe à l'ombre d'un grand chêne; un léger voile de tristesse semblait ternir l'éclat de ses yeux noirs. Tout d'un coup, son visage grimaça et il se leva d'un bond.

- Ah non! .. Le conseil des Ministres! J'avais oublié qu'une réunion spéciale était prévue cet après-midi. Excusez moi les amis mais je dois partir tout de suite!

- Euh quoi? Mais la fête vient juste de débuter! s'écria Merle, sans dissimuler sa vive déception. En plus vous n'avez même pas encore goûter au gâteau que j'ai préparé pour votre fête.

Le jeune homme baissa les yeux et retentit d'un ton grave.

- Je sais ... mais je crois que c'est important. Le grand chambellan voulait absolument qu'un conseil exceptionnel ait lieu aujourd'hui.

- Je vois ...

- Ne vous en faites pas, je vous promets de revenir le plus vite possible. En attendant continuez à vous amuser sans moi.

- Maître Van, je veux venir avec vous!

- Non Merle, c'est préférable que tu restes ici. En plus, j'irai plus vite en prenant la voie des airs.

Le jeune homme ferma les yeux, se concentra et fit jaillir dans son dos deux magnifiques ailes d'un blanc neigeux. Puis, il s'envola dans le ciel limpide en direction de la capitale de Fanélia. Merle le suivi du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse dans l'horizon bleutée; au fond de sa poitrine, elle sentit son cœur se serrer. Intérieurement, la jeune fille savait que Van ne reviendrait pas, car ses ministres le retiendraient jusqu'à la nuit tombée. Bien entendu, elle avait conscience qu'il était un souverain avec d'immenses responsabilités, mais une partie d'elle-même se sentait affreusement déçue.

"La fête que j'ai mis des mois à préparer est gâchée", pensa t'elle amèrement. Les enfants firent une ronde autour d'elle, tentant de la distraire de son chagrin, mais Merle avait plus du tout le cœur à s'amuser.

OooO

Pendant ce temps là, Van arriva au palais de Fanélia et se posa doucement sur le balcon de ses appartements. Ensuite, il fit disparaître ses ailes blanches qui trahissaient son origine Atlante; nul à la cour n'ignorait son secret, mais il préférait demeurer discret à ce sujet. Cela faisait partie de ses vieux réflexes acquis durant l'enfance, et qu'il n'arrivait pas à se défaire complètement. Du reste, il savait que ses ailes continuaient à faire peur à certains habitants de Gaia, en raison des superstitions obscures qui entouraient ceux qu'on nommait: "le peuple du dieu dragon".

Une fois rentré dans le château, Van s'empressa de se rendre dans la salle où se tenait le Conseil des Ministres. Aujourd'hui, il était en retard et savait que cela suscitait la désapprobation ou l'indignation d'une partie de ses conseillers. Quandil ouvrit la grande porte à double battant de la salle du Conseil, des regards glaciaux et un silence, lourd de sous-entendus, l'accueillirent. Le jeune souverain traverse la pièce en gardant un air digne et impassible, avant de s'asseoir à la place d'honneur, installé sur à partir de la table ovale d'où il présidait l'assemblée.

- Bien, maintenant que je suis arrivé, commençons cette réunion exceptionnelle des Ministres.

Eléazar, le grand chambellan, un homme maigre, d'une cinquantaine d'années, aux cheveux noirs, parsemés de mèches argentées, et à la physionomieère sév prit soudain la parole d'une voix solennelle:

- Majesté, si j'ai demandé à ce que soit organisé cette séance du conseil, c'est que la situation du royaume est grave. Dans la salle, l'ensemble des ministres retenait son souffle.

- Que se passe t'il Eléazar? Y aurait-il des choses importantes dont on ne m'aurait pas tenu informé?

Le visage de l'homme affiche une expression empreinte de dureté et de gravité:

- Votre altesse, savez-vous quel jour nous sommes aujourd'hui?

- Nous sommes le douzième jour de la lune blanche, et c'est aujourd'hui le jour de mes vingt-neuf Lunes.

- Et selon vous Majesté, qu'est-ce que cela signifie?

Cette fois-ci, de nombreux murmures traversent l'assemblée et tous les regards se tournèrent en direction du souverain.

Van soupira. Mieux que quiconque, il connaissait les lois du royaume de Fanélia et n'avait nul besoin que son grand Chambellan les lui rappelle.

- La tradition exige que je me marie avant la date anniversaire de mes trente Lunes. Et que je donne un héritier au trône.

- Et dans le cas contraire savez-vous qu'est-ce qui se passerait?

Le jeune roi sentit la colère le gagner, son conseiller commençait sérieusement à l'agacer; mais il devait garder son calme et ne pas faire d'esclandre pendant la réunion.

- Non, mais je suppose que je vais bientôt l'apprendre, ironisa t'il.

Une lueur énigmatique s'alluma dans le regard de son grand chambellan.

- Comme le veut l'infrangible tradition de Fanélia, rédigée il y a plusieurs siècles dans les textes fondateurs du royaume, le souverain qui n'est pas encore marié à ses trente Lunes devront abdiquer.

Un violent brouhaha agita la pièce et l'assemblée paraissait au comble de l'agitation. Van pâlit, il savait qu'un jour où l'autre son devoir lui imposerait de prendre une épouse. Cependant, il n'imaginait pas que son célibat prolongé pourrait avoir de telles imposer, au point de mettre en péril son trône.

- Il serait judicieux de commencer à chercher dès à présent une fiancée, parmi les jeunes femmes susceptibles de devenir reine de Fanélia, continua le grand chambellan. J'ai d'ailleurs commencé à établir une liste des candidats idéales.

Van serra les dents, décidément, son conseiller avait tout prévu et le mettait devant le fait accompli. Un présent, tout refusé de sa part pouvait avoir des conséquences incalculables sur l'avenir du pays.

- Bon, je propose que tous les dignitaires présentent un vote pour déterminer un délai raisonnable concernant le choix d'une fiancée pour notre roi. Disons de trois mois. Qui est pour? poursuivit Eléazar.

Presque toutes les mains se levèrent; pendant ce temps là, Van restait silencieux mais ne quittait pas des yeux le grand chambellan qu'il fusillait du regard.

L'homme se tourna vers Van:

- Sire, puisque le conseil a voté cette décision à quasi l'unanimité, nous allons dès à présent envoyer des émissaires dans les royaumes voisins afin de trouver des fiancées potentielles.

- Bien qu'il en soit fait comme le Conseil désire, dit Van.

Le grand chambellan gardait les yeux rivés sur le jeune souverain et son ton se radoucit.

- Je sais à quel point cette décision est difficile pour vous, votre altesse. Mais vous savez tout comme moi que c'est la seule raisonnable.

- La réunion du Conseil est à présent terminée, répliqua sèchement Van.

Les conseillers évacuèrent la pièce, un à un, le jeune homme livré à ses sombres pensées. Il demeura seul, quelques instants, dans cette vaste pièce qui lui semblait plus austère que jamais; puis il se leva et sortit.

La nuit tombée et les couloirs du palais étaient éclairés par la lueur tenue des chandelles accrochées aux murs. Van monta jusqu'au toit en pente, recouvert de tuiles bleues, du château et s'y allongea, comme quand il était enfant ou adolescent. Cet endroit représentait son sanctuaire, son havre de paix, il y avait chaque fois qu'il devait réfléchir à un problème ou voulait être seul. Dans sa tête, les paroles de son conseiller ne cessaient de résonner, répétant ces mots qu'il se refusait à entendre depuis des années. Cependant, il était forcé d'admettre que celui-ci avait raison et qu'en tant que Roi de Fanélia, sa destinée appartenait à son royaume. Un héritier devait naître. Ce moment tellement redouté venait enfin d'arriver.

Au dessus de lui, les deux lunes jumelles étincelaient dans le firmament de satin noir constellé d'étoiles. La Lune des Illusions nimbée de son aura bleutée brillait plus fort que jamais, illuminant l'atmosphère de cette magnifique nuit de printemps. Van sentit une douce mélancolie l'envahir, un sentiment indicible qu'il avait plus éprouvé depuis si longtemps. Délicatement, il sortit de sous le haut de son vêtement, un pendentif avec à son extrémité une petite gemme, rose pâle, taillée en pointe. Ce bijou, c'était un souvenir d'Hitomi, la seule a choisi qu'il conservait depuis son retour sur sa planète d'origine. Jamais, le jeune homme ne s'en séparait et, ce soir, il ressentait le besoin irrésistible de le regarder.

Un vent léger se mit alors à souffler, charriant avec lui des senteurs printanières et faisant rejaillir une myriade de souvenirs qu'il croyait enfouis au plus profond de sa mémoire. "Hitomi" , comme ce prénom résonnait agréablement à ses oreilles; Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas songé à elle de manière intentionnelle et pourtant ... Le jeune homme ferma les yeux et se remémora la jeune fille de la Lune des Illusions. Son image se matérialisa dans son esprit, floue et évanescente, comme les pots-de-vin d'un rêve à moitié oublié.

Au début, il peinait à discerner ses traits, mais peu à peu apparurent plus distinctement l'émeraude de ses yeux, les reflets d'or de ses cheveux, et la mélodie de sa voix. Cette voix enjouée d'adolescente qui parfois riait de bonheur ou se mettait en colère. Plus le temps passait et plus il éprouvait le sentiment que ses réminiscences lointaines disparaissaient, sombraient dans l'oubli, avalées par l'usure des années. Au début, Van ne mettait que quelques secondes à se remémorer le visage d'Hitomi, ses expressions, le parfum de sa peau. Mais à présent, il devait se concentrer longuement, fouiller dans les méandres de sa mémoire pour y rechercher les fragments épars des moments vécus avec elle.

Un jour, le temps les engloutirait complètement, comme les vagues de l'océan finissent par grignoter, année après année, les rochers au pied des falaises. Dans son esprit, Hitomi conservait son physique d'adolescente, elle avait toujours quinze ans. Son cœur se serra à cette idée; ils avaient tous deux vieilli à présent. Le passé était mort. A quoi bon, se raccrocher aux pots-de-vin d'une époque révolue, à un espoir vain? Ne valait pas mieux oublier et penser à l'avenir?

Des années durant, il avait nourri l'espérance qu'Hitomi reviendrait sur Gaia. Il lui était même apparu en vision, à plusieurs reprises, dans son monde pour lui signifiant implicitement qu'il pensait toujours à elle, que son amour demeurait vivace dans son cœur. Hélas, au fil du temps, contrairement à sa promesse, Hitomi vérifier oublié ...

- Maître van ...

Les pas de Merle le firent soudain se retourner. La jeune femme-chat se développe sur le toit et vint s'asseoir à côté de lui; ils demeurent ainsi de longues minutes, silencieux, contemplant la beauté onirique du clair de lune. Leur complicité était telle, qu'ils n'avaient pas besoin d'exprimer leur pensée avec des mots pour se comprendre. Au bout d'un moment, Van prit l'initiative de rompre le silence et dit d'un ton morne:

- Le conseil, ou plutôt le grand chambellan, a décidé qu'il était temps pour moi de me marier.

Merle se mordit les lèvres et murmura d'une voix presque inaudible.

- Je sais ...

- Ah?

- En passant devant la salle du conseil, j'ai surpris la discussion de deux conseillers.

- Je vois ... les rumeurs vont vite. Mais peu importe, je me doutais que je ne pourrais pas éternellement retarder l'échéance. Du reste je n'en ai plus envie ...

Puis faisant mine de plaisanter, il ajouta: J'espère juste que j'aurai quand même mon mot à dire au sujet de ce mariage, et qu'ils ne m'imposeront pas une fiancée acariâtre ou une princesse pourrie gâtée.

Merle tourna son regard vers lui, et Van vit que ses prunelles d'azur étaient emplies de larmes:

- Maître Van ... c'est vraiment ce que vous voulez?

Le jeune homme haussa les épaules et soupira:

- De toute façon je n'ai guère le choix. Un roi ne s'appartient pas et doit se dévouer à son peuple.

En disant ces mots, il ressentit une immense lassitude comme s'il se sentait soudain écrasé par le poids de cette couronne. Celle-ci avait déjà privé de l'insouciance de son adolescence et maintenant elle lui ravissait sa liberté d'adulte; mais tel était le prix à payer pour ceux et celles qui avaient du sang royal dans les veines.

- Mais ... et..Hitomi ...

Van se figea à l'évocation de la jeune fille. Depuis le départ de cette dernière, personne n'osait aborder ce sujet avec lui, peut-être par crainte de raviver certaines blessures.

Le jeune roi esquissa un sourire triste et leva les yeux vers la sphère bleutée de la lune des illusions.

- Hitomi ne reviendra jamais. J'ai fini par l'accepter. Et puis même si c'était le cas, nous n'aurions certainement plus de sentiments l'un envers l'autre. Pendant ces treize années nous avons dû beaucoup changer.

- Maître Van! Vous pouvez vous mentir à vous même mais pas à moi. Vous l'aimez toujours!

Van sentit sourdre en lui la colère; effet des paroles de Merle ressemblait à celui d'un poignard remué dans une plaie béante. Pourquoi fallait-il qu'elle le torture en lui rappelant cet amour impossible?

- Ca suffit, tais toi! Je ne veux plus en entendre parler! J'ai l'impression d'être amoureux d'un souvenir, de l'image idéalisée d'une adolescente de quinze ans! C'est grotesque n'est-ce pas? Il est temps que ça cesse et que j'apprenne à vivre dans la réalité plutôt que dans mes rêves. Hitomi est partie à jamais, est-ce que tu peux comprendre ça?

La femme-chat garda les lèvres ferme mais son mutisme en disait long.

- Bon, il est tard rentrons nous coucher, dit Van pour mettre fin à cette conversation dont la tournure lui semblait des plus désagréables. Il se leva et s'apprêtait à rebrousser chemin afin de rentrer à l'intérieur du palais.

Soudain, il aperçut Merle qui le fixait, les yeux écarquillés. Elle pointe son doigt en direction de sa poitrine.

- Maître Van! Votre pendentif!

Le jeune homme vit la pierre s'illuminer au point de dégager une lumière aveuglante, et s'élever dans les airs comme si elle voulait s'envoler en direction de la Lune des Illusions. Il eut l'impression de ressentir une chaleur l'envahir et la vision floue d'une jeune femme vêtue de blanc, entourée de lumière, se former dans son esprit. Mais malgré tous ses efforts, il ne parvient pas à discerner les traits de son visage.

Puis tout s'arrête et le médaillon retomba sur son torse, avant de reprendre son aspect habituel, comme si rien ne s'est produit.

- Que s'est-il passé? demanda Merle d'une voix surexcitée.

- Je ne sais pas ... c'est la première fois que ce pendentif réagit ainsi.

Il prit la gemme rose entre ses doigts et l'examina mais sans parvenir à déterminer la cause de sa réaction. Van leva le regard vers la Lune des Illusions, inexplicablement attiré vers cette planète: "Hitomi?" Des nuages noirs s'amoncelèrent dans le firmament et masquèrent la lumière des deux lunes. Dans le lointain, le bruit du tonnerre résonna, funeste annonciateur de l'orage. Le jeune roi sentit tout d'un coup un frisson lui échouera.

- Maître Van, quelque chose ne va pas?

- Non, ce n'est rien ... rentrons, il va bientôt se mettre à pleuvoir.

Pendant qu'ils s'éloignaient, Van sentit un mystérieux trouble le gagner car son instinct lui disait que cette belle journée de printemps ressemblait au matin calme précédant la nuit de tempête. Et durant l'espace d'un instant, il avait crû ressentir de manière fugace la présence d'Hitomi ...