[Note de l'auteure] Salut tout le monde ! Me revoici pour un nouveau chapitre qui m'a à nouveau pris un certain temps. Je pense qu'il est plus prudent d'estimer que je vais plutôt sortir un chapitre tous les deux mois que tous les mois à présent. Mais quoi qu'il en soit, merci encore mille fois pour votre soutien ! Tous vos messages d'encouragement sont ce qui me motive le plus à avancer sans m'arrêter ! Alors merci ! Je rappelle que vos critiques constructives ou vos souhaits de voir apparaître une scène dont vous auriez l'idée (ou quand vous en avez marre des histoires de chat et tyrannosaure), ou autre proposition, tout sera le bienvenu !

Je voulais juste rajouter une petite précision à propos du titre de ce chapitre (et donc de son contenu). J'ai pas mal hésité car je tiens à éviter toute méprise sur ce sujet « d'étrangers » qui est tristement d'actualité dans notre monde réel où nous n'avons pas de Son Goku pour tous nous sauver. Donc je tiens à rappeler qu'à terme, looooongtemps après ce chapitre, Végéta s'intègre et trouve sa place sur Terre parmi les autres. Parce qu'on lui a donné sa chance. À bon entendeur, je vous souhaite une bonne année 2016, pleine de joie, de partage et de tolérance.

PS : ce chapitre est aussi un hommage à un petit chat qui s'appelait presque Lili.

Allez, bonne lecture et à bientôt !


Juste un étranger

« Allô ?

-Allô, Maï ? C'est Bulma...

-Bulma ? Tu as une drôle de voix. Qu'est-ce qui t'arrive ? Qu'est-ce qui ne va pas ?

-...

-Ok j'arrive. »

ooooo

Sur la paisible petite capitale ouest, les voitures étaient prises dans les mêmes bouchons que d'ordinaire. Dans la rue, les mêmes passants pressés dépassaient sans les voir les mêmes bonimenteurs tentant de vendre tel ou tel nouvel objet miracle, s'attardant parfois pour admirer les tournois de combats de rue, et marchant dans les mêmes crottes de chiens sans s'en apercevoir. Les mêmes enfants réclamaient d'aller au même parc d'attraction où venait d'ouvrir un nouveau manège à sensations co-produit par Capsule Corporation, dont on disait qu'il pouvait augmenter ou annuler le poids des gens, et même les faire tomber au plafond. Les mêmes oiseaux chantaient, et tout le monde s'en fichait, sauf les chats.

Tout était paisible, et rien ne laissait présager que cette petite planète devrait subir un cataclysme dans à peine plus d'un an et demi...

Tout semblait normal, et pourtant...

ooooo

« Ça arrive plus souvent qu'on ne pense... » Compatit la jeune femme blonde en maintenant son bras enroulé autour des épaules d'une femme du même âge aux cheveux bleus, assise sur son lit, les jambes repliées contre sa poitrine et le menton posé sur ses genoux. Celle-ci semblait sous le choc. Un fait très rare quand il s'agissait de Bulma.

Et pourtant elle était là, déboussolée, choquée, perdue. Elle fixait sans le voir le petit objet blanc qu'elle tenait dans la main, sur lequel un minuscule écran affichait en un mot toute la raison de son tourment : « enceinte ». En dessous, deux petits nombres flous indiquaient entre 9 et 10 semaines.

Maï n'avait pas l'habitude de voir son amie ainsi. Cela la mettait mal à l'aise. D'ordinaire, Bulma gérait les crises en s'énervant. Elle ne savait pas comment raisonner cette Bulma-ci, au bord des larmes, larguée au grand large et ayant perdu de vue le rivage, elle ne savait plus où aller. Il lui fallait retrouver un point d'ancrage. Maï tenta l'approche terre-à-terre :

« Bon, il va falloir que tu préviennes l'heureux papa avant de le dire à quiconque, sinon il pourrait mal le prendre. Vous allez devoir décider ensemble comment vous allez vous organiser. »

Bulma fondit en larmes.

Et merde... S'inquiéta Maï. Elle n'était vraiment pas douée pour ces choses-là. « Allez allez ! Ça va aller. L'encouragea-t-elle en serrant son amie dans ses bras. Tu vas voir, les hommes ont peur de s'engager sur la voie de la paternité, mais la première fois qu'ils prennent leur enfant dans leurs bras, c'est un moment magique pour eux, dont ils se souviennent toute leur vie.

-Mais on n'est même pas en couple... sanglota Bulma. On ne voulait rien d'officiel entre nous... On commençait à peine à être bien tous les deux. Enfin je crois. Moi j'étais bien. Enfin je crois. Si je lui dis que je suis enceinte de lui, c'est garanti, je vais le perdre.

-Il va s'enfuir ? Tu crois ?

-Non... Pas s'enfuir... Mais me laisser, oui. Et il va m'en vouloir. Il ne me pardonnera jamais ! Il va croire que j'ai essayé de l'attacher à moi ! De l'entraver. Mais c'est faux. Je n'ai pas... Il va me planter là avec un enfant à élever toute seule. Maï ! Qu'est-ce que je vais faire s'il me laisse toute seule ? Et en plus j'étais en train de tomber amoureuse de lui, moi. Enfin je crois. Je commençais juste à réaliser... Oh merde, quelle idiote, j'ai tout fait foirer !

-Qu'est ce qui te fait croire que ça fera tout foirer ?

-On était discrets. On était tranquilles. On était bien. Enfin je crois... Mais un bébé... Pour la discrétion, c'est raté...

-Et alors ? Persista la blonde avec positivisme. Si ça se trouve, c'est le déclic qu'il vous manque pour comprendre que vous devez être ensemble. Si ça se trouve il sera ravi... »

Bulma sanglota de plus belle. Sans répondre.

De voir pleurer ainsi son amie, surtout pour une chose pareille, cela fendait le coeur de Maï.

« Bulma, arrête de pleurer. Se désespéra-t-elle. C'est une chose merveilleuse qui t'arrive et ce n'est pas donné à tout le monde. Tu voulais des enfants un jour, non ?

-Oui, mais...

-Mais quoi ? Il n'y aura pas de meilleur moment, enfin ! Tu as trente ans, une maison, une situation influente et confortable, et un homme à tes côtés... Bon, à tes côtés bizarrement, mais vous cohabitez sous le même toit, et il est le père.

-Il va me tuer...

-Non, il sera peut-être sans voix, mais ce n'est pas du tout la même chose. C'est le plus beau cadeau que tu pourrais lui faire. Merde à la fin ! Il y a de la vie, là, qui grandit dans tes entrailles, putain ! Ton enfant. Son enfant. Votre enfant ! Là ! Tu as réussi, tu peux le faire, et tu le voulais. Tu ne l'as peut-être pas fait exprès mais c'est une merveilleuse surprise que vous a fait le destin ! Tout le monde ne peut pas en dire autant... » Termina-t-elle avec amertume en détournant les yeux du ventre de Bulma pour regarder le tapis.

Bulma leva enfin son regard larmoyant vers son amie, pour la première fois de la soirée : « Pourquoi tu dis ça ?

-Nous... Commença Maï d'une voix maintenant hésitante. Ça fait quatre ans qu'on essaye... On a consulté... Pour moi ce ne sera pas possible, Bulma. Moi, je... Je ne pourrai jamais... Et toi tu pleures...

-Oh merde... Murmura son amie. Désolée, je savais pas...

-Normal. On ne l'a dit à personne. »

Il y eut un temps de pause, puis Bulma renifla bruyamment. Maï reprit sa tirade avec un peu plus de véhémence : « Donc voilà. Est-ce que tu te rends compte de la chance que tu as ? Tu voulais un bébé un jour, eh bien c'est ici et maintenant. Et il est là, dans ton ventre. Et c'est merveilleux. Tu vas pouvoir le bercer, le voir grandir, lui apprendre à marcher, lui offrir des jouets et le serrer dans tes bras ! Alors arrête de te morfondre alors que tu as tout pour sauter de joie !

-Mais Végéta... Hésita Bulma en se mordant la lèvre.

-Il va peut-être être un peu chamboulé. Admit Maï. Mais il comprendra bien assez tôt la valeur inestimable de ce que tu lui offres. Et s'il n'est pas trop stupide, il se dira qu'il a une chance de construire quelque chose avec toi.

-Facile à dire... Ironisa la future-maman en posant pour la première fois une main sur son ventre qu'elle contempla d'un air distant.

-Il n'y aura qu'une seule façon de le savoir de toutes manières. »

En proie à une nouvelle crise de panique, Bulma se remit à pleurer sur son épaule. Maï soupira. Il faudrait beaucoup de temps...

ooooo

Non, Végeta n'avait pas envie de la voir, encore moins lui parler.

Pas quand elle était dans cet état.

Ici, elle ne le trouverait pas. Il était tranquille.

Installé sur le toit en dôme de l'immense bâtiment portant l'insigne de Capsule Corporation, Végéta mangeait son repas en regardant le soleil se coucher. Le ciel prenait tout à tour diverses nuances de pastel toutes aussi fades les unes que les autres. Cette planète manquait cruellement de pollution atmosphérique et de tempêtes de sables.

Cela l'agaçait profondément d'être ici à s'ennuyen en mangeant, mais il préferait encore cela.

Sa scientifique était dans un état émotionnel instable depuis maintenant trois jours et cela ne semblait pas aller en s'améliorant. Instable, c'était-à-dire pire que d'ordinaire, pire que depuis une cinquantaine de jours, et pire que lors de ses crises de colère. Parce qu'au moins, quand elle était en colère, c'était divertissant. Là, elle était insipide. Elle avait ce regard inquiet et inquisiteur qu'elle avait lorsqu'elle cherchait à détecter le meilleur moment et la meilleure méthode d'approche pour entamer une négociation très ardue avec lui. Comme cette fois-là où elle lui avait offert sa chambre de gravité. Mais pire. Avec l'appréhension en plus.

C'était louche, louche, très très louche. Et ça l'agaçait. Il ne voulait pas qu'elle le mêle à ses petites histoires, pas qu'elle lui raconte sa vie, et encore moins qu'elle passe son temps à le jauger pour déterminer si elle pouvait lui parler maintenant ou non. Il ne voulait pas savoir ce qu'elle avait à dire, il s'en fichait. Il avait déjà bien assez de soucis avec lui-même.

« Tsssss ! » Soupira-t-il de dédain en contemplant sans la voir, la semelle de sa chaussure neuve mais déjà usée.

Plus il passait de temps sur cette planète, et moins il avait l'impression d'avancer. Ce n'était pas qu'il ne progressait pas du point de vue de la force : la salle de gravité, les droïdes de combat, les changements de programmations... Il était plus fort que jamais, et de plus en plus fort chaque jour...

Mais sans succès...

Quel était donc le secret qui débloquait ce potentiel surpuissant dissimulé dans ses gênes ? Quel était donc l'événement qui avait permis à Karkarott d'activer cette impossible transformation ? Ce ne pouvait pas être uniquement une question de puissance de combat, c'était impossible ! Cet imbécile s'était entraîné pendant quelques jours à peine dans une capsule de gravité minuscule et ne montant que jusqu'à 100 fois la gravité terrestre ! Et lui, le prince des saiyans et le plus puissant de son peuple, cumulait plus d'un cycle terrestre entier d'entraînement suicidaire, et rien...

Raisonnement logique. Lui, Végéta, était immensément plus puissant que ce troisième classe. Donc peut-être le seuil à atteindre pour déclencher la transformation était-il plus haut. Mais SI haut ?

Il allait finir par perdre sa patience et son sang froid...

Lui ! Jamais.

Mais comment progresser s'il se laissait distraire par le confort de la vie sur cette planète perdue, si loin de ses ambitions et sa destinée de domination ? Lui, le seigneur sombre pour qui le tapis rouge aurait été un océan abreuvé du sang de ses opposants ?

Le parfum du sang, la mélodie des larmes. Peut-être était-ce cela qui lui manquait...

Le parfum du sang...

Il leva brusquement la tête. Ce n'était pas de la nostalgie. Il y avait bel et bien une musique délectable qui venait de l'avant de la maison.

C'était la mère de Bulma. Elle avançait à petits pas chancelants en direction de la maison en sanglotant. Dans ses bras, le corps sans vie d'un de ces infâmes petits félins domestiques. Les tripes à l'air de la créature à fourrure répandaient leur contenu sur le pull blanc de la terrienne, ajoutant de jolies teintes noires au pourpre chatoyant dont elle était maculée. D'après la trainée rouge et dégoulinante qu'elle laissait derrière elle, elle sortait de son propre véhicule dont le moteur tournait encore. Sous l'une des roues, une mare de sang.

« Lili... Lili... » sanglotait l'humaine en serrant contre elle le cadavre dont un des yeux exorbités pendouillait bizarement au bout d'un nerf au rythme de sa marche saccadée.

Intrigué, Végéta se posa silencieusement à proximité et observa la scène de loin en croisant les bras et haussant un sourcil.

« Lili... » Geignait-elle inlassablement comme si elle allait s'étouffer dans ses propres larmes.

Il sembla qu'elle ne parviendrait jamais à trouver la force de lever la main pour actionner la sonnette de la porte d'entrée. Lorsqu'elle y parvint, elle la martela comme si sa vie en dépendait. Ce fut Bulma qui lui ouvrit au bout de plusieurs secondes. Celle-ci écarquilla les yeux.

« Lili. sanglota la mère d'une voix brisée. J'ai écrasé Lili. » En serrant la créature sanguignolente contre elle comme s'il s'agissait d'un bébé de sa propre race.

D'un seul mouvement, Bulma se précipita aux côtés de sa mère et la serra dans ses bras, évitant à peine de se retrouver maculée de sang à son tour.

Végéta éclata de rire.

Après plusieurs secondes, Bulma tourna lentement vers lui un regard assassin sans désenlasser sa mère qui pleurait à chaudes larmes. « Qu'est-ce qui te fait rire, toi ?

-Hn. Ricana le saiyan. Votre petit manège. C'est quoi le problème ? La chasse a été mauvaise ? La viande est amochée ? Ça se voit que vous ne savez vraiment pas chasser, regarde-moi tout ce gâchis (il désigna la trainée de sang qui maculait le sol) Dépêchez-vous d'aller la faire cuire avant qu'elle perde le peu de saveur qu'il lui reste.

-Lili... Geignit la mère.

-Quoi ? S'exclama Bulma. Tu t'imagines qu'on va manger notre chat ?

-Et qu'est-ce que vous voulez en faire ?

-Non mais oh ! S'offusqua-t-elle. C'est un accident, qu'est-ce que tu crois ?

-Lili... sanglotait l'autre terrienne. Qu'est-ce que j'ai fait ? Lili. Elle était si douce et si pleine de vie. Pourquoi ?

-Ce n'est pas ta faute, maman. Lui répondit doucement Bulma. C'est la vie.

-J'étais malade. Je n'aurais pas dû sortir... J'étais pressée... Racheter du jus de pomme... Oh mon dieu, j'ai tué Lili...

-Maman, Lili aimait courir devant les voitures. Ce... ça... Ça serait forcément arrivé un jour.

-Pourquoi ? Pourquoi ? »

Lassé, Végéta laissa échapper un bruyant soupir : « Vous êtes ridicules. C'est pas parce que vous n'avez pas fait exprès de le buter qu'il ne faut pas en profiter. Dépêchez-vous d'aller mettre ce truc à cuire. Ça me fera un casse-croûte si vous n'en voulez pas.

-Lili... sanglotait la mère. Il veut manger ma Lili ?

-Végéta, reprit Bulma. S'il te plaît, va-t-en. Je ne te demande pas de nous comprendre, mais aie au moins la décence de nous laisser pleurer en paix.

-Décence ? Parce que de se lamenter sur un bout de viande en train de se perdre c'est décent peut-être ? Alors que d'autres meurent de faim ? Cette bête n'était même pas de la même espèce que vous ! C'est quoi votre problème ?

-Qu'est ce qu'il raconte ? Geignit la blonde en levant son visage rouge qu'elle avait appuyé tendrement contre la créature pelucheuse.

-Notre problème, là, c'est toi. Répliqua Bulma. Lili vivait sous notre toit, on l'avait recueillie il y a trois ans, elle était douce et câline... (elle essuya rageusement une larme au coin de son oeil) on l'a nourrie, on en a pris soin, elle était de la famille. Et on pleure parce que ça nous fait de la peine de la perdre. On pleurera pareil le jour où tu te feras tuer aussi. »

Une gifle aurait été moins insultante.

« Comment oses-tu ? Pathétique créature. Vous êtes méprisables. » S'assombrit le saiyan en serrant les poings et s'avançant d'un pas. Il fut stoppé par le regard noyé de larmes de la terrienne couverte de sang qui s'était dressée face à lui avec son cadavre dans les bras comme un ultime témoin de ce qu'elle allait dire :

« Jeune homme. Sachez que tous les êtres d'amour et de chair sont égaux, et dans nos coeurs nous les traitons comme tels. Si vous ne comprenez pas ceci, alors l'animal ici c'est vous.

-Très amusant, humaine. Rétorqua Végéta avec un sourire en coin qui était sincèrement sarcastique cette fois. C'est vrai que pour moi vous n'êtes pas franchements différents. Mais pourquoi est-ce qu'il y en a que vous mangez alors ? »

Première seconde, le silence.

Deuxième seconde, le ki presque inexistant de l'humaine blonde vascilĺa comme la flamme d'une bougie sur laquelle on aurait soufflé. Celui de la scientifique aux cheveux bleus et aux yeux d'océan se hérissa comme un oursin.

À la troisième seconde, il tourna les talons et s'envola, coupant court à toute réplique de celle-ci. Ces terriens l'agaçaient. Autant partir sur cette petite victoire que de s'enliser dans un débat serré et inutile avec sa jolie scientifique.

Pour autant, il appréciait d'avoir pu retrouver ce regard ferme et houleux qu'elle avait d'habitude, au lieu de cet insipide regard fuyant et incertain qu'elle lui avait trop servi récemment. Voilà trois jours qu'il l'évitait soigneusement à cause de cela, mais maintenant... Peut-être seraient-ils tentés de poursuivre le débat ce soir ? Hmmmm... Pourquoi pas ?

ooooo

Indifférent au trouble qu'il venait de causer, le saiyan leur avait tourné le dos et s'était envolé. La mère de Bulma s'effondra à genoux en pleurant à chaudes larmes. « Oh, mon dieu, Lili. Qu'est-ce que j'ai fait ? Je suis un assassin. Pourquoi ? Pourquoi ?

-Maman... Répondit doucement Bulma en cherchant ses mots. Ce n'est pas ta faute. Tu ne l'as pas fait exprès... Sans toi, Lili serait morte de faim dans la rue il y a trois ans.

-Je suis un assassin...

-Non. Maman, ne te laisse pas avoir par son discours sournois. L'assassin ici, c'est lui. Il a terrorrisé et tué des tas de gens en sachant très bien ce qu'il faisait. Il n'accorde aucune valeur à la vie des autres, c'est pour ça qu'il ne te comprend pas. Toi tu as un grand coeur, tu es généreuse avec tout le monde... Ne pleure pas maman, s'il te plaît. Lili a eu une belle vie, grâce à toi. »

Elle laissa un temps à sa mère qui tentait d'essuyer ses larmes avec ses mains couvertes de sang. Puis elle lui prit les épaules doucement : « Viens maman. On va enterrer Lili dans le jardin. À côté des autres. Allez. Lève-toi. Je vais garer ta voiture. Je te rejoins tout de suite dans le jardin.

-Bulma ? L'interrompit sa mère d'une voix malassurée.

-Oui ?

-Cet homme... C'est un monstre... »

Une grosse boule se forma dans la gorge de Bulma à ces mots inattendus. Elle eut toutes les peines du monde à oser croiser le regard de sa mère embué de larmes et souligné du sang d'une créature qu'elle avait sincèrement aimée. Oui, un monstre pouvait mépriser une telle souffrance... Elle posa inconsciemment une main sur son bas-ventre et détourna les yeux : « Non maman. Hésita-t-elle en ravalant sa propre peine. Tu ne le connais pas, c'est tout. C'est juste... un étranger. Là d'où il vient on n'apprend pas à aimer... Mais...

-Oh misère de misère ! Intervint la voix anxieuse de son père derrière elle. Mais qu'est-ce qui s'est passé ici ? » Il arrivait toujours au bon moment, remarqua Bulma pour elle-même, en le laissant consoler sa mère et s'éloignant précipitamment du groupe macabre pour aller éteindre la voiture. Elle avait le coeur lourd. Très lourd.

ooooo

Elle avait toujours le coeur lourd, plus tard cette nuit-là, lorsqu'un courant d'air dans sa chambre la fit frissonner. La fenêtre s'était ouverte et refermée toute seule sans qu'elle puisse rien y voir. Elle ne tenta d'ailleurs pas de chercher ce qui avait pu se passer : elle avait ce goût de métal dans la bouche, et l'atmosphère de sa chambre s'était comme figée. Le prédateur était d'humeur à jouer, semblait-il.

Pas elle.

En soupirant, elle continua de se coiffer face à son miroir comme si elle n'avait rien remarqué. C'était ce qu'elle faisait souvent les nuits où elle ne parvenait pas à trouver le sommeil.

Nouveau courant d'air.

Elle soupira à nouveau. « Dis-moi, tu n'en as pas marre de te cacher ? »

Pas de réponse. Sa chambre semblait vide. Mais elle n'était pas dupe. Elle poursuivit : « Que sommes-nous, Végéta ? Qu'est-ce que je suis pour toi ? »

Un faible ricanement se fit entendre derrière elle. Puis rien.

« Réponds-moi, Végéta. »

Un « kssss » retentissant fut tout ce qu'elle obtint en retour, avant de se retrouver soudain piégée entre deux bras puissants et brûlants, plaquée contre un torse dur et musclé, et une paire de lèvres courant sur son cou. Bulma ferma les yeux mais ne réagit pas. La boule dans sa gorge et le poids de son coeur l'en empêchaient : « Végéta, j'ai besoin de savoir.

-Tais-toi. Soupira sa voix grave contre son épaule.

-Non, je ne peux pas... Reprit-elle doucement. Végéta...

-Arrête de prononcer mon nom comme ça.

-... ? Pourquoi ? »

Il ne répondit pas. Les bras noués autour de sa taille commençaient à explorer ses flancs et à remonter vers sa poitrine. Lentement.

« Végéta... Murmura-t-elle.

-J'ai dit arrête de prononcer mon nom comme ça.

-Et je t'ai demandé pourquoi. »

Il hésita un instant, laissant errer son nez et son souffle chaud dans ses cheveux dénoués. « Trop doux. C'est pas comme ça qu'on prononce un nom de saiyan, encore moins celui du prince. Il faut plus de dureté... de respect... de crainte... » Termina-t-il en effleurant la peau de son cou avec ses dents.

Elle sourit faiblement, retrouvant en ces quelques paroles toute la complexité de l'homme qui avait pris une place si particulière dans sa vie. Puis elle se mordit la lèvre tandis qu'il reprenait ses caresses insistantes qui ne cachaient absolument rien de ses intensions. Elle posa prudemment ses mains sur les siennes pour l'interrompre, ce qui, d'ailleurs, n'eut pas le moindre effet : « Et moi, qu'est-ce que je suis pour toi ?

-Encore cette question... » Grommela-t-il sans s'arrêter, tentant de susciter une réaction de la part de sa femelle en la serrant davantage contre lui.

« Végéta, s'il te plaît, réponds-moi. Reprit-elle en constatant qu'elle n'en obtiendrait pas plus.

-Mais qu'est-ce que ça peut bien te faire ? On s'en fiche ! S'exaspéra-t-il.

-Non, pas moi. Reprit-elle doucement. Pas après ce que tu nous as dit tout à l'heure.

-Quoi ? À propos de votre bestiole crevée ?

-Oui. Tu...

-Pfff. Tais-toi. Je ne suis pas venu pour discuter. » La coupa-t-il en remontant ses mains jusqu'à ses seins qu'il se mit à explorer avec grand intérêt.

« Je sais, Végéta, et crois-moi, je ne te repousse pas. Mais j'ai besoin de savoir... » Toujours rien. Des mains errantes sur sa poitrine et une bouche aventureuse dans son cou. Bulma haussa le ton : « Végéta, parle-moi ! Je ne suis pas un objet et moi aussi j'ai droit à un peu de respect ! Dans ma culture, les amants se parlent et se disent combien ils s'estiment l'un l'autre. Je ne sais plus à quoi m'en tenir avec toi !

-Et moi, dans ma culture, le simple fait de coucher plusieurs fois avec la même femme en dit déjà trop.

-Hein ? Et c'est pour ça que tu te caches ?

-Je ne me cache pas. Rétorqua immédiatement le saiyan en reculant d'un pas et croisant les bras d'un air mécontent. Et qu'est-ce que tu cherches à obtenir avec tes questions stupides ?

-Je cherche à comprendre ce qu'il y a entre toi et moi. » Déclara-t-elle en se retournant enfin pour le regarder dans les yeux.

Il n'y eut pas une once d'hésitation dans son regard noir lorsqu'il répondit « Rien. Juste un compromis fragile et quelques envies de meurtre. »

Elle s'y attendait. Mais ça faisait mal quand même. Elle le scruta un moment avant de reprendre : « J'ai besoin de savoir ce que toi tu penses, est-ce que tu nous envisages un avenir ou est-ce que tu me méprises autant que ce que tu nous l'as laissé entendre tout à l'heure, avec les infamies que tu nous as dites ?

-Je n'ai rien dit de spécial. J'ai juste constaté des faits.

-C'était blessant Végéta, et tu détournes encore la question.

-C'est toi qui poses des questions qui n'ont pas de sens. Jusqu'à présent je ne t'ai jamais entendu te plaindre de la situation.

-Je ne me plains pas ! Rétorqua-t-elle en se déplaçant autour de lui. C'est juste que moi je n'ai pas honte de ce qu'il y a entre nous.

-Il n'y a rien entre nous. Répéta le guerrier d'une voix grave.

-Ah oui ? Et qu'est-ce que tu es venu faire dans ma chambre ce soir alors ?

-Ça te dérange ? Nargua-t-il en faisant un pas vers elle.

-Non. Murmura Bulma sans reculer. Au contraire. Il pourrait y avoir bien plus entre toi et moi que...

-Il n'y a RIEN entre toi et moi. La coupa-t-il en tranchant l'air de la main d'un geste catégorique. C'est toi qui rêves !

-Arrête. Se désespéra-t-elle. Végéta, ça suffit, stop. Arrête de jouer s'il te plaît. Arrête. C'est bon. Je me rends. Voilà. Tu as gagné. Je ne sais pas ce que tu cherches à obtenir de moi, mais je craque. Je ne peux plus continuer comme ça. Je ne veux pas rester dans l'ombre, et je pense mériter un oeu plus de considération que ça. Je ne veux plus rester à rêver, je veux créer, je veux avancer. Avancer, tu comprends ? Alors je te le propose. Est-ce que tu veux avancer à mes côtés ? Est-ce que tu veux de moi à tes côtés ? C'est réversible, juste pour un bout de chemin, est-ce que tu veux qu'on soit ensemble ? Moi j'avance, avec ou sans toi, je respecterai ton choix, je comprendrai si tu décides qu'on en reste là, mais ne ne veux plus rester dans l'ombre. Je ne peux plus !

-Pourquoi ? Demanda-t-il froidement.

-Parce que... Parce que je... je... (Elle prit une grande inspiration et serra les poings) Bon et puis merde ! C'est maintenant ou jamais, je vais te le dire : je... Je s... (Elle prit une nouvelle inspiration tremblante avant de poursuivre dans un murmure à peine audible) « Je suis enceinte.

-Oui. Je sais, et alors ? »

Il n'avait même pas hésité dans sa réponse. Ce fut Bulma qui resta sans voix.

Une seconde.

Deux secondes.

Trois secondes. Il s'agaça : « Quoi ?

-Que... Quoi ? Comment ça tu savais ?

-Ton odeur a changé, ton ventre grossit, et je sens son ki. Expliqua-t-il d'un air lasse comme s'il s'était trouvé obligé d'expliquer à un enfant que les objets tombaient par terre et non au plafond. »

Bulma se sentit perdre toutes ses couleurs. Il savait déjà. Et ça ne lui faisait rien.

« Et alors quoi ? S'agaça Végéta. Ce sont des choses qui arrivent, chez les femelles, non ? C'est quoi ton problème avec moi ? »

Elle dut battre des cils un long moment, tentant de retrouver ses esprits et de récupérer de la vague de panique qui s'était abattue sur elle. Il n'avait probablement pas compris... C'était ça. Il n'avait pas compris...

Elle tenta à nouveau sa déclaration difficile : « Ce... C'est toi le père. »

Première seconde. Le rictus moqueur.

Deuxième seconde. Oh non... S'affola intérieurement Bulma. Ne me dites pas qu'il ne sait pas comment on fait les bébés...

Troisième seconde, il la détrompa : « Quoi ? Qu'est-ce que tu t'imagines ? Que tu vas me refiler ton gosse ? Ou pire, qu'on va l'élever tous les deux ? Ne me prends pas pour l'un des tiens, humaine. Je me doute bien que c'est moi le géniteur, ça paraît logique. Mais ne confonds pas avec père. Ça ne marche pas comme ça chez moi. C'est toi la plus faible, c'est toi qui le gardes, sauf si je décide de le prendre. Et au cas oû tu ne t'en douterais pas, j'ai autre chose à faire de mon temps, donc tu te débrouilles. Considère ça comme un cadeau de ma part. »

Une, deux, et trois secondes s'écoulèrent. Bulma ne répondit rien. Elle ne savait pas quoi dire. Trop de mots en tête pour les choisir, trop de poids dans la gorge pour les laisser sortir.

Quatre secondes.

Cinq secondes.

Contre-temps, rupture du rythme, asynchronie.

Végéta haussa un sourcil, puis les épaules. Il enroula sa queue autour de sa taille et tourna les talons, droit comme un I. Juste agacé. Oubliant la raison première qui l'avait conduit dans cette chambre, il se dirigea vers la fenêtre.

« Ne t'en va pas... Souffla Bulma dans un murmure, recroquevillée sur elle-même. Ne t'en va pas, s'il te plaît... Pas maintenant... J'ai besoin de toi...

-Et pourquoi tu aurais besoin de moi ? Répliqua-t-il, implacable, sans même se retourner.

-Je... Il aura besoin d'un père... Même juste un petit peu... Et moi, je...

-Pourquoi ça ? Je n'ai jamais connu ma génitrice et je n'en ai jamais eu besoin. Il n'aura jamais besoin de savoir que c'est moi le géniteur et tu ne le lui dira pas.

-Quoi ? S'affola-t-elle en cillant violemment pour empêcher sa vue de se brouiller. Mais il sera à moitié saiyan ! Ce sera...

-Tu lui couperas la queue. S'agaça-t-il en tournant la tête vers elle. Il passera inaperçu dans ta bande de bipèdes.

-Mais... C'est ton enfant.

-Non. Claqua le guerrier. Je t'ai déjà répondu que je te le laisse. Je n'en ai rien à faire. Alors maintenant, si tu m'emmerdes encore, je peux aussi mettre un terme à vos deux existences d'un seul coup ! C'est toi qui vois.

-Mais... Je ne pourrai pas élever cet enfant toute seule... Plaida-t-elle une dernière fois. Je n'y arriverai pas... Végéta... »

Il se retourna entièrement cette fois-ci, croisant les bras et la dévisageant d'un air méprisant. Il laissa échapper un profond soupir irrité avant de répondre : « Terrienne, tu es pathétique. La femme qui avait réussi à attirer mon attention a bien plus de cran que ça. Elle n'a pas peur de relever tous les défis qu'on lui présente, et elle a même parfois réussi à me surprendre dans ce domaine. Toi, tu me déçois. » Il tourna à nouveau les talons, ouvrit la fenêtre, et décolla comme une fusée, sans prendre la peine de la refermer.

Il laissa derrière lui une femme aux yeux rouges et embués, les lèvres serrées pour les empêcher de trembler, recroquevillée sur elle-même dans un tourbillon d'air qui pourtant n'était pas la cause du froid terrible qu'elle ressentait.

Une seconde.

Deux secondes.

Trois secondes.

Il était parti.

Elle fronça les sourcils et écrasa la goutte d'eau qui descendait sa joue depuis le coin de son oeil. Puis elle se redressa et alla fermer la fenêtre. Puis les rideaux.

ooooo

Volant à toute vitesse dans le ciel nocturne, Végéta ne pouvait s'empêcher de se sentir contrarié. Il avait déjà entendu dire que la maternité pouvait changer du tout au tout le comportement d'une femme, mais ce changement-là lui déplaisait particulièrement. Il préférait nettement le caractère de feu de sa jolie terrienne que les suppliques de cette pleurnicharde qui ne méritait pas une seconde de son attention.

Il n'avait aucune intention d'être là pour écouter ses petites inquiétudes d'humaine.

Heureusement, si son estimation était juste, après la tristesse viendrait la colère. Ce qui renforçait davantage sa conclusion : il n'avait aucune intention d'être là.

Oh non...

Réprimant un rictus, il mit le cap sur le pôle sud, pris d'une furieuse envie de détruire quelques icebergs pendant un jour ou deux.

ooooo

Heure 1

Grigri le chat était agacé. Tous les paramètres étaient désormais réunis pour qu'il soit officiellement reconnu comme le maître incontesté du vaste territoire allant de la neuvième marche de l'escalier qui mène au jardin en frontière avec vieux matou-grincheux-qui-sent-le-dinosaure, jusqu'au bout du couloir des câlins à gauche qui mène chez les deux bipèdes nourisseurs qui sentent l'herbe-qui-ne-fait-pas-rendre, et la fumée-qui-fait-tousser, et à droite jusqu'à la marque de chat-pas-sympa-qui-griffe-sur-le-nez-et-ça-fait-mal. Il venait de se partager le territoire de jolie-minette-à-la-queue-qui-frétille-mais-qui-vole-les-croquettes, qui était partie vivre une nouvelle de ses neuf vies ailleurs où elle mangerait surement des petits oiseaux tout frétillants à la place des croquettes qu'elle lui volait ici.

Il aurait donc dû être le maître incontesté de cette portion du couloir des câlins. Hors, les deux bipèdes nourisseurs de gauche ne venaient pas se coucher, et restaient dans le jardin à faire des bruits bizarres en sentant le sel, refusant de quitter l'endroit où ils avaient caché le corps de jolie-minette-à-la-queue-qui-frétille-mais-qui-vole-les-croquettes, enterrée comme une crotte sous un arbre avec des fleurs-qui-font-éternuer dessus. Impossible pour lui, Grigri le tout puissant, d'obtenir son lot dû de câlins ! C'était inadmissible !

Il s'en était donc allé réclamer son dû auprès de sa fidèle esclave bipède-nourisseuse-au-parfum-de-pluie-et-de-cuisine-qui-sait-comment-gratouiller-sous-le-cou, mais il avait beau gratter à la porte, la bipède ne lui ouvrait pas. Elle aussi faisait des bruits bizarres de l'autre côté de la porte. On aurait dit qu'elle tentait d'imiter le chant d'un oiseau qu'il ne connaissait pas.

Mais Grigri n'était pas le maître suprême devant cette porte-là pour rien. Il était trop puissant pour se laisser impressionner par un vulgaire obstacle. Prenant son élan sur ses pattes arrière, il boudit d'un saut majestueux et surpuissant et s'accrocha à la poignée. La porte s'ouvrit silencieusement, et le maître des lieux entra d'un pas triomohant. Cette esclave devait être très en peine de ne pas avoir pu le câliner depuis si longtemps.

La bipède n'avait pas dû le voir car elle ne réagit pas, et conserva la tête enfoncée dans son oreiller. Sautant lestement sur le lit à son côté, Grigri s'installa contre son ventre tout chaud et se mit à ronronner de contentement.

ooooo

Heure 2

La porte était ouverte. C'était sûrement un signe envoyé par la maîtresse-bienfaisante-nourisseuse divine qui logeait là. Bibi la chienne le sut dès qu'elle passa devant. C'était un signe du destin adressé rien qu'à elle. La maîtresse bienfaisante tolérait des pellerinages d'adoration dans son sanctuaire ce soir-là.

Bibi entra, et trouva la maîtresse divine allongée, avec un infâme félin griffeur de museau allongé à côté d'elle.

C'était une épreuve divine qui lui étit adressée. Bibi le comprit, de toute son humble sagesse accumulée au cours de ses longues années de vie heureuse auprès des bipèdes bienfaiteurs.

Faisant abstraction de son aversion pour le félin griffeur de museau, elle vint humblement poser sa tête sur le matelas, près de sa maîtresse divine bien aimée.

L'humaine leva la tête et la dévisagea de ses grands yeux bleus comme le ciel des jours de promenades heureuses, mais le blanc autour était plus rouge qu'à l'ordinaire. Était-elle malade ? L'infâme félin l'avait-il griffée au visage ? S'inquiéta Bibi.

« Miaaaaaaaou. » Bâilla l'infâme félin en s'étirant pour attirer l'attention de la maîtresse bienfaisante.

Par excès de protectivisme, Bibi était sur le point de grogner sur l'intrus blasphémateur, mais la divine maîtresse leva une main et la posa sur sa tête, posant son autre main sur le chat qu'elle se mit à caresser également.

Première seconde. La tension retomba.

Deuxième seconde, l'humaine se mit à rire.

Troisième seconde, elle se mit à parler, sans cesser de les caresser.

Bien vite, chien et chat s'endormirent, oubliant un temps leurs différents.

ooooo

Heure 3

Chien et chat s'éveillèrent tous deux avec un sentiment d'alerte. L'humaine avait cessé de les caresser et parlait plus fort. Plus amèrement. Ses mots, que ni l'un ni l'autre ne comprenaient, étaient plus dûrs à l'oreille, comme tranchants.

Puis il y eut comme cette impression de se trouver le nez enfoncé dans une châtaigne géante.

Lorsqu'elle se leva brusquement, tous deux prirent leurs jambes à leur cou comme deux compagnons de crime.

Bulma se mit à faire les cents pas dans sa chambre, ruminant et criant davantage de mots dans sa langue d'humaine, sans s'apercevoir que ses interlocuteurs étaient partis.

ooooo

Heure 6

Kiki le tyrannosaure avait de la chance. Il aurait pu s'ennuyer cette nuit comme toute les nuits quand tout le monde dormait. Mais cette nuit contrairement aux autres nuits, la Dominante de la meute était venue jouer avec lui. Ô joie ! Il devait se montrer digne de cette attention unique !

Heureux et fier, le tyrannosaure courait après l'os que l'humaine Alpha lui lançait sans relâche en hurlant comme un cri de guerre, et le lui rapportait à toutes jambes. Elle lançait fort aujourd'hui. Il était fier d'elle. La seule chose qu'il ne comprenait pas, c'était pourquoi elle lançait si mal : il s'était déjà pris le projectile en pleine tête trois fois.

ooooo

Heure 16

Fifi le chiot tournait en rond devant sa gamelle. C'était bizarre, aucun de ses amis et compagnons de meute bipèdes n'était encore levé aujourd'hui. Gentille amie et camarade bipède aux cheveux bleus avait quitté le jardin tout à l'heure, en oubliant de le nourrir. Pas cool. Si ça continuait, il irait déterrer le chat qui avait été caché sous la terre avec des fleurs par dessus, pour savoir enfin s'il était comestible.

Heureusement, au moment où il commençait à envisager sérieusement cette option, le compagnon bipède aux cheveux gris arriva d'un pas traînant, un sac de croquettes dans les bras. Cool.

ooooo

Heure 21

« Bulma ne vient pas manger ? S'étonna monsieur Briefs en s'asseyant à table avec sa femme.

-Non. Je n'ai pas réussi à la réveiller. Répondit celle-ci d'un air concerné. Elle a dû se coucher très tard.

-Ah, les enfants ! » Soupira le vieux scientifique en tournant son attention vers son assiette.

ooooo

Le saiyan fut de retour deux jours plus tard, avide d'un repas généreux et chaud. Il avait supposé que tout état d'âme de la terrienne aux cheveux bleus se serait estompé, et il avait faim.

Il se trompait.

Mais ce fut une toute autre femme qui vint plaquer ses mains sur la table face à lui, à peine avait-il commencé à manger. La demoiselle éplorée avait disparu. Son regard ne vascillait plus, et semblait plutôt vouloir le transpercer. Sa voix était ferme et catégorique lorsqu'elle annonça de but en blanc : « Je ne te crois pas. »

Il leva les yeux. Face à lui, cette femme dont les yeux aux reflets d'océan lançaient des éclairs, dont les lèvres roses pincées trahissaient la colère tandis que son port de tête fier affirmait sa détermination, cette femme, c'était Bulma. Celle qui retenait son attention et échaudait son esprit. Et elle était d'humeur pour un nouveau duel verbal. Il y fit obligeance en lui renvoyant son habituel rictus moqueur : « Ça ne m'étonne pas. Je ne sais pas de quoi tu parles, mais c'est certain que tu ne parviendras jamais à me comprendre ni à connaître tout ce que je sais. Donc tu te rabats sur ce genre de remarques vides. »

Première seconde, elle cilla.

Deuxième seconde, elle lui adressa à son tour un rictus hautain en rejetant ses longs cheveux vers l'arrière, lui signifiant par là combien le mépris de cette remarque lui passait au dessus.

Troisième seconde, elle jeta un rapide coup d'oeil autour d'eux pour vérifier qu'ils étaient bien seuls. C'est là qu'il remarqua que même les robots méngers étaient partis. Elle avait prévu cette conversation à l'avance, comprit-il.

Elle commença : « J'ai bien compris que tu n'as ni le temps ni l'envie d'élever un enfant. Peu importe, je n'ai pas besoin de toi. Je suis parfaitement capable de m'occuper de lui et de subvenir à ses besoins, et j'ai bien assez d'amis qui seront volontaires pour l'initier aux arts martiaux si il ou elle le souhaite.

-Hn. Ricana-t-il en s'interdisant temporairement d'y réfléchir. Ce n'est pas ce que tu disais l'autre jour. » Pourquoi l'idée que l'un de ces imbéciles puisse entraîner cet enfant lui déplaisait-elle tant ?

Elle éluda la remarque d'un geste désabusé de la main, comme elle aurait chassé une mouche : « Oui, oui. J'étais encore sous le choc, j'ai dit n'importe quoi. Mais ça va mieux. Je suis bien assez géniale et bien entourée pour faire de cet enfant la personne la plus enviée de la Terre. Et puis à bien y réflechir, je ne suis pas sûre que tu aurais une très bonne influence dans son éducation. Non, vraiment, tout bien réfléchi je me passerai très bien de toi. Pour autant que je sache, tu peux bien quitter la Terre demain, je ne m'en porterai pas plus mal.

-Évidemment. Concéda le saiyan, amusé par tant de virulence inutile.

-Donc moi je m'en fous. Reprit-elle en s'appuyant à nouveau sur la table pour le dévisager d'un regard ferme. Par contre, je ne te crois pas quand tu me dis que toi tu n'en as rien à faire.

-Oh ? » Il ne se donna pas la peine de lui demander d'expliquer son petit raisonnement ridicule et se contenta de soutenir son regard (ce qui, par ailleurs, lui évitait de loucher dans son décolleté comme il en avait pris la fâcheuse habitude), elle le fit d'elle-même au bout de quelques secondes de silence :

« Je ne peux pas croire qu'on puisse tirer un trait là-dessus. Déclara-t-elle sans le lâcher des yeux, comme si elle pouvait le clouer rien qu'avec son regard. Je ne dis pas que tous les humains en ont quelque chose à faire d'avoir un enfant, mais la plupart d'entre eux, ça ne les laisse pas indifférents. Loin de là. Et biologiquement, ta race fonctionne pareil que la mienne, que tu le veuilles ou non. Un enfant va naître. Ton sang va couler dans ses veines, autant que le mien. La chair de ta chair. Même quand tu mourras, il restera un petit peu de toi qui vivra au travers de lui. Et qui sait, c'est peut-être le seul enfant que tu auras jamais. Ça compte. Tu vas vouloir le regarder dans les yeux. Reconnaître en lui la lignée de tes ancêtres. Tu seras curieux. Tu voudras savoir si tu peux avoir honte ou bien être fier de lui. Et dans les deux cas il ne te laissera pas indifférent. Peut-être même que tu vas vouloir essayer de lui apprendre une chose ou deux, pour qu'il y ait un peu plus de toi dans ta descendance, pour lui faire passer ce que tu penses être juste.

-Et qu'est-ce qui te fait croire que tu peux comparer ma façon de raisonner avec celle d'un misérable humain ?

-Je suis prête à parier que je peux te le prouver. »

Il fronça les sourcils. Qu'avait-elle encore à vouloir l'emmerder avec des sujets dont il n'avait rien à faire ?

Elle se releva brusquement, droite et fière, avant d'ajouter : « Bon, je n'en ai plus vraiment envie, mais je vais quand même te laisser une dernière chance : est-ce que tu es certain de ne vouloir aucune place dans ma vie, ni dans celle de cet enfant ?

-Évidemment. Répondit-il comme une évidence.

-Fffff. Soupira-t-elle tandis que ses yeux lançaient des éclairs. Tant pis pour toi. Comme je te l'ai dit, je n'ai pas besoin de toi. Je vis très bien ma vie et mes rêves sans toi. J'ai l'intention d'avancer. J'attends de toi que tu fasses pareil. Sans moi. »

Sur ce, elle s'en alla.

Puis elle s'arrêta au niveau de la porte avant de lancer par dessus son épaule : « Je continuerai à travaiĺer sur ton matériel d'entraînement, mais au cas où je n'aurais pas été assez claire, ça veut dire que tu n'es plus le bienvenu dans ma chambre. »

Vu la vitesse lente à laquelle elle se déplaçait lorsqu'elle partit, nul doute qu'elle entendit le guerrier éclater d'un rire strident. Mais agacé. Parce qu'elle n'avait pas eu besoin de le préciser pour qu'il comprenne.

Après tout, il s'en fichait bien.

Il se remit à manger, cherchant à penser à autre chose qu'à ces deux jolis yeux. Honnêtement, si elle avait eu ce ton combatif et si excitant deux jours auparavant dans sa chambre, il aurait peut-être hésité avant de la rejeter comme il l'avait fait… Mais bien sûr, il l'aurait fait quand même.

Bon, penser à autre chose. Son entraînement par exemple.

ooooo

Bulma était fière, sûre d'elle et décidée lorsqu'elle posa brusquement ses couverts sur la table deux jours plus tard et dévisagea tout à tour ses deux parents qui finissaient tranquillement leur dessert : « Papa, maman, je suis enceinte. »

Au total, une semaine entière lui avait été nécessaire pour assimiler cette information nouvelle qui allait marquer un tournant décisif dans sa vie. Elle était passée par tous les états d'esprit. Le choc, la peur, l'angoisse, l'incertitude, puis le désespoir, la tristesse et la colère, la rancune, la fierté, et enfin l'enthousiasme. C'était une nouvelle magnifique aventure qui s'offrait à elle. Aujourd'hui, c'était sans aucune hésitation et même avec un léger sourire au coin des lèvres qu'elle pouvait annoncer la nouvelle à ses parents.

Monsieur Briefs recracha net le contenu de son verre, et manqua de s'étouffer avec la gorgée de vin qu'il venait d'engloutir. En face de lui, madame Briefs scilla une dizaine de fois, nullement impactée par les multiples postillons que son mari lui envoyait ainsi en pleine figure. Puis elle se leva si brusquement qu'elle en renversa sa chaise en poussant un cri de joie qui leur vrilla les tympans, tournant sur elle-même, valsant sur place, levant les bras au ciel, et enfin prenant violemment sa fille dans ses bras, sans discontinuer de crier-chanter un discours incompréhensible ponctué de « c'est merveilleux » et « grand-mère ».

Ce fut le père de Bulma qui prononça en premier une phrase intelligible, au bout de plusieurs minutes pendant lesquelles Bulma manqua d'étouffer dans les bras de sa mère.

« Ça, pour sûr, c'est une surprise ! Mais quelle joie...

-Ouiiiii ! Hurle-chanta la mère en reprenant pied dans la langue universelle. Je m'en doutais ! Depuis combien de temps tu nous caches ça, petite cachotière ?

-Pas très longtemps. Répliqua Bulma qui n'appréciait déjà pas cette première question. Quelques jours à peine.

-Oh ? Tu as attendu si longtemps avant de nous annoncer une si bonne nouvelle ?

-Eh, j'avais besoin de temps pour digérer l'information pour moi, déjà, d'accord ? Se défendit Bulma.

-Et le futur-papa ? Enchaîna immédiatement la mère, sans aucune pitié. Il est au courant au moins ? Qui est-ce ?

-Tiens oui, c'est vrai... Répéta pensivement le père en réalisant juste qu'il manquait une inconnue à l'équation. Nous avons un gendre que tu ne nous as pas présenté ? Qui est-ce ? »

Devant le silence dubitatif de leur fille, madame Briefs pencha la tête d'un air intrigué : « Qui est-ce, ma chérie ? »

Bulma hésita, choisissant prudemment ses mots : « Peu importe. Je compte élever seule cet enfant.

-QUOI ? S'écrièrent en choeur les deux futurs grands-parents.

-Mais pourquoi ? Fit l'un.

-Mais et lui ? Fit l'autre.

-Il a dit que c'était un cadeau. » Répondit Bulma en haussant les épaules. Elle s'était faite à cette idée. Ça lui allait.

« Comment ça ? S'offusqua la mère. Et qui est cet abruti ?

-Oui, dis-nous donc qui c'est, s'il te plaît. Annonça le père en fronçant les sourcils. Je m'en vais dire deux mots à cet inconscient qui s'imagine pouvoir se débarrasser de ses responsabilités comme ça.

-Non papa. Répondit-elle d'une voix ferme. Il m'a dit que c'était un cadeau, et je vais le considérer comme tel. Je vais pouvoir le bercer, le voir grandir, lui apprendre à marcher, lui offrir des jouets et le serrer dans mes bras ! Je suis prête à devenir maman et je serai largement à la hauteur sans lui. Je dirais même que c'est mieux comme ça. Et puis, je peux compter sur vous, non ?

-Oui... Bien sûr. Murmura le père sans oser argumenter davantage.

-Mais, je ne comprends pas… Tu ne veux pas nous dire qui c'est au moins ?

-Tu ne le connais pas, maman. Répondit Bulma en jouant sur les mots qu'elle avait prononcés avec une boule dans la gorge quelques jours auparavant. C'est juste... un étranger.