De Jouissance Pourpre

Par : LittleRobbin

CHAPITRE CINQ

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« On dit souvent que tel ou telle "ne s'est pas encore trouvé". Mais la personnalité ne se trouve pas : elle se crée.»
—Thomas Szasz

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La première fois qu'il sollicita réellement le réconfort de Granger fut exactement un an et six mois après son arrivée, une loque sanglante qui convulsait sur le sol de la maison où il vivait désormais. Il ne se rappelait pas tellement de cette nuit-là. En réalité, la plupart de ses souvenirs de cette période étaient plus que flous (Il mettait cela sur le compte des six heures de torture ininterrompue qu'il avait subies). Il ne savait pas comment Rogue l'avait amené au Square Grimmauld. Il ne savait pas s'il y avait eu une lutte, ou s'il avait simplement été accepté comme la masse à moitié morte qu'il était. Ce qu'il savait, par contre, était que l'endroit lui foutait toujours autant les jetons. Et la sensation était maintenant décuplée par le fait que Loufoca – non, Luna – Lovegood était sortie de St. Mangouste.

Peut-être qu'elle avait catégoriquement refusé d'être isolée dans la campagne ou peut-être avait-il été décidé que le Square Grimmauld était réellement le lieu le plus sûr – Drago n'en savait rien, mais après cinq jours passés au milieu de toutes les femmes de la maison occupées à discuter de prénom éventuel de bébé, de technique d'accouchement et d'écoles (des écoles, par la barbe de Merlin ! La chose ne ressemblait sûrement à rien de plus qu'à une crevette à ce stade !), il était à deux doigts de se tuer. Il avait l'impression qu'il n'était pas le seul. Tout du moins, Dean et Neville furent plus qu'heureux de se porter volontaire avec lui lorsque Shacklebolt sollicita un petit groupe. C'était seulement supposé être une mission bénigne – le travail d'une heure, avait dit Shacklebolt.

Toutefois, l'artéfact douteux qu'ils étaient censés inspecter s'avéra n'être qu'une simple distraction mise en place par les six Mangemorts qui les attendaient en cachette. Il y avait une règle entendue entre les soldats – ne jamais tuer les plus jeunes. Le racisme et la haine n'avait pas d'âge limite – Drago en était la preuve vivante – et Voldemort n'avait pas de scrupule à envoyer des enfants, aussi jeunes que quinze ans, mourir pour lui. Ils étaient arrogants et sans expérience et aveuglés par leurs préjudices – et cela les rendaient encore plus dangereux. Il n'y avait pas de technique avec eux, pas de stratégie à suivre. Leur comportement était contrôlé par leurs hormones, lorsqu'il n'était pas dicté par leur haine.

Même le piège qu'ils avaient créé était amateur, un fait qui poussa Drago à sérieusement remettre en question les aptitudes des Aurors du Ministère. Cela ne nécessita qu'un peu de réflexes aiguisés et capacité de viser juste pour que cinq des jeunes soient mis hors d'état de nuire. Et puis Neville laissa échapper un cri et il se retrouva coincé, sa baguette inutile à ses pieds, le seul Mangemort qui avait été assez malin pour se cacher le tenant en joue, le bout de baguette enfoncée contre sa gorge. Pendant un instant saisissant, Drago eut un blanc. Il ne pensa plus ni aux règles, ni à l'âge, ni à d'autres alternatives. Un seul sort émergea de sa bouche, et le Mangemort tomba mort devant Neville.

C'était généralement à ce moment-là que Drago détournait le regard. Il ne supportait pas d'attendre que l'illusion du masque argenté se dissipe, divulguant la réelle identité de l'ennemi. Quelqu'un qui pouvait être une mère, un père, un oncle, un neveu. Quelqu'un à côté duquel il s'était peut-être assis en cours de Potions durant six ans. Mais à cet instant, c'était comment si une sorte de force invisible avait pris le dessus et il ne put pas, ne voulut pas ôter ses yeux de sa victime. Le masque fléchit et s'évanouit et Drago se retrouva nez à nez avec le visage d'une fille. Elle ne devait pas avoir plus de seize ans, ses joues encore rondes, vestiges d'une adolescence ingrate, la lueur de son Avada encore présente dans ses yeux.

Les autres avaient dû voir – avaient sûrement dû voir – mais pas un mot ne fut échangé alors qu'ils appelaient les renforts et attendaient que leurs prisonniers soient transférés dans des cellules quelque part. De retour dans la cuisine du Square Grimmauld, Drago refusa le verre qu'on lui offrit et courut jusqu'à la salle de bain la plus proche où il vomit ce qui lui semblait être tout le contenu de son estomac. Lorsqu'il n'y eut plus rien que de la bile, il fit disparaître le tout et se brossa les dents méticuleusement. (Il ne parvint pas à se débarrasser du goût amer). Il fut quelque peu surpris de découvrir que Dean l'attendait de l'autre côté de la porte.

« Je voulais juste voir si tu... si ça allait. Enfin tu vois. » Il haussa les épaules gauchement, et Drago était soudain très conscient du fait que la petite amie de cet homme avait été violée et torturée dans les cachots de la maison de son enfance.

« Je vais bien, » dit-il sa voix rauque d'avoir tant vomi.

Dean acquiesça. Se retourna pour partir. Hésita. « Tu sais, » commença-t-il, évitant toujours le regard de Drago, « avec ses stupides masques, c'est difficile de se rendre compte. Tu n'aurais pas pu savoir. »

Drago chercha quoi répondre mais il n'y avait rien à dire et, de toute façon, Dean se dirigeait déjà vers la chambre qu'il partageait avec Luna et Fred Weasley. Drago grimaça à l'idée de retourner dans la chambre qu'il occupait désormais avec Neville. Même là où il se trouvait actuellement, quatre portes plus loin, il pouvait entendre les ronflements bestiaux du jeune homme débouler vers lui. Il s'imagina grimper dans le lit froid et étroit et rester couché là des heures durant avec ses ronflements pour seule compagnie. Il prit alors une décision et se dirigea vers la direction opposée.

La chambre de Granger se situait au dernier étage et il devait prendre l'escalier pour l'atteindre. Elle devait être endormie mais le bruit qu'il fit en ouvrant facilement la porte verrouillée la réveilla et il fut accueilli par masse de cheveux broussailleux au cerveau visiblement encore embrouillé par le sommeil qui brandissait sa baguette vers le mauvais côté. Sa main tâtonna sur la table de chevet et la lumière de la lampe envahit la pièce.

« M… Malefoy ? » Grommela-t-elle, sa voix pâteuse de sommeil, et le retour à son nom de famille le blessa plus qu'il ne voulait l'admettre. « Qu'est-ce que tu fais ? »

Drago ferma la porte derrière lui, la verrouillant en un clic silencieux. « Soit je dors là avec toi, soit tu vas avoir le meurtre de Neville sur la conscience. »

« Quelle heure est-il ? » Elle sursauta lorsqu'il retira ses lourdes bottes.

« Tard. Ou tôt. Tout dépend de comment on voit les choses. » Il passa son pull au-dessus de sa tête et c'est cela qui sembla tirer Granger de sa stupeur. A n'importe quel autre moment, sa réaction aurait été comique. Ses yeux s'écarquillèrent, et ses joues s'empourprèrent, son regard se dirigea vers le plafond, le sol, la fenêtre – n'importe où excepté vers son torse nu.

« Drago ! Qu'est-ce que tu fous ? » Chuchota-t-elle furieusement. « Tu ne peux pas débarquer dans ma chambre et te déshabiller ! »

« Il n'y a pas assez de lits, » mentit-il. « Je croyais que nous étions amis. »

Comme prévu, cela sembla couper court à ses protestations. « Nous le sommes ! »

« Alors, ça va, non ? » A la vue de son expression paniquée, il soupira lourdement. « Relaxe, Granger. Je vais garder mes sous-vêtements. » Ses yeux menacèrent de sortir de sa tête lorsqu'il défit son jean, le baissant jusqu'à ses chevilles avant de le repousser sans ménagement sur le côté. Il s'attendit à ce qu'elle proteste à nouveau ou, tout du moins à ce qu'elle pousse un cri indigné. Mais seul le silence lui répondit et il se tourna pour trouver la jeune femme en train de le scruter de cette façon particulière qu'elle avait qui provoquait son Occlumencie, même tout en sachant qu'elle n'était en aucun cas douée en Légilimencie. « Quoi ? »

« Tu sembles… » Elle s'interrompit, mordillant sa lèvre inférieur.

« Je semble quoi ? » demanda-t-il quelque peu agité.

« Tu sembles comme avant. » dit-elle avec désinvolture. « Ton expression est si froide. Est-ce qu'il s'est passé quelque chose lors de la mission ? »

Il avait l'impression d'avoir un bloc de glace au fond de l'estomac. Il ne dit rien, satisfait du faible cri qu'elle émit lorsqu'il tira les couvertures sans même demander sa permission. Le haut dans lequel elle dormait avait sans doute appartenu à un homme et elle tenta de recouvrir ses cuisses, tirant frénétiquement sur le tissu. Il ignora son trouble et se glissa aisément à ses côtés. Il avait espéré qu'elle lâcherait l'affaire, mais elle le fixait déjà de cette façon à nouveau. Il poussa un grognement agacé.

« Pour une fois dans ta vie, laisse tomber, Granger, d'accord ? » Il n'attendit pas de réponse et fit semblant de ne pas voir sa grimace lorsqu'il se pencha par-dessus elle pour éteindre la lumière. Les minutes passèrent. Il ferma les yeux et pria pour que le sommeil l'emporte. Sans succès. Son regard seul était comme une troisième présence pesante. Il soupira et jeta un œil sur sa forme dans l'obscurité. « Qu'est-ce qu'il y a cette fois ? »

« Il n'y pas assez de place pour nous deux ! » lança-t-elle en lui donnant un coup de coude. « Pousse-toi un peu ! »

« Oh pour l'amour de-» Il tendit le bras et la tira vers lui, plaçant son corps dans le creux de ses bras, son dos pressé contre son torse. « Voilà, contente ? »

« Tu aurais pu au moins me prévenir, » marmonna-t-elle en réponse. Mais peut-être avait-elle senti que ce soir n'était pas le moment pour une de leur dispute puériles parce qu'elle n'ajouta rien d'autre et, petit à petit, elle commença à se détendre. Ils demeurèrent silencieux pendant un long moment, sans qu'aucun d'eux ne s'endorment pour autant. A chaque fois que Drago fermait les yeux et essayait de sombrer dans l'inconscience, son esprit se retrouvait submergé par l'image de cette fille, par la manière dont ses traits resteraient à jamais figés dans cette expression horrifiée en réalisant que le jet vert se dirigeait droit vers elle. Il se demanda si elle avait des parents qui attendaient son retour ce soir, des frères ou sœurs qui mettaient en place des farces pour lui faire peur lorsqu'elle passerait la porte.

« Drago ? » murmura-t-elle, mais il sursauta comme si elle avait hurlé à son oreille.

« Quoi ? »

« Tu trembles. »

En effet. Le bras qui enveloppait sa taille frissonna violemment en réalisant qu'elle disait vrai et il serra le poing en essayant de se contrôler. « Endors-toi, Granger. »

« Es-tu blessé ? Veux-tu que j'aille chercher des potions antidouleur ? » L'idée était tentante – cela réussirait sûrement à l'assommer. Mais sa tête de secoua sans qu'il le veuille. Puis la main de Granger, hésitante et incertaine, se leva pour toucher son bras. Il pensa qu'elle s'était attendue à ce qu'il l'engueule car elle ne fit rien au début et quand sa main bougea dans une caresse réconfortante le long de son avant-bras ; son geste était trop indécis, trop timide. Il laissa échapper un long et tortueux soupir.

« Dis-moi quelque chose que j'ignore sur toi. »

Elle se raidit, peut-être parce que c'était la première fois qu'il prenait l'initiative d'entamer ce genre de conversation, ou peut-être était-ce simplement le résultat de son souffle chaud contre sa nuque lorsqu'il avait chuchoté ces mots. Le silence plana pendant presque une minute avant qu'elle ne parle à nouveau. « Je ne suis pas une enfant unique. »

Ce n'était pas là l'anecdote enfantine à laquelle il s'était attenu et il leva la tête légèrement de l'oreiller, afin de la questionner du regard. « Quoi ? »

« Je ne suis pas enfant unique, » répéta-t-elle patiemment. « J'ai jeté un Oubliettes à mes parents avant la guerre. Je ne sais pas où ils se trouvent. J'ai effacé ce détail de ma mémoire au cas où… juste au cas où. Mais Shacklebolt garde un œil sur toutes les familles qui se cachent, et nous tient au courant de ce qui se passe. Il y a deux ans, ma mère a eu un bébé – un garçon. Ils l'ont appelé Lucas. »

Elle se retourna dans ses bras afin de lui faire face, leurs visages à quelques centimètres l'un de l'autre. « Que s'est-il passé aujourd'hui ? »

Il ferma les yeux. « Pas de mensonges ? »

« Pas de mensonges. »

« J'ai tué une enfant. » Son aveu tomba dans le cœur du silence et Drago ne put réprimer la grimace que cela lui inspira. Il attendit qu'elle lui dise que ce n'était pas de sa faute – qu'il n'aurait pas pu savoir à travers le masque, et que ça aurait pu arriver à n'importe qui. C'était pourtant le problème. Il avait su. Au fond de lui-même. C'était apparent dans l'inexpérience de l'adolescente, dans la façon dont elle hésitait à tuer. Il aurait pu simplement choisir de l'assommer. Mais il ne l'avait pas fait.

« Plutôt elle que toi. » Ses yeux s'ouvrirent sous le choc. A travers l'obscurité, il pouvait à peine distinguer la silhouette de son visage, ses yeux étaient grands ouverts, ses lèvres légèrement entrouvertes. Lorsqu'il ne répondit pas, elle leva la main et saisit son menton avec plus de force qu'il ne l'en aurait cru capable. « Plutôt sa mort que la tienne, » répéta-t-elle. Elle retourna dos à lui un peu plus tard et peut-être imagina-t-il qu'elle se rapprocha de lui. Drago posa sa tête sur l'oreiller et lorsqu'il se retrouva nez à nez avec une poignée de sa crinière indomptable, il inspira profondément et choisit de ne pas explorer l'idée que peut-être ses cheveux n'étaient si mal que ça après tout.

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Hermione revint de mission gelée, fatiguée et au bord des larmes, pour trouver Drago et Neville en train de valser à travers le salon. Leur public – qui consistait essentiellement de Luna, Dean, Fred et une Mme Weasley gloussante – applaudissait avec enthousiasme alors qu'ils entamaient leur dernier tour avant de se tirer la révérence. Hermione se tint figée sur le pas de la porte, se demandant si elle ne s'était pas évanouie et si tout ceci n'était qu'un rêve.

« Oh, Hermione chérie ! » Articula Mme Weasley à travers ses rires, tamponnant ses yeux du bout de son tablier. « Je ne t'avais pas vue. »

« Qu'est-ce qui se passe ? »

« Drago est en train d'apprendre à danser à Neville, » répondit Luna. Elle croisa les mains sur son ventre arrondi et Hermione dut se faire violence pour ne pas la fixer. Ses mots mirent un long moment pour remonter au cerveau d'Hermione.

« D'accord, » dit-elle et Drago esquissa un rictus à la manière dont elle prononça ce mot. « Et y a-t-il une raison particulière pour laquelle Drago apprend à danser à Neville ? »

« Chaque jeune homme se doit de savoir comment valser ! » rétorqua Molly. « La danse est le moyen parfait de courtiser une femme. »

Hermione aurait sans doute trouvé quelque chose à dire à cela si l'air renfrogné de Drago ne s'était pas transformé en une expression malicieuse et elle fut soudain prise d'une envie irrésistible de tendre la main vers sa baguette.

« Ah, vraiment ? » murmura-t-il, pensif. Il sauta sur Hermione avant qu'elle ait le reflex de s'écarter. Elle couina –littéralement – lorsqu'il la souleva entre ses bras, ses pieds suspendus au-dessus du sol, ses mains empoignant son haut, ses bras à moitié coincés entre eux. Elle cria aussi, mais même elle pouvait entendre son agacement quitter sa voix et puis elle se mit à rire comme elle ne l'avait pas fait depuis des semaines (des mois, des années). Elle s'accrocha à ses épaules et fourra son visage dans le ceux de son cou, les yeux fermés contre la pièce qui tournait. Lorsqu'il s'arrêta enfin, la reposant par terre, elle chancela et trébucha jusqu'à ce qu'ils se mettent tous à rire et il la prit contre lui pour la retenir de tomber.

« Alors Granger ? Tu te sens courtisée ? » Il y avait un vrai rire dans sa voix, pas la moquerie ou la raillerie – et Hermione en rit encore plus fort.

Un grincement provenant du couloir lui fit lever les yeux vers la porte. Harry se trouvait là, impassible, bien que sa mâchoire serrée en dise long. Elle ne cessa pas de rire – ne le pouvait pas – et quand Drago vit qui elle regardait et tenta de se dégager, elle s'accrocha davantage à lui. Harry arqua un sourcil à ça mais reçut le message et s'éloigna avec un bref hochement de tête. Personne d'autre n'avait remarqué l'échange, la conversation déviant déjà vers des sujets plus importants (notamment les deux pieds gauche de Neville). Toutefois, lorsqu'elle se retourna, Drago était en train de l'observer et, même s'il ne souriait plus, il n'y avait plus aucune trace de froideur dans ses yeux. Cette fois-ci, ce fut lui qui la retint quand elle essaya de se dégager.

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« Est-ce que t'es déjà tombé amoureux ? »

La question, si typique de Granger, figea Drago au milieu de la bouffée de cigarette qu'il s'apprêtait à prendre. Il expira lentement, la fumée s'élevant en longues volutes au-dessus de sa tête. Ils n'avaient pas eu la chance de faire ça depuis les attaques contre les refuges. Le Square Grimmauld n'avait pas de porche et le bois du seul banc était complètement pourri. Mais il était revenu de mission plus tôt ce soir pour découvrir Granger en train de se débattre avec un vieux sofa provenant d'une des pièces rarement utilisées. Il n'avait pas eu besoin d'explication, s'était simplement mis de l'autre côté et avait poussé jusqu'à ce que le canapé finisse enfin dans le jardin derrière la maison.

L'endroit avait dû être beau autrefois, mais les buissons de roses avaient poussé dans leur abandon, se tordant en une cage d'épines. Granger avait arrangé une partie de la broussaille pour faire de la place au sofa, puis avait jeté un sort sur l'endroit afin de les protéger de la pluie. Il lui avait dit qu'elle était stupide d'avoir fait tout ça juste pour qu'ils puissent s'asseoir dehors. Elle avait rétorqué qu'il pouvait très bien aller se faire foutre s'il pensait que c'était stupide. Il s'était assis.

« J'ai cru l'être, une fois » dit-il. « Mais je pense que c'était juste une question de vouloir quelque chose qui ne m'appartenait pas. »

« Pourquoi ne pouvais-tu pas l'avoir ? »

« C'était la petite amie de Blaise. » Elle ne répondit pas à cela et le silence se fit pendant quelques instants. « Et toi ? »

« Je ne sais pas. J'ai cru être amoureuse de Ron. »

« Ce n'était pas le cas ? »

« J'aimais Ron. Mais je n'en étais pas amoureuse. » Elle soupira et il la sentit se redresser pour s'asseoir. « Mais après tout, qu'est-ce que ça veut vraiment dire ? 'Être amoureux'. Ce n'est pas réel. Je ne peux pas le voir. Je ne peux pas le sentir. C'est juste un concept inventé par des gens qui refusent de croire que ça, tout ça, c'est tout ce qu'on a. Il n'y a rien de plus. La vie n'est qu'une longue répétition pour un show qui ne se jouera jamais. »

Drago fronça les sourcils. « Je ne t'aurais jamais prise pour une cynique, Granger. »

Elle soupira à ses mots, se rallongeant dans le canapé. « J'y croyais quand j'étais enfant. Je le désirais aussi – tout le tintouin, le Prince charmant qui me séduirait et ferait de moi sa princesse. Mon Dieu, j'arrive pas à croire que j'ai dit ça à haute voix. »

« Pourquoi t'as arrêté ? D'y croire, je veux dire. »

Elle haussa les épaules. « Je ne sais pas vraiment. Après mon arrivée à Poudlard, je suppose. »

Il s'assit. Son bras effleura le sien et elle se rapprocha imperceptiblement de lui. « J'ai toujours cru que l'amour était plus un truc de Moldu. »

Elle tourna vers lui un regard interloqué. « Ah bon ? Pourquoi ça ? »

« Pour les Moldus, l'amour est la chose qui se rapproche le plus de la magie. C'est pour ça qu'ils en ont autant besoin. » Ils se firent silencieux pendant un long moment. La tête d'Hermione pivota vers lui lorsqu'il laissa échapper un petit rire amusé.

« Quoi ? »

« Rien. J'étais juste en train d'imaginer la Belette en train de chanter la sérénade à une pauvre fille. »

« Drago ! » Elle tenta de le frapper mais il saisit son bras avant qu'elle puisse le toucher. Une courte lutte s'en suivit. Les rires de Granger résonnèrent dans la nuit.

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Hermione s'adossa contre la porte, un petit sourire au coin des lèvres. Luna était allongée sur le canapé, son haut relevé par-dessus de son ventre arrondi. Dean était agenouillé sur le sol à ses côtés, une oreille pressée contre son abdomen, écoutant attentivement quelque chose que les autres ne pouvaient pas entendre. Il hocha la tête, marmonna son accord avant de se redresser. Avec une expression solennelle, il déclara, « Je viens de m'entretenir avec le bébé – c'est définitivement un Archibald. »

Fred ricana et même Drago avait l'air légèrement amusé. Luna se contenta de sourire de cette façon rêveuse qu'elle avait et caressa l'arrondi de son estomac. « Archibald. J'aime bien. »

« Est-ce que ça ne sera pas aux parents adoptifs de le nommer ? » demanda Harry. Le sourire d'Hermione s'élargit à sa vue, les joues teintées de rose, les yeux brillants, plus heureux qu'elle ne l'avait vu depuis longtemps.

« Eh bien, on s'est dit que le bébé resterait dans l'une des planques pendant un moment après sa naissance, » répliqua Dean en s'asseyant près de Luna, la tête de la jeune femme se posant sur ses cuisses. « Molly a dit que ça pourrait prendre des mois avant qu'on lui trouve des parents adéquats. »

« Et il ne peut pas rester sans prénom aussi longtemps, » ajouta Luna. « Les Énormus à Babille sont connus pour remplacer les bébés sans nom par des Changelins. »

Il fut un temps où le commentaire aurait révolté Hermione. Désormais, elle se contenta simplement de rire doucement, secouant sa tête imperceptiblement face aux propos saugrenus de la blonde. Elle sentit une présence derrière elle et se retourna pour trouver Ron, les yeux rivés sur la scène devant eux.

« Je pensais qu'elle était complètement tarée, avant, » remarqua-t-il. « Mais des fois je me dis qu'elle est la seule personne sensée parmi nous. » Hermione rit à ça, posant sa tête contre l'encadrement de la porte. La main de Dean était posée sur le ventre de Luna à présent, les yeux écarquillés tandis que le bébé bougeait sous sa paume. Lorsqu'Hermione se tourna vers Ron à nouveau, elle se rendit compte qu'il la regardait, un sourire triste sur les lèvres. « Tu crois que les choses auraient été différentes entre nous si nous avions eu notre bébé ? »

Ses mots provoquèrent une onde de – pas exactement de douleur, mais plus comme une sorte d'écho de peine, de souffrance qui n'avait pas vraiment guéri mais s'était apaisée avec le temps – à travers sa poitrine. Son propre sourire se fit tout aussi faible, tout aussi triste que le sien. « Ça n'aurait jamais marché entre nous, Ronald. Tu aurais voulu nous mettre en sécurité quelque part comme Tonks et Teddy et je t'aurais détesté pour ça. Je ne voulais pas donner naissance à un bébé dans un monde en pleine guerre. »

« Je comprends. Et je sais que tu as raison. C'est juste… » Il s'interrompit, ses yeux retournant vers Dean et Luna. « J'y pense des fois. Si ça aurait été un garçon ou une fille, avec tes boucles ou les yeux de maman. Il aurait sans doute été intelligent. Comme sa mère. »

Son regard s'était voilé et lorsqu'il acquiesça, sa tête demeura baissée un peu plus longtemps que nécessaire. Hermione déglutit difficilement à travers le nœud qui s'était formé dans sa gorge. « Tu es intelligent aussi, Ron, » dit-elle parce qu'elle ne savait pas quoi dire d'autre. Il émit une sorte de rire étranglé. Il refusait de croiser son regard, mais glissa sa main dans la sienne avant de partir, la chaleur de sa paume laissa sa peau froide et démunie dans son absence.

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« Drago… »

Drago grogna au son de son prénom sur ses lèvres ; un faible murmure pressant contre sa bouche et il prit sa lèvre inférieure entre ses dents, la suçant légèrement. Les mains de Granger étaient partout – sur ses épaules, à travers son dos, sous son haut puis sur les plaines de son estomac. Ses propres mains étaient passives sur sa taille, son esprit encore secoué par la tournure soudaine de la soirée. Il était venu la retrouver dans le jardin, espérant lui taxer une cigarette puisque son propre stock diminuait à vue d'œil et l'instant suivant, elle l'avait saisi par le col de son pull, ses lèvres s'écrasant contre les siennes. Le mouvement urgent de sa bouche sur la sienne ne laissait pas de place à la protestation – non pas qu'il fut enclin à protester.

Tout de même. Il ne pouvait pas s'empêcher de se demander ce qui avait déclenché ce brusque revirement de situation pas si déplaisant que ça. Elle avait certainement paru plus maussade après sa discussion avec Weasley. L'agacement avait brièvement tenaillé ses entrailles à l'idée que Weasley lui ait dit quelque chose de fâcheux. Suivi rapidement par de la confusion à l'idée d'être agacé par l'état contrarié de Granger. Elle le chevaucha et toute pensée d'agacement et de Weasley s'évaporèrent lorsqu'elle se pressa contre lui.

Il gémit lorsqu'elle tira faiblement sur ses cheveux, ramenant sa bouche contre la sienne. « Merlin, Granger, » marmonna-t-il entre deux baisers. « Tu devrais te disputer avec la Belette plus souvent. »

« Essaie de ne pas mentionner Ron à l'instant, » dit-elle, et le son de sa voix, bas et rauque, provoqua une éruption de chaleur qui alla droit vers son entrejambe. Il crut qu'elle avait dit autre chose, mais ils étaient en train de s'embrasser désormais et il y avait des choses plus importantes à l'esprit, comme les délicieuses courbes qu'il traçait sous son pull hideux, ou les doux gémissements qui s'échappèrent de sa bouche lorsqu'il traîna ses ongles légèrement en bas de son dos.

« Miss Granger ! Est-ce vous là-bas ? » Le ton grave et abrupte de Shacklebolt les sépara brusquement. Elle ne se dégagea pas pour autant, ses lèvres encore proches au point qu'il pouvait sentir chacun de ses souffles haletants contre les siennes. Une sensation plaisante sur sa peau fiévreuse.

« Ignore-le, » chuchota-t-elle.

« C'est peut-être important. »

« Ou pas. Il sait que je suis ici avec toi. »

« Mais- »

« Drago. Cesse de protester et embrasse-moi. »

Il lui était à présent difficile de se rappeler de la raison pour laquelle il objectait, surtout lorsqu'elle passa sa langue le long de sa lèvre de cette façon-là. Mais la voix de Shacklebolt avait eu l'effet d'une douche froide sur leur désir ardent, et Drago ne réussit pas à se défaire complètement de l'appréhension glaçante qui s'insinua au fond de son estomac. Il s'écarta à nouveau et, cette fois-ci, Granger ne fit rien pour l'en empêcher.

« Je pense que tu devrais retourner à l'intérieur, » dit-il, et le fait que sa voix de vacilla pas était le résultat de trois ans d'entrainement. La confusion dans ses yeux suffit à lui faire serrer les poings contre l'envie irrésistible de la tirer contre lui. Non, avait-il envie d'hurler, ce n'est pas ce que tu crois ! Excepté que c'était exactement ce qu'elle croyait et les paroles de Blaise tourbillonnaient dans sa tête, un constant leitmotiv qu'il ne pouvait plus taire. Il ravala un grognement lorsqu'elle se hissa de ses genoux, sa jambe effleurant son érection sans faire attention. Si elle le remarqua, tout du moins, elle ne dit rien. Elle refusait de croiser son regard.

Il attendit d'entendre la porte de derrière se refermer, compta jusqu'à cinquante, puis fourra son visage dans ses mains et jura. Haut et fort.

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« C'est sans espoir ! »

La soudaine exclamation d'Harry fit lever la tête d'Hermione du livre qu'elle était en train de lire. Elle fronça les sourcils. « Ce n'est pas sans espoir, Harry. On savait que ça serait compliqué lorsqu'on a accepté de faire tout ça à nous seuls. »

« Ceci n'est pas compliqué, c'est foutrement impossible ! Ça fait bientôt cinq ans et, jusque-là, on n'a que la bague, le journal et le médaillon. On n'a toujours aucune idée de l'endroit où se trouve ni la coupe ni le diadème ! »

« Au moins on sait que le sixième est Nagini, » fit Ron. Harry acquiesça à contrecœur. Aucun d'eux ne mentionna leurs précédentes spéculations au sujet du septième Horcruxe.

« Je dis ça comme ça mais, peut-être que Dumbledore a eu tort de nous confier ceci, » persista Harry après une pause. Il se mit à faire les cent pas à nouveau – une habitude qu'il avait développée dernièrement lorsqu'il était frustré – et Hermione le suivit du coin de l'œil en retournant à son livre. « On n'était que des enfants quand on a découvert tout ça. »

« Dumbledore savait ce qu'il faisait, » dit fermement Hermione. Cette conversation était aussi vieille que leur quête des Horcruxe et coup d'œil exaspéré en direction de Ron lui démontra qu'il en était tout aussi fatigué.

« Mais si on avait demandé de l'aide, qui sait ? Peut-être qu'on aurait la coupe et le diadème maintenant ! Et tous ces gens…peut-être qu'ils ne seraient pas morts. »

« Tu ne peux pas penser comme ça, mon vieux, » rétorqua Ron, sa voix brisant le lourd silence qui suivit les paroles d'Harry. « On n'arrivera jamais à bout de tout ça si on se met à croire ça. Et puis, Hermione pense avoir trouvé une nouvelle piste, n'est-ce pas Hermione ? »

« Hm ? » Hermione aperçut le regard entendu que lui jetait Ron et acquiesça en ce qu'elle espérait être une façon convaincante. La culpabilité vibra dans sa poitrine lorsqu'elle réalisa qu'elle s'était encore une fois laissée distraire par les pensées de Drago. Elle se serait réprimandée si Ron ne l'avait pas déjà rouspétée à deux reprises en la surprenant en train de se parler à elle-même. Qu'est-ce que ça faisait s'ils ne s'étaient plus reparlés depuis l'interruption de Shacklebolt ce soir-là. Il pouvait bien passer le reste de la guerre à l'éviter, s'il voulait faire l'enfant. Elle s'en fichait. (Ce n'était pas vrai). Laissant échapper un souffle de frustration, elle fronça les sourcils et retourna à son livre, Ron prétendant lire par-dessus son épaule. Harry se remit à faire les cent pas.

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Il avait pris l'habitude de dormir dans le lit de Granger. Cette réalisation suffit à le rendre malade. Lui, Drago Malefoy, n'avait pas l'habitude de puiser du réconfort du lit d'une sorcière. Cependant, c'était devenu routinier au bout d'un temps. Oui, admit-il (tout du moins à lui-même) – dormir avec Granger était la routine. Il en conclut qu'elle avait dû ensorceler son lit (parce que c'était sans aucun doute le lit qui lui manquait et pas elle) pour qu'il savoure un tel profond sommeil sans rêves lorsqu'il était dedans. Et c'était l'absence de ce sort (et non celle de Granger) qui faisait qu'il se retrouvait à nouveau sur cette berge, lui d'un côté et tous ces morts de l'autre qui le regardaient tandis qu'il les observait.

Il y en avait en plus désormais – Théo et Vincent et Lupin et la fille qu'il avait tuée. Cette dernière leva la main et la large manche de la robe blanche qu'elle portait glissa le long de son bras. La lumière de la lune se refléta sur sa peau pâle et lisse, dépourvue de la Marque qui aurait dû s'y trouver. Il ne détourna pas les yeux jusqu'à ce que sa propre manche se retrousse au-delà de son coude. Il baissa la tête. Pas de tête de mort. Pas de serpent. Son avant-bras était nu. Merveilleusement, fabuleusement nu. Il tomba à genoux et se mit à pleurer.

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Hermione put sentir le moment précis où le couteau pénétra son corps. Une minute elle était en train de se battre, sa baguette levée, les sorts fusants autour d'elle si rapidement qu'elle ne pouvait plus distinguer les siens de ceux qu'elle devait éviter. Et puis subitement, une poigne la souleva du sol, un avant-bras épais se serrant contre son cou de plus en plus fort, jusqu'à en avoir les larmes aux yeux. Son cœur battait furieusement contre sa poitrine. Plusieurs secondes agonisantes s'écoulèrent avant qu'elle ne réalise que ses jambes étaient en train de butter sur l'équivalent de quatre heures de ruines et de cadavres et non sur le sol tandis qu'on la traînait hors du champ de bataille.

De la peur pure coulait dans ses veines, pompant de l'adrénaline dans ses membres épuisés. Elle mordit, griffa, pinça, se débattit – tenta tout pour se libérer. Tenta tout pour rester là où on pouvait la voir. S'il y avait bien une chose que Fol'Œil avait ancrée en elle durant son entrainement, c'était le fait de ne jamais se laisser séparer de son équipe. Sur le champ de bataille, les règles étaient claires – on se battait jusqu'à ce que quelqu'un tombe, et on continuait de se battre ensuite. Hermione était une sorcière au talent incroyable. Mais avec sa baguette prisonnière d'une des mains de son agresseur, elle était soudain terriblement consciente de sa petite taille comparée à la sienne. Elle n'avait jamais été forte physiquement – même là, elle était épuisée après seulement quelques minutes de lutte acharnée.

Ils avançaient rapidement désormais, en bas d'une colline, de la boue faisant glisser ses jambes dangereusement. Il trébucha, son bras se dégagea de sa position contre son cou pendant une seconde exquise. Elle ne s'arrêta pour apprécier la douce saveur de l'oxygène dans ses veines. Elle enfonça ses dents dans sa peau et ne lâcha pas jusqu'à goûter son sang. L'homme poussa un cri perçant, trébuchant à nouveau et elle profita de ce moment pour le repousser violemment. Courir. Ses mains grattèrent le sol tandis qu'elle tentait de remonter la pente. Elle pouvait entendre lourde respiration derrière elle. Plus vite. Pas assez vite. Sa main agrippa son pied. Le sol se déroba sous elle et elle fut faiblement consciente de son bras se fracturer sous son poids. Elle toucha la terre ferme et se remit à courir, à ramper, n'importe quoi pour s'enfuir.

Une poigne ferme saisit ses épaules, la malmenant jusqu'à ce que son dos se heurte péniblement contre un arbre. Une vague de douleur nauséeuse secoua son estomac tandis que son bras blessé se balança le long de son corps et elle ravala son envie de vomir. Et subitement, il ne se passa plus rien. Elle ne s'était pas évanouie, elle en était sûre – ses yeux étaient toujours ouverts et elle pouvait voir son monstrueux visage au-dessus d'elle. Elle pouvait le voir rompre sa baguette en deux, pouvait l'entendre chuchoter qu'une Sang-de-Bourbe comme elle n'était pas digne d'user de la magie. Elle pouvait sentir ses doigts s'enfonçaient profondément dans ses bras, mais elle ne pouvait pas le sentir vraiment. Elle n'était plus qu'une tierce présence dans tout ça, un fragment de son propre esprit qui se contentait simplement d'observer ce qui se passait. La façon qu'avait l'esprit de se préserver, se rappela-t-elle.

Elle pensa à sa mère et son père, et au petit frère qu'elle ne rencontrera probablement jamais. Elle pensa à Harry et à Ron, si dépendant de son savoir et son réconfort. Elle se souvint de Drago et de la manière dont ses yeux avaient à peine cillé lorsqu'il lui avait dit qu'il n'était pas quelqu'un de bien. Elle se souvint des raisons pour lesquelles elle était censée se battre et, comme si son corps venait de percevoir cette pensée avant qu'elle ne le commande de le faire, elle était en train de lutter à nouveau. Et lorsque ses mains essayèrent de déchirer le devant de son haut, le son du tissu qui se craquait enjoignant celui de ses halètements frénétiques, elle se débattit encore plus fort. Ses bras étaient plaqués le long de son corps, mais elle leva son genou et lui asséna un coup là où ça faisait mal.

Le Mangemort grogna de douleur et Hermione profita de ce moment de faiblesse pour fuir. Elle n'avait fait que quelques mètres lorsqu'elle fut tirée à nouveau, cette fois-ci vers le sol. A la seconde où son corps se jeta sur le sien, elle sut qu'elle avait perdu. Dans son état affaibli et épuisé, elle ne pouvait lutter contre lui désormais. Son seul poids suffit à lui couper le souffle, sa main serrant son bras blessé la vrillant de douleur.

« Sale traînée de Sang-de-Bourbe ! » crissa-t-il avant de lui cracher au visage. Sa salive s'écrasa sur sa joue et brûla sa peau en dégoulinant sur le côté de son visage. Il se débattit avec ses vêtements sous sa robe de sorcier et tout ce qu'elle pouvait se dire était 'Pitié, Seigneur, non ! non, non, non, non-'

Un flash argenté. Elle savait que c'était une lame et non un sort qui lacéra sa peau. Elle attendit de sentir la douleur mais la sensation fut submergée par la panique qui touchait chacun de ses nerfs.

« Je vais adorer te regarder mourir, Granger, » dit son agresseur et son propre corps s'immobilisa de lui-même. D'un mouvement de sa baguette, il fit disparaître son masque. Marcus Flint n'avait pas tellement changé au fil des années, mise à part l'étrange balafre qui marquait ce qui avait été un agréable visage. Ses lèvres se tordirent en un rictus méprisant. « Tu vas mourir maintenant. Pas de Potter ni de Weasley pour voler à ton secours à la dernière minute. Tu vas mourir seule avec moi pour seul témo- »

Ses dernières paroles restèrent coincées dans sa gorge. Hermione vit la colère miroiter sur ses traits et elle crut d'abord qu'il tentait de se redresser – jusqu'à ce qu'elle voit Drago qui le tirait à l'envers par son capuchon. Calme et détaché, Drago n'en était que plus terrifiant, et Hermione sut qu'elle le percevrait toujours ainsi – grand et féroce, sa baguette enfoncée dans le creux du cou de Flint. Un homme dans son élément. La baguette de Flint fut retirée de sa main et brisée en deux avant qu'il ne puisse ne serait-ce que grogner de protestation. Drago le maintint par la peau du cou, la baguette toujours contre sa gorge.

« Ah Marcus. Ça fait plaisir de te voir. »

« Traître, » cracha Flint.

Les yeux de Drago, qui étaient jusque-là braquées sur son prisonnier, se posèrent sur Hermione et elle pensa qu'il n'avait peut-être pas pleinement réalisé la gravité de son état, ou peut-être que si mais le fait de le voir réellement était autre chose. Son regard tomba sur son haut déchiré, ses seins en partie exposées, le sang qui imbibait lentement le coton de ses vêtements. Elle ne l'avait jamais vu aussi fou de rage qu'à cet instant, et plus tard elle trouvera troublant que le fait de la voir en danger l'ait mis dans un tel état fureur. Elle essaya de bouger et la mâchoire se raidit.

« Arrête de gesticuler, Granger, avant de te faire encore plus mal, » ordonna-t-il d'une voix grave qui lui fit froncer les sourcils dans sa souffrance. Elle voulut lui dire qu'il ne la contrôlait pas et qu'elle était parfaitement capable de se débrouiller toute seule. La douleur l'empêcher de parler.

« Vraiment, Flint, » dit Drago, son attention se portant à nouveau sur l'homme à genoux devant lui, le ton de sa voix faussement léger. « N'as-tu donc rien appris de ton maître pathétique ? Blablater ainsi de ton plan de génie maléfique et comment il va aboutir à la perfection suffit seulement à donner assez de temps à un idiot pour débarquer et la sauver. Si tu veux tuer quelqu'un, fais-le et arrête de faire mumuse. Si le Seigneur des Ténèbres n'avait pas perdu autant de temps à se délecter de tout ce cinéma, je suis sûr que Potter serait déjà mort depuis très longtemps. »

« Vas te faire foutre, Malefo-»

La baguette de Drago, qui reposait jusque-là contre la gorge de Flint, se retrouva soudain pressée contre son cou si violemment que l'homme s'étrangla faiblement. « Ne te fous pas de moi Flint. C'était là ta première erreur, espèce de misérable loque humaine. »

« Ah, vraiment ? Et quelle a été ma seconde erreur ? »

La mâchoire de Drago se serra. Il inclina légèrement sa baguette pour que le bout touche le torse de Flint. « Adieu, Marcus. »

« Je te verrais en Enfer, » grogna Flint.

« Ava-»

« Attends ! » La main d'Hermione était sur son bras avant qu'elle en soit complètement consciente. Il s'apprêtait à se retourner vers elle quand Flint remua, sentant là une opportunité de s'échapper, et Drago le braqua de sa baguette à nouveau. Hermione déglutit. « Attends. Ne le tue pas. »

« Pardon ? » Fit Drago en jetant un regard en biais vers elle.

Le cerveau d'Hermione allait à mille à l'heure sous l'effet de l'adrénaline qui diminuait rapidement tandis que la douleur qui émanait de son côté gauche continuait d'augmenter. « Attache-le. Assomme-le. On va appeler des renforts et ils pourront l'enfermer dans une des cellules. »

« Granger- ! »

« Ecoute, Malefoy, c'est moi qu'il a tenté de tuer alors c'est à moi de décider de ce qu'on va en faire ! Alors assomme-le avant que je trouve une pierre et le fasse moi-même ! »

Drago ne bougea pas. Ses yeux demeurèrent fixés sur ceux de Flint. La scène se figea et l'instant s'éternisa, la tension dans l'air était si tangible qu'Hermione pensa que si elle tira la langue, elle aurait pu la goûter. Enfin, les lèvres de Drago murmurèrent un sort et des cordelettes jaillirent dans l'espace entre eux, s'enroulant autour de Flint avec fermeté. La bouche de l'homme se tordit en sourire narquois.

« Tiens, tiens, tiens. Le fameux Drago Malefoy qui se soumet à nulle autre que la plus célèbre des Sang-de-bourde du monde magique. Que dirait ton père ? »

Le claquement qu'émit le poing de Drago en entrant en contact avec le nez de Flint fit grimacer et chanceler Hermione. Elle porta une main à son haut, touchant la tache de sang qui s'élargissait sur tissu.

« Drago ? »

« Quoi ? » demanda-t-il, la colère évidente dans sa voix.

« Je pense que je vais avoir besoin que tu transplanes avec moi à St. Mangouste. »

« Pourquoi ? »

« Parce que Flint a cassé ma baguette. »

« Non, je veux dire pourquoi est-ce que-» Il s'interrompit lorsque ses yeux se posèrent sur le filet de sang chaud qui s'écoulait le long de son corps. Il jura et jura encore, haut et fort et Hermione tressaillit. « Tu es une putain de conne, Granger ! » Il l'aurait sans doute engueulée davantage s'il n'avait pas remarqué ses dents qui claquaient, ou le fait qu'il commençait à lui être de plus en plus difficile de se focaliser sur son visage. Il se contenta de grogner de frustration avant d'enrouler un bras autour de sa taille, Transplanant avec un pop silencieux.

Elle avait dû s'évanouir à un moment parce que lorsqu'elle se réveilla, elle était couchée dans un lit étroit avec le visage inquiet de Fred au-dessus d'elle. Drago n'était plus là. Ce n'est qu'une fois que les Medicomages approuvèrent enfin sa sortie qu'elle réalisa qu'elle portait le pull de Drago par-dessus le sien, cachant le tissu déchiré et sa peau apparente.

Elle lui donna le temps de se calmer avant d'aller à sa recherche. Il était allongé sur le sofa de tout son long, et elle aurait pu ne pas le voir si les volutes de fumée ne le surplombaient pas. Le silence était lourd, la colère e Drago et sa propre frustration le rendant encore plus pesant. Cependant, elle ne tenta pas de le briser et il persista jusqu'à ce que la cigarette coincée entre les doigts de Drago se consume complètement et que les derniers rayons du soleil couchant firent place à l'obscurité infinie. Quand elle parla enfin, les paupières de Drago s'étaient fermées depuis une dizaine de minutes et elle n'était qu'à moitié certaine qu'il était encore éveillé.

« Tu es en colère. »

Ses yeux ne s'ouvrirent pas. Sa voix était traînante. « Je suis tout le temps en colère. »

« Tu es en colère contre moi. »

Cette fois-ci, il ouvrit les yeux afin de lui décocher un regard hautement condescendant. « T'es intelligente, Granger. A toi de deviner. »

« Il n'y avait aucune raison de tuer Flint. Tu l'avais en joue, désarmé et inoffensif. Il va rester derrière les barreaux en attendant d'être jugé après la guerre. »

Drago était assis désormais, et la fureur qui irradiait de ses prunelles suffit à lui faire réprimer l'envie de se recroqueviller contre le rembourrage en cuire. « Ce salopard méritait de mourir. Est-ce que tu te fiches de ce qu'il t'a fait ? Est-ce que tu penses vraiment qu'il se serait contenté de te tuer ? Il t'aurait mise en pièces et profané ton cadavre, tout ça après avoir d'abord présenté ta dépouille en cadeau au Seigneur des Ténèbres. Il aurait envoyé des parties à chaque membre de ta famille et tes amis. Il aurait été encensé comme un héros pour avoir tué la sale Sang-de-Bourbe de Potter. »

Ses mots firent mal, comme il s'y attendait. « Est-ce que tu t'es déjà demandé pourquoi tous les Weasley ont vécu ici à un moment ou un autre, et pourtant on n'a jamais vu monsieur Weasley dans les parages ? » Elle sentit le regard de Drago sur elle. Elle n'eut pas besoin de le regarder pour voir le léger haussement de sourcils, ou la fine ligne de ses lèvres. « Son fils, Percy, a été tué lors des premiers mois de la guerre. Arthur a traqué l'assassin et l'a tué. Ce n'était pas comme tuer quelqu'un lors d'une bataille. Il aurait pu capturer le Mangemort et le ramener pour qu'il soit traduit en justice. L'homme était seul et sans défense. Mais Arthur l'a tué. Et il n'a plus été capable de regarder les membres de sa famille en face depuis. »

Il y eut une longue pause. Drago laissa échapper un souffle qui ressemblait plus à un chuintement qu'à un soupir. « Pourquoi est-ce que tu me parles de ça ? »

« Parce que je veux que tu comprennes pourquoi je t'ai arrêté aujourd'hui. Je ne veux pas que tu vieillisses sans être capable de regarder tes enfants dans les yeux parce que tu as peur qu'il y voit un meurtrier au sang-froid. »

« J'ai déjà tué, Granger. Un de plus, qu'est-ce que ça change ? » Le ton de sa voix était faible, presque résigné. Néanmoins Hermione crut le voir grimacer de douleur à sa confession avant qu'il ne se reprenne. Elle ne répondit pas avant un moment, et lorsqu'elle le fit, c'était avec un haussement d'épaule fatigué.

« Je ne sais pas, » dit-elle. « Je suppose que c'est à toi de décider. »

Il ne dit rien pendant très longtemps. Toutefois, ses yeux étaient posés sur elle, et Hermione se dit que la brûlante intensité de son regard était la conséquence de quelque chose autre que sa colère, même si elle ne savait pas exactement ce que ce 'quelque chose' pouvait bien être. Il ne l'engueula plus après ça et lorsqu'elle se retira pour aller au lit, il la suivit, se glissant derrière elle dans l'espace étroit sans un mot.


J'aime beacoup ce chapitre, j'ai pris un immense plaisir à le traduire et notamment tous les petits moments dramione. C'est d'ailleurs la façon de l'auteure à développer le couple que j'ai adoré dans cette histoire et ce qui m'a poussé à vouloir la traduire. J'espère que vous avez aimé aussi.

Un grand merci à Angel, Sandrine, Lola, bibabibidou, sethy et S d'avoir pris le temps de laisser un commentaire, ça me fait toujours un énorme plaisir et ça me motive pour continuer de traduire les chapitres dont la longueur est parfois décourageante haha. Bisous à tous et à la semaine prochaine :)