De Jouissance Pourpre
Par : LittleRobbin
CHAPITRE SEPT
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« Je rêve de donner naissance à un enfant qui me demanderait: 'Maman, c'était quoi la guerre?' »
– Eve Merriam
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La première fois que Drago passa Noël avec Granger fut très loin des célébrations extravagantes de son enfance. D'ailleurs, ce ne fut même pas la première fois. Mais par une sorte d'accord tacite, Noël n'était pas vraiment pris en considération au sein de l'Ordre. Que ce soit une manière délibérée de montrer leur respect aux camarades morts au combat ou simplement dû à l'absurdité de fêter l'événement au beau milieu d'une guerre, Drago n'en savait rien. Mais au cours de ses deux, presque trois années en tant que membre, il n'avait pas une seule fois entendu quelqu'un ne serait-ce que murmurer un « Joyeux Noël » comme ça, en passant. Et cela ne le dérangeait pas le moins du monde. Il n'avait plus pris part à aucune forme de festivité depuis l'année où il avait accepté la Marque. Et il s'était attendu à ce que, cette année encore, il en soit de même.
Toutefois, une attaque eut lieu dans un des refuges éloignés – ceux réservés aux familles qui étaient sur la liste des Mangemorts – et Drago se retrouva soudain à faire la connaissance de son cousin de quatre ans, pour la première fois. Teddy était un mélange particulier de ses deux parents, ses yeux étaient d'un marron calme, alors que ses cheveux changeaient de couleur sporadiquement d'une teinte vive à une autre. Il avait une expression sérieuse qui n'avait pas sa place sur le visage d'un enfant si jeune. Il ne parlait pas. Rien ne pouvait lui faire prononcer un mot. Ni les potions de guérison de Molly, ni les jeux de Granger et Fred. Même Andromeda semblait s'être résignée à l'idée, ayant passé chaque jour depuis les funérailles de sa fille à le pousser à reparler.
Drago ne fit rien de la sorte. Cousin ou pas, les parents du gamin avaient été tués par des gens que Drago avait fréquentés depuis sa naissance. De plus, les autres habitants de la maison dorlotaient bien assez le garçon comme ça. Il était choyé et couvert d'attention et ne manquait de rien. C'est pour cela que Drago ne fut pas surpris de voir le Square Grimmauld subitement décoré de guirlandes de Noël mal faites et de quelques boules de Noël flottantes que Fred avait réussi à subtiliser. Luna se mit à se balader dans la maison avec des bois de cerf sur la tête tout le temps, et même Weasley se retint de foudroyer Drago du regard aussi souvent qu'avant. Granger fredonnait pour elle-même alors qu'elle, Mme Weasley et Andromeda découpaient des légumes. Ses boucles étaient plus sauvages que jamais dans l'humide chaleur de la cuisine et ses joues horriblement empourprées. Drago en sourit presque avant de se reprendre juste à temps.
Le repas fut le plus spectaculaire que Mme Weasley ait préparé depuis longtemps. Cela avait nécessité la majorité des rations alimentaires du mois et pas mal de marchandage dans le marché noir pour tout accomplir. Les semaines qui suivirent, ils durent se contenter de soupe de légumes à l'eau pour le déjeuner et le dîner. Cependant, l'atmosphère dans la maison était plus légère qu'elle ne l'avait été durant des mois – des années – et Drago se dit que ça méritait bien un régime alimentaire merdique, juste pour voir Granger sourire si souvent.
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« J'ai couché avec Scott. »
Hermione leva brièvement les yeux vers Cho, avant de rapporter son attention à la petite radio entre les mains d'Harry. « Scott ? »
« L'Auror qui était là y a quelques semaines ? Grand, brun et ténébreux ? »
« Il est pas marié ? » Cho ne répondit pas. Hermione lui jeta un regard perçant. « Classe »
Sa voix était froide et tranchante, et elle sut, au silence choqué de Cho qu'elle avait blessé la jeune fille. Mais Drago avant disparu ce matin pour aller en mission et n'était toujours pas de retour, et l'anxiété qui nouait son estomac à son absence la dérangeait plus que son absence elle-même. Elle était inquiète – aussi inquiète qu'elle l'avait été lorsque Ron était parti –, et de savoir que Drago avait réussi à se frayer un chemin si profondément en elle lui fit peur.
Mme Weasley fredonnait dans son coin et Hermione se concentra sur le son familier.
« Ce n'est pas comme si je l'avais fait exprès ou quoi, » grommela Cho.
« Bien sûr que si, » répliqua Hermione, son regard fixé sur Harry et la radio qui était sûrement cassée. « C'est le genre de chose que tu fais quand tu es déprimée. Coucher avec des hommes avec qui tu sais que tu ne devrais pas coucher. C'est ton truc. »
Hermione ne se tourna pas pour voir Cho partir – bien qu'elle tressaillit lorsque la porte claqua avec force. Elle passa le reste de la journée à faire le ménage, passant d'une chambre à l'autre, comme elle l'avait fait lors de sa première fois au Square Grimmauld, quand Sirius se morfondait à longueur de temps dans la maison et que la guerre n'était encore qu'une inquiétude qu'on nourrissait pour le futur. Elle se dit que Drago pouvait se débrouiller tout seul, et pourquoi devait-elle s'en faire d'ailleurs ? S'il allait se comporter de façon imprudente et irréfléchie et se faisait mettre en pièces par conséquent, eh bien, c'était son choix ! Elle n'allait pas se foutre les nerfs en pelote au sujet d'un homme qui passait le plus clair de son temps à être en colère contre elle. Elle n'allait pas s'inquiéter.
Et quand il n'y eut plus rien à nettoyer, le reste de la maison s'était endormi depuis bien longtemps. Elle alla s'asseoir sur les escaliers, les yeux rivés vers la porte d'entrée. Elle se dit qu'elle n'était pas en train de l'attendre. Cela n'avait absolument rien à avoir avec lui.
« Est-ce que t'es sûr de ton coup ? »
« Non. »
Drago s'allongea sur le lit étroit et ajusta l'appareil en plastique à son index. Le moniteur à côté de lui se mit soudain en marche, un bip régulier résonnant dans le silence de la pièce. Il tressaillit, se força à se détendre. Fred lui jeta un regard qui en disait long sur ce qu'il pensait du plan de Drago. Mais il n'essaya pas de l'en dissuader et Drago pouvait percevoir la lueur d'excitation qui brillait dans ses prunelles noisette tandis qu'il passait en revue les procédures, vérifiait l'équipement et notait ses signes vitaux.
« Est-ce que t'as préparé l'injection d'insuline ? »
Fred acquiesça. « Tu ne devrais rester inconscient que pendant douze minutes, tout au plus. Si tu ne te réveilles pas d'ici là, je te l'injecterais. » Il esquissa un rictus face au regard noir de Drago. « Vas-y, allonge-toi. Je dois t'attacher. »
Les sangles de cuir étaient épaisses et froides contre les avant-bras dénudés de Drago. Il tira dessus, testant leur solidité. Les liens ne cédèrent pas.
« Tu n'as pas à faire ça, tu sais, » dit Fred et Drago réalisa soudain que leur amitié avait progressé au point où le rouquin arrivait à percevoir la peur pure qui grondait dans sa poitrine à travers le masque d'indifférence de Drago. « Maugrey a dit qu'on pouvait utiliser d'autres prisonniers, tant que les papiers adéquats soient remplis. »
« Ça peut prendre des mois avec toutes les procédures. La guerre pourrait être terminée d'ici là et on aurait fait tout ça pour rien, » dit Drago. Ce n'était pas faux. La paperasse prendrait des mois avant d'être traité. Toutefois, la vraie raison était que Drago ne pensait pas pouvoir supporter de regarder un autre Serpentard, un autre homme ou une autre femme à côté desquels il avait combattu pendant deux ans, attaché à un lit, tellement défoncé de potions qu'il ou elle ne différenciait plus Voldemort de ce crétin de Lockhart.
« Très bien. » Fred ne ressentit pas le besoin d'aborder le sujet plus longtemps, remarquant sans doute que c'était complètement inutile. « T'as quelque chose à me dire au cas où tu crèverais ? Genre où se trouve la clef du trésor caché de ta famille ? Non ? Pourquoi pas une déclaration d'amour bien mielleuse pour Hermione, dans ce cas ? » Le sourire de Fred devint moqueur face à l'expression sidéré de Drago. « Oh, arrête. Les petits regards enflammés que vous vous lancez pourraient foutre le feu à la maison. Et pour un Serpentard, permets-moi de te dire que tu n'es pas très subtil. J'ai même dû détourner l'attention d'Harry un soir lorsque tu lui as sauté dessus dans la cuisine. »
S'il s'était attendu à un merci, il n'en fut rien et Drago lui lança son regard le plus noir. Fred leva les mains en signe de paix. « T'inquiètes pas, ton secret est sauf avec moi. Cependant, je me sens obligé de te sortir le discours fraternel du si-tu-lui-brises-le-cœur-je-te-briserais-les-os. »
« Je pense que ton frère et Potter remplissent déjà parfaitement le rôle de chien de garde envahissant, » marmonna Drago. Fred ricana mais lâcha l'affaire, au grand soulagement du blond.
Fred fourra la main dans sa poche et en sortir un sac en toile. A sa vue, Drago se souvint exactement pourquoi il était sanglé au lit et ce rappel le dégrisa quelque peu. Faussement calme, il regarda le rouquin sortir deux parfaites sphères dont la surface lisse luisait légèrement sous la lumière de la pièce. Fred pointa le bout de sa baguette sur elles et murmura, « Somnium Una. »
Il y eut un faible bourdonnement et une lumière rayonnante apparut, rappelant à Drago le sortilège d'Oubliettes. Cela ne dura que quelques secondes avant que les sphères posées sur la paume de Fred ne se figent, reprenant leur apparence d'origine. D'une main gantée, Fred en saisit une prudemment et parcourut la courte distance qui séparait le lit de Drago de celui de Flint. Les yeux de ce dernier s'ouvrirent avant de rouler à l'arrière de son crâne, aveugles. Ses lèvres bougèrent mais aucun son n'en sortit. Sa main se referma sur la sphère que Fred venait d'y déposer, par réflexe. C'était un processus auquel Drago avait assisté une douzaine de fois auparavant, et pourtant, en sachant que bientôt lui aussi allait subir la même transformation, il se retrouva à observer tout ça avec un intérêt renouvelé.
Durant une infime seconde, la sphère ne sembla rien faire. Elle resta posée là, au creux de la paume de Flint, pendant peut-être une ou deux secondes de plus. Lorsque les changements s'opérèrent, ils furent subtils. D'abord, les yeux de Flint s'arrêtèrent de rouler, se fixant sur un point à sa gauche. Le mouvement de ses lèvres cessa, mais elles demeurèrent entrouvertes. Son corps se transforma en pierre, ses muscles se contractèrent pendant près de six secondes, avant qu'il ne se détende finalement dans le lit, laissant échapper un faible soupir. Ses yeux se fermèrent lentement. Pour n'importe quel observateur externe, on aurait pu croire qu'il était tout simplement profondément endormi. Il n'y avait aucun signe apparent du tourment psychologique dont il souffrait assurément.
« Dernière chance de te rétracter, » dit Fred et Drago faillit le faire avant de forcer les mots au fond de sa gorge en déglutissant difficilement. Il ne répondit rien. Se contenta de s'enfoncer dans le lit et de fermer les yeux, sa main ouverte, prête. La sphère demeura immobile une brève seconde, étrangement froide dans la moiteur de la paume de Drago. Et puis il se sentit tomber. La gravité l'aspira, plus vite, plus fort, et il se retrouva debout au milieu d'un champ en feu, d'une tempête de sable en plein désert, les restes d'un massacre illuminé par la seul lumière froide de la lune. Les scènes des pires cauchemars de Flint se jouèrent autour de Drago, et tout au long, Flint était là, les yeux écarquillés, la bouche béante. Si proche et pourtant si loin.
Lorsque Drago reprit ses esprits, exactement dix minutes plus tard, il se pencha sur le côté du lit et vomit sur les espadrilles usées de Fred. C'était la pire expérience de sa vie, juste derrière la nuit où il avait quitté les rangs de Voldemort. Et pourtant, malgré les protestations de Fred et le fait que Shacklebolt soit déjà tout disposé à produire en masse leurs Sphères de Rêve (comme les avaient prénommé Fred) pour qu'elles soient officiellement utilisées lors de bataille, Drago savait qu'il allait s'immiscer dans l'esprit de Flint dès le lendemain. Et le surlendemain, et le jour suivant. Parce qu'il pouvait bien fabriquer une centaine de nouvelles armes pour l'Ordre mais cela ne serait jamais assez. Il pouvait bien se battre le reste de sa vie, et se retrouverait quand même sur cette berge à la nuit tombée, avec les morts qui l'appelait à venir les rejoindre sur l'autre rive de cette rivière.
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Hermione arriva au Square Gimmauld de sa dernière mission (ratée) pour trouver Harry figé dans l'entrée de la cuisine, le visage plus pâle qu'elle ne l'avait vu depuis très longtemps. Sa cicatrice, d'habitude cachée par sa tignasse, contrastait violement avec sa lividité soudaine et ses yeux étaient fixés sur le petit Teddy Lupin. Le garçon était recroquevillé dans un coin de la cuisine, les traits plissés de concentration. Ses cheveux changeaient du bleu au violet au rouge, son nez se transformant en bec, puis en groin de cochon. Les poings d'Harry étaient si serrés que ses phalanges blanchirent vivement.
Hermione posa une main sur son épaule, la massant doucement. Après un moment, elle la glissa pour couvrir la sienne, son pouce traçant des cercles réconfortant contre ses doigts crispés. Il résista tout d'abord, comme cloué sur place. Puis il la laissa le tirer lentement loin de la porte, à travers le couloir, en haut des escaliers, et enfin à l'intérieur de la chambre qu'il partageait avec Ron et Fred. Elle le poussa sur le lit, grimaçant à la moiteur révélatrice qui baignait ses joues. Elle se retourna pour fermer la porte quand Drago apparut au coin du corridor. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose. Il la referma aussitôt, de façon presque comique, à la vue d'Harry sur le lit derrière elle, sa peine cachée par l'obscurité de la pièce. Son sourcil s'arqua, moqueur, mais la raideur de sa mâchoire le trahit.
Elle le suivit presque en bas de l'escalier, ne sachant pas vraiment pourquoi elle ressentait le besoin de se défendre, mais consciente du fait que ce serait peut-être préférable à long terme. Cependant, Harry murmura son prénom à ce moment-là, sa voix basse et suppliante. Elle hésita, tiraillée. Avant de fermer la porte définitivement.
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Drago se doutait que la situation avait probablement parue trompeuse. Il se flattait de pouvoir lire les gens, et il était prêt à parier qu'il ne s'était pas mépris au sujet de leur relation. Mère, sœur, psychiatre, peut-être. Mais amante ? Non. Toutefois, le vif éclair de jalousie qui avait déchiré sa poitrine à la vue de Potter, assis-là sur ce lit à l'attendre, fit peur à Drago. Et par conséquent, il se mit à l'ignorer. A quitter la pièce dès qu'elle y entrer. A grogner en réponse à ses innombrables tentatives de discussion. Il supporta les ronflements de Neville dans le but d'éviter son lit, et la douce chaleur accueillante de son corps. Il se jeta corps et âme dans ses expérimentations et ne retourna au Square Grimmauld qu'une fois que le reste de la maisonnée soit retiré pour la nuit.
Il découvrit qu'il était un lâche. Mais il avait toujours été un lâche et, comme avant, cette prise de conscience ne suffit pas à l'arrêter.
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Hermione et Ron se mirent en route pour leur dernière mission 'A la recherche du nouvel Horcruxe' pleins d'espoirs. Après trois jours, cet espoir se mit à s'étioler. A la moitié de la deuxième semaine, lorsque la piste qu'ils avaient suivie les avait conduits inexplicablement droit dans un mur, ils furent forcés de rentrer au Square Grimmauld les mains vides, encore une fois. Hermione ignora le brave optimisme de Ron. Elle refusa le whiskey qui lui offrit. Elle n'arriva pas à conjurer suffisamment de culpabilité à travers le torrent écrasant de déception qui oppressait sa poitrine à l'idée de le laisser annoncer la nouvelle à Harry. Elle monta les marches en trainant les pieds, exténuée et endolorie, faisant mine de ne pas remarquer les regards inquiets qu'elle rencontrait au passage.
Elle prit une douche car l'odeur était insupportable. Elle lava ses cheveux par deux fois et se frotta jusqu'à ce que l'eau qui s'écoulait dans la canalisation devint claire. Elle tamponna sa peau d'une serviette jusqu'à ce qu'elle soit suffisamment sèche pour revêtir le large t-shirt et la paire de short dans lesquelles elle aimait dormir. Elle abdiqua plus rapidement que d'habitude et laissa tomber ses cheveux.
Drago était dans leur chambre, encore tout habillé malgré l'heure tardive. Il était allongé sur le lit, les yeux rivés sur une page devant lui, quoique ses prunelles ne semblaient pas bouger. Il ne cilla pas quand elle referma la porte derrière elle. Un long moment s'écoula avant qu'il ne dise quoi que ce soit.
« Enfin de retour de votre petite escapade, à ce que je vois ? » Lança-t-il et bien que l'expression de son visage demeure impassible, il y avait une certaine dureté dans sa voix. Lorsqu'elle ne répondit pas tout de suite, il leva les yeux vers elle et marqua un temps d'arrêt. Lentement, se déplaçant comme on le ferait en présence qu'un animal sauvage qu'on ne désirait pas provoquer, il plaça le carnet de notes dans sa main sur la table de chevet et se leva. Son regard glissa brièvement sur son corps avant de revenir à son visage. Se tenir debout devenait trop d'effort et elle s'adossa à la porte. Elle pensa que peut-être Drago interpréta ce geste comme un rejet car il hésita imperceptiblement à l'approcher. Cependant, lorsqu'elle ne protesta pas, il continua d'avancer vers elle jusqu'à ce se retrouver devant elle. Il était si proche qu'elle arrivait à percevoir le léger duvet le long de sa mâchoire qu'il avait oublié de raser.
« Granger ? Est-ce que ça va ? » Sa voix était incroyablement douce. Elle déglutit au travers de la boule dans sa gorge et ouvrit la bouche pour lui sortir son leitmotiv préféré : oui, elle allait bien et oui, tout était foutrement fantastique.
« Hermione. Regarde-moi. »
Elle s'exécuta, uniquement parce que c'était la première fois qu'il lui parlait depuis des jours et elle voulait se souvenir de ce moment s'il allait se mettre à l'ignorer à nouveau bientôt. Il posa ses mains sur ses épaules, ses pouces massant ses muscles endoloris.
« Est-ce que tu saignes ? »
Elle secoua la tête.
« Blessée ? Est-ce que tu t'es foulé quelque chose ? Quand est-ce que tu as mangé pour la dernière fois ? »
C'était des questions standards en accord avec la procédure. Des questions qu'elle-même aurait posées si un autre soldat était revenu de mission dans son état actuel. Elle avait les réponses au bout de la langue. Cependant, elle n'arrivait pas à les faire sortir. Elle se dégagea de la porte, titubant en avant jusqu'à ce que son front se pose sur le mur solide qu'était le torse de Drago. Il se raidit et elle s'attendit à ce qu'il la rejette. Les seules fois où ils avaient été intimes étaient produits durant ou après les quelques fois où leurs baisers s'étaient transformés en quelque chose de plus. Et même là, l'échange était toujours teinté de ces balbutiements qui accompagnaient les prémices de n'importe quelle relation de couple.
Ses bras se levèrent au bout d'un moment, l'enlaçant à son tour avec une hésitation et une prudence qui ne lui ressemblaient pas. L'étreinte n'avait rien du contact familier que Ron ou Harry auraient pu lui offrir. Toutefois, elle était prête à passer outre le malaise parce que c'était Drago qu'elle désirait et non Ron ou Harry. Il commença à l'embrasser, gagnant en assurance maintenant qu'ils se retrouvaient en terrain connu. La dernière fois remontait à des semaines, et elle pouvait goûter le manque qui le tiraillait derrière la fièvre à peine contenue derrière son baiser. Une main glissa dans ses cheveux, tandis que l'autre pressait son corps contre le sien, et elle se demanda si elle lui avait manqué elle aussi.
Il était anormalement doux et elle lui fut reconnaissante. Il la guida vers le lit et couvrit son corps du sien, ses lèvres se mouvant contre les siennes d'une lenteur tortueuse et brûlante qui fit battre son cœur presque douloureusement contre ses côtes. Elle glissa une main sous son pull, désespérée de sentir sa peau nue et laissa échapper un soupir tremblant au contact de la chaleur des dures plaines de son ventre. Les mains de Drago descendirent jusqu'à se faufiler sous l'élastique de son short, arrachant un gémissement rauque à sa gorge.
« J'ai envie de t'embrasser, » murmura-t-il au bout d'un moment.
Il s'était amusé à la tourmenter sans relâche durant presque dix minutes, la poussant jusqu'au bord de l'extase plus d'une fois, pour finalement ralentir et s'arrêter avant qu'elle ne bascule dans le plaisir. Par conséquent, son cerveau n'était plus qu'une masse incohérente et il lui fallut un long moment avant d'articuler une réponse. « Ce n'est pas déjà ce que tu étais en train de faire ? »
Drago cessa sa lente torture afin de lui donner le temps de reprendre ses esprits. « Non. Je ne parle pas de ta bouche. »
« Alors de quoi-» la compréhension empourpra ses joues d'un rouge carmin. Elle espéra qu'il mettrait cela sur le compte de son concupiscence plutôt que sur celui de sa gêne candide. C'était une chose dont elle et Ron avait discuté une fois, mais elle avait été trop jeune et inexpérimentée, et l'idée lui avait semblé aussi farfelue que maintenant. « Je ne sais pas. C'est pas un peu répugnant ? »
« Pas du tout, » répliqua Drago avec une conviction qui lui fit lever légèrement les sourcils. Il était déjà en train de se déplacer le long de son corps, parsemant sa peau de baisers papillons. Hermione grimaça intérieurement lorsqu'il accrocha ses doigts à l'élastique de son short, le lui retirant avec dextérité.
« Drago, attends… »
Il s'arrêta, levant un sourcil interloqué. Il se trouvait entre ses jambes, ses mains posées de part et d'autre de l'intérieur de ses cuisses, et elle ne parvenait pas à contrôler la fulgurante décharge de pur désir qui explosa en elle à sa vue.
« C'est… »
« Oui ? » Il prononça le mot avant ce ton trainant prétentieux qui lui rappela les couloirs de Poudlard et ses copains d'enfances au rictus méprisant.
« Gênant ! » lâcha-t-elle, détestant la rougeur carmine qui recouvrait sans doute tout son visage à présent. Elle s'attendit à ce qu'il se moque d'elle, ou qu'il lui lance une remarque salace. Elle fut donc quelque peu choquée lorsqu'il tourna la tête vers la gauche, pressant ses lèvres doucement contre l'intérieur de sa cuisse. La chaleur de son souffle si proche de l'apex de ses jambes fit tordre ses entrailles délicieusement et elle était déjà sur le point de basculer avant qu'il ne parle à nouveau.
« Et si je te promets de te distraire ? » dit-il.
Il attendit patiemment jusqu'à ce qu'elle acquiesce brièvement. Le sourire qu'il lui décocha avant que sa tête ne plonge entre ses jambes était presque affectueux, et elle y repenserait plus tard, trouvant cela étrange, mais pour l'instant, sa langue traça lentement un premier cercle grisant et il s'attacha à lui montrer à quel point il pouvait être distrayant.
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Drago entra dans la cuisine pour découvrir Teddy Lupin assis seul à la table. Sa première réaction fut de tourner les talons et prendre ses jambes à son cou. Mais le ton réprobateur de Granger résonna dans sa tête, le réprimandant de craindre le garçon – ce qui était, évidemment, ridicule. Et puis la petite morveuse avait eu l'audace de le comparer à Potter dans toute sa gloire dépressive. Drago n'était pas Harry Potter, et c'était cette certitude qui le fit avancer jusqu'à la bouilloire, après seulement une seconde d'hésitation. Il alluma le gaz, et s'adossa au plan de travail, scrutant l'enfant.
Il était trop maigre. Ses yeux trop rapprochés. Sa lèvre supérieure était plus mince que l'inférieure. Il serait un homme de petite taille. Dans l'ensemble, ce n'était pas le meilleur exemple de ce à quoi un Black était censé ressembler. Sentant le poids du regard de Drago, le garçon leva la tête. Drago s'attendait presque à le voir rougir et détourner les yeux, comme le faisaient tant d'adultes lorsqu'ils se retrouvaient confrontés à son regard aiguisé, devenu parfait par trois ans de leçons auprès de sa tante Bella. Mais l'enfant continua de le fixer, ses pupilles d'un marron maussade, l'observant passivement à travers des cils anormalement longs.
Ils se dévisagèrent jusqu'à ce que le sifflement de la bouilloire s'élève crescendo, le bruit brisant le silence. Drago se tourna et s'affaira à préparer son café. Il s'apprêta à quitter les lieux après cela, mais c'était tellement étrange de trouver le garçon seul sans la foule de mère-poules qui l'entourait à longueur de temps, qu'il ne put s'empêcher de saisir l'opportunité de le sonder. Il jeta un regard au-dessus de l'épaule de l'enfant, ses sourcils se levant légèrement de surprise.
« Tu aimes le Quidditch ? » demanda-t-il.
Le garçon leva les yeux de ses cartes pour regarder Drago laconiquement avant d'acquiescer. Sa tête se pencha à nouveau sur ses mains, occupées à battre les cartes et Drago eut la désagréable impression de s'être pris un vent.
« J'y jouais avant, » dit-il afin d'attirer l'attention de l'enfant encore une fois. Il réussit, bien que le garçon tentât de le cacher. Drago hésita, puis s'assit dans une chaise à ses côtés. Ses yeux scannèrent les cartes furtivement, et il leva une main pour saisir celle qu'il voulait. « J'étais l'Attrapeur. »
Le petit pointa du doigt la figurine sur un balai qui volait en cercle dans la photo, puis Drago. Ses sourcils se fronçant, d'un air interrogateur.
« J'étais plus petit à l'époque, » expliqua Drago. Il passa en revue les cartes encore une fois. « Tu as une bonne collection ici. Tu as presque toute l'équipe des Canons de Chudley. Pas tellement du Club de Flaquemare, par contre. »
L'enfant pointa du doigt la pile des cartes des Canons de Chudley puis lui-même. Il répéta le geste plusieurs fois et Drago lui fit signe qu'il comprenant en hochant la tête.
« C'est ton équipe préférée ? » Le garçon acquiesça. Drago soupira. « J'aurais dû m'en douter. Ne t'inquiète pas. Je vais arranger ça. En fait, c'est le Club de Flaquemare que tu devrais soutenir. Je suis allé à l'école avec Oliver Wood, tu sais. J'ai souvent joué contre lui. Tu sais voler ? »
L'enfant fit un signe de la main.
« Un peu, » interpréta Drago. Il fronça les sourcils distraitement, scrutant toujours les cartes. « Je peux t'apprendre. Si tu veux. »
Le garçon hocha la tête vigoureusement. Ses yeux brillaient, ses joues s'empourprèrent, et Drago réalisa que c'était la première vraie réaction qu'il avait vu de la part de l'enfant depuis son arrivée, un mois plus tôt.
« Je parie que je peux te trouver un balai à ta taille chez Fred. Il ne faudra simplement rien dire à Granger. Elle trouve tout ça barbare. Stupide bonne femme. »
Dix minutes s'écoulèrent dans le silence agréable de deux mâles qui partagent l'amour commun d'un sport. Drago continua de mettre de l'ordre dans les cartes, replaçant les joueurs dans leurs équipes respectives, au grand plaisir des figurines.
« Hm. T'as une grande collection là. Qui te l'a donné ? »
Il était toujours en train de regarder les cartes et ne remarqua donc pas immédiatement le subtil changement qui s'opéra sur l'enfant. Il leva les yeux pour découvrir que les cheveux de Teddy avait viré en une sorte de gris terne. Le garçon ramassa ses cartes entre ses mains et quitta la pièce sans un mot. Ce n'est qu'une fois que Drago se leva pour le suivre qu'il remarqua Andromeda debout sur le pas de la porte.
« Vous êtes là depuis combien de temps ? » demanda-t-il, étrangement sur la défensif sans aucune raison.
« Suffisamment longtemps, » répliqua-t-elle avant de lui jeter un regard impénétrable. Ce lui rappela tellement celui de sa sœur que Drago fut obligé de détourner les yeux un instant. « Tu as bien changé, Drago, » fut tout ce qu'elle dit avant de lui tourner le dos, s'éloignant sur les pas de son petit-fils. Drago évita l'enfant pendant un moment. Il prit la décision de laisser le garçon à son deuil, au risque de le détraquer davantage. Cela ne l'empêcha pas pour autant d'écrire à Fred pour lui demander de trouver un balai taille junior.
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Hermione était allongée sur le parterre envahi par les mauvaises herbes qu'était le jardin arrière du 12, Square Grimmauld. Il faisait froid, et les derniers vestiges de neige fondue s'immisçaient au travers du manteau qu'elle avait emprunté à Harry. Néanmoins, elle ne bougea pas. Couchée sur le dos de cette façon, avec seulement la verdure et le bleu du ciel au-dessus, et les oiseaux qui faisaient leur retour, elle aurait pu se trouver n'importe où. Au Terrier. La maison dans laquelle elle avait grandi. Un endroit particulièrement touffu près du lac de Poudlard. Elle ferma les yeux et se souvint des jours d'été passés au Terrier, et ne pensa à rien d'autre pendant très longtemps.
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Les premières victimes des Sphères de Rêve se mirent à apparaitre dans les cellules de l'Ordre. Parfaitement immobiles et dociles, ils étaient allongés là, les yeux vides rivés sur les murs, les sphères noires fermement serrées dans leurs mains. Shacklebolt (à contre cœur) avait déclaré que c'était une des méthodes les plus efficaces dont disposait l'Ordre pour maîtriser les prisonniers. Et une quinzaine de kilomètres plus loin, dans leur labo exigu, Drago plongeait inlassablement dans les méandres des pires cauchemars de Flint. Il convulsa et vomit, et saigna du nez plus d'une fois. Mais chaque expérience était un pas de plus vers le décodage de l'esprit complexe de Flint. Il se sentait moins comme un intrus et plus comme un compagnon de voyage à fur et à mesure qu'il apprenait à duper les défenses naturelles du cerveau pour qu'il ne le perçoive pas comme une menace.
Il trouva le moyen de débloquer les secrets comme s'ils n'étaient que de simples serrures de portes mal protégées. Il réussit à progresser au-delà du fait d'être obligé de subir chaque sordide image dégoûtante du subconscient de Flint, et d'accéder aux informations que même le Veritaserum n'aurait pas pu lui soustraire. Et plus Drago s'enfonçait, plus il lui devenait difficile de remonter à la surface.
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« La fin est proche, n'est-ce pas ? »
La voix de Drago, bien qu'à peine plus forte qu'un murmure, sortit Hermione de sa somnolence en un sursaut. Elle avait cru endormi depuis bien longtemps. Il s'endormait d'habitude avant elle. Mais il n'y avait aucune trace de sommeil dans sa voix qui suggérait qu'il venait de s'éveiller et, maintenant qu'elle avait les yeux grands ouverts, elle pouvait sentir les lignes de tension dans son corps couché près du sien. Elle se retourna vers lui, le contour de son visage à peine perceptible dans la pénombre, et réfléchit à sa question. Il était vrai qu'il y avait sensation accru de… quelque chose dans l'air, ces derniers jours. Les batailles étaient plus fréquentes mais d'une nature moins importante, on se battait pour se battre.
La coupe d'Helga Poufsouffle avait été retrouvée et enfin détruite. Mais il y avait encore le diadème et le serpent. Et ils n'étaient pas encore certains de l'identité du septième Horcruxe, malgré toutes les recherches et les théories d'Hermione.
« Pas encore, » dit-elle. « Mais bientôt, oui. »
Elle sentit Drago acquiescer, et il se fit silencieux un instant.
« Qu'est-ce que tu comptes faire après ? »
« Après la guerre ? »
La question sidéra Hermione quelques secondes. « Je ne sais pas. Je n'y ai pas vraiment réfléchi. Je suppose que je vais retourner à Poudlard. »
Drago laissa échapper un soupir las, et plus tard, elle eut l'impression qu'elle avait raté là une sorte de test sans le savoir.
« Qu'est-ce que tu vas faire, toi ? »
Silence.
« Drago ? »
Elle leva la tête légèrement afin d'observer son visage dans l'obscurité. Il dormait. Elle se rapprocha de la chaleur de son corps et ferma les yeux, inspirant son odeur qui lui était désormais aussi familière que celle d'Harry ou Ron. Son bras enlaçait sa taille et le rythme régulier de sa respiration la berçait doucement vers le sommeil lorsque lui vint la subite pensée qu'elle ne serait pas le moins du monde opposée à passer les mois suivants la guerre à récupérer sur une plage quelque part où il ne pleuvait jamais. Elle rêva de douces vagues se déversant sur un rivage de sable doré et Drago affalé dans un hamac, de la crème solaire badigeonnée sur le nez. Elle se réveilla avec un sourire sur les lèvres, que même le commentaire grognon de Drago sur l'état de ses cheveux le matin ne réussit pas à atténuer.
Merci d'avoir lu. Perso, j'adore le moment où il lui fait comprendre qu'il veut... haha
Bonne soirée à tous et merci à ceux qui prennent le temps de laisser une review :)
