[Note de l'auteur] Bonjour, juste un petit mot pour vous remercier pour tous les commentaires que vous m'avez laissés. Je sais que 7 ça fait pâle figure à côté de ceux qui en ont des centaines, mais pour moi c'est juste énooooorme ! Alors Merci ! Honnêtement, je ne sais pas si j'aurais posté ce chapitre si "vite" si je n'avait pas reçu vos reviews pour m'encourager.

Et pour vous prévenir tout de suite, ça risque d'être rare que je poste plus d'une fois par mois, même si j'espère y arriver... Surtout que je suis encore loin de la fin... Sur ce, encore merci, n'hésitez pas à commenter, critique, conseil ou encouragement, ça booste !

[Notation] Attention, il n'y a qu'un petit paragraphe concerné, mais à partir de ce chapitre, je crois qu'on est vraiment en M, avec du sang plus que des caresses d'ailleurs... (ça, on n'est pas rendus...)


Tu ne me connais pas mais tu apprendras

Dès lors, Végéta ne fut plus visible à Capsule Corporation que par intervalles de quelques minutes, et il semblait souvent s'absenter durant plusieurs jours. Seuls, les robots ménagers qui revenaient parfois en piteux état d'avoir essayé d'aller faire le ménage dans la chambre de l'invité fantôme, et les quantités phénoménales de nourriture prête en avance qui disparaissaient soudainement en l'espace d'une heure, témoignaient que le saiyan fréquentait régulièrement les lieux.

Il s'était trouvé aussi une ou deux fois contraint de partager la table avec les habitants de la maison lorsque ceux-ci prenaient leurs repas en même temps. Cela fut l'occasion pour lui de mieux comprendre l'usage de certaines denrées comestibles (telles que le « beurre »), et de mémoriser leur nom. De son côté, Bulma observait ses réactions, tentant de déterminer s'il y avait des plats qu'il aimait, mais il mangeait généralement trop vite pour laisser paraître quoi que ce soit. Elle notait donc surtout les rares occasions où il demandait soudainement comment s'appelait un plat, elle lui répondait immédiatement, et avec le plus de précision possible, avant que sa mère ne se mette à lui narrer la recette de cuisine entière. La mère de Bulma n'en finissait pas de parler et partager son enthousiasme quand à la présence de Végéta avec eux, d'essayer de l'encourager à venir passer un moment avec eux et les nameks à jouer aux jeux de société, et à lui poser des questions qu'il n'écoutait même pas. Ne pas les insulter et ne pas exiger qu'ils s'en aillent pour lui laisser la table, c'était sa façon d'être « poli ». C'était ce que Bulma avait compris.

En dehors de Capsule Corporation, Végéta s'entraînait. Généralement au niveau du pôle sud, généralement à plonger dans l'eau glacée pour soulever des icebergs qu'il lançait ensuite dans les airs et rattrapait ou frappait jusqu'à ce que ceux-ci soient réduits en poudre. Il lui arrivait également de lancer des décharges d'énergie vers le ciel (pour éviter de détruire la planète par erreur), tentant de pulvériser les météorites alentours. Il s'entraînait souvent jusqu'à repousser les limites de son épuisement, toujours plus longtemps, toujours plus dur. L'entraînement lui apportait une certaine sérénité d'esprit et lui permettait d'extérioriser et vider toute sa colère enfouie. Puis, lorsque son estomac grondant et le froid mordant engourdissaient complètement ses membres, il rentrait chez les humains, prenait une douche brûlante, claquait la langue, récupérait parfois quelques informations auprès de l'humaine-qui-sentait-bon, mangeait comme un roi, dormait pendant une petite vingtaine d'heures, reprenait une douche brûlante, re-mangeait comme un roi, puis retournait s'entraîner non-stop pendant quarante, cinquante, soixante heures. Le temps n'avait pas d'importance, il devait devenir plus fort et ne réfléchir à rien d'autre.

Bulma, quant à elle, passait ses journées à faire des allers-retour entre son laboratoire/atelier privé et le jardin intérieur où se trouvaient la plupart du temps leurs charmants invités verts. Elle y restait quelques heures jouer aux jeux de stratégie avec eux, puis repartait avec de nouvelles informations précieuses, parfois même un ou deux cobayes nameks qui avaient accepté de l'aider dans son nouveau projet : créer une machine capable de reproduire leur pouvoir à se faire apparaître des vêtements au gré de leur imagination. Rien que cette idée seule la faisait jubiler. Quelle invention fantastique ce serait ! Peut-être pourrait-elle faire apparaître des bijoux aussi ? Elle pourrait se retrouver prête pour une soirée en un rien de temps !

Le problème était que la spontanéité des nameks à utiliser ce pouvoir n'avait d'égale que leur incapacité à expliquer comment ils faisaient. Elle avait donc dû créer bon nombre de machines de mesure complexes et les faire recommencer encore et encore. Heureusement, ils étaient de nature cordiale et toujours prêts à aider, ils se prêtaient donc assez volontiers à ses expériences. Puisqu'elle savait maintenant comment mesurer les niveaux d'énergie, elle avait fini par trouver que l'apparition de matière était associée à une légère diminution de leur ki : ils transformaient leur énergie vitale en matière.

Cela voulait dire que, pour la machine-à-faire-apparaître-les-vêtements-qu'on-veut, soit l'utilisateur devait savoir utiliser son ki et en alimenter la machine (ce qui était assez limitant), soit la machine devait savoir absorber l'énergie (ce qui pouvait s'avérer dangereux), soit elle devait trouver une source d'énergie similaire. Elle avait donc choisi la troisième option, et cherchait.

Le soir, elle avait pris l'habitude de s'installer calmement sur le canapé, avec un livre scientifique et parfois un chat sur les genoux. Connaissant déjà tous les secrets de la technologie, la géniale Bulma Briefs était décidée à aussi tout apprendre de la biologie et des mécanismes du ki. Conjuguer ces deux savoirs pourrait s'avérer très utile... et lui permettrait peut-être de trouver sa source d'énergie mystère capable d'alimenter sa machine à vêtements.

C'était très souvent à ces moments-là que son invité-fantôme choisissait de se montrer. Il surgissait de nulle part derrière elle en la faisant frôler la crise cardiaque à chaque fois, avec son aura froide comme le fer et son regard sombre comme la mort. Il posait une ou deux questions directes, puis s'en allait aussi vite qu'il était venu, généralement sans prendre le temps de répondre aux questions qu'elle pouvait lui poser. Et bien sûr, il semblait de n'avoir absolument rien à faire de combien elle pouvait paraître énervée. Au contraire, cela semblait l'amuser, car il arborait son sourire arrogant lorsqu'elle commençait à lui répondre sèchement ou tentait de lui faire la morale sur la politesse. Il finissait toujours par la soulever par la gorge, re-poser sa question sur un ton plus menaçant, et s'en allait immédiatement après avoir obtenu les réponses qu'il voulait.

Parfois aussi il s'attardait dans la discussion lorsque sa question était plus complexe, mais ces fois-là, Bulma aussi parvenait à obtenir quelques informations sur lui. Le plus marquant pour elle avait été la fois où il lui avait demandé à quoi servaient les champs remplis de monticules bien alignés avec un bâton dessus, et des gens qui viennent y poser des fleurs. L'explication qu'elle lui avait donné sur les cimetières l'avait mis hors de lui. Il s'était mis à insulter les terriens et leur planète minable, avait craché au sol, comme si c'était la chose la plus répugnante dont il ait jamais entendu parler.

Après quelques paroles tendues, elle était enfin parvenue à obtenir une explication : seul un ennemi que l'on méprise au dernier niveau est parfois livré aux vers. Apparemment, dans sa culture, les corps étaient de préférence détruits d'un coup de décharge énergétique (ou mangés).

Elle avait alors tenté, avec appréhension, de savoir si lui avait déjà tué des gens en les « livrant aux vers ». Il l'avait regardé d'un regard vide, et répondu « Non ».

Puis lui avait tourné le dos pour s'en aller, avant d'ajouter : « Mais j'en ai vu. » Et il était parti.

ooooo

Livré aux vers.

De nombreuses années auparavant, c'était la mort qu'avait connue Xelerr, l'un des cinq soldats d'élite qui avaient étés en charge de l'entraînement du très jeune Végéta sur sa planète natale, l'un des deux qui avaient eu le privilège de suivre leur prince lorsque celui-ci avait été « confié » à Frieza, le premier à mourir. Le vieux saiyan était un redoutable combattant et un très bon professeur, qui n'hésitait pas à critiquer et à faire des propositions pour que le jeune prince devienne plus fort. Tout le contraire de Nappa qui passait son temps à jouer les lèche-botte et à le féliciter. Végéta avait eu un certain respect pour Xelerr, presque autant qu'il en avait eu pour son père.

Mais cela n'avait pas été le cas de Frieza qui avait vu d'un mauvais œil l'enfant saiyan devenir plus fort et fier de jour en jour, avec à ses côtés un conseiller expérimenté, audacieux et moins facile à duper. Il restait à cette époque sept saiyans : le petit Végéta et ses deux professeurs et gardes du corps, ainsi qu'un escadron de deux mâles et deux femelles revenus d'une mission sur une planète lointaine où tout le monde les avait oubliés. Végéta avait toujours su que Frieza était responsable de la mort des derniers saiyans, sauf Nappa et Raditz qui, comme par hasard, étaient aussi les plus bêtes des six.

Le vieux Xelerr était un jour venu trouver son prince en lui annonçant que Frieza avait donné l'ordre qu'il parte seul purger Myiut, une planète située dans un système proche mais assez isolé. Tous deux savaient que cette planète n'abritait pas de forme de vie intelligente. Sans comprendre, le jeune Végéta lui avait alors dit d'un ton égal d'en faire le tour et de revenir rapidement. À sa grande surprise, son professeur était alors tombé à genoux devant lui :

« Mon prince, je ne saurai vous expliquer pourquoi ni comment, mais je le sais. Je n'en reviendrai pas. Par pitié veuillez pardonner la lâcheté d'un de vos plus fidèles serviteurs qui n'a jamais failli à la fière race des saiyans jusqu'à ce jour, mais aujourd'hui je préférerais mourir ici sans douleur quitte à mourir sans fierté. Ce serait pour moi un honneur de mourir par la main de mon prince plutôt que là bas.

-Pourquoi est-ce que tu mourrais là-bas ? Lui avait répondu l'enfant agacé. Il n'y a rien sur cette planète. Pars vite et dépêche-toi de revenir. »

Il n'était pas revenu.

Plusieurs jours plus tard, un ordre était parvenu au jeune prince et à son deuxième garde du corps de se rendre sur la planète Myiut pour voir quelles difficultés rencontrait « cet incapable de Xelerr » pour n'être toujours pas de retour d'une mission aussi simple. Son détecteur indiquait qu'il était toujours vivant mais le micro était coupé. C'était avec un mauvais pressentiment que le petit Végéta avait alors atterri sur la minuscule planète boueuse et grouillante d'insectes. Leurs détecteurs n'indiquaient aucune force de combat, Nappa et lui s'étaient alors séparés pour retrouver leur camarade. Végéta avait trouvé la piste de son odeur, mais ce qu'il avait trouvé au bout l'avait laissé paralysé pendant plusieurs minutes.

Ce n'était plus un saiyan. Ce n'était plus un être vivant. C'était un tas de chair livré aux larves.

Et il était toujours vivant.

La mâchoire arrachée, le dos et la moelle épinière brisés, un bras à cinq mètres de là, l'autre encore en place mais coincé sous une énorme pierre, son uniforme en loques. Et partout là où il avait des plaies, les œufs des insectes avaient commencé à éclore et les larves le dévoraient vivant. Le vieux saiyan avait ouvert vers lui un seul œil rempli d'œufs d'insectes et l'avait regardé. Il ne pouvait rien faire de plus. Il l'avait regardé.

Et l'enfant avait compris.

Il y avait quelque part un ennemi qui cherchait à lui envoyer un message : attention, tiens-toi à carreau, voilà comment finissent ceux qui cherchent à en savoir trop ou dévier les ordres, ceux qui déplaisent à Frieza. Qui avait fait cela, le petit saiyan l'ignorait, mais il ne doutait pas qu'il s'agissait d'un des membres d'élite de l'armée de Frieza et que le maudit lézard était derrière tout ça. Un ennemi qui avait fait l'effort de ne pas le tuer, mais de l'immobiliser et de le réduire au silence. Le pire qui puisse être imaginé.

Il aurait sans doute été possible de nettoyer ses plaies et d'emmener Xelerr se faire soigner. Mais avec un bras et la mâchoire arrachés, son avenir de guerrier était condamné, et la honte ne partirait jamais.

L'enfant avait alors levé la main vers son ancien professeur : « Tu avais raison, j'aurais dû te tuer. Ne t'inquiète pas, personne ne saura ceci. » Et il avait tiré. En face de lui, le regard soulagé avait fait place à un immense cratère fumant.

Mourir livré aux vers, comment osent-ils ?

OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO

La vie à Capsule Corporation était assez tranquille et la présence des nameks semblait apporter des vacances à toute la famille : Bulma et son père ne travaillaient plus que quand ils en avaient envie, et toutes les rencontres d'affaires avaient été repoussées jusqu'au départ de leurs charmants invités verts. Inutile d'affoler les terriens pour rien, de plus, les Briefs étaient bien assez riches pour se permettre d'arrêter d'inventer pendant quelques mois, et les usines de Capsule Corporation fonctionnaient parfaitement sans la présence des inventeurs.

Six nameks étaient de redoutables stratèges, et ils passaient leur temps à jouer aux jeux de société avec Bulma lorsqu'elle était là. Aussi, le jour où monsieur Briefs et le doyen Muri (le nouveau grand sage des nameks) organisèrent un grand tournoi de golf dans le jardin intérieur, Bulma et ses compagnons de jeu décidèrent d'en faire autant de leur côté, avec un tournoi d'échecs. Ils s'installèrent donc dans la salle à manger, sur la grande table, accompagnés de quelques spectateurs nameks. Bulma ne se doutait pas, à cet instant, que ce petit événement anodin serait le point de départ d'une nouvelle ouverture de dialogue avec l'arrogant et dangereux saiyan.

Le tournoi avait déjà commencé depuis plusieurs heures. Tous les spectateurs avaient un verre à la main et discutaient joyeusement en lançant de temps à autres quelques encouragements aux joueurs. Ce fut à quelques parties de la finale que l'ambiance commença à se dégrader. Bulma, qui était en train de regarder la partie en cours, remarqua que l'un après l'autre, les nameks prenaient un air tendu, alors que les parties d'échecs se faisaient généralement dans une atmosphère joyeuse. Elle-même avait comme un goût de métal dans la bouche et finissait par se sentir nerveuse. Sans comprendre la raison de ce changement, mais bien décidée à ne pas se laisser gâcher SON tournoi, elle se mit à faire quelques remarques joyeuses et blagues. En effet, la tension se dissipa en partie, mais lorsque ce fut à son tour de jouer, Bulma remarqua que son adversaire semblait toujours tendu. « Ça va ? » lui demanda-t-elle. Il hocha la tête, et ils commencèrent la partie. La finale.

Une finale un peu décevante au goût de Bulma.

Il lui avait fallu moins d'un quart d'heure pour battre son adversaire, alors qu'il lui fallait d'ordinaire plus d'une heure. Lorsqu'elle annonça « échec et mat » elle le regarda d'un air surpris, mais le namek semblait pensif. Et sa victoire alors ? Pourquoi n'y avait-il personne pour la féliciter ? L'admirer ? Qu'est-ce qu'ils avaient tous à être aussi nerveux ? Elle décida de les tirer de leur rêverie et se mit à claironner en se levant « J'ai gagné ! Je suis la plus forte ! Yahou je suis imbattable ! On refait un tournoi ? Il est encore tôt ! Qui veut m'affronter ? ». Sa technique sembla fonctionner à nouveau car ils se mirent à sourire, et s'apprêtaient à réagir, lorsqu'une voix froide et méprisante s'éleva du coin de la pièce et les fit tous taire immédiatement : « C'est pathétique. Votre jeu est d'une simplicité à faire peur, vous êtes tous nuls, et toi tu te crois forte avec ça ? »

Surprise, Bulma tourna la tête pour voir Végéta s'avancer vers eux, les bras croisés et l'air hautain comme à son habitude. Depuis quand était-il là ? Ah ! Les nameks devaient avoir senti sa présence, ce qui pourrait expliquer l'ambiance tendue... Oh, c'était même certain ! Gâcheur d'ambiance ! Que faisait-il là ?

« Bon, décréta-t-il, c'est bien mignon de vous voir jouer, mais maintenant que vous avez fini, allez vous amuser ailleurs, j'ai faim. »

Ah bien sûr, songea-t-elle, il attendait la table. Quelle politesse, vraiment ! Mais ce saleté de saiyan venait quand même de plomber l'ambiance de son tournoi et de se moquer d'eux, il ne s'en sortirait pas comme ça !

« Oh, tu sais jouer aux échecs ? Répondit-elle avec un air innocent.

-J'ai dit, j'ai faim. Répliqua-t-il.

-Ça ne répond pas à ma question, tu sais jouer ?

-À votre jeu stupide ? En quoi est-ce que tu veux que ça m'intéresse ? J'ai faim.

-Eh bien, tu as dit qu'on était tous nuls, donc tu dois savoir jouer, non ? Sourit-elle.

-Tsss ! Humaine, j'ai d'autres préoccupations que de perdre mon temps sur vos jeux basiques. Pour la dernière fois, allez jouer aill...

-Basique ? Les échecs sont un excellent jeu de stratégie tu sais. Mais bon, je présume que la stratégie c'est pas ton truc.

-Quoi ? Et qu'est-ce qui te fait dire ça humaine ? Répondit-il en mordant à l'hameçon.

-Oh rien, fit-elle d'un air faussement détaché, je pense juste que tu es comme tous les guerriers : tu préfères cogner. »

Autour d'eux, les nameks semblaient s'être changés en statues, certains avaient mystérieusement réussi à s'éclipser et la silhouette de Piccollo se profilait dans l'ouverture de la porte qui menait au jardin intérieur, comme un gardien silencieux. Depuis quand Piccollo avait-il un instinct de protection des autres ? Ou peut-être était-il juste là en espérant se battre ? Végéta ne lui laissa pas plus de temps pour y réfléchir :

« Ne me prends pas pour un de tes crétins de guerriers terriens, humaine. Tous ceux qui ont commis l'erreur de me sous-estimer ne sont plus là pour le regretter.

-Ça veut dire que tu sais jouer aux jeux de stratégie alors ? Insinua subtilement la jeune femme.

-Bien entendu idiote ! Mais on ne joue pas dans la même arène.

-Quoi ? Qu'est-ce que tu sous-entends, là ? » Piquée dans sa fierté, la scientifique lui jeta un regard enflammé, le défiant d'oser répéter ce qu'il venait de dire. Personne n'osait jamais tenter de la provoquer, elle. Mais le regard qu'elle rencontra en retour était d'égale puissance.

« Je sous-entends que votre jeu est bien trop simple pour valoir le détour. C'est minable.

-Ok alors, si tu me bats tu me montreras à quoi ressemblent les jeux dans la cour des grands ? Tenta-t-elle, tendue.

-Pour la dernière fois humaine, j'ai faim, et je n'ai rien à faire de votre jeu de merde.

-Tu te défiles ?

-Il n'y a rien d'intéressant à défiler. Répliqua-t-il.

-Oh que si ! Si tu as le cran de me dire que je suis nulle aux jeux de stratégie, tu as intérêt à être vraiment fort, parce que je demande une preuve.

-Sinon quoi ? Sourit-il d'un air menaçant.

-Sinon ce n'était que les paroles en l'air de quelqu'un qui se vante sans oser prouver ce dont il est vraiment capable. »

Elle reçut en retour ce regard assassin qu'elle commençait à reconnaître, et qui semblait dire « Je vais t'étrangler ». Mais il se contenta de rapprocher son visage. La présence des nameks autour d'eux semblait l'encourager à se montrer plus... courtois.

« Je ne suis pas sûr que tu apprécierais d'avoir une preuve que je suis capable de faire exploser au moins tout ce continent sinon ta chère planète toute entière, humaine. Grogna le saiyan.

-C'est vrai. Tenta-t-elle à nouveau. Par contre... J'apprécierais de découvrir... Que tu n'es pas qu'une grosse brute... mais un être civilisé capable de me défier aux échecs.

-Hmm, ce ne serait même pas un défi digne de ce nom. Je n'ai rien à gagner à te battre à ton jeu minable.

-Ah, parce que tu penses vraiment pouvoir me battre ? »

Végéta dévisagea un instant cette insolente créature qu'il pouvait tuer avec un seul doigt, qui le savait, mais qui restait droite et fière face à lui, et qui en plus lui souriait avec une lueur guerrière dans le regard. Elle savait manier l'art de la provocation à la perfection, elle l'avait coincé. Il ricana : tant pis pour elle, elle allait regretter son effronterie ! Il claqua la langue, et le robot ménager arriva, pour lui annoncer que le repas serait servi dans sept minutes. Il n'avait pas décroché son regard des yeux bleus de sa captive, et sourit à nouveau en savourant d'avance sa victoire : « Sept minutes, c'est bien plus qu'il ne m'en faut pour te battre. »

Bulma se trouvait soudain un peu désemparée, peu habituée à le voir afficher un sourire qui paraissait sincère. Elle tenta maladroitement de lui sourire en retour. Elle venait d'obtenir l'impossible : une partie de jeu de société contre Végéta, le guerrier de l'espace, le meurtrier qui fréquentait sa maison depuis quelques semaines comme un fantôme, sans vouloir interagir avec personne. Rien qu'à cette pensée, elle bouillonnait de fierté et d'anticipation.

Autour d'eux, un public de curieux se densifiait, bien que restant à distance très (très) respectueuse. Végéta tourna avec dédain son attention vers l'échiquier : « Cette pièce-là est la pièce maîtresse, c'est bien ça ? Demanda-t-il en indiquant le roi.

-Oui, quand elle est prise on a perdu.

-Celle-ci se déplace latéralement, celle-ci en diagonale et est donc limitée à la moitié du plateau. Celle-ci combine les deux capacités de déplacement, et celle-ci se déplace de trois et un. Énuméra-t-il en pointant les pièces tour à tour.

-Oui.

-Ton jeu est entièrement en deux dimensions, les pièces ne peuvent pas voler. Elles peuvent toutes être prises par n'importe quelle autre en un seul coup si le déplacement le permet, et la pièce qui tue prend la place de l'autre.

-Euh, oui c'est ça.

-Tsss les règles sont d'un basique à faire peur, il y a très peu de styles de pièces, elles ne peuvent pas évoluer, et on ne choisit pas la configuration de départ.

-C'est vrai, sauf pour le pion qui peut évoluer en allant à promotion.

-Le pion ? Les pièces inutiles qui encombrent le passage ?

-Oui, un pion qui a traversé tout l'échiquier peut se transformer en n'importe quelle autre pièce. » Et devant son air dubitatif, elle ajouta avec un clin d'œil : « Ils se transforment en super-saiyans.

-Tsss ! Les saiyans ne sont pas des pions, femme.

-Pour quelle pièce est-ce que tu aurais pris Son Goku la première fois que tu es arrivé sur Terre ?

-Vous êtes tous des pions. Répondit-il sans hésiter.

-Eh bien voilà, Goku est allé à promotion ! » Sourit-elle, fière de sa logique.

Il ne répondit pas, et se contenta de relever sa lèvre supérieure pour découvrir ses dents, dans ce qui ressemblait à un rictus moqueur. Puis il se pencha vers l'échiquier, et, presque sans regarder, fit avancer l'un des pions blancs. Puis il s'assit, bras et jambes croisés, regardant comment elle allait réagir.

Elle n'hésita pas, et s'assit face à lui, déplaçant l'un des pions noirs. Elle avait à peine fini de le poser que déjà une autre pièce blanche avait été déplacée.

Elle ne l'avait même pas vu bouger.

Elle leva les yeux vers lui et fronça les sourcils face à son air assuré. C'était ça sa tactique ? Bouger si vite qu'elle ne pourrait bientôt plus savoir quelle pièce il aurait bougé ? Si c'était sa stratégie, alors c'était lui qui faisait la grave erreur de la sous-estimer. Elle était un génie tout de même !

« Dépêche-toi de perdre, j'ai faim. » Lui rappela son adversaire, moqueur. Elle lui renvoya son sourire assassin, et bougea la pièce suivante.

Il continua de déplacer ses pièces immédiatement après que Bulma ait bougé les siennes. Elle ne les voyait pas bouger, mais elle savait où elles étaient allées. Elle avait pensé qu'il jouait sans réfléchir, mais elle constata bien vite qu'il avait une vraie stratégie, très particulière d'ailleurs. Il n'hésitait pas à envoyer toutes ses pièces au suicide pour piéger les siennes. Il avait déjà parfaitement saisi les règles et subtilités des échecs, alors que c'était manifestement la première fois qu'il y jouait.

Au fil des tours, tous deux laissèrent tomber leur sourire moqueur pour prendre un air plus concentré. Il n'y avait pas un bruit dans la pièce, alors que même les joueurs de golf étaient sortis du jardin intérieur pour constater de leurs yeux que Bulma avait réussi à entraîner le saiyan dans un jeu.

Un jeu qui prenait la tournure d'un véritable duel, alors que les pièces de l'un et de l'autre disparaissaient du plateau l'une après l'autre, et que le rythme de jeu ralentissait. Végéta restait adossé au dossier de sa chaise, bras et jambes croisés, et Bulma en arrivait à soupçonner qu'il ne bouge les pièces par télépathie. Elle était accoudée à la table, au plus proche du plateau de jeu, et ne le voyait jamais s'avancer. Elle tentait de déchiffrer son visage mais n'y lisait rien qu'une concentration sans faille.

« Allez Bulma ! Tu es la meilleure ! » Lança soudain une petite voix fluette à côté d'elle. Surprise, Bulma tourna la tête pour découvrir que presque toute la maison s'était rassemblée autour d'eux, y compris sa mère, son père, et Pu'ar (qui se trouvait pour la première fois dans la même pièce que Végéta sans s'enfuir en hurlant des propos incompréhensibles). C'était lui qui venait de lancer ce valeureux petit encouragement... qui n'avait gagné que sa déconcentration. Alors qu'en face d'elle, son adversaire ne semblait que s'impatienter... Mais il fallait bien avouer qu'à côté d'eux, son repas refroidissait. Cela faisait plus de vingt minutes qu'ils jouaient.

Enfin un adversaire qui lui donnait vraiment du fil à retordre.

Végéta, de son côté, avait presque oublié son repas tant il était surpris de voir la petite terrienne résister si longtemps sur un jeu si basique. Il comprenait maintenant que la difficulté du jeu résidait justement dans les types de pièces et de mouvements extrêmement limités. Mais il n'avait pas l'intention de se laisser perdre pour autant. Sa fierté était en jeu, et tous les imbéciles de la maison s'étaient rassemblés autour d'eux en plus !

C'est pourquoi il se contenta de froncer les sourcils lorsque, avec un sourire rayonnant, Bulma avança le dernier pion qu'il lui restait sur la dernière rangée de l'échiquier, et annonça « Super saiyan ».

Un pion changé en reine. Amusant songea-t-il en la regardant et ricanant à nouveau. Le sourire qu'elle lui renvoya était parfaitement sincère.

Celui d'une idiote fière d'avoir réussi un joli coup qu'il n'avait pas prévu...

… Un coup qu'il n'avait pas prévu, parce que lui, n'avait pas oublié l'objectif final du jeu.

Sans lâcher son regard ni son sourire, le guerrier avança lentement sa main gantée au dessus de l'échiquier jusqu'à l'une de ses pièces qu'il avança de quelques cases avant d'annoncer en la reposant : « Échec et mat. »

Une seconde. Bulma regarda la main gantée se retirer lentement du plateau pour dévoiler le déplacement.

Deux secondes. Elle fixa sans comprendre son roi pris au piège et sa reine trop loin pour servir.

Trois secondes, elle cilla violemment et leva vers lui un regard étonné. Il avait gagné.

Contre elle.

Un débutant.

Elle avait perdu.

Avec un seul coup de retard.

Impossible.

Voyant que la terrienne restait sans réaction, Végéta se leva, l'air plus méprisant que jamais, savourant sa victoire bien plus qu'il n'aurait pu l'imaginer, et décida d'enfoncer le clou : « Je t'avais prévenue, femme, me sous-estimer est une grave erreur. Pour quelqu'un qui essaie de faire croire qu'elle est intelligente, tu t'es ratée comme une merde. »

Elle leva immédiatement les yeux vers les siens et fronça les sourcils : « Eh oh ! Gagner une partie d'échecs ne te donne pas le droit de mettre en doute mon génie ! »

Autour d'eux, quelques nameks se mirent à filer en douce, peu désireux d'entendre la suite de l'échange, qui risquait de mal tourner si Végéta poursuivait son discours. Lui seul semblait ne pas réaliser qu'il marchait sur des braises, alors qu'il continuait avec un rire moqueur : « Non mais franchement, à part toi, tu penses vraiment qu'il y a quelqu'un qui te croit, quand tu racontes que les types qui servent de guerriers sur ta planète te protègent et t'emmènent avec eux pour ta prétendue intelligence ? »

Elle ne répondit pas tout de suite, le dévisageant longuement et tentant de décrypter la profondeur de l'insulte qu'il venait de lui lancer. « Bien sûr que c'est pour mon intelligence. Il faut bien un mécanicien dans l'équipe, et quelqu'un pour avoir des idées de génie.

-Et tu t'y crois dans ce rôle ? » Ricana-t-il. Il avait vu bien des enfants s'imaginer avoir autant de capacités que leur parent, à commencer par les fils de Frieza qui n'étaient plus là pour regretter leur stupidité. Ils avaient tous terminé sur des échecs lamentables. Cette fille se prenait pour la scientifique qu'était son père-réparateur-de-vaisseaux.

« Attends, pour qui tu me prends là ? » Menaça Bulma.

Il ricana à nouveau en la dévisageant un moment. Elle avait l'air de commencer à s'énerver, ce qui, lui, l'amusait beaucoup. Apparemment elle croyait vraiment être ce qu'elle prétendait. Un petit atterrissage s'imposait : « Arrête de faire l'idiote, ça se voit que tu es la pute de service. »

ooooo

Première seconde. Le bruit d'un verre qui se brise.

Deuxième seconde. Le rire nerveux de la mère de Bulma : « Olala ! Que je suis maladroite ! Je vais chercher un balais ! ». Tous les chats de la pièce avaient disparu.

Troisième seconde. « Je viens avec toi. » Fit la voix du père. « Moi aussi. » Fit la voix de la peluche volante. Et les derniers nameks suivirent. Même Piccollo.

À la fin de la troisième seconde, la pièce était vide, et Bulma se levait lentement, les yeux lançant des éclairs.

ooooo

Elle plaça ses mains sur ses hanches, poings serrés, en écartant légèrement les pieds. Une position de combat. Autour d'elle son ki ridicule s'agitait avec force en un mouvement inédit pour Végéta, qui avait soudainement l'impression très désagréable de se prendre des volées d'épingles en pleine figure.

Et puis elle se mit à crier.

« QUOIIIIIIIIIIIIIIIII ?! COMMENT OSES-TU ESPÈCE DE... »

Il ne comprit même pas la moitié de ce qu'elle disait tant ses hurlements suraigus lui vrillaient les tympans. Elle parlait de dignité, de respectabilité, tantôt d'elle, tantôt en pointant vers lui un doigt menaçant. Végéta se surprit même à reculer d'un ou deux pas. S'il avait cru vouloir épargner ses tympans la dernière fois qu'elle avait crié, il aurait mieux fait de s'épargner cette fois-là. Ou ses oreilles allaient finir par saigner.

« SILENCE ! Tonna-t-il. Si tu ne la fermes pas tout de suite je t'é...

-OH QUE NON je ne vais pas me taire, monsieur-le-saiyan-qui-se-croit-tout-permis. Tu as le culot de m'insulter, alors qu'on t'offre le gîte et le couvert sans rien te demander en retour, alors tu vas m'écouter !

-Non, tais-t...

-Je suis une demoiselle digne et respectable, et tu vas devoir finir par t'en rendre compte. Si tu t'imaginais pouvoir tenter ta chance avec moi, il me semble t'avoir déjà signalé que ce n'était même pas la peine. J'ai un petit ami, et PERSONNE D'AUTRE ! Je ne sais pas qui tu as fréquenté par le passé pour avoir OSÉ penser ça, mais laisse-moi te faire savoir que ce simple fait est SCANDALEUSEMENT INSULTANT !

-Et qu'est-ce qu...

-Il me semble qu'on avait un deal toi et moi. Si tu veux manger quand tu veux, tu dois rester poli !

-Tsss !

-Parfaitement ! Je désactive la commande quand je veux, et je vais le faire tout de suite si tu ne me présentes pas tes excuses, sur-le-champ !

-Vas te faire foutre. Si tu esquisses le moindre geste pour appeler tes droïdes ce sera la dernière chose que tu feras dans ta vie ! Répliqua-t-il en montant le ton à son tour.

-Je te l'ai déjà dit, je serai ressuscitée quand tu seras mort de faim. » Ricana-t-elle.

Il tenta une autre approche, et la saisit par la gorge. Mais la proximité le rendit d'autant plus mal à l'aise que le ki de la terrienne continuait de ressembler à une pelote d'épingles. Il prit son air menaçant et murmura : « Stop, tu vas trop loin terrienne. Personne ne me crie dessus. Personne. Maintenant, si tu tiens à la vie, tu t'en vas maintenant.

-Non, répondit-elle bravement en dressant la tête. Personne ne me dit ce que je dois faire dans ma propre maison. Et personne ne m'insulte. Maintenant, si tu veux avoir une chance que je ne désactive pas la programmation de ton repas, soit tu t'excuses, soit...

-J'ai dit vas te faire foutre avec tes excuses !

-... Soit tu m'accordes une revanche.

-J'ai dit... Ein ? » Il la regarda un instant, agacé et perplexe. Elle débordait littéralement de colère, et ses yeux semblaient contenir tout un océan dans la furie de l'orage. Et elle n'avait absolument rien à faire d'être suspendue par la gorge à cet instant. C'était comme si cette pique qu'il avait faite à son honneur était la pire des offenses, une question de vie ou de mort... Elle avait réagi comme l'aurait fait un saiyan, en fait... Mais cela restait une réaction stupide et suicidaire pour une créature aussi faible !

« Femme, tu tiens vraiment à te faire humilier une deuxième fois ? » Menaça-t-il

Elle sourit.

« Oui, mais pas aux échecs. À ton jeu.

-Quel jeu ? Grimaça-t-il.

-Celui auquel tu as fait référence. Qui est en trois dimensions, avec beaucoup de styles de pièces dont tu choisis la configuration de départ. Il y en a certaines peuvent voler ou qui peuvent évoluer. Elles ne sont pas toutes égales pour tuer une autre pièce et ne prennent pas nécessairement la place de la pièce attaquée.

-Tu connais le oorlog ?

-Pas encore, mais tu vas m'expliquer comment ça se joue. » Répondit-elle avant de lui adresser un regard perçant, et d'ajouter sur un ton de sentence qui laissait transpirer sa rancune : « Et je vais me venger en te pilant à ton propre jeu. »

Première seconde. Végéta fronça les sourcils en resserrant sa prise autour de sa gorge. Elle soutenait son regard.

Deuxième seconde. Elle cilla calmement sans le quitter des yeux.

Troisième seconde. Il sourit. Elle haussa les sourcils. Cette femme était décidément nulle au duel de regards... Elle allait lui foutre la paix maintenant.

Il la lâcha. Elle recula, perplexe.

« Allez ! Lança-t-il d'un air moqueur et hautain. Va emmerder quelqu'un d'autre, femelle !

-Je m'appelle Bulma. Répondit-elle en fronçant les sourcils.

-Je m'en fous va emmerder quelqu'un d'autre et laisse-moi manger !

-OK, mais tu vas m'expliquer le oorlog alors ?

-Idiote, tu as voulu te mesurer à moi et tu as perdu. C'est fini.

-OH QUE NON MONSIEUR PRÉTENCIEUX ! Cria-t-elle. Tu vas m'expliquer à quoi ressemble ton jeu ou je désactive ta programmation et tu devras venir me voir à chaque fois que tu voudras manger, en me le demandant gentiment si tu veux une chance d'obtenir quelque chose, c'est CLAIR ? »

Elle n'allait tout de même pas se remettre à crier ? Songea-t-il énervé. Comment faisait-on pour faire taire cette chieuse ?

Elle continua : « Tu m'as INSULTÉE, mon gars ! Si tu ne veux pas me présenter tes excuses, ta seule chance de te faire pardonner c'est de m'accorder une revanche ! Et je vais te battre ! Crois-moi je te BATTRAI à ton propre jeu !

-Ah oui ? S'agaça-t-il. Comment espères-tu me battre à un jeu que tu ne connais pas, alors que tu n'arrives même pas à me battre à un jeu que MOI je ne connais pas ?

-On parie ? Défia-t-elle.

-Tssss ! Tu es stupide !

-Tu as peur de perdre ?

-Non, j'en ai marre de perdre mon temps avec tes conneries ! Tonna-t-il.

-Tu perdras beaucoup plus de temps quand il faudra venir me supplier tous les jours pour te faire servir à manger. Siffla-t-elle.

-Je préfère réduire cette planète à feu et à sang si c'est ça ! Répliqua-t-il, avançant son visage jusqu'à ce que les deux se touchent presque.

-C'est toi qui vois, répondit-elle froidement en tenant sa position. Je ne suis pas sûre que tu trouves autant à manger en faisant ça. Ce serait sans doute plus simple d'essayer de te faire pardonner en m'accordant une revanche.

-Tsss ! S'exclama-t-il en tournant la tête sur le côté. Et où comptes-tu trouver un plateau de jeu de toutes manières ?

-Oh ça c'est simple, remarqua-t-elle. Que tu me croies ou non je suis bien un génie. Dis-moi à quoi ressemble ton jeu et je t'en fabrique un. »

Il tourna lentement la tête vers elle, une lueur maléfique dans le regard et un sourire moqueur en coin. Voilà qui pouvait être amusant et la remettre à sa place : si jamais elle arrivait à fabriquer un jeu conforme, il lui accorderait une partie. Il leva la main vers la table et le contenu du pichet d'eau s'éleva dans les airs.

« Ok terrienne, si tu veux jouer, tant pis pour toi. Tu as intérêt à tout retenir parce que je ne le répéterai pas et il ne te restera plus qu'à aller pinailler ailleurs. »

Il marqua une pause pour vérifier que la terrienne acceptait sa condition. Elle fit un mouvement qui semblait servir à rajuster ses cheveux, puis croisa les bras et le regarda. Il ricana avant de se mettre à parler à toute vitesse.

« Le plateau de jeu du oorlog est composé de tétraèdres à la place de tes carrés. Largeur maximale 24, longueur 48, hauteur maximale 12. Il y a 24 styles de pièces, on débute avec un quota maximal de 48 points qui correspondent aux points de vie des pièces. Cette pièce est le pion, elle a 1 point de vie et ne se déplace qu'au sol vers l'avant ou l'arrière. Il a trois modalités d'attaque... »

Alors qu'il commençait sa longue et rapide énumération, la sphère d'eau volant dans les airs à côté de lui prenait tour à tour la forme des pièces qu'il citait. Il n'avait pas menti, les règles du oorlog étaient si complexes qu'elles faisaient passer les échecs pour un jeu de morpion. Les pièces ne se déplaçant qu'en diagonale vers le haut et tombant à la verticale une fois qu'elles touchaient le plafond. Les pièces qui attaquaient en tournant autour de leur cible. Celles qui attaquaient à distance. La pièce double, représentée par deux pièces qui se déplaçaient simultanément en miroir sur le plateau de jeu, seule pièce capable de tuer en un coup une pièce ayant 6 points de vie. Des pièces kamikazes et des pièces qui sacrifiaient des pièces alliées pour renforcer leur attaque. Les pièces qui se téléportaient. Et les pièces qui devenaient plus puissantes à chaque fois qu'un allié était tué, ou à chaque ennemi tué, ou sous de nombreuses autres conditions. Et la pièce à un point de vie qui assurait la victoire au bout de trois tours si elle était la dernière de son type sur le plateau de jeu.

Lorsqu'il eut fini d'expliquer les modalités de victoire possibles et les règles de formation initiale des pièces, il la dévisagea d'un air narquois. Elle le regardait, les yeux écarquillés. Stupide humaine, elle n'avait probablement pas réussi à retenir plus d'un quart de ce qu'il venait de dire ! Qui aurait pu ?

« Bon, que penses-tu de mon jeu, humaine ? Nargua-t-il en croisant les bras. Peut-être un peu trop compliqué pour toi tu ne crois pas ?

-Il a l'air super. Reconnut-elle.

-Mais bien sûr ! Se moqua-t-il. Fais-moi signe quand tu auras réussi à créer un plateau de jeu qui y ressemble. Et je te préviens, si tu fais une seule erreur, tu vas te faire foutre. Et maintenant laisse-moi manger.

-Ok ! Répondit-elle, la colère dans son regard muée en lueur de défi. À tout à l'heure alors ! » Et elle s'en alla, non sans lui avoir adressé un sourire moqueur.

Il la regarda s'éloigner, surpris. À tout à l'heure ? Comment cette chieuse pouvait-elle encore essayer de bluffer ? C'était sans intérêt ! Elle allait certainement se cacher pour ruminer son humiliation seule ! Quelle idiote, prétendre apprendre à jouer au oorlog en dix minutes d'explication !

Il se tourna vers son repas tiède et grimaça. Comment arrivait-elle à lui faire perdre autant de son précieux temps ?

OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO

Marchant d'un pas rapide dans le couloir qui menait à son laboratoire privé, Bulma continuait de ricaner et désactivant sa boucle d'oreille-caméra (elle l'avait mise ce jour-là en espérant filmer de belles parties d'échecs lors de son tournoi). Elle avait toutes les informations dont elle avait besoin. Une petite heure de programmation et une demi-heure de montage holographique devraient suffire. Il ne lui resterait plus qu'à analyser les règles en détail.

Tu vas me le payer ! Songea-t-elle en jubilant.