[Note de l'auteur] Youhou ! Bonjour les ami(e)s ! Désolée si je vous ai fait attendre, ce chapitre a été relativement difficile à mettre en place, et j'ai été pas mal distraite. Mais qu'est-ce que je suis contente de l'avoir fini celui-là !
Je précise que toute ressemblance entre mes mots inventés et des mots réels est purement fortuite.
Ah ! Et le plus important : merci mille fois pour vos reviews, vos commentaires, vos encouragements et vos notes sympatiques ! Merciiiiiiiiiiiiiiii ! Sans vous j'aurais sans doute déjà abandonné l'idée folle d'écrire une histoire si longue sur un sujet qui n'intéresse personne. C'est grâce à vous si j'écris.
Rien que des mots
« Femme ! »
Bulma sursauta au bruit de la porte de sa chambre qui s'ouvrait à la volée. Le pinceau à maquillage qu'elle tenait dans la main en fit autant et dérapa sur son joli visage impeccablement soigné. Son reflet dans le miroir la regarda avec des yeux ronds et une énorme trace noire sur le front et la joue, avant qu'elle ne se retourne brusquement sur sa chaise.
« Végéta ! Qu'est-ce que tu fais dans ma chambre ? Je croyais pourtant t'avoir déjà dit de... »
Là, elle s'interrompit net et écarquilla les yeux.
Le gentleman qui se tenait devant elle n'avait de Végéta que le regard et la coiffure. Elle faillit se demander s'il s'agissait bien de lui, mais qui d'autre irait se coiffer de la sorte ? L'homme portait une veste et un pantalon de costard bleu sombre qui étaient du dernier cri à la Capitale Ouest, par dessus une chemise blanche dont les deux boutons du hauts étaient détachés, et qui dissimulait avec grand peine la masse de muscles qui se trouvait derrière. Il tenait dans la main à son côté un morceau de tissu bleu rayé et la dévisageait d'un air mécontent.
C'est là qu'elle se rappela qu'il avait parlé. Elle cilla.
« Femme. Répéta-t-il. Tu es en retard.
-Hein ? Quoi ? Ah bon ? Quelle heure est-il ? » S'étonna-t-elle en regardant sa montre. 17h01. Elle haussa les sourcils. « Mais non je ne suis pas en retard ! Il est juste l'heure !
-Femme, tu as dit 17 heures, il est 17 heures. Nous partons. À moins que tu n'aies changé d'avis et que tu n'aies raisonnablement décidé de mettre en service ma chambre de gravité sur le champ ?
-Bien sûr que non ! S'écria-t-elle. Tu ne vois pas que je suis en train de me préparer ?
-Et pourquoi est-ce que tu n'es pas déjà prête ? C'est toi qui tiens à aller à cette ridicule soirée scientifique, humaine !
-Oh, mais c'est pas vrai ! S'agaça Bulma. C'est un trait saiyan aussi d'être incapable de comprendre les besoins d'une femme ? Je vais devoir recommencer entièrement mon maquillage maintenant ! »
Le saiyan ne répondit pas et se contenta de croiser les bras, ce qui lui donnait une certaine classe, habillé de la sorte, au lieu de lui donner un air menaçant. Bulma regretta de ne pas lui avoir offert le chapeau assorti.
Puis elle désigna le morceau de tissu qu'il tenait dans la main : « Tu n'as pas mis ta cravate ?
-Cette chose ? Demanda-t-il avec dédain en la tendant devant lui. Je n'ai pas la moindre idée de ce à quoi ça sert.
-Oh. Eh bien ça se met autour du cou. Tu veux que je te montre ?
-Une corde autour du cou ? Quelle idée stupide !
-Ce n'est pas une corde, Végéta. C'est une cravate. C'est pour faire joli.
-Une décoration ? Il y a réellement des terriens qui portent ça ?
-Les hommes oui.
-Tsss ! Vous êtes ridicules !
-Mais non, tenta-t-elle, ce n'est pas ridicule. Elle t'ira très bien ! Tu veux que je te montre...
-Femme, n'y pense même pas ! Trancha le saiyan en jetant l'objet par dessus son épaule. Nous partons !
-Quoi ? Mais certainement pas ! S'écria Bulma. Je vais devoir refaire tout mon maquillage à cause de toi !
-Pourquoi tu n'avais pas ton détecteur à l'oreille ? Grogna-t-il.
-Parce que ce n'est pas très élégant à porter à une soirée mondaine ! Répliqua Bulma. Je ne pensais pas en avoir besoin alors que tu serais à proximité pendant toute la soirée.
-Mauvais calcul. Railla le saiyan. C'est pathétique de devoir se fier à une technologie pour sentir la présence de quelqu'un.
-Eh ! Je ne suis pas une guerrière, je suis une scientifique ! Si tu...
-Je m'en moque ! L'interrompit-il violemment. Tu nous fais perdre du temps stupidement, femme. Es-tu prête, oui ou non ?
-Non !
-Eh bien dépêche-toi ! Quelle que soit l'heure à laquelle nous partirons, tu t'es engagée à ce que ma nouvelle chambre de gravité soit fonctionnelle avant trois heures ce matin.
-Oui, ça va, ça va ! Tu peux me laisser me maquiller tranquille maintenant s'il te plaît ? »
Pour toute réponse, le saiyan haussa un sourcil avec un « Tsss ! » de dédain, puis s'en fut par la porte restée ouverte, qu'il claqua derrière lui.
Bulma soupira puis tenta tant bien que mal de réparer les dégâts de son maquillage, ce qui lui prit tout de même vingt minutes. Bah ! Son jet aéropropulsé serait bien assez rapide pour compenser ce léger retard qu'elle avait pris.
Elle sortit de sa chambre en trottinant autant que le lui permettaient sa longue robe de soirée en soie et ses chaussures à talons aiguille, espérant trouver dans le salon son garde du corps pour la soirée. C'est là qu'elle se prit les pieds dans un objet souple posé au sol, et s'étala de tout son long sur le tapis du couloir.
La cravate.
La soirée commençait bien...
ooooo
Quelles que soient les planètes, quelles que soient les races, quelles que soient les coutumes, une caractéristique restait commune à ceux qui se croyaient importants. Les scientifiques terriens faisaient étalage de leurs richesses apparentes et de leur raffinement superflu. Comme partout ailleurs. Ils parlaient entre eux en employant des mots qu'eux seuls utilisaient. Comme partout ailleurs. Ils excluaient de leurs rassemblements toute personne n'étant pas considérée comme l'un des leurs. Comme partout ailleurs. Entre eux se tissait un maillage complexe de diplomatie, ententes, convoitises, mépris et coups-bas. Comme partout ailleurs. Ils se croyaient plus importants que le reste des représentants de leur race misérable. Comme partout ailleurs. Ils voulaient être admirés, bien vus et bien accompagnés. Comme partout ailleurs.
Et comme partout ailleurs chez toutes les espèces de toutes les races sexuées, les vulgaires soldats tout comme les grandes gens avaient le regard qui louchait sur la poitrine des femelles mises en valeur. Tous égaux face à leur nature.
Car une race inférieure, que ses représentants soient importants ou non, reste une race inférieure.
Planté devant un buffet recouvert de mets à l'odeur douteuse et disposés avec un soin et parcimonie qui dissimulait très mal le manque d'abondance, Végéta gardait les bras croisés et plissait le nez d'un air de dédain. Du coin de l'œil, il surveillait la scientifique aux cheveux bleus à cause de qui il se retrouvait là, au milieu de ces sous-êtres affreusement ennuyeux qui croyaient passionnante leur vie insignifiante. Du jour au lendemain, ils pouvaient être réduits en esclavage par des êtres dont les forces dépassait leur entendement et leurs savants calculs, rangés et classés par sexe et forme physique, vendus moins cher que ceux qu'ils considéraient comme leurs inférieurs. Mais pour l'instant, oublieux du destin tragique qui pourrait être le leur, ces gens se partageaient les richesses de l'humanité et décidaient de son avenir en termes monétaires, avec tact et hypocrisie.
Celui-là déclamait de longues déductions scientifiques, les yeux rivés sur un énorme livre. Celui-ci tenait dans la main une boule translucide, un autre une barre de métal, celle-ci était entourée de robots à l'allure pittoresque, et celle-là discutait avec verve avec deux autres en appuyant frénétiquement son doigt en différents endroits d'un gigantesque schéma de papier étalé sur une table trop petite.
Que faisait-il là ?
Et l'humaine qui n'en finissait pas de discuter. Elle allait de l'un à l'autre et entamait à nouveau une discussion interminable ponctuée de termes ampoulés et incompréhensibles. Elle leur montrait des feuilles de papier avec des schémas gigantesques et des détails minuscules. Elle leur faisait enfiler une sorte de gros détecteur à deux yeux. Il n'entendait pas ce qu'elle disait, et d'ailleurs n'essayait pas d'écouter son discours ennuyeux. Par contre il la voyait s'exprimer de tout son corps. Son joli corps avantageusement mis en valeur une robe étrangement serrée autour des jambes. Comment pourrait-elle courir en cas de problème, avec une entrave pareille ? Pas avec des chaussures aussi déséquilibrées, c'était certain. C'était déjà un miracle qu'elle parvienne à tenir debout. Mais pour autant que cette tenue semble étrange sur Bulma, qu'il préférait voir en short et baskets, la vue n'était pas désagréable... Et ce corps parlait. Elle était dans son élément. Elle s'exprimait de tout son être. Elle souriait, ses yeux brillaient, appuyait son propos en battant les mains dans l'air, tout son corps suivait les gestes... Une sirène. Elle semblait vouloir hypnotiser ses interlocuteurs. Et elle y parvenait souvent. Nombreux étaient ceux qui restaient à la fixer, immobiles, qu'ils soient ceux à qui elle parlait ou de simples observateurs distants, tout comme il l'était lui-même... Pour une raison qu'il ignorait, cela l'énervait. Il avait juste envie d'offrir une remise en place des idées gratuite, à coups de poings dans le nez, à tous ceux qui restaient à la fixer un peu trop longtemps. Après tout, il était censé la protéger contre les agressions non ? À la fixer ainsi avec leurs yeux globuleux, à coup sûr c'était une agression, non ?
Végéta secoua la tête dans un soupir agacé.
Que faisait-il là ?
Pour la énième fois de la soirée, il contempla sans envie les mets disposés devant lui. Des ramequins remplis d'œufs de poisson noirs, apparemment conservés de façon douteuse. Des toasts recouverts de foie de volatiles manifestement gravement malades. Des petits fruits au goût amer dégoulinants d'huile et trop salés. Côté boisson, pas plus de chance : ce n'était que de minuscules coupes remplies de liquides alcoolisés dorés ou rouges. Au final, les seuls aliments qui avaient retenu son attention étaient les plateaux de sushis et ceux contenant des petits reptiles grillés semblables à des salamandres, de couleur blanche, qui lui rappelaient de minuscules Frieza quadrupèdes. Il était d'ailleurs en train d'en émietter consciencieusement un entre ses canines en se disant que, décidément, les terriens ne savaient pas doser le sel.
Il n'avait rien d'autre pour passer le temps.
Ça et regarder l'humaine parler.
Il y aurait bien pu y avoir un petit combat, une petite montée d'hostilités, n'importe quoi qui aurait pu le divertir, mais jusque-là, les scientifiques étaient encore trop occupés à négocier. De toutes manières, au vu des gardes du corps des autres, il n'y aurait pas de combat amusant ce soir...
Végéta loucha à nouveau sur le plateau de sushis. Il venait d'en prendre un, et Bulma lui avait très clairement fait comprendre qu'il était très mal vu de manger de trop grandes quantités de nourriture à ce genre de rassemblements. S'il avalait le contenu du plateau en quelques poignées, comme le lui conseillait son instinct, il risquait de se faire remarquer. Et la dernière chose dont il avait envie, c'était précisément de...
« Vous êtes la personne qui accompagne mademoiselle Briefs, n'est-ce pas ? »
Raté...
« Il me semble que nous n'ayons pas encore été présentés, je me nomme... »
Il voulut répondre à la femelle qui roucoulait à côté de lui qu'il n'en avait absolument rien à faire de son nom, mais se rappela que de ses bonnes manières feintes dépendrait la bonne volonté feinte de Bulma pour mettre en service la chambre de gravité au plus vite.
« Et vous ? »
Il n'avait pas envie de répondre. Il fronça les sourcils et dévisagea l'intruse qui venait déranger ses réflexions. Elle portait une robe assez similaire à celle de l'humaine au parfum d'épices, mais jaune brillante, et avec un décolleté qui dépassait ce que Végéta considérait comme une mise en valeur subtile. Elle le dévisageait avec une expression de sympathie qui sonnait aussi faux que la peinture qu'elle avait sur le visage. Le maquillage de Bulma, au moins, restait délicat malgré le temps qu'elle y passait. C'est là qu'il remarqua pour lui-même qu'il n'accompagnait pas la pire personne à ce congrès (qui ressemblait d'ailleurs plus à un cocktail mondain qu'à la définition que se faisait Végéta d'un congrès).
N'ayant apparemment pas beaucoup d'intérêt pour la réponse, la créature continua de parler : « Je constate que mademoiselle Briefs a toujours aussi bon goût pour choisir les personnes qui l'accompagnent. Indéniablement vous êtes l'homme de la situation. »
Un compliment. Elle cherchait à obtenir quelque chose.
« La Capsule Corporation doit avoir de véritables trésors en cours d'invention pour que mademoiselle Briefs se sente dans le besoin d'un protecteur aussi manifestement compétent que vous... à moins que ce ne soit par goût qu'elle vous ait sélectionné ? »
Pour toute réponse, Végéta haussa les épaules et s'autorisa à prendre un autre sushi sur le plateau qui le tentait immensément plus que cette conversation. L'autre continuait :
« Peut-être même les deux ? Qui sait ? Je me doute bien que mademoiselle Briefs doit savoir joindre l'utile à l'agréable ! Mais vous devez bien le savoir, vous ?
-Savoir quoi ?
-Quelles inventions inestimables sont en préparation à la Capsule Corporation ? (Végéta resta de marbre à la dévisager) Je veux dire, je suis fascinée par tout ce qui peut être inventé par une si petite équipe de scientifiques... Je suis sûre qu'ils ont encore beaucoup à nous surprendre... Donc je me permettais de demander... par simple curiosité, voyez-vous. »
Espionnage industriel, conclut Végéta en haussant un sourcil moqueur. Il ne prit pas la peine de lui répondre. Il était bien plus occupé à garder un œil aiguisé sur les membres de l'assemblée et leurs moindres faits et gestes, afin de s'assurer que rien de fâcheux ne risquait d'arriver à sa scientifique. Il coupa l'intruse en plein milieu de son monologue par un très diplomatique « Si vous voulez bien m'excuser. », et la planta là. Il en avait assez.
ooooo
Les premières heures du congrès avaient comme à l'habitude aussi été les plus pénibles. Ayant déjà accompli son devoir de discussions diplomatiques avec ses confrères qu'elle appréciait le moins, Bulma s'attardait maintenant à discuter avec ses collègues les plus sympathiques. Le docteur Ikwann se spécialisait dans les propriétés des métaux et leurs fonctionnement en alliages et « symbioses », comme il les appelait. Il avait jadis travaillé avec un certain docteur Gero dont il avait gardé certaines publications qu'il s'engagea à envoyer à Bulma dès le lendemain, pour la plus grande joie de celle-ci. Quant à la pulpeuse brune qui se trouvait à son côté, elle commença pour une première fois à se demander s'il ne s'agissait pas d'une androïde... Qui savait ?
Ce fut lors d'un détour pour prendre une nouvelle coupe de vin qu'elle sentit à nouveau cet étrange goût de métal dans sa bouche. Puis elle sentit une aura glacée dans son dos qui la fit frissonner, et un souffle chaud dans son oreille.
« Femme, à partir de quand juges-tu que tu es agressée ?
-Hein ? Fit-elle en se retournant précipitamment. Qu'est-ce que c'est que cette question Végéta ? » Le regard qu'elle rencontra alors était celui d'un tueur.
« Si un homme passait son temps à te regarder de haut en bas avec une machine branchée sur l'œil qui est au minimum un appareil à photographier, et sans doute aussi un dispositif à infrarouges, est-ce que tu considérerais que j'ai raison de lui casser la figure ? Parce que je m'ennuie tellement que je le ferais volontiers, tu vois. »
Elle regarda longuement son garde du corps dans les yeux. Elle y lut de l'énervement, de l'agitation, et de l'envie de meurtre. Elle fronça les sourcils à son tour, l'air sérieux : « Qui ça ?
-Le type là-bas à côté du buffet de viande contaminée, avec la corde au cou rouge et bleue. »
Bulma tourna la tête, et localisa l'homme à la cravate bleue et rouge près des plateaux de foie-gras, avec à l'œil un dispositif à côté duquel les détecteurs que portaient les soldats de Frieza auraient passé pour des accessoires de mode. Lorsqu'il vit qu'elle regardait dans sa direction, il lui adressa un grand sourire, un signe de la main, et s'avança vers elle. Elle eut presque l'impression que Végéta à son côté allait se mettre à grogner comme un loup. Elle n'eut que le temps de lui adresser un regard ferme, de cligner tranquillement des yeux et de poser discrètement les doigts sur son poignet, en priant pour qu'il comprenne le message silencieux : « J'en fais mon affaire. »
« Ah ! Mademoiselle Briefs ! S'exclama l'homme. J'attendais désespérément que vous ayez terminé votre conversation pour venir vous parler !
-Oh ! Il ne fallait pas vous donner tant de mal, Monsieur Serp. » Commenta Bulma avec un sourire hypocrite en s'avançant d'un pas. Ceci fait, elle se retourna brièvement vers son garde du corp et lui adressa un clin d'œil.
ooooo
Végéta avait saisi le message : elle ne voulait pas qu'il s'en mêle. Dommage. Il n'avait donc toujours rien pour passer ses nerfs. Il s'éloigna en maugréant alors que l'humaine entamait pour la énième fois une discussion complexe visant à comparer l'efficacité de leurs espèces de détecteurs bizarres qu'ils transportaient tous deux. Il parvint à saisir quelques mots de la part du terrien : « infrarouges », « haute définition », « vraiment charmante ce soir » et « disponible demain », ainsi que de la part de Bulma : « fonction vidéo », « appareil de communication », et « fonction révolutionnaire ». Il jeta un œil par dessus son épaule, curieux, tandis que l'humaine faisait enfiler la paire de lunettes à son interlocuteur avec un immense sourire qui semblait légèrement sadique. Agacé, il tourna à nouveau son attention vers le buffet dans l'espoir d'y trouver un aliment comestible. C'est là qu'il entendit un cri d'effroi.
Il fit volte-face comme la plupart des convives, pour découvrir l'humaine avec un sourire triomphant sur le visage et un objet en plastique à bec verseur dans la main. Face à elle, le terrien semblait complètement désarçonné : ses cheveux, son nez et le haut de son costume dégoulinaient d'eau. Sur ses yeux, l'étrange détecteur binoculaire venait d'activer une minuscule paire d'essuie-glace. Il haussa un sourcil en écoutant l'humaine (qui se retenait très habilement d'éclater de rire) expliquer à quel point cette fonction était une merveille qui révolutionnerait la vie des gens.
Il sentit ses propres lèvres se tordre en un rictus amusé.
ooooo
Le reste de la soirée se déroula sans encombre, bien que Bulma ait à plusieurs reprises soupçonné Végéta d'être impliqué dans les quelques accidents de verres renversés qui s'étaient produits ce soir-là. Après tout, il était un peu télépathe, non ? Elle l'avait déjà vu faire léviter des liquides... sans doute pouvait-il aussi renverser des verres? Mais honnêtement, ça avait été plutôt distrayant de voir les personnes qu'elle n'appréciait pas (seulement des personnes qu'elle n'appréciait pas, bizarrement) sortir précipitamment de la salle avec des tâches de vin rouge ineffaçables sur leurs belles chemises et robes blanches.
À présent, éreintée ou du moins vidée mentalement, elle s'installait confortablement dans son jet aéropropulsé et se débarrassait immédiatement de ses affreuses chaussures à talons hauts et regardait avec désolation les ampoules sur ses pieds meurtris. Elle ouvrit un compartiment de rangement pour y chercher ses tennis.
« Il faudra que tu m'expliques un jour quel est l'intérêt de porter des chaussures aussi dangereuses et manifestement inconfortables, humaine. » Railla une voix derrière elle à l'extérieur du véhicule, ce qui la fit sursauter et se cogner la tête contre le plafond de son jet.
« Urg ! Végéta ! Arrête de surgir derrière moi comme ça tout le temps !
-Non, c'est drôle.
-Ça ne se fait pas de rire aux dépens des autres, tu sais ?
-Comme pour ce type à qui tu as versé de l'eau sur la tête ?
-D'abord, je n'en ai pas ri ouvertement, et ensuite, c'était à visée purement démonstrative. »
Il ne répondit pas, ce qui lui permit d'enfiler ses tennis en silence. Puis elle releva la tête. Il était toujours là, bras croisés et sourcils froncés comme toujours, sauf qu'il avait franchement une autre allure en costard. Quoique toujours aussi imposant...
« Je suppose que tu ne veux toujours pas monter dans mon jet pour le trajet retour ? » S'enquit-elle poliment.
Il émit un sifflement de dédain entre ses dents : « Tsss ! Pourquoi voudrais-tu me faire monter dans ce vaisseau obsolète ? Je vole plus vite que lui ! Honnêtement, si ce n'était pas par fierté, je t'aurais proposé de te ramener moi-même à ton laboratoire pour qu'on y soit plus vite. »
Il comprit tout de suite qu'il aurait eu mieux fait de se taire, alors que les yeux de l'humaine s'allumèrent comme des étoiles : « Tu pourrais me ramener en volant ? » S'exclama-t-elle.
« Je pourrais, tempéra-t-il. Mais je ne le ferai pas. Je ne vois pas l'intérêt de m'abaisser à une telle tâche.
-Mais si ! Tu l'as dit toi-même, pour qu'on soit rentrés plus vite et qu'on puisse mettre en fonction ta nouvelle chambre de gravité.
-Ne dis pas d'idioties, humaine ! Tu ne supporterais jamais le froid à la vitesse à laquelle je vais, et qu'est-ce que tu ferais de ce vaisseau-ci ? »
Elle sourit à nouveau et commença à descendre de son jet, ses nouvelles chaussures aux pieds : « Le froid n'est pas une excuse, Végéta. Yamcha sait former une sorte de bouclier contre le vent avec son ki. Tu dois sans doute savoir faire ça aussi non ?
-Bien entendu, mais...
-Alors il n'y a pas de problème, allons-y sans attendre ! » Triompha-t-elle en activant un mécanisme dissimulé dans la carrosserie de son jet. Celui-ci disparut dans un nuage de fumée, et Bulma s'éloigna pour ramasser la capsule tombée au sol.
Là, le cerveau de Végéta arrêta de fonctionner l'espace des deux secondes où elle se trouva penchée, dos à lui. Il aurait voulu froncer les sourcils mais c'était déjà fait. Quelle robe bizarre ! Qui supporterait de porter un vêtement aussi serré et manifestement non élastique ?
Le temps qu'il cille pour se remettre les idées en place, elle se trouvait à nouveau debout face à lui, avec un sourire entendu et ses grands yeux bleus brillants d'excitation : « C'est vraiment génial que tu aies proposé de me ramener ! J'adore voler, et en plus, on sera rentrés en un rien de temps ! »
Première seconde, il haussa ses sourcils froncés.
Deuxième seconde, il fronça ses sourcils haussés.
Troisième seconde, il haussa les épaules. Tant pis pour elle, songea-t-il en émettant un « Tss ! » de dédain. Il la saisit par la taille et s'élança dans les airs sans crier gare.
Le cri qui résonna à son oreille n'était pas celui auquel il s'attendait : « Youhouuuuuuuuuuuuuuu !
-Humaine, encore un mot et je te lâche. Menaça-t-il.
-D'accord, je me tais ! » Accepta-t-elle d'une voix joyeuse, en accrochant ses bras autour de son cou.
Aucun des deux ne tint parole.
ooooo
Ils atterrirent à peine une demi-heure plus tard sur la pelouse du jardin de Capsule Corporation. Là, Végéta lâcha Bulma un peu trop violemment, ce qui fit que celle-ci tituba et tomba sur son derrière dans l'herbe.
« Eh ! Un peu de délicatesse je te prie ! Rouspéta-t-elle immédiatement.
-Hmf ! Répliqua-t-il en croisant les bras et se maintenant à distance. Estime-toi heureuse que je ne t'aie pas lâchée plus tôt, parce que, crois-moi, ce n'est pas l'envie qui m'en a manqué.
-Non mais qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre ! Répliqua-t-elle en tentant de se lever malgré ses jambes engourdies par le voyage. Comme si tu allais te plaindre d'avoir eu une jolie fille accrochée à ton cou !
-En effet. J'ai horreur d'avoir à traîner des boulets. Maintenant je compte bien que...
-Oh ! Donc si tu ne t'es pas débarrassé de moi, remarqua-t-elle sur un ton sarcastique, c'est que je ne suis pas un boulet ! Merci pour le compliment monsieur le saiyan !
-Tsss ! Persiffla-t-il. Prouve-moi que j'ai eu raison de ne pas me débarrasser de toi depuis le début et va configurer cette fichue chambre de gravité ! »
Il restèrent un moment à se défier du regard, debout face à face, puis Bulma lui adressa un sourire franc et rompit le duel de regards en lui tournant le dos. Elle se dirigea vers son laboratoire en lançant par dessus son épaule : « Tu as raison, on a assez traîné comme ça, viens ! Merci, au fait, pour la ballade... Et pour être venu ce soir.
-Comme si j'avais eu le choix... » Maugréa-t-il à voix basse en lui emboîtant le pas.
Le nez collé à la fenêtre de la cuisine, Madame Briefs, qui se trouvait-là tout à fait par hasard à cuisiner (ce qui lui arrivait souvent et à n'importe quelle heure de la journée), les regarda tous deux disparaître, en tenue de soirée, dans le bâtiment qui servait de laboratoire à sa fille, puis elle leva les bras et effectua un tour sur elle-même : « Youhou ! Mes petits tourtereaux reviennent d'une ballade romantique en amoureux ! Je vais être grand-mère ! ».
ooooo
« Assieds-toi, ça risque de prendre un moment. » Proposa Bulma en débarrassant une chaise de la montagne de papiers qui la recouvrait. Elle s'installa elle-même sur l'unique chaise libre face à son ordinateur, et démarra sans attendre l'énorme unité centrale.
« Comment tu fais pour travailler dans un bordel pareil ? Lui demanda Végéta en avançant d'un air suspicieux vers la chaise qu'elle lui avait libérée.
-Ce n'est pas un bordel, c'est parfaitement organisé. Répliqua Bulma sans décoller le regard de son écran bleu où s'affichait une multitude de symboles. Les génies maîtrisent le chaos, tu n'as jamais entendu cette phrase ?
-Non, ça ne doit être possible que pour les humains.
-Tss ! Siffla-t-elle. On dit que le lieu où l'on travaille est un reflet de son esprit. Mieux vaut un désordre organisé qu'une pièce vide !
-Hnn. » Répondit juste Végéta en la regardant taper à toute vitesse sur son clavier, et finissant par s'asseoir.
« Bon, le principe est simple. Commença-t-elle à expliquer. Il faut enregistrer ta voix pour la totalité des commandes que tu souhaites donner à la chambre de gravité. On va les enregistrer une par une. Est-ce que tu veux un café ?
-Non, je veux avoir fini au plus vite.
-Okay okay monsieur l'impatient ! Concéda-t-elle. Tiens, approche-toi du bureau s'il te plaît, mets-toi face à ce micro. Voilà très bien. On va faire un test. Quand j'appuie sur ce bouton, tu dis ''test 1''. [clic]
-Test 1, répéta-t-il docilement. [clic]
-Test 1, répéta l'ordinateur avec la voix de Végéta.
-Okay, fit Bulma, il faut que je change un peu la réverbération, le bruit de fond... Voilà. Parle d'une voix claire et forte, comme tu parleras à la machine pour annoncer les commandes. Le test 2 s'il te plaît. [clic]
-Test 2. [clic]
-Test 2, répéta la machine.
-Parfait, fin des tests. L'ordinateur ne répétera plus maintenant. Voilà. On peut y aller pour les enregistrements. Prêt ?
-Oui, s'agaça-t-il en la foudroyant du regard.
-C'est parti. Commande d'activation de la machine. [clic]
-Anh ha'tsa, annonça-t-il. »
Bulma le dévisagea avec de grands yeux ronds, oubliant de cliquer une deuxième fois pour arrêter l'enregistrement à temps.
« Quoi ? S'agaça Végéta. Cette machine est pour moi. Je dis ce que je veux non ?
-Euh... Oui, oui. Mais dans quelle langue est-ce que tu parles ?
-Dans une langue que plus personne d'autre ne parle. Personne ne pourra utiliser ma chambre de gravité.
-Hé ! S'amusa Bulma. Tu crois vraiment que quelqu'un voudrait se servir de ta chambre de gravité ?
-Le terrien minable sur qui tu passais ton temps à crier par exemple, je sais qu'il a pas mal rôdé autour et qu'il a essayé de l'activer une fois. Il a laissé sa sale odeur partout dans la pièce.
-Eh ! Yamcha n'est pas minable !
-Si il l'est. Bon, on continue cet enregistrement ou tu veux continuer à essayer de m'énerver ?
-Okay ça va ! Bon, comme je ne m'attendais pas à ce que tu parles en saiyan, j'ai arrêté l'enregistrement trop tard. On va refaire celui-là...
-RRRR
-... Mais rassure-toi ça ne se reproduira pas.
-Tu as intérêt.
-Allez, c'est reparti. Activer la chambre de gravité. [clic]
-Anh ha'tsa, répéta-t-il d'un ton lugubre.
-[clic] Okay. Désactiver la chambre. [clic]
-Nekha n'tsa.
-[clic] C'est bon. Ouvrir la porte. [clic] »
…
Ils continuèrent ainsi pendant vingt minutes sans s'arrêter. Après avoir enregistré les différentes fonctions, ils enregistrèrent les directions de la gravité, et enfin les nombres. D'abord les unités, puis en comptant par dizaines à partir de 100G. Bulma, fascinée, le fit même enregistrer les nombres jusqu'à 700 alors que la machine ne pouvait pour l'instant aller que jusqu'à 600G.
Juste pour l'entendre parler encore.
...
« 620 [clic]
-N'pso khrhach mei.
-630 [clic]
-Sek'pso khrhach meit. »
Végéta était accoudé au bureau, devant le micro, et regardait dans le vague. Son expression avait pris une teinte encore plus sombre qu'à l'accoutumée. Comme si un nuage orageux passait devant le ciel nocturne contenu dans ses yeux noirs de guerrier de l'espace.
Sa voix était grave, et Bulma n'arrivait pas à déterminer si cela était dû à son humeur ou à cette langue étrange dont les intonations exotiques sortaient de sa bouche comme une pluie de plumes et de lames aiguisées. Comme un récit, l'histoire d'une race toute entière, contenue dans ces intonations chantantes et tranchantes. Certaines de ces prononciations, elle ne les avait jamais entendues et n'était pas sûre d'être capable de les répéter. Il lui semblait entendre plusieurs variétés de H, plusieurs variétés de K, et des sonorités sans nom, des voyelles inconnues.
...
« 700 [clic]
-Sogun'pso sumei. [clic] C'est bon, on a fini ? »
En une seule phrase, Végéta était redevenu Végéta, la magie s'était envolée.
« Oh ! Répondit Bulma déçue. Euh, eh bien ça dépend...
-Comment ça ça dépend ? On a fini, oui ou non ?
-Pour l'instant oui, mais si jamais il faut enregistrer plus de nombres pour un jour...
-Eh bien on les ré-enregistrera à ce moment-là. Trancha-t-il. Donc on a fini ?
-Euh, oui. Laisse-moi juste une minute pour implémenter les nouvelles données sur la base de données de la chambre de gravité.
-Parfait, le temps de me changer ! Railla-t-il. Tiens, ton costume ridicule !
-Hein quoi ? S'écria Bulma en recevant sur la tête un tas de chiffons difformes qui s'avéra être les restes de la veste et de la chemise que portait le saiyan une seconde auparavant. Mais qu'est-ce que tu as fait ? Végéta ? »
Mais son laboratoire était vide.
Seules témoins de la présence de Végéta, des loques méconnaissables et une paire de souliers posés devant la chaise où il avait été assis. La veste, la chemise, et le pantalon, ou du moins, ce qu'il en restait.
Bulma soupira.
Un beau costume tout neuf chez le tailleur le plus cher de la capitale ouest...
Mais à quoi d'autre aurait-il fallu s'attendre de la part de cet homme ?
Pensive, elle se replongea dans les données qu'elle venait d'enregistrer, tandis que la barre de chargement indiquait le temps restant pour le transfert des données jusqu'à la chambre de gravité.
Elle sélectionna l'un des fichiers audio.
« Makhs meit. Annonça l'ordinateur avec la voix de Végéta.
-Mahakeus méite. Tenta-t-elle de répéter tout bas. »
Puis elle grimaça devant son échec linguistique.
Il fallait absolument qu'elle interroge Végéta sur cette jolie langue. Elle avait sa disposition une liste de chiffres complexe, et pouvait même s'amuser à essayer d'en imiter les sonorités. Peut-être accepterait-il de lui indiquer des mots comme « bonjour », « merci », « au revoir » ?
C'était plus qu'une autre langue, c'était l'héritage d'un peuple entier, ayant vécu autrefois très loin de là, sur une autre planète autour d'une autre étoile, avec une autre culture et un autre destin. Tout ce qu'il restait de ce peuple aujourd'hui se concentrait en une seule personne. Et cette personne vivait sous son toit.
Se sentant soudain très fatiguée, elle éteignit son ordinateur et se dirigea lentement vers la sortie de son laboratoire après avoir ramassé les loques des beaux vêtements qu'elle avait réussi à faire porter à Végéta. Belle victoire, en soi. Le jeu en avait valu la chandelle. Et elle se réjouissait d'en connaître un peu plus sur le mystérieux saiyan ce soir. Elle se sentait plus proche de lui, comme s'il avait enfin accepté de commencer à en dévoiler plus sur lui-même.
En plus il l'avait portée dans ses bras.
ooooo
Maudite humaine, sale manipulatrice, espèce de...
Les mots manquaient à Végéta pour exprimer son agacement. Du moins dans cette langue.
« Nibuay'kska ! » Marmonna-t-il entre ses dents, tandis qu'il enfilait à la va-vite son short de sport et ses baskets.
Il ne savait pas réellement pourquoi il était si énervé, alors que le contrat avec l'humaine s'était déroulé sans accroc, et qu'il obtenait enfin ce qu'il voulait. Avant trois heures du matin.
Mais tout l'agaçait.
Cela l'avait agacé de devoir jouer les gardes du corps. Lui ! Surtout qu'à aucun moment elle n'avait été menacée.
Cela l'avait agacé de voir tous ces mâles avec leurs yeux vitreux qui la regardaient et venaient lui faire des compliments tant sur ses inventions que sur sa beauté. De quel droit approchaient-ils ainsi SA scientifique ? Pourquoi perdait-elle du temps à leur répondre ?
Cela l'avait agacé de se faire aborder lui-même par certains de ces terriens extravagants, qui n'avaient absolument aucune idée de qui ils avaient en face d'eux, et avaient tenté de le prendre de haut. Lui !
Cela l'avait agacé de se retrouver à court d'arguments quand il avait été question de ramener l'humaine en volant. Lui !
Cela l'avait agacé de la voir sourire aussi sincèrement et franchement. À lui ! Depuis quand se trouvait-il désarmé par un sourire ?
Cela l'avait agacé qu'elle n'ait pas eu peur en vol. Au contraire, elle avait manifesté sa confiance en enroulant ses bras autour de son cou. À lui ! Elle n'avait pas enroulé que ses bras, elle l'avait aussi enveloppé de son odeur entêtante d'épices des bois sauvages et de vagues des mers en furie. Il avait lutté pendant tout le voyage contre l'idée de poser son nez dans ses cheveux pour apprécier l'arôme dans toute sa subtilité. C'était tout de même la première fois qu'il avait des idées aussi ridicules !
Cela l'avait encore plus agacé, qu'elle ait failli remarquer sa gêne, lorsqu'il l'avait presque repoussée en la reposant à terre. Pour s'éloigner.
Cela l'avait agacé de voir, du coin de l'œil, l'intensité du regard avec lequel elle le fixait alors qu'ils enregistraient les commandes. Il ne parvenait pas à interpréter ni ce regard ni ces yeux brillants.
Cela l'agaçait.
Cette humaine était une perfide manipulatrice dont il convenait de se méfier.
Oui, mais maintenant, c'était fini. Maintenant il se trouvait face à la porte de SA chambre de gravité. À lui. Plus puissante, plus solide, plus fonctionnelle. Le jeu en avait valu la chandelle. Maintenant commençait une journée véritablement intéressante. Il l'avait bien mérité !
« Anh ha'tsa. »
Il laissa ses lèvres se tordre en un sourire victorieux lorsqu'il annonça la commande. La porte s'ouvrit.
ooooo
Bulma jeta les loques à la poubelle des affaires à donner. Se servit un verre de jus d'orange dans la cuisine, accompagné d'une part du gâteau qui se trouvait sur la table. Apparemment il sortait du four. Sa mère avait dû partir se coucher peu de temps auparavant.
Plongée dans ses pensées, elle entra dans sa chambre et se débarrassa enfin de cette robe trop serrée à son goût, et qui l'empêchait de marcher à grands pas. Elle était une femme raffinée oui, mais surtout une femme sportive !
La soirée avait été riche en enseignements. Ce congrès en avait valu la peine : deux contrats d'achat de nouveaux matériaux aux propriétés prometteuses, et cinq contrats de vente de plusieurs de leurs inventions. Sans compter les informations récolées sur le docteur Gero.
En enfilant sa chemise de nuit, ses yeux atterrirent sur une feuille de papier qui gisait au sol dans le désordre organisé de sa chambre. Elle fronça les sourcils et le ramassa.
C'était une liste des conditions requises pour un petit ami idéal, qu'elle avait griffonné à la hâte quelques semaines auparavant, dans un moment d'énervement. Depuis, ce papier avait dormi sous un énorme bloc notes destiné à ses schémas pour la chambre de gravité de Végéta. Le bloc notes dont elle n'avait plus besoin, depuis le matin-même, puisque son projet avait enfin abouti.
Avec un soupir de soulagement, comme si l'on retirait de ses épaules le poids de toutes les notes et schémas accumulés pour cette construction, plus le poids de son ordinateur, Bulma se laissa tomber sur le dos sur son lit. Elle ferma les yeux. Son projet avait enfin abouti.
Puis elle leva la feuille qu'elle tenait en main devant les yeux. Simple curiosité.
Fort. Oui
Courageux. Oui
Sérieux. Oui
Gentil. Bof.
Donne du frisson. Indéniablement.
Elle se mit à rire d'elle-même en réalisant sur qui elle venait d'essayer d'appliquer sa check-list.
Et en fait, maintenant qu'elle y réfléchissait sérieusement pour la première fois, c'était vrai... Végéta ferait un candidat idéal pour la génialissime et charmantissime personne qu'elle était...
Bon, d'accord. Il faudrait sans doute tester cette possibilité, et sans doute aussi apprendre quelques bonnes manières à cet homme grossier, mais ça pourrait être un jeu intéressant...
Un jeu intéressant...
Bulma avait depuis longtemps cessé de croire au prince charmant et en l'amour, passionnel et immortel. Elle n'était plus une enfant. Elle était une femme pragmatique. Elle savait maintenant qu'un petit peu d'intérêt mutuel et quelques intérêts communs pouvaient suffire à la recette d'un couple solide. Végéta était un candidat idéal, pourquoi ne pas tester cette possibilité ?
Elle repensa à la fin de la soirée, lorsqu'il l'avait portée dans ses bras jusqu'à la maison. Ses mains glacées sur sa taille à elle, la tenant aussi loin que possible de lui. Ses bras à elle autour de son cou à lui, dur comme de la pierre et froid comme du métal...
Pas très romantique.
Elle repensa aux nombreuses fois où elle avait pansé ses blessures. Il parlait peu, d'une voix froide. Sa peau était comme l'acier.
Pas très romantique.
Elle repensa aux rares fois où il avait accepté de lui dévoiler des aspects de sa vie passée, Frieza, les combats. Il souriait comme un psychopathe...
Pas très romantique.
Elle repensa aux mots étranges qu'il avait prononcés ce soir-là, dans une langue qu'elle ne connaissait pas, mais qui lui allait si bien. Il ne la regardait pas.
Pas très romantique.
… Oh oui, indéniablement, cet homme entouré de mystère était fascinant ! Ses airs fermés donnaient juste envie de tout tenter pour l'obliger à s'ouvrir davantage à elle, et adoucir ses paroles tout comme sa peau de fer. Elle savait que c'était possible. Parce que ce soir, en parlant sa langue, sa voix n'était pas méprisante. Parce que lorsqu'il s'était évanoui sous le coups de ses blessures, la peau qu'elle avait elle-même suturée était douce.
Tout ce qu'il suffisait de faire, c'était réussir à passer sous les défenses dont Végéta s'entourait en permanence. Et piquer son attention d'homme.
Bulma réalisa soudain qu'elle aurait aimé découvrir quel homme se cachait sous ce masque froid. Ce serait le dernier test à remplir pour confirmer qu'il s'agissait effectivement d'un bon candidat pour elle.
Les yeux fermés, déjà à demi endormie, emmitouflée dans sa couverture, Bulma souriait : voilà un défi qui promettait d'être intéressant. Un défi à la hauteur de Bulma Briefs !
ooooo
Et tandis que Bulma Briefs complotait, sans le savoir, sa propre perte, Végéta dans sa nouvelle chambre de gravité, se prenait soudain en pleine figure l'ampleur du génie de la femme dont il s'était promis de se méfier : en laissant partout dans la pièce, des traces de ses bras et de son visage enfoncés dans le matériau étrange qui constituait les murs. Des marques qui se refermaient lentement, prêts à encaisser un nouveau choc. Et le nouveau choc venait.
À peine une heure plus tard, le guerrier couvert de bleus, ballotté entre les murs avec une force et une vitesse hors du commun, inaugurait la fonction d'arrêt d'urgence de la simulation de gravité. Puis retourna plus modestement à faire des pompes sous une gravité stable de 450G.
À quoi bon écouter l'humaine le réprimander si elle devait le soigner, et de surcroît blesser sa fierté en laissant entendre qu'elle avait construit une machine qui était (du moins pour le moment) trop puissante pour lui ? Non aucun intérêt.
