[Note de l'auteure] Salut, me revoilàààààààààààà ! Olàlà, je suis vraiment désolée ! Il y a eu trop d'événements récemment, on ne me laisse pas le temps d'écrire ! Bon, voilà, j'ai déménagé, donc écrire entre deux cartons ou dans les travaux, c'est pas très évident, j'espère que vous ne m'en voudrez pas trop… Bref, normalement me voici repartie sur ma lancée, et oui, je suis toujours là ! Oh punaise ! J'en reviens pas, ceci est mon trentième chapitre !
Encore une fois, merci pour vos gentils commentaires et vos encouragements. C'est la première chose que j'ai guetté dans mes e-mails en rallumant mon ordinateur pour la première fois après deux semaines sans internet. Merci !
Et sur ce, bonne lecture.
Le calme avant la tempête
Les courbatures dans les bras, le torticolis, le rhume, et maintenant le mal de ventre...
Bulma soupira en appuyant sa tête sur son bureau.
Les courbatures dans les bras laissées par le fait de les avoir maintenus enroulés autour du cou d'un homme en plein vol pendant une heure à l'aller et une heure au retour, même si c'était lui qui la portait, c'était crevant. Le torticolis parce qu'elle avait beau avoir admiré la vue en bas et à côté d'elle, elle avait fini par s'endormir en plein vol suspendue au dessus du vide. Le rhume parce qu'elle avait eu l'idée stupide d'aller prendre un bain de minuit en oubliant sa serviette, dans l'indifférence la plus totale de l'homme qui aurait pu la ramener en quelques secondes dans sa chambre. Et le ventre qui se tordait... eh bien, ça elle avait l'habitude, mais ça ne l'empêchait pas de songer régulièrement à la cruauté de sa condition de femme et ne manquait jamais de la mettre de mauvaise humeur. Elle détestait cette semaine du mois, surtout quand ça arrivait en avance.
Ça lui avait pris la veille, sur le chemin retour.
Plus jamais de longs trajets dans les bras de quelqu'un qui vole. C'était vraiment trop inconfortable. Surtout avec de pareilles crampes abdominales.
Elle s'était demandée comment diable elle allait faire pour repousser poliment le beau guerrier s'il lui venait à l'esprit d'envahir ses rêves cette semaine encore. En vérité, elle n'avait même pas eu l'occasion d'y réfléchir. Ce soir-là, Végéta avait attaqué de front, la plaquant contre le mur d'un bras et la regardant d'un air furieux comme s'il hésitait entre l'égorger ou l'étriper ou les deux. Pour le plus grand soulagement de Bulma, il avait finalement choisi de lui arracher ses vêtements en lui emprisonnant les mains fermement au dessus de la tête, puis de la faire crier de plaisir en lui maintenant une main sur la bouche.
Bulma n'avait rien contre un peu de rudesse, au contraire, l'expérience avait été fort plaisante, et elle frissonnait rien qu'à s'en souvenir. Cependant, elle n'en gardait pas moins cette impression dérangeante... trop de colère, trop de hargne, de frustration dans ses mouvements, trop de noir opaque dans ses yeux. C'était bien loin du fin calculateur à qui elle s'était habituée. Était-ce là sa manière de s'ouvrir à elle ? Était-il énervé contre elle ? Pour l'avoir à nouveau utilisé comme garde du corps ? Pour avoir fait des insinuations sexuelles dans ses promesses de reconnaissance ? Il n'avait pas eu l'air de se plaindre pourtant...
Il était si difficile à comprendre...
En vérité, Bulma aurait sans doute apprécié qu'il soit plus souvent possible de partir en voyage avec son beau guerrier saiyan. De passer parfois un peu de temps avec lui, à parler autre chose que travail... Sans s'embourber dans une relation compliquée, mais juste bien s'entendre... Leurs soirées de oorlog à débattre sur leurs conceptions du monde lui manquaient.
Enfin, ça c'était ce qu'elle s'était dit la veille, peut-être un peu en manque de tendresse, ou au moins de reconnaissance. Mais à présent, elle pensait à nouveau l'inverse. Nouer des relation avec un homme normal, c'était déjà affreusement compliqué et contraignant, mais alors avec un tueur extraterrestre obnubilé par une soif de guerre et de vengeance insatiable... Bof. Non merci. Sans façons.
Par contre, un amant sans contrainte avec un corps si chaud et un esprit si vif, elle ne disait pas non. Les muscles, les mains brûlantes, la fermeté, le frisson... et ses yeux noirs, son regard si sombre... La situation était déjà idéale... Non ?
Mais alors, que ferait-elle le jour où elle trouverait à nouveau un petit-ami, avec qui elle souhaiterait commencer quelque chose de sérieux ? Trouverait-elle seulement un jour quelqu'un à la hauteur, ou finirait-elle sa vie célibataire et sans enfant, pour la folie d'un mercenaire sans cœur ? Et lui ? Il était à la hauteur sur bien des aspects, mais était-ce ce qu'elle attendait de lui ? Était-ce ce qu'il pouvait lui apporter ? Boarf, Végéta comme petit-ami ? Sans soirées cinéma, sans matinées câlines, sans dîners romantiques au restaurant ? Pfff ! Qui voudrait d'un petit-ami sans pouvoir sortir avec lui ni l'embrasser ?
Elle sortit son mouchoir et se moucha bruyamment. Saleté de rhume, songea-t-elle en regardant par la fenêtre, blasée.
Dehors, il faisait à nouveau froid. Si froid que la pelouse du jardin était couverte de givre. Quel contraste avec le temps tropical de son hôtel sur le continent Est ! Que ne donnerait-elle pas pour retourner bronzer sur cette petite plage au pied des falaises à l'abri des regards !
Oui, elle avait à nouveau tenté un coup de poker en demandant à Végéta de l'accompagner à ce voyage. Et elle avait réussi, ce qui, à bien y réfléchir, restait surprenant. Il ne l'avait certainement pas fait juste pour le plaisir d'une soirée à la plage avec elle... Malheureusement.
Ce qui la conduisait à nouveau à cette conclusion déprimante sur laquelle elle revenait depuis deux heures sans avoir le courage de sortir de son laboratoire : elle était censée aller réparer le vaisseau spatial dehors, par ce temps glacial, avec son mal de ventre, ses courbatures et son rhume.
Comme s'il était témoin de son hésitation, son ordinateur émit un léger « bip » qui la fit sursauter : cela indiquait que l'arrêt d'urgence de la chambre de gravité s'était à nouveau activé. Pour la deuxième fois de la journée... C'était plus que d'ordinaire, mais pas encore au point d'être inquiétant. Par contre, que se passerait-il si Végéta débarquait dans son laboratoire pour réclamer une réparation quelconque, et qu'il découvrait qu'elle n'avait toujours pas commencé à travailler sur le vaisseau spatial ?
Oui, mais d'un autre côté, son père était toujours malade, et sa mère commençait à son tour à montrer des signes de fatigue... Elle s'était engagée à réparer le vaisseau quand son père serait remis, pas quand elle était la seule personne de la maison capable de travailler. D'ailleurs, à propos de travailler, elle ferait mieux d'aller voir si sa mère allait suffisamment bien pour faire la cuisine, ou si elle devait lui prêter main-forte.
Oui, n'importe quoi, mais pas aller dehors...
ooooo
Fausse bonne idée.
Madame Briefs fut ravie de que sa fille vienne cuisiner avec elle et fasse même des propositions de menus, qu'elle accepta immédiatement bien entendu. Si Bulma avait envie d'omelette aux œufs de grenouille, alors elle ferait une omelette aux œufs de grenouille. Elle voulait du riz au vinaigre avec ? Excellente idée !
Mais bien entendu, elle ne tarda pas à trouver sa fille plus inventive que d'ordinaire : « Dis-moi ma chérie, si tu étais enceinte, tu me le dirais quand même, n'est-ce pas ? »
Bulma soupira d'agacement, le peu de bonne humeur qui lui restait s'était évanoui d'un bloc : « Maman. Claqua-t-elle. Bien sûr que je te le dirais, mais ça ne risque absolument pas d'arriver tant que j'ai mon implant et pas de petit ami.
-Oh ! Mais si enfin ! Depuis le temps que tu fréquentes Végéta, ça va sans dire que c'est ton p...
-MAMAN ! La coupa Bulma sèchement. Ce n'est pas mon petit-ami et je ne le fréquente que pour son matériel d'entraînement. Mets-toi bien ça dans la tête une fois pour toutes !
-Oui, bien sûr ma chérie. » Lui répondit celle-ci en la contemplant d'un regard plein de tendresse qui sous-entendait qu'elle ne croyait pas un traître mot de ce que lui disait sa fille.
Celle-ci fit mine de l'ignorer en retournant touiller son omelette.
« Mais quand même... Insista la blonde. Tu as des exigences alimentaires particulières depuis quelques jours.
-Oui, eh bien j'ai mes règles. Voilà ! » Claqua Bulma en plaquant sa fourchette sur le rebord de son énorme saladier pour l'égoutter et signaler que la conversation s'arrêtait là.
Silence.
Une seconde.
Deux secondes.
Trois. Bulma soupira.
Quatre secondes.
Cinq secondes : « Mais tu sais, ma chérie. Fit remarquer sa mère sur un ton de conversation tout à fait normal, si tu veux un bébé, il faudrait quand même que tu penses à faire retirer ton implant. Ce pauvre cher Végéta, il doit attendre désespérément... »
VLAN !
Bulma venait de poser violemment son saladier rempli sur la table en y déversant la moitié du contenu : « Maman. Occupe-toi de tes oignons.
-Mes oignons ? S'étonna celle-ci. Mais je viens juste de les mettre à cuire. Ne t'inqu... »
Bulma hurla : « MAISCESTPASVRAICESTPASPOSSIBLETUNECOMPRENDSJAMAISRIENDERIENARRETEDETEMELERDEMAVIEJEFAISCEQUEJEVEUXTUMENERVESÀLAFINNEMEPARLEPLUSJAMAISDECETTEHISTOIREDEBEBECESTDEJASUFFISAMMENTCHIANTDETRETOUTESEULEETTOITUMETIENSLAGRAPPEPOURUNEHISTOIREDEBEBEETAVECTONVEGETAQUETUADORESMAISMOIPASALORSFICHEMOILAPAIXUNEBONNEFOISPOURTOUTES ! TOUT ÇA N'A PAS LIEU D'ETRE ! Tiens, et puis tu sais quoi ? J'en ai marre de cuisiner avec toi ! Finalement j'aurais mieux fait d'aller réparer le vaisseau spatial ! Tiens d'ailleurs c'est exactement ce que je vais faire ! » Elle jeta son tablier par terre et partit d'un pas strident, lançant par dessus son épaule : « Et ne viens pas me chercher pour manger ! J'ai pas faim ! »
Restée seule dans sa cuisine avec une cuillère en bois à la main, la douce blonde pencha la tête sur le côté en posant sa joue sur son index, d'un air intrigué : « Oh ? Aucun doute, ce n'est pas la bonne semaine du mois. Je vais lui faire une tarte aux fraises. Ma pauvre chérie... »
ooooo
Ce n'était pas la bonne semaine ni le bon jour, ni maintenant ni jamais. Pour qui se prenait-elle, cette humaine négligente, à oser ne pas se présenter à leur réunion habituelle du soir, au vu de l'immense service que lui, le fier prince des saiyans, lui avait rendu la veille ?
Il avait été d'humeur maussade toute la journée. Il s'était à nouveau tordu l'épaule sous la gravité en vagues. Il n'arrivait pas à chasser cette paire d'yeux bleus de son esprit. Aussi, assis devant son repas gargantuesque, lorsqu'au lieu de voir apparaître la pulpeuse terrienne aux yeux bleus, il vit arriver celle qui gardait les siens fermés, il commença immédiatement à s'agacer. Le discours incompréhensible qu'elle lui servit ne fit rien pour améliorer ce fait. Bulma était dehors en train de travailler et ne voulait pas l'écouter, elle, et c'était pourquoi il fallait qu'un bel homme qui savait bien parler aille la voir et lui faire entendre raison, qu'au moins elle aille manger et mettre un manteau sur son dos.
Il ne comprit ni n'écouta la suite du discours. Il se leva et sortit. Il avait deux mots à dire à cette scientifique irrespectueuse.
Il la trouva dehors, affairée à remettre en place les boulons incarnés d'une plaque de maintenance sur la carène du vaisseau spatial. Celui-ci était toujours en piteux état, mais un seul coup d'œil suffit au saiyan pour remarquer que c'était tout de même indéniablement mieux que lorsqu'il l'avait rapporté de sa dernière excursion dans l'espace. Elle avait dû y travailler plusieurs heures aujourd'hui. Comme en témoignaient les nombreuses empreintes de mains laissées un peu partout sur la carlingue couverte d'une fine couche de givre.
À vrai dire, il était agréablement surpris qu'elle se soit mise à la tâche si vite. Elle avait donc un sens de la dette, finalement.
En s'approchant, il l'entendit marmonner entre ses dents serrées, ce qui l'amusa : c'était toujours amusant quand l'humaine était énervée.
« Je t'en foutrai, moi, des passages dans des ceintures d'astéroïdes. Maugréait-elle en un petit nuage de buée. C'est qui qui répare ensuite ? Hein ?
-C'est toi. » Nargua Végéta en s'approchant.
Elle se retourna précipitamment vers lui, et son outil lui glissa des mains. Elle lui jeta un regard perçant qui semblait dire « J'espère que tu n'es pas là pour m'emmerder parce que je ne suis pas d'humeur. » Il remarqua qu'elle était plus pâle qu'à l'ordinaire, à tel point que la couleur de ses lèvres tirait plus sur le violet que sur le rose. Elle grelottait.
« Tu es là pour réclamer quelque chose ou c'est ma mère qui t'envoie ? Demanda-t-elle de but en blanc.
-Ni l'un ni l'autre, répondit-il. Je venais voir ce que tu trafiquais.
-À ton avis, qu'est-ce que j'ai l'air de faire ?
-De te mettre à bosser tard pour avoir un prétexte pour éviter notre réunion.
-Si ça t'ennuie que je sois en retard, j'en déduis que tu as cassé quelque chose ? Claqua-t-elle en ramassant maladroitement sa clef à molette d'une main tremblante de froid.
-Oui. Donc je compte bien que tu aies terminé ce que tu es en train de faire avant que j'aie fini de manger, parce que j'aurai deux ou trois remarques à faire. »
Voyant le saiyan tourner les talons et s'éloigner tranquillement les bras croisés, Bulma fut saisie d'un accès de colère : « Non mais oh ! Ce n'est pas toi qui me diras ce que j'ai à faire ! Et comment veux-tu que je progresse sur cette saleté de vaisseau par un froid pareil ? J'ai les mains complètement gelées ! Mais ça, toi tu t'en fous, qu'une jolie fille douce et délicate soit en train de ruiner sa peau et sa santé pour réparer ton précieux matériel ! Tu n... Eh ! Mais qu'est-ce que tu... »
D'un coup, le guerrier s'était retourné, lui avait jeté un regard perçant et... le temps d'un battement de cils, il était juste à côté d'elle et lui saisissait les poignets et les levait à hauteur de son visage. Il inspecta ses mains frigorifiées d'un regard critique, avant de constater froidement :
« Qu'est-ce que tu racontes ? Tes mains ne sont pas gelées.
-Hein ?
-Humaine. Grogna-t-il d'un air désabusé. (Il baissa les mains sans lâcher ses poignets pour la dévisager en l'empêchant de reculer) Crois-moi, une main gelée, ça n'a pas cette couleur-là, et c'est bien plus rigide que ça. Tes doigts plient d'eux-mêmes, un doigt gelé casse comme une branche morte. Ça fait crac. Et ça reste par terre. Une main gelée, si par chance tu arrives à les réchauffer doucement sans rien casser, elles restent violettes pendant plusieurs jours. Et je sais de quoi je parle. Tes mains vont très bien. Alors arrête de te plaindre de maux que tu ne connais pas. »
Première seconde. Bulma resta interdite.
Deuxième seconde. Elle cilla violemment.
Troisième seconde. L'agacement : « Oui, eh bien tu vois, j'aimerais bien éviter d'en arriver-là. Ce n'est pas en perdant mes jolis doigts que je serai la plus efficace dans MON travail sur TES réparations.
-Mets des gants. Répondit-il froidement.
-Je ne peux pas manipuler mes outils correctement avec. Répliqua-t-elle.
-Mets des mitaines.
-Ça ne réchaufferait rien.
-Mets un système de chauffage dedans.
-Et je perdrai combien de temps à inventer ce truc ?
-Bon, s'agaça-t-il. Je m'en fous, fais comme ça te chante, mais je veux que tu sois à notre réunion dans 12 minutes. »
Sur ce, il lâcha enfin les poignets de Bulma et s'éloigna, ignorant ses multiples protestations.
Rageuse, elle ramassa à nouveau sa clef qu'elle avait à nouveau laissé tomber, ayant l'impression de subir un affreux courant d'air froid en pleine face depuis que le saiyan était parti. Ses doigts douloureux se refermèrent sans mal sur l'outil. Elle s'arrêta net, regardant curieusement ses mains roses bouger un peu plus fluidement qu'auparavant. C'est là qu'elle réalisa...
Végéta ne lui avait pas seulement maintenu les poignets pour avoir l'air menaçant... Il lui avait réchauffé les mains en les prenant dans les siennes...
Lui qui d'ordinaire avait une température externe comparable à celle d'une pierre... Il l'avait donc fait volontairement.
Une seconde. Le temps s'arrêta. Elle cilla.
Deux secondes.
Trois secondes.
Elle n'en revenait pas. Et la chaleur qu'elle ressentait dans ses mains était bien pâle à côté du flux de magma chaud qui coulait dans sa poitrine, dans sa gorge puis dans sa tête.
Végéta...
Elle termina de refermer sa plaque de maintenance à toute vitesse et retourna vers la maison avec le cœur virevoltant dans sa poitrine comme un oisillon qui apprend à voler au premier jour du printemps.
Elle avait rendez-vous maintenant, avec un homme formidable...
Végéta laissa ses lèvres se tordre en un discret rictus de satisfaction en voyant sa scientifique débouler dans la salle à manger moins de cinq minutes après qu'il l'aie quittée. Comme il l'avait escompté, lui réchauffer légèrement les mains sans qu'elle ne s'en rende compte l'avait fait gagner en efficacité et amélioré son humeur, ce qui était tout à son avantage.
C'était bien là l'unique but de son geste, évidemment.
Ils étaient d'accord sur la conclusion, mais pas sur l'interprétation.
ooooo
L'humaine était à nouveau bizarre.
Depuis deux semaines qu'ils étaient revenus de cette convention sur le continent Est, elle le provoquait de plus en plus ouvertement, de plus en plus souvent. La façon qu'elle avait de le regarder, cette fichue manie qu'elle avait soudain reprise de glisser les doigts dans son dos le soir en passant derrière sa chaise. Urg ! Ça lui faisait se hérisser tous les poils du dos, et il avait à la fois envie de la projeter à travers le mur et de se jeter sur elle dans le même mouvement. Le temps qu'il formule une troisième option plus acceptable dans sa tête, elle était déjà assise à côté de lui comme si de rien n'était, souriante. Comme s'il avait rêvé. Rêvé comme ces nuits où elle apparaissait mystérieusement dans sa chambre pour s'offrir à lui, sans rien demander en retour. Mais merde ! Comment pouvait-il prétendre qu'il ne s'agissait que d'un rêve si elle était encore à ses côtés à son réveil, dans son lit à lui ? Voilà déjà deux fois qu'il avait dû lui-même la déposer endormie dans sa chambre à elle pour éviter ce genre de déconvenues ! Un rêve est un rêve, et chacun rêve dans son lit ! La nuit dernière, elle avait recommencé à s'endormir, encore toute habillée ou presque, blottie contre son bras, et il l'avait posée à son bureau au lieu de son lit, en lui souhaitant un torticolis quand elle se réveillerait. Elle s'était blottie contre lui lorsqu'il l'avait portée. Craignant qu'elle ne se réveille, il l'avait laissée tomber sur sa chaise, et elle s'était cogné la tête à son bureau avant de tomber par terre sans la moindre grâce, et en poussant un glapissement tout à fait ridicule. Il avait disparu en se retenant de ricaner trop fort. Bon débarras !
La façon dont cette fille devenait collante était précisément une des raisons pour lesquelles il ne voulait pas parler de cette relation particulière qu'il entretenait avec elle. Il n'y avait rien entre eux que quelques rêves échaudés, point barre !
Le problème, c'était qu'il ne comprenait ni la réaction, ni les buts de l'humaine avec ce nouveau comportement. Elle semblait vouloir s'acharner à rester de plus en plus longtemps avec lui la nuit, et même le soir au dîner. La semaine précédente, c'était elle qui avait fait la cuisine pour remplacer sa mère malade. Elle avait du goût, elle était inventive, elle était douée, comme pour tout ce qu'elle faisait d'ailleurs... Mais enfin était-elle en train de l'empoisonner ? Cette dérangeante impression de ne plus être maître de ses instincts, qu'il allait se jeter sur elle à tout moment, qu'il ne serait jamais rassasié d'elle... Que diable lui faisait-elle manger ?
Il n'aimait pas du tout la façon dont la situation était en train d'évoluer. Il avait trop à faire dans sa vie pour lui-même, et voilà que cette créature insignifiante essayait de s'y creuser une place, telle un parasite qui envahissait ses pensées et encombrait sa vie. Sauf que malgré tout ce qu'il pouvait penser de cette situation, il appréciait bien trop sa présence, ses compétences techniques, ses traits d'esprit, ses massages, son corps brûlant, ses sourires, et cette façon qu'elle avait de le provoquer en permanence, tout comme elle était à nouveau en train de le faire à présent...
« Non. » Répondit-il d'une voix neutre en réprimant un rictus amusé, à la jolie terrienne qui se tenait dans l'embrasure de la porte.
Début du combat... Songeait-il.
Bulma tenta maladroitement de masquer une moue déçue : « Qu'est-ce que tu es prévisible ! Allez quoi ! C'est juste le temps d'un repas ! C'est pas comme si je te demandais de m'accompagner au bal !
-Au quoi ?
-Danser. Traduisit-elle en un soupir.
-Ah.
-Alors ? Insista-t-elle. Tu viens ?
-Non, répéta-t-il. Je ne vois pas l'intérêt. Il y a bien assez à manger ici.
-Mais c'est pas pareil !
-Ce que j'ai ici me convient, je n'ai pas de temps à perdre à aller manger ailleurs.
-Allez ! Juste une fois ! Tu verras c'est très bon ! C'est mon restaurant préféré !
-Eh bien vas-y demain pour ton repas du milieu de journée ! Mais n'essaye pas de déplacer notre réunion ! Les droïdes de combat résistent mal à la gravité en vagues. J'ai des...
-Tu m'en parleras tout à l'heure devant ton assiette. Le coupa-t-elle. Allez, viens ! C'est moi qui t'invite, ne te fais pas prier quand même !
-Humaine, s'agaça-t-il, je ne comprends rien à ton idée soudaine d'aller manger ailleurs !
-Tu comprendras quand on y sera. Moi j'en ai marre de rester enfermée dans cette maison pleine de microbes. Depuis que ma mère est malade je passe plus de temps à faire la cuisine qu'à travailler.
-Ne me dis pas qu'il n'y a rien à manger pour ce soir ? Réalisa-t-il avec effarement.
-Eh bien si. Je n'ai rien préparé et ça me prendrait des heures de m'y mettre maintenant. Tu as faim, non ?
-Oui, donc tu as intérêt à cuisiner plus vite que ça. Grogna le saiyan. À quoi est-ce qu'ils servent, tes robots ? À faire joli ?
-Non mais c'est pas vrai ! S'agaça-t-elle enfin, mains sur les hanches. Je te rappelle que je ne suis pas ta servante ! Merde à la fin ! Il y a une jolie fille qui te demande de l'accompagner au restaurant, et toi tu essayes de l'envoyer aux fourneaux ? Tu as conscience du nombre de mecs sur cette planète qui seraient prêts à tuer pour avoir une chance de m'inviter eux-mêmes ?
-Je ne vois pas ce que ça a de spécial.
-Urg ! Végéta ! Tu vois très bien ce que j'ai voulu dire ! J'essaye de te parler de créature civilisée à créature civilisée, là !
-Te concernant, ça doit être dur. Ricana-t-il.
-Tsss ! Siffla la jolie humaine en agitant la main devant son visage. Oui, c'est dur d'essayer de TE traiter comme une créature civilisée, alors que tu passes ta vie renfermé sur toi-même à ne penser qu'à te battre et ne jamais sortir !
-C'est sûr que ça doit te faire un sacré choc de te confronter à un être supérieur capable de rester entièrement focalisé en permanence, sans perdre son temps ni son énergie à des occupations inutiles.
-Oh, fit-elle avec un sourire malicieux. Tu veux vraiment qu'on parle d'occupations inutiles, mais agréables et qui font bien décompresser ?
-Inutile, ça ne m'intéresse pas. J'ai faim.
-Alors ne perdons pas de temps ! Conclut-elle en faisant sauter au creux de sa main la hop-pop capsule qui contenait son véhicule. Allons manger !
-J'aimerais bien, mais il n'y a rien sur la table. » Répliqua-t-il stoïquement, sans bouger d'un pouce de sa posture droite et fière, bras croisés par dessus sa chemise blanche. D'ordinaire le repas était servi quand il revenait de la douche après une longue journée d'entraînement intensif. Mais aujourd'hui, rien, juste l'humaine vêtue de son sourire de défi et de cette longue robe bleu-marine qui lui collait au corps comme une seconde peau et virevoltait autour de ses mollets au moindre de ses mouvements. Le pire pour lui avait été de maintenir son focus lorsqu'elle avait mis les mains sur les hanches pour hausser le ton, car ce faisant, elle s'était penchée en avant, accentuant la vue sur son décolleté très (trop) avantageux.
Le problème était que, s'il percevait très bien les techniques de séduction et de manipulation qu'elle tentait de mettre en œuvre contre lui, il ne comprenait en revanche absolument pas pourquoi elle se donnait tant de mal. Qu'y avait-il donc d'intéressant à changer de lieu pour manger ? L'hésitation qu'elle avait à répondre à cette question était la raison principale de sa méfiance. Il avait faim, mais il flairait l'arnaque.
« Bon, claqua-t-elle, tu viens avec moi ou bien je vais manger toute seule ?
-Tu n'iras nulle part tant que notre réunion n'a pas eu lieu.
-Eh bien je décale le lieu de réunion là-bas.
-Non. Tu vas rester ici. Imposa-t-il froidement.
-Végéta, il n'y a rien à manger.
-Très bien. Dans ce cas notre accord ne tient plus. » Conclut-il en portant les mains au col de sa chemise.
« Quel accord ? Tu ne... Mais qu... qu'est-ce que tu fais ? » Bafouilla-t-elle soudain, s'empourprant comme un soleil levant, le voyant retirer sa chemise d'un geste ample. Dessous, il était torse-nu.
Il nota d'un œil amusé la réaction imprévue de l'humaine, et jeta sa chemise dans sa direction, répondant d'un air sombre et sérieux : « Il n'y a rien à manger, je vais chasser.
-Hein ? Mais pourq...
-Pour ne pas salir ma chemise. »
Il lui jeta un regard sévère et la vit s'empourprer davantage, prenant la teinte d'un coucher de soleil reflété dans une mare de sang. Il avait gagné la bataille.
« Attends... Mais que... Comment ça chasser ? Où que comment quoi ?
-J'en sais rien, on verra bien ce que je trouve, puisqu'il n'y a rien ici. Reprocha-t-il.
-Oh non. Nonnonnonnon ! S'affola-t-elle. Tu ne vas tuer rien ni personne et tu ne SORS pas comme ça !
-Tu ne me donneras pas d'ordres, humaine. J'ai faim, et je veux manger ici, pendant notre réunion, comme d'habitude. » Déclara-t-il d'un ton glacial.
Pour qui se prenait-elle, cette créature misérable, à penser pouvoir l'influencer, lui ? Il gardait son sérieux, malgré le brutal afflux de phéromones en provenance de la jolie femelle. Elle, en revanche, avait définitivement perdu la face et la bataille.
Première seconde. Elle cilla.
Deuxième seconde. Ses immenses yeux bleus se mirent à scintiller tristement.
Troisième seconde. Elle détourna le regard et le fixa vers le sol : « Je vais nous commander à livrer. » Déclara-t-elle d'une voix faible avant de quitter la pièce.
Lorsqu'elle revint, dix minutes plus tard, son visage ne laissait plus transparaître la moindre trace de déception. Sa mine était de nouveau froide et fermée, contrastant drastiquement avec cet air joyeux qu'elle avait lorsqu'elle lui avait proposé cette idée saugrenue d'aller manger ailleurs.
Sa mine des jours où elle était énervée. Ou presque.
Elle avait sûrement déjà formulé une nouvelle stratégie...
Il restait méfiant. L'imagination de cette fille était diabolique.
Ils s'installèrent à table et commencèrent à parler technique tandis que Végéta, affamé, vidait la corbeille de fruits, aussitôt re-remplie par les droïdes ménagers. Puis l'on sonna à la porte, l'humaine alla ouvrir, puis revint accompagnée d'une armée de robots ménagers, portant de multiples boîtes de différentes couleurs, d'où émanaient une forte odeur de nourriture aux édulcorants.
Elle mangea à peine le contenu d'une petite boîte de nouilles aux légumes, tandis que Végéta vidait toutes les autres, toujours aussi déçu d'avoir dû attendre si longtemps et négocier ainsi pour obtenir un repas d'aussi piètre qualité en comparaison à ce qu'on lui servait d'ordinaire.
Mais ce qui l'agaçait le plus, c'était la froideur de l'humaine, unique indicateur qu'elle était déçue de ne pas être parvenue à le traîner où elle voulait aller. Non qu'il regrette de ne pas s'être laissé manipuler, mais c'était déplaisant en comparaison de la chaleur et gaieté qui avaient émané d'elle presque en permanence ces derniers jours. Comme s'il devait se sentir responsable des états d'âme de cette femelle instable ! Et instable, elle l'était encore plus dernièrement... C'était lassant.
« Bon. Annonça sèchement la scientifique lorsqu'il posa le dernier carton alimentaire dont il venait d'engloutir le contenu, une sorte de galette de riz et crudités géante. On a fini ?
-Peut-être. Répliqua-t-il, sarcastique. Pourquoi ?
-Parce que j'aimerais y aller. Déclara-t-elle.
-Où ça ? Demanda-t-il méfiant.
-Je vais danser. Tu veux venir ? » Répondit-elle en le toisant, son regard perçant suintant d'espoir et d'amertume.
Impassible, il haussa un sourcil étonné : « Avec toutes les réparations que je viens de te demander, tu choisis d'aller t'occuper à des trucs inutiles ?
-Tes réparations seront faites, Végéta. Claqua l'humaine en se levant et lissant la jupe de sa robe d'un geste sec. Mais ce soir, j'avais envie de m'amuser, et ce n'est pas toi qui vas gâcher ma soirée. Puisqu'apparemment tu n'en as RIEN à faire de sortir avec moi, je trouverai bien quelqu'un d'autre qui saura apprécier mon agréable compagnie à sa juste valeur !
-Sortir. S'amuser. Soirée. Critiqua le saiyan en s'accoudant à table, intrigué. Décidément tu ne penses qu'à ça, humaine. Je ne comprends vraiment pas comment ton espèce fait pour perdurer avec des centres d'intérêt aussi inutiles.
-Il faut croire qu'on a nos points forts aussi. Répliqua-t-elle cyniquement. La preuve : depuis le temps que tu me répètes ça, je suis toujours en vie. Et puis tu sais quoi ? Va te faire voir ! Moi au moins, je n'attends pas d'être cachée dans le noir pour faire ce qui me plaît. La vie m'appartient, je fais ce que je veux quand je veux. Prends-en de la graine ! »
Il fronça les sourcils et serra les poings, se préparant à la saisir à la gorge au moindre mot supplémentaire.
Il n'y en eut pas. Il n'eut ni le temps de répliquer, ni même réfléchir à une réponse digne de lui. Le dissipant d'un geste de la main, la jeune femme tourna les talons, sa jupe et ses longs cheveux détachés virevoltant dans le même mouvement, puis elle s'en fut sans plus mot dire, droite et fière, ondulant des hanches, ses hauts talons claquant au sol, sa jupe bleu-nuit dansant autour de ses jolies jambes.
C'est uniquement lorsque la porte du salon se fut refermée derrière elle qu'il se mit à grogner son mécontentement.
Comment osait-elle ainsi partir ainsi en lui tournant le dos, à lui ?
ooooo
La musique.
La rythmique.
Les vibrations des basses jusque dans les os.
Elle était libre.
Elle était bien.
Elle était elle-même.
La musique.
Un bras sous lequel tourner.
La musique.
Un verre pour se désaltérer.
Le rythme dans la peau.
Le sol sous ses pieds.
Un cavalier le temps d'une danse. Un compliment.
Un verre.
Le rythme dans les pieds. La musique dans la peau. Il n'y avait que cela de vrai.
Quelques bribes de phrases saisies entre deux notes moins puissantes.
« Tu danses super bien ! »
Danser encore. Boire un verre. Retourner danser.
« Punaise, mais c'est une furie cette fille !
-Ouais, et une bombe aussi ! »
Le rythme dans la musique, le monde à ses pieds. Ainsi devait être la vie. Musique, rythme, harmonie. Et les hommes à l'admirer. Cet idiot de saiyan finirait bien par le comprendre...
« Tu m'accordes cette danse, ma belle ? »
Un bras sous lequel tourner, un cavalier compétent, doué. Se tester l'un l'autre, s'apprécier mutuellement. Au fond, il n'y avait pas besoin de grand chose pour faire bien tourner un cortège et en sortir quelque chose d'intéressant. Une volte, quelques pas de côté, et tout le monde les enviait.
La musique dans la peau, la vie dans la musique, le rythme dans les veines.
« Punaise, je suis crevé ! Merci pour la danse. »
Trébucher. Boiter jusqu'au bar et s'y appuyer. Un nouveau visage. Nouveau sourire
« Enfin fatiguée ?
-Non, c'est mes chaussures. »
Jeter ces satanées chaussures à talons en vrac dans son sac.
Revenir en sautillant vers le bar.
Se désaltérer.
Y retourner.
Trouver un cavalier.
Le rythme dans les pieds, les pieds dans le sol. La musique dans la tête, la tête dans les étoiles.
Il n'y avait pas besoin de grand chose, en somme, pour que tout marche bien.
Un peu de synchronisation, un peu de défi, un peu de frisson, un compliment de temps à autre, un peu de passion. Au diable les roucoulements des amoureux enlacés, comme ce couple dans un coin de la salle, balançant inlassablement d'un pied à l'autre quelle que soit la musique, accrochés l'un à l'autre comme s'ils étaient collés ! C'était tout de même bien plus intéressant de varier les danses, les passes et les mesures !
Un peu de synchronisation, du défi, du frisson, un compliment de temps à autre, de la passion. Au fond, dans la vie de tous les jours, n'était-ce pas ce que lui apportait Végéta ?
« Tu danses celle-ci aussi ? »
Face à elle, un regard peiné mais plein d'espoir : « Non, désolé, il me faut une pause, là. Tu veux pas boire un coup ? »
Non, elle ne voulait pas être invitée à boire, elle voulait danser.
Retourner en quête d'un nouveau cavalier. En trouver un. Sa manière de danser était plate.
Danser seule la danse suivante. Être la reine de la Terre.
Au fond, dans sa vie, elle ne connaissait qu'un seul homme capable de soutenir son rythme à elle sans s'épuiser. Un seul homme capable de lui donner du tempo. Une parfaite synchronisation, du défi, du frisson, et juste ce qu'il faut de passion. Le minimum. Le frisson.
Le rythme dans la peau, la musique dans les pieds, les frissons jusqu'au bout des doigts, la tête enfin libre.
Bulma venait de réaliser que la situation, telle qu'elle était, entre elle et Végéta, lui convenait. Tant pis s'ils ne sortaient pas ensemble, ne s'embrassaient pas, s'il ne l'aimait pas. Tous deux formaient sans doute un cortège non conventionnel, non officiel, un peu spécial, mais la danse entre eux tournait bien. Pas besoin de changer.
Bulma rentra très tard ce soir-là. Ivre de fatigue plus que de l'alcool, l'esprit et le cœur légers. Ce n'était pas le cas du saiyan, qui, maussade, avait guetté son retour pendant une bonne partie de la soirée, avant de se résigner à aller dormir en ruminant son insatisfaction, seul.
ooooo
Le lendemain de cette soirée, Bulma se sentit nauséeuse dès le réveil, et de nettement moins bonne humeur que la veille. Elle avait pourtant bu avec modération, mais préférait l'hypothèse de la gueule de bois plutôt que celle d'être à son tour tombée malade. Son père était de nouveau sur pieds depuis un peu plus d'une semaine, tandis que sa mère était à son tour clouée au lit sans presque rien pouvoir avaler qu'elle ne recrache immédiatement.
Le mal d'estomac se dissipa dans la journée mais refit surface le lendemain lors du petit déjeuner, puis au repas.
Génial... Maugréa-t-elle en s'arrêtant un moment de manger ce soir-là, dans l'indifférence la plus totale de l'homme avec qui elle partageait son repas en silence. Végéta était de mauvaise humeur depuis la veille où elle l'avait planté là sur une réplique cinglante, et ne lui avait presque pas adressé la parole aujourd'hui, à part pour lui reprocher son incompétence, sur un ton de voix absolument glacial, en déposant dans son bureau les nouveaux prototypes en miettes qu'il avait testés le jour-même. Tant pis pour lui ! S'il n'assumait pas ce qui se passait dans sa vie, c'était son problème !
Urg... Mal au bas-ventre, encore pire que le mois dernier, et maintenant mal à l'estomac. Et pour couronner le tout, Végéta lui faisait la tête. Quelle journée de merde !
« Bon, puisque tu es si aimable ce soir, je vais me coucher. » Déclara-t-elle sèchement en laissant là son assiette à moitié pleine.
Elle se retourna juste avant de quitter la pièce, vexée de ne recevoir aucune réaction de la part du beau guerrier pour qui elle faisait tant de concessions dans sa vie. Celui-ci était en train de vider l'assiette qu'elle avait laissée. Elle souffla bruyamment par le nez et s'en fut sans mot dire.
Elle fit un dernier détour pour apporter à sa mère un bol de bouillon. Elle savait que son père terminerait de travailler tard ce soir-là.
ooooo
Madame Briefs était allongée dans son lit, écoutant de la musique classique à la radio, faisant valser ses doigts sur l'oreiller comme un petit danseur. Cela fit sourire sa fille lorsqu'elle entra dans la chambre.
Sa douce Bulma, sa plus belle réussite dans la vie, sa merveilleuse fille si dynamique, inventive et soucieuse. L'odeur délicate du bol qu'elle apportait fit se contorsionner son estomac souffrant, mais allégea le mal de crâne.
« Coucou maman, comment ça va ?
-Ça va ma chérie. Répondit celle-ci d'une voix faible. Ça va mieux. Et toi ? » Pourvu qu'elle ait l'air crédible en lui disant cela... Elle avait l'impression que sa tête et son ventre avaient servi de parquet de danse pendant son sommeil.
« Oh... Éluda sa fille. Ça va. J'espère que je ne suis pas en train de tomber malade aussi.
-Comment ça ? S'inquiéta la mère.
-Mhhh... Je ne sais pas. Je ne me sens pas très bien depuis quelques jours. Répondit Bulma en s'asseyant sur le lit et posant le bol sur la table de nuit. »
Cette réponse fit sourire madame Briefs, tandis qu'elle dévisageait sa fille avec compassion : « Encore plus mal que le mois dernier ?
-Hein ? De quoi tu parles ? J'allais très bien jusqu'à hier. » S'étonna celle-ci.
Elle tenta de s'appuyer sur un coude et tendit la main pour la poser sur l'épaule de sa fille : « J'espère que tu n'es pas malade. Il y a plein d'autres choses bien plus positives qui donnent aussi la nausée. Tu sais, ces derniers temps, tu changes d'humeur tout le temps, tu as des envies alimentaires spéciales, et puis...
-Stop maman. Soupira Bulma. Ne ramène pas ça sur la table. S'il te plaît. J'ai pas envie de me disputer avec toi ce soir. J'ai juste envie d'aller me coucher et que demain ça aille mieux.
-Si ça ne va pas mieux, tu pourrais quand même peut-être essayer de faire un test de grossesse, non ? » Tenta à nouveau la mère en se détournant de sa fille pour tendre avec hésitation la main vers son bol de soupe. Après tout, l'espoir était permis, non ? Il fallait bien que sa fille finisse par entendre raison un jour et se décide à fonder une famille. Depuis le temps qu'elle rêvait de devenir grand-mère !
« Maman ! Se désespéra celle-ci. Arrête avec ça, j'en ai marre ! Je ne peux pas être enceinte tant que mon implant fonctionne !
-Et entre deux renouvellements, tenta-t-elle à nouveau avec espoir, il n'y a pas au moins une petite chance ?
-Non. C'est immédiat. » Trancha sa fille d'un air lasse.
Oh, que c'était triste... Songea-t-elle en soupirant. Comment devenir grand-mère si sa fille n'enlevait pas ce maudit implant ? Pauvre Bulma, condamnée à attendre encore ! Pauvre Végéta condamné à espérer ! À quand le bonheur pour ces chers petits tourtereaux qui allaient si bien ensemble ?
S'ensuivit un moment de silence durant lequel madame Briefs tenta très prudemment de porter sa cuillère de bouillon à ses lèvres. Prenant son temps. Elle approcha son nez, hésita, puis ouvrit lentement la bouche, goûta le bouillon du bout de la langue, y trempa ses lèvres, et enfin l'avala.
« C'est bon. Murmura-t-elle. Merci ma chérie. »
Elle leva à nouveau les yeux pour découvrir que sa fille perdait graduellement ses couleurs, pour atteindre une pâleur cadavérique.
« Ça va ? S'inquiéta-t-elle ?
-Je... Je vais me coucher. » Répondit précipitamment celle-ci. Elle se leva brutalement et s'enfuit presque en courant. Madame Briefs entendit sa porte claquer et grimaça, plaignant ses oreilles sensibles. Elle allait dormir encore un peu, décida-t-elle en reposant son bol.
Pauvre chérie, était-elle malade à son tour ?
ooooo
Bulma claqua la porte de sa chambre et se plaqua contre celle-ci comme si un monstre la poursuivait derrière. Elle prit quelques instants pour calmer sa respiration effrénée et reprendre ses esprits.
Derrière la porte, point de créature terrorisante, le monstre qui lui avait sauté à la gorge s'appelait le Doute. Et elle devait le combattre immédiatement.
Son agenda
Dans son laboratoire.
Bon, allez ma grande, c'est juste histoire d'être sûre.
Un, deux, trois.
Elle ouvrit à nouveau sa porte et dévala les marches des escaliers quatre à quatre. Elle dépassa en courant Végéta qui montait en sens inverse et la regarda passer en haussant un sourcil critique. Elle ne ralentit pas son allure et ne lui accorda pas la moindre attention. Elle traversa à toute vitesse le jardin intérieur qui lui paraissait soudain affreusement trop grand, et manqua de tomber à la renverse en se heurtant à la patte de Kiki le tyrannosaure, qui la dévisagea d'un œil vide en lui tendant son os à jouer. Elle lui hurla de se pousser et reprit sa course en faisant fuir tous les animaux qui avaient la malchance de se trouver en travers de son chemin.
Enfin parvenue dans son laboratoire, elle entreprit de retrouver son agenda, enfoui sous une pile de papiers qu'elle fit tomber par terre dans sa panique. Elle l'ouvrit enfin.
C'est là, c'est là... Se répétait-elle en tournant frénétiquement les pages. Ses mains tremblaient.
Elle feuilleta toutes les pages jusqu'à la fin de l'année, et le petit calendrier destiné à prévoir l'année suivante. Rien.
Impossible...
Son implant contraceptif avait une durée d'efficacité de deux ans. Elle avait toujours noté au début d'un mois, quelque part dans son agenda, qu'il serait temps de prendre un rendez-vous chez son médecin pour le mois à venir.
Quand était-ce ?
Il s'était passé tant de choses récemment ! Elle ne se souvenait même plus du mois sur lequel elle avait noté ce rappel !
Réfléchis réfléchis réfléchis...
La dernière visite datait d'une période peu de temps avant le retour de Végéta et de Son Goku sur Terre, alors qu'elle essayait encore de trouver un équilibre dans sa relation avec Yamcha...
Elle avait inscrit l'événement à reporter dans le calendrier final de l'agenda orange de cette année-là. Puis, l'année suivante, elle avait reporté l'événement quelque part au milieu d'un bel agenda noir.
Elle contempla, incrédule, le superbe agenda flambant neuf entre ses mains. Il était bleu.
Le reste arriva en un flash de souvenirs.
Un soir, tard. Ses parents en vacances sur une île paradisiaque. Elle seule. Son bureau en désordre. Un groupe de voleurs qui jetaient tout par terre en la menaçant avec sa propre arme. Son agenda noir avec. La peur. Et puis Végéta, venu à son secours comme par miracle. Son héro sombre. Son ange noir. L'énorme fusil électrique braqué sur lui, son regard assuré. Et pour elle, la peur. « Non ! Évite-le ! » Avait-elle hurlé. Le jeu de regards, puis l'explosion. Végéta l'avait protégée et envoyé une boule d'énergie vers les malfaiteurs. Vers, aussi, la pile de documents jetés au sol. Là où se trouvait son agenda noir... Et puis la passion. Et puis le calme dans sa tête, lorsque le lendemain, elle avait ramassé les cendres au sol de ce qui avait été ses documents de travail. Et son agenda noir... Celui où elle avait écrit de prendre rendez-vous dans quelques mois pour renouveler son implant. Elle avait oublié...
L'agenda bleu tomba au sol.
La voix de sa mère raisonna à nouveau dans sa tête : « J'espère que tu n'es pas malade. Il y a plein d'autres choses bien plus positives qui donnent aussi la nausée. Tu sais, ces derniers temps, tu changes d'humeur tout le temps, tu as des envies alimentaires spéciales, et puis... »
Et puis elle avait de nouveau mal au ventre alors que la fois précédente ne datait pas d'un mois, mais de deux semaines. Et il y a deux semaines ? Les douleurs abdominales, oui... Mais du sang... Non, pas de sang... Et le mois dernier ? Quand était-ce la dernière fois ? Elle avait eu mal au ventre si souvent !
Quand ?
...
Avant le mariage de Maï. Avant ce premier rêve de Végéta. Plus de deux mois, non, presque trois mois auparavant...
« Oh merde... »
