Hitomi demeurait immobile, seule au milieu de cette vaste plaine, où elle venait d'apparaître, transportée par la colonne de lumière. La jeune femme gardait le regard rivé sur l'immensité du ciel étoilé, au milieu duquel brillaient deux planètes.

Cette vision lui rappelait son premier voyage dans ce monde imaginaire, invisible aux yeux des humains, et qui paraissait situé hors de l'espace et du temps. Gaea, un univers féerique ressemblant à l'époque médiévale et éclairé par la lumière de deux astres...

Elle se remémora également sa frayeur de se retrouver dans un endroit inconnu, en compagnie d'un jeune garçon aux cheveux couleur d'ébène et entourée de créatures mi-hommes, mi- loups...A l'époque, Hitomi ignorait que cette rencontre bouleverserait sa paisible existence à jamais...

"Gaea...Je suis revenue sur cette planète, après tant d'années. Comment est-ce possible ?", se dit-elle.

Quelques instants auparavant, elle se trouvait dans la cour d'un temple Shinto accompagnée de son époux et de leurs invités, juste après la célébration de la cérémonie de mariage. Et tout d'un coup, une colonne de lumière les avait emportés dans les cieux jusqu'à Gaea. Mais pour quelle raison ?

Hitomi baissa les yeux en direction de la bague qu'elle portait à l'annulaire: le cadeau de mariage de Tetsuo.

La petite pierre couleur rose pâle luisait d'un faible éclat; est-ce de l'Energist comme la gemme de son pendentif ?

Soudain son cœur faillit manquer un battement. Qu'est-il arrivé à Tetsuo ?

La jeune femme se rappelait seulement qu'il lui tenait la main lorsque la lumière les avait entrainés, avant de la lâcher un moment plus tard. Hitomi regarda autour d'elle, mais l'endroit était désert. La terrienne réprima un frisson et tenta d'identifier le lieu où elle se trouvait, ce qui s'avérait compliqué en raison de l'obscurité.

Devant elle se trouvait une vaste plaine et dans le lointain elle discernait l'orée d'une profonde forêt. Le paysage lui était vaguement familier et la jeune fille pensa qu'elle devait se trouver sur le territoire de Fanélia.

Cette dernière tenta de faire appel à ses souvenirs pour se diriger et gagner le village le plus proche. Elle devait rencontrer Van au plus vite. Cette colonne de lumière n'était pas apparue par hasard et peut-être qu'un nouveau danger menaçait Gaea.

Toutefois, la terrienne hésita, un bref instant, avant de pénétrer dans la forêt enténébrée, craignant de rencontrer l'un de ses terrifiants prédateurs. Elle se rappelait avec effroi que Fanélia était infestée de dragons. Hélas, celle-ci n'avait guère le choix et elle se mit en route, tentant de trouver son chemin malgré l'obscurité et la peur que faisait naitre en elle cet endroit.

Tout était silencieux et seuls les hululements des hiboux et les cris des animaux nocturnes résonnaient dans la nuit. Hitomi avançait d'un pas décidé, tenant fermement sa robe pour l'empêcher de s'accrocher aux buissons de ronces et aux branches basses des arbres. Bientôt, la forêt s'éclaircit et c'est avec soulagement qu'Hitomi aperçut une route. Peut-etre qu'en la suivant, elle parviendrait à un village ! Hitomi marcha un moment le long du chemin et remarqua que le paysage se faisait plus vallonné. Elle grimpa jusqu'au sommet d'une petite colline afin de pouvoir observer les alentours depuis une hauteur et se situer dans cet environnement étranger. Du haut de la colline, Hitomi aperçut dans le lointain, en contrebas et nichée au cœur de la vallée des dragons, la ville de Fanélia. Son cœur bondit de joie dans sa poitrine et un large sourire éclaira son visage. Hélas, sa joie fut de courte durée, car des nuages noirs s'amoncelèrent dans le firmament et le tonnerre se mit à gronder, sinistre annonciateur d'un orage. Hitomi grimaça et malgré la gêne occasionnée par sa longue robe de mariée, elle s'empressa de redescendre de la colline et de prendre la direction de Fanélia.

Ce soir-là, une fois couché, Van ne parvint pas à s'endormir tant le souvenir d'Hitomi hantait son esprit. Allongé sur son lit, le jeune roi observait les ombres dansantes que faisaient naitre les rayons lunaires sur les murs de sa chambre. Des heures durant, celui-ci se repassa mentalement le film des derniers évènements. Après la tombée de la nuit, alors qu'il se trouvait sur le toit du palais, en compagnie de Merle, la gemme de son pendentif s'était illuminée ! L'espace d'un instant, Van avait eu une vision et crû ressentir la présence d'Hitomi. Était-ce un signe ? L'indication qu'Hitomi était revenue sur Gaea ou qu'il devait tout quitter pour aller la retrouver ? Bien des fois, cette idée lui était venue à l'esprit mais il était un roi et ne pouvait pas abandonner son peuple.

Cependant, Hitomi lui manquait terriblement, mais Van craignait de se bercer d'illusions. Tant de fois, le jeune homme avait espéré son retour, rêvé d'elle et s'était réveillé au petit matin en s'apercevant que tout cela n'était qu'une illusion, le fruit de son imagination.

La jeune fille était partie à jamais et il devait accepter son choix, même si cela le faisait souffrir. La terrienne avait voulu regagner la lune des illusions, sa patrie natale, et Van désirait la savoir heureuse auprès des siens.

Néanmoins, Van conservait précieusement son souvenir, enfoui au plus profond de son cœur, et tentait d'aller de l'avant en se consacrant entièrement à son devoir de monarque. Du reste, Hitomi pensait-elle encore à lui après tant d'années ? Au début, leur lien était si puissant, mais au fil du temps celui-ci s'était affaibli, et même l'image de la jeune fille devenait de plus en plus floue dans son esprit. Pourrait-il la reconnaitre après plus d'une décennie ?

L'annonce de son grand chambellan, lui rappelant l'obligation de se marier, avait ravivé une ancienne blessure mal cicatrisée. Au fond de lui, même s'il refusait de se l'avouer, Van avait toujours espéré qu'un jour Hitomi reviendrait…Et inconsciemment, ce dernier avait toujours reculé l'échéance qui devait le mener à conclure un mariage, bien qu'il sache cette issue inéluctable. A présent, le jeune monarque se trouvait acculé et ne pouvait plus reculer face à ses responsabilités ; tout comme jadis il avait terrassé le dragon, à la place de son frère, afin de pouvoir monter sur le trône.

Pourtant à la tombée de la nuit, Van avait ressenti si fort la présence d'Hitomi qu'il se sentait troublé. Le jeune homme ne cessait pas de se retourner dans son lit, l'esprit torturé et ne parvenant pas à trouver le sommeil. N'y tenant plus, ce dernier repoussa ses draps et se leva afin de s'habiller à la hâte. Il devait en avoir le cœur net et tant pis si son imagination lui jouait un mauvais tour.

Hitomi marchait à vive allure, espérant devancer l'orage qui menaçait d'éclater d'un instant à l'autre. Le vent soufflait violemment et elle avait de plus en plus de mal à avancer à travers l'obscurité. Pourtant, elle continuait à suivre la route qui descendait en direction de Fanélia, peinant à marcher à cause de ses escarpins et de sa longue robe de mariage. Bientôt, la jeune femme ne ressemblerait plus à une belle mariée à cause de la boue qui maculait le bas de sa robe.

Soudain, le tonnerre gronda violemment et des éclairs zébrèrent le ciel dans des éclaboussures de lumières. Quelques secondes plus tard une pluie glaciale s'abattit. Hitomi serra les dents en sentant les gouttes glacées et continua à marcher malgré l'averse. Elle poursuivit un moment puis s'arrêta à bout de souffle et frigorifiée. Hitomi inspecta du regard les alentours, cherchant un endroit pour s'abriter c'est alors que cette dernière remarqua à proximité la forme d'un mausolée de marbre blanc.

En s'approchant, la jeune fille remarqua qu'elle se trouvait dans le lieu où les membres de la royauté Fanélienne étaient enterrés. Une atmosphère solennelle régnait dans cet endroit, dédié aux défunts, et la terrienne remarqua la présence de statues monumentales, représentants les souverains et les héros du Royaume. Elle reconnut l'une d'entre elles qui n'était autre que celle de Folken, le frère décédé de Van. Réalisée en marbre opalescent, la statue le montrait ailes déployées, tenant un livre dans une main et un globe dans l'autre.

Cette représentation voulait sans doute rendre hommage à l'intelligence et au talent stratégique de l'ancien prince Fanélien. Hitomi contempla ce Folken pierreux avec nostalgie et avança jusqu'aux pieds de l'immense statue, cherchant à s'abriter de la pluie sous les ailes marmoréennes.

Tandis que la jeune fille s'approchait, son cœur se mit à battre plus fort et des souvenirs lui revinrent, datant de l'époque de la grande guerre durant laquelle Folken était mort. Tout d'un coup, la vision d'un charriot trainé par des chevaux noirs et conduit par un ange aux ailes couleur de nuit, brandissant une faux, se matérialisa non loin d'elle. Hitomi poussa un cri et chancela, manquant de tomber en avant, et parvint à se rattraper de justesse à la statue de Folken. La vision disparut aussitôt, laissant la terrienne tétanisée.

Quand elle eut retrouvé son calme, la jeune fille se recroquevilla contre la statue, pensant que cette vision incarnait un présage funeste. Cette sombre apparition ne pouvait pas représenter une simple coïncidence et cherchait à la prévenir d'une menace. Dès que la pluie se calmerait, elle reprendrait la route qui menait à Fanélia.

Van sortit du palais de Fanélia, à cette heure tardive et en raison de l'orage, la ville était quasiment déserte. Le jeune homme, incapable de trouver le sommeil, sentait que son cœur lui intimait de sortir de la cité. Le monarque Fanélien pensait à Hitomi et ressentait l'envie de se rendre là où ils avaient échangé leurs adieux, avant le départ définitif de la terrienne.

Van savait qu'il avait de fortes chances d'être déçu, mais le fait que son pendentif se soit subitement illuminé laissait entrevoir une lueur d'espoir. Le jeune roi, revêtu d'une longue cape, pour se protéger des intempéries quitta la ville à la hâte. Ce dernier ne craignait pas l'orage, habitué dès son plus jeune âge à s'entrainer, malgré la rudesse du climat, afin de s'endurcir. Par ailleurs, ce dernier appréciait la musique jouée par le clapotis de la pluie et la sensation du vent humide sur son visage.

Le souverain se rendit directement à l'endroit où il avait étreint Hitomi pour la dernière fois, le cœur empli d'espérance. Cela faisait plus d'une décennie à présent. Hélas, Hitomi ne se trouvait pas là et Van ravala sa déception, se fustigeant intérieurement pour sa stupidité. Tandis que celui-ci s'apprêtait à regagner le palais, il remarqua que son pendentif oscillait en direction du mausolée royal.

Toujours recroquevillée à l'abri de la statue, Hitomi attendait la fin de l'orage, grelotant de froid. Des gouttelettes de pluie s'écoulaient le long de sa chevelure et elle ne désirait qu'une chose, prendre un bain chaud et aller dormir. Sa longue marche sous une pluie battante l'avait épuisée.

Hitomi grimaça en imaginant la réaction des invités en voyant apparaitre une colonne de lumière. Tetsuo aussi devait être terriblement inquiet.

Elle aurait bien du mal à trouver une explication logique à son retour sur terre, mais pour le moment elle préférait ne pas y penser. La seule chose qui importait était de prévenir Van d'une éventuelle menace et de l'aider de son mieux. L'orage semblait se calmer et la jeune femme se leva, prête à repartir vers Fanélia.

Tout d'un coup, Hitomi entendit des pas qui se dirigeaient dans sa direction et discerna une silhouette masculine vêtue d'une cape. La jeune fille demeura immobile, n'osant pas bouger et malgré la fine pluie et la brume, elle reconnut les traits de l'homme qui s'avançait. La terrienne crut que son cœur allait s'arrêter de battre dans sa poitrine.

La violente pluie s'était transformée en bruine, rendant l'atmosphère nocturne froide et brumeuse. Un parfum de la terre mouillée imprégnait l'air. Van avançait calmement à travers ce voile opaque et vaporeux jusqu'au mausolée royal. Cet endroit se trouvait à l'extérieur de la ville, ce qui avait sa destruction lors de l'incendie de la ville par les Zaibachers. Depuis des siècles, c'était là que reposaient les souverains Fanéliens et les membres de la famille royale.

Le souverain était plongé dans ses pensées, lorsque qu'il remarqua à travers le brouillard la silhouette d'une femme habillée en blanc, mais il ne parvenait pas à distinguer son visage. Elle se tenait debout, contre la statue de marbre blanc représentant Folken avec les ailes déployées, tel un ange.

Plus ce dernier se rapprochait et plus son cœur se mettait à battre plus fort. Est-ce qu'il était en train de rêver ? Quand Van s'arrêta à proximité de la jeune femme, il comprit que le doute n'était plus permis. La pluie venait de cesser et la lumière des deux lunes éclairait l'atmosphère des lieux et le visage de la femme en blanc. C'était Hitomi.

- Hitomi…murmura-t-il. C'est bien toi après toutes ses années ? Dis-moi que ce n'est pas un rêve ou une illusion.

- Van ! s'écria la terrienne, les yeux embués de larmes, tu ne rêves pas, c'est bien la réalité ! Je suis de retour sur Gaea.

Puis elle s'élança dans ses bras, comme elle l'avait fait plus d'une décennie en arrière. C'était si grisant de revoir son premier amour de manière inattendue et la nostalgie la ramena à l'époque de ses quinze ans. Serrée contre le corps chaud de Van, Hitomi reconnut son parfum, cette odeur de vent et d'herbe fraiche, elle croyait l'avoir oublié et voilà que celle-ci se rappelait à elle avec intensité.

Van la serra contre lui avec tendresse et quand leur étreinte s'acheva, ils s'examinèrent l'un l'autre, avec un étonnement mêlé d'amusement. Van avait bien changé et Hitomi aussi. Tous deux étaient des adultes à présent.

- Hitomi tu as changé, tu es devenue très belle, dit Van en souriant. Pourtant, je t'aurais reconnu entre mille.

- Toi aussi tu as changé Van, répondit la terrienne d'un ton malicieux. Tu as tellement grandi.

Van n'était plus l'adolescent de son souvenir, mais s'était transformé en un très bel homme, aux traits réguliers et à la stature imposante. Sans être aussi grand que son frère Folken ou un véritable colosse comme son père Goau, Van possédait un corps élancé et athlétique. A présent c'était un homme et son physique était débarrassé des derniers vestiges de l'adolescence.

- Tant d'années ont passé depuis ton départ, je n'étais qu'un adolescent à l'époque. Maintenant je suis un homme. Hitomi, j'ai tellement espéré ton retour, même si je refusais de me l'avouer, mais tu n'es jamais revenue jusqu'à aujourd'hui…

Soudain, Hitomi arbora un air grave et ses prunelles de jade s'assombrirent :

- Van, je dois te dire une chose importante….

Le jeune homme posa délicatement deux doigts sur les lèvres de la terrienne avant qu'elle n'achève sa phrase.

- Tu me le diras plus tard, rentrons d'abord à Fanélia. Tu es complétement trempée et j'ai peur que tu ne finisses par prendre froid.

En effet, Hitomi grelottait dans sa robe mouillée et son visage était livide. Le roi Fanélien retira à la hâte sa cape pour en envelopper la jeune femme.

- Van, ne t'inquiètes pas, tout ira bien, assura-t-elle en sentant ses joues s'empourprer.

Mais avant qu'elle n'ait le temps de protester, le jeune homme la souleva et la prit dans ses bras.

Puis tenant fermement Hitomi contre lui, Van déploya ses longues ailes blanches et s'envola avec la jeune femme vers Fanélia. Bercée et enveloppée dans la douce chaleur qui émanait de lui, Hitomi ferma les yeux, épuisée par son périple et toutes ses émotions. Sans s'en apercevoir, elle sombra dans un profond sommeil.

Quelques heures plus tard, Hitomi se réveilla couchée dans un lit. Son oreiller avait une odeur de lavande et elle sentait le moelleux des draps. Encore ensommeillée, la jeune fille ouvrit les yeux, se demandant si les évènements de la veille n'était qu'un rêve. Peut-etre qu'elle allait trouver Tetsuo endormi, à ses côtés, et rirait bien d'avoir imaginé toute cette histoire. Hitomi tourna la tête sur le côté, mais il n'y avait personne d'autre.

Totalement éveillée à présent, cette dernière se redressa et découvrit qu'elle se trouvait dans un grand lit, à baldaquin, au milieu d'une chambre inconnue.

Elle examina ce lieu étranger avec curiosité et remarqua un feu qui brûlait dans l'âtre, diffusant une agréable chaleur dans la pièce. Les murs étaient décorés par des tapisseries représentants des scènes champêtres et de chasse. Il y avait également des blasons ornés des armoiries de Fanélia.

La pièce comportait un mobilier en bois précieux, composé d'une table avec des chaises, d'armoires et de malles. Cette décoration lui conférait un aspect sobre et élégant. Alors qu'Hitomi s'apprêtait à repousser les couvertures pour se lever et inspecter cette chambre à sa guise, celle-ci remarqua qu'elle était entièrement nue.

Tout d'un coup, la voix de Van retentit.

- Tu te réveilles enfin, cette nuit tu t'es endormie dans mes bras pendant le retour vers le palais.

Le jeune homme se trouvait à côté du lit, dans un coin sombre de la chambre, la tenture du lit à baldaquin masquait en partie sa présence.

Hitomi s'empressa de remonter les couvertures jusqu'à son menton en rougissant. Visiblement, ce dernier l'avait veillée toute la nuit.

- Tu m'as fait une peur bleue, tu étais grelottante et avec cette pluie j'avais peur que tu n'attrapes froid. Je ne me sentirais rassuré que quand tu auras vu le guérisseur.

- Mais…où sont mes vêtements ? balbutia Hitomi, embarrassée à l'idée que c'était Van qui l'avait déshabillée avant de la mettre au lit. D'autant plus qu'elle ne se rappelait de rien !

Devinant son trouble, Van répondit d'un ton calme et espiègle :

- Ne t'inquiète pas, ce n'est pas moi qui t'es mise au lit. Après t'avoir ramenée au palais, l'une des servantes s'est occupée de toi. Elle t'a déshabillée et ta robe a été emmenée au nettoyage. Je suis simplement resté à tes cotés toute la nuit car je voulais être présent au moment où tu te réveillerais. Maintenant que c'est fait, je vais appeler le guérisseur pour lui demander de t'examiner, je veux être certain que tu vas bien.

Ensuite, le jeune homme quitta la pièce et Hitomi fut occultée par le guérisseur qui la rassura sur son état de santé. Par chance, elle n'était pas tombée malade malgré le temps passé sous une pluie glacée.

Une fois seule, la jeune femme inspecta la pièce et trouva plusieurs robes dans la penderie, ainsi que plusieurs paires de chaussures. Cette dernière opta pour une robe bleu pâle, joliment brodée à la mode Fanélienne, et enfila des sortes de ballerines noires. Avant de s'habiller, elle utilisa une bassine d'argent remplie d'eau fraiche pour faire sa toilette. Et pour terminer, elle coiffa ses cheveux et les laissa détachés.

Une fois prête, Hitomi sortit de la chambre, mais elle eut à peine le temps de faire quelques pas, qu'une voix flûtée retentit :

- Hitomi !

La terrienne tourna la tête et aperçut une femme-chat, à la chevelure rose et bouclée, qui se précipitait vers elle ! Cette dernière se jeta dans les bras d'Hitomi, manquant de la faire tomber à la renverse.

- Toi tu ne peux être que merle ! s'exclama Hitomi en riant.

- Oui c'est bien moi ! ça fait tant d'années que maitre Van et moi attendions ton retour ! Et enfin tu es là ! Je suis si heureuse.

La jeune fille sentit son cœur se serrer. Est-ce qu'elle aurait le courage de leur avouer qu'elle n'était pas revenue sur Gaea de sa propre volonté, mais à cause de la colonne de lumière ? Comment expliquer un tel phénomène ? La terrienne doutait qu'un s'agisse d'un hasard.

- Viens avec moi, Maitre Van t'attends ! Il est impatient de pouvoir te parler.

Merle entraina Hitomi dans les couloirs labyrinthiques du palais et bientôt Hitomi se retrouva de nouveau en compagnie de Van. Il était seul et la jeune femme regarda autour d'elle s'attendant à trouver une armée de serviteurs, mais il n'y avait personne d'autre. Merle aussi en avait profité pour s'éclipser.

A présent, ils se trouvaient seuls sur un balcon d'où Hitomi pouvait contemplait la ville. Cette dernière s'émerveilla en voyant à quel point Fanélia avait changé depuis son départ, la ville était plus grande et plus splendide que jamais. Même avant sa destruction, la cité était loin d'atteindre un tel niveau de splendeur et ce travail titanesque était l'œuvre de Van.

C'est à peine si j'arrive à reconnaitre la ville, dit-elle à l'attention du jeune roi. Quand je suis partie, vous étiez en pleine reconstruction. Plus de dix ans ont passés depuis cette époque….Cela me semble si loin et si proche à la fois.

- Oui, mais malgré ton départ et toutes ces années, une part de moi espérait que tu reviendrais.

- Je suppose que tu as fait ta vie, treize ans, c'est long, répondit Hitomi.

- J'ai connu plusieurs femmes après toi, mais jamais je n'ai pu t'oublier. Et hier, j'ai vu mon médaillon s'illuminé et ensuite je t'ai trouvée devant la statue de Folken.

La terrienne sentit une boule naitre dans sa gorge en songeant que durant toutes ces années, elle avait lutté pour se détacher du jeune homme et aller de l'avant. Lui en revanche, ne semblait jamais l'avoir oubliée et une pointe de culpabilité lui tirailla le cœur. Elle arbora soudain une expression solennelle :

- Van, ce n'est pas ce que tu crois, dit-elle en se mordant les lèvres. J'ai eu des visions récemment et une colonne de lumière m'a amenée jusqu'ici. Je crois qu'un danger menace Gaea.

Les mains de Van se crispèrent sur la balustrade du balcon. La jeune femme détourna les yeux pour ne pas voir l'expression de déception sur son visage.

- Je comprends.

Van avait l'impression que son univers s'écroulait, comme s'il venait de perdre une illusion à laquelle il se raccrochait. Lui qui durant tant d'années avaient espéré qu'Hitomi reviendrait de sa propre volonté et resterait sur Gaea. Ce dernier pensait naïvement qu'avec le temps qu'elle apprendrait à connaitre et aimer ce monde qu'elle jugeait si belliqueux et si terrifiant. Mais une fois de plus, il avait eu tort de se laisser aller à ses rêveries et à son idéalisme. Jadis, il avait laissé partir Hitomi, par amour et par respect pour elle, et une fois encore il respecterait son choix.

- Ainsi tu es revenu pour me prévenir, dit-il en tentant de garder une expression neutre malgré sa déception. Gaea est en paix depuis ton départ, du moins l'empire zaibacher a été mis sous tutelle et son armée démantelée. Bien sûr, ça ne veut pas dire qu'il n'existe aucune tension entre les nations, Gaea n'a jamais été une terre pacifique et ne le sera probablement jamais, comme c'était le rêve utopique de Dornkirk.

- Je sais, murmura Hitomi, mais j'ai l'impression qu'il se passe autre chose, quelque chose d'encore plus grave que la menace que représentait l'empire Zaibach.

Cette fois-ci, elle fixa Van et lorsqu'il tourna son visage vers elle, leurs regards se croisèrent et Hitomi crut y lire de la tristesse.

- De quelles visions s'agit-il ?

- C'est compliqué à résumer, mais j'ai vu ton frère décédé m'apparaitre et aussi des images de la destruction d'Atlantis et d'une femme ailée, certainement originaire de Gaea et qui avait atterri sur la lune des illusions. Elle chantait une mystérieuse chanson.

En voyant l'air intrigué de Van, qui apparemment voulait plus d'explications, Hitomi ferma les yeux et commença à fredonner les paroles de la chanson de Varna.

Cette fois-ci une expression d'étonnement s'afficha sur le visage du jeune homme et il resta bouche-bée un moment, avant de reprendre la parole :

- Je connais cette chanson, ma mère me la chantait lorsque j'étais enfant. Les paroles signifient :

"Au milieu de l'obscurité, le dragon se réveille. Le dragon renaît pour un cœur qui est engourdi par le froid. Le dragon s'en empare. Avec toi à mes côtés, le dragon sommeille. Sur les ailes du dragon, tes souhaits peuvent diverger. De tes souhaits peuvent naître un avenir destructeur, ou au contraire apporter le salut"

- La déesse ailée ? Le dragon ?

- Tout cela est très mystérieux mais je n'en sais pas plus. Ma mère ne parlait jamais de son passé.

Hitomi se rappela qu'ils avaient dû se rendre à la vallée des illusions pour en apprendre davantage sur les Atlantes et cette fois encore d'innombrables secrets demeuraient.

- Van, dit Hitomi avec douceur, même si une colonne de lumière est apparue sans que je sache pourquoi, je suis contente d'être là malgré tout. Ca fait si longtemps, mais revoir Fanélia fait naitre une forme de bonheur. Je ne pensais pas que j'éprouverais un tel sentiment…

- Mirana et Allen vont être ravis en apprenant ton retour. Après la mort de son père, Mirana a été couronnée reine d'Astoria.

Hitomi se sentit à nouveau coupable. Comment avait-elle pu les oublier ?

- C'est vrai qu'elle était la princesse héritière d'Astoria ! Je voudrais tellement tous les revoir !

Puis, elle ajouta en plongeant son regard d'émeraude dans celui de Van.

- Je ne peux pas abandonner ce monde, même si ce n'est pas le mien…Je me sens liée à cette planète. Je ne supporterais pas qu'il lui arrive quelque chose ainsi qu'à ses habitants.

- Donc tu vas rester Gaea pour le moment ?

Hitomi hocha la tête en signe d'acquiescement. Tous deux restèrent un moment silencieux, contemplant la ville en train de s'éveiller et les passants qui flânaient dans les rues, encore humides, en raison de l'orage nocturne. Puis, Van approcha lentement sa main de celle d'Hitomi qui était posée sur la balustrade du balcon. Cette dernière sentit des frissons lui parcourir le corps quand il effleura sa peau. Tant d'années avaient passées et pourtant ses émotions étaient toujours aussi intenses. Jamais, elle n'aurait cru que revoir son amour de jeunesse la troublerait autant. Le jeune homme paraissait si heureux de son retour. Comment pourrait-elle lui avouer qu'elle venait de se marier à un autre ?

- Hitomi, je…

- Van…

Le cœur d'Hitomi battait la chamade. Les lèvres de van esquissèrent un sourire tandis que ses prunelles aux reflets cramoisis la détaillaient, la laissant sans voix. Que comptait-il lui dire ?

- Majesté.

Van et Hitomi sursautèrent et s'éloignèrent l'un de l'autre en rougissant. Celui qui avait interrompu cette charmante discussion n'était autre qu'un des gardes du palais. Il s'inclina révérencieusement face à son souverain et poursuivit :

- Je vous prie de m'excuser votre Altesse, mais la séance du Conseil a déjà commencé et le grand chambellan doit absolument s'entretenir avec vous d'un sujet crucial pour l'avenir du royaume. Il m'a demandé de venir vous chercher.

- Dites-lui que j'arrive immédiatement, répondit Van d'un ton désappointé.

Ensuite, il se tourna vers la jeune fille, affichant une expression pleine de regrets.

- Hitomi, je suis navré mais je dois absolument y aller. Cela fait partie de mon devoir de roi mais je te rejoindrais dès que j'en aurais terminé avec ça. Merle te tiendra compagnie en attendant, je sais à quel point vous vous entendez bien, termina-t-il avec un léger sourire.

Après le départ de Van, la terrienne ne resta pas seule longtemps car Merle s'empressa de la rejoindre.

- Alors vous avez bien discuté tous les deux ? demanda Merle d'un ton malicieux et plein de sous-entendus. Lequel d'entre vous a fait sa déclaration le premier ?

- Voyons Merle ! Il ne s'agit pas du tout de ça !

- Ah oui ?

- Gaea court certainement un danger, j'ai un mauvais pressentiment. Je crois que c'est la principale raison pour laquelle je suis revenue ici.

- Oh…

La voix de la fille-chatte exprimait sa déception et Hitomi s'en voulait de lui causer, à elle aussi, une telle désillusion.

- Mais ça ne veut pas dire que je ne suis pas heureuse de vous revoir et que nous ne pourrons pas vivre à nouveau de belles aventures, rajouta la jeune fille.

Le visage de Merle s'illumina de joie et elle saisit la main de la terrienne pour l'entrainer à sa suite.

- Pour commencer je vais te faire visiter la ville, Fanélia a beaucoup changé ! Mais avant ça allons manger quelque chose, je suis certaine que tu dois être affamée !

- Et bien…

Hitomi n'eut pas le temps d'achever sa phrase que son estomac se mit à gargouiller, semblant répondre à sa place. Les deux jeunes filles éclatèrent de rire puis Merle conduisit son amie jusqu'aux cuisines du palais, où le chef cuisinier leur prépara un délicieux repas. Après cela, la fille-chat emmena la terrienne flâner dans les rues de la cité. Certains Fanéliens qui avaient participé à la grande guerre, reconnurent celle qui était autrefois connue sous le surnom de la fille de la lune des Illusions.

Merle l'emmena même au marché où Hitomi reçut plusieurs babioles de la part des marchands. Elle les accepta avec joie, débordante de gratitude envers la gentillesse et l'hospitalité des Fanéliens.

- Et si nous allions visiter les enfants de l'orphelinat ? Proposa Merle. Il se trouve un peu à l'écart de la ville.

- Pourquoi pas, mais est-ce que nous ne risquons pas de rentrer tard ?

- Ne t'inquiète pas, ce n'est pas très loin et maitre Van est très occupé avec les audiences et la séance avec ses conseillers. Il en a encore pour plusieurs heures.

Hitomi songea que l'existence d'un roi, vue de l'extérieur pouvait sembler privilégiée, mais comportait d'innombrables contraintes. Surtout pour quelqu'un doté d'un tempérament impétueux comme Van.

Les deux jeunes femmes sortirent de la ville et prirent le chemin qui menait à l'orphelinat. Tout d'un coup, elles aperçurent des soldats, en provenance de la forêt avoisinante, qui ramenaient un prisonnier, ligoté à l'intérieur une charrette tirée par des chevaux.

- Les soldats de Fanélia ont capturé quelqu'un dans la forêt, c'est peut-etre un espion ou un brigand, chuchota Merle.

Les soldats les dépassèrent et en voyant passer la charrette emmenant le captif, Hitomi mis sa main sur sa bouche pour ne pas crier. L'homme ligoté, à demi-inconscient, avec son costumé maculé de boue n'était autre que Testuo ! La colonne de lumière l'avait aussi amené sur Gaea.