[note de l'auteure] Salut tout le monde ! Désolée d'avoir autant traîné et merci de votre patience ! Me revoici avec un chapitre que je trouve à la fois trop long et trop court. Trop court parce que j'ai l'impression que l'intrigue n'avance pas franchement (olala, je spoile ce qui ne va pas se passer en plus !), et trop long parce que revoici un patchwork de petits passages que je voulais caser dans l'histoire depuis un moment. Ça ne sert pas à grand-chose dans l'histoire, mais ça permet de planter le contexte, et puis tout ne va pas toujours à toute vitesse (surtout pas moi). Promis, on avancera mieux au prochain chapitre.

Mais en attendant, merci encore mille fois pour tous vos encouragements et conseils. Bonne lecture et à bientôt !


Troubles certitudes

« Quoi ? Dix semaines ? Mais non voyons, c'est impossible !

-Maman, soupira Bulma, puisque je te le dis ! J'ai fait deux fois ce test de grossesse, les deux ne peuvent pas se tromper !

-Mais enfin comment as-tu fait pour ne pas t'en rendre compte avant ? S'inquiéta la mère en contemplant d'un air affolé la liste immense qu'elles étaient toutes deux en train de rédiger. Ça fait plus de deux mois de perdus ! Nous n'aurons jamais le temps de tout préparer avant l'arrivée de bébé !

-Écoute, c'est comme ça. S'agaça sa fille. Il nous reste encore plus de six mois et demi, le médecin me confirmera ça demain. Six mois et demi, ça va aller quand même !

-Mais, ma chérie, je ne comprends pas. Il y a trois semaines, tu me disais que tu avais tes règles...

-Oui, eh bien je me suis trompée. Je ne pouvais pas savoir que ça donnait le même mal de ventre.

-Et tu ne t'es pas étonnée de ne pas saigner ? Insista la mère.

-Rhaaa ! Maman, je n'ai pas vraiment envie de discuter de ça avec toi ! Si tu veux tout savoir, je ne suis pas régulière. Voilà. Je ne sais jamais vraiment quand ça va tomber. D'habitude, quand j'ai mal au ventre, je sais que ça va arriver quelques jours après, donc je ne m'inquiète pas. Et là, voilà, ça m'est sorti de la tête. J'avais trop de boulot et plein d'autres choses qui me prenaient la tête et puis Ve... vous étiez malades.

-Mais, et le mois d'avant ?

-Pareil, je n'ai pas fait attention. Éluda sèchement Bulma. Je ne pensais pas que mon implant était vide. Bon, maman, quand tu auras fini ton interrogatoire, on pourra reprendre notre liste ? Je croyais qu'on n'avait pas beaucoup de temps.

-Oui, mais c'est ta faute si on n'a pas beaucoup de temps, ma chérie. Fit remarquer celle-ci.

-Bon, merde. Puisque c'est comme ça, je pars faire les courses toute seule. Je n'ai pas besoin de toi si tu passes ton temps à me faire des reproches ! » Déclara Bulma en se levant brutalement.

Mais sa mère se précipita vers elle : « Attention ma chérie ! Il faut que tu perdes cette habitude de te lever aussi vite ! Bientôt si tu recommences ça, tu risques de tomber dans les pommes et de faire mal à bébé ! »

Sa fille la foudroya du regard, redressa la tête et répliqua : « Eh oh, ça va, je ne suis pas impotente non plus ! Je suis juste enceinte d'à peine deux mois, ça ne se voit même pas encore, et j'ai juste un putain de mal de ventre !

-Oh, ma chérie, surveille ton lang...

-Je vais très bien, la coupa Bulma en haussant le ton, alors arrête de me faire la morale ! Tu viens faire les courses avec moi ou pas ?

-Quoi ? Mais on n'a pas fini notre liste des choses à faire...

-Je sais, mais j'en ai marre.

-Oh, ma chérie ! Mais tu ne te rends pas compte ! Avoir un bébé ce n'est pas si facile à préparer ! Il te faudra des vêtements de femme enceinte, des vêtements pour le bébé, un berceau, une table à langer, lui aménager une chambre, choisir la couleur des murs, lui trouver des meubles, et des jouets, et des doudous. Et puis il y a le temps de la préparation médicale, les examens, choisir ta sage-femme, discuter avec elle, les formations, les préparations, lire des livres... Et j'en passe ! Donc tu vois, il vaut mieux bien se préparer et éviter d'oublier quelque chose. Tu comprends ma chérie ? »

Bulma ne répondit pas.

En fait, Madame Briefs était maintenant seule dans le salon.

Deux étages plus bas, Bulma était déjà sur le point de sortir de la maison, son portable collé à son oreille : « Salut July, c'est Bulma ! Dis-moi, tu ne travailles pas le jeudi, c'est ça ? Donc tu es libre aujourd'hui, non ? Super ! Ça te dit une session shopping ? Oui, maintenant... Oui... Ah ! Génial ! Je savais que je pouvais compter sur toi ! Et en plus, j'ai un truc incroyable à te dire ! Rendez-vous dans le centre ville ? »

ooooo

En l'espace de quelques jours, toute la vie à Capsule Corporation avait été chamboulée. Tous ses habitants humains étaient entrés dans une sorte de frénésie de création, de rangement et d'achats qui animait chaque étage du vaste bâtiment à toute heure de la journée, au plus grand désarroi des autres espèces animales qui vivaient sous ce même toit : chats, chiens, dinosaures et saiyan. Tous s'acharnaient à tenter de maintenir leurs habitudes de vie en s'agaçant ou regrettant le manque d'attention soudain dont il leur semblait être victimes, bien qu'ils continuent à manger à leur faim.

Pour ce qui était du saiyan, le plus frustrant pour lui n'était pourtant pas lié à l'arrivée prochaine d'un nouvel occupant bruyant dans cette maison de fous, mais plutôt au fait que la cuisinière aux yeux fermés avait soudain perdu de son entrain quand il était question de cuisiner pour lui. Du reste, il se sentait plutôt soulagé qu'elle ait brusquement cessé de vouloir lui faire la conversation dès qu'il avait le malheur de croiser son chemin, mais désormais, la nourriture était devenue fade. Affreusement fade. Il avait perdu l'habitude. Heureusement, Bulma cuisinait à l'occasion, et encore, son inventivité culinaire était devenue très surprenante ces derniers temps.

Bulma.

Il ne savait vraiment pas quoi penser d'elle. Mais clairement, le simple fait de se rendre compte qu'il y réfléchissait à nouveau suffisait à l'agacer.

La frustration n'avait évidemment pas mis longtemps à s'installer entre eux, mais aucun ne tenterait de faire le moindre pas vers l'autre. Évidemment.

Trop souvent, il lui arrivait de laisser errer ses yeux sur ses formes agréables. Sur son joli petit ventre qui s'arrondissait peu à peu et jour après jour, sur ses seins appétissants qui faisaient de même (et ça, il ne s'y attendait pas, mais à son plus grand agacement, il ne le constatait que trop bien), sur ses jambes fines qui parvenaient encore à la porter pour l'instant, sur ses fesses dont le déhanchement forcé semblait une tentative pour cacher la fatigue de ses jambes mais qui ne parvenait qu'à capter son regard, ses jolies mains toutes fines et frêles qui faisaient tourbillonner les crayons au dessus des feuilles quand elle cherchait l'inspiration et dont il ne savait que trop bien combien elles étaient habiles. Il lui semblait que le contact de sa peau lui manquait. Ses doigts le démangeaient quand il la regardait s'éloigner de lui en ondulant des hanches, et il avait presque la chair de poule rien qu'à la regarder faire tourbillonner son crayon tandis qu'il attendait, sévère, qu'elle daigne se tourner vers lui et entendre ses doléances. Et elle le faisait toujours attendre quand il débarquait dans son laboratoire avec un droïde cassé. Malheureusement, c'était maintenant le seul moyen d'obtenir des réparations rapidement, car en dehors de cela, elle consacrait de plus en plus de temps à des projets qui ne le concernaient pas, et dont il soupçonnait qu'ils concernaient son ventre qui s'arrondissait.

Il lui semblait que le contact de sa peu lui manquait.

Peut-être.

Un peu.

Mais pourtant il ne souhaitait surtout pas ce contact.

Certainement pas.

Parce que cela lui donnait la chair de poule, et... et merde ! Même rien que de l'envisager. Ses doigts sur sa peau...

Non.

Son imagination partait en vrille. Il voyait rouge.

Il ne se servirait plus d'elle comme défouloir. Il n'avait pas besoin d'un défouloir. Il devait plutôt se concentrer à rester concentré. Pas se focaliser sur elle qui n'était rien.

Resserrant ses bras croisés contre son torse nu, le saiyan soupira et reprit sa marche en direction du laboratoire de l'humaine.

Aujourd'hui, il ne portait aucun droïde sous le bras. C'était là la raison de son hésitation.

Il était agacé de cette situation ridicule et de lui-même. Rien qui sorte de l'ordinaire pourtant. Mais il avait tant hésité qu'il s'était même arrêté au milieu du jardin.

Il n'avait pas envie d'y aller. Ni d'attendre que les jolis doigts habiles aient fait voltiger son crayon, surtout pas s'ils risquaient de se poser sur lui. Surtout pas.

Il aurait pu attendre le soir pour la voir, mais ça aurait été encore plus stupide et inutile que d'hésiter à y aller maintenant comme il était en train de le faire en ce moment.

Serrant les dents, il enroula sa queue autour de la poignée de la porte du laboratoire de Bulma, et entra. Serrant davantage les bras sur sa poitrine pour empêcher le sang de couler.

ooooo

Une ligne de calcul supplémentaire, une formule de plus réussie avec succès. Plus que deux-cent-vingt-deux et son programme serait une pure invention de génie.

Bulma fit tourbillonner son crayon au dessus de sa feuille, songeuse. Pourquoi s'acharnait-elle tant sur ce programme ? Pourquoi avait-elle tant envie de mettre ses résultats sous le nez de ce maudit guerrier insensible qui allait mourir seul et sans personne pour le pleurer, dans à peine une quinzaine de mois ? Pourquoi se retrouvait-elle si souvent en train de remplir cette feuille de lignes de calcul, plutôt que de dessiner un croquis de berceau pour son bébé qui devait naître dans quelques mois ? Le temps et son esprit lui jouaient des tours.

Elle soupira, passant la main sur son bas-ventre sur lequel une rondeur discrète s'était formée. Elle était maintenant enceinte de presque quatre mois, et le mal de ventre était devenu une douleur sourde à laquelle elle s'était habituée comme à un bruit de fond. D'après le médecin c'était normal. Tout était en ordre.

Ce qui n'était pas normal, c'était qu'elle continue à se soucier du père qui ne voulait pas l'être et dont personne dans son entourage n'avait découvert l'identité. Monsieur Briefs était nul pour les énigmes, et madame Briefs s'était brusquement mise à détester Végéta, rendant impossible pour elle l'hypothèse que « ce monsieur insensible et foncièrement méchant » puisse être celui qui avait entretenu une relation avec sa fille. Et bien sûr, ladite fille n'avait absolument rien fait pour la détromper. Eh quoi ? Une fille aussi géniale, belle et intelligente qu'elle méritait mieux que de s'attacher à un idiot pour qui elle ne représentait rien, et qui allait mourir dans moins d'un an et demi ! Mourir ! (enfin, sauf démonstration contraire, mieux valait anticiper cette hypothèse) Qui pourrait vouloir tomber amoureuse d'un type trop nul pour sauver sa propre peau et trop prétentieux pour abandonner l'idée de se battre ? Pour elle, il lui fallait quelqu'un qui saurait la protéger, elle et son enfant. Quelqu'un qui puisse mériter la grande Bulma Briefs ! Pas ce maniaque de la baston qui allait droit dans le mur sans voir les belles choses de la vie, dont elle en premier lieu...

Non.

Alors pourquoi était-elle en train d'écrire une nouvelle ligne de calcul alors même qu'elle se faisait à nouveau cette réflexion ?

Elle soupira de plus belle.

Maudite fierté.

C'est à cet instant que son détecteur émit un discret « bip ». Quand on parle du loup...

Elle se replongea immédiatement dans ses calculs pour bien montrer au guerrier combien il la laissait indifférente. Lui, son regard noir et décidé, ses bras puissants, sa silhouette à tomber par terre, son esprit incisif, tout ! Elle n'avait absolument rien à faire de lui ! Rien, rien, rien !

Une seconde.

Deux secondes.

Trois secondes.

Hein ?

Bulma leva la tête vers la porte qui ne s'était toujours pas ouverte. Quelque chose clochait.

C'est là qu'elle s'ouvrit, avec un temps de retard, révélant un Végéta les sourcils froncés et les bras croisés sur son torse ensanglanté. Le sang coulait jusque par terre.

« Ah ! » S'écria-t-elle en laissant immédiatement tomber son crayon. Ce faisant, elle réagit parfaitement comme l'aurait fait une femme parfaitement indifférente à un homme qui ne représentait rien pour elle dans sa vie : elle se précipita vers lui, lui demanda comment il s'était blessé, demanda à examiner la plaie, le réprimanda pour son comportement irresponsable, décréta qu'ils allaient à l'infirmerie sur-le-champ, et épia discrètement le moindre de ses gestes tandis qu'il la suivait en silence, tentant de déterminer à quel point il avait mal.

S'il souffrait, il le cachait bien. Par contre, une énorme flaque de sang sur le gazon témoignait qu'il s'était arrêté en chemin en venant...

Donc soit il avait mal, soit il était affaibli. En cet instant, ce furent les seules hypothèses qui lui vinrent à l'esprit.

« Assieds-toi l...

-Je sais. » Leur vieille routine a repris en l'espace d'un battement de cils.

Par habitude, Bulma se met à parler et lui poser des questions. Comment il a fait son compte pour se faire une blessure pareille sur toute la largeur de son torse. S'il sait à quel point il est cinglé de se mettre en danger à ce point. Combien de droïdes d'entraînement il a détruits dans l'incident. Si la salle de gravité est intacte. Et s'il a une idée du temps que ça va lui prendre de remplacer le matériel qu'il a détruit.

Il répond en peu de mots. Froidement. Stoïquement. Distant.

Il ne la regarde pas. Il regarde au loin, froidement, tandis qu'elle nettoie puis s'affaire à recoudre la profonde entaille qui lui traverse tout le pectoral droit, de l'aisselle jusqu'au plexus solaire.

Elle lève les yeux vers lui, le sermonne à nouveau. Par réflexe. Par besoin.

Le regard qu'il baisse vers elle est de glace : « Mêle-toi de ce qui te regarde, humaine, et finis de recoudre cette fichue plaie ! »

Puis il tourne la tête sur le côté. Il semble à Bulma voir se contracter le muscle de sa mâchoire et saillir la veine sur sa tempe plus qu'à l'ordinaire. Quelque chose cloche.

Quelque chose cloche mais à cet instant, elle comprend. Elle le ressent.

La chair de poule sous ses doigts.

Elle hésite. La peau sous sa main est douce. Chaude. Elle voit se dessiner dessous chaque contour de chacun de ses muscles saillants. La plaie devant elle est profonde et large, mais ce n'est pas lorsqu'elle pique son aiguille à suturer que ces muscles frémissent et se tendent, ni quand elle tire sur le fil. C'est lorsqu'elle déplace sa main sur sa peau.

Peu à peu, point par point, la brèche se referme.

Végéta refuse toujours de la regarder quand elle parle. D'ailleurs elle ne parle plus. Trop concentrée. Ce n'est pas que la tâche soit dure, ce sont ses mains à elle qui menacent maintenant de trembler et qui hésitent à chaque fois qu'elle doit déplacer ses doigts. Ce qu'elle voit et touche la fascine. Il semble ne pas sentir la douleur, mais il suit le moindre de ses gestes, à elle. C'est si étrange...

Cette peau d'ordinaire dure et froide comme du métal, en cet instant si fine et chaude. Sous cette peau, un concentré de muscles durs comme l'acier et sans le moindre défaut. Et sous toute cette masse de muscles, elle sent un cœur qui bat.

« Dépêche-toi, qu'on en finisse ! » Grogne le saiyan pour la rappeler à l'ordre.

Zut. Dans sa contemplation, elle s'est arrêtée, réalise-t-elle, penaude, en pinçant les lèvres et plissant les yeux pour terminer son œuvre au plus vite. Et le pire est qu'il s'en est rendu compte, tout comme elle a remarqué son état de tension à lui.

Homme blessé. Masse de muscles. Chair de poule. Mal à l'aise. Cœur qui bat... Aucun de ces détails ne l'encourage à se comporter comme la digne femme distante et détachée qu'elle se veut être. Il continue de l'attirer comme un aimant, réalise-t-elle avec une pointe de désarroi, tandis qu'après un dernier nœud, elle lui tourne enfin le dos quelques instants pour attraper son pot de crème cicatrisante.

Elle redressa la tête, carra les épaules, prit une discrète mais profonde inspiration, puis se tourna à nouveau vers le lit de l'infirmerie. Elle s'attendait presque à ce que le guerrier ait disparu, pourtant il était là, assis sur le lit, regardant vers la porte d'un air maussade.

« Bon. Déclara-t-elle. Je te mets juste un peu de pommade et je te libère. Mais il faudra que tu te reposes pour le reste de...

-Je sais. La coupa-t-il en lui jetant un regard aussi bref que meurtrier. Arrête de jacasser et occupe-toi de tes oignons. Je compte retourner m'entraîner dès que possible, que tu le veuilles ou non, alors dépêche-toi !

-Quoi ? Mais...

-Bulma, n'essaie même pas d'argumenter !

-Oh. » Déstabilisée de l'entendre prononcer son nom, Bulma oublia de se vexer et, après une hésitation, se rassit face à lui d'une démarche mal-assurée.

Première seconde. Elle ouvrit le pot qu'elle tenait dans la main.

Deuxième seconde. Elle piocha une généreuse quantité de crème sur le bout de ses doigts.

Troisième seconde. Elle leva les yeux vers lui, prête à affronter le choc des regards.

Mais il ne la regardait pas.

Elle soupira, et posa sa main sur la blessure suturée.

C'était la fin de la troisième seconde. C'est là qu'à son contact, tous les muscles de Végéta se tendirent, faisant saillir toutes les veines. Elle mit un moment à réaliser qu'elle-même s'était tendue aussi, immobilisée, les doigts posés contre sa poitrine à lui, et les ongles qui s'enfonçaient dans sa peau chaude juste au dessus de la plaie.

Zut.

Un silence gêné s'ensuivit, tandis que Bulma tentait maladroitement d'étaler la crème comme s'il ne s'était rien passé. D'ailleurs, il ne s'était rien passé... Non. Cet idiot roulait des mécaniques juste pour la déstabiliser. Oui, évidemment c'était ça. Quel imbécile !

Il ne la regardait pas, il voulait comme elle que ça se finisse vite. Cette fois, elle ne chercha pas son regard.

Elle chercha quelque chose d'autre. N'importe quoi pour penser à autre chose, se distraire. Elle le trouva sous sa main gauche. Dans la poitrine de Végéta. Sous la peau chaude et la masse de muscles tendus. Un battement sourd et régulier. Doodoom. Doodoom.

Elle se concentra là-dessus, tandis que ses doigts continuaient d'étaler la crème le plus doucement possible d'un mouvement simple et contrôlé.

Doodoom. Doodoom.

Ne réalisant pas qu'il la dévisageait maintenant avec suspicion, elle se laissa peu à peu absorber dans sa contemplation. Doodoom. Doodoom. L'homme au cœur de pierre en avait bien un, bien caché au fond de sa poitrine. Il était là, juste sous ses doigts. Doodoom. Doodoom. Et peut-être même qu'il accélérait.

Juste sous ses doigts... Sous sa main gauche... C'est sans réfléchir qu'elle posa doucement sa main droite pour mieux le sentir.

Doodoom. Doodoom Doodoom. Bulma haussa un sourcil, pourquoi sentait-elle mieux le cœur de Végéta dans la partie droite que dans la partie gauche de sa poitrine ?

Puis soudain, elle se retrouva saisie par les poignets, replongeant brutalement dans le monde réel comme on prend une douche froide... plongeant droit dans un regard aussi noir que sévère.

« Tais-toi ou je te tue. Imposa le guerrier à mi-voix entre ses dents serrées.

-Hein ? Quoi ? » Bafouilla-t-elle, craignant (et peut-être même espérant) presque une tentative de viol.

Mais il la détrompa tout aussi vite, toujours à voix basse : « Arrête. J'ai bien vu que tu t'en es rendu compte. D'ailleurs je m'étonnais que ça ne soit pas déjà le cas. Donc maintenant, je vais être très clair, et très sérieux : tu ne le diras à personne et tu ne le diras jamais même en te parlant à toi-même ni à moi. Sinon je te tue, et c'est non négociable.

-Euh... » Bulma resta un temps interdite devant ce discours si disproportionné par rapport à la découverte pourtant si anodine qu'elle venait de faire. Qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire que des gens soient au courant que son cœur était à droite et non à gauche ? Le situs inversus n'était ni une maladie ni un problème, c'était juste un fait rare. À moins que ce ne soit pas le cas chez les saiyans ? Goku avait le cœur à gauche, sinon ils s'en seraient aperçus à l'hôpital. Mais le médecin qui était parfois venu soigner Végéta n'avait jamais relevé ce fait. Il avait, tout comme Bulma, toujours pris son pouls sur son poignet ou son cou, et branché les électrodes de l'électrocardiogramme aux endroits habituels, ce qui avait suffi. Son rythme cardiaque n'avait jamais été une inquiétude médicale.

« Et les autres saiyans...

-Non. Claqua le guerrier comme on clôt une discussion, en se levant.

-Attends ! Intervint-elle en se levant à son tour. Qu'est-ce qui... Juste... Je ne comprends pas pourquoi. Qu'est ce qui te dérange là-dedans ? »

Déjà presque dos à elle face à la porte, elle le vit néanmoins rouler des yeux comme s'il n'avait jamais rien entendu de plus stupide. Puis il poussa un profond soupir agacé en se retournant vers elle et s'approcha d'un pas : « Compte les cicatrices, idiote ! » Ordonna-t-il.

D'abord surprise autant qu'intimidée de se retrouver soudain si proche de lui avec ses yeux noirs et sévères plantés dans les siens, Bulma eut du mal à détourner le regard pour s'exécuter, scrutant à nouveau sa peau de bronze à la recherche d'une explication.

Elle la trouva dans les nuances de couleurs.

Les striures et zones pâles ou sombres qui couraient sur tout son corps semblaient souvent converger vers un même point. Beaucoup d'ennemis avaient manifestement tenté de viser cette zone de sa poitrine. Ce point lui aussi était marqué par une cicatrice grosse comme le poing, à peine visible sur son pectoral gauche et vers le milieu du torse, exactement au dessus de là où aurait dû se trouver son cœur. Un coup qui aurait dû être synonyme de mort instantanée, traversant les deux ventricules des deux parties du coeur. Bulma devinait sans mal que cette cicatrice était le souvenir du rayon de Frieza qui l'avait traversé de part en part, quelques instants avant sa mort sur Namek. Une mort qui, d'après le récit que leur en avait fait Krilin, n'avait pas pour autant été immédiate : Végéta avait héroïquement continué à parler en crachant du sang, même après avoir reçu ce coup. Et pour cause, comprit-elle en souriant, Frieza s'était trompé de côté. Le cœur de Végéta était à droite, et ce secret avait été pour lui sa dernière carte. Les quelques secondes qui lui avaient manqué et qui avaient contribué à tout changer.

« C'est bon ? Tu as compris ou bien il te faut une démonstration avec tes propres entrailles ? » Ironisa le saiyan en croisant les bras, masquant ainsi la vue à Bulma.

Celle-ci cilla d'étonnement, puis ne put s'empêcher de lui sourire à nouveau en lui renvoyant un clin d'œil complice : « Décidément, tu es toujours plein de surprises. »

Première seconde. Il cilla, visiblement pris au dépourvu.

Deuxième seconde. Il haussa un sourcil très perplexe et recula d'un pas.

Troisième seconde. Il fronça les sourcils et lui adressa un « Hmf ! » de dédain tout en lui tournant le dos, puis quitta la pièce.

Tournant à l'angle du couloir, il disparut de sa vue sans un regard.

Lorsqu'elle fut sûre qu'il se trouvait à une distance sécuritaire, Bulma s'écria dans sa direction : « Eh ! Au fait, Végéta ! Merci de ta confiance ! »

Première seconde. Le bruit de pas s'arrêta.

La deuxième seconde, Bulma ne put que l'imaginer se retournant dans sa direction, stupéfait, ou peut-être agacé ou bien méprisant.

Troisième seconde : « Hmf ! » Puis le bruit de pas reprit.

Bulma sourit pour elle-même, amusée.

Puis elle croisa les bras.

Et resta plantée là, au beau milieu de l'infirmerie.

Le temps de réaliser...

Son sourire disparut lentement à mesure qu'elle se remémorait ce qui venait juste de se produire, puis elle laissa glisser sa main appuyée sur son visage jusque sur son front. Elle ne venait tout de même pas de... s'inquiéter pour cet idiot insensible, de soigner ce pauvre type qui était condamné à mourir de toutes manières, de se perdre dans la fascination pour cet homme qu'elle ne pouvait pas avoir, et même de lui envoyer un clin d'œil qu'on aurait pu prendre pour un début de flirt ? Non, elle n'avait rien fait de tout cela, n'est-ce pas ? Elle n'en avait rien à faire de lui, n'est-ce pas ? Non... Ce n'était pas ça... Elle essayait juste d'être amicale et une bonne hôtesse, rien de plus.

Oui, c'était sûrement cela...

Sur ce, elle retourna d'un pas décidé vers son laboratoire, rédiger de nouvelles lignes de calcul pour un programme qui n'était paaaaas du tout destiné à un certain saiyan... Ou si mais juste un peu...

ooooo

Après cet épisode, Végéta avait espéré que sa scientifique retourne dans son rôle et leur évite ainsi à tous deux de se retrouver à nouveau dans des situations bizarres. Mais naturellement, cette peste aimait jouer à le sortir de sa zone de confort.

Il n'avait pas envie qu'elle le touche (il était bien au-dessus de ces besoins matériels !), et la voici qui s'était retrouvée à passer sa main sur son torse à écouter les battements de son cœur. Et il n'avait rien fait. Rien pu faire.

Il n'avait pas envie de développer une relation avec quelqu'un autrement que par intérêt (il était bien au-dessus de ces besoins sentimentaux !), et la voici qui lui avait lancé nonchalamment la vérité en pleine figure : il lui faisait confiance. Et il n'avait rien répliqué. Rien pu répliquer.

Naturellement, la peste revint à nouveau à la charge à peine quelques jours plus tard. Il était convaincu à présent qu'elle ne faisait cela que pour tenter de le déstabiliser. Sans doute pour se venger parce qu'il avait refusé d'aller dans son sens pour cette histoire de fécondation. Quelle autre raison pour une créature aussi futile et imbue de sa personne ? Il ne regrettait pas une seule seconde de l'avoir repoussée : jamais il ne se plierait aux exigences de quiconque, et surtout pas une créature aussi insupportable, si désirable soit-elle.

Elle tentait de le déstabiliser, mais elle ne ferait que provoquer sa propre chute.

Car tant qu'elle le défierait il l'affronterait et retournerait son jeu contre elle, encore et encore. Il gagnerait, et il finirait par la briser, la faire douter d'elle-même tandis qu'il éclaterait de rire pour l'enfoncer davantage. Ce regard bleu qu'elle avait quand elle était déstabilisée, quand elle perdait pied dans ses certitudes... cela lui rappelait le regard qu'elle avait quand... quand elle... quand ils... et merde ! Mauvais fil de pensée.

Il aimait la déstabiliser et jouer contre elle à ces petits jeux d'esprits qui pimentaient un peu la monotonie de ses journées en dehors des entraînements. Le fait qu'ils aient cessé de coucher ensemble ne changeait rien à cela... Enfin... Tant qu'elle ne le touchait pas. Tant qu'il pensait à autre chose qu'à cette gorge appétissante, à cette poitrine généreuse, à ces hanches ondulantes et ces mains habiles.

Mais il aimait ses défis.

Et elle revenait sans cesse le défier. Tantôt avec une nouvelle amélioration pour un droïde de combat, tantôt avec une question sur la société saiyan (oui, elle avait repris cette habitude étrange). Même lorsqu'il ne la voyait pas pendant cinq jours de suite, il lui semblait qu'elle le défiait de ne pas aller à sa recherche.

Ce soir-là, lorsqu'il la vit s'asseoir à table pour dîner avec lui, il devina immédiatement qu'il n'y avait pas de nouveau droïde pour lui aujourd'hui. Interrogatoire donc.

« Dis-moi, attaqua-t-elle de front, je me posais une question. Tu me disais que chez les saiyans, quand il y a un bébé, c'est le plus fort des deux parents qui décide s'il veut le garder ou pas, c'est ça ? »

Végéta ne prit pas la peine d'arrêter de manger pour confirmer une notion qu'elle savait juste. C'est tout juste s'il hocha la tête.

Elle continua : « Généralement, est-ce qu'ils choisissaient de garder l'enfant ou de le laisser ?

-Qu'est-ce que ça a d'intéressant d'avoir un gosse dans les pattes ? Fit-t-il entre deux bouchées.

-OK, c'est bien ce qui me semblait. Comprit-elle. Mais toi, ton père était le roi, c'est ça ? »

Une nouvelle bouchée, puis Végéta ricana en comprenant où elle voulait en venir. Il anticipa sur la question suivante : « Ce n'est pas parce qu'il était roi qu'il était le plus fort. C'est juste que ceux qui auraient pu le défier ne l'ont pas fait.

-Défier ? Comment ça ?

-C'est simple, expliqua Végéta, n'importe quel saiyan qui a passé l'épreuve des pierres peut provoquer le roi en duel. Le survivant devient roi. Mais ça faisait plusieurs générations que ce genre de duels n'a plus fait changer de roi. Alors les rois nommaient eux-même leur successeur au moment de monter au soleil, généralement leur descendant.

-Monter au soleil ? » Interrogea l'humaine.

Le saiyan s'autorisa un rictus en coin. Aucun détail n'échappait à cette fille, elle cherchait absolument à tout comprendre. Et le pire, c'était qu'elle lui donnait envie de parler : « Quand un saiyan ne meurt pas au combat parce qu'il est trop fort, il n'y a pas beaucoup de méthodes pour trouver une mort héroïque avant de devenir vieux et décrépit. Il n'y a pas d'honneur à battre un vieux, alors on les laisse moisir.

-Oh...

-Donc quand un saiyan gradé se sentait vieillir, au lieu de pourrir lamentablement tout seul et ternir sa gloire, il nommait son successeur et partait affronter le soleil.

-Hein ? Comment ça affronter le soleil ?

-Tsss ! Réfléchis un peu ! Voler jusqu'au soleil dans le vide de l'espace c'est impossible pour un saiyanoïde ! Mais ça reste une mort décente. Et ça épargne à la civilisation d'être gouvernée par des vieillards faibles et amoindris.

-Ils se suicidaient ? Comprit-elle enfin avec une expression de choc sur son joli visage.

-Non, corrigea-t-il en fronçant les sourcils. Ils allaient mourir au combat en affrontant le soleil. Tu m'écoutes ou pas ?

-Mais c'est horrible !

-Parce qu'avoir un roi faible et sénile, c'est pas horrible peut-être ? Nous, les saiyans, nous n'avons pas acquis notre réputation de peuple guerrier en entretenant des déchets ! »

Elle marqua une pause, s'intéressant pour la première fois de la soirée au contenu de son unique assiette à moitié remplie. Le saiyan s'autorisa un nouveau rictus, sachant qu'il venait à nouveau de déstabiliser cette frêle créature trop sensible dans ses principes fondamentaux trop idylliques. Il adorait ça. Bien plus qu'il n'aurait dû.

Cependant, elle ne tarda pas à reprendre le fil de sa pensée et de sa conversation : « OK. Donc ton père n'a pas acquis son titre de roi par un duel ?

-Non. Par contre il l'a conservé les trois fois où il a été défié. Mais franchement, il avait été défié par des idiots. Il y avait quelques hautes élites qui auraient pu le battre, c'est sûr, mais ils ne voulaient pas s'encombrer à gérer la stratégie militaire et politique de toute une planète.

-OK, donc il y avait des saiyans plus forts que ton père ?

-Évidemment ! Moi en tête d'ailleurs.

-Et... Et ta mère ? Tenta-t-elle enfin.

-Je te l'ai dit, humaine, soupira-t-il agacé, je n'avais pas de mère. Mais pour répondre à ta question, oui, ma génitrice était certainement plus forte que mon père le roi.

-Et tu n'as pas une petite idée de qui c'était ? Insista-t-elle.

-Je ne me suis jamais posé la question, affirma-t-il. Qu'est ce que ça peut me faire ?

-Je ne sais pas. Par curiosité ?

-Humaine, cette discussion n'a pas le moindre intérêt. En quoi est-ce que ça t'intéresse ? Où est-ce que tu veux en venir ? »

Bulma lui répondit par le sourire amusé et tellement horripilant qu'ont les gens qui croient savoir quelque chose que les autres ne savent pas. Il avait bien l'intention de le lui faire ravaler dès qu'elle oserait parler. Elle prit le temps de s'accouder à la table et de le dévisager intensément, une flamme malicieuse dansant dans ses yeux bleus. Il fronça les sourcils. Elle avait son attention.

Elle reprit : « Je t'ai promis de te prouver que même des gens aussi insensibles que les saiyans ont un sens de la parentalité. Tu oserais essayer de me prouver que j'ai tors ? »

Un défi.

Il y répondit par son propre sourire arrogant et méprisant : « Si ça me permet de te faire fermer ta jolie gueule, je n'hésiterai pas.

-Marché conclu alors ? » Sourit-elle sans hésiter, un éclair de victoire flashant dans son regard bleu. Elle pensait l'avoir piégé. Il allait prendre un malin plaisir à lui démontrer combien elle faisait erreur.

Il redressa la tête et affronta ces yeux de prédatrice de plein fouet, sans hésiter, sans ciller. Comme d'habitude, elle cilla à la troisième seconde. Comme d'habitude il ricana avant de parler : « Et comment est-ce que tu comptes t'y prendre ?

-Tu me suis à mon labo quand on aura fini de manger ? Proposa la scientifique en reprenant sa fourchette. J'ai besoin de ton aide pour entrer des données dans mon ordinateur.

-Quelles données ? Demanda-t-il méfiant.

-Physionomiques. Éluda-t-elle. Ça ne sera pas long, je te le promets.

-Et si je n'ai pas envie ?

-Eh bien j'en déduirai que tu te dégonfles parce que tu as peur de découvrir la vérité.

-Évidemment... » Marmonna-t-il en reprenant son repas.

Dix minutes plus tard, il refermait la porte du laboratoire derrière lui en regardant l'humaine s'asseoir à son bureau. Il espérait presque la voir prendre un crayon pour le faire volter entre ses doigts, mais elle se contenta de les faire voltiger sur le clavier de son ordinateur, ce qui était tout de même moins gracieux. Elle leva vers lui ses yeux scintillants de défi et lui proposa de s'asseoir. Il refusa, se contentant de se planter debout derrière elle en croisant les bras. Sur l'écran venait de s'afficher un portrait de lui-même, manifestement modélisé par l'ordinateur. L'image était si fidèle qu'il y reconnaissait même son rictus moqueur et son regard franc. Il afficha les mêmes sur son propre visage :

« Hn ! Encore une fois, ta technologie archaïque ne te permet de faire que des images en deux dimensions... »

En guise de réponse, elle se tourna vers lui en lui jetant un regard à la fois lasse et meurtrier.

Il ne lui laissa pas le temps de se mettre à parler et lui indiqua l'écran du menton : « Qu'est-ce que tu comptes faire avec une image de moi ?

-Je voudrais que tu me décrives à quoi ressemblait ton père. Indiqua-t-elle en laissant tomber la critique précédente.

-Hein ? Et pour quoi faire ?

-Je vais te prouver que tu connaissais ta mère. » Affirma la scientifique.

Il comprit immédiatement où elle voulait en venir, mais la laissa tout de même expliquer sa démarche qui l'ennuyait déjà, avant même qu'ils aient commencé.

« Je peux calculer à quoi ressemblait ta mère à partir de ton image et de celle de ton père. Si, comme tu le penses, les saiyans n'ont pas de sens de la parentalité, alors le portrait qui va s'afficher sur cet ordinateur ne te dira sans doute rien. Moi je ne pense pas qu'on puisse spontanément porter un enfant et ensuite ne pas souhaiter le voir grandir.

-Humaine, répliqua-t-il stoïquement. Encore une fois je n'ai pas de mère, j'ai une génitrice. Et elle ne m'a pas porté puisque nous avions des couveuses. Ça leur évitait d'être incapables de se battre et de se traîner pathétiquement pendant toute l'incubation. Si tu es un génie tu devrais y penser d'ailleurs, avant de ne plus pouvoir marcher.

-Merci pour ta proposition bienveillante Végéta, dévia-t-elle d'un ton sarcastique. Et maintenant tu es prêt à jouer ou tu as peur ? »

Il n'avait pas peur. Il avait envie de jouer. Envie de l'écraser et de lui donner tors. Envie de voir s'effondrer ses jolies certitudes dans ses jolis yeux bleus. Quitte à passer une demi-heure en sa compagnie, baigné dans son parfum d'épices et d'océan. Quitte à rester à contempler ses doigts habiles qui voltigeaient sur le clavier. Quitte à rester planté là, si proche et pourtant si loin du joli creux de son cou, si vulnérable, si appétissant. Quitte à tolérer un temps cette légère mais plutôt agréable tension que cela provoquait dans son bas-ventre. À la fois soulagé et frustré qu'elle lui tourne le dos, focalisée sur l'image à l'écran, qui au fur-et-à-mesure de ses descriptions, évoluait pour prendre des traits qu'il pensait ne plus jamais voir, et qui d'ailleurs ne lui manquaient pas. Il était même difficile de se rappeler de chaque détail, mais Bulma était patiente (ce qui d'ailleurs n'arrivait que quand il s'agissait de faire marcher sa technologie). Elle changeait un à un les paramètres physionomiques du portrait dans un sens puis dans l'autre jusqu'à ce que le saiyan trouve la mesure qui lui convenait le mieux. La taille du nez, l'épaisseur des sourcils, l'ossature de la mâchoire, la forme des yeux.

La promesse du « ça ne durera pas longtemps » n'avait pas le moindre sens dans ce genre de moments hors de l'espace et du temps. Et au final, Végéta s'en fichait complètement. Il était à l'aise en cet instant. Et plutôt satisfait de lui d'ailleurs : « Bon. Voilà. Il ressemblait plutôt à ça. » Annonça-t-il enfin.

Sur l'écran en face, le portrait robot de son père le dévisageait d'un air sévère. Le prince n'aurait même pas été surpris si l'image s'était mise à parler : « Tu es l'élite mon fils. Tu es le plus fort de tous. Tu entreras dans la légende. »

« Il te ressemble énormément. Commenta Bulma en se retournant vers lui avec un ton de conversation. Mais la barbe ajoute un vrai plus, je trouve.

-Tsss ! Se renfrogna Végéta en croisant immédiatement les bras et redressant la tête fièrement. Et maintenant ? Sérieusement, comment tu peux imaginer réussir à recréer le portrait de ma génitrice à partir de deux images ?

-Tssss ! Siffla-t-elle à son tour en dressant la tête dignement. J'ai inventé le dragon radar, un bracelet à se miniaturiser soi-même, je travaille sur des simulateurs de gravité et des hop-pop capsules, j'invente des véhicules volants et des robots de combat tous les jours. Je suis un génie, non de non ! Alors arrête de me remettre en question si tu ne veux pas avoir à faire la prochaine maintenance de ta salle de gravité tout seul !

-Hn ! » Ricana-t-il d'un air hautain.

L'atmosphère de défi était lancée, ils pouvaient passer aux choses sérieuses.

Bulma se retourna à nouveau vers son ordinateur, et appuya sur la touche entrée.

La machine se mit à calculer.

Une silhouette noire.

Puis une silhouette floue.

Puis un portrait s'afficha.

Première seconde. Tous deux contemplèrent en silence la femme brune qui semblait les dévisager au travers de l'écran, de son regard ferme et impitoyable.

Deuxième seconde. « Alors ? » S'enquit Bulma sans quitter l'image des yeux. « Elle te dit quelque chose ? »

Troisième se... « Non. Voilà. Fin de l'histoire. Tu t'es encore trompée sur mon sujet. »

Fin de la troisième seconde. Bulma se retourna, surprise, lorsque la porte claqua.

Vlan ! Elle se retrouvait seule dans son laboratoire.

Déjà dehors, il fallut moins d'une seconde à Végéta pour atteindre la porte de sa chambre de gravité, quatre maudites secondes à attendre que celle-ci s'ouvre, et à nouveau quatre saletés de fichues secondes de merde pour que celle-ci se referme derrière lui.

Là, seul dans son domaine, il s'autorisa à nouveau à réfléchir, expira profondément et croisa les bras.

Puis il se retourna vivement et, serrant les dents encore plus fort, il frappa le mur dans lequel son poing s'enfonça jusqu'à l'épaule.

C'est là qu'il put enfin s'autoriser à ciller et à prendre une longue inspiration. Il retira lentement son bras du mur, où l'orifice commença immédiatement à se refermer. Il contempla un temps sa main comme s'il s'étonnait de n'y trouver aucune nouvelle égratignure, puis il fronça à nouveau les sourcils, croisa les bras, et s'adossa au mur.

Cette peste d'humaine avait cherché à lui démontrer que même chez les saiyans, les géniteurs d'un enfant s'intéressaient à celui-ci, même s'ils n'en étaient pas désigné parent. Quelle connerie ! Il connaissait tout de même mieux sa propre race que cette stupide terrienne naïve sur sa planète paumée !

Ton sang va couler dans ses veines. Même quand tu mourras il restera un petit peu de toi qui vivra au travers de lui. Tu vas vouloir voir comment il grandit, savoir si tu peux être fier ou avoir honte de lui, peut-être même essayer de lui apprendre une chose ou deux.

Mais quelle idiote ! Ce n'était qu'une coïncidence ! Mais comment lui expliquer cela ? Lui répondre sur un ton de conversation : « Tiens oui, je la connaissais, c'était une guerrière d'élite affectée à ma formation sur la stratégie de guerre. Elle savait renverser un combat qui tournait mal comme personne, et c'est elle qui m'a appris à jouer au oorlog. Elle était tellement fière de sa mission qu'on raconte qu'elle s'est portée volontaire pour plusieurs missions suicide quand j'ai été affecté à des missions pour Frieza où elle n'a pas été autorisée à m'accompagner. »

Non, il valait peut-être mieux éviter de lui raconter cela... Elle ne comprendrait pas que c'était simplement logique qu'une guerrière de haute élite soit choisie comme reproductrice et puisse également être chargée d'une part de la formation du futur roi.

Le portrait était approximatif. La coiffure n'était pas la bonne. L'âge non plus. Il manquait les cicatrices et l'oreille coupée. Pourtant pas l'ombre d'un doute : ce visage, ce regard sévère et implacable, cet air indéchiffrable... C'était Aiya.

Ils n'avait pas pu l'inventer.

Bon. Et alors ?

Cette femme lui avait-elle porté une attention particulière ? Évidemment ! Il était le prince.

Avait-elle cherché à lui apprendre le meilleur de ses techniques de combat ? Évidemment ! Il avait été son seul élève.

Avait-elle été fière de lui ? Évidemment ! Il était un prodige.

Avait-elle tenu à être à ses côtés ? Évidemment ! Une telle mission est un grand honneur, s'en faire déchoir avait dû être le pire pour elle. Malheureusement, Frieza n'avait jamais toléré que des missions d'importance soient confiée à des escadrons comprenant des femelles. Elle avait très mal pris cette offense et plus mal encore l'impuissance du roi à en décider autrement.

Bon, et alors ? Tout cela paraissait parfaitement logique, génitrice ou pas.

La démonstration de la scientifique terrienne n'avait servi à rien. Elle avait trouvé l'exception qui confirmait la règle.

Bulma se trompait à son sujet.

Et il ne comprenait vraiment pas pourquoi elle déployait tant d'efforts rien que pour essayer de lui faire croire qu'un jour il prêterait la moindre attention au fœtus qui grossissait dans son ventre. Tout ça alors qu'elle lui avait clairement affirmé qu'elle n'avait pas besoin de lui pour élever son rejeton et qu'il ne pourrait plus revenir sur sa décision de la laisser se démerder toute seule. Comme s'il en avait jamais eu ou en aurait jamais quelque chose à foutre !

Par contre, s'il n'en avait rien à faire ni de la mère ni de son gosse, une chose continuait d'attiser sa convoitise : c'était la femme. Celle qui refaisait surface à chaque fois dans ces yeux bleus qui le transperçaient et qu'elle promenait discrètement sur lui, dans ces mains habiles qui savaient tout faire, dans cet arôme d'épices et d'océan qui l'accompagnait où qu'elle aille. Pourquoi diable ne pouvait-il plus la goûter sous prétexte qu'elle avait été fécondée ? Pourquoi la relation si pratique qu'ils avaient entretenue tous deux ne lui convenait-elle soudainement plus ? Bon, d'accord, elle avait déjà tenté plusieurs fois auparavant de le faire s'engager un peu plus auprès d'elle, mais jamais elle ne lui en avait tenu rigueur d'avoir refusé.

Encore ce maudit fil de pensée !

Adossé au mur de la chambre de gravité, les bras croisés et les doigts tapotant sur ses biceps, le saiyan resta longuement perdu dans ses pensées. Ses conclusions, loin de celles auxquelles s'attendaient Bulma, furent les suivantes :

Ce dont il était certain, c'était qu'il n'en avait rien à faire de la vie de cette terrienne ni de celle de son gosse, il n'y voulait aucune place tout comme il n'envisageait absolument pas de leur faire la moindre place dans la sienne. L'humaine avait eu beau lui poser cette question à répétition et sous tous les angles au cours des derniers mois, pour lui, cette certitude tombait sous le sens.

Ce qu'il ne comprenait absolument pas, c'était les motifs de l'humaine, avec toutes ses insinuations, ses tentatives de démonstrations. Pourquoi elle tentait, sans succès, de le faire douter de sa propre nature. Tout cela n'avait pas de sens. Quoique en général, rien n'avait jamais de sens avec elle.

Ce qu'il avait pensé pouvoir ignorer mais qui revenait constamment hanter ses pensées, c'était qu'il la désirait encore et ne voyait vraiment pas pourquoi il devrait s'interdire de profiter d'elle. Surtout quand elle faisait tourner son maudit crayon entre ses maudits doigts. Il en arrivait à envier un crayon !

Ce qu'il savait ignorer, c'était si oui ou non, il avait développé une addiction à cette femelle. En fait il s'en fichait pas mal. S'il voulait cette proie, il n'avait qu'à la chasser.

Ce dont il était sûr, c'était qu'il lui faudrait ruser. Il ne pouvait pas utiliser la force avec elle. Il voulait qu'elle passe ses doigts habiles sur lui. Il voulait l'océan déchaîné dans ses yeux.

Mais elle lui avait clairement fait comprendre qu'il n'était plus le bienvenu.

Ah vraiment ?

C'était son tour à lui de la piéger elle. Et de la faire remettre en question ce qu'elle croyait vrai à son propre sujet.

Il ne se lasserait jamais de chercher à la briser psychologiquement.