[Note de l'auteur] Bonjour ! Bon, je sais que je ne suis pas très assidue, mais voilà quand même la suite. J'essaie de donner un peu de rythme à chaque chapitre, et pour celui-ci ça n'a pas été facile. Je pense qu'une histoire d'amour tenace doit commencer en douceur, même pour vous-voyez-qui. Je me mets vite à la tâche pour le chapitre suivant, mais il me semble que je peux déjà vous souhaiter une bonne année ! Et bonne lecture !

[décharge] L'extrait de chanson cité appartient à Maxime Piolot. (eh, chacun ses chansons d'enfance hein ?)


Et je sais des lumières

« Dis-moi papa. Comment tu ferais pour qu'une machine puisse mesurer une intensité non plafonnée sans risque de surcharge ?

-Hum, répondit le scientifique en sortant le nez d'un tiroir immense. Tu ne peux pas obtenir une mesure chiffrée si elle n'est pas plafonnée. Il faut contourner le problème. Tu peux peut-être représenter ton intensité d'une autre manière. En représentation spatiale par exemple.

-Oh ! Mais oui, bien sûr ! S'exclama-t-elle. Tu es un génie papa !

-De rien. »

Bulma retourna immédiatement à ses formules. C'était ça ! La méthode pour empêcher un détecteur à ki d'exploser ! Il suffisait de ne pas afficher la puissance en chiffres !

Il lui fallait un détecteur et vite. Un détecteur avec une alerte. Plus personne ne pourrait la surprendre en surgissant derrière elle. Surtout lorsque la personne la plus encline à ce genre de pratique dans la maison était réellement un meurtrier...

Oui, une interface de visualisation spatiale, c'était la solution à son problème. Ou peut-être même deux interfaces ? Les longues lignes de calcul de son équation, qui lui avait pris tant de temps à résoudre, l'avaient conduite en fin de compte, à déduire que le ki ne possédait pas une, mais deux variables principales. L'une était la puissance. Elle n'avait pas la moindre idée de ce à quoi correspondait l'autre, mais elle avait fini par juger qu'il était inutile d'essayer de déterminer sur papier à quoi cela correspondait. L'observation serait probablement d'une meilleure aide.

Ainsi, elle aurait une amplitude de la puissance du ki sous forme d'un halo lumineux autour de chaque être vivant, et une couleur pour la longueur d'onde inconnue.

Le prototype qu'elle chaussa sur son oreille à la fin d'une journée entière de travail la laissa admirative quant à son propre génie : le petit écran devant son œil affichait la présence d'énergie comme l'aurait fait une caméra à infrarouges. Les chats et chiens qu'elle croisa dans le jardin intérieur apparaissaient sur son écran comme des tâches lumineuses de couleurs différentes. Elle voyait ses propres mains radier d'une douce lumière bleu azur, jusqu'à quelques millimètres autour de sa peau. Très jolie couleur ! Sa mère, qui arrosait ses plantes en chantant, scintillait en rose, ce qui était moins classe, d'après elle. L'être le plus lumineux dans ce jardin, c'était Kiki le tyrannosaure, avec son halo gris de près d'un centimètre autour de lui. Du moins, c'était l'impression qu'avait Bulma, depuis une demi-heure qu'elle s'amusait à observer les êtres vivants qui l'entouraient sous cette nouvelle perspective.

Jusqu'à ce qu'elle ne sorte de la maison pour retourner à son laboratoire, et qu'elle ne tourne la tête en direction de la salle de gravité qui bourdonnait non loin de là.

La capsule complète rayonnait d'une lumière bleu-nuit comme s'il s'agissait d'un être vivant à part entière.

Mais l'être vivant à l'origine de cette énergie n'était pas cette énorme sphère de métal : c'était un petit humanoïde de la même taille qu'elle, vêtu pour toute protection d'un short et d'une paire de baskets, en train de lutter à l'intérieur contre une gravité de 400 fois celle de la Terre en espérant devenir plus puissant encore, malgré sa condition convalescente.

Bulma pinça les lèvres et désactiva le dispositif chaussé sur son oreille en reprenant sa route. Cela faisait cinq jours depuis le départ de Yamcha, et c'est à peine si elle avait remarqué son absence. Par contre, cela faisait sept jours depuis l'accident de Végéta, et son inquiétude ne faiblissait pas. Elle avait fini par se résoudre à l'évidence que rien de ce qu'elle pouvait faire ne pourrait empêcher le saiyan de retourner s'entraîner. Elle était même allée jusqu'à essayer de le contacter par l'écran de communication (l'écran que son père avait installé pour servir de télévision), sans succès. À ce qu'elle avait vu, son intervention, au contraire, avait plutôt contribué à lui faire prendre des risques supplémentaires. Et le voir s'écraser à nouveau au sol n'était pas une perspective dont elle se réjouissait.

Aussi avait-elle fièrement ravalé ses inquiétudes et s'était-elle bornée à changer les pansements et bandages du guerrier tous les soirs, dès qu'il terminait de manger, seul moment de la journée où il était possible de lui adresser la parole. Une fois par jour, c'était trop peu au goût de Bulma, mais c'était déjà un miracle qu'elle soit parvenue à négocier autant, et elle en était consciente. S'il avait d'abord tenté de s'opposer à ce qu'elle le soigne, il avait dû finir par comprendre que cela était inutile et contre son intérêt. D'autant plus qu'il venait à nouveau de mettre les robots d'entraînement en fonctionnement ce matin-même. Elle craignait de le voir sortir de la capsule de gravité avec des plaies supplémentaires ou des bandages brûlés.

Elle voyait juste.

ooooo

La boule d'énergie que Végéta tentait d'éviter depuis plus d'une heure eut finalement raison du reste de sa détermination, lorsque, renvoyée par l'un des cinq robots d'entraînement, elle vint le frapper comme la foudre dans son dos, alors qu'il tentait de repousser le sol sous son propre poids.

Il poussa un cri qui fut masqué par le bruit de l'explosion qui s'ensuivit.

Lorsque le brouillard se dissipa, il était toujours au sol, à plat ventre, cloué par une force insurmontable qui paralysait chacun de ses membres.

Relève-toi.

Il ne cessait de se donner le même ordre, à longueur de journée, à longueur de semaine.

Relève-toi.

Les muscles de son dos, à peine remis de l'accident quelques jours auparavant et dont ils se rappelaient douloureusement en cet instant, se fléchirent avec l'effort pour soulever et rapprocher ses mains de son corps. Il eut l'impression de ne plus avoir de peau sur le dos. Et pour cause, c'était lui qui avait émis cette boule d'énergie qui venait de lui être renvoyée.

Relève-toi.

Il poussa ses mains sur le sol, et souleva son torse, ce qui lui permit à nouveau de respirer. Il se retrouva à genoux, appuyé au sol sur ses coudes, l'insupportable gravité l'empêchant de soulever sa tête.

Relève-toi, allez, il est l'heure de manger.

En bon saiyan qu'il était, cette dernière pensée fut celle qui lui donna la force de s'arracher à la gravité et de se dresser à nouveau sur ses pieds, le temps de tituber vers le tableau de commande et de désactiver la gravité... non sans avoir, juste avant, rassemblé ses forces dans une ultime attaque énergétique visant à expulser sa frustration.

Il resta un instant, appuyé d'un bras sur le bouton d'arrêt de la machine, reprenant son souffle saccadé en regardant du coin de l'œil les robots d'entraînement détruits s'écraser au sol, en un « stonk » léger. Il les déposerait devant le laboratoire du vieux scientifique avant d'aller se doucher, manger, et de laisser l'humaine bavarde le soigner.

Se faire soigner...

À la longue, c'était un moment de la journée qu'il ne trouvait plus si désagréable... au contraire. D'une certaine manière, cela le calmait et il parvenait mieux à s'endormir ensuite. Il soupçonnait toujours l'humaine d'émettre des phéromones calmantes, mais, bizarrement, ça lui était bien égal. Peu importait ! Phéromones ou pas, ce qui comptait, c'était que ses blessures soient soignées, et que son sommeil soit le plus réparateur possible. Pour l'instant, l'humaine y contribuait.

Ce fut donc avec une légère pointe de déception, bien vite muée en irritation, qu'il termina son repas sans que Bulma ne fasse d'apparition pour le houspiller et le traîner à l'infirmerie. La position des aiguilles sur l'horloge lui indiquait qu'il était bien plus tôt que d'ordinaire. Il ne tint cependant pas compte de ce fait alors qu'il ferma les yeux pour localiser le ki de l'humaine dans son laboratoire, dans la même direction que l'indiquait son odeur. Il avait deux mots à dire à cette femelle inattentive.

ooooo

Plongée dans ses projets et plans de construction, Bulma sursauta lorsque le petit dispositif qu'elle portait sur l'oreille s'activa en un léger bipbip et que l'écran se déplia face à son œil. Surprise, elle tourna la tête vers la direction indiquée par la petite flèche sur l'écran, juste à temps pour voir la porte de son laboratoire s'inonder de lumière bleu-nuit et s'ouvrir à la volée sur une sombre silhouette menaçante.

Ahem... À peine fabriqué depuis deux heures, ce dispositif lui épargnait déjà une crise cardiaque...

Dès qu'il se trouva face à l'humaine, Végéta se sentit stupide. À quoi s'attendait-il au juste ? Qu'était-il censé dire ? Quelque chose du genre « Pourquoi tu n'es pas là pour me soigner ce soir ? » ? Ou peut-être plutôt « Qu'est-ce que tu fabriques ici ? Tes stupides robots ne t'ont pas prévenue que j'ai fini mon entraînement ? Et moi alors ? ». Non, sans doute un discours plus neutre, du genre « Soigne-moi femme ! » ? Non plus... Que pouvait-il dire sans paraître ni faible, ni reconnaître qu'il espérait se faire soigner, et si possible sans être trop insultant ? Mais pourquoi diable était-il venu, déjà ? Depuis quand tenait-il le fait de se faire soigner pour un acquis ?

Fort heureusement pour lui, son silence joua en sa faveur tandis que la terrienne le scrutait automatiquement de la tête aux pieds. Ce fut donc elle qui parla la première, en s'exclamant : « Végéta ! Qu'est-ce qui t'arrive ? Mais tu es blessé ! » Soudain, elle était trop proche de lui pour son confort personnel. Sans aucune hésitation, l'humaine commença à lui tourner autour en lui poussant le coude du bout des doigts pour qu'il se tourne (ce qu'il ne fit bien sûr pas). « Nom de... ! Ton dos est dans un état lamentable ! On dirait que tu n'as plus de peau sur toute cette zone ! Et ton bras ! Tu as encore déchiré tes bandages ! Non mais regarde-moi ça ! Mais tu saignes !

-Non, grommela-t-il machinalement, ce n'est rien. Il n'y a rien à...

-Viens par là ! Le coupa-t-elle avec fermeté en sortant de son laboratoire et laissant tout son travail en plan. On va à l'infirmerie tout de suite ! »

Il n'hésita pas longtemps, et lorsqu'elle se retourna pour vérifier qu'il la suivait, c'était effectivement le cas. Il ne disait rien, semblait très mécontent, mais intérieurement, il était soulagé d'obtenir ce qu'il voulait sans avoir eu à le demander.

« Qu'est-ce que tu voulais au juste ? Demanda-t-elle tout à coup alors qu'ils traversaient le jardin.

-Hein ?

-Je te demandais ce qui me valait l'honneur de te voir dans mon laboratoire ?

-Hmmm, grommela-t-il en détournant le regard. Et moi je me demande qu'est ce que c'est que cette pathétique imitation de détecteur que tu portes sur l'œil.

-Hein ? Oh ça ! Répondit-elle en laissant le sujet se détourner. C'est bien un détecteur, mais celui-là c'est moi qui l'ai créé. Il a des fonctionnalités bien plus évoluées... »

Il n'en eut pas besoin de réagir ni de feindre le moindre intérêt. L'humaine venait de se lancer dans une explication complexe et narcissique du fonctionnement de son gadget. Il l'écouta, à demi intéressé, jusqu'à ce qu'ils entrent dans l'infirmerie.

« Assieds-toi là. » Ordonna-t-elle en se dirigeant sans attendre vers la grande armoire blanche qui trônait dans un coin de la pièce.

« Je sais. » Répliqua-t-il, plus pour épargner sa propre fierté que pour faire la conversation avec cette humaine qui de toutes manières ne l'écoutait pas.

« Mais oui. Répondit-elle distraitement. Mmmmm, voyons, où mon père l'a-t-il rangée ? Il range vraiment n'importe comment ! Ah ! La voilà ! Crème réparatrice brûlures. Voyons si... Qu'est-ce qui te fait rire ? »

Végéta ne riait pas, son visage était juste tordu par un affreux rictus moqueur. Mais quand, comme Bulma, on commençait à quelque peu connaître l'étendue de ses expressions faciales, on pouvait, en effet, en déduire que, en quelque sorte, il riait.

« Voyez donc qui parle de rangement ! Nargua-t-il. Ce n'est pas à moi que tu vas faire croire que tu es une personne ordonnée après que j'aie vu l'état de ton espace de travail.

-Un espace de travail n'est pas une armoire à pharmacie ! Répliqua-t-elle en attrapant dans ses bras tout le matériel médical dont elle avait besoin. L'un des deux est un espace partagé où il faut pouvoir retrouver les objets efficacement et rapidement, l'autre est mon espace de créativité et il est l'expression de mon génie ! Bon, montre-moi ton bras ! »

Laissant échapper un « Tssss ! » moqueur, Végéta s'exécuta. « L'expression de ton génie ? Un génie du chaos dans ce cas. » Elle tira une chaise pour s'asseoir face à lui.

« Chaos toi-même ! Moi je maîtrise l'art de créer, pas de détruire !

-Tu veux tester lequel de nos deux arts est supérieur ? La provoqua-t-il.

-Non merci, répliqua-t-elle en commençant à défaire le bandage sanguignolent et à inspecter la plaie bleue-violet-orange-jaune au dessous. Je ne vois pas le moindre intérêt à la maîtrise de l'art de la mort. Je préfère la vie.

-Hnn ! C'est pourtant toujours le même des deux qui gagne !

-Eh ! C'est surtout que l'un n'existerait pas sans l'autre !

-Tsss !

-Mais si ! Tiens ! Disons que la vie est un chemin dont la mort est la fin : si tu ne te concentres que sur la destination, tu ne peux pas profiter du voyage. Qu'est-ce que tu connais de l'art de la vie, toi ?

-La vie n'est pas un chemin, humaine, c'est un combat. Et la mort est le sort réservé à ceux qui perdent. Ma défaite à moi n'est pas envisagée. » Les doigts de l'humaine travaillaient habilement sur ses blessures, les unes après les autres, du bras ils remontèrent aux côtes, et le faisaient oublier la douleur. Il se prêtait donc de bonne grâce à cette conversation, d'autant plus qu'il était toujours amusant de provoquer cette femme, sur quelque sujet que ce soit. L'humaine semblait toujours autant intriguée par la conception qu'il avait de la vie, notamment la valeur qu'il accordait à celle des autres (valeur que précisément il n'accordait pas).

Elle resta un moment silencieuse tandis qu'elle étalait un onguent à forte odeur mentholée sur la plaie, avant commencer à refaire le bandage et de répliquer : « Comme tu veux, mais ma question reste la même : qu'est ce que tu connais de l'art de la vie toi ?

-J'en sais des dimensions que tu ne pourrais même pas soupçonner, terrienne. Répondit-il d'une voix grave.

-Bien sûr, bien sûr. Mais je pourrais en dire autant, monsieur-le-saiyan. Rétorqua-t-elle. Franchement, quand est-ce que tu fais des pauses ? Il t'arrive de t'amuser ?

-Oui, quand j'ai un adversaire digne de ce nom.

-Rhaaa ! Tu aimes autre chose dans la vie que te battre ?

-Mmm... Manger. Répondit-il d'un ton neutre.

-Oui, et les douches chaudes et les oreillers. Mais ça ce sont des be...

-Comment tu sais ça humaine ? » Claqua-t-il en levant brusquement la tête pour lui jeter un regard menaçant.

Elle laissa échapper un petit rire, sans cesser de s'affairer sur la zone où les côtes étaient cassées, avant de répondre : « La consommation d'eau chaude de la maison a doublé depuis que tu vis ici. Et les robots ménagers qui font le ménage dans ta chambre changent les draps de temps en temps, tu sais et il leur faut rien moins que quatre taies d'oreiller à chaque fois pour ton lit. Pas besoin d'être devin ! »

Il détourna à nouveau le regard en grognant.

« Mais, continua l'humaine, comme je le disais, ça ce sont des besoins de base. Tout le monde aime manger et dormir confortablement. Qu'est-ce que tu apprécies d'autre qui ne soit pas un besoin vital ? »

Cette fois, il dût réfléchir : « Je suis un saiyan. Le combat est la seule chose qui m'intéresse.

-Eh bien ! Qu'est-ce que ça doit être triste la vie d'un saiyan !

-Plains-toi toi-même humaine ! Rétorqua-t-il. C'est bien parce que ma race ne dévie pas ses centres d'intérêt sur des futilités que nous sommes les meilleurs guerriers de l'univers !

-Hum. Répondit-elle d'un air sceptique en arrachant un pansement sur son épaule. Moi, avoir des loisirs ne m'empêche pas d'être le plus grand génie de la Terre. Au contraire, je serais devenue folle depuis longtemps si je n'en avais pas.

-Mis à part mon doute sur le fait que tu ne sois pas déjà folle, je te répondrai que c'est parce que tu es une créature peu évoluée incapable de maintenir un focus.

-Eh oh ! Et toi tu es une créature rébarbative et asociale ! Bon, voyons-voir cette brûlure ! Tourne-toi ! »

Sans réagir à la provocation, il se tourna dos à elle, assis en tailleur sur le lit d'infirmerie, bras croisés, sans quitter son rictus moqueur. Il se savait asocial et voyait ce fait comme un avantage, non une insulte. Quel était l'intérêt de sociabiliser avec des êtres inférieurs, à part se retrouver avec des boulets à traîner ? Il se garda cependant bien de faire cette remarque, sachant parfaitement que l'humaine lui répondrait que l'espèce inférieure en question pouvait lui fournir du matériel d'entraînement et le soigner...

Les doigts de l'humaine commencèrent à étaler une crème froide sur la peau à vif de son dos. Il eut alors quelques minutes de paix et de silence tandis qu'elle traçait de petits cercles sur son dos, et que la douleur commençait à s'atténuer.

Puis, comme bien entendu ces rares moments de calme ne pouvaient pas durer, elle se remit à parler : « Eh ben dis donc ! Tu ne t'es pas loupé ! Regarde-moi l'étendue de cette brûlure ! Moi qui venais enfin de retirer les derniers pansements de ton dos hier ! Comment est-ce que tu espeères guérir si tu en rajoutes à chaque fois ? »

Elle posait des questions rhétoriques, comme à son habitude, et continua d'ailleurs à parler sans attendre de réponse. Végéta ne se fatiguait plus à essayer de discerner ses mots, et le flot de paroles se muait en une sorte de mélodie de fond qui n'était pas désagréable.

Puis les doigts dans son dos ralentirent leurs trajectoires en spirales. L'une des deux mains se leva, et un doigt vint se poser doucement sur le haut de son omoplate, et descendre le long d'une ligne verticale. L'autre main s'était arrêtée.

« C'est bizarre, remarqua Bulma. On dirait que tu as des cicatrices en filigrane. Celle-ci est presque invisible, je ne l'avais jamais remarquée. Oh, il y en a une autre juste à côté... Tu sais comment ça se fait ?

-Il n'y a que les blessures qui ont guéri naturellement qui laissent des cicatrices vraiment visibles. Répondit-il. La plupart a été soignée. »

Bulma resta un instant silencieuse pour peser les mots qu'elle venait d'entendre. Puis passa doucement ses doigts sur l'énorme cicatrice brune qui lui barrait le dos en diagonale : « Guéri naturellement sans être soignée ? » Murmura-t-elle.

Elle regarda le dos du saiyan, perplexe. Ses yeux, comme l'objectif d'une caméra, suivirent le long de la ligne pâle qu'elle venait de remarquer, puis lentement, son focus s'élargit pour découvrir une, puis deux, puis trois traces en parallèle de celle-ci. Puis sa vision dé-zooma encore pour observer en vue d'ensemble la totalité de son dos. Puis ce fut comme un déclic, un changement d'objectif, lorsque sa vue s'adapta à la nuance entre beige-médian et beige-foncé.

C'était la totalité de son dos qui était strié en filigrane de marques verticales, comme des traces de griffes d'un énorme félin qui aurait tenté en vain d'y grimper.

Ou bien une sorte de fouet.

Elle déglutit bruyamment.

Sentant son changement d'humeur, Végéta avait tourné vers elle son regard agacé et ses sourcils froncés : « Quoi ? » Demanda-t-il sèchement. «L'humain minable avec qui tu trainais tout le temps avait une grosse cicatrice en plein en travers de la figure. Qu'est-ce qui t'affole avec les miennes, femme ?

-Ce sont des traces de... de...

-Lesquelles ? Claqua-t-il agacé.

-Toutes celles-là, ce... » Elle passa ses doigts de haut en bas sur son dos. Puis elle leva les yeux pour se trouver plongée dans un regard noir et implacable. Celui d'un saiyan fier et fort. Celui d'un guerrier qui avait traversé la galaxie dans tous les sens, et vécu bien pire que de simples coups de fouet. Vécu et fait endurer peut-être aussi... Celui d'un homme qui connaissait des dimensions de la vie qu'elle ne pouvait pas soupçonner... Pas un martyr. Un déclic se produisit dans sa tête et elle fronça les sourcils, sentant monter la colère : « C'est qui le connard d'enfoiré qui est responsable de ces marques-là ? »

Végéta cilla, ne s'étant pas attendu à une telle question, et n'étant que très peu habitué à entendre de tels jurons dans la bouche de cette femme. Cependant sa réaction, pour grossière qu'elle soit, n'était ni pour s'apitoyer sur son sort ni pour le rabaisser. Elle avait respecté sa fierté.

Il releva un coin de ses lèvres dans son rictus de dédain : « Ah, celles-là ! Il m'est arrivé plusieurs fois de... disons... prendre quelques initiatives qui ont fortement déplu à Frieza. Surtout quand j'étais plus jeune, j'étais moins discret. Comment vous punissez les enfants désobéissants sur ta planète de faibles ?

-Ahem... Pas comme ça. Nous on est une société civilisée, tu vois. Ce genre de traitement, c'est... disons... très mal vu. Excuse-moi, mais ton Frieza, avec toutes ses technologies, en fait ce n'était rien qu'un pauvre barbare. »

Il ne répondit pas, mais la réaction de l'humaine l'amusait. Pourquoi était-elle soudain si en colère ? Tous les soldats au service de Frieza connaissaient le goût du fouet, parfois même fléau et fouet électrique, sans parler des coups de poing et attaques énergétiques, ce à quoi Dodoria et ses sbires s'adonnaient à cœur joie. Pour les récidivistes comme lui, cela forgeait le caractère et la résistance à la douleur. Lui-même aurait certainement pu se vanter auprès des soldats inférieurs, au vu du nombre de coups auxquels il avait survécu sans y perdre l'esprit. Il ne l'avait bien entendu pas fait, car il était au dessus de cela.

Ils se regardèrent un instant en silence, puis Bulma se leva brusquement. « Je crois que je commence un peu mieux à comprendre pourquoi tu dis que la vie est un combat, et je souhaite que ce salaud d'arriéré de Frieza te voie depuis l'enfer quand tu deviendras un guerrier légendaire. Parce que tu le deviendras, c'est évident ! Et tu sais quoi ? Je vais t'aider. À partir de maintenant j'en fais une affaire personnelle. C'est moi qui réparerai tes robots d'entraînement et ta chambre de gravité. Je suis plus compétente que mon père pour ça. » Elle tourna les talons.

Végéta releva la tête, agacé : « Hein ? Quoi ? Mais mêle-toi de tes affaires, femme !

-Ce sont mes affaires, répliqua-t-elle par dessus son épaule en s'éloignant. Je suis ta scientifique ! » Puis elle sortit de la pièce si bruyamment qu'on aurait pu croire entendre le tonnerre.

Il haussa un sourcil. Quelle bête avait piqué cette humaine ? Était-elle sérieuse avec sa proposition de remplacer le vieux scientifique sur son matériel d'entraînement ? Il n'était pas sûr que cela lui convienne... Après tout, était-elle vraiment le génie qu'elle prétendait être ? Il n'en était toujours pas sûr...

Ses doutes seraient bientôt dissipés.

ooooo

Le lendemain, il trouva ses robots d'entraînement réparés, non devant la porte du laboratoire du vieux scientifique, mais devant celle de sa fille. Elle les avait probablement réparés pendant la nuit. Il remarqua immédiatement qu'ils étaient plus lourds et qu'ils avaient été comme vernis avec un matériau étrange un peu élastique sous les doigts.

Ce fut une drôle de surprise : les robots se déplaçaient plus rapidement autour de lui, et s'échangeaient les boules d'énergies selon des calculs plus complexes, prévus à l'évidence pour le frapper au moment où il s'y attendrait le moins... mais en ayant atténué la puissance de la boule d'énergie, comme il le remarqua en la réceptionnant en pleine figure après seulement deux heures d'esquive effrénée. Autre modification, lorsqu'il en eut assez : les robots esquivèrent ses poings. Il dut les détruire par une attaque énergétique.

Le soir, ce fut sans une seule hésitation qu'il laissa tomber les malheureux tas de ferraille devant la porte du lieu de travail de l'humaine aux cheveux bleus, et non plus de son père.

L'heure étant habituelle cette fois, elle fit son apparition à la fin de son repas et le traîna à nouveau à l'infirmerie. Et là, à nouveau à son étonnement, Bulma en plus de lui reprocher son état de santé, lui posa également des questions sur ses attentes en matériel d'entraînement, sur la façon dont avaient réagi les robots et comment elle pourrait les améliorer.

Puis elle marqua une pause alors qu'elle étalait à nouveau de la crème pour les brûlures sur son dos. « Est-ce que je peux me permettre de te poser une question ?

-Depuis quand tu poses des questions pour pouvoir poser des questions ?

-Ah... Hem... Je me demandais... Si tu accepterais de me dire... Simple curiosité... Hier tu disais que tu avais... pris des initiatives qui avaient beaucoup déplu à Frieza... »

Elle ne termina pas sa question, mais Végéta l'avait comprise. Il songea à lui dire d'aller s'occuper de ses affaires, pendant que son esprit se rappelait automatiquement les planètes Edygu45, Katzurutzu et Alemi (planètes très riche en minerais rares) qu'il avait entièrement détruites au lieu de simplement les purger, pour empêcher que l'empire Cold ne s'empare des ressources. Il se rappela la planète Celsi, capitale du petit empire Wärm, qu'il avait purgée sans merci au lieu de soumettre les dirigeants à une allégeance à l'empire Cold. Frieza ne l'avait étrangement plus jamais envoyé en mission diplomatique après cela. Puis il se rappela...

Bulma écarquilla les yeux lorsque le saiyan assis devant elle en lui tournant le dos, se mit à ricaner, et ricaner de plus en plus fort. C'était une sorte de rire diabolique, froid, lent et grave, qui lui donna la chair de poule. Quoi ? Qu'avait-elle dit encore ?

« J'ai tué, répondit-il avec son sourire démoniaque en tournant vers elle ses yeux noirs brillants de danger, les trois derniers fils de ce maudit lézard de Frieza, sous son nez, en public, et en toute légitimité.

-Oh ? » S'étonna-t-elle, espérant plus de détails sur l'histoire. Elle n'eut pas longtemps à attendre, car le guerrier semblait soudain pris d'une envie de partager le souvenir de son coup de maître :

« Les avortons, Frieza n'en avait rien à faire, commença-t-il. Ceux qu'il n'avait pas tués lui-même, on les a fait mystérieusement disparaître dans des bagarres de soldats ou sur des planètes à purger. Mais ces trois-là étaient moins pathétiques. Frieza a organisé un tournoi pour désigner lequel serait son héritier et qu'il entraînerait. Sauf qu'il a eu l'idée stupide d'ouvrir le tournoi à tous les soldats de son armée, en promettant une incroyable récompense au vainqueur. C'était pour rajouter du spectacle et du challenge. Bien sûr, il pensait que ce serait l'un de ses trois idiots qui gagnerait, puisqu'aucun de ses lèche-bottes d'élite n'était inscrit. Sauf que j'y suis allé. »

Il marqua une pause. Bulma avait l'impression qu'il appréciait raconter ce moment autant qu'il appréciait s'en souvenir. Une première.

Il reprit : « C'était une série de combats d'arène contre des monstres et les uns contre les autres, avec mise à mort autorisée, mais bien sûr personne n'osait prendre le risque de tuer un des gosses de Frieza. Eux ils ne se sont pas gênés, il y en a même un qui en a tué un autre. Et moi j'ai buté les deux derniers. » Il s'interrompit pour ricaner à nouveau.

« Là ! Comme ça ! Devant tout le public et devant Frieza ! Et franchement, ils étaient minables ! Même le monstre advogsien qu'ils m'ont fait affronter pour les éliminatoires était plus coriace. J'ai dû faire tous les combats avec un bras paralysé à cause de son fichu poison ! Et il fallait voir la tête de Frieza ! Je ne l'avais encore jamais vu aussi en colère.

-J'imagine, sourit Bulma. Et tu as gagné ton tournoi alors ?

-Gagné ? Répéta-t-il avec sarcasme. Certainement pas ! Frieza pouvait bien aller se faire voir avec ses récompenses. Je me suis retrouvé en finale contre un type qui avait à peu près la même puissance que moi à l'époque, mais pas de bras paralysé. Frieza a décidé qu'il était inutile qu'on se batte et a déclaré l'autre vainqueur.

-Ah bon ? Mais pourquoi ?

-Tsss ! Kiwi a toujours été un lèche-bottes de Frieza, et il a toujours voulu me tuer. Je pense que Frieza ne voulait pas, en plus, prendre le risque que je meure si facilement. » Il se remit à ricaner avant d'ajouter : « Mais crois-moi ça en valait la peine ! »

Bulma le regarda un moment avec malaise. Dans le monde dont venait cet homme, la vie était réellement un combat, et la mort une banalité. Mais il était là, à ricaner fièrement de ses actes de rébellion contre un empereur alors insensément plus fort que lui, faisant fi des dangers et des représailles. Il était effrayant, mais en même temps très intrigant.

« Et qui a été nommé héritier de Frieza finalement ? » Demanda-t-elle en espérant prolonger la conversation, bien que la crème pour brûlures soit depuis bien longtemps déjà absorbée par sa peau dure et froide comme du métal.

« Personne. Répondit-il dans un sourire qui dévoilait ses canines proéminentes. C'était le but justement. Maintenant que Frieza est mort, il n'y a plus personne, et l'empire part à la dérive. La place est libre.

-Pour toi ? Demanda-t-elle avec inquiétude.

-On verra. Répondit-il en haussant les épaules et en commençant à se lever. Mais avant, j'ai encore quelques menaces à faire disparaître sur cette planète-ci. »

ooooo

La nouvelle routine qui venait de s'installer confortablement se poursuivit ainsi plusieurs jours. Végéta s'entraînait tout le jour durant, et parfois même jusque tard dans la nuit, jusqu'à sortir de la chambre de gravité en titubant, ivre de douleur, de faim et surtout de fatigue. Bulma travaillait sur quelques projets de la société, et sur toutes les améliorations que pouvait lui demander le saiyan, lorsqu'ils discutaient le soir alors qu'elle pansait ses plaies. Les robots pouvaient maintenant survivre deux ou trois jours sans que Végéta ne parvienne à les réduire en miettes, ce dont elle était très fière.

Mais bien entendu, cette ambiance presque conviviale ne pouvait pas durer. Pas avec deux protagonistes au caractère aussi trempé.

Même avec toute la bonne volonté du monde, il fallut moins de deux semaines à Bulma pour changer radicalement d'humeur. Quoi ? Elle travaillait comme une forcenée pour fournir à ce guerrier le matériel d'entraînement le plus évolué qui ait jamais pu exister, et elle ne recevait pas le moindre retour positif ? Végéta ne soulevait jamais que les points négatifs, reprochait toujours plus d'insuffisances à son travail.

Bientôt il commença à demander une augmentation de la puissance de la chambre de gravité. Qu'elle puisse monter jusqu'à 500G, une mesure qui relevait de l'utopie. Elle lui concéda une amélioration qui lui permettrait de monter jusqu'à 420G. Au delà, lui expliqua-t-elle, la capsule spatiale ne pourrait plus servir de base, et il faudrait réinventer un nouveau concept de chambre de gravité. Le saiyan n'eut par la suite que deux plaintes à la bouche : son incapacité technique à créer une chambre de gravité plus puissante, et le temps fou qu'elle avait mis (seule) pour effectuer les réglages sur la machine permettant d'atteindre les 420G (à savoir, 3 heures).

Puis elle inventa un nouveau modèle de robots d'entraînement, sur sa propre initiative : des petites sphères volantes travaillant deux par deux, et reliées par une corde extrêmement résistante, ce qui créait des barrières mouvantes dans l'espace d'entraînement et pouvait éventuellement le piéger. Végéta, bien qu'il se soit retrouvé plusieurs fois dans la journée emmêlé dans ces cordes (et qu'il les ait donc toutes rompues), se plaignit de la non-dangerosité des robots. D'après lui, les cordes devaient être remplacées par des rayons laser. Elle les remplaça par des cordes conduisant l'électricité, et s'en voulut le soir même, lorsqu'elle dut soigner une énorme trace de brûlure longiligne sur le torse du guerrier, qui lui, se plaignait que l'intensité électrique soit insuffisante.

Elle avait bien compris que l'organisme du saiyan devenait plus résistant à force d'encaisser des blessures, mais la façon dont il exploitait ce mécanisme lui paraissait malsaine et trop dangereuse. Qui plus était, tous les efforts qu'elle déployait chaque soir pour essayer de lui proposer des loisirs se soldaient systématiquement par des échecs cuisants. Il ne voulait pas jouer au oorlog, pas regarder un film, pas prendre un verre dans le jardin intérieur, et pourtant, elle n'avait même pas essayé de lui proposer d'aller faire du shopping ni d'aller danser ! Non, il voulait juste s'entraîner, devenir plus fort, se tuer à l'entraînement, se faire soigner, et se plaindre qu'il manquait d'équipement.

C'est à peu près à ce moment-là que l'inquiétude de Bulma se mua peu à peu en agacement, puis d'agacement en irritation, et d'irritation en colère.

Ce type n'était qu'un ingrat, et elle était trop gentille avec lui !

Et en plus, avec le temps qu'elle perdait, elle n'avait pas le temps de se chercher un nouveau petit ami !

ooooo

De son côté, Végéta était plutôt satisfait de sa nouvelle routine. Une scientifique plus réactive et lui fournissant un meilleur équipement, des débats le soir avec une créature distrayante, des soins efficaces sans avoir besoin de séjourner dans une machine médicale, ce dont il avait toujours eu horreur, et pas seulement à cause du liquide froid.

Plus les jours passaient, et plus le caractère de l'humaine devenait abrasif. Comme si elle accumulait contre lui des rancunes dont il n'était pas au courant, mis à part qu'il savait très bien qu'elle attendait des remerciements pour son travail et qu'elle n'en aurait pas... Quoi qu'il en fut, Végéta trouvait cela distrayant de la voir s'énerver si facilement, partir dans un débat enflammé avec lui sur le potentiel des lasers à trancher les os (il soutenait que c'était impossible le concernant), et sur l'intérêt (ou plutôt l'inintérêt) de rester assis sur un canapé à regarder des images bouger sur un écran. Les loisirs, pour lui, c'était le combat, tant physique que verbal. Elle lui permettait les deux.

Ce soir-là, il était particulièrement fatigué lorsqu'il interrompit la gravité artificielle à plus de trois heures du matin, espérant aller manger. Cela faisait cinq jours qu'il n'avait pas eu de nouvelle blessure, et il espérait bien que l'humaine au parfum d'épices lui retire enfin le dernier bandage de son bras et de ses côtes, brisés lors de l'explosion près d'un mois auparavant. Peut-être était-ce même, inconsciemment, dans cette perspective de ne plus nécessiter de soins, qu'il s'était si violemment heurté dans l'une des barrières électriques inventées par l'humaine ce jour-même. Non, bien entendu, il ne s'agissait que d'un accident. Mais il était certain qu'une telle brûlure devrait être traitée pendant plusieurs jours.

À la longue, sa routine s'était réglée sur les cycles terrestres. Il dormait la nuit et s'entraînait le jour. Se douchait au réveil et en sortant de son entraînement, mangeait toujours après, seul. Il lui suffisait de claquer la langue et les robots ménagers se mettaient à la tâche, lui servant deux fois par jour l'équivalent d'un repas pour trente ou quarante humains. Tous les soirs, et quelle que soit l'heure, alors qu'il terminait de manger...

« C'est pas vrai ! Tu le fais exprès ou quoi ? Qu'est-ce que c'est que cette nouvelle blessure ? »

… L'humaine au parfum d'épices débarquait dans la salle à manger, lui faisait des reproches sur la façon dont il se maltraitait lui-même, puis l'entraînait jusqu'à l'infirmerie où elle changeait ses pansements sans cesser ses remontrances, tout en posant certaines questions techniques sur les robots qu'elle construisait.

« Regarde-moi ton épaule ! Mais comment tu t'es fait ça ?

-Un de tes robots a été emporté par son élan, la corde électrique s'est prise dans mon bras, il s'est enroulé autour. » Répondit-il factuellement.

« C'est stupide Végéta ! J'en ai assez ! Encore une seule de ces blessures et je ne réparerai plus ces robots ! »

Végéta regarda avec dédain l'infâme tracé en spirale autour de son biceps et sur son épaule. La chair brûlée blanchâtre commençait à suinter un liquide jaune-translucide. Les chocs électriques étaient une chose particulièrement désagréable à supporter. Depuis qu'il s'entraînait avec, il tolérait bien mieux les impacts énergétiques conventionnels, ceux qu'il créait lui-même, et qui lui étaient renvoyés à l'infini par les premiers types de robots d'entraînement. « Quoi ? Répondit-il. Ce n'est rien. Ce n'est même pas la peine de soigner ça, femme !

-Pas la peine ? Non mais tu te moques de moi ? Le jour où j'arrêterai de te soigner, comment feras-tu, monsieur-j'ai-pas-mal ?

-Et toi, humaine ? Comment feras-tu dans trois ans quand des machines créées par tes stupides semblables se mettront à détruire ta planète ?

-Eh bien figure-toi que je commence à me demander s'il ne serait pas plus rentable pour moi d'investir mon temps à créer des machines pour me défendre plutôt qu'à soigner un saiyan suicidaire, qui n'en a rien à faire du sort de l'humanité en plus !

-C'est ça l'hospitalité légendaire des humains que tu m'as tant vantée ? » Railla-t-il.

Il marqua manifestement un point, car elle cilla, immobile face à lui, les mains sur les hanches, avant de rétorquer : « Fais attention à ne pas confondre hospitalité avec esclavagisme. Ma menace tient toujours. Si tu te blesses à nouveau, tu n'auras plus de robots électriques pour jouer. Maintenant fais-moi voir cette blessure ! »

Ce fut alors dans un silence pesant qu'il la laissa changer ses bandages. À sa grande déception, elle n'enleva pas définitivement les bandages sur ses os brisés. Elle retira certains pansements, en ajouta d'autres. Puis elle se pencha pour examiner son épaule et cette nouvelle blessure qui faisait le tour de son bras plusieurs fois. Elle s'était souvent penchée vers lui pour soigner telle ou telle plaie, mais jamais aussi près de son visage depuis qu'elle avait retiré le bandage autour de sa tête... Jamais en exposant autant son cou...

Il remarqua que le parfum de l'humaine était particulièrement subtil, alors qu'elle se penchait par dessus son épaule pour nettoyer l'arrière de la blessure. C'était comme un mélange curieux de deux parfums mal assortis. L'un de ces parfums était le sien, un mélange d'épices marines et boisées. L'autre était un mélange chimique d'odeurs florales et d'éthanol.

Ce ne fut que lorsqu'elle frissonna et tourna brusquement la tête dans sa direction qu'il réalisa avoir approché peut-être un peu trop près son visage de sa délicate gorge exposée. « Qu'est-ce que tu fabriques ? » S'étonna-t-elle en fronçant les sourcils.

Il manqua de répondre « Rien, c'est juste que tu sens bon. » Mais se retint juste à temps.

oooooo

Bulma examinait l'immonde brûlure sur l'épaule du saiyan lorsqu'elle sentit un souffle chaud sur son épaule. Elle avait sursauté en s'éloignant : « Qu'est-ce que tu fabriques ? ».

En réponse, elle n'avait d'abord obtenu qu'un regard sombre qui lui avait glacé le sang. Un regard de meurtrier qui s'était trouvé à quelques centimètres seulement d'elle. Elle avait l'impression de se trouver face à une bête féroce, comme un vampire mais en moins délicat, ou un loup-garou mais en plus séduisant. Qu'avait-il fait si près de sa gorge ? Pourquoi ce regard noir ?

Puis, sans briser le lien visuel, il brisa le silence : « Qu'est-ce que c'est que cette odeur parasite par dessus ton odeur ?

-Quoi ?

-Tu m'as entendu.

-Oui, mais pas compris.

-Humaine, tu as deux odeurs. L'une n'est pas la tienne. Quel est l'intérêt ? Tu cherches à masquer ton odeur ?

-Quoi ? Masquer mon odeur ? Attends, tu parles de mon parfum ?

-Qu'est-ce que j'en sais ?

-Je n'ai qu'une seule odeur, affirma Bulma, et c'est mon parfum que j'ai mis ce matin.

-Non, ça te fait deux odeurs, humaine. Pourquoi est-ce que tu ajoutes une deuxième par dessus ton odeur naturelle ? C'est ridicule !

-Pour sentir bon bien sûr ! Mais je ne m'attends pas à ce que quelqu'un comme toi comprenne ce genre de subtilités !

-Au contraire, répondit-il. Tu gâches. »

S'ensuivit un échange des critiques habituelles sur la civilité et le bon goût. Bulma était encore loin de détecter les compliments habilement masqués derrière les critiques.

ooooo

Ce soir-là, elle sortit furieuse de l'infirmerie, ayant bâclé la finition des derniers pansements pour ne plus avoir à discuter avec cet ingrat qui l'accusait de sentir mauvais.

Elle se retrouva dans la cuisine où elle espérait se servir un verre de jus de fruits, et peut-être même se faire une tisane pour calmer ses nerfs. C'est là qu'elle trouva sa mère, apparemment lancée dans la cuisine d'une pâtisserie complexe, ce qui était assez surprenant quand on se rappelait qu'il était cinq heures du matin.

« Bonjour ma chérie ! Chanta celle-ci. Toi aussi tu t'es levée tôt ce matin ?

-Au contraire, grogna celle-ci, je vais me coucher.

-Comment ? Tu n'as pas encore dormi ?

-Non, j'ai bêtement attendu que cet imbécile de Végéta daigne sortir de la chambre de gravité pour le soigner. Si j'avais su je ne l'aurais pas fait.

-Oh ma chérie ! Il ne faut pas dire ça ! Au contraire, c'est très bien ce que tu fais. Ce pauvre jeune homme a bien besoin de quelqu'un pour prendre soin de lui, il est si seul ! Et puis, de tels efforts méritent d'être encouragés !

-J'aimerais bien te croire. Bougonna la fille. Mais plus le temps passe, et moins j'ai envie de le soutenir. C'est normal qu'il soit si seul, il fait tout pour être détestable !

-Oh, mais pas du tout ! S'exclama la mère. Ce jeune homme est adorable ! Il n'est juste pas très expansif.

-Ah ça ! C'est le moins qu'on puisse dire ! S'énerva Bulma. Pas un seul remerciement ! Rien ! Depuis des semaines que je lui améliore son matériel constamment ! Que des critiques ! Et encore des critiques ! Et maintenant il se met à me critiquer moi ! Tu sais quoi ? Cet imbécile trouve que je sens mauvais avec mon parfum !

-Oh ! Eh bien change de parfum ! Il est en train d'essayer de t'indiquer comment faire pour mieux lui plaire ! S'enthousiasma la mère. J'ai un peu de temps libre pour aller faire du shopping cet après-midi, si tu v...

-Non, je ne veux pas lui plaire, maman ! Tout ce que je veux, c'est un minimum de reconnaissance. Mais non ! Monsieur se croit trop important pour daigner remercier une misérable terrienne ! Je crois que je vais finir par réellement lui installer des rayons laser et des dispositifs pour le tuer !

-Oh, Bulma ! C'est mal de penser à mal des autres ! Tu es sûre qu'il ne t'es pas reconnaissant ?

-Bien sûr ! Par exemple, lorsque je... » Bulma se lança dans une longue énumération, tout en buvant son jus de fruits et que le soleil se levait, tandis que sa mère touillait dans un saladier géant qui sentait la vanille et la canelle. Elle était si fatiguée qu'elle en oubliait que la personne à qui elle s'adressait était sa mère. Son adorable mère toujours joyeuse et insouciante... Et qui parvenait rarement à suivre un long argumentaire...

Tandis que Bulma parlait, rageait et mimait, sa mère s'exclama soudain : « Ma chérie ! Tu te souviens de cette chanson ? Comment était-ce déjà ? Le poisson dans la mer, on ne voit pas qu'il pleure. Le rosier en hiver, on ne voit pas sa fleur.

-Et je sais des lumières, à qui le jour fait peur » Compléta Bulma, achevant machinalement ce refrain de son enfance. « Quel est le rapport avec ce que j'étais en train de te raconter ?

-Absolument aucun ! Sourit madame Briefs. Je venais juste de m'en rappeler.

-Je vois. Soupira sa fille en déposant son verre dans le lave-vaisselle. Merci, je vais l'avoir en tête toute la nuit. Bon, je crois qu'il est temps que j'aille dormir.

-Fais de beaux rêves ma chérie ! » Chanta sa mère.

Bulma lui renvoya un sourire lasse et s'en alla sans répondre. À quoi bon ? Elle ne trouverait pas la compassion qu'elle cherchait auprès de sa mère. Peut-être pouvait-elle appeler une amie, plus tard dans la journée, pour l'inviter à faire les boutiques et se changer les idées ? Il fallait qu'elle sorte si elle espérait se trouver un nouveau petit-ami plus digne d'elle ! Elle ne voulait pas que Yamcha se mette à lui manquer comme cela était si souvent le cas lorsqu'ils rompaient. Mais le problème était toujours le même : à avoir si longtemps fréquenté un guerrier tel que Yamcha, presque plus aucun homme ne paraissait assez musclé au goût de Bulma à présent. Ils lui semblaient tous chétifs et donc incapables de défendre convenablement la grande scientifique qu'elle était.

Il lui faudrait pourtant bien trouver un homme à son goût si elle ne voulait pas terminer célibataire et sans enfant. Et inutile de repasser à nouveau en revue tous les guerriers Z de la liste. Aucun ne lui plaisait, point. Peut-être faudrait-il envisager de rassembler à nouveau les dragon balls ?

Comment formulerait-elle son vœu alors ?

Il me faut un guerrier, fort, courageux, sérieux, et qui sache me donner... du frisson.

Ce fut avec cette dernière pensée qu'elle s'endormit enfin, avec, à l'esprit, un refrain et une image fantôme. Une lumière à qui le jour fait peur. Une paire d'yeux noirs. Un souffle chaud dans son cou.