[notes de l'auteure] Salut à tous !
Ça y est me revoilà ! Merci beaucoup pour votre patience ! Allez ! Je m'attaque au délicat exercice d'essayer (j'essaye, hein !) de résumer deux sagas DBZ en un seul chapitre, en essayant (!) d'éviter les redites avec le récit initial tout en étant assez précise (j'essaye, hein) pour que vous sachiez où on en est. Voilà, donc j'espère que vous connaissez vos sagas par cœur, moi j'ai dû tout me re-re-re-repasser en revue le manga + l'anime, mais je compte sur vous pour me signaler si j'ai un loupé dans l'accrochage sur le récit initial. Pour précision aux puristes, il y a certains événements de l'anime que j'ai volontairement mis en sourdine au profit de la version manga. Enfin j'essaye, hein !
Voilà voilà, j'espère pouvoir vous publier la suite assez rapidement (j'espère hein !), j'ai bien conscience qu'on n'avance pas à grand chose avec ce chapitre, m'enfin je pense que c'était important que je nous raccroche sur le récit initial ! Dans tous les cas merci mille fois à celles/ceux d'entre vous qui ont pris le temps de me laisser des petits messages, les encouragements comme les critiques constructives, merci ! Ça me fait plaisir de savoir que je n'écris pas dans le vide :-)
NB : ma Bulma semble vaniteuse et quelque peu immature dans son égocentrisme ? Cool ! C'est bien comme ça que je la vois ! Chacun ses défauts ! Ouais, moi aussi elle m'agace, heureusement qu'elle s'assagit avec le temps ;-)
Sur ce, bonne lecture et à bientôt j'espère !
Désillusions
Une pierre qui tombe.
Qui dégringole.
Jusqu'en bas.
Un pied qui avance, l'autre qui le rejoint.
La pointe juste au dessus du vide.
Le cœur qui chavire jusqu'en bas.
Mais l'esprit ne suit pas.
L'esprit est trop loin pour surveiller le corps.
L'esprit est en chute libre dans un abysse sans fond.
Vide.
En bas de la falaise, les vagues assassines se déchaînent contre les rocs à nu.
Le vent se lève, la pluie menace, le ciel s'est assombri.
Tant de peine, tant d'espoir, tant de hargne et tant de dévotion.
Pour rien.
Écrasés et réduits en éclats comme les vagues contre les rochers.
Sans parvenir à rien.
Il s'est trompé sur toute la ligne.
Il n'est rien.
Les précédents jours n'ont été qu'une vaste blague. Une très longue série de déceptions et désillusions. Pour tout le monde.
Comment a-t-on pu en arriver là ?
ooooo
« Salut maman ! J'emmène Trunks en ballade ! On devrait rentrer en fin d'après-midi je pense !
-D'accord ! Amusez-vous bien mes chéris !
-Deewooo ! Deeewooo ! Scandait le petit être dans les bras de Bulma.
-Oui j'y compte bien ! Bonne journée maman ! » Répondit joyeusement celle-ci en disparaissant par la porte d'entrée après avoir embrassé sa mère au passage.
Celle-ci resta pensive au milieu de l'allée fleurie, son arrosoir à la main. Puis elle leva lentement un index pour le poser pensivement sur sa joue : « J'y compte bien ? Où est-ce qu'elle compte bien aller s'amuser en promenant son bébé ? Il est un peu jeune pour aller au parc d'attractions, non ? »
En effet, Bulma n'allait pas au parc. Son jet emprunta sans la moindre hésitation la direction du sud. Nous étions le matin du 12 mai.
« C'est le grand jour Trunks ! Je vais te présenter mes amis ! »
Et deux heures de vol plus tard, le premier à déchanter fut un jeune guerrier dont le visage rieur barré d'une énorme cicatrice et la tignasse ébouriffée lui conféraient un air sauvage qui n'était plus que façade.
« Le fils de Vé... QUOI ?! Non, Bulma, tu plaisantes ?! »
Tienshinhan fronça les sourcils, tentant d'extérioriser le moins possible sa haine viscérale et sa désapprobation du nom qu'elle venait de prononcer sur un ton tout à fait naturel. Ils avaient mis moins de cinq secondes à poser la question qui fâchait, juste à peine après lui avoir demandé pourquoi elle était là et qui était ce bébé qu'elle tenait dans les bras. Yamcha ne parvint malheureusement pas à faire de même que son camarade. Après être passé par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, la crise qui s'en suivit aurait pu être bien pire si le petit Trunks ne s'était pas rapidement mis à pleurer, hurlant encore plus fort que le guerrier à l'honneur bafoué. La maman protectrice monta immédiatement le ton pour mettre immédiatement un terme à une tirade qui n'avait plus lieu d'être, peu importaient les anciennes amours et les allégeances à protéger la Terre. Les vieilles rivalités feraient toujours mal, mais il lui faudrait bien apprendre un jour à passer outre.
Toi, Bulma, la femme si brillante et si joyeuse avec qui j'ai partagé une si longue période de ma vie comment peux-tu me décevoir à ce point ? Je me sens comme trahi.
Il fallut au doux guerrier aux griffes de loup plusieurs longues minutes pour se calmer. Mais il savait bien qu'il ne pouvait pas raisonnablement passer sa rancœur sur un enfant.
ooooo
« Bulma ! Tu ferais mieux de rentrer chez toi maintenant ! Surtout que tu as amené ton bébé avec toi. »
La seconde personne à déchanter fut Bulma elle-même.
Heureuse de revoir ses amis. Heureuse de de leur présenter son enfant. Heureuse de prendre part à l'aventure. Heureuse de se sentir importante. Heureuse de faire partie de l'équipe et de partager avec eux le frisson de l'action, même si elle n'était pas elle-même une guerrière et n'avait rien demandé de tout cela.
Et voilà que toi, Son Goku, mon meilleur ami, mon premier compagnon d'aventure, mon complice. Toi parmi tous les autres, tu veux que je m'en aille ? Comment peux-tu me décevoir à ce point ? Je me sens comme trahie.
Son Goku, lui, n'était pas déçu, il était juste inquiet. Son propre fils de neuf ans savait se défendre, mais le bébé à qui il faisait des grimaces et qui riait, et sa vieille amie turbulente et qui seule pouvait élever cet enfant afin qu'il puisse devenir le jeune homme qui avait tranché Frieza en deux... Eux deux ne savaient pas aujourd'hui protéger leurs fragiles vies. Et pour la première fois, cette inquiétude semblait lui laisser comme un poids sur le cœur... Comme un pincement désagréable...
Les choses ne se passaient pas comme prévu.
Le suivant à déchanter fut Yajirobe. Bien vite oublié.
Rien ne se passait comme prévu.
Un Yamcha ensanglanté avec un trou béant dans la poitrine, porté par un Krilin au regard vide et les lèvres pincées.
Il fallut deux secondes de stupeur à Bulma avant de se mettre à fouiller frénétiquement dans le sac de senzus et en lancer un à Krilin qui, sans une seconde d'hésitation, l'enfonça jusqu'au poignet dans la gorge de son camarade aux portes de la mort.
Yajirobe grommelait. Les deux enfants regardaient fixement la plaie sanguinolente commencer à se refermer. Nul n'avait pensé à leur cacher les yeux.
Rien ne se passait comme prévu.
Le suivant à déchanter fut Son Goku, glorieux super-saiyan et héro de la Terre, abattu par un petit virus qui avait attendu sagement un moment de stress intense pour se manifester.
Puis il y eut la gloire.
La gloire. La gloire pour Végéta avait été au rendez-vous.
La gloire de la transformation en super-saiyan, si savoureuse, à peine ternie par l'absence de son rival. À quoi bon regretter cet imbécile. Cette gloire, elle montait à la tête, poussant à prendre des risques. Même un peu trop... À quoi bon toute cette puissance si ce n'était pour aller subtilement provoquer son ennemi et confirmer l'hypothèse de l'aspirateur d'énergie ? Pour la gloire. Pour la gloire de l'intimidation lorsqu'il avait arraché les bras de ce pathétique substitut d'adversaire, la gloire de parvenir à faire douter et déchanter même l'hyper calculateur d'un robot. Pour la gloire de l'admiration mêlée de crainte dans les yeux de ses potentiels opposants. Pour la gloire de l'éclair d'hésitation qu'il avait vu flasher dans les yeux du second ennemi avant que celui-ci ne prenne la fuite. À quoi bon combattre sans gloire ?
Oh la gloire de faire fuir un ennemi en pleine forme lorsqu'il nous reste à peine la force de tenir debout sans trembler !
La gloire. Le pouvoir.
Celui qui sait masquer sa fatigue peut modifier le cours d'un combat. Craignez-moi, admirez-moi, misérables. Je suis le fier prince Végéta, le plus grand guerrier de l'univers. Saiyans, si certains d'entre vous me regardent de l'au-delà en cette heure de gloire, soyez fiers ! Je porte notre héritage.
La jubilation de la traque. De l'ennemi effrayé.
Et puis soudain...
Et soudain tout comme dans sa propre vie, les imprévus se mirent à tomber du ciel les uns après les autres sans crier garde. Le premier sous la forme d'un adolescent aux cheveux violets. Et un mot, un seul, prononcé sous la surprise par le namek.
« Trunks ! »
Et la dernière pièce du puzzle se mit en place.
Ce saiyan qui n'aurait pas dû exister... Il existait. Il venait bien du futur, mais d'un futur beaucoup plus lointain que ce qu'il avait été porté à croire. Cet autre super-saiyan... c'était le mioche lanceur de peluches, c'était son propre fils.
Et une fois cette information assimilée vint la colère. Quoi ? Ce gamin se payait le luxe d'un voyage dans le temps pour les prévenir d'un combat intéressant, et leur faisait faire erreur sur l'adversaire ? Où était la gloire alors ? Ce combat gagné d'avance était une perte de temps ! Quel idiot ce gosse ! N'aurait-il pas pu au moins leur fournir des informations correctes ?
Était-ce sa forme de super-saiyan qui le rendait si nerveux et facilement colérique ou cherchait-il à masquer autre chose ? Il ne se posa pas la question.
Le second imprévu fut un jet aéropropulsé d'où émanait un « Youhou » jovial, une voix qui le fit brusquement renforcer ses défenses autour de lui comme une huître qui se referme. Il ne tourna la tête qu'une fraction de seconde...
Rien ne se passait comme prévu. Le suivant à déchanter fut le petit Trunks, paisiblement endormi dans une paire de bras douillets bercé par le doux bruit du moteur. Et soudain boum. Du bruit. Des secousses. Du noir. Peur. Et un bras trop dur qui le secoue et le colle violemment contre un vêtement pas doux qui n'était sûrement pas sur le sein moelleux de sa Maman.
« Trunks ! Ouf ! Tu n'as rien ! Merci beaucoup jeune homme ! »
Mais le jeune homme, l'autre Trunks, luttait à son tour contre la déception, fixant avec détresse et incompréhension le super-saiyan au dessus d'eux qui pestait et tournait en rond tel un lion en cage, à la recherche de sa victime échappée, comme un fauve qui a perdu sa proie, coupable d'une demi-seconde d'inattention.
Une inattention intolérable aux yeux du jeune homme.
Celui-ci voulut accuser, reprocher, comprendre. Pourquoi son père n'avait-il pas fait le moindre geste pour voler au secours de sa mère et bébé-lui-même ?
La réponse qu'il obtint acheva de le faire déchanter, brisant d'un coup et en mille éclats l'image d'espoir et d'idéal qu'il avait jamais pu avoir de cet homme. Cet homme qui était son père et qui lui répondit : « Ces notions ne signifient rien pour moi. Dégage de mon chemin ! »
Toi, mon père, que je n'ai jamais connu mais en qui j'ai tant espéré. L'homme pour qui ma mère a tant pleuré en silence. Le grand absent de mon enfance que je rencontrais enfin. Comment peux-tu, comment as-tu pu, en quelques secondes, en quelques mots, me décevoir à ce point ? Je me sens comme trahi...
C'est à cet instant qu'arriva le moment que Végéta et Bulma avaient tous deux inconsciemment redouté : « Eh ! Bulma dit que cet androïde, c'était le Docteur Gero lui-même ! » Cria Krilin.
Le moment de s'adresser la parole. Le moment de se regarder en face.
Et, la situation d'urgence aidant, tout se passa tout à fait normalement.
Trop normalement.
Un échange de faits entre un guerrier et une scientifique qui se respectent : lui la hélant par son nom, elle faisant état de sa transformation en super-saiyan et de la crainte qu'il inspirait ainsi. Tous deux avaient parfaitement tenu bon dans leurs dérapages. Tous deux se reconnaissaient et se respectaient.
Comme si de rien n'était.
Mais d'ailleurs, n'en était-il pas ainsi ? De rien ?
Rien d'autre ne comptait pour Végéta que le combat et la gloire.
Jusqu'à ce qu'un gamin prédicateur de bonne aventure ne le fasse brusquement déchanter à son tour : « Non ! Ne sous-estime pas ces androïdes ! Si on n'arrive pas à temps pour les détruire, on devrait éviter le combat en attendant que Son Goku aille mieux ! »
Oh non. Pas de ça. Pas de toi.
Toi, mon fils, que je ne connais pas mais que j'ai tant voulu rencontrer. Le petit quelque chose de moi dont j'étais censé vouloir être fier ? Toi parmi tous les autres tu mises sur mon plus grand rival ? Comment peux-tu, comment as-tu pu, en quelques secondes, en quelques mots, me décevoir à ce point ? Je me sens comme trahi...
Végéta ignorait encore, à ce moment-là, à quel point il n'avait pas fini de déchanter.
ooooo
En bas des falaises, la mer se déchaîne. Le soleil se couche, envahissant l'horizon d'un pourpre sanguinolent.
Le cœur qui chavire jusqu'en bas. L'envie de vomir.
L'esprit inerte en chute libre dans un abysse sans fond.
Vide.
Tant de peine, tant d'espoir, tant de hargne et tant de dévotion.
Pour rien.
Il s'est trompé sur toute la ligne.
Pour certains, ces événements datent de moins de trois semaines.
Pour lui, cela fait plus de deux ans...
ooooo
Se faire ignorer par l'adversaire tant attendu.
Se faire massacrer en quelques minutes par ce même adversaire que l'on a poursuivi.
Se trouver ranimé par le petit minable chauve et ne même pas avoir la force de l'insulter.
Partir.
Hurler de rage.
Se faire dépasser en puissance par un crétin de namek.
Tomber sur un adversaire menaçant de devenir encore plus puissant que l'ennemi qui vous a ridiculisé.
Repartir.
Hurler à nouveau de rage.
Vouloir tout détruire.
Ressentir un besoin enragé de ne pas être seul au monde à se sentir ainsi floué. Ne trouver à prendre à témoin qu'une seule personne capable de comprendre sa colère, son propre rival, encore inconscient.
Croyant dur comme fer à la supériorité de sa nature, c'est en se heurtant à un mur que Végéta le super-saiyan avait compris qu'il ne se trouvait pas sur un sommet, mais sur une marche. Il lui fallait désormais en gravir une autre pour surpasser tous ces nouveaux adversaires qui n'auraient jamais dû lui arriver plus haut qu'à la cheville. Il allait le faire. Il ignorait comment mais il le fallait.
La solution vint se présenter à lui après trois jours de réflexion, sans boire ni manger, et constamment sollicité par son crétin de fils du futur, sous la forme de la personne qu'il détestait le plus dans cet univers, et en même temps la personne la mieux apte à comprendre sa rage : son rival Karkarott à nouveau sur pieds. Ce qu'il lui proposa alors s'avéra être non seulement la solution à son problème mais aussi un terrible piège.
La salle de l'esprit et du temps.
À première vue c'était l'endroit parfait pour se dévouer corps et âme uniquement et exclusivement à la tâche de devenir plus fort. Une gravité élevée, des températures extrêmes, de la place sans la moindre pollution visuelle, à manger et à boire, et le temps en sa faveur. C'était l'endroit idéal. Trop idéal. Il aurait dû se douter... Il aurait dû se souvenir de ces étranges salles de torture vides dans lesquelles Frieza faisait enfermer les scientifiques qui refusaient de travailler pour lui. De vastes pièces entièrement blanches, aux murs cotonneux contre lesquels aucun son ne se répercutait. Personne ne les entendait hurler à mesure que ces misérables vêtus de blanc, nourris à la purée blanche et fade devenaient peu à peu fous enfermés dans leur propre esprit, privés de la moindre interaction avec l'extérieur.
Partout du blanc et du vide...
Mais le pire pour Végéta avait été de ne pas être seul dans cette pièce blanche durant ces insoutenables trois-cent-soixante-cinq jours à s'imposer l'entraînement le plus éprouvant de son existence. Le pire... et pourtant sa plus grande chance, comme il le réaliserait par la suite.
Il avait d'abord pensé que le gamin gêneur quitterait les lieux au bout de quelques jours, lassé de se faire ignorer et rabaisser, et incapable de supporter les conditions extrêmes de la chambre. Il avait vite réalisé son erreur de jugement. Cet adolescent réservé n'en était manifestement pas à son coup d'essai concernant les épreuves de résistance et détermination. Et il n'avait compris que bien plus tard à quel point il avait eu de la chance que Trunks soit resté.
Les premiers jours, Végéta l'avait ignoré, adoptant seul son propre rythme pour s'entraîner, manger et dormir. Il passa de longues heures assis en tailleur sous une température de fournaise ou dans un froid polaire, à sonder en lui-même les méandres des mécanismes de la transformation en super saiyan, cherchant une clef pour aller au-delà, pour surpasser la légende rabaissée au rang d'anecdote. Il passa de longues heures à tenter de faire abstraction du gamin qui gigotait non loin de lui en permanence, mais aussi à se concentrer sur l'énergie de ce dernier lorsqu'il avait l'impression de s'empêtrer dans son propre esprit comme on fixerait un point lumineux pour s'extraire d'un massif de ronces. Il avait bien passé quelques minutes à observer du coin de l'œil les mouvements que celui-ci effectuait sans relâche dans le vide, lisant dans sa gestuelle comme dans un livre ouvert. Dans chaque coup de poing il lisait la rage refoulée, beaucoup de rage, telle une bombe suspendue à un filin d'espoir pas plus épais qu'un fil d'araignée ; dans ses coups de pied il lisait de la détermination et une discipline d'acier, un refus d'abandonner, les renforts de son filin d'espoir ; dans les mouvements de ses yeux bleus il lisait un état d'alerte permanent, du genre de ceux que l'on se forge à force de trahisons et pièges. Ce jeune garçon lui ressemblait bien plus qu'il n'y paraissait...
Et à force d'état d'alerte, le jeune garçon en question finit par s'apercevoir qu'il était observé. Et au lieu de s'éloigner, ou de s'échiner à faire de son mieux pour tenter d'impressionner son spectateur, il eut alors une réaction tout à fait inattendue : il s'immobilisa face à lui, bras croisés et tête haute. « Quoi ? »
Et soudain, ce petit bâtard mi-humain mi-saiyan était le portrait craché de sa mère.
Végéta cilla avant de répondre d'un air sévère : « Tu es bien trop lent. »
Une seconde. L'adolescent le dévisagea. Déception.
Deux secondes. Il soupira bruyamment. Agacement.
Trois secondes. Il baissa le regard et marmonna avec une pointe d'ironie : « Merci du conseil, papa. »
Végéta cilla à nouveau. Il voulut lui rétorquer que sa remarque était sincère. Mais jamais il n'aurait dit ce genre de chose. Il voulut lui interdire formellement de jamais à nouveau l'appeler comme ça... Mais il craignit que sa voix ne sonne rauque pour une raison mal identifiée. Alors il fit ce qu'il savait faire de mieux. Il envoya à son fils un rictus moqueur et détourna fièrement la tête pour fermer les yeux et reprendre sa concentration. Faisant fi de l'amertume et la détresse de l'enfant à côté de lui.
Cela faisait presque une semaine qu'ils étaient là. Depuis que la porte s'était refermée derrière eux, c'était la première fois que son père lui adressait la parole. Pour une critique. Trunks dévisagea le dos tourné de cet inconnu en serrant les poings. Cet homme... Qui était donc ce monstre au regard de glace et au cœur de pierre ? C'était ça son père ?
Il avait envie de le frapper.
Au lieu de cela, il attaqua : « Tu comptes m'ignorer encore longtemps comme ça ?
-Si je t'ignorais, je t'aurais déjà marché dessus plusieurs fois. Rétorqua immédiatement le dos tourné.
-Alors quoi ? S'insurgea Trunks. Ça te ferait si mal que ça d'être sociable avec moi les seules fois où tu m'adresses la parole ?
-Hn ! Pauvre petit ! J'ai l'impression d'entendre ta mère !
-Ne me parle pas de ma mère ! S'enflamma Trunks avec dégoût. Tu n'as aucun droit de la critiquer après tout ce qu'elle a fait pour toi et tout ce que tu lui as fait subir !
-Fait subir ?! Méfie-toi gamin, tu ne sais pas de quoi tu parles ! » Le dos tourné avait à présent deux orbes noires fixées sur lui à travers des fentes acérées. Végéta s'était retourné..
« C'est toi qui ne sais pas de quoi je parle ! Répliqua l'adolescent perdu entre la colère de la fierté et la détresse de l'incompréhension. Là d'où je viens tu es mort depuis dix-sept ans ! Tu n'as rien vu ! Tu ne sais rien de ce qui s'est passé ! Elle s'est occupée de moi toute seule depuis le début ! Toi tu n'étais pas là, et apparemment tu t'en fiches ! Maman est forte, elle gère tout toute seule. Toi tu ne l'as pas vue quitter la maison en feu à cheval sur sa moto avec sous le bras les plans de sa machine à remonter le temps grâce à laquelle toi tu es toujours en vie aujourd'hui ! Moi j'ai fouillé dans le tiroir de sa table de nuit pour savoir d'où venait cette odeur de larmes. C'était la première fois que je tombais sur une photo de toi. Quelqu'un de méprisant comme toi ne méritait rien de sa part ! Et tu n'as aucun droit de la critiquer ! »
Face à lui, les yeux noirs se plissèrent davantage, comme si cela avait été possible. Il y eut une brise de vent glacial qui contrastait terriblement avec la chaleur intenable sous laquelle ils se trouvaient. Puis la réponse arriva, lente, tranchante comme des rasoirs : « Tu me connais mal si tu penses pouvoir me dire ça. Dernier avertissement : je critique et je frappe qui je veux et quand je le veux, même ta mère a réussi à survivre à cette règle, alors tâche de t'en rappeler cette fois-ci gamin. Tu es un vrai moulin à paroles, comme elle, et ça pourrait te jouer des tours entre les informations de valeur qu'un ennemi peut retourner contre toi et les ennuis que tu vas t'attirer avec les conneries que tu racontes. Ceci est un conseil : tâche de la boucler. Et vas donc prendre une douche ! La chaleur a dû te taper sur la tête et ça me fera des vacances. »
Trunks ne réaliserait que beaucoup plus tard qu'au travers de la violence de ses paroles, son père venait véritablement de lui donner un conseil, et de sous-entendre qu'à sa façon il respectait Bulma. En cet instant, il ne lui fallut qu'une seconde d'hésitation pour s'écrier à l'adresse du dos à nouveau tourné : « Mais qu... »
La fraction de seconde qui s'ensuivit fut trop courte pour permettre au jeune guerrier de voir le saiyan furieux se lever et prendre appui pour s'élancer. Il ne vit que le poing juste avant que celui-ci n'atteigne sa figure avec une force déraisonnable.
Première seconde. Le père et le fils se jaugèrent avec des yeux plissés, évaluant la situation. Le poing de Végéta stoppé net à trois centimètres du nez de Trunks, dévié par le poignet de ce dernier. Le pied de Trunks envoyé instinctivement droit vers le flanc de Végéta, mais bloqué par la deuxième main de celui-ci.
Deuxième seconde. Les gouttes de sueur propulsées par la violence du choc tombèrent au sol où elles s'évaporèrent presque instantanément en un « Pchhhhhhh » feutré.
Troisième seconde. Comme un signal de départ, les visages du père et du fils s'assombrirent tous deux du même rictus guerrier.
Et le combat commença.
Trunks n'avait commencé qu'à cet instant à entrevoir et comprendre la personnalité complexe de cet homme fier et solitaire qu'était son père. Sur le premier véritable échange de poings, la première ouverture, la vraie conversation façon saiyan. C'était un échange nécessaire chez un saiyan pour accepter une parentalité non imposée, pour reconnaître si un enfant est digne d'être sien. Mais ignorant cela, Trunks ignorait qu'il était en train de passer un test, tout comme il ignorait qu'il avait échoué le précédent en tentant d'empêcher son père d'affronter les androïdes, tout comme il ignorerait à tout jamais si, à cet instant, il l'avait réussi ou non.
Mais pour la première fois depuis qu'il avait sauvé sa mère et lui-même d'un violent crash aérien, Trunks se sentit à nouveau curieux et intrigué vis-à-vis de cet homme qui n'avait pas accordé le moindre regard à sa famille en danger. Surtout lorsque, plusieurs heures plus tard, il se réveilla, le corps complètement endolori et la tête comme prise dans un étau, allongé tout habillé dans une baignoire remplie d'eau tiède. Il ne se souvenait pas être rentré dans la maison après son combat contre son père. En fait, il ne se rappelait pas de la façon dont ça s'était terminé après plusieurs heures d'échange, seulement d'avoir tenté de se transformer en super-saiyan alors que sa vision se réduisait dangereusement sous l'effet de la chaleur et de la déshydratation. La transformation donnait chaud, s'était-il rappelé trop tard quand tout était devenu noir et qu'il avait encaissé un coup de poing dans le ventre suivi d'une chute sur le dos.
Trunks se releva. Aucun doute, il était toujours dans la salle de l'esprit et du temps. Qui donc avait bien pu le déposer ici, inconscient dans cette baignoire et mis l'eau à couler ? Il n'y avait personne d'autre ici à part...
Végéta n'était nulle part. Le bâtiment qui leur servait d'habitation était vide. La nuit était tombée, et un vent glacial empli de cristaux de glace fins tourbillonnait tout autour, formant un blizzard opaque et mortellement dangereux. Ils étaient entrés ici sans vêtements de rechange, uniquement leurs fines armures résistantes aux chocs physiques, mais pas thermiques. Il n'était tout de même pas sorti par ce temps, si ? Mais en même temps, où d'autre aurait-il bien pu aller ?
Trunks ne commença à avoir un début de réponse que le soir du lendemain, après une journée entière à s'entraîner seul et à se torturer l'esprit pour comprendre où avait pu partir son père. Une énergie. Une puissante énergie qui semblait provenir de l'autre côté de la planète blanche et déserte sur laquelle il se trouvait. L'énergie augmentait. Augmentait. Encore. Et encore. Le sol jusque sous les pieds de Trunks sembla se mettre à vibrer. Le phénomène continua pendant près d'une demi-heure. Puis soudain, le ki se convulsa et commença à s'effondrer sur lui-même tel une étoile en fin de vie. Une étoile trop petite pour mourir dans la gloire d'une supernova. Le ki s'éteignit.
Inquiet, Trunks s'élança dans sa direction.
Au bout de plusieurs minutes de vol, il localisa enfin une silhouette sombre au loin sur le sol blanc. L'homme à quatre pattes par terre semblait tenter vainement de se relever, respirant difficilement. Dès qu'il sentit l'énergie de Trunks approcher, il releva brusquement la tête, plantant sur lui un regard furieux : « Qu'est-ce que tu fous là ? » Lança-t-il d'une voix rocailleuse.
« Est-ce que ça va ? » S'inquiéta poliment ce dernier en s'arrêtant à une distance méfiante, sur la réserve.
« Évidemment ! » Claqua-t-il en repoussant péniblement son corps vers l'arrière et parvenant dans ce mouvement à se hisser sur ses pieds, mains appuyées sur ses genoux fléchis. « Sauf que je ne peux pas m'entraîner tranquillement sans t'avoir dans les pattes ! Cet endroit n'est pas assez grand pour toi ? Arrête de me coller, moustique ! Dégage ! »
Vexé, Trunks fit un pas en arrière puis fronça les sourcils et fit demi-tour, prêt à s'éloigner. Un bruit sourd lui fit faire volte-face deux secondes plus tard. Végéta était étendu au sol à plat ventre, les mains sous son visage qu'il avait tenté de protéger de sa chute. Il respirait péniblement.
« Papa ! » S'écria l'adolescent en accourant.
Mais à peine eut-il prononcé ce mot que le regard vide du guerrier s'anima à nouveau d'une lueur sombre. Il repoussa violemment la main que Trunks s'apprêtait à poser sur son épaule en marmonnant entre ses dents serrées : « Fiche moi la paix !
-Arrête, s'agaça ce dernier, tu as besoin de repos. Je vais t'aider à rentrer.
-J'AI DIT FICHE MOI LA PAIX ! Hurla son père en lui décrochant un regard assassin. Je n'ai pas besoin de toi ! Ne me prends pas pour un de ces minables, tu ne sais pas qui je suis ! Un vrai saiyan n'a besoin de rien ni de personne ! » Sur ce, dans un effort qui semblait surhumain, rassemblant une énergie qu'il n'avait pourtant pas, le prince des saiyans se hissa sur ses bras, fléchit ses jambes sous lui, et se propulsa en l'air où son corps oscilla dangereusement avant de parvenir à stabiliser son vol et d'entamer une accélération sinueuse en direction de la maison, en lançant par dessus son épaule : « Et ne t'avise pas de me suivre ! ».
Trunks resta planté là à contempler la trajectoire hasardeuse de la silhouette sombre qui s'éloignait lentement mais sûrement au travers des volutes de chaleur. Ton père était quelqu'un de très fier. Lui avait un jour dit sa mère.
Maintenant il comprenait.
C'était stupide, mais il comprenait.
ooooo
Le dernier rayon du soleil projette son dernier cri d'agonie sur l'océan déchaîné par le vent.
Les pieds au bords de la falaise, Végéta fixe l'horizon sans le voir.
Il s'est trompé sur toute la ligne.
Cette première année passée dans la chambre de l'esprit et du temps avec son fils lui avait été pénible, mais finalement la présence de ce dernier avait été parfaitement supportable si non appréciée.
La seconde année avait été un véritable calvaire.
ooooo
Quand la porte de la chambre de l'esprit et du temps s'était à nouveau refermée sur lui, Végéta était seul cette fois. Seul pour affronter ses démons, seul pour affronter ses échecs, seul pour s'abandonner à un sentiment qui ne l'avait jamais vraiment dérangé auparavant : le remords.
Il venait de passer deux jours à Capsule Corporation. Accueilli comme s'il était chez lui. Il s'était comporté comme tel. La blonde à la voix stridente les avait encouragés/forcés à troquer leurs armures pour des vêtements plus confortables et invités/forcés à manger à s'installer à table devant une montagne de gâteaux alors qu'ils avaient tous deux un senzu dans l'estomac.
Végéta avait dû subir la présence des autres pendant ce qui lui avait paru des heures, les scrutant un à un pour s'occuper l'esprit. Yamcha lui jetait des regards à la dérobée ainsi qu'au petit Trunks. Petit Trunks tirait les cheveux du grand. Bulma jetait régulièrement des regards de reproche à Krilin dont l'humeur semblait curieusement sombre. Un vieux et un cochon s'empiffraient à table et madame Briefs s'en réjouissait. N'y tenant plus, Végéta était allé s'enfermer dans sa chambre de gravité, remerciant intérieurement Bulma d'avoir empêché Trunks de l'y suivre. Il avait besoin d'être seul. Elle l'avait sans doute compris.
Pendant ce temps-là, Karkarott s'entraînait dans la salle de l'esprit et du temps avec son fils. Végéta avait hâte qu'il en dégage pour pouvoir y retourner lui-même. Sa prison blanche. La chambre de gravité en mode aléatoire semblait n'offrir qu'un piètre défi en comparaison, même s'il était soulagé qu'elle soit fonctionnelle et pleine de robots tueurs de dernière génération. Il y avait passé presque tout le reste de la journée.
Le soir venu, la fatigue, encore plus que la faim, l'avait poussé à s'arrêter. Il faisait nuit noire, la maison semblait calme. Les deux Trunks dormaient, tout comme les parents Briefs, mais il sentait le ki fébrile de Bulma s'activer dans le laboratoire situé à l'étage au dessus, sûrement sur l'androïde endommagé. Il sentait sa fatigue. Mais tout comme lui, elle ne pouvait sans doute pas s'arrêter pour se reposer alors que la situation était aussi critique. Elle ne pouvait rien faire de bien utile, mais elle essayait quand même.
Il était passé brièvement par la cuisine, claquant la langue par habitude, comme il le faisait deux ans auparavant avant de quitter la Terre. Et de nouveaux droïdes ménagers flambant-neufs étaient en effet venus lui servir à manger. Le soulagement étouffa l'étonnement à ce constat. La bouffe était bonne comme à son premier soir sous ce toit. Pendant quelques minutes, ses pensées lui laissèrent un instant de répit. Enfin du répit... Tant qu'il n'aperçut même pas Bulma qui s'était arrêtée dans l'encadrure de la porte, indécise face à l'obstacle imprévu qui se trouvait entre elle et la cafetière. Elle resta là, plantée comme un piquet, à le regarder manger, un léger pincement au cœur. Un an auparavant, il était assis à cette même table... Non, ne pas y penser... Et pourtant il était à nouveau là, engloutissant le repas qu'elle avait programmé pour lui, presque plus lentement qu'à l'ordinaire, presque comme s'il prenait une demi-seconde de pause pour apprécier ce qu'il mangeait. Les plats se vidaient un à un et elle restait plantée là. Elle n'en avait pourtant pas le temps. Elle n'avait que quelques jours pour réparer cet androïde, elle qui manquait déjà de sommeil pour avoir fabriqué une télécommande que Krilin avait piétinée sans ménagement. Elle devait tenir le coup encore une semaine de plus. Encore un peu, il le fallait.
Mais elle ne parvint pas à se décider à bouger, tandis qu'elle regardait le saiyan manger. Ils n'avaient pas eu le temps de vraiment se revoir depuis le début des événements. Et maintenant, il était là, et elle ne savait pas quoi dire. Avaient-ils encore vraiment quelque chose à se dire au juste ? Ce crétin avait tenu entre ses doigts l'occasion de prouver sa puissance à tous, et il avait joué avec comme on joue à lancer et rattraper une pièce de monnaie dans sa main. Et celle-ci lui avait filé entre les doigts. À cause de son orgueil, ils étaient à présent à une semaine de la fin du monde. Et pire encore : il avait mis Trunks en danger.
À cet instant, le sujet de ses pensées, ayant terminé de manger, tourna brusquement la tête vers elle, comme pris par surprise de n'avoir pas remarqué sa présence.
Le bleu et le noir s'entrechoquèrent, mais pas avec autant d'intensité que ce que chacun aurait voulu donner. Tous deux étaient épuisés et las, accablés par leurs pensées incessantes.
Ils se fixèrent ainsi pendant trois secondes. Puis d'un même accord, Bulma cilla et détourna le regard vers le sol tandis que Végéta redressa l'échine et scanna la table à la recherche d'un dernier plat à engloutir. Il en trouva un dont il n'avait pas raclé toutes les miettes.
Sans un mot, Bulma reprit enfin sa route vers la cafetière.
« Tu es fatiguée. » La stoppa une voix qui la fit frissonner au moment où elle dépassait Végéta.
« Toi aussi. » Retourna-t-elle d'une voix lasse en tournant brièvement les yeux vers le dos de l'homme à un mètre d'elle.
« Hnnn ! » Fut la seule réponse logique qu'elle obtint en retours.
Soupirant, Bulma acheva de traverser la pièce et mit la cafetière en marche. Avec deux litres de café, peut-être pourrait-elle encore tenir trois ou quatre heures. Il fallait qu'elle déchiffre l'algorithme de programmation de cet androïde. Alors peut-être seulement aurait-elle une chance de...
« Ça ne servira à rien. » Intervint à nouveau la voix, qui semblait avoir lu dans ses pensées.
« Quoi ? Demanda-t-elle.
-Le robot que tu répares. Clarifia l'homme en se tournant enfin vers elle. Il ne pourra servir à rien dans un tel combat. Tu te fatigues pour rien. »
Bleu contre noir, noir contre bleu. Bulma n'était pas d'humeur. Elle soupira avant de rétorquer : « Je me bats pour essayer de sauver la Terre, moi, pas pour la gloire. Je sais que je ne peux pas faire grand chose, mais je ne laisserai pas tomber. Le précédent sujet avec lequel j'ai travaillé avait bien plus de potentiel, mais il m'a fait défaut, alors je fais ce que je peux avec ce que j'ai en espérant que ça suffira pour rattraper le coup. Mais bon. Je suppose que comme d'habitude on va encore devoir reposer tous nos espoirs sur Goku. »
Végéta était sidéré. Cette femme adossé bras croisés à une dizaine de mètres de lui venait de critiquer son échec avec toute l'insolence de la lassitude et la violence de la vérité.
« Karkarott non plus ne te sera d'aucun secours. Répliqua-t-il sombrement. Ni pour battre cet ennemi, ni pour te protéger quand j'en aurai fini avec Cell. »
Et ainsi il quitta la pièce, sombre et imposant, sous le regard indéchiffrable de la scientifique.
Elle s'inquiétait pour rien, cette idiote ! Il passerait cinq ans dans la salle de l'esprit et du temps s'il le fallait, mais il serait parfaitement en mesure d'éradiquer la menace lui-même ! ... Zut il avait oublié de lui reprocher son insolence...
C'est sur cette dernière réflexion qu'il s'était effondré dans son lit dans lequel il avait dormi d'un sommeil de plomb jusqu'au lendemain. Il se souvenait avoir entendu un bébé pleurer et la voix de Bulma tenter de le réconforter, avant de prendre son envol vers le palais directement par la fenêtre. Il ne voulait voir personne.
Et lorsque la porte blanche s'était refermée derrière lui, il avait serré les dents au lieu de crier sa rage. Il avait fait une nouvelle erreur de calcul : il n'avait plus qu'un an. Un an pour rétablir l'équilibre des choses et imposer à tous l'évidence de sa supériorité. Un an pour réparer son erreur, pour corriger son excès de vanité. Deux fois de suite, Trunks avait tenté de l'empêcher d'affronter des adversaires prétendument trop puissants pour lui, deux fois il l'avait frappé pour son impertinence et sa lâcheté, et deux fois il s'était fait humilier par ces mêmes adversaires.
Il avait eu un an pour inverser la tendance. Il avait eu un an pour ruminer ses remords. Il n'avait jamais été autant imprudent à l'époque où il travaillait pour Frieza. Il avait pourtant même été capable de ravaler son honneur pour proposer une association avec les terriens pour venir à bout des forces spéciales Ginyu. Mais depuis la mort du tyran, les choses avaient changé. Il avait peu à peu gravi les marches de la légende des super-saiyans. Il avait peu à peu oublié la prudence. Et il en avait payé le prix fort.
Cette seconde année entière fut un enfer. Il appréciait la solitude, mais pas ça. Les conditions y étaient extrêmes, poussant rapidement le corps et l'esprit à l'épuisement complet. Le sommeil n'y était aucunement récupérateur, ponctué de cauchemars dans lesquels ses ennemis riaient et frappaient sans relâche, parfois lui, parfois des silhouettes qu'il ne chercha pas à identifier. Et il n'y avait aucun colocataire stupidement bienveillant pour laisser inopinément traîner dans la cuisine des marmites entières de riz cuit à point. Le riz cru était assez désagréable à mastiquer, mais c'était moins pire que l'infâme galette compacte qu'il obtînt l'unique fois qu'il tenta d'en faire cuire.
Peu à peu, poing par poing, cri sur cri, jour après jour, Végéta était parvenu à bâillonner cette sensation de malaise qui le démangeait et ne lui laissait pas de repos. Comme un sentiment d'alerte permanent qui le rongeait de l'intérieur. Une seule obsession était parvenue à museler ce malaise : celle de devenir plus fort et reconquérir sa gloire entachée. Surpasser son rival qui avait osé le narguer. Piétiner son ennemi qui s'était ri de lui. Tout contrôler, tout analyser, tout maîtriser. Devenir plus fort, encore plus fort.
Et plus fort, il l'était devenu.
Mais cela n'avait pas suffi.
ooooo
En bas des falaises, la mer se déchaîne. Le soleil a chaviré dans l'horizon. Le ciel d'un pourpre ensanglanté s'éteint peu à peu, laissant place à la pénombre.
En bas... En bas de la falaise, les vagues violentes battent incessamment les rochers, mais elles sont impuissantes face à leurs adversaires de basalte. Tout comme il l'avait lui-même été.
Toute la puissance et toute la fierté du monde ne lui ont servi à rien.
Tant de peine, tant de foi, tant de hargne et tant de dévotion.
Pour rien.
Il s'est trompé sur toute la ligne.
La douleur, la peine, l'attachement.
Végéta se croyait au dessus de toutes ces conneries.
Et puis son fils était mort sous ses yeux.
ooooo
Végéta s'était juré de ne plus jamais sous-estimer son ennemi. Toutes les cellules de son corps avaient enregistré la violence des coups reçus par Cell. Il savait donc que malgré toute la puissance qu'il avait acquise durant cette seconde année dans la salle de l'esprit et du temps, il serait en difficulté.
Son Goku, lui, se porta volontaire pour être le premier à l'affronter.
Le premier échange de poings entre son ennemi et son rival lui envoya alors en pleine figure cette écrasante vérité : il était complètement dépassé.
Lui. Végéta. Dont le seul nom faisait trembler de peur toutes les créatures de la galaxie civilisée.
Complètement dépassé.
Il avait manqué quelque chose. Mais quoi ? Qu'avait fait ce troisième classe que lui n'avait fait ? Il avait passé deux fois plus de temps que lui dans la salle de l'esprit et du temps, et même ainsi, il n'était pas parvenu à rattraper son rival.
La réponse à sa question, stupéfiante, tomba elle-même de la bouche de ce dernier : « À ton tour, Gohan ! »
Le mioche.
Le petit bâtard de dix ou onze ans terriens qui avait déjà maîtriser la transformation en super-saiyan.
Karkarott avait su voir son potentiel caché, l'aider à le déployer, et avait ainsi profité d'un partenaire de combat de qualité. Et lui, Végéta avait passé son temps à rabaisser et repousser Trunks, ne croisant les poings que rarement avec lui.
C'était un beau combat. Son Gohan, tout comme son père, s'avérait digne de son sang de saiyan. Végéta rageait sur son manque de puissance et son besoin de devenir à nouveau plus fort, avec désormais deux rivaux à surpasser.
Et puis tout avait dérapé.
L'ennemi qui panique et qui leur fait le coup de l'attaque suicide.
Son Goku qui se sacrifie.
Et puis plus rien. Ça s'était terminé ainsi.
Un enfant au sol qui pleure la mort de son père et se noie sous le poids de la culpabilité.
La douleur, la peine, l'attachement.
Végéta s'était cru au dessus de toutes ces conneries.
Mais même la pierre la plus dure reste fragile lorsqu'on la frappe assez fort et aux bons endroits. Même l'obsidienne diamantée peut être détruite. Et lorsque cela se produit, la pierre vole en milliers d'éclats acérés comme autant de pointes de flèches. Voici à peu près la sensation que ressentit Végéta, le guerrier insensible au cœur de pierre, lorsque celui-ci vola en éclats au même moment que celui de son fils se trouva soudain transpercé de part en part.
Une cascade de sang.
La douleur, la peine, l'attachement.
Végéta s'était cru au dessus de toutes ces conneries. Végéta voyait rouge.
Le fin stratège qui s'était juré de ne plus jamais commettre d'imprudence au combat attaqua de toutes ses forces, frontalement, sans réfléchir, en hurlant le nom de son fils.
Il avait juste failli se faire tuer, sauvé à la dernière seconde par le fils de son rival qui encaissa le choc à sa place.
La douleur, la peine, l'attachement.
Ça faisait si mal.
Il fallait tuer ce monstre.
Retrouvant un peu sa capacité à raisonner tandis que le combat continuait sans lui, la souffrance physique obstruant un peu la douleur mentale, Végéta était parvenu à se traîner jusque dans l'angle mort de Cell, visant les yeux. Cette dernière attaque énergétique, il l'avait lancée avec toute l'énergie de sa rage et de cette douleur lancinante qui le rongeait.
À peine de quoi distraire l'ennemi une seconde.
Juste une seconde.
La seconde qui avait fait gagner Gohan.
ooooo
En bas des falaises, la mer se déchaîne sous les encouragements du vent. Le ciel pourpre tire sur l'azur où naissent les étoiles, discrètes larmes de lumière.
Le cœur piégé en bas en étau entre les vagues et les rocs.
L'esprit est en chute libre dans un abysse sans fond.
Vide.
Tant de peine, tant d'espoir, tant de hargne et tant de dévotion.
Pour rien.
Il s'est trompé sur toute la ligne.
Plus jamais il ne se battra.
Il ne veut plus jamais ressentir cela.
Il ne veut plus jamais ressentir quoi que ce soit.
Il ne veut plus rien.
Il n'est rien.
Rien de plus qu'un être faillible, seul sur une île déserte perdue au milieu de nulle part, où le roc à nu est le seul sinistre horizon, et le triste reflet de son âme.
Le vent se calme peu à peu à mesure que la nuit s'installe.
Au loin, au travers du clapotis des vagues, on perçoit le bruit caractéristique d'un moteur de jet aéropropulsé en approche...
