[note de l'auteure] Bonjour à tous ! Tout d'abord, permettez-moi de vous souhaiter une très bonne année 2017, avec une super-santé, des super-projets, une super-ambition et une super-motivation ! Vous êtes tous super !
Merci beaucoup pour vos très nombreux commentaires et remarques, et merci à vous d'avoit patienté. Oui, je traîne, mais même sans compter les fêtes, j'ai une bonne excuse : vous savez bien comme on plonge dans l'univers d'une histoire quand elle nous plait ? Comme on ressent les choses ? Ceux/celles d'entre vous qui écrivent aussi, vous le ressentez sûrement aussi, mais je trouve que c'est encore pire quand on l'écrit (puisque précisément on cherche à mettre des mots dessus). Moi je m'énerve toute seule quand Bulma nous pique une gueulante, je fronce les sourcils en même temps que Végéta, etc. (du coup je deviens parano, je regarde tout le temps autour de moi pour vérifier que personne ne me prend pour un ovni, j'écris dans les transports en commun !). Bref, voici un chapitre qui, pour moi, a été une souffrance lente à écrire. Promis, ça devrait repartir de plus belle pour le suivant.
Bonne lecture et à bientôt ! Et merci encore !
[Disclaimer] J'ai encore piqué des paroles qui ne sont pas de moi : Et je sais des lumières, de Maxime Piollot, et une nouvelle traduction hazardeuse de « Out of my head » de Theory of a deadman. Il y a une réplique d'un disney aussi, cachée dans le chapitre. Mais ça on s'en fout.
Des années-lumière
« Vous avez un nouveau message. Reçu hier à dix heures trente. Provenance : Capsule Corporation. Pour écouter, dites écouter. »
Végéta resta un temps stupéfait d'entendre son vaisseau spatial lui adresser la parole alors qu'il entrait dans celui-ci. Voilà autre chose !
Mais il n'avait pas le temps.
Sans s'appesantir sur le sujet, il se précipita vers le tableau de bord et amorça la commande de décollage. La planète sur laquelle il se trouvait allait se disloquer d'une minute à l'autre.
Il n'y avait pourtant passé que quatre jours, et n'avait lancé aucune attaque énergétique cette fois.
Le précédent astre vers lequel il avait dirigé ses assauts n'avait pas bénéficié d'un tel répit, disparu en fumée en un seul big bang fracassant.
C'était ridiculement fragile, une planète...
Même cette planète-ci, vaste étendue rocheuse et entièrement déserte, n'était pas parvenue à contenir sa furie de destruction, frappant et traversant le roc à répétition de ses poings et pieds, creusant des galeries instables et ouvrant des crevasses sans fond jusque dans le noyau d'obsidienne froide au cœur de la planète. Il contempla d'un œil critique l'astre disparaître de sa vue par le hublot. La jolie sphère grise et agonisante, striée de cratères et de crevasses béantes, semblait parcourue de spasmes tandis qu'elle agonisait et rendait son dernier souffle, finissant par se convulser et s'effondrer sur elle-même.
Tu étais poussière, tu redeviendras poussière. Aujourd'hui, planète, je te fais gravats. Ainsi vont les choses.
« Pour écouter le message, dites écouter. » Lui rappela la voix métallique et monocorde qui lui parvenait en stéréo.
Une seconde. Végéta cilla.
Deux secondes. Il plissa les yeux.
Trois secondes. « Supprimer. »
ooooo
Tuduudring !
Nouveau message de July : « Tu te fous de ma gueule ? C'est pas vrai ! »
Affalée dans son lit, apathique, Bulma prit tout juste la peine de taper deux lettres en guise de réponse avant de replonger la tête dans son oreiller. Elle n'était pas d'humeur à bavasser, mais elle en avait un peu besoin quand même.
Tuduudring !
Le message suivant ne se fit pas attendre longtemps : « Sérieusement ? Végéta ? Le beau mec bardé de muscles qui habite chez toi dont tu me parles à chaque fois qu'on se voit et pour qui tu en pinces grave ? Tu lui as dit de partir ?! Nan je te crois pas ! Faudrait être maso pour faire ça ! »
Elle soupira et laissa retomber sa tête. Boarf. Ça faisait toujours plaisir d'avoir du soutien de la part de ses amies...
Tuduudring !
Nouveau message de Maï : « J'ai pas tout compris du message anarchique que tu viens de m'envoyer, mais ça a l'air d'être bien compliqué ton affaire... Je sais pas trop quoi te dire pour te remonter le moral, mais tu sais, il n'y a pas de mauvais choix. Tout ce qui compte, c'est le choix que l'on fait, et c'est celui-là le bon. Assume ce que tu as choisi et maintenant pense à la suite ! À propos de suite, on devait pas se faire une journée shopping ? Je suis en congé demain si ça te tente... »
Première seconde. Le soulagement.
Deuxième seconde. La reconnaissance.
Troisième seconde. Tuduudring ! Nouveau message de July : « Nan mais c'est complètement débile ! On n'envoie pas balader le mec qu'on veut quand on le tient enfin ! Qu'est-ce qui t'a pris ? Tu vas en chier pour rattraper le coup maintenant ! Il revient quand ? Comment tu comptes faire pour le récupérer après ça ? »
Première seconde. L'agacement.
Deuxième seconde. La démoralisation.
Troisième seconde. Replonger la tête dans l'oreiller.
Dormir encore. Oui, dormir. Elle était fatiguée.
ooooo
« Messire Nappa. Mon nom est Archikotto, et je suis de votre sang. Je viens vous faire demande d'être mon père et de m'entraîner. Je suis fort et ferai honneur à votre lignée. »
La planète Végéta était encore une vaste et active métropole militaire à l'époque de ce souvenir si lointain du jeune prince, le jour où il avait vu ce saiyan, à peine adolescent, se présenter un genou au sol et la main en salut respectueux devant son cinquième entraîneur qu'il venait de quitter après un court échauffement de deux heures.
« Ah bon ? S'étonna Nappa en s'arrêtant au niveau du jeune homme. Dis-moi d'où tu viens. » C'était la réponse protocolaire.
« Je suis le fils de Salifiy, guerrière de seconde classe de l'escadron trente-six basé à Pojater. J'y ai été formé à l'école militaire et je viens de passer l'épreuve des pierres en trois jours. Apprendre à cette école me ralentit dans ma progression et ne permettra pas d'éveiller mon plein potentiel, aussi ma mère pleine de fierté m'a révélé votre identité et s'est dite prête à vous céder ma parentalité si vous daignez…
-Attends, attends ! Le coupa Nappa en passant la main dans son épaisse tignasse ébouriffée. De quelle Salifiy tu parles ?
-Euh… Escadron trente…
-Nan, je ne me souviens pas des numéros d'escadrons de toutes les seconde-classes avec qui je couche ! Décris-la-moi ! C'est un nom commun, Salifiy !
-Elle… Parfum sable du désert oxydé sous la pluie et fruits rouges mûrs. Les cheveux raides jusqu'au milieu du dos, carrure fine...
-Ah oui ! Cette Salify-là ! Le coupa Nappa en se grattant le menton d'un air pensif. Une très jolie fille, et elle sent vraiment bon, au parfum et au toucher ! Elle ne m'avait même pas dit qu'elle avait eu un gosse, la coquine ! Mais elle s'y croit un peu trop si elle pense que son fils peut revendiquer une parentalité d'élite.
-Testez-moi, messire ! S'écria le jeune garçon avec ferveur en bondissant sur ses pieds, serrant les poings. Je saurai me montrer digne de... »
PAF !
Nappa avait frappé sans prévenir.
Non loin de là, le petit Végéta qui observait la scène avec curiosité laissa passer un sifflement de désapprobation entre ses dents. Il n'y était pas allé de main morte sur ce coup... Mais le plus impressionnant, c'était que le garçon avait paré à temps.
« Hn. Ricana Nappa. Pas mal du tout. Mais quelqu'un qui veut intégrer ma lignée aurait volontairement encaissé ce coup sans broncher. Le minimum que tu aurais dû faire, c'était riposter. J'attends toujours. »
Végéta vit alors le jeune seconde classe perdre d'un coup toutes ses couleurs, avant de brutalement plisser les yeux, serrer les dents et frapper à son tour, son expression faciale ressemblant d'un coup furieusement à celle du guerrier d'élite en face de lui. Aucun doute, il y avait un air de famille.
Nappa ne broncha pas et reçut le choc en pleine figure sans bouger d'un iota : « Pas mal du tout. Tu te débrouilles bien pour un seconde classe de ton âge. Je comprends que te mère soit fière de toi. Mais chez les première classe, c'est nul, tu me ficherais la honte. Retourne d'où tu viens. »
L'adolescent se remit en garde. Il respirait très fort à travers ses dents serrées. Chez les saiyans, une demande de changement de parentalité par un enfant doué et ambitieux n'était pas si rare, quoique ces demandes aboutissaient assez généralement sur des refus, et les parents qui révélaient l'identité (supposée) du deuxième géniteur à leur enfant réfléchissaient à deux fois avant de le faire. Recevoir des jeunes qui annonçaient « Je suis de votre sang, j'ai le potentiel pour faire honneur à votre lignée. » pouvait être perçu comme une insulte si les jeunes en question s'avéraient être des cancrelats. Cependant, un refus de parentalité dans les règles de l'art se faisait après un combat d'au moins une heure, et l'enfant renié en sortait tout de même avec une « bonne leçon », au sans propre comme au sens figuré. Une sorte de lot de consolation. Végéta avait même vu Xelerr prendre le temps de lister tous ses points d'amélioration à une jeune fille qui avait un jour clamé vouloir intégrer sa lignée. Mais bon, ce vieux croûton était un peu trop à cheval sur les vieux protocoles qui parlaient de donner leurs chances aux classes inférieures pour faire monter le niveau général du peuple saiyan. Nappa, en revanche, venait simplement d'envoyer promener ce garçon comme le minable qu'il était. Les élites n'avaient pas de temps à perdre avec les seconde-classes, même si celui-ci présentait un potentiel décent. Telle était la nouvelle doctrine.
Se remémorant ces souvenirs de nombreuses années plus tard, Végéta essayait de rattraper un peu de sommeil, dans la couchette douillette de son vaisseau spatial lancé à toute vitesse à travers l'espace, en direction du centre de la voie lactée où il espérait trouver un peu plus de défi à relever. Il en était à une dizaine de lunes et planètes détruites depuis son départ de Terre, et l'activité commençait à lui paraître monotone. Les astres à supergravité et les systèmes stellaires instables qui se trouvaient là-bas avaient peut-être une chance de représenter un entraînement intéressant pour lui. Et il passerait moins de temps à voler d'un astre à un autre en ruminant son passé.
Aurait-il un jour l'occasion de « donner une bonne leçon » à un petit bâtard prétentieux qui viendrait lui dire : « Tu es mon père. » ? Ou pire, une petite bâtarde ?
Sans doute pas. Il ne le verrait sûrement jamais !
A quoi ressemblerait cet enfant ?
Pourvu qu'il n'hérite pas du mauvais caractère de sa mère...
Un maudit son qui lui parvenait en stéréo coupa court à sa réflexion : « Vous avez un nouveau message. Reçu aujourd'hui à neuf heures quarante. Provenance : Capsule Corporation. Pour écouter, dites écouter. »
Il grogna son exaspération. C'était le douzième message depuis son départ de Terre. Il n'en avait écouté aucun. Il s'en fichait. Il avait vainement essayé de détecter où étaient dissimulés les hauts-parleurs pour pouvoir les détruire, mais ceux-ci étaient aussi introuvables que la stéréo était parfaite en tout point du vaisseau jusque dans la salle de bains.
Peut-être que les messages cesseraient de lui être envoyés s'il daignait en écouter un ? À ce moment, il n'avait de toutes manières rien d'autre à faire puisqu'il poireautait...
« Écouter. » Énonça-t-il agacé, les bras croisés sous sa tête et fixant le plafond avec irritation.
« Végéta ! » Appela une voix à laquelle il ne s'était pas attendu. C'était la voix chantante et crissante de la mère Briefs. Que lui voulait cette folle ? « Je sais que vous avez supprimé mes messages précédents, mais je me permets d'insister car je m'inquiète. J'avais rempli votre garde-manger de nourriture lyophilisée, mais Bulma m'a dit que vous ne saviez pas lire notre alphabet, c'est ennuyeux pour les modes d'emploi ! Il faut que je vous explique comment faire des nouilles instantanées ! Alors si vous écoutez ce message, écoutez-moi bien, c'est très facile et c'est délicieux... »
Surpris, Végéta écouta. Il ne s'était pas attendu à ça. En fait, il ne s'était pas attendu à grand-chose, mais il avait pensé que les messages qu'il supprimait à répétition provenaient de Bulma. Cette simple idée lui avait tapé sur le système. Mais non, apparemment la scientifique avait respecté ses propres propos et son opinion à lui et lui foutait vraiment la paix. Il aurait dû se douter qu'elle n'avait rien à lui dire. Quel idiot ! Voilà deux semaines qu'il rageait à essayer de manger de la nourriture affreusement trop croquante et des sachets de pâte affreusement trop salée, alors qu'il aurait pu écouter ce message depuis le début ! De l'eau bouillante et patienter trois minutes ? C'était tout ? C'était vraiment stupide ! Il fallait qu'il essaye ça tout de suite ! Conclut-il en se levant lestement.
« Voilà, vous savez tout ! Conclut la voix grinçante qui le poursuivait en stéréo dans le couloir puis dans le local qui servait de cuisine. J'espère que vous écouterez mon message cette fois, et aussi que vous faites un bon voyage là où vous êtes. Prenez soin de vous et revenez quand vous voulez ! Je sais que je n'ai pas été très aimable avec vous récemment, mais la maison n'est plus la même sans vous, il y a comme un vide, et puis dans le fond, je suis sûre que vous êtes quand même quelqu'un de bien et je suis prête à vous pardonner vos paroles indélicates de la dernière fois. Et entre nous, je trouve que Bulma n'a vraiment plus le moral depuis votre départ. Mais surtout ne lui dites pas que je vous ai dit ça, elle ne me le pardonnerait pas ! Elle a sa fierté ma petite fille... Enfin vous le savez aussi bien que moi. J'espère que vous reviendrez nous voir avant la naissance de votre fils, ça fera plaisir à tout le monde, et je vous promets de vous faire des bons petits plats ! Olala mais que je suis bavarde moi ! Vous avez sûrement mieux à faire mon mignon ! Allez, je vous laisse ! Gros bisous ! À bientôt j'espère ! »
Végéta, bouilloire à la main, avait renversé de l'eau par terre sur les dernières phrases.
Première seconde. Quelqu'un de bien ? Mon mignon ? Gros bisous ? ... ok. Elle était folle. Cette femme était folle, folle, folle !
Deuxième seconde. Bulma n'a plus le moral ? Votre retour fera plaisir à tout le monde ? Quelle blague !
Troisième seconde. Votre fils... Donc cette peste avait dit à ses parents qui était le géniteur. Il s'en contrefichait. Une autre information avait davantage retenu son attention : c'était un garçon.
ooooo
« Alleeeeez, dis-nous ! C'est une fille ou un garçon ?
-Je te le dirai pas ! Répliqua joyeusement Bulma à l'intérieur de sa cabine d'essayage.
-Nan mais alleeez ! Complaignit la voix de l'autre côté du rideau. Ne fais pas des cachotteries comme ça !
-Je suis sûre que tes parents sont au courant ! Reprit une autre voix. Tu peux bien nous le dire à nous quand même !
-Ha ! Mes parents et mon médecin sont les seules personnes au courant, et personne d'autre ne le saura avant sa naissance ! » Affirma Bulma en admirant dans le miroir la silhouette au ventre maintenant franchement arrondi d'une radieuse femme enceinte de presque huit mois. Ce soutien-gorge lui allait à ravir ! Même s'il n'y aurait personne pour le voir à part elle, elle aimait à se sentir belle et désirable en toutes occasions. Satisfaite, elle retira le vêtement pour le poser sur l'énorme pile des vêtements à acheter et se lança dans l'essayage de la robe qui venait ensuite.
« Yeeek ! » Elle manqua de basculer vers l'avant en levant les bras pour enfiler le vêtement. STONG ! Elle se rattrapa bruyamment contre la paroi de la cabine et jura. « Fait chier ! »
« Besoin d'aide ? Nargua la voix moqueuse de l'autre côté du rideau.
-Nan ! Râla Bulma en se frottant l'épaule.
-Eh, il faudrait que tu fasses quelque chose pour arrêter de tomber tout le temps, ça va finir par être dangereux pour ta fille !
-Bien essayé Maï, mais je ne cracherai pas le morceau !
-Alleeeeeeez ! Couina la voix de son amie. Dis-noooous !
-Non non non ! » Chantonna Bulma avant de perdre son sourire et tentant laborieusement de se tortiller pour faire passer la taille de la robe sous son gros ventre. La zone était hors de portée de ses petits bras, et l'avant de la robe restait piteusement relevé, en chiffon sur son ventre, et dévoilant sa culotte.
Elle pesta. Ce problème était récurrent. Elle allait encore devoir demander de l'aide. Quelle plaie ! Avec une moue déçue, elle retira le vêtement pour le jeter sur la pile des « à ne pas acheter ».
« Eh, dis, tu comptes passer tout l'après-midi dans cette cabine ? Lança la voix de July non loin de celle de Maï. Il te reste à peine un mois de grossesse, pourquoi tu t'es senti le besoin de dévaliser tout le rayon femme enceinte ?
-Je n'ai pas dévalisé le rayon ! Se défendit Bulma en se tortillant pour enfiler un pantalon sans chuter vers l'avant. Les soutien-gorge me serviront aussi pendant l'allaitement. Et puis rien ne dit que ça ne me servira plus ensuite.
-Ah bon ? Tu n'as même pas pondu le premier et tu penses déjà à en faire un deuxième ? S'offusqua la voix de July.
-Ah ! Donc c'est un garçon ! Triompha la voix de Maï.
-Quoi ? Mais non ! C'est pas ça ! Et puis qu'est ce qui te fait croire que...
-Parce que je parie que tu voulais une fille. Fit la voix sournoise de Maï.
-Hein ? Mais non, je...
-Et comment tu vas t'y prendre pour avoir le deuxième ? » La coupa la voix encore plus sournoise de July.
Pour toute réponse, celle-ci reçut sur la tête un tas de vêtements issus de la pile des « à ne pas acheter ».
« Eh ! Lança celle-ci moqueuse, comment t'as fait pour lancer tout ça sans te casser la gueule ? »
À l'intérieur de la cabine, mi-assise mi-allongée en sous-vêtements sur la pile des vêtements à acheter qui avaient amorti le son de sa chute, Bulma ne répondit pas : elle cherchait un moyen pour se relever sans appeler à l'aide...
Ça n'allait pas être facile...
ooooo
Ça n'allait pas être facile, anticipa Végéta en plissant les yeux, observant la surface complètement inégale de la planète naine sur laquelle il avait jeté son dévolu pour atterrir. Encore une fois, il avait choisi une planète déserte. Il abhorrait les foules, et des indigènes gesticulants n'étaient aucunement profitables à son entraînement. Il ne s'y rendait que pour ravitailler ses stocks de nourriture. Et il gardait précieusement en réserve ses dernières boites de nouilles instantanées, en cas de coup dur...
Du reste, il combattait la nature, la seule chose qui puisse représenter un quelconque défi pour lui dans ce coin dangereux de la galaxie où les peuples avaient plus de marchands que de militaires. Et il réduisait au minimum les déplacements pour économiser son carburant. Il n'avait aucune intention de retourner sur Terre avant plus d'un cycle terrestre, quand les grille-pains de la mort débarqueraient. Donc il devrait tenir plus longtemps que la première fois qu'il était parti avec ce vaisseau. Ici, près du centre de la galaxie, les systèmes stellaires étaient bien plus proches les uns des autres, sans parler des particularités de tous ces systèmes qui offraient autant de dangers à affronter.
Cette planète naine était un astre ultra-dense à supergravité, errant dans l'espace sans étoile autour de laquelle tourner, dans un froid glacial, toute vie ayant depuis des millénaires disparu de sa surface.
Végéta avait déjà perdu le compte du nombre de planète et lunes qu'il avait détruites depuis son départ, sous le coup de différentes techniques qu'il pouvait enfin tester sans retenue.
La seule chose à laquelle il devait prêter garde était de ne pas endommager son vaisseau.
C'était bien le pire qui pourrait lui arriver : se retrouver sans moyen de transport, réduit à inventer de zéro une technique de téléportation comme celle de ce maudit Karkarott, ou pire, à envoyer des signaux d'appel à l'aide. Non, hors de question de mettre en danger son précieux vaisseau spatial équipé de douches à l'eau chaude, et avec des nouilles instantanées dans son garde-manger !
Mais l'atmosphère pesante de cette planète sans nom était instable. Les poches de tiédeur succédaient à des poches de froid glacial qui cristallisaient brutalement en cristaux tranchants les volutes éparses de souffre émises dans l'air par les crevasses sismiques, et qui pleuvaient comme des rasoirs pour se liquéfier au sol en marécages nauséabonds d'acide sulfurique, au pied de falaises noires de roche volcanique solide comme du métal.
Tel serait désormais le défi du saiyan sur cette planète hostile et sur toutes les suivantes qui lui succéderaient : protéger son propre vaisseau contre les aléas imprévisibles de la Nature la plus inhospitalière et dangereuse qui soit dans toute la galaxie.
Il n'avait pas peur du danger. Il aimait le danger. Il l'accueillait à bras ouverts et en riant.
ooooo
« Je n'ai pas peur du danger ! Moi j'aime le danger ! Je me ris du danger ! Hahaha !
-Bulma, descends de là tout de suite !
-Mais enfin, fichez-moi la paix, tous autant que vous êtes, je fais ce que je veux !
-Mais c'est dangereux !
-Je sais, ça fait dix minutes, tu me le répètes en boucle, maman !
-Mais enfin alors descends de cette échelle ! Tu vas tomber ! Et le bébé ?
-Je descendrai quand j'aurai fini ! Et fichez-moi la paix avec ma grossesse ! Je ne suis pas handicapée, j'ai juste une putain de planète à la place du ventre. C'est pas ça qui va m'empêcher de finir mon prototype, crois-moi !
-Et qu'est-ce qui arrivera au bébé si tu tombes ?
-Maman ! Ce bébé est à moitié saiyan ! Même son placenta est tellement résistant que le médecin n'a même pas moyen de faire toutes les analyses dont il a besoin ! Et en plus il est atrocement lourd ! Comme son père, tiens ! Ouais, parfaitement ! Tu parles d'un cadeau ! Vivement que ce soit fini ! J'en ai marre !
-Bulma, calme-toi ! Enfin, tu as passé toute la matinée à cuisiner avec moi, tu devrais te reposer !
-Non ! Fiche-moi la paix ! Fichez-moi tous la paix ! Je m'ennuie à mourir assise dans le canapé toute la journée ! C'est non ! Il est hors de question que je reste à rien faire pendant encore trois maudites semaines ! Avec toute la bouffe que j'engouffre je vais grossir si je ne me dépense pas ! Et j'ai pas envie de me reposer ! Je ne suis pas fatiguée ! J'ai trop d'énergie à revendre ! Et trop d'idées à mettre en forme ! Je veux finir ce prototype et personne ne m'en empêch... OOOW ! »
Bulma lâcha son tournevis qui atterrit droit sur la tête de sa mère en bas de l'échelle en un BIM ! suivi d'un OUCH ! retentissants. En équilibre précaire à deux mètres de hauteur au dessus de la carlingue métallique de l'engin qu'elle était en train de concevoir, la femme enceinte porta avec stupeur les deux mains à son ventre durci et attendit... Celle-là, elle l'avait bien sentie...
Cette contraction serait la première d'une longue série de fausses-alertes sur les trois semaines de grossesse qui restaient à venir... Quatre semaines en réalité.
ooooo
La mise bas était sans doute pour bientôt...
Encore un mois terrien ? Peut-être moins ?
Assis sur une pierre à côté de son vaisseau spatial, Végéta avait autorisé ses pensées à errer un moment tandis qu'il mangeait. Après cinq assiettes d'une espèce de purée grise qu'il s'était procurée en grandes quantités lors de sa dernière escale en zone civilisée, le guerrier avait succombé à la tentation et entamé une boîte de nouilles instantanées dans sa réserve. Ça, au moins, ça avait un goût, un vrai. Malheureusement, ça lui faisait toujours penser à la Terre et tous ses délices dont il se passait... Au moins il avait la paix et pouvait réellement se concentrer sur sa progression. Jamais il ne tolérerait de rester encore ainsi en arrière par rapport à son rival et encore moins face à une menace mécanique.
Miam.
Comment faisaient les terriens pour les mises bas au juste ? Ils n'avaient manifestement pas de couveuses ni d'incubateurs, ce qui voulait sans doute dire que les fœtus étaient maturés in vivo jusqu'au terme, comme il l'avait constaté en observant le ventre grossissant de la femme au parfum d'épices et d'océan qui portait en elle un être qui serait à moitié de sa race à elle, et à moitié de sa race à lui. Sa race presque éteinte...
Revigoré par ce court repas, le saiyan rangea précieusement ses couverts et commença à échauffer rapidement ses articulations en regardant les étoiles agglutinées dans le ciel comme si un océan bleu sombre envahi de grosses et petites méduses phosphorescentes était suspendu au dessus de lui. Il y avait trop d'étoiles là où il se trouvait, c'en était oppressant, mais c'était aussi la seule source de lumière sur cette planète vagabonde sans soleil.
Mais comment faisaient les terriens pour faire sortir les bébés de là-dedans ? Songea-t-il à nouveau. Le ventre de Bulma était déjà bien volumineux lorsque Végéta avait quitté la Terre, et à ce moment-là elle affirmait qu'il lui restait encore plusieurs mois... Mais quelle taille avait-elle pu atteindre à présent ? La peau de son ventre allait-elle se déchirer ? Spontanément ou par la force du fœtus, comme le faisaient les oiseaux sortant de l'œuf ? Sans doute pas, sinon l'humaine aurait été terrifiée à l'idée de se faire éventrer vive par un hybride à demi-saiyan.
Bah ! Quelle importance ?
Ricanant seul en faisant des pompes à un bras à côté de son vaisseau le guerrier repéra du coin de l'œil un mouvement dans le paysage. La raison pour laquelle il mangeait dehors et scrutait le ciel en permanence : un danger potentiel pour son précieux vaisseau pouvait tomber du ciel à tout moment en ce lieu proche du centre de la galaxie où les astres étaient tous agglutinés.
Il avait au moins remarqué cela dans sa progression récente à l'entraînement, c'était que d'avoir quelque chose de précieux à protéger n'était pas seulement un handicap, c'était aussi une formidable source de motivation. Sans vaisseau, il resterait coincé là. Sans vaisseau il ne retournerait pas sur Terre pour savourer de bons petits plats après une bonne douche brûlante. Sans vaisseau, il ne pourrait pas faire ravaler son arrogance à ce crétin de saiyan troisième classe. Sans vaisseau, il ne ferait jamais fermer son clapet à cette insupportable terrienne qui avait commis l'affront de le traiter de faible. Et il ne croiserait jamais le regard de cet enfant à cause duquel elle l'avait repoussé... Grâce auquel elle avait levé son maudit charme sur lui pour le laisser partir. Grâce auquel il pouvait enfin se concentrer pour de bon.
Ou presque.
S'élevant lentement dans les airs, le cœur léger et sans attache, sans autre préoccupation que lui-même et son vaisseau, Végéta fit face à cette nouvelle pluie de météorites qui osait le défier. Tout semblait si dérisoire à des années lumières de là.
ooooo
Tout semblait si dérisoire comparé à cet instant.
Tout semblait si dérisoire comparé à l'importance de la vie en jeu.
Tout semblait à des années lumière de là.
Tout semblait si irréel autour d'elle. Si présent et si lointain à la fois.
Elle avait ses sens sur-aiguisés et pourtant percevait tout comme un flou.
La douleur, la peur. L'impatience, la joie.
Tout se passait si vite et si lentement.
Des silhouettes familières, d'autres totalement inconnues.
Tout cela était complètement dérisoire.
« Courage ma chérie ! Tout va bien se passer. » La voix paniquée de sa mère.
C'était si dérisoire. Rien ne comptait que la vie en cet instant en jeu.
« Allez-y, Bulma, respirez bien fort, et maintenant poussez ! » La voix ferme de la sage-femme.
Ce soir, une vie allait voir le jour, une vie née de ses propres entrailles.
ooooo
« Un enfant va naître. La chair de ta chair. Même quand tu mourras, il restera un petit peu de toi qui vivra au travers de lui. Ça compte. Tu vas vouloir le regarder dans les yeux. Reconnaître en lui la lignée de tes ancêtres. Je suis prête à parier que je peux te le prouver. »
Un nouveau départ. Une nouvelle planète détruite. Une nouvelle vue qui disparaît du hublot. Enfin un moment de paix. Un moment pour se reposer.
Et comme à chaque fois, ces maudites pensées qui se remettaient à tourner autour du sujet dont il ne voulait pas. Ça le taraudait presque autant que ses multiples questionnements sur deux guerriers super-saiyans qui n'auraient pas dû exister, tandis que lui subissait de plein fouet l'ampleur de sa propre impuissance.
Jamais de sa vie, Végéta n'aurait imaginé pouvoir devenir aussi puissant qu'il l'était aujourd'hui, et pourtant jamais, même lors de ses plus sombres années au service de Frieza, il n'avait été aussi frustré par son manque de force. Tout ceci était parfaitement insuffisant comparé à ces deux adversaires qui auraient tous deux dû n'être que des sous-fifres. Deux troisième-classes dont un bâtard d'origine inconnue, qui allait sans doute débarquer sur Terre dans le cycle terrestre à venir. Qui était-il, d'où venait-il et quand allait-il arriver sur Terre et pourquoi ? Autant de mystères qui restaient toujours à éclaircir.
Conserver son sang-froid sous une telle frustration était un vrai tour de maître que même le prince des saiyans peinait à maintenir. Il f...
« Vous avez un nouveau message. Reçu hier à vingt heures dix-huit. Provenance : Capsule Corporation. Pour écouter, dites...
-Écouter. »
La mère Briefs lui avait laissé des messages à trois reprises au cours des derniers mois. Il avait compris maintenant. Il ne les écoutait pas pour avoir des nouvelles de la Terre, et sincèrement, toutes les informations qu'elle donnait, non seulement il s'en fichait, mais elles avaient en plus le don de le mettre en rogne pour plusieurs jours. Non. Il le faisait pour avoir la paix, et surtout pour la bouffe.
« Bonjour Végéta ! Annonça la voix grinçante en stéréo parfaite. J'espère que vous allez bien et que vous passez de bonnes vacances ! Je suis sûre que vous voyez de beaux paysages là où vous êtes ! N'hésitez pas à m'envoyer une carte postale si le cœur vous en dit ! »
Les doigts du guerrier se serrèrent sur ses biceps. Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'étaient des vacances ni une carte postale, mais sans aucun doute, non, le cœur ne lui en disait pas.
« Je me suis dit que vous apprécieriez peut-être un petit en-cas terrien pendant vos pérégrinations, pour penser un peu à nous et vous rappeler de revenir bientôt. Vous nous manquez tout de même !
-Hm !
-Alors voilà. Il y a un lot de plats lyophilisés dans un placard situé sous la première marche de l'escalier pour monter dans la pièce principale. Le code du cadenas est 9001. C'est facile à retenir, c'est le premier nombre au dessus de 9000 ! Il n'y a pas grand chose dedans, pour vous ça fera sans doute un seul repas, mais j'espère que vous y trouverez votre bonheur malgré cela ! J'esp...
-Supprimer.
-...père que vous allez bien et que vous nous reviendrez bientôt en pleine forme. Enfin, inutile que je vous parle de rester en forme, à vous ! Ce n'est pas ça qui vous manque ! Mais je ne doute pas que vous trouverez ce que vous cherchez, même si...
-Supprimer le message !
-...je vous avoue que je n'ai pas bien compris de quoi il s'agissait. Vous savez ce que c'est quand Bulma ex...
-Supprime ce message machine stupide, je m'en fiche de la suite !
-...plique quelque chose, il faut vraiment avoir la tête sur les épaules pour la suivre ! Et ce n'est pas vraiment mon cas hohoho ! Ah oui ! À ce propos ! Vous voulez peut-être des nouvelles ! Bulma se porte comme un charme, même si...
-Interrompre la lecture !
-Vous avez demandé l'interruption du message. Annonça la voix monocorde au plus grand soulagement du saiyan. Pour continuer, dites continuer. Pour reco...
-Supprimer ! » S'agaça-t-il. Sérieusement, il n'avait pas besoin d'écouter ces salades jusqu'au bout, il avait l'information primordiale : la bouffe.
Du reste, il n'en avait rien à foutre que Bulma se porte comme un charme ou ait été dévorée vivante par l'hybride qu'elle incubait dans son ventre. Il ne voulait pas entendre parler de la Terre ni de cette peste. Il la méprisait au dernier degré, elle, sa morale et sa suffisance.
Descendant sans hésiter l'escalier qui menait aux chambres, il s'arrêta au pied de celui-ci et scruta la dernière marche avec suspicion. Il y avait effectivement un petit cadenas à code dissimulé juste sous le rebord, à droite. Satisfait, le guerrier tendit la main et arracha la marche, qui s'avéra être le couvercle d'un petit coffre rempli de boîtes de nourriture lyophilisée. Un concentré de petits trésors terriens. Il allait se régaler.
ooooo
« Et qui c'est qui va se régaler ? C'est mon petit Trunks chéri !
-Aaaaaaoooooow ! » S'enthousiasma le nourrisson en cessant immédiatement de pleurer pour saisir sans plus attendre le sein de sa mère à pleine bouche, commençant à boire aussi vite qu'il le pouvait comme si les minutes de ce moment de paradis lui étaient comptées avant de replonger dans un désert de sécheresse.
« Eh ! S'amusa doucement la nouvelle maman en caressant sur sa tête les trois cheveux violets qui y poussaient. Ne t'en fais pas, je ne vais pas partir. Je ne t'abandonnerai jamais. Je prendrai soin de toi mon bébé. Calme-toi. Je suis là... »
Souriant tendrement, Bulma regardait ce petit bébé de deux jours à peine, blotti contre elle, les yeux mi-fermés de délice tandis qu'il engloutissait son repas. C'était son bébé, et elle l'aimait, mais malgré les paroles rassurantes des infirmières et de ses parents, elle ne pouvait s'empêcher de craindre qu'il reste moche en grandissant. Parce que, honnêtement, il était moche, même pour un bébé. Moche et rondouillard. Elle allait devoir lui trouver des petits vêtements mignons pour masquer cela, en espérant que le temps améliorerait la situation. Après tout, vu les parents qu'il avait, il ne pouvait tout de même pas devenir un adulte moche, si ?
« Bonjour Bulma ! Salua l'infirmière en entrant dans la chambre. Vous allez bien ?
-Oui oui, merci. Répondit celle-ci.
-Et le petit Trunks ? Oh mais vous êtes encore en train de l'allaiter ? Je n'en reviens pas ! Laissez-vous un peu de répit tout de même ! Et laissez-le digérer aussi !
-C'est lui qui réclamait. Se défendit Bulma.
-Encore ? Mais c'est impossible, je n'ai jamais vu un bébé boire autant !
-Ça ne me surprend pas connaissant l'appétit de son père. Répondit-elle tranquillement en jetant à son bébé un regard attendri. Il a dû hériter du même métabolisme, le pauvre chéri.
-Son père ? Demanda poliment la vieille femme après une hésitation. C'est la première fois que je vous entends parler de lui... »
Bulma ne répondit pas.
Prenant cela pour une invitation à la conversation, l'infirmière demanda prudemment : « Est-ce qu'il sait qu'il est papa ?
-Oui bien sûr.
-Ah. Et... Vous le connaissiez bien alors ?
-Oui. Soupira Bulma en caressant les trois cheveux de son bébé qui peinait à reprendre son souffle en tétant de toutes ses forces son sein déjà presque vide. Enfin je crois.
-Ah... Mais... Il ne compte pas venir vous voir ?
-Hn ! Ça ne risque pas, je l'ai mis à la porte.
-Ah... Excusez-moi. »
En guise de réponse, Bulma ne sut que lui offrir un faible sourire. Elle n'avait plus vraiment envie de parler du père de son fils. Trop de monde était venu la voir récemment qui avait souhaité savoir qui était l'heureux papa ou lui transmettre leurs félicitations. Elle tentait d'écourter ces sujets aussi vite que possible en répliquant que merci mais elle était mère célibataire. Confus, les gens s'excusaient, mais Bulma en gardait une sorte de sensation désagréable au fond de ses entrailles longtemps après. Et aujourd'hui, l'infirmière qui s'affairait à ranger la chambre où elle était installée semblait contrariée. Elle venait basiquement d'apprendre que le père de l'enfant était loin d'être un inconnu pour la jeune maman. Pour elle, cela changeait beaucoup de choses :
« Dites-moi... Il n'a jamais demandé à voir son enfant ?
-Non.
-Mais... Est-ce qu'il est au courant que la naissance a eu lieu ?
-Non.
-Est-ce qu'il sait au moins comment s'appelle son fils ? »
Pour une raison inconnue, la gorge de Bulma se serra lorsqu'elle répondit avec beaucoup moins d'aplomb cette fois : « Non. »
L'infirmière hésita, dévisageant la jeune maman solitaire d'un air triste. Elle pinça les lèvres, puis risqua timidement : « Et... Vous ne pensez pas que...
-Je sais très bien ce que je pense, merci ! S'écria Bulma soudain agacée. Et je sais très bien ce que je fais aussi. Je suis un génie, une belle femme influente, et j'ai survécu à mon accouchement ! J'estime avoir toutes les clefs en main pour décider de ce qui est le mieux pour moi et mon bébé. Quant au père, je ne veux plus qu'on me parle de cet enfoiré ! Je l'ai chassé de chez moi pour une bonne raison qui me concerne, et ce n'était pas pour le plaisir de voir tout le monde me regarder avec pitié quand je leur dis qu'il n'y a pas d'heureux papa ! Alors si vous essayez encore une seule fois de m'adresser la parole à ce sujet je demande à changer d'infirmière ! C'est clair ?
-BWAAAAAaaaaa ! S'écria le petit Trunks effrayé par le vacarme.
-Oh, pardon mon chéri... » Fit Bulma en berçant son bébé et penchant son visage vers lui pour l'embrasser.
Mais au lieu de se calmer, le petit ange qui n'en était pas un se mit à battre l'air de ses petits bras et jambes, de manière totalement incontrôlée qui aboutit notamment en gifle sur le coin du nez de la pauvre maman.
« Eh ! Non mais qu'est-ce que c'est que ces manières ! S'écria-t-elle à nouveau en tenant le nourrisson à bout de bras pour éviter toute autre attaque. Ne vas pas déjà commencer à ressembler à ton père au bout deux jours toi !
-Mademoiselle Bulma, intervint doucement l'infirmière, ça ne sert à rien de crier sur un nouveau-né, vous allez le...
-Oh, vous laissez-moi tranquille ! Répliqua Bulma. C'est de votre faute si...
-BWAAAAAaaaaa ! Bwe BWAAAAA !
-Comment ça de ma faute ? S'offusqua la vieille femme. Ce n'est pas moi qui me mets à crier à tout bout de champ que je sache ! Vous devriez apprendre à vous calmer mademoiselle, au moins en présence de votre enfant.
-Non mais de quoi je me mêle ? Cria Bulma pour couvrir les pleurs de son bébé. Je suis parfaitement calme et je sais très bien ce que je fais ! Gardez vos remarques dépassées pour vous !
-BWAAAAAaaaaa...
-Bulma ! Intervint une voix familière à l'entrée de la chambre. Pose-le dans son berceau au moins ! »
Les deux femmes tournèrent la tête pour appréhender la jeune femme blonde qui avançait vers eux.
« Ah ! Maï ! Tu tombes bien ! Tu veux bien dire à cette bonne femme de se mêler de ce qui la regarde ?
-Calme-toi Bulma. Répondit calmement son amie. Personne n'est en danger, et ta priorité c'est ton bébé qui pleure.
-C'est la faute de cette inconsciente ! S'insurgea Bulma en désignant l'infirmière. Il y a des choses qui ne se disent pas, surtout à une fragile et délicate jeune femme comme moi.
-Je repasserai plus tard. Coupa l'infirmière en leur tournant brusquement le dos et quittant la pièce d'un pas vif.
-Pas la peine ! Lui lança Bulma. Envoyez-moi donc quelqu'un de compétent à votre place !
-BWAaaaaaaa ! Pleurait Trunks en gesticulant de toutes ses forces.
-Enfin Bulma ! S'étonna Maï. Qu'est-ce qui te prend ? C'était la seule infirmière avec qui tu t'entendais encore !
-Hm ! Fit la jeune maman avec une moue de dédain tout en plaçant son bébé dans son berceau où il gesticula en direction de l'énorme peluche qui s'y trouvait. Vivement que je rentre chez moi, ce sont vraiment tous des incompétents dans cet hôpital. Comment font les gens qui n'ont pas de médecin privé et d'infirmerie ?
-Eh bien, peut-être qu'on a ont moins d'exigences que toi. Insinua son amie.
-Dis-donc, qu'est-ce que tu sous-entends, là ? C'est normal pour quelqu'un comme moi d'exiger le meilleur !
-Oui oui, même si tout le monde ne peut pas se permettre ça. Par contre rien ne justifie de traiter les gens qui travaillent pour toi comme tu traites tes robots domestiques.
-Évidemment que non ! Mes robots sont programmés pour répondre à mes attentes. Les gens, il faut le leur apprendre.
-Et ça ne te vient pas à l'idée que peut-être tu l'as blessée en la traitant d'incompétente ?
-Eh oh ! S'agaça Bulma. Tu es mon amie ou pas ? Tu ne vas quand même pas prendre parti pour cette idiote et contre moi ?
-Je ne prends pas parti, j'essaye de comprendre. Se défendit Maï avec douceur.
-Mais bien sûr ! Décidément vous êtes tous contre moi aujourd'hui ! Ça serait trop demander, un peu de répit pour une pauvre femme douce et fragile qui vient d'accoucher ? »
Son amie, dont le calme était pourtant légendaire, poussa un soupir irrité : « Bulma, je ne t'agresse pas, personne ne t'agresse ! Arrête de passer tes nerfs sur tout le monde comme ça ! Ça se voit à des kilomètres à la ronde que tu ne vas pas bien ! On essaye de t'aider, et toi tu nous cries dessus ! Sérieusement, tu as déjà essayé de prendre sur toi avec ton comportement ? Tu sais à quel point c'est difficile de s'entendre avec toi ? Je veux dire, il y a d'autres méthodes pour te faire entendre que de gueuler sur les gens à tout bout de champ ! Franchement, tu terrorises tout le monde ! C'est pas très sain comme relationnel. Honnêtement, est-ce que tu connais une seule personne qui serait d'humeur à te sourire quand tu gueules comme ça ? »
Première seconde. Bulma fronça les sourcils, prête à envoyer promener l'impertinente.
Deuxième seconde. Un doute la frappa. Une personne qui serait d'humeur à lui sourire quand elle lui criait dessus... ?
Troisième seconde. Sans aucun signe avant-coureur, et au plus grand désarroi de son amie, elle fondit en larmes.
Oui, il y avait une personne...
Et elle ignorait si elle le reverrait jamais.
Il ne lui pardonnerait jamais.
Trunks cessa de pleurer.
ooooo
Il ne lui pardonnerait jamais.
Mais dans ce cas, pourquoi l'avait-il laissée en vie ?
Pourquoi y pensait-il encore ?
Et surtout, pourquoi, ces derniers temps, progressait-il aussi vite qu'un asticot congelé ?
Végéta avait toujours été fort, et avait toujours progressé à une vitesse cosmique qui effrayait autant ses adversaires que ses alliés temporaires. Son corps conditionné au combat jusque dans ses gênes apprenait de chaque coup reçu et chaque blessure pour ne jamais avoir à recevoir le même deux fois. Sa discipline d'acier lui permettait de se concentrer uniquement et exclusivement à devenir plus fort et vaincre ses ennemis toujours plus efficacement. C'était ce qu'il avait toujours fait. Son corps et son esprit avaient toujours été en phase avec cette mentalité.
Mais à présent, quelque chose clochait.
Végéta luttait contre lui-même, se démenant des jours entiers pour progresser autant qu'un escargot progressant dans de la cire gluante. Pour presque rien. Seul dans l'espace intersidéral, parti affronter les plus effrayantes créations de la Nature, jouant par moments à être le Dieu de la Destruction, il ne voulait voir personne et se lassait de frapper la pierre.
Quelque chose clochait.
Son esprit manquait quelque chose dans l'analyse, et en conséquence, son corps ne suivait pas. Il stagnait comme une feuille morte dans un marécage.
Il était pourtant mieux concentré depuis qu'il avait quitté la Terre. Il était satisfait d'avoir enfin réussi à partir. Ici il était réellement libre, et dans son élément... Sauf qu'il y repensait bien trop souvent. La nourriture, l'eau chaude, sa chambre de gravité, ses envies de meurtre sur une certaine scientifique, sa curiosité pour la créature qu'elle mettrait au monde.
Il ne lui pardonnerait jamais.
Mais même ainsi, il était soulagé que l'humaine sournoise n'ait pas choisi d'exploiter la faiblesse qu'il avait stupidement presque dévoilé face à elle. Ça aurait pu être pire. Il avait failli devenir faible. C'était intolérable. Ça ne se reproduirait jamais avec quiconque.
Il ne lui pardonnerait jamais, mais il ne se pardonnerait jamais lui-même non plus.
Il fallait penser à autre chose. Remettre son esprit en phase. Combattre et laisser s'exprimer sa vraie nature. Sans faille. Sans retenue.
Sans distraction.
Il ne pouvait pas avoir atteint sa limite. C'était impossible.
ooooo
« C'est pas possible, mais c'est pas possible !
-Hoooaaaaaaw ! Confirma joyeusement le bébé de trois mois en levant ses petits bras vers le ciel.
-Non Trunks, ce n'est pas drôle. Tenta de le réprimander Bulma sans parvenir à avoir l'air sévère. On ne jette pas les doudous partout, et surtout pas sur les étagères ! »
Devant le rire de son bébé, elle soupira sans trouver le cœur de s'énerver. Ce petit rire aigu qui résonnait dans les murs de la maison était comme un rayon de soleil pour elle après une longue errance dans le brouillard. Le petit monstre avait appris extrêmement vite à manier ses petites mains et avait pour grand nouveau passe-temps de jeter ses peluches le plus loin possible, si possible en créant un maximum de bruit par la même occasion. Par exemple en visant la vaisselle. Ou la tête de sa grand-mère dont les glapissement le faisaient encore plus rire. Heureusement pour la maisonnée, sa visée était encore très hasardeuse, mais elle s'améliorait de jour en jour. Seul le tyrannosaure en peluche échappait à la folie destructrice du bébé. Celui-là, il le gardait pour lui, dormait avec, et impossible de le lui arracher des bras sans déclencher une crise de pleurs incontrôlables.
Seulement trois mois. Déjà trois mois.
Bulma était la seule à échapper aux attaques-à-la-peluche. Elle avait crié suffisamment fort les trois seules fois où il avait essayé de la viser. Mais pour interrompre sa folie destructrice contre les étagères et le précieux contenu qui s'y trouvait, elle n'avait qu'un seul recours :
« Trunks ! Manger ! »
Le nourrisson s'interrompit net. Déjà, si jeune, ces mots éveillaient des notions passionnantes dans son petit cerveau en plein développement. Il jeta à sa mère un regard plein d'interrogations, qui fut vite suivi d'un cri de joie à percer les tympans suivi d'une série de babillages baveux lorsque celle-ci le prit dans ses bras et l'installa sur ses genoux pour lui donner le sein.
Elle n'avait pas assez de lait pour alimenter le petit demi-saiyan, mais comptait bien lui donner jusqu'à la dernière goutte de tout ce qu'elle pouvait produire, ne passant au lait maternisé qu'en dernier recours. La scientifique en elle savait que son lait était le meilleur qu'elle puisse fournir à son enfant pour favoriser son développement. La mère en elle refusait de s'avouer impuissante à nourrir son bébé.
Et peu importait qu'il obtienne beaucoup ou moins de lait, Trunks tétait de tout son cœur, offrant à sa maman un regard intense ressemblant à moitié à celui de son père, à moitié à de l'adoration. Cela la faisait fondre.
Bien vite, les paupières au dessus des grands yeux bleus se firent lourdes, et la succion sur son sein se fit moins pressante.
Débordant de tendresse et le cœur léger, Bulma se mit à bercer son bébé en chantonnant doucement :
« Le poisson dans la mer,
On ne voit pas qu'il pleure.
Le rosier en hiver,
On ne voit pas sa fleur.
Et je sais des lumières,
À qui le jour fait peur. »
Le nourrisson cessa un moment de boire pour la regarder. Si son expression à cet âge avait pu être représentative d'un quelconque état d'esprit, Bulma aurait pu croire qu'il la prenait pour une folle. Un regard qui lui rappelait cruellement quelqu'un d'autre à qui elle s'efforçait de ne pas penser... Elle s'empressa de recommencer à bercer le petit être en le serrant contre elle. Il se remit à téter comme si de rien n'était.
« Mon pauvre petit Trunks. Je ne te chante pas assez souvent de chansons, hein ? Ne t'inquiète pas, tu vas vite t'habituer, et bientôt, c'est toi qui me demanderas de te chanter quelque chose.
-Peut-être même qu'un jour il viendra te chanter des chansons le dimanche matin dans ta chambre ? Intervint une voix joviale derrière la jeune maman.
-Oh ! Ça sent le vécu... » S'amusa Bulma en tournant la tête vers sa mère pour la saluer d'un sourire.
Celle-ci contourna le canapé sur lequel sa fille était installée à allaiter et prit place dans le fauteuil face à elle après avoir déposé un plateau sur la table basse. Trois tasses de thé et quelques pâtisseries dont la mère de Bulma ne se lassait jamais.
« Oh oui ! Tu étais si mignonne avec tes petites couettes que tu avais coiffées toi-même et de travers. Tu devais avoir à peine quatre ans je crois. Mais déjà un petit prodige ! Tu nous avais préparé le petit déjeuner, on n'avait pas encore les robots ménagers. Tu avais le bon dosage de café pour la machine à café mais tu avais oublié l'eau. Et tu n'avais pas trouvé la farine, alors tu nous avais fait des crêpes avec juste des œufs et du sucre. Et c'était pas mauvais d'ailleurs ! Et tu étais venue dans notre chambre nous réveiller en nous chantant chaaaala head chala.
-Oui, c'est bon, j'ai compris maman. Tempéra Bulma avant que ce vieux refrain ne lui entre dans la tête pour le restant de l'après-midi.
-Alala ! Ma chérie ! Tu chantais faux à l'époque ! Mais au moins tu chantais avec ton cœur !
-Je chante toujours avec mon cœur.
-Non, pas toujours. Objecta la blonde. Même petit Trunks tout à l'heure s'est rendu compte que tu ne chantais pas la bonne chanson.
-Ah bon ? Parce que maintenant il y a des bonnes et des mauvaises chansons à chanter ? Demanda la jeune maman en caressant le petit duvet aux reflets violets sur la tête du bébé en train de s'endormir accroché à son sein.
-Oui, et ça se voit. Répondit sa mère en prenant sa tasse de thé.
-Ah ! Annonça joyeusement le père de Bulma en entrant à son tour dans le salon. J'arrive au bon moment on dirait.
-Oui, tout le monde prend son goûter. Lui répondit sa femme. Tu vas voir, ces pâtisseries sont de véritables délices ! Je les ai goûtées à la boulangerie tout à l'heure !
-Ah, voyons voir ça ! » Se réjouit le vieux scientifique en s'installant dans le fauteuil à côté d'elle.
Et tandis que ses parents se mettaient à discuter, Bulma replongea dans ses pensées en contemplant son bébé qui s'était farouchement remis à téter comme si son temps était soudain compté. Elle se pencha pour déposer un baiser sur le haut de son crâne, mais petit Trunks ne lui accorda pas un regard. Son repas semblait plus important pour lui.
Il lui rappelait terriblement quelqu'un d'autre...
Oui, elle avait d'autres paroles sur le cœur, mais ne voulait pas les chanter à son enfant. Elle était forte, fière et heureuse. Pour elle et pour son fils. Elle n'avait besoin de personne.
Ce ne fut que plus tard ce jour-là, à la nuit tombée, à l'abri dans la solitude de sa chambre et réfugiée sous sa couverture, que la chanson refit surface dans son esprit.
Je n'arrive pas à te sortir de ma tête
J'ai tout essayé,
Mais ne peux pas oublier.
Ces nuits de folie et toutes ces choses qu'on a faites
Je n'arrive pas à les sortir de ma tête
J'essaye de dormir mais je gis éveillée,
Je pense à cet amour que j'ai rejeté.
Ça me revient sans arrêt
Je dois bien t'avouer...
Que je n'arrive pas à te sortir de ma tête
J'ai tout essayé,
Mais ne peux pas oublier.
Ces nuits de folie et toutes ces choses qu'on a faites
Je n'arrive pas à te sortir de ma tête
Bulma se releva d'un coup. Elle se sentait mal. Presque aux abois. Elle se précipita presque dans la chambre de son fils située juste à côté de la sienne.
La porte grinça en s'ouvrant.
Le petit Trunks dormait enfin du sommeil des bienheureux après avoir mis plus d'une heure à accepter de s'endormir depuis son dernier repas. La paix que lisait Bulma sur son visage était tout ce dont elle eut besoin pour calmer le sentiment de panique qui l'avait saisie un instant plus tôt.
Dans deux heures à peine il se remettrait à pleurer pour qu'on le nourrisse. Elle serait obligée d'y aller au lait en poudre cette fois. Le temps de refaire le plein de lait pour elle. Par chance, il continuait d'accepter de prendre le sein malgré les biberons.
Mais pour l'instant, le petit ange dormait calmement. Bulma s'approcha silencieusement du berceau.
Bien sûr, elle était capable de tout donner à cet enfant. Amour, nourriture, logement, jouets, éducation, il aurait tout. Et pourtant...
Connaîtrait-il jamais son père ?
Aurait-il une quelconque figure paternelle à suivre comme exemple ?
Le père verrait-il jamais son fils ?
Le père reviendrait-il jamais ?
Avait-elle fait une erreur ?
Et si il venait à mourir, dans sa folie de devenir plus fort, loin de tout et à des années lumières de là ?
Saurait-il jamais... ?
Il n'y avait qu'une chose qui devait se produire pour que tout cela soit possible. Elle y croyait toujours. Il le fallait.
Mais ça, ça ne tenait qu'à lui.
Pourtant, elle, il lui restait un dernier poids sur la conscience. Si malgré tous ses efforts, Végéta mourait demain, alors il fallait qu'elle fasse une dernière chose avant qu'il ne soit trop tard. Elle ne voulait pas le faire, avait longtemps hésité, était restée bornée dans sa fierté. Regarder son bébé dormir lui donnait cette force.
Il fallait que ça se produise. Il le fallait.
ooooo
Il fallait qu'il devienne un super-saiyan.
Il le fallait.
Sa propre impuissance commençait à ronger les barrières en acier trempé de son sang froid comme la rouille et le temps finissent par avoir raison des plus grands édifices.
Il avait toujours tout contrôlé, tout calculé. Comme cette série de vérifications qu'il effectuait systématiquement à chaque fois qu'il posait le pied sur une nouvelle planète :
Sol dur sous le pied. OK.
L'air ne picote pas les poumons. OK.
Pas d'odeur suspecte. OK.
Traces de vie. Aucune.
Nombre de soleils. Zéro.
Nombre de co-astres. Deux. Soit trois planètes naines tournant les unes autour des autres en système triangulaire.
Risques potentiels d'origine tellurique. Aucun.
Risques potentiels d'origine atmosphérique. Aucun.
Risques potentiels d'origine cosmique. Nombreux astéroïdes.
Bref, rien de spécial à part cette gravité pesante, qui lui faisait le plus grand bien.
Le voici reparti pour une longue session d'entraînement sur cette nouvelle planète.
Il avait toujours tout contrôlé, tout calculé.
Mais il ne pouvait pas tout prévoir.
« Vous avez un nouveau message. Reçu aujourd'hui à deux heures trois. Provenance : Capsule Corporation. Pour écouter, dites écouter. »
Zut, pile au moment où il avait fini ses vérifications et s'apprêtait à sortir ! Son esprit voulut ignorer la voix en stéréo et écouter le message plus tard quand il reviendrait pour manger.
« Écouter. » Son estomac avait répondu en premier, gargouillant déjà à la perspective d'une nouvelle cachette regorgeant de mets appétissants. Cela faisait trop longtemps...
Mais la voix du message hésita avant de parler : « Salut Végéta... »
Il se figea.
C'était la voix de Bulma.
« Je... Écoute, je ne vais pas t'embêter longtemps. Je tenais juste à ce que tu saches... Ton fils est né. Il s'appelle Trunks, il est fort, et il a ton regard. Voilà. Bon courage dans ton entraînement. On se croisera sans doute dans six mois quand tu reviendras pour la bataille. Tu sais où nous trouver si tu as envie de le voir... Salut. »
La voix avait hésité avant de prononcer ce dernier mot. Comme un morceau ajouté non prévu dans le discours, une note qui sonnait le malaise et la douceur soit de l'espoir, soit de la tristesse.
Quelle idiote !
Trunks ? Mais quel nom stupide !
Elle n'aurait pas pu l'appeler Sélanazzo ou Aliatz ou même Ony-ionh ça aurait été moins stupide !
De toutes façons sur Terre ils avaient tous des noms stupides ! Rageait-il en s'éloignant du vaisseau dont la porte se referma en un sifflement fluide.
De toutes façons, il n'en avait rien à foutre !
De quel droit cette humaine idiote s'imaginait-elle qu'il serait intéressé par ce qu'elle faisait de son rejeton à elle ?
Il s'en fichait ! Il s'en fichait !
Tout ce qui l'intéressait, c'était de devenir plus fort !
Il contrôlait tout. Calculait tout.
D'un geste rageur, il envoya vers le ciel une décharge énergétique qui réduisit en poussières l'une des deux lunes.
ooooo
« Dis Papa, tu crois que moi aussi un jour je pourrai devenir un super saiyan ? »
En train de vider un saladier entier du délicieux riz cuisiné par sa femme avec des bouchées aussi grosses que le permettait l'ouverture de sa bouche, Son Goku accorda un regard plein de fierté à son fils. Déjà, si jeune, le petit Son Gohan montrait un potentiel incroyable au combat. « Évwidemment ! Quey quechkion !
-Goku, on ne parle pas la bouche pleine. Le réprimanda gentiment Chichi.
-Tu en es sûr ? S'enquit le petit garçon, une flamme d'espoir dans le regard.
-[gloups] Bien sûr ! Tu es très fort et ton cœur est pur, il n'y a pas de raison !
-Mais... Comment toi tu... Qu'est ce qui a changé ? Je veux dire, comment ça s'est produit pour toi, ta transformation ?
-Bah, tu étais là, non ?
-Oui mais... Je cherche à comprendre. Le pourquoi, le comment...
-Hn ! S'exclama Piccollo, d'un air faussement dédaigneux tandis que ses oreilles étaient toute ouïe, installé sur une chaise dans un coin sombre de la pièce, une bouteille d'eau à la main.
-Oui, et puis moi non plus je n'étais pas là. Surenchérit Chichi. Raconte-nous donc ! Comment ça s'est produit au juste ? »
Goku sembla hésiter un moment tandis qu'il finissait son saladier en quelques bouchées, mais le silence qui l'attendait lorsqu'il releva la tête les joues encore gonflées de riz, lui indiquait que tout le monde s'attendait à ce qu'il entame un récit qu'il n'avait encore jamais conté en plus de deux ans qu'il était revenu sur Terre. Il avait fallu que quelqu'un ait le courage de lui poser la question, ce que seul son fils, un enfant, avait pu faire.
« Eh baaaah euh... c'est arrivé tout seul en fait, sous le coup de la colère. Enfin je crois. C'est difficile à expliquer, mais... Frieza... Tu vois... C'était le chaos. On croyait qu'il était mort, et puis soudain... Piccollo qui s'interpose pour me sauver. Krilin qui... Il n'avait rien fait le pauvre. Tu sais, il l'a simplement fait exploser, comme ça, boum! Je l'entends encore crier dans ma tête. Ça sonne. »
ooooo
C'était le chaos. Faire exploser une lune sans vérifier les équilibres de forces, quelle erreur de débutant ! Rageait Végéta.
Les météorites tombaient par milliers en une pluie opaque de projectiles lourds et anguleux, accélérés par la gravité élevée. Aucun d'entre eux ne devait toucher le vaisseau spatial, sans quoi il ne pourrait plus jamais re-décoller. Pas le temps de l'encapsuler, ce n'était d'ailleurs pas franchement plus sécurisant pour le véhicule. Donc aucune de ces pierres ne devait approcher l'espace autour du vaisseau.
C'est là que la deuxième lune commença à se déliter.
ooooo
« Et moi, je n'ai rien pu faire. Tu vois Gohan. Tout le monde a crié. Piccollo qui s'est sacrifié. Toi qui pleurais Piccollo. Et Krilin. Tu vois, le pire c'est que j'ai entendu mon ami m'appeler à l'aide en hurlant de douleur, et puis soudain plus rien, son énergie a volé en éclats et j'ai senti chaque petit bout d'énergie mourir étranglé. Krilin était mort et Frieza qui riait. Et c'est ça qui était horrible, Gohan ! Parce que je n'ai rien pu faire ! J'étais épuisé, mal partout, et j'avais donné tout ce que j'avais ! Je lui avais lancé ma technique ultime, et lui, il riait d'avoir tué mon ami ! Et toi tu étais en danger.
-Goku... » Murmura Chichi, une main sur le cœur.
ooooo
La deuxième lune n'en était pas une. Sous cette croûte de poussière qui l'avait masquée se trouvait un noyau d'obsidienne diamantée aussi gros qu'elle. Sans doute une ancienne planète géante qui s'étant effondrée sur elle-même lorsque son étoile avait explosé. Végéta ignorait quelles collisions d'astres avaient bien pu avoir lieu qui avaient fait que l'objet céleste s'était retrouvé en orbite triangulaire avec deux planètes naines, mais le problème n'était pas là.
Le problème était qu'en détruisant une première lune, sans réfléchir, il avait tout déstabilisé. Les deux astres restants étaient sur le point de se crasher l'un sur l'autre. Et lui se trouvait sur le plus fragile des deux. Et trop tard pour changer de place. L'astre en face n'avait maintenant plus d'atmosphère.
Il se retrouvait dans une pluie de météorites dont il devait protéger son vaisseau, incapable de décoller, sur une planète morte constituée de roche et de poussière agglomérées, avec un giga-astéroïde d'obsidienne diamantée qui lui tombait dessus -ou sur lequel son astre tombait. L'heure n'était malheureusement pas au débat scientifique à quelques secondes d'un crash violent et imminent.
Cela faisait près de six heures maintenant qu'il luttait pour protéger son vaisseau des débris astraux qui tombaient en pluie continue sur cette planète sans âme. L'atmosphère fine rendait sa respiration difficile et la gravité plus élevée qu'à son habitude accélérait la vitesse de chute des météorites, l'ensemble de tous ces déséquilibres avait déclenché une série d'éclairs sur la planète agonisante. Même en faisant abstraction de son état d'épuisement avancé qui commençait à se faire vraiment sentir, impossible d'envoyer une décharge énergétique suffisamment puissante vers l'astre géant qui se rapprochait de minute en minute. L'obsidienne et le diamant combinés formaient l'un des matériaux les plus solides et lourds dont il ait connaissance dans l'univers.
Il pouvait tout de même essayer. Il n'était pas n'importe quel guerrier ni n'importe quel saiyan. En se vidant de son énergie, il parviendrait sans doute à détruire l'astre. Mais même ainsi, il le savait, celui-ci volerait en milliards d'éclats tranchants qui tomberaient tous sur la dernière des trois planètes restantes. La sienne. Même en parvenant, épuisé, à tous les intercepter par des attaques énergetiques avant qu'ils ne réduisent son vaisseau en charpie, ils voleraient tous à nouveau en éclats, plus petits et plus tranchants. Quant à tous les attraper avec les mains et les pieds, restant près du vaisseau, c'était comme essayer d'attraper chaque grain de sable d'un nuage de poussière.
Et inutile d'envisager pouvoir repousser un astre de la taille de Namek et dix fois sa masse. Même Frieza n'aurait jamais tenté un tel tour de force. L'énorme objet, dans sa chute, s'apprêtait à anéantir toute la planète sur laquelle se trouvaient Végéta et son vaisseau.
Le brillant esprit calculateur du guerrier saiyan trébucha sur une impasse.
Il connaissait bien ce sentiment d'impuissance et de refus de l'échec. Parfois, cela se soldait même par une douleur cuisante dans la colonne vertébrale et sa queue qui repoussait.
C'était ridicule. Ça ne servirait absolument à rien.
ooooo
« Là, honnêtement Gohan, je me suis senti... comme... vide. Je savais qu'il allait me vaincre, tous nous assassiner, et retourner dominer l'univers tranquillement. Comme s'il ne s'etait rien passé. Qu'on avait fait tout ça pour rien. Que nous on n'était rien. Et moi je ne pouvais rien faire, mais je ne pouvais pas le laisser faire en ne faisant rien ! Parce que... Parce qu'on en avait déjà trop fait pour que ça devienne rien. Mais il n'y avait rien que je puisse faire. Mais je pouvais pas rester à rien faire ! Parce que, parce que non ! Ça pouvait pas se finir comme ça, tu vois, Gohan ?
-Je vois, Papa. »
Gohan ne voyait pas vraiment, mais il voulait la suite de l'histoire.
ooooo
Végéta essaya quand même.
Il s'éleva dans les airs et rassembla ses dernières forces pour former à nouveau une de ces attaques dévastatrices qu'il avait nommées Big Bang. Il n'en avait plus ni la force ni l'occasion. Au milieu des débris qui tombaient toujours en menaçant son vaisseau, il n'avait pas le temps de charger une attaque puissante. Si le crash avait lieu toute l'atmosphère disparaîtrait, et son vaisseau avec.
Pourtant il y parvint.
La déflagration énergétique qui s'échappa de sa paume à plat désintégra instantanément toutes les météorites face à lui et jusqu'autour du noyau d'obsidienne.
À bout de souffle, Végéta se posa au sol, analysant la suite. Le noyau d'obsidienne diamantée était intact et fonçait toujours vers lui. Il fallait quitter la planète maintenant. Son vaisseau prenait 4 minutes pour décoller. Déjà les premières météorites que son attaque n'avait pas atteintes étaient en vue. Il avait moins de trente secondes de répit. Il n'avait plus de forces. Il n'était parvenu à rien.
Encore une fois.
Quel imbécile !
C'était lui, et lui seul qui avait provoqué un déséquilibre astral sur un coup de tête parfaitement irréfléchi ! Et maintenant son misérable organisme fatigué et toujours trop faible était incapable de le sortir de là.
Il a aurait enfin rencontré un être suffisamment puissant et digne d'être le meurtrier du fier prince des saiyans : lui-même.
ooooo
« Tu vois, Gohan... C'était pas juste un super combat. Et c'était plus que ma vie à moi dans l'histoire ! Il avait tué mon ami, comme ça, pfiou ! Et Piccollo, et toi en danger !
-Tu te répètes. Grommela le Namek en resserrant ses bras croisés.
-Et la Terre ! Continuait Goku. Et Bulma ! Et Chichi ! Et nos amis ! Il avait déjà causé trop de mal ! Tu comprends ? Il le fallait, Gohan ! Je n'avais pas le droit de le laisser gagner ! Pas après ce qu'il avait fait ! Mais je me sentais si faible comparé à lui... »
ooooo
Pourquoi ? Pourquoi était-il si faible ? Quel était ce corps minable incapable de réveiller son plein potentiel ? Avait-il atteint sa limite ? Qu'est ce qui n'allait pas chez lui ?
Eh ! Tu n'es même pas capable de sauver ta propre peau ! C'est vraiment minable !
Les paroles de Bulma lui revinrent à l'esprit comme un coup de marteau. Avait-elle donc eu raison, cette idiote ? Ce fils qu'il ne verrait jamais, serait-ce donc tout ce qui resterait jamais de lui ? Un bâtard élevé comme un misérable humain ? Relique du Grand Végéta, promis à une Grande Destinée qu'il avait été incapable d'accomplir ? Son histoire allait-elle s'achever ici, sans adversaire et sans gloire ?
Hors de question.
Au diable sa destinée annoncée par d'autres et qui ne le menait nulle part.
Au diable la raison et la logique qui ne trouvaient pas d'issue à cette situation.
Au diable la discipline et la maîtrise de soi qui ne lui permettaient plus de contrôler ce combat.
Tout cela ne servait à rien, alors au diable tous ces préceptes ! Il s'en foutait.
Il fallait qu'il s'en sorte.
Il fallait qu'il fasse fermer son clapet à cette impertinente.
Il fallait qu'il regarde cet enfant dans les yeux au moins une fois.
Il fallait qu'il retourne sur Terre affronter son rival et ses ennemis.
ooooo
« En fait, à ce moment-là, c'est comme s'il y avait un truc dans ma tête qui a calculé qu'on avait perdu et qu'on allait mourir. Et là tout le reste de mon corps a dit non. Que dalle. Et qui s'est mis à tabasser le bout de moi qui avait osé baisser les bras. J'avais jamais connu une rage pareille. Une vérité comme ça, on peut pas l'accepter.
-Euh, papa? Intervint timidement Gohan. Pourquoi t'es-tu transformé en super saiyan ?
-Hein ? Oh. Oups... »
ooooo
Cette nuit-là, Bulma se réveilla en sursaut et s'assit dans son lit avec un sentiment d'alerte et un goût de métal dans la bouche.
Il se passait quelque chose.
Elle sonda longuement l'obscurité silencieuse, cherchant à comprendre ce qui se passait et si quelqu'un était là.
Mais rien.
Rien d'autre que la nuit et le bruit de la pluie solitaire frappant à sa fenêtre.
Ce ne fut que plus de dix minutes plus tard qu'elle se résolut à se rallonger, mais incapable de retrouver le sommeil.
Elle se sentait seule. Si seule.
[note de l'auteure] Voilà, c'est tout pour aujourd'hui ! Je tenais juste à préciser que s'il y a des éléments dans ce chapitre que vous ne trouvez pas logiques (je pense notamment à la partie maternité, je n'y connais rien !), n'hésitez pas à me partager votre expérience pour que je puisse rectifier le tir et écrire quelque chose de plus cohérent ! Merci et à bientôt !
