[Note de l'auteure] Bonjour à tous et merci pour votre patience ! C'est vraiment déprimant d'avoir si peu de temps libre, mais promis, je fais de mon mieux ! Voici un long chapitre pour me faire pardonner.
Oulàlà je me suis emmêlée dans mes timings de l'histoire, j'espère que vous me pardonnerez. Promis, un jour je prendrai le temps de me poser et recompter tout ça mois par mois...
Merci encore et toujours vraiment pour tous vos messages de soutien !
Quand un enfant fait tout changer
Dans une région lointaine proche du centre de la galaxie, où les étoiles trop nombreuses entraient sans cesse en collision les unes avec les autres, où des corps célestes erraient sans but et sans orbite, privés de la possibilité de voir jamais la vie naître à leur surface sur une planète sans nom, sans étoile et sur laquelle aucun être vivant n'avait jamais vécu, sans cesse ballottée entre différents astres depuis des milliards d'années, à nouveau privée de celui autour duquel elle avait trouvé ancrage jusqu'alors, errant sans but dans l'infini de l'espace au milieu d'un chaos de roches et de glace, sous une pluie dense de poussières d'obsidienne diamantée, un homme, seul à côté de son vaisseau spatial poussiéreux, debout droit et fier dans ce décors apocalyptique, riait comme un dément. L'aura dorée qui émanait de lui formait des étincelles.
ooooo
« Bulma ! Monsieur Lizard est arrivé !
-OK papa. Je termine d'allaiter Trunks et j'arrive.
-Mmmmmmm. Tenta de protester le bébé accroché à son sein en ouvrant et refermant ses petites mains dans le vide.
-Merci ma chérie. Prends ton temps, nous serons dans le jardin intérieur. » Lui sourit son père avant de refermer la porte du salon.
Bulma soupira en souriant à son bébé de sept mois. Seulement sept mois. Déjà sept mois. Tout s'enchaînait si vite récemment. Les affaires avaient repris très vite pour elle : quelques semaines à peine après la naissance de Trunks, son père était venu la voir, tout gêné et un plan dans les mains, ayant besoin d'aide pour élucider un défaut technique. Depuis, elle s'était remise à travailler presque normalement, avec un espace de travail un peu aménagé. Il y avait un berceau et un parc à jeux stationnés en permanence dans son laboratoire, et elle travaillait plus souvent dans la maison, où le petit monstre risquait moins de jouer inopinément avec un fer à souder ou d'essayer de mettre dans sa bouche une feuille de papier ou un débris de métal qui traînerait accidentellement par terre. Son laboratoire n'avait jamais été aussi propre et rangé ! Bien sûr, sa mère était d'une grande aide pour s'occuper de Trunks dès lors que Bulma commençait à manier chalumeaux et câbles électriques, mais elle faisait toujours son possible pour se rendre disponible pour s'occuper elle-même de son bébé. Non que la grand-mère se plaigne de recevoir en permanence des peluches en pleine figure, mais Bulma avait sa fierté en tant que maman et tenait à assumer elle-même ses responsabilités.
Il grandissait si vite...
Dès son arrivée, le petit ange avait complètement bouleversé sa vie. Mais cette nouvelle vie lui plaisait mieux que l'ancienne. Elle avait l'impression d'avoir un but à son existence, une raison d'avancer... même seule... enfin non, elle n'était pas seule. Elle avait Trunks, elle avait ses parents, et elle avait ses amis. Pas d'homme mais tant pis, elle n'en avait pas besoin après tout.
Tout un avenir allait maintenant se jouer dans quatre mois, et pourtant tout le monde ici vivait sa vie normalement. Cela la terrifiait quand elle y pensait. Et surtout, il y avait cet insoutenable sentiment d'impuissance. Oh non, hors de question de se croire impuissante ! Elle était Bulma, l'aventurière grâce à qui toute cette histoire avait commencé, la jolie fille, géniale scientifique, et maman modèle ! Elle ne resterait pas sagement chez elle à attendre que les guerriers aient sauvé la Terre (ou pas). De toutes façons, soyons rationnels, les garçons auraient forcément besoin d'elle à un moment ou à un autre. C'était évident.
Et elle se retrouvait encore à pester toute seule !
Dans ses bras, petit Trunks ouvrit les yeux pour dévisager sa mère, avec cet air sérieux qui ressemblait à un regard de reproche. Il avait presque toujours cette mine sévère, c'était ce qui inquiétait le plus Bulma. Cette même expression qui rendait Végéta mystérieux et attirant rendait son bébé... moche.
Non non non non. Ne pas penser à Végéta, ne pas penser à Végéta, ne pas penser...
C'est le moment que choisit son bébé pour se rendre compte qu'il n'y avait à nouveau plus de lait dans le sein sur lequel il s'acharnait depuis une demi-heure. Il poussa un bâillement suivi d'un rot tout à fait gracieux accompagné de l'inévitable hoquettement et la projection de reflux gastrique.
« Et zut, je vais encore devoir te changer. Soupira Bulma qui avait évité l'assaut gluant en éloignant son bébé juste à temps d'une main experte.
-Laisse, ma chérie, je peux m'en occuper si tu veux. Proposa sa mère qui entrait dans la pièce avec un plateau de thé et de pâtisseries. Ton père et votre collègue t'attendent en bas...
-Hum...
-Mais si ! J'insiste, ça me fait plaisir de m'occuper un peu de mon petit fils ! Tu l'as gardé pour toi toute la journée ! »
Bulma soupira en regardant l'horloge. « Hmf... OK, tu as sans doute raison... Merci maman. » Ce faisant, elle lui tendit Trunks qui battit joyeusement des bras en direction de sa grand-mère et se mit à babiller, filet de bave pendu aux lèvres. « À tout à l'heure mon petit Trunks. Je reviens vite, d'accord ?
-Hooooooowbwobwobwo ! Répondit l'intéressé depuis les bras de sa grand-mère.
-Amuse-toi bien ma chérie ! Lui souhaita joyeusement celle-ci.
-Merci. Vous aussi ! »
Cinq minutes plus tard, après s'être rapidement recoiffée, avoir vérifié son maquillage impeccable et contrôlé la propreté de ses vêtements, Bulma avait dévalé les marches jusqu'au jardin intérieur et rejoint les deux scientifiques installés à parler de robotique tandis que l'un des robots ménagers leur servait du thé.
« Pourquoi est-ce que vous ne leur avez pas donné un aspect plus humain ? Demandait le scientifique rondouillard à la tignasse rousse soigneusement plaquée contre sa tête à grands renforts de gel en inspectant le robot.
-Parce que ce sont des robots destinés à nous servir. Répondit monsieur Briefs. J'aurais trouvé ça malsain de leur donner un physique humanoïde. À vrai dire je n'y avais même jamais pensé. Je ne comprends rien à l'esthétique, leur aspect est purement fonctionnel.
-Oui, approuva Bulma en se joignant à eux, leur design est optimisé en fonction des tâches qu'ils ont à remplir.
-Ah, te voilà Bulma ! Lui sourit son père. Nous t'attendions. Lizard, je ne sais pas si vous connaissez déjà ma fille ?
-Nous nous sommes déjà croisés je crois. » Répondit Bulma en tendant la main pour serrer celle de son confrère. Comment aurait-elle pu ne pas remarquer un homme aussi gros et à la bonne mine parsemée de tâches de rousseur, au milieu d'une bande de scientifiques squelettiques et aussi pâles que sinistres à force de ne jamais quitter leurs laboratoires ?
« Oui, au détour de plusieurs congrès même. Confirma Lizard en lui rendant une poignée de main molle. Il me semble que vous vous y connaissez en cybernétique d'ailleurs ?
-En cybernétique ? S'étonna Bulma. Non, pas particulièrement. Je touche à l'électrobionique mais c'est tout.
-Ah bon ? Et moi qui espérais échanger des informations avec une consœur...
-Parce que vous vous y intéressez ? Demanda le père. C'est un domaine controversé...
-Je sais bien, mais pour peu que l'on travaille avec des sujets volontaires et que le fruit de notre travail leur permette d'augmenter leurs facultés, je n'y vois pas de mal.
-Il y a une différence entre la robotique médicale et la cybernétique... » Fit prudemment remarquer Bulma en se servant une tasse de thé. Voilà une conversation qui commençait bizarrement. Lizard n'avait même pas expliqué les raisons de sa visite de courtoisie, mais cet homme lui inspirait déjà des suspicions quant à son intégrité scientifique.
« Et même la robotique médicale pose déjà des problèmes d'éthique. Ajouta son père qui semblait penser à peu près la même chose qu'elle. Je viens de lire un excellent livre sur le sujet qui s'appelle Deus E...
-C'est vrai, le coupa poliment Lizard, et d'ailleurs je suis curieux de savoir avec quelle éthique vous concevez vos cyborgs à vous.
-Nous ? Des cyborg ? S'étonnèrent à l'unisson le père et la fille.
-Allons allons. Leur sourit Lizard avant de boire une gorgée de son thé. Nous avons tous notre curiosité scientifique et notre frénésie de création. Ce n'est pas un crime. Je suis venu vers vous en toute honnêteté, je n'ai pas l'intention d'y aller par quatre chemins. Moi aussi je m'intéresse à la cybernétique, et je suis sûr que nous aurions des informations intéressantes à échanger pour faire avancer la science et nos projets respectifs.
-Vous, vous vous intéressez à la cybernétique ? Répéta monsieur Briefs en levant un sourcil.
-Vous faites erreur. Déclara Bulma. Nous ne faisons que de la robotique et de l'électrobionique ici.
-Désolée madame, mais comment appelez-vous le spécimen qui vous accompagnait la dernière fois au congrès du bout du monde ?
-Un spécimen qui... S'étonna-t-elle avant de réaliser à qui il faisait sans doute référence et froncer les sourcils. Oh ! Mais ce n'est pas un cyborg !
-Je ne voudrais pas paraître impoli madame, mais je m'y connais tout de même ! Aucune expression faciale, une discipline millimétrée, aucun geste inutile, toujours à vos talons, n'agissant que lorsque vous le lui proposez de le faire, et ayant la force de tordre à mains nues le métal avéré comme étant le plus solide jamais conçu sur la planète... Votre cyborg a fait son petit effet dans la communauté, miss Bulma. »
Monsieur Briefs cilla plusieurs secondes avant de tourner vers sa fille un regard interloqué : « Bulma ? De quoi parle-t-il ? »
Ce fut la goutte d'eau.
Bulma éclata de rire.
C'était la première fois depuis longtemps qu'elle riait en pensant à l'homme auquel elle pensait.
« Désolée, mais vous faites bien erreur ! C'est vrai que Végéta n'a pas l'air commode au premier abord, mais c'est un authentique être vivant entièrement en chair et en os !
-Ah ! S'exclama son père d'un air entendu.
-Ah bon ? Demanda le scientifique joufflu en haussant un sourcil dubitatif. Même pas un ou deux modules d'amplification de force ?
-Non, même pas ! Tout le mérite lui revient sur ce sujet.
-Et vous pensez vraiment que je vais vous croire ? » Sourit Lizard.
Bulma soupira tandis que son père prenait la parole : « C'est bien vrai pourtant. Végéta disposait déjà d'une force dépassant notre entendement avant qu'on ne le rencontre.
-Ah ! Donc il aurait pu être amplifié par d'autres personnes que vous ?
-Euh...
-Ça vous démange, hein ? Ricana Bulma en reposant bruyamment sa tasse. De vous dire que tous les robots et toutes les plus grandes merveilles de technologie qu'on puisse concevoir puissent être dépassées par de simples êtres vivants ? Moi aussi ça m'agace, mais je vais vous dire ce que j'en pense. Je ne suis clairement pas la plus âgée de nous deux, mais j'ai une certaine expérience en observation de phénomènes qui dépassent notre entendement scientifique, et voici ce que j'en ai déduit : il ne faut jamais sous-estimer le vivant, c'est la seule chose capable d'évoluer à l'infini pour s'adapter à absolument toutes les situations. La technologie n'est qu'un support, elle a toujours un potentiel limité, elle n'évolue pas sans son créateur. Il y aura toujours quelqu'un qui finit par surpasser nos meilleurs machines, dans n'importe quel domaine. »
Il y eut un moment de silence durant lequel le père de Bulma hocha la tête avec son petit sourire qui, d'ordinaire, signifiait qu'il était fier de sa fille, tandis que Lizard fronçait les sourcils. Ses petits doigts grassouillets se crispèrent autour de l'anse de sa tasse.
« Soit. Finit-il par dire. Admettons qu'il existe un homme sur cette planète assez fort pour tordre ce métal à mains nues.
-À vrai dire, nous en connaissons plusieurs. » Fit innocemment remarquer monsieur Briefs.
Nouvelle pause, suivie cette fois d'un haussement de sourcils.
« Admettons. Reconnut-il lentement. Comment avez-vous fait pour le rendre si discipliné ?
-Eh bien c'est simple, je le paye à la hauteur de son travail. Répondit Bulma comme si c'était une évidence, ce qui était d'ailleurs le cas.
-Donc vous n'auriez même pas utilisé une petite puce de contrôle mental ?
-Mais c'est affreux ce que vous dites ! S'insurgèrent en même temps le père et la fille.
-Végéta a eu une formation militaire et il n'est pas à l'aise dans les foules, voilà tout. » Ajouta Bulma sur un ton catégorique.
Lizard soupira en étirant ses lèvres pincées sur un côté. Visiblement, il ne la croyait pas, et pensait qu'elle voulait jalousement garder son savoir pour elle. Elle ne pouvait d'ailleurs pas lui en tenir rigueur. Comment aurait-il pu savoir, sans savoir ce qu'elle savait ?
Dans une autre dimension, la discussion s'était stoppée là. Dans cette autre dimension, Lizard s'était levé brusquement et les avait salués sèchement avant de prendre congé. Dans cette autre dimension, il s'était fait tuer quatre mois plus tard des fruits d'une expérience cybernétique insouciante et égoïste, sans laisser la moindre trace dans l'histoire. Mais dans cette histoire-ci, un mystérieux adolescent venu du futur avait lancé une alerte comme quoi le monde allait basculer dans le chaos. Et sachant ce qu'elle savait, Bulma ne put s'empêcher d'ajouter : « Si vous vous intéressez à la cybernétique, vous jouez sur un terrain dangereux, monsieur Lizard. C'est donner naissance à un être surpuissant et hors de contrôle. »
Elle se pencha vers l'avant pour mieux prendre à parti le scientifique roux qui la dévisageait avec mécontentement. « D'accord, je suis convaincue qu'il est possible de créer des intelligences artificielles avec de véritables capacités de raisonner et de penser par elles-mêmes, sur des aptitudes bien spécifiques et très poussées. Je me doute bien aussi qu'on doit pouvoir inventer des systèmes de contrôle mental et des tonnes d'amplificateurs et bases de données cérébrales, qu'on pourrait brancher sur un cerveau humain. Bref, on peut sûrement créer des êtres surpuissants avec la cybernétique. Mais... »
Elle marqua une pause. Elle avait capté l'attention de tout le monde. Il faut dire qu'elle parlait peut-être un peu fort et avec une certaine ferveur. Dans quatre mois, son monde risquait de sombrer dans le chaos à cause d'un scientifique rancunier qui se prenait pour un dieu. Cela la rendait folle. « Il faudrait être vraiment idiot pour croire qu'une machine, cerveau ou IA, qui a une capacité de raisonner, mais pas de culture, ni d'éthique, va rester sagement à vous obéir toute son existence ! Si vous êtes un supercalculateur, plus puissant que la personne qui vous commande, vous allez forcément finir un jour par calculer qu'un ordre donné n'est pas le plus pertinent, que cette personne aux capacités limitées vous encombre, et que vous pouvez parfaitement vous en débarrasser. C'est une question de logique ! Toute machine avec un libre arbitre va finir par déduire qu'elle doit se débarrasser de ses œillères pour pouvoir exprimer son plein potentiel ! Tout être intelligent, mécanique ou organique, aspire à la liberté. »
Bulma soupira. Discourir sur ce sujet en sachant ce qu'elle savait l'épuisait. Elle claqua des doigts pour que le robot domestique qui était resté planté là s'approche avec son plateau de boissons. Elle se servit un verre d'eau en ajoutant : « Ce robot ménager n'a pas été programmé avec la moindre faculté de déduction. C'est une encyclopédie sur roulettes avec une commande vocale, uniquement capable d'exécuter des fonctions simples et toutes pré-programmées. Voici ce que nous fabriquons ici, monsieur Lizard : des robots qui assistent les gens dans des tâches simples, on ne crée pas des êtres pensants qu'on croirait stupidement pouvoir réduire en esclavage. Même sans parler d'éthique, c'est bien trop dangereux. »
Lizard ne répondit pas tout de suite. Lèvres pincées et sourcils froncés, il semblait encore hésiter à la croire et sa moue lui donnait l'air d'un bouledogue aux yeux vides. Le malheureux avait pris Végéta pour un androïde, évidemment qu'il était venu ici dans l'espoir d'en apprendre plus sur sa fabrication ! Mais que pouvait-elle bien lui dire pour le dissuader de s'intéresser à ce sujet ?
« Trunks ! Reviens ici tout de suite petite canaille ! »
Le cri de madame Briefs derrière eux les fit tous sursauter. Ils se retournèrent juste à temps pour apercevoir la blonde accourir vers eux, à la poursuite d'une sorte d'énorme asticot avec un bonnet bleu qui rampait sur son ventre dans leur direction.
« Baaaaaaaooooooow ! » Cria une voix suraiguë et joyeuse en provenance de la chose qui rampait au sol et qui fonça tête la première dans les jambes de Bulma.
« Mais qu'est-ce que tu fais là toi ? » S'amusa Bulma en se penchant vers le gros asticot qui, appuyé sur ses petits bras, un chiffon informe dans une main, releva la tête pour la dévisager avec de grands yeux bleus en criant à nouveau « Mawaaaaaa !
-Je suis désolée, intervint madame Briefs en arrivant vers eux essoufflée, il m'a échappé. Depuis qu'il sait ramper il est intenable...
-Ne t'inquiète pas maman. » lui sourit Bulma en se penchant pour prendre dans ses bras l'asticot crieur qui n'était autre que son adorable bébé. « Tu voulais voir ta maman et ton papi, hein petit Trunks ? »
Elle reçut en réponse une série de babillements joyeux tandis qu'elle déposait le bébé sur ses genoux. Puis elle sourit d'un air digne à leur invité qui observait la scène sans quitter sa moue de bouledogue « Monsieur Lizard, voici mon fils, Trunks. »
Lizard fronça les sourcils. Il n'en avait clairement rien à faire, mais semblait comprendre qu'il y avait là une information notable.
Bulma clarifia son propos : « Navrée pour notre conversation précédente, j'aurais aimé pouvoir proposer à son père Végéta de se joindre à nous pour vous expliquer lui-même qu'il n'est pas un cyborg, malheureusement il est parti, avant la naissance de notre fils. »
Il fallut plusieurs secondes au scientifique-bouledogue pour comprendre le sous-entendu : l'homme qu'il avait pris pour un cyborg était en capacité de procréer, ce qui devait déjà être un terrible défi cybernétique. Celui-ci, de surcroît, avait quitté sa créatrice, la laissant seule et sans doute en difficulté. Déductions logiques : soit il n'était en effet pas un cyborg, soit le cyborg avait repris sa liberté. Dans les deux cas, Bulma avait donc raison. Il n'existait pas ici de puce de contrôle mental.
Victoire. Songea triomphalement cette dernière en voyant l'homme se lever maladroitement, l'air ébranlé.
C'est là qu'il prit en pleine figure le chiffon informe que Trunks avait traîné par terre avec lui. Ce dernier éclata de rire, se félicitant de son beau lancer.
ooooo
« Donc je pense que nous devrions réaliser plus de tests d'obéissance, docteur. Les activer dès qu'ils seront terminés, c'est peut-être prendre le risque de perdre le contrôle ! Argumenta le scientifique roux en serrant ses poings potelés.
-Dis-donc, lui répondit sèchement l'individu aux cheveux blancs et à la peau crépie par trop de soleil, tu m'avais promis des informations croustillantes sur un androïde soit-disant merveilleusement optimisé, et tu ne trouves rien d'autre à me rapporter que des propos de frileux de la cybernétique ?
-Je me suis trompé, ce n'était pas un androïde. Avoua Lizard, penaud. Mais tout de même, docteur, il vaudrait mieux qu'on se prémunisse en cas d'imprévu. Prévoir un arrêt d'urgence au cas où le contrôle nous échappe...
-Il n'y a pas de nous. Le corrigea sévèrement l'autre. Il y a moi et un disciple. C'est moi qui commande, et c'est moi qui aurai une télécommande d'arrêt d'urgence... Juste au cas où.
-Ouf, soupira le disciple.
-Bon, le temps que l'incubation des deux nouveaux modèles se termine, je devrais pouvoir mener les tests d'obéissance d'ici deux ou trois semaines. On ne change rien au protocole et au planning. Si je détecte le moindre risque d'insubordination, je concevrai une télécommande de désactivation d'urgence. Ça en plus des bombes intégrées, aucun risque.
-Mais, docteur, que ferons-n... Que ferez-vous s'ils s'avèrent impossible à contrôler eux aussi ?
-Hum... Alors les informations que tu as rapportées aujourd'hui nous seront peut-être utiles finalement.
-Comment ça ? S'étonna Lizard en s'inclinant légèrement.
-Tu m'as donné une idée. Maintenant que je maîtrise la cybernétique organique, il y a un moyen simple pour que des cyborgs ne puissent jamais à désobéir à leur maître... Et ça, je parie que ce frileux de Capsule Corporation n'y a pas pensé. Il suffit que le maître et l'androïde soient la même personne.
-Hein ? Se cybernétiser soi-même ?
-Correct. Tu fais des progrès. Approuva le vieux scientifique sévère.
-Mais... Objecta encore Lizard inquiet. Jusqu'à présent, la connexion au système d'énergie illimitée entraîne toujours un lavage de cerveau...
-Oui. Il va falloir envisager un autre système.
-Un autre système ?
-Oui, j'ai déjà le schéma. Mais par contre je ne le testerai que sur une personne en qui j'ai confiance, je n'ai pas besoin qu'un androïde qui aurait gardé ses souvenirs me fasse une mutinerie de plus. »
Toujours légèrement incliné, le scientifique roux garda le silence en pinçant les lèvres. Mais la phrase suivante manqua de lui arracher un cri de joie : « Lizard, ce sera toi. »
Nouveau silence, durant lequel le scientifique sec croisa les bras en scrutant d'un air sévère le scientifique en surpoids qui souriait béatement : « Je n'ai pas encore dit que j'allais en arriver là, Lizard.
-Je sais docteur.
-Alors arrête de sourire comme un idiot !
-Vous pensez que mes tâches de rousseur pourraient partir pendant le processus de dépigmentation qu'on a observé au moment de la connexion au...
-Et arrête de poser des questions stupides ! » Tonna le vieux scientifique.
Lizard se tut tandis que l'autre expirait bruyamment par le nez : « Bien, je te laisse aller faire l'entretien du spécimen au laboratoire inférieur et on reprendra les manipulations planifiées ensuite. J'ai des calculs à faire pour cette histoire de télécommande. Je pense pouvoir monter un premier prototype pour ce soir qu'on testera sur le numéro 15.
-Vous êtes vraiment un génie, docteur Gero.
-Je sais. »
ooooo
« Aaaaaadabwbwbwbwbwooooo ! Aaaaaaabwabwabwaaaaaa ! Aaa... Mayaaaa ! Mawaaa !
-Oui Trunks, je suis là. » Sourit Bulma en entrant dans la pièce, joyeusement saluée par son bébé qui cessa immédiatement son génocide de jouets pour tendre les bras vers sa maman.
« Ouf, te voilà ma chérie ! Salua sa mère assise par terre à côté de son petit-fils. J'avais peur qu'il ne lui reste plus un seul jouet intact d'ici ton retour !
-Ne t'inquiète pas, papa est en train de lui en fabriquer d'autres, et je vais réparer ceux-ci. La rassura Bulma en arrivant au niveau de son fils assis par terre qui tendait les bras vers elle avec insistance. Alors Trunks ? Comme ça on casse tous ses jouets et on se promène à plat ventre toute la journée en faisant courir sa pauvre mamie ? Tu n'as pas honte ?
-Mawaaaaaa ! Insista le petit être avec sa petite voix fluette.
-Oh ! Mais ce n'est pas grave trésor ! Le défendit la grand-mère. Il est si mignon, qui pourrait lui en vouloir ?
-MawaaaAaaaaAaaa !
-Voilà voilà ! Le calma Bulma en se penchant pour prendre son fils dans ses bras. Mais quel impatient dis-moi ! Et moi qui ai fini mes réglages plus tôt pour pouvoir t'emmener en promenade, je ne suis pas sûre que tu aies été bien sage. Hein Trunks ?
-Rhooo voyons ma chérie, il a sept mois, qu'est-ce que tu imagines en lui faisant la morale ? Bien sûr qu'il a été sage !
-Hmf. Pouffa la maman avec suspicion. Je me méfie et je prends les devants. Je sais de qui il va tenir sinon...
-Oh ! Mais toi aussi tu étais une enfant adorable, ma Bulma !
-Mais non ! Répliqua celle-ci en grimaçant. Pas moi !
-Ah ! Végéta ! Mais c'est un homme charmant pourtant !
-Maman ! S'écria Bulma en cillant à l'évocation du nom. Je ne te comprends pas ! Il n'y a pas si longtemps tu le détestais et tu voulais qu'il s'en aille !
-Ouiiii, j'ai peut-être été un peu dure avec ce pauvre chéri... Regretta la blonde.
-Hmf ! Je préférais ça... Maugréa sa fille. Au moins, c'était logique. Bon ! J'emmène Trunks en ballade ! On sera rentrés pour le dîner.
-Encore ? Eh bien ! Je ne t'ai jamais vu sortir autant ! C'est très bien ma chérie !
-Mouais. Admit Bulma. Allez, on y va mon petit Trunks ? Et retire-moi cette grimace ! Fais moi un sourire ! On va dehors. »
Elle avait dit le mot magique.
« Dowooo ! Dwbooo !
-Oui, dehors. Articula calmement Bulma.
-Dowooo ! » Répéta le bébé avec enthousiasme en battant ses petits bras dans le vide, tandis que Bulma saluait sa mère et l'entraînait dans les escaliers.
Les promenades étaient parmi ses moments favoris avec son bébé. Mais contrairement à ce que pensaient ses parents, elle ne se contentait pas de faire le tour du quartier avec une poussette.
« C'est parti Trunks ?
-Dowooooo ! Applaudit l'intéressé installé sans ceinture sur ses genoux.
-Oui, dehors. Je t'emmène voir la mer aujourd'hui ! Yahooo ! » S'écria la maman en faisant décoller à toute vitesse son jet aéropropulsé sous les rires enthousiastes de son bébé.
Déjà si jeune, le petit Trunks adorait les déplacements aériens à grande vitesse. La vue par la vitre semblait le fasciner.
« Ah bon ? Bulma et Trunks ne sont pas là ?
-Non mon chéri, ils sont partis se promener.
-Ooooh... Regretta monsieur Briefs. Encore ? J'avais deux nouveaux jouets pour lui... »
...
« Tu vois Trunks ? C'est la mer. »
Pour toute réponse, le bébé bailla bruyamment avant de scruter le paysage autour de lui comme s'il planifiait son prochain méfait avec sérieux. Bulma avait choisi une plage de galets complètement déserte en cette saison, et où ils pourraient admirer le coucher du soleil d'ici peu. Elle n'avait pas volé loin, à peine une centaine de kilomètres, mais Trunks avait une fâcheuse tendance à vite s'endormir quand elle pilotait, une fois passée l'allégresse du décollage...
Elle sauta lestement de son jet avec son enfant dans les bras. Une brise salée vint jouer dans ses cheveux désormais coupés court pour éviter une prise malencontreuse par la petite fripouille qui lui servait de fils. Ses pieds crissèrent sur les galets gris-blanc. Une mouette poussa un cri strident non loin de là. Les vagues dansaient paresseusement. Au dessus, le soleil entamait sa lente descente et prenait des couleurs orangées.
« Tu as vu, Trunks ? C'est beau... Eh ! Arrête un peu de grimacer ! Je t'emmène en promenade ! Tu vois, ça c'est la mer. C'est de l'eau. Tu répètes ? L'eau. Oh ! Regarde ! Un bateau ! »
Faisant fi du monologue de sa mère, Trunks regardait par terre, et se penchait vers l'avant avec de plus en plus d'insistance.
« Quoi ? Mais c'est pas en bas qu'il faut regarder ! Tenta à nouveau Bulma en tentant de redresser les bras et le corps de son bébé vers la bonne direction. Là ! Un bateau.
-Aaaaooooo ! Protesta le bébé en se penchant davantage vers le sol et battant des bras vers l'avant.
-Mais qu'est-ce qu'il y a ? » S'agaça Bulma, avant de céder sous les cris de son enfant et concéder de la poser au sol. « Là, tu es par terre. Et maintenant ? »
Fin des cris, pas de réponse. Trunks avait saisi un gros galet plat entre ses petites mains minuscules et le scrutait avec une attention dont seul un enfant serait capable, face à un caillou tout à fait banal. Bulma soupira. Elle emmenait son fils voir le coucher du soleil sur la mer, et lui, qu'est-ce qui l'intéressait ? Un caillou !
« Ah ! Non ! Trunks ! Pas dans la bouche ! C'est sale ! Non, j'ai dit non ! Ce n'est pas à manger.
-Mazééé ? » Répéta-t-il en la dévisageant avec des yeux ronds, sans pour autant lâcher le caillou qu'il avait entrepris de goûter.
Bulma soupira bruyamment en se passant la main sur le visage. Cachant tant bien que mal son sourire attendri.
ooooo
Des pierres.
Partout des pierres.
Partout partout à perte de vue ces putain de maudites pierres.
De ces pierres d'un gris sale dont on sait qu'il aurait dû être blanc.
À l'horizon, des pierres.
Sous les mains, des pierres. Contre les genoux, des pierres.
De ces pierres anguleuses, comme brisées net, comme prévues pour entrer dans la chair.
De ces pierres poreuses, qui semblent aspirer à devenir des pierres précieuses autant qu'elles aspiraient la couleur pourpre, comme si ça avait été leur couleur de toujours.
De ces pierres qui se réduisent en miettes entre les doigts comme si elles avaient toujours été poussière.
De cette poussière qui absorbe si bien les perles de sueur. Seules précieuses traces d'eau sur une planète aride et sinistrement déserte.
À nouveau le poing du guerrier s'écrasa sur ces maudites pierres qui lui entraient dans la chair dès qu'il s'écroulait au sol. Le gant de son armure était depuis longtemps troué de partout, et ses paumes dégoulinaient de sang. Ses coudes et ses genoux aussi.
Il n'y arrivait pas.
Il ne parvenait pas à retrouver l'étincelle.
La mystique transformation, la légende de son enfance, et qu'il avait atteinte quelques années-lumières auparavant, sauvant sa vie de justesse. Elle n'était pas aussi simple à maîtriser qu'une nouvelle technique. Elle bien plus que cela. Et elle exigeait du mérite, de la patience, de l'acharnement. Il les avait. Il y parviendrait.
Il fallait essayer encore.
Il avait faim.
Il avait soif.
Il avait mal.
Il était à bout de forces, mais ne voulait pas partir. Cette planète vide lui inspirait la concentration dont il avait besoin. Il ne voulait voir personne ni perdre son temps à chasser. Et plus aucune cachette secrète remplie de mets terriens dans son vaisseau. Il avait tout fouillé, tout retourné. Sa dernière trouvaille avait été cette armure, ou du moins, ce prototype, nonchalamment installé dans l'armoire de sa chambre, qu'il avait ouverte pour la première fois quelques jours avant sa transformation. Cela l'avait d'abord rendu furieux de constater à quel point son départ de Terre avait été prémédité, à son insu. Puis il s'était vite ressaisi pour voir les choses sous un angle plus pragmatique : il avait une armure. Qui plus était, il avait là un prototype à tester, pour permettre d'améliorer la qualité du travail que sa scientifique accomplissait pour lui. Leur pacte avait toujours cours, et il en était satisfait, du moins, tant qu'il ne pensait qu'aux incroyables créations, et non à l'incernable créatrice.
À genoux sur le sol, dans son armure déchirée aux jambes et en miettes aux mains, Végéta redressa la tête. Son état d'épuisement avancé n'empêchait pas cette habituelle vague d'agacement à chaque fois qu'il repensait à la terrienne au parfum d'épices et d'océan. Et il s'agaçait d'autant plus qu'il se rendait compte qu'il y pensait encore une fois.
Il se releva.
Il avait presque réussi la dernière fois.
Il avait du temps et de la patience.
Chercher à nouveau, retrouver cette étincelle et la libérer. Il pouvait le faire, il le savait.
Retrouver les sensations. Lever les barrières de son esprit.
Il maîtriserait la transformation. Il pouvait le faire, il le savait.
Et quand il y parviendrait, il clouerait le bec à cette insupportable femme qui avait osé le traiter de faible.
Les pierres autour de lui volèrent.
ooooo
« Bulma, dis-moi, qu'est-ce que tu utiliserais comme métal pour faire un ressort qui ne s'use pas et garde un maximum de souplesse ? »
Bulma leva la tête de ses feuilles de calcul pour dévisager son père qui venait d'entrer discrètement dans son laboratoire, murmurant pour éviter de réveiller le bébé de huit mois endormi dans un coin de la pièce. C'était l'heure de la sieste. Un des seuls moments de la journée où Bulma pouvait travailler.
« Un ressort ? Chuchota-t-elle en faisant pensivement tourner et volter son crayon au dessus de ses schémas. Encore pour un nouveau jouet ?
-Oui. » Répondit son père avec une mine réjouie. Trunks n'avait pas été un rayon de soleil que pour Bulma dans cette maison et le vieil inventeur n'en finissait pas de créer de nouveaux types de jouets tous plus fous les uns que les autres.
« Eh bien... Je dirais qu'avec du cuivrinium ou du ferroïde 36 ça devrait donner quelque chose de satisfaisant, mais tu as sûrement déjà essayé, non ?
-Euh oui, en fait non, je voulais te demander ton avis avant...
-Papa, sourit Bulma avec bienveillance, j'ai tout à fait confiance en toi pour choisir les matériaux les plus sécuritaires pour concevoir des jouets pour Trunks et d'autres enfants.
-Mais... Et si il risquait d'avoir... Je ne sais pas... Une allergie particulière... Ou je ne sais pas... Puisqu'il n'est pas entièrement humain, peut-être que...
-Mais qu'est ce que tu racontes ? S'étonna Bulma. Trunks ne craint rien papa, ce serait même plutôt l'inverse : il est bien plus résistant et coriace qu'un bébé normal. Regarde, on a déjà dû fortifier les barreaux de son berceau deux fois !
-D'accord, tu as sans doute raison... » Il semblait hésiter.
Puis après quelques secondes d'hésitation, il sourit à sa fille et déclara : « D'accord, j'y vais alors ! Tu vas voir, ce jouet sera vraiment le plus drôle de tous !
-Je n'en doute pas papa ! »
Il fit quelques pas maladroits vers la porte, puis, juste au moment où il posait la main sur la poignée, il tourna la tête sans oser regarder sa fille dans les yeux : « Mais quand même... Tu ne voudrais pas poser la question à Vé...
-Papa ! S'écria Bulma en se rappelant de justesse de parler tout bas pour ne pas réveiller son fils. Combien de fois il faudra que je vous le répète à maman et à toi ? Je n'ai pas gardé contact avec lui, je ne veux pas garder contact avec lui, nous n'avons plus rien à nous dire ! Je ne veux pas savoir où il est ni ce qu'il fait, et je ne veux plus entendre parler de lui ! »
C'était le sujet qu'elle ne voulait pas aborder. Le simple fait de penser à LUI... Elle avait les poils qui se hérissaient tandis qu'elle se refermait sur elle-même à la manière d'un hérisson. Sa méthode de défense favorite.
Son malheureux père se recroquevilla presque sur lui-même à son tour, détestant faire face aux terribles colères de sa fille comme à celles de sa femme. Aussi il quitta rapidement la pièce en bafouillant un timide « Ouiouidaccordmachériepardon. »
Lâchant un soupir irrité, Bulma se repencha sur son schéma de structure en prenant sa tête entre ses mains. Ça y est, elle avait perdu sa précieuse concentration !
Quittant le laboratoire d'un pas incertain, le père de Bulma se dirigea d'un pas penaud vers la cuisine où il entendait chantonner sa femme au rythme des cuillères dans les casseroles. Elle seule pouvait faire quelque chose désormais...
« Oh, te voilà mon chéri ! Chantonna sa chère et tendre. Alors ? Qu'est ce qu'elle a dit ? Je ne l'ai pas vue passer par là pour monter à l'étage, elle devait courir vite !
-Je n'ai pas osé lui dire. Avoua-il confus.
-Ah bon ? Mais pourquoi ?
-Je... Je n'y arrive pas. » Reconnut-il en la regardant avec un air de chien battu. Le grand et éminent scientifique Briefs n'était même pas capable de faire face à sa propre fille.
Heureusement, sa femme balaya ses remords d'un revers de tablier : « Alala ! Ce que vous pouvez être compliqués, vous les scientifiques, à toujours vous prendre la tête pour une simple nouvelle ! Ne t'en fais pas mon chou, je vais lui dire, moi. »
Puis elle s'en fut... vers le salon.
Suivant du regard sa femme qui partait dans la mauvaise direction, monsieur Briefs soupira, puis caressa le chat noir accroché à sa blouse sur son épaule : « Tu sais quoi ? Je ne comprendrai jamais les femmes, et encore moins la mienne.
-Miaou !
-Oui, je suggère un repli stratégique dans notre laboratoire pour les deux heures à venir, qu'est-ce que tu en dis ?
-Miaou. »
Ainsi fut fait.
Vingt minutes plus tard, Bulma entrait dans le salon pour s'y installer tranquillement avec son bébé affamé pleurant dans ses bras. Bien qu'il ait depuis longtemps commencé à engloutir toutes les compotes, pâtisseries, purées de pois cassés (et croquettes pour chiens) qui passaient sous son nez, elle continuait à l'allaiter autant qu'elle pouvait. Elle s'installa donc confortablement dans son fauteuil favori en répétant en boucle les mêmes mots doux visant à calmer le petit goinfre le temps qu'il comprenne qu'elle était en train d'ouvrir son chemisier pour le nourrir. Les pleurs cessèrent instantanément tandis qu'il ouvrait grand la bouche avec impatience, ouvrant et fermant rythmiquement ses petites mains dans le vide comme pour tenter de faire venir plus vite à lui l'objet nourrisseur. Bulma le regarda tendrement alors qu'il s'en emparait goulûment et commençait à téter.
Elle commença à chantonner, l'esprit en paix.
Quelques minutes plus tard, sa mère entrait dans la pièce en chantonnant une mélodie différente, donnant lieu à une cacophonie étrange qui ne sembla déranger personne. Elle tenait deux gros cabas dans ses bras.
« Oh ! Ma chérie ! Tu es là ! Avec mon petit Trunks préféré ! Quelle chance ! Regarde, ma chérie, tout ce que j'ai acheté ce matin ! J'ai plein de nouveaux vêtements pour mon petit-fils adoré ! Regarde-moi ce petit pull ! Oh ! Et ce petit bonnet avec des oreilles de chat dessus ! Je n'ai pas pu résister ! Et regarde... »
Sans pleinement prêter attention à ce que racontait sa mère, qui se mit bien vite à raconter sa journée en même temps qu'elle exposait ses trouvailles, Bulma continua d'allaiter son fils en souriant distraitement. Elle profitait simplement de la compagnie de sa famille et de la paisibilité du moment.
Moment qui fut néanmoins très bref...
« Et donc je suis rentrée à la maison avec mon amie Fleur et nous avons préparé du thé pour goûter les nouveaux thés que j'avais achetés chez cet adorable marchand de thé dont je t'ai parlé tout à l'heure. Et si tu savais, ma chérie c'était vraiment délicieux ! Surtout le thé à la groseille et au lilas, il faudra que je te fasse goûter ça ! Je voulais t'en apporter, mais je sais comme tu es très occupée l'après-midi. J'ai appelé ton père pour lui en proposer, mais il a mis un temps fou à venir ! Il était tout retourné de savoir que Végéta avait laissé un message, du coup on a dû lui faire réchauffer, et après le thé était moins bon, alors on...
-HEIN ? S'écria Bulma. Quoi ? Qu'est-ce que tu as dit ? »
Trunks lâcha un gémissement plaintif, mais se remit aussitôt à boire.
D'un air parfaitement naturel, sa mère lui répondit : « J'ai dit que le thé avait refroidi. Alors nous avons voulu en refaire, mais...
-QUI a laissé un message, maman ? La coupa Bulma incrédule.
-Le message ? Végéta voyons ! Tu ne l'as pas encore écouté ? »
Se remémorant péniblement que son père avait tenté de lui glisser l'idée d'appeler le saiyan, plus tôt dans l'après-midi, Bulma resta muette quelques instants avant de répondre d'une voix malassurée : « Non... C'est sans doute une erreur...
-Oh non voyons ! Qu'est-ce qui te fait penser ça ?
-Tu l'as écouté ? S'enquit la jeune maman d'une voix impérieuse, en cajolant son bébé d'un geste protecteur.
-Seulement le début, répondit la blonde en levant pensivement un index contre sa joue. Mais il dit que le message est pour toi, alors nous n'avons pas écouté la suite. »
Bulma eut soudain une sensation très désagréable, comme si une énorme pierre venait de tomber au fond de son ventre.
Sa mère continua : « Ça m'étonne que tu ne l'aies pas encore écouté, ma chérie. Ça avait l'air important car il n'a même pas pris le temps de dire bonjour...
-Ne t'inquiète pas, maman, s'il était en danger il ne demanderait pas à s'adresser à moi en particulier, et je doute que ce soit nous qu'il envisagerait d'appeler dans tous les cas...
-Oh ! Alors c'est sans doute que tu lui manques ! »
Pour toute réponse, Bulma lâcha un rire sombre et sans joie qui n'aurait pas fait honte à une saiyan.
Son fils lâcha le sein de sa mère pour lui jeter un regard intrigué, froncement de sourcils à l'appui.
« Ça, c'est vraiment ridicule, maman. » Conclut Bulma avec un regard mauvais qui cachait avec brio son malaise grandissant.
ooooo
« Bon allez ! Un. Deux. Trois. »
La main décidée se leva vers son objectif. C'était une tâche simple et banale. Appuyer sur un bouton. Rien de spécial. Aucune difficulté en vue... Pourtant une fois rendue au dessus de la touche de clavier, elle se mit à trembler et s'arrêta.
Bulma soupira bruyamment et se remit à faire les cents pas dans la salle vide. Pour une raison qui lui échappait, elle appréhendait terriblement ce que pouvait contenir ce message. Pourquoi diable Végéta avait-il ressenti l'envie de la contacter, elle en particulier (enfin, si elle se fiait à ce que lui avait dit sa mère) ? Que pouvait-il avoir à lui dire ? Ils n'avaient plus rien à se dire, non ?
Enfin...
Elle l'avait contacté la première, six mois auparavant... Et pour tenter un message de paix maladroit en plus. Qui tentait-elle de leurrer en affirmant qu'ils n'avaient plus rien à se dire ?
Nouveau soupir irrité. Elle ne s'était vraiment pas attendue à ça. Elle était complètement au dépourvu. Pour autant qu'elle sache, ce pouvaient être des insultes ou des moqueries.
Elle avait d'abord voulu emmener Trunks avec elle, se disant qu'il aurait au moins l'occasion d'entendre une fois un jour la voix de son père, et pour elle se donner du courage.
Et puis elle avait craint de déchanter devant son enfant, ignorant complètement ce que ledit père pouvait bien avoir à lui dire, à elle.
Elle était donc retournée devant le grand ordinateur plus de deux heures après avoir mis son bébé au lit, une fois certaine que ses parents dormaient également. Elle ne voulait surtout pas de témoin si elle faiblissait. Elle avait peur de faiblir, maintenant que sa colère contre le saiyan (ou plutôt contre son attirance pour le saiyan) s'était apaisée pour ne laisser derrière elle qu'une désagréable impression de vide. Elle était seule face à cet ordinateur, avec l'impression dérangeante d'être enfermée avec une bombe.
Depuis quand avait-elle si peur d'affronter Végéta ?
La géniale technicienne mise hors d'été de nuire par une touche de clavier...
« Non mais et puis quoi encore ? » S'insurgea-t-elle brusquement à voix haute en pressant enfin le bouton lecture sous l'impulsion salvatrice de sa colère.
Au travers d'un grésillement tonitruant, la voix ténébreuse qui s'adressa à elle provoqua immédiatement des torsions et nœuds tout le long de ses entrailles : « Ce message est à l'attention de Bulma. Je ne le répéterai pas, donc assurez-vous qu'elle l'écoute. »
La pause qui s'ensuivit dura trois secondes tellement insupportables que la main de Bulma se rebella et pressa le bouton pause.
Une seconde.
Deux secondes.
Trois secondes.
Oh non, c'était encore pire maintenant !
C'était vrai. Il lui avait laissé un message, à Elle. Explicitement pour elle.
Pourquoi pourquoi pourquoi ?
La critiquer ? La narguer ? L'informer qu'il ne reviendrait jamais ? Prendre aimablement de ses nouvelles. Ha ha...
Elle imaginait presque une réplique du type : « Pff ! Et tu y as cru en plus... Non, je n'ai rien à te dire idiote. »
Quel enfoiré ! Lui envoyer un message et en plus le faire traîner ! Il ne pouvait pas faire au moins l'effort d'aller droit au but, non ? Savait-il seulement dans quel état il la mettait ? Le faisait-il délibérément ? Pensait-il la déstabiliser ?
Bah ! Quel idiot ! Comme si elle, elle pouvait se faire déstabiliser par quelque chose d'aussi trivial qu'un message audio ! Elle en avait vu d'autres ! Ha ha ! Elle allait très bien, tout était sous contrôle, elle n'appréhenderait pas une vulgaire bande sonore ! Cette tentative d'intimidation serait un échec pour ce sale prétentieux ! Elle était plus forte que ça !
Avec toute l'élégance triomphante que lui permettait sa hargne, Bulma pressa à nouveau la touche lecture. Victoire !
Elle serra les poings en écoutant les grésillements se prolonger. Il lui sembla même entendre une expiration rapide, comme un soupir agacé, mais sans doute était-ce son imagination. Elle pinça les lèvres, bien décidée à ne pas flancher à nouveau.
Une voix neutre et plate s'adressa à elle sur un ton calculé : « J'ai testé ton prototype d'armure. » Nouvelle pause. Bulma cilla brutalement. Hein ? Quoi ? Le prototype d'armure ? Il n'était pas censé être dans le labo 3 depuis des mois ? Elle n'y avait plus repensé depuis le départ du guerrier. Comment Végéta s'était-il trouvé en sa possession ?
« Voici mon retour pour que tu puisses améliorer la prochaine armure que tu m'as promise. La combinaison élastique est correcte, la tenue au temps et au déchirement sont correctes, pas contre elle serre un peu fort, les muscles s'asphyxient lentement en quatre ou cinq heures, et là j'ai les mains qui commencent à prendre des teintes bleues. Je veux aussi que tu y ajoutes une protection contre les températures extrêmes. » Nouvelle pause. Bulma ne bougeait plus, figée, elle écoutait, pendue aux mots qui avaient traversé des centaines d'années-lumière et un tonnerre de grésillements pour parvenir jusqu'à elle, ne parvenant à se défaire de l'impression de recevoir une main tendue vers une occasion de se racheter auprès de l'homme qu'elle avait insulté. Une main tendue, nue, légèrement bleuie par manque d'oxygène, mais dont elle visualisait parfaitement le moindre trait et se remémorait la douceur... Elle cilla violemment.
« Pour l'armure... C'est moins pire que ce à quoi je m'attendais. La souplesse aux articulations est correcte, la liberté de mouvement est correcte. Par contre, la résistance aux chocs n'est pas encore suffisante. Depuis la première fissure sur chacun de mes gants, ils tombent peu à peu en miettes. J'en ai déjà un hors d'usage, l'autre ne protège plus que le pouce. Il faut empêcher que les fissures dans l'armure se propagent. Même constat pour les bottes et le plastron. Les bottes sont un peu trop longues au fait, mon pied ne touche pas le bout. Enfin... le bout est tombé en miettes maintenant de toutes façons. Sinon, la capacité d'adaptation de forme est intéressante, à conserver. » Nouveau silence, d'autant plus pesant que Végéta laissait rarement des temps de pause quand il parlait. « Voilà, c'est tout pour moi... Je compte bien que mon armure soit prête à temps, alors tâche de ne pas me décevoir sur ce point. »
Bulma laissa échapper le souffle qu'elle avait inconsciemment retenu jusque là.
« Ah si, une dernière chose. » Reprit brusquement la voix, sur un ton plus sévère qui ressemblait plus au ton naturel du saiyan. « Tu veux bien dire à ta mère d'arrêter de me laisser des messages toutes les deux semaines ? Si elle n'a plus d'emplacements de nourriture cachée dans le vaisseau à m'indiquer, je me contrefous de ce qu'elle raconte et je le supprime sans l'écouter. Considérons que ça te servira d'accusé de réception de ce message si elle me fiche la paix. Franchement j'ai autre chose à faire de mon temps. »
Les grésillements cessèrent brusquement, laissant Bulma seule enfermée dans un silence de plomb. Son cerveau congelé se remit péniblement en route et elle cilla brutalement pour garder sa contenance.
Puis les interprétations et analyses de son génial cerveau s'abattirent sur elle comme autant de gouttes de pluie.
Premier point : Végéta allait bien. Il comptait toujours revenir sur Terre pour se battre, il avait été clair là-dessus. Et si elle en croyait les quelques intonations qu'elle avait cru percevoir au travers des grésillements, et si elle se fiait à ce qu'elle pensait savoir de cet homme si fier et intelligent, alors s'il la contactait avec un tel message, c'était probablement qu'il était parvenu à atteindre son objectif. Il était probablement devenu un super-saiyan. Ce message n'arrivait pas maintenant par hasard. Le prototype d'armure était certainement dans l'état lamentable qu'il lui avait décrit depuis bien plus longtemps que cela... Elle était fière pour lui.
Deuxième point : l'armure. Végéta ne semblait pas vouloir rompre entièrement le contact avec elle comme elle aurait pu le craindre. Évidemment ! Quelle idiote elle avait été de croire qu'elle avait pu blesser le saiyan dans ses sentiments, lui qui n'en avait pas ! Leur relation scientifique et guerrier semblait toujours d'actualité... Pour une raison qu'elle identifiait mal, cela lui procura un sentiment de soulagement tel qu'elle sentit monter dans sa gorge une grosse boule de chaleur étouffante, qui rayonna dans tout son corps et qu'elle eut peine à déglutir. Elle serait à la hauteur de cette mission. Elle ne le décevrait pas. Pas sur ce point.
Troisième point : elle allait tuer sa mère.
ooooo
Une entrée dans l'atmosphère.
Un amorçage d'atterrissage.
Puis le vaisseau se posa au sol avec un sifflement feutré.
Finalement ce n'était pas si désagréable, les atterrissages en douceur, songea Végéta en activant sans attendre la commande d'ouverture de la porte pour respirer à pleins poumons l'air pur et non recyclé que lui offrait cette planète, en prenant soin de bien masquer son ki. Autour de la clairière dans laquelle il avait programmé son atterrissage, une forêt dense de végétation verte regorgeant d'opportunités semblait presque lui souhaiter la bienvenue. Le visage du guerrier se crispa en un sourire victorieux.
Après tant de temps et tant d'efforts, il se sentait prêt. Plus fort que jamais. Prêt à asseoir à nouveau sa suprématie sur tous ceux qui oseraient encore jamais se mettre en travers de son chemin. Prêt à écraser tous ses ennemis et tous les inutiles. Il était un guerrier d'élite et un super-saiyan. Il était le plus fort et allait le faire clairement comprendre à tous ces minables qui avaient osé douter de sa puissance. Le prince des saiyans ne laisserait personne jamais le sous-estimer sans en payer le prix fort. Nul ne lui barrerait plus jamais la route.
Il était de retour sur Terre.
Hors de question bien sûr de retourner vivre chez cette bande de scientifiques condescendants et plus tarés les uns que les autres. Il n'avait plus rien d'utile à tirer d'eux. Il était parfaitement capable de chasser sa nourriture lui-même. Les légumes allaient sans doute lui manquer encore un temps, mais il saurait patienter encore la dizaine de jours qui restait avant la date prévue des combats. Ensuite, une fois qu'il aurait écrasé ces boites de conserves, soit-disant ennemis censés le tuer, la Terre et tous ses délices alimentaires lui seraient acquis. Il provoquerait Karkarott en duel et reconquérrerait son honneur tout en envoyant ce crétin six pieds sous sa botte.
Sa botte qui soit-dit-en-passant était tellement usée que tous ses orteils pouvaient respirer à l'air libre, tout comme ses doigts à travers son dernier gant d'ailleurs. C'était encore pire que la première fois qu'il avait mis le pied sur Terre.
Une nouvelle armure flambant neuve l'attendait probablement dans le laboratoire de la scientifique. Elle avait bien reçu son message puisqu'il n'avait dès lors plus jamais reçu de nouvelles de la folle à la voix criarde. Cette paix avait d'ailleurs été plus que bienvenue. S'entraîner à maîtriser sa forme super-saiyan n'avait pas été de tout repos, une difficulté supplémentaire et complètement inattendue après avoir surmonté la difficulté déjà titanesque d'atteindre la transformation en question.
Pour ces derniers jours avant les combats, il comptait prendre un peu de temps pour se ressourcer, laisser ses blessures finir de guérir, s'en tenant à un entraînement minimum pour se maintenir en forme.
Il était actuellement à l'autre bout du continent ouest, à quelques centaines de kilomètres de Capsule Corporation. Une distance aisée à parcourir en volant, mais qui lui nécessiterait peut être deux ou trois heures de course en maintenant son ki le plus bas possible afin d'éviter d'être repéré. Il ne cherchait pas spécialement à se cacher, mais il ne voulait simplement pas être dérangé par aucun de ces crétins de terriens. Il avait assez donné. Comment avait-il pu vivre si longtemps sans cette compétence si pratique de passer inaperçu ?
S'il se mettait en route dans trois ou quatre heures, il arriverait vers la mi-nuit. Le temps de farfouiller dans le laboratoire de l'humaine pour trouver son armure et de passer par sa chambre à lui pour voir s'il lui restait quelques vêtements à disposition, et il serait parti avant même que quiconque ait eu le temps de se rendre compte de sa présence.
Il avait donc largement le temps de chasser quelque chose à se mettre sous la dent avant de partir...
Ce plan sembla fonctionner à merveille jusqu'à ce que Végéta atteigne en effet le complexe de Capsule Corporation, ce même soir, après avoir serpenté dans la ville tel une ombre qu'aucun passant noctambule n'aurait réellement été sûr d'avoir aperçu. Approchant de l'immense bâtiment où il avait plus longtemps logé que nulle part ailleurs depuis son enfance sur la planète Végéta, une sensation désagréable commença à l'envahir, sur laquelle il ne parvenait pas à mettre un nom. C'était comme une vapeur lourde qui s'entassait peu à peu dans ses poumons et pesait sur sa poitrine. Le saiyan fronça les sourcils et croisa les bras en observant l'imposante bâtisse. Peu importait, il serait vite reparti de cet endroit désagréable. Dommage qu'il ne puisse pas emporter sa salle de gravité avec lui... Mais peut-être un ou deux robots ? Bah ! Il n'en avait plus besoin maintenant, il aurait son loisir de combat contre des ferrailles psychopathes bien assez tôt.
Sur ces pensées jubilatoires, le saiyan prit doucement son envol en direction de la fenêtre de sa chambre au dernier étage, prenant garde à libérer un minimum d'énergie ce faisant, et sondant celles des environs avec attention...
Une énergie qu'il ne connaissait pas submergeait toutes les autres dans le bâtiment, en provenance d'une des chambres du troisième étage, non loin de celle de Bulma qu'il préférait ignorer. Qui était-ce ? Ce ki lui semblait très familier, et pourtant il n'arrivait à le relier à aucun guerrier qu'il connaissait. Relativement puissant, mais sans presque aucune marque de personnalité, comme une énergie mal développée...
Cela lui rappelait vaguement...
La curiosité fut plus forte, et le guerrier fit halte devant la fenêtre entr'ouverte d'où émergeait cette énergie bizarre. À l'intérieur se trouvaient des montagnes d'objets colorés entassés dans des étagères. Et au centre, plongé dans la pénombre, un lit minuscule aux bords entourés de barreaux. Et derrière ces barreaux, une silhouette minuscule confirma ses soupçons.
C'était l'enfant.
À la première seconde, Végéta haussa un sourcil.
À la deuxième seconde, il croisa les bras.
À la troisième seconde, il était dans la chambre, observant le berceau de loin, perplexe, et sans avoir eu l'occasion de réfléchir à ce qu'il faisait.
La minuscule silhouette était allongée sur le ventre, bras écartés, respirant paisiblement en s'agitant de temps à autres. Végéta distinguait peu de couleurs dans cette zone de la chambre plongée dans la pénombre, loin des échos des lampadaires. Aussi il risqua à nouveau un pas silencieux en direction du berceau. Puis un deuxième. Puis un troisième.
Erreur.
Son pied heurta un objet en bois qui tomba sur le côté. Une sorte de mécanisme dut s'activer car soudain un affreux visage bariolé digne d'un membre des forces spéciales Ginyû jaillit hors de son contenant au bout d'un ressort énorme qui fit rebondir la chose plusieurs fois en un « Boingoingoingoing » des plus criards. Le saiyan grimaça, se demandant si cet affreux objet était censé être une sorte de divertissement ou une alarme.
Puis il remarqua que le son de la respiration qu'il écoutait précédemment avait changé.
Il se tourna lentement vers le petit lit pour apercevoir la petite silhouette se mettre à bouger.
Puis, avec un petit gémissement semblable à un soupir, la petite créature se hissa sur ses petits bras et leva la tête.
Et son regard rencontra le sien.
Végéta sa figea.
Une secondes.
Deux secondes.
Trois secondes.
Ce regard perçant en face de lui, qui le fixait sans peur... C'était son propre regard, avec des yeux plus clairs.
Mais le petit être ne le soutint pas longtemps et se mit brutalement à ciller pour enchaîner sur un énorme bâillement tandis qu'il s'asseyait. Il entreprit ensuite de frotter ses petits yeux, puis regarda autour de lui et se pencha pour se saisir de l'énorme coussin en forme de tyrannosaure qui se trouvait plaqué contre les barreaux du lit. Puis il leva à nouveau les yeux vers l'inconnu qui le fixait sans bouger.
Celui-ci, immobile et bras croisés très fortement contre sa poitrine, fronça les sourcils et piaffa, mal à l'aise, incapable de s'expliquer cette sorte de nœud mouvant qu'il ressentait dans son estomac. C'était comme si une créature avait hiberné dans ses entrailles, et commençait à présent lentement à se réveiller.
L'enfant trouva manifestement sa réaction amusante, car il se mit à glousser en serrant sa peluche contre lui.
« Tssss ! Persifla Végéta. Trunks c'est ça ? Hnn ! Ta mère n'a vraiment aucun goût ! »
Cessant de glousser, le petit être planta ses yeux rieurs dans les siens. Puis il lui tendit fièrement son doudou : « Ngbwa ! » Annonça-t-il triomphalement.
Fronçant davantage les sourcils et resserrant encore plus ses bras croisés sur sa poitrine, le saiyan recula d'un pas, sur la défensive. La créature endormie dans ses entrailles sembla vouloir s'étirer, étendant ses membres griffus dans toute sa poitrine et son ventre, et il ne savait vraiment pas comment dompter cette sensation nouvelle sans qu'il arrive à déterminer si celle-ci était désagréable ou non.
Au bout de quelques secondes de statu quo, il parvint néanmoins à passer outre la sensation déstabilisante, reprenant sa contenance et redressant fièrement la tête avec une expiration méprisante. Puis il tourna les talons en marmonnant « Tsss ! Aussi mou que le gosse de Karkarott ! Qu'est-ce que tu veux faire de ça ?! »
Mais à peine s'était-il approché de la fenêtre que ses sens se mirent en alerte, sentant sans l'ombre d'une hésitation dans les vibrations de l'air qu'un projectile se dirigeait droit vers sa tête. Ses réflexes guerriers parlèrent en premier. Il fit volte-face en une fraction de seconde et intercepta l'objet au vol...
Et se retrouva, perplexe, avec une peluche dinosaure dans la main.
De l'autre côté de la chambre, un petit cri aigu accompagné d'un rire lui fit lever la tête. L'enfant tapait frénétiquement le matelas sous lui, comme pour féliciter l'homme pour son exploit. Un exploit auquel personne n'était jamais parvenu auparavant, mais cela, Végéta l'ignorait.
Nouveau froncement de sourcils. Sale gosse, il avait bien visé en plus !
Ainsi donc il osait l'attaquer ? Soit. Il avait sans doute un peu d'instinct saiyan après tout. Mais là, il ne savait évidemment pas à qui il s'en prenait...
Lentement, mais sournoisement, le saiyan sourit à son tour, de son sourire le plus démoniaque. Puis il leva lentement sa main tenant la peluche, prêt à lancer.
En face de lui, le petit être cessa immédiatement de rire pour imiter trait pour trait l'expression sérieuse de son père. Mais s'il espérait attraper son dinosaure au vol, il se trompait lourdement. Le projectile lancé à toute vitesse ricocha contre le plafond et atterrit en plein sur le dessus de son crâne sans qu'il ait eu le temps de voir ce qui se passait.
« Noow ! » Piaffa-t-il en montant ses petites mains pour retirer la peluche de sur sa tête.
Mais lorsqu'il put à nouveau regarder en direction de son nouveau compagnon de jeu... il était à nouveau seul dans sa chambre.
Un peu désappointé, le bébé porta son pouce à sa bouche en serrant son doudou contre lui... Et se rendormit en position à moitié assise.
Quelques étages plus haut, Végéta se percha sur le minuscule balcon de sa chambre en serrant les dents, incapable de se défaire de cette sensation oppressante qui s'étirait et se retournait dans sa poitrine. Il n'avait décidément aucune envie de s'attarder, ni ici, ni sur cet échange qu'il venait d'avoir avec... ahem... son fils.
Il en oublia même d'être surpris de trouver la fenêtre non verrouillée. Il ne s'étonna que lorsqu'il se retrouva planté devant son lit.
Une pile d'affaires de rechange soigneusement pliées, dont la quasi-totalité étaient neuves, et sur la pile, une hop-pop capsule dont le logo sur le côté indiquait (il l'avait compris à l'usage) que la capsule était vide et prête à remplir. À côté, une nouvelle paire de chaussures de sport. À côté encore, une trousse à capsules exhibait quatre emplacements dont trois contenaient des capsules pleines. Le parfum alléchant émanant de l'une d'entre elles indiquait sans erreur qu'elle contenait des denrées alimentaires, les deux autres contenaient donc probablement des aliments lyophilisés, prêts à dévorer plus tard. Et surtout, trônant sur son oreiller, un superbe plastron d'armure tentait de voler la vedette aux magnifiques paires de gants et de bottes armurés placés sur une combinaison neuve pliée avec soin. Le métal était, comme attendu, souple dans un sens et étonnamment résistant dans l'autre, pour coller parfaitement à la morphologie de n'importe quel combattant tout en le protégeant des coups. L'armure était encore plus légère que le prototype précédent, en une sorte de filigrane courait à présent le long de toute la partie intérieure, sans doute pour renforcer la cohésion de l'ensemble. Un travail extrêmement fin et minutieux, sans la moindre imperfection visible.
Le guerrier se mit à ricaner.
Cette humaine ! Elle s'était douté qu'il reviendrait, avait deviné exactement ce dont il aurait besoin et savait qu'il ne voudrait pas la voir. Elle avait donc mis à sa disposition tout ce qu'il lui fallait, tout en lui faisant comprendre que ce n'était pas pour le chasser... Parce que le lit était fait et que la porte de la salle de bains s'ouvrait sur le séchoir couvert de serviettes. Sa chambre était toujours entretenue après presque un cycle terrestre d'absence, et c'était bel et bien pour lui au vu de ce qui se trouvait sur le lit.
Végéta détestait que l'on présume à son sujet.
Et pourtant, une seule réflexion faisait écho dans son esprit tandis qu'il encapsulait rapidement l'armure et tous les vêtements dans la capsule vide et la plaçait dans l'emplacement disponible de la trousse de transport : Elle est parfaite...
…
La situation ! La situation est parfaite.
Oui, bien sûr, c'était cela qu'il avait voulu se dire.
...
Trois étages en dessous, Bulma se tenait immobile, le cœur battant à tout rompre, à genoux dans son lit, les yeux luisants et les lèvres pincées, le baby-phone dans les mains. Elle regarda avec émotion son bébé se rendormir sur le minuscule écran qui lui montrait le berceau. Elle n'avait rien vu à part des mouvements de peluche, mais elle avait entendu, et cela lui avait suffi.
