[Notes de l'auteure] Bonjour bonjour ! Nous voici repartis pour un nouveau chapitre ! Il y a deux extraits de chansons qui ne m'appartiennent pas : Confidences pour confidences, de Jean Schultheis, et une traduction en freestyle (donc sans vocation à être fidèle aux paroles) de I love rock'n'roll, de The Arrows. (On en apprend des choses quand on cherche les auteurs des chansons!)

Oh pétaaaard ! On a passé la barre des 200 reviews, ce qui fait autant de commentaires gentils ! Merci encore pour tous vos commentaires et encouragements. Ce sont les seuls de mes emails que j'ai envie de lire quand je les reçois !

Pour répondre à vos quelques remarques/questions :

CelineEverdeen : j'avoue que moi aussi j'aime bien lire des lemons, mais il faut bien avouer que c'est galère à écrire, parce que les scènes d'interactions physiques (combat, sexe, danse) sont les plus difficiles à mettre en mots, et parce que malgré les mots, tout le monde a une interprétation différente. J'essaye de m'en tenir à ce qui fait avancer l'intrigue et les ressentis des personnages, en essayant de ne pas sombrer dans la répétitivité. Il y a un moment où on ne sait plus quoi ajouter, tout est dit… Mais rassure-toi, si l'histoire se poursuit comme prévu, il devrait y avoir d'autres scènes intenses !

elfania et Alex : Oui, vos pronostics sont justes !

À bientôt et bonne lecture !


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Le soleil couchant offrait ses derniers rayons flamboyants en offrande à la mer aux mille et un reflets chatoyants. Une douce brise joueuse faisait danser les feuilles des palmiers et les cheveux des jeunes gens installés dessous, profitant avec délice du sable encore chaud sous leurs pieds fatigués d'avoir trop dansé. Un peu plus loin, la musique battait son plein.

Un souvenir si proche et pourtant déjà si lointain qu'il ressemblait déjà à un rêve égaré...

« Je vais devoir repartir demain finalement. » Annonça Bulma, mi-assise mi-allongée, les coudes dans le sable chaud, les jambes étalées devant elle, son verre à côté d'elle, exhibant son ventre arrondi aux camarades de danse devenus ses amis le temps d'un festival.

« Ah bon ? S'exclama une brune aux traits exotiques et au maquillage exagéré qui s'appelait Marzie. Mais tu as à peine pris le temps de profiter du festival !

-Il y a pas deux jours, tu pestais contre tous les hommes de la Terre et contre la Terre entière ! Renchérit Janver, le garçon le plus jeune du groupe qui se baladait torse-nu en permanence pour mieux exhiber ses tatouages. Tu m'as même envoyé bouler en plein milieu d'une passe de salsa !

-Je sais, désolée, je resterais bien volontiers, mais les affaires m'appellent. Répondit Bulma avec un soupir. J'ai pris des vacances un peu précipitées, mais mon boulot a besoin de moi.

-Pffff, c'est naze... Compatit l'homme installé juste à côté de Bulma et dont elle n'avait toujours pas retenu le nom.

-Et... ça va aller pour... » Commença April d'un air inquiet.

Bulma tourna un sourire vers son amie à tête de raton-laveur, installée main dans la main avec un garçon qui avait une tête de castor aux airs absolument adorable avec ses grosses lunettes rondes. Parmi tous les beaux mecs du festival, il avait fallu qu'April s'entiche de la seule autre personne qui avait également une tête d'animal, et répétait sans succès à quiconque lui faisait la remarque que c'était un pur hasard. C'était grâce à elle que Bulma se trouvait ici, et elle était extrêmement reconnaissante à son amie de lui avoir proposé de venir. Ça avait été sa bouée de sauvetage dans une mer de perdition.

Et dire qu'elle avait à peine expliqué à April pourquoi elle allait mal...

« Est-ce que tu vas t'en sortir... Tenta de poursuivre son amie en cherchant ses mots. Avec... le garçon qui t'embête ?

-Oui, enfin je pense... Se rembrunit Bulma. Ça dépend comment il a pris mon absence...

-Un garçon ? S'étonna Marzie. Il y a un garçon qui t'embête ? »

Bulma hésita. Devait-elle garder ses secrets et sa fierté pour elle ou pouvait-elle soulager son cœur auprès de camarades bienveillants qu'elle ne reverrait sans doute jamais (à part April) et qui ignoraient tout de sa vie ?

C'était trop tard pour y songer, la curiosité de ses camarades était piquée : « C'est ton petit-ami ? S'enquit Feb', un grand blond aux yeux bleus qui avait à peu près son âge. Ça explique pourquoi tu as repoussé toutes mes avances ! Il suffisait de le dire, ma belle !

-Non, se défendit Bulma amusée, non c'est pas du tout mon copain !

-Eh désolé Feb', le nargua Janver, il faut te résoudre à l'évidence, tu ne plais vraiment pas à Bulma.

-How ! Se lamenta faussement celui-ci, tu m'as brisé le cœur deux fois ! »

Bulma s'amusait de la situation. Elle était bien. Mais ses autres camarades ne laissèrent pas si facilement tomber le sujet précédent :

« Lors c'est qui ce mec qui te fait des misères, Bulma ? Tu ne t'es quand même pas fait harceler au moins ?

-Non... Enfin... Pas vraiment... C'est compliqué...

-C'est le père ? » Demanda de but-en-blanc Sédambre, la rousse dont la tignasse emmêlée dépassait en volume celui de toute sa frêle silhouette emmaillotée dans une robe serrée qui accentuait ce contraste.

Bulma pinça les lèvres sans savoir quoi répondre. Ses mains qui s'enroulèrent autour de son ventre arrondi parlèrent pour elle.

« Ah. Fit Janver comme s'il venait de mettre le doigt sur un problème épineux.

-Disons que... Commença lentement Bulma. On a eu une relation... » Elle hésita, cherchant ses mots en fronçant les sourcils.

« Ça, on s'en serait pas douté ! Moqua gentiment Sédambre avec un petit rire.

-Ouais, bah c'est pas facile à expliquer, figure-toi ! Rétorqua moins gentiment Bulma.

-Oublie-la Bulma ! Intervint Feb' en adressant un coup de coude faussement accusateur à la rousse. Nous on t'écoute !

-Ouais, et si tu veux, on peut même aller péter la gueule à ce type s'il te fait trop chier ! » Proposa Janver avec ferveur en exhibant ses petits biceps tatoués.

Bulma éclata de rire avant d'agiter la main pour signaler que ce ne serait pas nécessaire.

« Vous vous êtes disputés ? Tenta de deviner April avec douceur.

-Non... Enfin oui, mais c'est pas le problème... C'est... Il ne veut pas reconnaître l'enfant... »

Il y eut un moment de blanc.

« Ah merde... Fit Marzie.

-Quel naze ! Fit Feb'.

-Oh... Fit Sédambre.

-Immature... Fit le voisin de Bulma.

-Nan mais si je vais lui péter la gueule. » Fit Janver.

L'ami d'April siffla entre ses dents allongées.

April resta silencieuse.

Bulma lâcha la suite d'un bloc : « Et en plus, ce n'est même pas ce qui me pose le plus problème. »

Les autres attendirent, elle finit par poursuivre : « Je... Il... C'est pas mon petit-ami... Il n'a jamais voulu... Ne voudra jamais être mon petit-ami. Mais moi non plus hein, enfin... pas au début, enfin pas...

-Un plan cul quoi. Résuma Marzie pragmatique.

-Non. Enfin si... Oui peut-être. Mais... Non... Enfin... J'aime pas ce mot... Je sais pas ce que c'était, mais il n'y avait pas plus, même si... Il n'y aura jamais plus. Et moi je ne peux pas continuer à... Je sais qu'un jour il va partir sans même penser à dire au revoir. Et moi je... Il s'en fout. Je ne veux pas... Une relation sans lendemain... Mais putain je ne sais pas comment résister à ce connard ! Et il en joue en plus ! Il veut juste continuer, lui, il ne se prend pas la tête. Il ne comprend pas... Je ne peux pas lui expliquer pourquoi j'ai mis fin à... Je ne veux plus d'un plan cul.

« Ah merde... Répéta Marzie.

-Quel naze ! Répéta Feb'.

-Oh... Répéta Sédambre.

-Dis-moi où il est ce p'tit con, que j'lui pète la gueule ! » Répéta Janver.

L'ami d'April siffla à nouveau entre ses dents allongées.

April resta encore silencieuse.

« Bienvenue au club. Murmura avec un sourire triste celui dont Bulma avait oublié le nom. Je sais ce que c'est d'être amoureux de quelqu'un qui profite de toi sans t'aimer en retour. »

Une seconde.

Deux secondes.

Trois sec... « Non mais je... Je ne suis pas amoureuse ! » S'exclama Bulma sur la défensive. « Je... Je dis ça pour mon bébé. La stabilité du couple c'est le critère numéro un pour l'épanouissement d'un enfant !

-Bulma. Sourit April. À qui tu veux faire croire les salades que tu racontes, là ? À toi ?

-Mais non ! C'est pas des salades ! S'insurgea celle-ci. Ce sont des données scientifiquement prou...

-Tu es amoureuse.

-Non ! Mais non, non ! Certainement pas ! Il est tout le contraire de ce que j'attends d'un homme... Niveau caractère je veux dire... Enfin il... Bon, OK, j'ai commencé à m'attacher un peu à lui. Mais non, je ne suis pas...

-Est-ce que tu lui as déjà proposé d'être ton petit-ami ? Tenta Marzie.

-Nnnnn... Hmf... Oui. » Se renfrogna Bulma en croisant les bras après un effort d'honnêteté considérable. Elle fixa la sable sous ses pieds. Sa fierté souffrait mais sa conscience était soulagée.

« Oh putain... Se lamenta Feb'. Tu veux dire qu'y'a un crétin qui a eu le culot de te mettre un râteau, à toi ? »

Bulma le foudroya du regard, mais ses camarades intervinrent à temps.

« Mais qu'est ce que tu attends pour le chauffer à blanc ? Demanda Marzie.

-J'ai essayé figure-toi ! Claqua Bulma. Et crois-moi, je sais y faire pour attirer un homme. Mais là si je continue c'est moi qui vais y laisser des plumes, je le sens. Ce crétin est tellement bouché et borné qu'il ne vas même pas envisager d'y réfléchir une seconde. Et il ne faut surtout pas qu'il croie que moi je... Tous les points faibles que je peux montrer face à lui, il les exploite contre moi ! » S'insurgea-t-elle en prenant des grandes poignées de sables qu'elle jeta rageusement vers la mer impassible.

« Ouais, lança Janver avec hargne, donc pour résumer, il y a un connard qui t'a mise enceinte et qui te laisse toute seule te démerder pour la suite, mais en plus il voudrait bien continuer à profiter de toi sans s'engager et sans en avoir rien à faire de tes sentiments. »

Bulma ne répondit pas. Elle se mordait la lèvre en luttant contre une envie stupide de défendre le connard en question.

« Tu veux vraiment pas que je lui pète la gueule ? Insista le jeune.

-Arrête avec ça Janver ! Intervint le voisin de Bulma en se levant et époussetant ses mains pleines de sable. C'est complètement immature comme réaction, et ça ne mène nulle part. Ce qu'il te faut, Bulma, c'est tourner la page, et vite... Avant que tu n'aies trop de lignes écrites dessus...

-Facile à dire, marmonna Bulma en appréciant la métaphore. Je dois bien déjà en être à au moins trente-cinq chapitres...

-Alors tourne la page maintenant. » Proposa-t-il fermement avec un sourire, en lui tendant la main pour l'aider à se relever. « Il te reste juste cette nuit pour le faire, alors donne-toi à fond. Viens danser ! Il faut que tu penses à autre chose. Tu peux tomber amoureuse de tous les cavaliers que tu veux sur les musiques que tu veux, juste pour cette nuit si tu veux. Il n'y a rien de mieux pour guérir, j'en sais quelque chose. Quelqu'un qui ne veut pas de toi ne mérite pas que tu penses à lui. Pour nous, demain tu t'en vas et on ne te reverra sans doute plus jamais. Alors laisse-nous te faire danser !

-Prem's ! S'écria Feb' en bondissant sur ses pieds et saisissant la main de Bulma qui venait de se lever et essuyait le sable sur ses jambes. Il posa un genou au sol face à elle et déclama d'un air romantique : « Gente damoiselle, m'accorderiez-vous la prochaine danse ? »

Bulma sourit, amusée. Le temps qu'elle lève les yeux, tous ses compagnons s'étaient levés, déterminés à danser jusqu'à épuisement et profiter de sa compagnie jusqu'au bout. Ça faisait chaud au cœur.

« Okay. » Répondit-elle à son tour, déterminée et soulagée d'avoir pu vider son sac. Il ne lui restait plus qu'à vider son esprit et son corps en se fondant dans la musique.

Quand ils s'engagèrent vers la piste de danse la plus proche, la seule fausse note dans ce moment parfait furent les paroles de la chanson en cours. Tous ses amis le comprirent immédiatement, et sans se concerter, tous continuèrent leur route en direction de la deuxième piste de danse située cinquante mètres plus loin. Bulma se retourna une seule fois pour regarder derrière elle le dernier rayon de soleil se noyant dans les vagues en un dernier sursaut. Derrière elle, sur la piste de danse qu'ils avaient ignorée, les paroles de la chanson s'affaiblissaient également à mesure qu'ils s'éloignaient.

Je me fous

Fous de vous.

Vous m'aimez.

Mais pas moi.

Moi je vous

Voulais mais

Confidences pour confidences,

C'est moi que j'aime à travers vous

Mais aimez-moi,

À genoux,

J'en suis fou.

Mais confidences pour confidences.

C'est toujours moi que j'aime à travers vous.

Bulma haussa les épaules et rattrapa son retard sur ses camarades. Devant eux, la musique qui s'amplifiait chantait Le rock c'est ma vie.

Alors lance la musique suivante, chéri !

Le rock c'est ma vie.

Viens danse avec moi toute la nuit !

Je m'suis approchée de lui. Comment tu t'appelles ?

Il m'a dit. Quelle importance, c'est du pareil au même.

J'ai dit. Je peux t'emmener chez moi.

Plus au calme on y sera.

Et on est partis comme ça.

Il était avec moi,

Ouais, moi !

On chantait Le rock c'est ma vie.

ooooo

« Alors lance la musique suivante, chéri. Le roooooock c'est ma vie. Viens danse avec moi toute la nuit ! » Chantait Bulma sous sa douche chez elle à deux heures du matin. Ça avait marché une fois, ça marcherait bien encore. Elle était rentrée de ces vacances si détendue, hors de question de se laisser ruiner le moral pour dix minutes de discussion avec le roi des égoïstes.

Et pourtant, c'était bien ce qui s'était produit.

Elle avait passé une journée très agréable en compagnie de ses parents à faire la connaissance de monsieur Vendredi. Elle avait la délicieuse impression qu'il n'avait déjà d'yeux que pour elle. Il était cultivé et agréable à la conversation. Bref, une journée parfaite, et des visites et négociations commerciales en perspective pour les deux prochains jours.

Mais il lui avait suffi d'une seule petite discussion avec Végéta pour ruiner sa bonne humeur à peine retrouvée.

Elle pensait avoir réussi à tourner la page cette nuit-là, sur la piste de danse, au rythme de ses musiques préférées. Quelle naïve ! Évidemment on ne tourne pas ce genre de page aussi facilement qu'on tourne sous le bras d'un cavalier ! Trente secondes de conversation, et elle s'était à nouveau retrouvée à insinuer à Végéta qu'ils pourraient être un couple. Qu'ils pourraient partager plus. Mais qu'est ce qui lui était passé par la tête bordel ?

Qu'est ce qui n'allait pas avec elle pour qu'elle ne soit pas fichue de se caser dans le crâne que cette histoire était impossible et que c'était tant mieux ?

« Le roooooock c'est ma vie ! Viens danse avec moi toute la nuit ! » S'égosilla-t-elle à nouveau en fermant fort les yeux et tendant son visage vers la pomme de douche sous les jets d'eau brûlante.

Heureusement, sa chambre était insonorisée.

Demain serait un autre jour.

ooooo

« Bah ? C'est quoi cet attroupement ? »

Un homme vêtu d'un uniforme de travail marqué aux couleurs de Capsule Corporation se retourna vers celui qui venait de poser la question, un jeune homme de petite taille, de dix ou quinze ans son cadet, pareillement vêtu. Il ne voyait sans doute pas au-dessus de la foule.

« Y'a la patronne qui fait une visite surprise. Apparemment, elle fait visiter l'usine à quelqu'un d'important.

-Ouais, enfin elle essaye ! Lança à côté d'eux une femme rousse en blouse blanche aux manches noircies. Tout le monde fait que de lui poser des questions. On dirait qu'il se passe un truc.

-La patronne est là ? S'étonna le jeune ouvrier. Tu m'étonnes, ça fait bien six mois qu'on ne l'a pas vue ! Où elle est ? Moi aussi je veux lui serrer la main !

-Bah, là-bas... Répondit la chimiste en haussant les épaules d'un air impuissant.

-Poussez-vous ! Annonça joyeusement une voix dans la foule devant eux. On retourne à nos postes !

-Hein ? S'étonnèrent de concert les trois personnes qui n'y voyaient rien.

-Retournez à vos postes s'il vous plaît ! Perça alors la voix de la dirigeante. Je passerai tous vous saluer, c'est promis ! Merci de donner une bonne image de notre société à notre invité qui vient de loin pour faire affaire avec nous ! »

Les deux ouvriers n'hésitèrent que pendant deux secondes avant de faire demi-tour et de retourner prendre leur place à la chaîne de montage des unités capsulaires. Le plus jeune avait à peine un an et demi d'expérience dans l'entreprise, et travaillait sur la chaîne de confection de l'enveloppe des hop-pop capsules. L'autre était en charge, avec quinze de ses congénères, du réglage manuel et extrêmement minutieux du module de compression dimensionnel, situé au bout de la salle de montage des capsules.

Au sein de cette immense salle haute de deux étages, remplie de machines munies de champs magnétiques anti-bruit, les discussions allaient toujours bon train pendant les heures de travail. Le mot se répandit comme une traînée de poudre que la patronne était en visite officielle avec un invité important à qui il faudrait montrer l'excellence technologique de Capsule Corporation. Certains avaient aussi entendu dire qu'il se passait quelque chose d'autre d'encore plus intéressant au sujet de la dirigeante, sans que personne sache quoi. Comme pour chaque présentation officielle, elle commençait la visite par le hangar de réception des matériaux et la salle de chimie, d'où émergeaient notamment les précieuses cellules de compression dimensionnelle dont le montage dans le module commencerait dans une salle d'assemblage isolée en raison de la fumée violette qui s'y produisait en permanence. Ensuite, les visiteurs arriveraient ici. La plus grande salle de l'usine, comprenant la totalité de la chaîne d'assemblage des hop-pop capsules, et en bout de chaîne, l'encapsulation et le tri des différents objets qui pouvaient être stockés à l'intérieur, et qui étaient confectionnés dans les chaînes de montage de l'étage supérieur.

« Dans cette usine-ci, on fabrique surtout des véhicules, chaque usine a un peu sa spécificité, vous voyez. » La dirigeante venait d'émerger de la pièce tampon, retirant d'un geste habitué son masque de protection qui lui avait permis de voir dans la pièce enfumée de volutes violettes. Ce faisant, elle rejeta ses cheveux bleus vers l'arrière pour les empêcher de tomber dans ses yeux, jetant un œil distrait vers les centaines de travailleurs qui s'affairaient à leurs diverses tâches.

Presque tous avaient rajusté leurs uniformes de travail, rehaussé leurs cols. Plus un seul papier chiffonné ni bout de métal ne traînait au sol. C'était de notoriété publique que ce genre d'événement était synonyme de prime exceptionnelle à la fin du mois, et chacun y mettait du sien pour que l'endroit ait l'air aussi impeccable que possible.

« Ah, et qu'est-ce qui détermine ce qui est fabriqué où ? » L'interrogea l'homme qui émergea à son tour de la petite pièce, se débattant avec le système d'accroche de son masque pour le retirer. Il avait tout du look du jeune manager dynamique qui a tout réussi dans la vie. Tout réussi... sauf à retirer ce maudit masque anti-fumée tout seul... Cinq autres personnes les accompagnaient, dont les deux coordinatrices du site de production. L'un d'eux dut l'aider à se débarrasser de l'équipement encombrant, tandis que la patronne répondait avec nonchalance :

« Hmm. Disons un mélange subtil entre la proximité des sites de production des matières premières, les viviers d'emploi, la localisation des acheteurs, et aussi du contexte historique. Cette usine est la première qu'ait fait construire mon père quand il a fondé Capsule Corporation. Au début, toute la chaîne de montage de ce site se trouvait dans la pièce d'où nous venons. Ils étaient trois personnes.

-Mhmm. » Acquiesça le jeune manager dynamique, enfin débarrassé de son masque, en scrutant avec intérêt l'immense hall de montage.

« Hey... Souffla la voisine du jeune ouvrier sur la chaîne d'assemblage, mais c'est qu'il est beau-gosse en plus ! » Ses deux voisines lui répondirent par un gloussement entendu. Elles non plus, le charmant homme d'affaire avec sa jolie cravate verte nonchalamment dénouée qui semblait appeler à être dénouée davantage ne les laissait pas indifférentes.

« Bah ! S'amusa le garçon dans un chuchotement à peine plus audible. Tu n'as aucune chance à côté de la patronne !

-Oui, bah elle ne va quand même pas garder pour elle tous les beaux mecs qui passent ici, non ? Elle pourrait quand même nous en laisser draguer un de temps en temps, non ?

-C'était plus facile quand c'était son père. Commenta une autre avec un sourire navré.

-Ouais, c'est sûr ! Mais on avait carrément moins de visiteurs croquants aussi !

-Bah... Bougonna leur voisin. Tous ces gens riches qui font affaire entre eux et se partagent le monde sans nous, ça me désespère !

-Eh ! Lui murmura sa voisine en fronçant les sourcils. Si tu veux t'exprimer tu pourrais déjà commencer par venir aux assemblées du personnel au lieu de rentrer chez toi en avance ! »

Ils durent interrompre leur conversation à l'approche du petit convoi de dirigeants qui menaient leur invité entre les machines en expliquant sous toutes les coutures le pourquoi du comment du fonctionnement de l'usine. La collègue assise en face du jeune ouvrier fut la première à remarquer le détail croustillant. Elle interrompit net son travail pour écarquiller les yeux en direction du petit attroupement qui arrivait vers eux. Curieux, tous les ouvriers de la chaîne se tournèrent les uns après les autres dans la même direction par imitation, cherchant à trouver ce qu'il pouvait bien y avoir d'intéressant à voir, et tentant lamentablement de rester discrets.

La femme aux cheveux bleus, droite et fière dans ses talons hauts qui claquaient sur le sol, était parvenue à l'extrémité du poste travail sur lequel ils s'affairaient. Elle entreprit alors de serrer les mains une par une en appelant chacun par son prénom. Plus elle se rapprochait, plus le jeune ouvrier trouvait sa silhouette étrange. Les premières personnes à qui elle avait serré la main ne s'y trompèrent pas :

« Oh, mademoiselle Bulma ! Félicitations !

-Oui, félicitations !

-Est-ce qu'on vous appelle encore mademoiselle, ou bien madame ? Tenta une voix timide.

-Non, non, le rassura la dirigeante, ne vous en faites pas c'est toujours mademoiselle. Bonjour Deccio.

-Bonjour mademoiselle. Et félicitations également.

-Merci. Bonjour Triss. Bonjour Carto.

-Félicitations mademoiselle Bulma. Dites-nous, c'est pour quand ?

-C'est une fille ou un garçon ? »

Le mot commençait à se propager de façon incontrôlée entre tous les travailleurs. La patronne était enceinte ! Voilà un événement qui surprenait tout le monde ! Certes, cette femme toujours sûre d'elle savait mettre ses charmes à profit, et personne ne savait vraiment à quoi ressemblait sa vie privée, mais... Tout le monde connaissait son caractère sanguin et sa promptitude à hurler des reproches à quiconque la contrariait, surtout lorsqu'elle avait oublié de transmettre les indications nécessaires ou que les résultats de ses propres expériences étaient infructueux. Par ailleurs, elle ne semblait pas vraiment avoir de vie privée en dehors de son laboratoire où elle menait certainement des expériences de savant-fou jour et nuit, tout comme son père. Elle le démontrait à chaque fois qu'elle venait à l'usine pour prendre part à une production spécifique ou une expérience particulièrement complexe. Il semblait alors qu'elle et son père ne quittaient jamais les lieux tant que le travail n'était pas terminé. Cela avait été le cas notamment lorsqu'ils avaient construit ce nouveau modèle de navette spatiale, en deux exemplaires uniquement, trois ou quatre ans auparavant. Sans aucun doute, des gens qui passaient autant de temps à travailler n'avaient pas de vie en dehors, si ?

Mais à nouveau, les génies de Capsule Corporation parvenaient à surprendre. Après tout, monsieur Briefs avait une fille. Et celle-ci se promenait à présent dans l'usine, une main sur son ventre arrondi et un grand sourire aux lèvres, insistant pour que l'on continue à l'appeler mademoiselle alors que tout de son allure inspirait à l'appeler madame.

« Bonjour Septim ! »

La gorge du jeune ouvrier se serra lorsqu'il leva les yeux vers sa dirigeante qui l'avait appelé par son nom. Il lui serra la main à son tour et lui répondit d'un faible sourire : « Bonjour mademoiselle.

-Eh bien, vous en faites une tête ! Remarqua-t-elle cordialement.

-Désolé... J'étais en train de me dire que l'heureux futur-papa a vraiment beaucoup de chance. Si vous saviez combien je l'envie... Félicitations. »

De manière tout à fait prévisible, la femme aux cheveux bleus s'en trouva très flattée, mais le jeune ouvrier aurait pu jurer voir passer une ombre dans ses grands yeux clairs. Elle détourna bien vite le regard et se mit à rire : « Ahahaha ! Non, croyez-moi, vous n'avez rien à lui envier ! Restez donc toujours aussi aimable et souriant, prenez le temps de profiter de la vie et prenez soin d'en profiter longtemps ! C'est bien mieux ! Vous savez, à force d'envier les autres, on ne voit pas sa propre chance, ne faites pas cette erreur vous aussi ! »

Elle avait parlé d'une voix douce, mais il sembla au jeune ouvrier qu'une pointe de tristesse enrobait ses paroles. Très peu de gens avaient entendu la remarque, et il se garderait bien d'en parler à quiconque. Ces paroles, elle les lui avait adressées à lui, rien qu'à lui. Son cœur se serra davantage lorsqu'il répondit en se forçant à sourire :

« Oui mademoiselle. Vous avez raison mademoiselle. Merci mademoiselle. »

Oh misère ! Qu'elle était belle quand elle lui adressa ce sourire franc, rien qu'à lui. Qu'elle était belle quand elle s'éloigna pour poursuivre sa ronde des bonjours sans plus se soucier de lui. Qu'elle était belle avec sa main posée sur son ventre arrondi. Belle et tout à fait hors d'atteinte. Aujourd'hui plus que jamais.

En soupirant, le jeune ouvrier se remit au travail.

ooooo

« Dites-moi, miss Bulma. J'espère ne pas être indiscret en vous faisant cette remarque, et j'espère que vous pardonnerez ma curiosité, mais maintenant que je vous connais mieux, j'ai clairement l'impression qu'il y a un mystère à propos du père de votre enfant... »

Bulma leva les yeux du verre qu'elle tenait dans la main pour dévisager l'homme assis face à elle. Le gentleman à la cravate verte nonchalamment desserrée la dévisageait aimablement de ses yeux couleur châtaigne. Ils avaient passé la journée à visiter les sites de production de Capsule Corporation. Des centaines de mains serrées, l'équivalent de plusieurs kilomètres à pied dont de nombreux escaliers, et encore des visites prévues pour le lendemain. Bulma était exténuée, ses jambes étaient douloureuses, son ventre lui paraissait plus lourd que jamais, le petit habitant prenait de plus en plus de place et se mettait à l'aise ! Elle avait eu envie d'aller aux toilettes tout le temps, régulièrement eu besoin de s'asseoir pour se reposer, s'était pris plusieurs coups de pieds de son bienheureux petit locataire, et manqué de se casser la figure deux fois. Elle ignorait pourquoi son sens de l'équilibre manquait aussi régulièrement à l'appel. Ce n'était pas prévu. Et le plus inquiétant dans tout ça, c'était qu'elle n'était enceinte que de six mois et que le pire était sûrement encore à venir. Il lui restait près de trois mois d'incubation avant que sa plus belle création ne voie le jour. La scientifique en elle trépignait d'impatience, la femme en elle se lamentait sur son sort...

Son père ne les avait accompagnés que sur une seule des trois usines visitées, et pourtant, il avait semblé encore plus fatigué qu'elle ce soir. Aussi, Bulma n'avait pas été surprise lorsqu'il s'était levé pour leur souhaiter une bonne nuit dès le repas terminé, aussitôt suivi par sa mère qui s'inquiétait pour lui.

Bulma passait donc à nouveau une soirée paisible à partager un verre avec son aimable invité qui s'était montré tout à fait charmant tout au long de la journée.

Lorsque les robots ménagers s'étaient activés quelques minutes auparavant, ils avaient tous deux migré de la table du salon vers le comptoir de la cuisine, afin de ne pas être envahis par les multiples plats qui arrivaient sur la table, tout en gardant le frigo et les boissons à portée de main. Ils en étaient sans doute déjà à leur cinquième verre, bien que sans alcool, ce qui n'était pas pour arranger sa pauvre vessie comprimée.

Vendredi s'était à peine étonné de la quantité de plats et de l'heure tardive à laquelle mangeait le « testeur sous gravité » qui s'était installé pour manger quelques minutes plus tard, sans daigner répondre à leur « bonsoir » ni même les regarder, un bandage au bras. L'explication comme quoi l'épanouissement des ouvriers est la clef de la réussite avait semblé lui convenir. En réalité, il avait attendu un moment propice pour poser d'autres questions. Concernant le père de l'enfant.

L'occasion s'était enfin présentée quelques secondes auparavant.

Amusée par la « remarque indiscrète », Bulma analysa que son aimable interlocuteur avait une idée derrière la tête : « Un mystère à propos du père ? Et quelles sont vos hypothèses ?

-Eh bien. C'est que je ne voudrais pas paraître indélicat...

-Non, non, allez-y ! L'encouragea-t-elle. Je suis curieuse de savoir ce que vous pensez ! » Elle aurait eu du mal à ne pas être de bonne humeur en présence de quelqu'un d'aussi agréable que monsieur Vendredi.

« Ah. Sourit timidement celui-ci. Eh bien... Tout d'abord, je suis convaincu qu'il existe et que vous savez qui c'est.

-Oh ? Fit Bulma en levant un sourcil.

-Venant d'un génie inventif comme vous, se justifia-t-il, ce n'était pas forcément une garantie.

-Ah, je vois. Acquiesça ledit génie en prenant une gorgée de son cocktail sans alcool. Mais vous avez dû réussir à tirer autre chose que des conclusions évidentes, n'est-ce pas ?

-Eh bien... C'est que je ne voudrais vraiment pas paraître indélicat... » Répéta-t-il en jetant un regard furtif en direction du quidam qui s'empiffrait en silence à l'autre bout de la pièce en leur tournant le dos.

Ce simple geste déclencha une sueur froide chez Bulma qui crut un instant qu'il avait deviné... Puis elle comprit juste à temps que son aimable interlocuteur cherchait simplement à déterminer s'il pouvait se permettre d'aborder ce sujet très personnel en la présence de cette autre personne qu'il ne connaissait pas. Ne voyant pas Bulma réagir, il se contenta de baisser le ton et de se pencher vers elle :

« En fait, j'ai trois hypothèses.

-Allez-y. » L'encouragea poliment Bulma. Vendredi l'avait accompagnée toute la journée, même lorsqu'elle avait fait le tour de tous les employés pour les saluer. Il avait entendu tout ce qu'elle avait pu leur dire, et beaucoup d'entre eux avaient posé des questions polies ou enthousiastes concernant sa grossesse.

« Ma première hypothèse, me semble assez peu probable. Commença-t-il à mi-voix. Ce serait que le père vous ait quittée. Peut-être même qu'il ignore que vous êtes enceinte, ou bien c'est ce qui l'a fait fuir. Peut-être même certainement que dans ce cas, vous ne souhaitez pas le revoir, ce que je comprends très bien. Ça expliquerait l'amertume dans vos paroles... » Il s'interrompit en voyant Bulma perdre son sourire et se reprit : « Mais je ne pense pas que ce soit possible. J'imagine mal comment quelqu'un de censé pourrait avoir eu la chance d'être votre petit-ami et avoir pu vous quitter... Et puis vous avez fait plusieurs allusions sur le fait de profiter de la vie... Donc j'ai une deuxième hypothèse... Peut-être un peu plus saugrenue, mais avec laquelle je m'expliquerais mieux certaines de vos paroles aujourd'hui...

-Ah ?

-Il est possible que... Mais je ne voudrais pas vous blesser...

-Non, non, allez-y !

-Peut-être que le père de cet enfant est mort... Ou qu'il lui est arrivé quelque chose de tragique... Si c'est le cas, miss Bulma, je ne veux surtout pas vous importuner en disant cela... » Il s'interrompit un moment pour dévisager son interlocutrice qui n'avait pas bronché. Prenant ce signe pour un encouragement à continuer, il poursuivit : « Mais... Vous semblez plus lui en vouloir que d'être triste, donc ça ne me semble pas logique non plus.

-Et votre troisième hypothèse ? » Bulma avait parlé calmement, finissant son verre dans la foulée. Ce n'était pas que cette conversation ne l'intéressait pas, mais elle était légèrement agacée par les conclusions auxquelles parvenait si habilement cet inconnu attentif, et puis elle espérait écourter car elle commençait à nouveau à avoir sérieusement besoin d'aller aux toilettes. Et pourquoi diable n'avait-il pas dans ses hypothèses le fait qu'elle avait choisi de quitter un petit-ami ingrat et indigne d'elle ? Ça aurait tout de même été plus valorisant !

« Eh bien... Ma troisième hypothèse me semble la plus probable, après y avoir mûrement réfléchi. Annonça Vendredi. Ça expliquerait que mes deux premières hypothèses ne tiennent pas la route, ni l'une ni l'autre...

-Et c'est ?

-Qu'en réalité il y a bien un heureux papa quelque part près d'ici, que tout va bien entre vous, et que vous vous jouez de moi. »

Bulma leva un regard amusé vers son interlocuteur qui la dévisagea en retour de ses petits yeux noisette sans ciller. Il semblait fier de sa conclusion, comme s'il venait de percer un petit complot à jour. Il poursuivit : « Allez, vous pouvez me le dire, je ne vous en voudrai pas ! Franchement, quel homme sur Terre serait assez stupide pour avoir eu la chance de vous donner un enfant et vous quitter ? Il est toujours avec vous n'est-ce pas ? C'est impossible qu'une femme belle et intelligente comme vous puisse être laissée seule ! Vous tentez juste de me charmer ! »

Incapable d'éclater de rire comme elle aurait voulu le faire, Bulma se contenta d'un faible sourire qui fut bien plus crédible au vu de ce qu'elle allait répondre : « Peut-être oui. Ou peut-être que votre deuxième hypothèse était juste...

-Oh... Fit-il en perdant son sourire d'un bloc. Mes excuses... Vous voulez dire que...

Elle soupira avant de trouver une justification crédible : « Vous aviez vu juste. Il est mort. Enfin, maintenant c'est tout comme. Et si je lui en veux, c'est parce qu'il aurait pu éviter ça et n'a pas su prendre suffisamment sur lui pour y parvenir. Voilà. Vous savez tout. »

Cette fois, son interlocuteur prit une mine sincèrement compatissante, avant de répondre d'une voix très douce : « Miss Bulma... Je... Je suis vraiment désolé... Je ne pensais pas...

-Ne vous en faites pas. Éluda Bulma en agitant la main en l'air et reposant son verre sur le comptoir. J'ai tourné la page. Ce sont des choses qui arrivent, surtout à moi... Mais si vous voulez bien m'excuser, je reviens tout de suite...

-Oh, oui, bien sûr... »

Il fallait vraiment qu'elle aille aux toilettes. Et monsieur Vendredi, bien plus délicat que Goku quelques années auparavant, n'avait pas besoin de lui poser la question pour comprendre où elle allait lorsqu'elle disait « Je reviens ». Il la laissa partir tranquillement.

Il n'était pas le seul à la suivre d'un regard intrigué lorsqu'elle quitta la pièce...

Bulma profita de ce moment de calme pour remettre un peu d'ordre à ses pensées. C'était presque inquiétant la pertinence des hypothèses qu'avait pu formuler Vendredi en seulement deux jours passés en sa compagnie. Ses trois maudites hypothèses étaient toutes fausses et justes à la fois ! Que le père de l'enfant l'avait envoyée bouler, que pour elle c'était un peu comme s'il était déjà mort, et que pour l'instant où qu'il soit, elle profitait de la situation pour jouer de ses charmes et encourager une négociation commerciale à bien se dérouler. Pfff !

Au diable ces hypothèses ridicules, elle avait tourné la page de toutes manières.

Et d'abord, il n'y avait rien de mal à charmer un homme tant que l'on s'en tenait à cela...

Une fois soulagée, la femme enceinte s'attarda devant son reflet dans le miroir de la salle de bains et se passa un peu d'eau sur la figure après s'être lavé les mains. Elle s'admira de face, profil droit, profil gauche, recala deux mèches rebelles derrière ses oreilles, et se lança un clin d'œil complice à elle-même. Elle était au top, comme il se devait !

Retournant vers le séjour, elle s'inquiéta un moment de voir Végéta émerger de la pièce, vraisemblablement en direction de sa chambre. Non de non, elle avait laissé son important fournisseur seul avec ce psychopathe !

... Bon, visiblement il n'avait pas de sang sur les mains...

Puis le regard noir qu'il jetait vers elle fut tout ce sur quoi elle resta capable de se concentrer.

Une seconde. Elle cilla violemment.

Deux secondes. Leurs pas ralentirent alors qu'ils se rapprochaient l'un de l'autre.

Trois secondes. Alors qu'ils allaient se croiser dans le couloir pourtant large, leurs épaules s'effleurèrent au même moment qu'ils décrochaient leurs regards.

« Alors comme ça, je suis mort, ou c'est tout comme ? » Grogna sourdement la voix du saiyan juste à côté d'elle.

Première seconde. Bulma se figea.

Deuxième seconde, elle tourna légèrement la tête vers lui pour le regarder en coin, rencontrant sans surprise ses yeux noirs plissés et ses sourcils froncés. Lui aussi la regardait de biais.

Trois secondes. Elle haussa les sourcils. Elle s'était attendue à ce qu'il réclame leur réunion quotidienne à laquelle il n'avait plus eu droit depuis bientôt une semaine, mais pas à ça.

« Oh, parce que tu as envie d'être le père de mon enfant maintenant ? Murmura-t-elle avec sarcasme. Hnm ! Qu'est ce que ça peut te faire ce que je raconte aux autres à propos d'une personne qui n'existe pas ? » Elle jouait sur les mots.

Dans la pénombre du couloir, elle ne vit pas les poings du saiyan se serrer au point que presque toutes les veines soient saillantes.

« Rien. Grogna-t-il à nouveau. C'est juste que ton petit jeu de manipulation avec cet imbécile m'amuse.

-Quel jeu de manipulation ?

-Ne fais pas l'idiote avec moi. Je t'ai vue faire souvent. Si tu le pouvais, tu les ferais ramper à tes pieds, tous ces pauvres crétins que tu charmes. C'est plus facile pour obtenir ce que tu veux, et celui-là, je dirais que c'est un gros poisson.

-Ou peut-être qu'il me plaît vraiment. » Répliqua-t-elle à mi-voix en fronçant les sourcils, toujours sans le regarder de face.

Végéta tourna entièrement la tête vers elle cette fois, mais se contenta de lui répondre par son insupportable rictus moqueur assorti d'un « Hnnn ! » de dédain. Il ne croyait pas un mot de ce qu'elle disait.

Puis il reprit sa route. Le temps d'un battement de cils, Bulma n'entendait déjà même plus le bruit de ses pas dans l'escalier derrière elle.

Puis elle relâcha une profonde expiration qu'elle n'avait pas eu conscience de retenir jusqu'alors. Il lui semblait que les vaisseaux sanguins qui parcouraient sa poitrine s'étaient enchevêtrés dans un sac de nœuds indémêlable. Ça picotait, tiraillait, pesait.

Légèrement déboussolée, elle reprit son chemin en direction du salon, où elle trouva Vendredi (vivant !) toujours installé au comptoir de la cuisine, une mine perplexe sur son visage qui se transforma en sourire en la voyant arriver vers lui : « Dites-moi, il n'est pas très causant, votre employé, là.

-Ah bon ? Vous avez discuté ?

-Oui, enfin disons que j'ai essayé. Il ne m'a rien répondu...

-Ah oui, s'amusa Bulma en jugeant soudainement que Vendredi était la personne parfaite pour lui changer les idées. Il est comme ça souvent quand il a eu une mauvaise journée. Il faudra que je fasse le point avec lui sur mes dernières inventions. Ne vous en faites pas !

-Ah d'accord... Mais, miss Bulma ?

-Oui ?

-Je suis vraiment désolé si je vous ai blessée tout à l'heure...

-Ce n'est rien. Sourit-elle en slalomant entre les robots ménagers qui débarrassaient la table de ses plats vides. Ce qui est fait est fait, et de mon côté, je ne regrette rien. Parlez-moi donc un peu de vous ! Vous disiez que vous connaissiez quelqu'un qui... »

Ils reprirent un verre.

ooooo

La tension.

Les nerfs, les organes, la peau.

Encore et toujours la tension.

Les tendons tiraillés. Les muscles crispés. Les articulations forcées.

Sans aucun relâchement.

Le cerveau tenaillé. Les yeux plissés. Les dents serrées.

La concentration était là, sans le focus.

Debout, seul au milieu d'un cimetière de débris métalliques et de câbles électriques, un pied à la cheville bleuie manquant de se dérober sous son poids, un bras plaqué contre lui dans un bandage à moitié en loque et à moitié brûlé, mais bien debout sous une gravité de 590G, Végéta ne s'était jamais senti ni aussi fort, ni aussi vulnérable à la fois.

Le focus lui échappait peu à peu, laissant place à la tension. Et cet état de nervosité lui collait à présent à la peau comme autant d'innombrables gouttelettes de sueur brutalement gelées par une brise glacée arrivée sournoisement de nulle part. La crispation entravait peu à peu ses mouvements comme autant de minuscules cristaux de glaces collés à lui et qui se soudaient entre eux en une épaisse couche de givre.

La tension.

La colère s'apaisait avec l'épuisement. Il savait maîtriser sa colère.

Mais pas cette tension.

Comme si quelqu'un donnait un demi-tour de manivelle chaque jour pour étirer un peu plus un élastique virtuel sous sa peau. Chaque jour depuis qu'il était revenu sur Terre un an et demi auparavant.

Il ne l'avait pas sentie au début. Il avait été trop concentré à bâtir des stratégies pour gagner encore en puissance et étudier ses ennemis. Les méprisables créatures qui grouillaient comme des larves répugnantes sur cette planète minable.

Cette planète minable.

Elle allait le rendre fou.

Elle, la terrienne, elle le rendait fou. Il n'avait commencé à s'en rendre compte que depuis peu.

Ses sourires. Ses défis. Son soutien. Son parfum. Ses paroles.

Des beaux rêves et de la magie sale. Rien de plus.

Il savait ce qu'elle était, mais avait bêtement cru être au dessus de ses manœuvres sournoises.

Une charmeuse, une manipulatrice.

Elle avait joué un jeu différent avec lui. Bien plus vicieux.

Ses tentations. Ses offres. Ses refus.

Et maintenant la tension.

Jamais le prince des saiyans n'avait été aussi peu maître de ses émotions que depuis son retour sur Terre. Il y avait quelque chose de louche avec cette planète. Quelque chose de sournois. Quelque chose qui faisait oublier les préoccupations importantes et en apportait d'autres complètement aberrantes. L'eau chaude. La nourriture. Et puis la femme.

Quelque chose qui vous changeait.

Et la tension, c'était devenu son fardeau quotidien parce qu'il refusait ce changement. Il refusait de plier, de se laisser aller, d'oublier, de se laisser changer. De disparaître. Il ne voulait pas finir comme ce clown de Karkarott. Pathétique. Il ne voulait pas oublier qui il était et ce pour quoi il avançait.

Mais la tension devenait insupportable, sans qu'il sache expliquer d'où elle venait. Sans qu'il puisse rien faire à part résister.

Même la gravité intenable sous laquelle il se trouvait semblait fade en comparaison de l'état de tension permanent de son esprit. Il perdait peu à peu le focus, jour après jour.

Il allait devoir trouver un échappatoire, et vite.

La femme au parfum d'épices avait été un échappatoire idéal durant quelques mois. Mais elle avait stupidement changé d'avis pour une raison qui lui échappait toujours. Qu'attendait-elle de lui au juste ? Franchement, qui pouvait être assez con pour vouloir faire savoir à tous avec qui il couche ? Autant se promener avec une pancarte sur la tête : « Si vous voulez m'assassiner, merci de soudoyer ou mettre sous écoute cette femelle-ci. »

C'était stupide.

Mais manifestement, la femelle en question ne voyait pas les choses du même œil.

Et maintenant, pour couronner le tout, elle roucoulait sous le nez d'un intrus minable et parlait de lui comme si... comme si Lui, Végéta des saiyans, était une déception, un lâche, un presque-mort.

Il avait été à deux doigts de faire exploser la maison entière en entendant cela. Faire disparaître en cendres ces deux créatures méprisables et leurs discours sirupeux.

Il n'était rien de tout cela. Il était libre.

Mais la tension...

La vie sur Terre a commencé à le changer, peu à peu, gagnant sournoisement du terrain comme une gangrène impossible à stopper à part à s'arracher un membre.

Il fallait trouver un échappatoire à cette tension écrasante. Ou partir.

Sortir de la maison, lancer une lune artificielle, et se laisser aller à ses instincts primaires et la furie sans retenue.

Un point de non-retour, il le savait.

S'il se mettait à détruire quelque chose sur cette planète minable qui contenait des bestioles, il allait se retrouver avec un crétin de super-saiyan usurpateur sur le dos avant d'avoir eu vraiment le temps de passer ses nerfs.

Quoique, un vrai bon combat, c'était tentant aussi...

Tssss ! Comme s'il pouvait avoir la moindre chance de survie face à un super-saiyan, même sous forme de singe géant !

Ce n'était pas ainsi qu'il voulait affronter son rival.

Il n'y avait rien à faire.

À quel point était-ce un point faible, cette nervosité, cette colère sourde qui s'amplifiait de jour en jour ? Comment lutter ? Comment, dans ces conditions, rester froid et impassible comme l'impitoyable super-saiyan des légendes de son enfance ?

Refaire une série de pompes. Une petite centaine pour commencer. Sur son seul bras valide. Il n'y a plus un seul robot de combat en état.

Mais que voulait-elle, cette maudite humaine, bordel ?!

ooooo

Encore une soirée.

La dernière.

Le contrat est prêt. Ils le reliront demain matin avant de le signer. Puis Vendredi partira avec. Il retournera dans sa cité lointaine sur son continent lointain. Mettre en place leur nouvelle filière d'approvisionnement en Carbium. Un matériau rare. Le composant principal des jellybilles. Vendredi est fasciné par ce matériau, aussi malléable qu'indestructible. Il a réservé le premier lot pour lui.

Capsule Corp' pourra lancer un nouvel atelier de production. Embaucher cinq ou six personnes sur le site au sud, le plus proche du site d'importation, une exigence de Monsieur Briefs. Le Carbium sera livré déjà épuré, une exigence de Vendredi qui va pouvoir embaucher deux personnes sur ce travail, et leur vendre le matériau plus cher. Le prix sera révisé tous les ans, une exigence des deux parties. La livraison se fera tous les mardis à la même heure. Une exigence de Bulma.

En cadeau d'ouverture de contrat, la société de Vendredi recevra dix mètres cubes de jellybilles que Bulma ira configurer elle-même sur place pour leur donner la forme souhaitée. Donc ils se reverraient, avait-il fait remarquer avec un clin d'œil.

Bulma avait souri mais rien répondu. En fait elle s'en fichait.

Elle commençait légèrement à se lasser du caractère affable de cet homme. Mais bien sûr, elle ne laissait rien paraître. Encore une soirée en son agréable compagnie, une signature demain, et ensuite il serait parti. Elle le supporterait bien jusque là. Il était très sympathique et intéressant à la conversation... c'était juste ... elle commençait un peu à s'ennuyer. Juste un peu.

Pas de vacances. Pas de danse. Une montagne de droïdes à réparer entassés devant la porte de son laboratoire. Et pas moyen de retourner bricoler une seule fois depuis trois jours, ce qui la démangeait par-dessus tout. Elle était en manque. Elle n'avait même pas pu s'empêcher de s'arrêter pour inspecter le travail qui l'attendait devant sa porte. Des droïdes en miettes. Encore des droïdes en miettes. Les œuvres d'art de la génie de Capsule Corporation était tout simplement irréparables après être passées entre les mains (et surtout sous le poing) du guerrier saiyan qui résidait là. Il fallait qu'elle répare, il fallait qu'elle améliore, qu'elle reconstruise.

Bulma soupira en se servant un nouveau verre de jus de goyave et retournant s'asseoir auprès de son aimable invité.

Demain elle pourrait enfin se plonger dans ses réparations, dès que ce brave homme trop gentil aurait dégagé.

Au moins tout s'était passé à merveille pour ce contrat. Elle avait réussi à négocier un volume de Carbium très généreux et un approvisionnement régulier. Et elle avait tout les atouts de son côté pour maintenir une négociation de prix satisfaisante.

Tout était parfait. Tout était sous contrôle.

« Et donc vous êtes revenue de vacances en avance à cause de moi, miss Bulma ? »

Oups... Ah oui, elle était censée entretenir une conversation avec Vendredi encore pour ce soir. Allez donc !

« Non, pas à cause de vous voyons ! Répondit-elle. Je n'aurais manqué cette négociation pour rien au monde ! Et très honnêtement, je suis enchantée d'avoir fait votre connaissance !

-Moi de même. Répondit son aimable interlocuteur. Mais je ne peux pas m'empêcher de m'en vouloir de vous avoir fait écourter vos vacances. C'est si difficile de trouver du temps pour se reposer lorsqu'on dirige une entreprise...

-Oh, vous savez, je dirige en binôme avec mon père et les usines tournent très bien sans nous ! Nous avons toujours moyen de faire une pause quand nous le jugeons nécessaire. Et puis, je n'irais pas vraiment dire que mes vacances étaient reposantes.

-Ah bon ?

-J'étais à un festival de danse. Expliqua Bulma. C'est idéal pour la détente, mais un peu moins pour le repos, vous voyez ?

-Oui, je vois. S'amusa Vendredi. Donc vous aimez la danse ? »

Oui, et même que je te l'ai dit le premier jour. « Oui, c'est mon échappatoire favori.

-Un échappatoire ? Vous étiez stressée ? »

Et merde. « Oui, ça m'arrive parfois. Le stress de la production, les clients trop exigeants, des expériences qui ne marchent pas comme prévu... Mais vous devez connaître ça aussi non ?

-Oh oui ! Quel gérant d'entreprise ne connaît pas ça ? »

Parce que tu t'imagines qu'il n'y a que les patrons qui stressent peut-être ? « Et vous, votre échappatoire ?

-Moi c'est le punching ball. » Déclara Vendredi avec un sourire en coin qui se voulait charmeur.

Frimeur. « Ah oui, il paraît que ça marche bien aussi. Approuva-t-elle.

-Oui, c'est un bon défouloir. Mais, miss Bulma, je m'en veux d'avoir été la cause de la fin de vos vacances si vous étiez stressée... »

Et alors ? « Oh, mais non, je vous l'ai dit, ce n'est p...

-Puis-je vous inviter à danser ? »

Hein ? « Hein ?

-Voulez-vous danser avec moi ? Répéta-t-il, plein d'enthousiasme en se levant de sa chaise haute et lui tendant la main. Ici, maintenant. Vous avez bien de la musique ? Je voudrais me rattraper pour votre festival ! »

Il sait danser lui ? C'est pas un prétexte pour me coller contre lui j'espère ! Il ne pourrait même pas vu la taille de mon ventre ! « Oh... C'est que... C'est surprenant comme proposition. Vous êtes sûr ?

-Bien sûr ! Sans me vanter, je me débrouille assez bien sur la salsa et le tango. »

Bah tiens, les danses collées serrées ! « Et le rock ?

-Oui, aussi. » Constatant qu'elle hésitait, il ajouta : « Allez, juste une danse, je suis certain que vous êtes une excellente danseuse ! Et puis, ce n'est pas comme si vous aviez un mari jaloux qui viendrait me casser la figure en me voyant danser avec vous, n'est-ce pas ? »

Décidément, il a vraiment du mal à croire que je suis célibataire ! « Non, en effet. Eh bien dans ce cas voyons voir ça ! » Répondit-elle avec un sourire sincère en saisissant la main qui lui était tendue pour se lever à son tour.

Après tout pourquoi pas ? Il n'y a rien de mal à danser, non ?

Elle se dirigea vers un des placards du salon d'où elle retira une hop-pop capsule contenant leur chaîne radio. Mieux valait cacher le mobilier sonore dans une maison où se promenait un saiyan d'humeur parfois maussade. Mais pour l'instant, celui-ci était toujours sans doute en train de tenter de se tuer sous une gravité à la limite maximum possible de la salle d'entraînement qu'elle avait conçue. Voie libre donc.

Elle lança une musique au hasard. Le rock c'est ma vie.

Vendredi était déjà juste à côté d'elle, lui tendant la main galamment. Il haussa un sourcil surpris mais n'osa visiblement pas relever les goûts musicaux de Bulma. Il effectua une courbette digne d'un salut de bal de conte de fées qui dissonait terriblement avec la musique dominée par les batteries et les guitares électriques qui venait de se lancer, mais qui restait mignon.

Bulma sourit, posa sa main dans la sienne, et l'autre main sur son épaule tandis qu'il posait la sienne dans son dos.

Puis ils dansèrent.

Vendredi connaissait les bases et effectuait les passes avec classe, quoiqu'un peu trop rarement et avec un petit manque de variété au goût de Bulma. Son cavalier avait un beau sourire et de l'allure, mais n'était clairement pas un danseur habitué. Elle regretta ses camarades de danse expérimentés de son festival idyllique sur sa plage paradisiaque, son festival qu'elle avait quitté prématurément pour se retrouver à danser toute seule dans son salon au son d'une musique enregistrée avec un cavalier qui, malgré toutes ses bonnes intentions, ne faisait clairement cela que pour la draguer.

Oui, elle adorait quand les hommes étaient à ses pieds. Mais là elle s'ennuyait.

Un sauveur vint à sa rescousse.

« Ouch ! S'interrompit-elle brutalement en enroulant ses bras sur son ventre.

-Miss Bulma ! Ça va ?

-Oui oui... Ne vous en faites pas, c'est normal... C'est juste un coup de pied...

-Ah bon ?

-Hnhn... Ricana-t-elle en se redressant prudemment. Je crois que ce bébé est un futur danseur... Si ça ne vous dérange pas, je crois que je vais faire une pause.

-Oh oui... Bien sûr. Acquiesça son cavalier avec un sourire triste en reculant d'un pas. Vous avez besoin d'aide ?

-Non, ne vous en faites pas, merci ça va. Fit-elle en éteignant la radio. Par contre, si vous permettez, je vous rejoins dans une minute...

-Ah. Oui bien sûr. » Acquiesça-t-il à nouveau en comprenant où elle allait à nouveau.

Avec un sourire entendu, Bulma s'éloigna en direction des toilettes, mais son regard tomba sur un obstacle planté en plein milieu de la porte du salon. Une silhouette humanoïde aussi haute qu'elle mais bien plus massive, et avec les cheveux vers le haut comme si la gravité s'était trompé de sens.

Végéta les regardait avec un air perplexe. Il s'écarta néanmoins de l'ouverture de la porte lorsque Bulma se dirigea vers lui pour sortir de la pièce.

Puis elle l'entendit claquer la langue. S'ensuivit le vacarme habituel des robots ménagers qui installaient son repas sur la table.

Elle poursuivit sa route sans s'en préoccuper. Végéta allait prendre sa douche pendant que son repas se préparait. Vendredi était en sécurité.

Tout était sous contrôle.

Du moins, elle le croyait.

ooooo

Vendredi suivit des yeux la belle femme enceinte qui s'éloignait en ondulant des hanches, avec une pointe de regret de n'avoir pas pu y laisser ses mains plus longtemps, ne fut-ce que le temps d'une danse. La belle dirigeante de la firme la plus prolifique au monde semblait aussi fascinante et insaisissable que les volutes de fumée violette qui s'échappaient de ses créations. Paradoxalement, elle était aussi ferme et inflexible comme la capsule dimensionnelle d'où s'échappaient les volutes en question. Un équilibre parfait.

Elle était, à l'image de l'entreprise dont elle reprenait peu à peu la direction exclusive, inventive, réactive et sexy. Quel beau parti elle ferait...

Souriant, il leva les yeux vers l'inconnu resté en retrait dans l'ombre de la porte. Celui-ci avait également suivi la belle des yeux. Clairement, et il l'avait constaté pendant deux jours durant, elle ne laissait personne indifférent.

Vendredi adressa un sourire complice au brave travailleur qui semblait si épuisé, en se passant la main dans les cheveux. « Ah, celle-là ! Un sacré bout de femme, et qu'est-ce qu'elle est belle. »

Son interlocuteur leva alors pour la première fois les yeux vers lui. Vendredi s'était attendu à un regard modeste de la part de cet ouvrier discret, sans doute conscient de sa place dans cette maison où il était entièrement débiteur des propriétaires, un employé lambda. Il ne s'attendait pas à ce regard perçant et fier qui le gela sur place.

ooooo

Trois minutes plus tard, lorsque Bulma revint dans le salon, son compagnon de danse était blême.

« Vous allez bien ? » S'inquiéta-t-elle en regardant autour d'elle pour s'assurer que le saiyan était parti. C'était le cas.

Il regarda dans sa direction, pâle comme la mort, fronçant les sourcils.

Puis il pointa vers elle un index accusateur : « Vous... »

Bulma s'arrêta, perplexe, mais il n'ajouta rien : « Oui, quoi ?

-Vous vous êtes bien moquée de moi. Qu'est ce que ça vous rapportait de me mentir ?

-Quoi ? S'alarma-t-elle. De quoi est-ce que vous parlez ? » S'alarma Bulma.

Vendredi lui répondit par un rictus dément qui ressemblait à s'y méprendre à du dégoût : « Ah parce qu'en plus vous ne voyez pas de quoi je parle ? Vous m'avez menti sur plusieurs sujets peut-être ?

-Quoi ? Mais non voyons, je...

-Après tout, si mon intuition depuis le début était bonne, peut-être que mes autres intuitions l'étaient aussi ? Peut-être que vous avez menti pour rendre votre dossier plus séduisant à mes yeux ? Vous, l'éthique de votre entreprise, la productivité... Peut-être qu'en fait vous avez aussi une usine de fabrication d'armes finalement ? Peut-être que les employés que vous appelez soit-disant par leur nom, ce ne sont pas leurs vrais noms ? Peut-être que...

-Non mais qu'est-ce qui vous prend ? S'insurgea Bulma en montant le ton d'un bloc. De quel droit vous nous insultez, moi, ma famille et notre entreprise ? Nous ne vous avons pas menti et n'avons aucune raison de le faire ! Je ne sais pas quelle mouche vous a piqué mais sachez que je ne tolère aucune remarque désobligeante et infondée !

-Infondée ? Parce que moi je devrais tolérer vos mensonges peut-être ?

-Quels mensonges ?

-Oh, parce que vous voulez continuer à m'affirmer que le père de votre enfant est mort et qu'il ne vit pas sous ce même toit peut-être ? »

...

L'hésitation de Bulma répondit pour elle.

« C'est bien ce qui me semblait. Affirma Vendredi en redressant la tête d'un air hautain. Si vous êtes capable de mentir sur des choses aussi insignifiantes pour paraître plus séduisante, alors je n'ose pas imaginer combien d'autres mensonges vous avez aussi tenté de me faire avaler. Notre collaboration s'arrête là. »

Et sur ces mots, l'important partenaire commercial en matières premières quitta la pièce, droit, digne et fier.

Huit secondes

...

Neuf secondes

...

Dix secondes.

« QUOI ?! » Hurla Bulma.

Elle se précipita après Vendredi en l'appelant, puis tomba nez-à-nez avec lui alors qu'il sortait de sa chambre d'amis, son sac de voyage sur l'épaule. « Attendez, monsieur Vendredi ! Il y a un malentendu ! Je peux savoir ce que vous a raconté cet imbécile au juste ?

-Débrouillez-vous avec votre mari, madame. Ce n'est pas mon problème.

-Mais ce n'est pas mon mari enfin ! Ni mon petit-ami, ni rien du tout ! Je ne vous ai pas menti ! Je n'ai pas à vous donner les détails ! Ça devient gênant cette histoire, je vous prenais pour une personne civilisée ! Je suis une future-mère célibataire, je ne vois pas ce que ça a à faire avec nos affaires commerciales !

-Ce que ça change, madame, c'est la confiance que je pense pouvoir vous accorder ou non. » Affirma-t-il sèchement en écartant Bulma de son chemin vers la sortie. « Et en ce qui me concerne, je n'ai pas confiance en une personne comme vous. Au revoir madame. Mes salutations à vos parents. »

D'abord bouche bée, il ne fallut que trois secondes à Bulma pour passer à l'outrance puis la colère. Elle tenta bien encore une fois d'alpaguer son interlocuteur vexé, mais celui-ci ne prêta pas plus attention à ses paroles. Sur la pelouse du jardin extérieur, en pleine nuit, il activa la capsule qui contenait son jet aéroporté, monta dedans, puis décolla sans se défaire de sa mine sévère. Rompant dans ce départ l'espoir d'une collaboration riche et enrichissante, la possibilité d'un approvisionnement régulier en carbium qui aurait permis de créer une nouvelle filière et de nouveaux emplois pour leurs deux entreprises, l'ambition des bâtiments indestructibles pour un monde plus sûr...

Ainsi s'en fut monsieur Vendredi, un samedi.

Bulma resta là plantée dans l'herbe, observant le véhicule s'éloigner au loin, sans y croire.

Puis son irritation laissa peu à peu place à un brouillard de colère blanche masquant un sable mouvant d'incompréhension au milieu desquels elle tentait de trouver un point de repère avec difficulté. Elle en trouva un néanmoins, un mot, un seul, autour duquel tous ses problèmes semblaient graviter. Sa voix blanche transpirait de mille et une menaces lorsqu'elle le prononça : « Végéta ».

ooooo

À son insu, perché sur le toit de la maison, une silhouette humanoïde observait la scène d'un œil satisfait, un léger rictus moqueur au coin des lèvres. Il aperçut l'humaine serrer les poings dans la pénombre et prit son envol sans attendre, passant à travers une fenêtre ouverte en direction de l'intérieur du bâtiment, il alla s'installer pour manger. Il avait peu de temps.