[note de l'auteure] Bonjour tout le monde !
C'est terrible ça, le temps court court et ne ralentit pas ! Voilà maintenant tout juste 5 ans que je commençais à rédiger le premier chapitre de cette fic. Et maintenant encore plus qu'avant, il faut vraiment vouloir s'accrocher pour récolter une minute par ci et deux par là pour écrire ! Bon, je sais, il n'y a pas que moi qui cours, donc j'ose croire que vous me comprendrez, et si oui, alors recevez en retour tous mes encouragements pour vos marathons respectifs. Et grand merci aussi à ceux parmi vous qui ont malgré tout trouvé le temps et l'inspiration pour me laisser un petit mot, ça me fait toujours plaisir et votre enthousiasme et vos conseils font chaud au coeur !
Bref, trêve de mondanités, voici voilà un nouveau chapitre, toujours plus joyeux et guilleret dans un univers féerique où tout le monde s'aime et chante et danse et... ouais nan en fait... Ne m'en veuillez pas, comme il y a des chapitres plus ou moins joyeux dans cette fic, j'avais envie de dire n'importe quoi de joyeux pour une fois. Voilà c'est fait ! Sur ce je vous souhaite une bonne lecture et d'avance, de joyeuses fêtes de fin d'année. À dans 3 mois à peu près sans doute potentiellement hypothétiquement !
[Rendons à César ce qui est à César] Le petit passage en italique qui ouvre ce chapitre est un extrait (encore une fois traficotte des textes à l'origine en anglais) de « Hellblade - Senua's sacrifice » qui m'a quelque peu inspirée pour ce chapitre. Une histoire qui prend par les tripes et une expérience très surprenante (à découvrir avec le making-off pour bien la comprendre)
[C'est bon j'ai fini, on peut commencer]
Rouille
T'est-il déjà arrivé de mourir ? Probablement pas. Ou peut-être si ?
Après tout, qu'est-ce que la mort au juste ? Il y a tant de choses qui peuvent briser une vie !
Lorsque tu perds ta raison d'être, tes rêves, l'essence de ton existence,
Ton corps peut bien rester valide, les gens autour peuvent ne pas voir de différence,
Mais à l'intérieur de ton enveloppe,
La personne qui était toi est bien morte.
ooooo
La transition entre rêve et éveil s'était opérée graduellement, sournoisement, sans rien changer à l'état de la personne concernée. Végéta avait vaguement conscience d'être étendu sur le dos dans son lit à Capsule Corporation. Il se souvenait vaguement y être entré comme un automate, probablement sans manger ni se changer. Ça n'avait pas d'importance.
Son monde avait perdu son sens.
Le dégoût. Il connaissait bien ce sentiment qui le rongeait depuis la veille et avaient agité son sommeil, mais c'était la première fois qu'il le dirigeait contre lui-même. Il tournait et retournait incessamment les mêmes constats en boucle. L'échec. L'humiliation. La défaite. La déchéance. Le désespoir. La souffrance. Non, il ne voulait plus rien. Tout le dégouttait et il se dégouttait lui-même.
Il aurait voulu cracher, sur ce monde, ses habitants et tous les absents qui lui avaient menti. Par dégoût, par mépris. Oui, par mépris. Mais à quoi bon ? Pourquoi se fatiguer à interagir avec l'extérieur ? Rester allongé dans ce lit était bien plus simple. Ici, il ressentait moins de choses. Il n'avait envie de rien, il ne voulait rien, ni voir personne.
toc toc toc
« Végéta ? Tu es là ? » Demanda une voix au travers de la porte qui le fit brutalement retomber dans la cruelle réalité de sa condition végétative.
« Non »
Tout le dégouttait. Il ne voulait voir personne. Il ne voulait rien. Juste se rendormir et oublier un moment la souffrance de son esprit en plein tumulte. Qu'on lui fiche la paix. Qu'on l'oublie.
Mais elle était là, passant doucement la tête par l'ouverture de la porte qu'elle avait entrebâillée. Ses yeux bleus cherchaient les siens.
Elle parla mais il ne l'écoutait pas.
Il se contenta de la fixer.
Il se rappelait. Il sentait son parfum. Et tandis qu'il se concentrait sur les embruns d'épices et d'océan, sur les yeux bleus et sur la voix chantante aux accents hésitants de question, il parvenait à se détacher quelques instants de ses pensées noires. Et cela avait sur lui l'effet d'une bouffée d'air frais en pleine noyade.
Elle le regardait curieusement à présent. Elle réfléchissait, elle le scrutait. Il détestait cela : elle s'apprêtait à nouveau à présumer à son sujet.
Puis elle fronça les sourcils.
Et tout se produisit comme au ralenti.
Première seconde. Elle entre sans invitation et ferme la porte contre laquelle elle s'appuie en demandant sur un ton concerné : « Est-ce que ça va Végéta ? »
Deuxième seconde. Il cille. Non, il ne va pas bien, mais ce parfum le distrait, cette voix le distrait, ces yeux bleus sévères, ses formes douces au travers sa robe légère. Elle le distrait. Elle est une bouffée d'air. Il a besoin de respirer.
À la troisième seconde, Bulma étouffa un cri lorsque le corps du saiyan s'écrasa avec force contre le sien, ses mains fébriles parcourant son corps avec une vitesse surhumaine et enfouissant son visage dans ses cheveux parfumés.
À la fin de la troisième seconde, reprenant sa respiration, elle enroula avec passion ses bras autour des épaules de son guerrier et le serra de toutes ses forces contre elle en logeant à son tour ses lèvres contre son cou à lui. Elle n'avait pas besoin de mots pour ressentir sa détresse.
Ce fut tout ce à quoi elle eut le temps de penser avant de se laisser emporter par la violence des caresses qui arrachaient ses vêtements un à un avec l'énergie du désespoir tandis que des dents tranchantes comme des rasoirs griffaient contre sa gorge sous une respiration presque haletante. « Aïe ! Doucement, tu me fais mal ! » Murmura-t-elle.
Il se figea immédiatement.
Il ne lui avait jamais fait mal. Jamais. Mais là, la position dans laquelle il s'était stoppé net ne laissait pas de place au doute : ses doigts s'enfonçaient de plusieurs centimètres dans sa chair si tendre, ses dents avaient laissé de longs sillons rougissants dans son cou si délicat et elle semblait avoir du mal à respirer coincée entre lui et la porte.
Il recula brusquement. Il se dégoûtait à un point inimaginable. Il avait tout perdu jusqu'à la maîtrise de lui-même.
Bulma le fixa droit dans les yeux, reprenant son souffle. La sensation de soulagement lorsqu'il avait cessé de lui faire mal n'avait duré qu'une seconde, bien vite remplacée par une multitude de sentiments bien différents qui se bousculaient dans sa tête pour y prendre les commandes. La surprise, l'inquiétude, la frustration. Et puis la peur. Le regard que lui renvoyait Végéta en cet instant était celui d'un dément. Il était perdu.
Ce fut un tout autre sentiment qui prit les commandes.
« Hey. Murmura-t-elle en avançant la main vers lui. J'ai dit doucement, pas stop. »
Il recula d'un pas supplémentaire, le regard vide. Alors, sans hésiter, Bulma rompit d'un coup la distance et posa la main sur son avant-bras pour le retenir.
L'air autour d'eux se figea.
Une seconde.
Deux secondes.
Trois secondes.
Puis, lentement pour ne pas effaroucher le guerrier blessé, Bulma posa l'autre main sur sa joue et s'avança pour l'embrasser...
Elle n'en eut pas le temps.
Le contact physique avait levé le blocage d'un coup : l'instant d'après, elle se retrouvait à nouveau plaquée contre la porte (avec un minimum de délicatesse cette fois), le nez dans les cheveux de Végéta qui avait plongé son visage entre ses seins déjà presque complètement dénudés.
Il était perdu.
Le parfum de Bulma était une bouffée d'air hors de l'eau. Sa peau douce et chaude était son unique prise sur une une bouée de sauvetage. Ses gémissements de plaisir étaient le chant du vent après une éternité plongé dans un silence sous-marin. Il respirait. Il n'était plus rien dans cet univers, il n'était plus rien pour lui-même, mais en cet instant entre les bras de Bulma, au moins, il existait. Ses ongles fragiles qui griffaient son dos à lui, ses dents contre son oreille à lui, sa voix essoufflée quand elle lui ordonna d'accélérer, ses jambes enroulées autour de sa taille qui le pressaient plus fort contre elle, le moment où elle murmura son nom en étouffant la dernière syllabe dans un gémissement... Il était vivant.
La porte métallisée contre laquelle Végéta s'appuyait manqua de sortir de ses gonds sur un dernier coup de reins tandis qu'il expirait de soulagement.
Une seconde.
Deux secondes.
Trois secondes.
Il porta doucement sa sirène jusque sur le lit où ils se laissèrent tomber, reprenant peu à peu leur souffle. Il ignorait pourquoi elle posait ses lèvres à répétition sur son cou et son visage, mais ses lèvres douces étaient fraîches contre sa peau brûlante. C'était comme un sursis de bouffée d'air avant de reprendre sa nage sans but.
« Ça va Végéta ? » Murmura Bulma d'une voix douce au bout d'un moment.
Il la regarda sans comprendre. Ses yeux étaient jolis, mais ses mots n'avaient pas de sens.
« Tu n'as rien mangé depuis hier. Il y a un repas entier qui t'attend en bas si tu veux. » Elle ne cessait pas de le caresser. Sa respiration n'était pas encore revenue à un rythme normal, faisant suivre un rythme dansant à sa poitrine dénudée. Elle était belle.
Ces paroles-ci avaient du sens, considéra-t-il. C'était étrange qu'il n'ait pas eu faim depuis tout ce temps. Combien de temps ? Avait-il faim ? Non, pas vraiment. En fait il s'en fichait éperdument.
Elle laissait doucement glisser ses doigts contre son torse et son bras, faisant vibrer sa peau et soulageant un peu le stress accumulé au dessous. Elle continua : « Trunks s'en ira dans une heure ou deux. Je pense que ça lui ferait plaisir de te voir avant de partir. Tout le monde va venir pour lui dire au revoir. Tu seras là, n'est-ce pas ? »
Végéta se crispa. Trunks... Trunks était mort hier... Son fils... La mort dans ses yeux. La douleur... Même sachant qu'il avait été ressuscité, le souvenir de la douleur restait intact. Il n'avait jamais été confronté ainsi à ce genre d'émotions et ne savait absolument pas comment les gérer. Ça faisait mal, voilà tout.
« Végéta ? » Une main fraîche contre sa joue brûlante. « Tu vas venir, n'est-ce pas ? »
Venir ? Voir Trunks ? Avait-il envie de le voir ? À quoi bon ? Il n'avait pu ni le défendre ni le venger, quel père était-il donc ? Il se dégouttait. Il ne voulait voir personne. Pourtant elle était là, elle se redressait en le fixant avec inquiétude : « Bon, tu sais quoi ? Habille-toi et viens manger ! Tu verras, tu iras bien mieux après.
-... Tu crois ?
-Bien sûr ! On va toujours mieux quand on a l'estomac plein ! Tu le sais bien ! Allez ! Viens ! »
À quoi bon y aller ?
Mais à quoi bon lutter ?
Après tout, il s'en fichait.
Il la suivit machinalement, allant ramasser ses vêtements au sol. Son T-shirt était arraché, la robe de Bulma était en loques. Elle pâlit en s'en apercevant. Puis elle leva les yeux vers lui, et la seconde d'hésitation se mua en sourire de résignation : « Oups, ça ne va pas être très discret. »
ooooo
Trunks s'était presque mis à apprécier le thé à la menthe à force d'être forcé à en boire, installé dans le jardin intérieur à regarder son alter-ego plus jeune jouer dans son parc sous l'œil attendri de ses grands-parents. Sa migraine s'était complètement évanouie après une longue nuit de sommeil, profond et calme. Le jeune garçon de dix-huit ans à peine avait l'impression qu'il n'avait pas fait de grasse-matinée depuis des siècles. Ça faisait un bien fou. Et les gâteaux que lui cuisinait sa grand-mère aussi. Pour la première fois depuis aussi longtemps qu'il s'en souvienne, il n'y avait pas de menace à l'horizon. Ce futur-ci était sauvé. Il pouvait baisser sa garde le temps d'un moment de paix.
Il avait hâte de retourner à son époque à présent, pour délivrer les siens de l'angoisse des jours sans lendemain et rassurer sa pauvre mère. Son incroyable, brillante, courageuse et malgré tout subtile mère qui avait travaillé sans relâche pour lui permettre d'accomplir l'impensable : traverser le temps pour trouver une clef pour sauver son monde. Il avait hâte de revenir auprès d'elle et se montrer à la hauteur de l'espoir qu'elle avait placé en lui.
Ce fut sur cette pensée que sa mère-du-passé si brillante et subtile arriva le rejoindre dans le jardin intérieur. Elle était toute ébouriffée et portait un pantalon de jogging qui traînait au sol malgré ses talons hauts, et un T-shirt trop grand pour elle qui ne lui appartenait manifestement pas. Elle embaumait son parfum d'iode et de cannelle comme si elle ne s'était pas douchée depuis deux jours, mais le plus perturbant, c'était cette seconde odeur, plus ferrugineuse et basaltique, qui la suivait également. Sachant à qui cela appartenait, Trunks eut grand peine à masquer sa surprise, et encore plus ce sentiment mêlé d'espoir et de joie qui surgit en lui sans qu'il sache l'expliquer.
« Végéta est enfin descendu manger. » Annonça Bulma d'un ton tout à fait naturel en les rejoignant.
« Ah enfin ! S'exclama la grand mère qui jouait avec son petit fils avec une montagne de peluches. Je commençais à m'inquiéter ! Il n'est pas du genre à avoir son appétit dans sa poche pourtant ! Je vais aller voir s'il veut que je lui fasse un deuxième gâteau à l'orange !
-Je pense qu'il a plus besoin d'être tranquille pour le moment maman, intervint Bulma. La journée d'hier a été difficile pour tout le monde tu sais.
-Ah bon ? Qu'est-ce qui lui arrive ? S'inquiéta le grand-père attablé avec son petit-fils-du-futur un café à la main.
-Rien de grave, ne t'en fais pas papa. Il a juste besoin de calme et de repos.
-Ah. »
Bulma échangea un regard en coin avec son fils qui avait, la semaine précédente, passé une année entière enfermé avec lui à s'entraîner. Lui aussi, peut-être, pouvait-il envisager d'entrevoir ce qui pouvait bien se passer dans la tête de son père. Peut-être. Elle lui renvoya un sourire timide accompagné d'un clin d'œil d'encouragement avant de changer de sujet en s'installant avec eux à table : « Et toi alors, Trunks ? Qu'est-ce que tu comptes faire quand tu auras sauvé ton époque ? Des projets ? Des ambitions ? Une petite copine ? »
La discussion reprit ainsi jusqu'à ce qu'on vienne sonner à la porte. Tout le monde, ou presque, était venu saluer le jeune guerrier avant son départ et lui souhaiter bonne chance.
Végéta, lui, avait disparu de la salle à manger.
Bulma en profita pour aller se changer.
Les au-revoir durèrent une heure, peut-être deux. Trunks commençait à désespérer de quitter cette époque sans pouvoir dire adieu à son père qui s'était avéré introuvable. Là où il s'en retournait, cet homme avait toujours été le grand absent de sa famille. Ici, le jeune garçon avait eu la chance inespérée de le rencontrer et même le temps d'apprendre à un peu le connaître. Végéta était loin d'être le père héroïque et bienveillant dont il avait rêvé toute son enfance, il en était même le parfait contraire, cruauté et égoïsme affichés. Mais avec le temps, Trunks avait fini par penser qu'il y avait tout de même quelque chose chez lui, qui poussait à l'admiration, qui retenait l'attention, quelque chose au delà de l'apparence. Il ne voulait pas partir sans lui dire au revoir.
Malheureusement, Végéta n'accordait sans doute aucune importance aux adieux, même s'il s'agissait de saluer son propre fils.
Pourtant, la réaction qu'avait eu son père la veille, ou du moins ce qu'on lui en avait décrit (et que les autres guerriers lui confirmèrent), cette réaction ne s'approchait en rien de l'image que Végéta renvoyait de lui-même. Il avait brisé son masque devant tout le monde. Il avait fallu que son fils meure pour cela.
Avait-il honte à présent ?
Lui en voulait-il ?
Au point de refuser de prendre la peine d'être présent pour lui dire au revoir ?
Les pensées tristes du jeune garçon stoppèrent net lorsqu'une légère brise vint caresser ses cheveux fraîchement coupés. L'air transportait avec lui une discrète odeur ferrugineuse avec des teintes de basalte. Il leva la tête.
Son père était là, adossé contre un arbre à distance du groupe, ki masqué.
Il lui renvoya un regard appuyé de mise en garde et tapota deux fois sur son nez. Traduction : Trunks n'avait pas été assez attentif et il était sans doute là depuis plus longtemps, peut-être même avait-il été conduit à se déplacer pour se mettre sous le vent et faire enfin remarquer sa présence.
Puis le guerrier haussa les épaules et détourna le regard. Pas de sourire moqueur pour aujourd'hui, nota Trunks avec une pointe d'inquiétude, juste cette mine sévère et distante.
Mais le plus important pour lui était que son père soit venu.
Ce n'est qu'alors qu'il trouva la force de déclarer qu'il était temps pour lui de partir.
Il serra la main de ses amis, embrassa ses grands-parents et sa mère. Il lisait dans ses yeux et comprenait dans ses encouragements qu'elle était fière de lui, et cela l'emplit de détermination. Puis il se retourna vers là où se trouvait son père. Impossible de lire dans ses yeux impénétrables ni d'espérer un encouragement verbal, mais le geste qu'il lui adressa alors, il le connaissait.
Pour une raison inconnue, sa mère avait tenu à lui apprendre ces signes saiyans quand il était enfant. Ceux qui voulaient à la fois dire bonjour, au revoir et merci.
Et cela l'emplit de détermination.
Il renvoya sans hésiter le geste à son père avant d'embarquer dans sa machine à remonter le temps, enfin prêt à retourner seul affronter ses vieux démons et forger son avenir.
Il entra les coordonnées temporelles et activa le lancement. Le sourire déterminé qu'il avait alors aux lèvres était un parfait mélange de ceux de ses deux parents.
Ce fut avec un léger pincement au cœur que Bulma vit son bébé du futur disparaître dans le néant. Elle ressentit un besoin urgent de serrer ce dernier, du présent, dans ses bras.
Une brise passagère vint accentuer la sensation de vide et d'absence qui venait de se créer, emplissant le silence. Puis...
« Olalalala ! C'est tout de même terrible tous ces gens qui s'en viennent et qui s'en vont comme ça ! S'exclama madame Briefs. Il va beaucoup me manquer ce joli jeune homme ! J'ai hâte qu'il revienne ! Je suis vraiment dépitée ! Il faut que j'aille cuisiner ! Je n'ai plus beaucoup de gâteaux en stock ! Qui veut du cake au gingembre ? »
ooooo
« Et toi, Gohan, qu'est-ce que tu vas faire maintenant ? » Demanda poliment Bulma en suivant les gourmands qui s'étaient précipités vers la salle à manger.
« Rattraper mon retard scolaire. » Lui répondit avec un sourire timide le petit garçon qui venait de sauver le monde la veille. « Je voudrais devenir chercheur plus tard.
-C'est une belle ambition. Reconnut Bulma.
-Oui ! Intervint fièrement Chichi qui marchait derrière eux. Mon petit Gohan a toutes ses chances de devenir un grand quelqu'un ! Il va avoir tout le temps nécessaire pour étudier maintenant ! »
Cette dernière phrase laissa planer un silence dans la conversation à peine entamée. Puis Bulma risqua sur un ton bienveillant : « Est-ce que ça va aller ? Pour vous ? Je veux dire... sans...
-Sans Goku ? Termina doucement Chichi. Merci pour ta sollicitude Bulma, mais Gohan et moi avons l'habitude. Ce n'est qu'une longue absence de plus... une... très longue... absence... Mais on a vu pire. Hein Gohan ?
-Euh... »
Il fallait en effet un œil aguerri pour distinguer les traces sombres et violacées tout autour des yeux de Chichi, vestiges peut-être d'une nuit entière passée à pleurer. À présent elle avait la tête haute, le ton franc, et même une esquisse de sourire aux lèvres.
« Tu te souviens, tu avais quatre ans ce jour maudit où je vous ai laissés partir seuls, toi et ton père, pour un pique-nique avec ses amis à Kame House. J'ai passé un an toute seule à me morfondre, impuissante, en sachant que mon petit bébé était aux griffes d'un monstre qui le tabassait certainement tous les jours tandis que mon mari était mort. Et je ne pouvais rien faire. Quand je vous ai eu enfin retrouvés il a fallu prendre soin de vous à l'hôpital en sachant que toi, mon fils adoré, tu comptais repartir à l'aventure dans l'espace en espérant faire ressusciter toute cette bande de brutes. Et je ne parle même pas des propos que tenait Goku. » Chichi s'interrompit un moment pour essuyer ses joues comme si elle craignait d'y voir apparaître des larmes. Mais elle n'en avait plus à verser. Elle reprit en lançant un regard déterminé à Bulma : « Aujourd'hui, mon Goku est peut-être parti, mais il a tenu sa promesse jusqu'au bout. Gohan va pouvoir se consacrer pleinement à ses études et réussir dans la vie, et moi je peux veiller sur lui.
-Je comprends. Acquiesça Bulma. Si à un moment vous avez besoin de quoi que ce soit, surtout n'hésitez pas.
-Je te remercie Bulma, répondit Chichi après un sourire, mais ça va aller. Gohan est un fils adorable. Sans Goku ce sera différent, bien sûr, il nous manquera... sa bonne humeur, sa bienveillance, s... enfin bref. Mais au final tu sais, il a toujours été un peu... tu sais... distant... insaisissable... Bien sûr il nous manque déjà, mais quand on y pense, son absence ne modifiera pas beaucoup notre quotidien... je veux dire, maintenant que Gohan n'aura plus besoin de s'entraîner... Nous avons la force de surmonter ça, on a vu pire. »
Bulma, jusqu'à ce jour, avait toujours perçu Chichi comme une gamine naïve qui était devenue la femme de l'homme le plus fort de la Terre par un curieux concours de circonstances et un peu d'insistance. Aujourd'hui, elle voyait en face d'elle une femme courageuse qui affrontait les défis de sa vie avec la tête haute. Elle se sentit soudain proche d'elle : « Oui, je vois bien ce que tu veux dire Chichi. Si à un moment tu as besoin de soutien, sache que...
-Bulma. L'interrompit tristement Chichi. Encore une fois merci, mais avec tout le respect que je te porte, je ne pense pas que tu puisses comprendre, même si tu essaies. Tu n'es pas mariée, encore moins veuve d'un guerrier.
-Euh, maman ? Intervint poliment le petit Gohan qui était resté sagement à leur côté malgré son malaise grandissant. Est-ce que je peux aller moi aussi prendre une part de gâteau s'il te plaît ?
-Oh... oui bien sûr mon chéri.
-Merci !
Bulma attendit un moment que l'enfant se soit éloigné tandis que toutes deux s'étaient spontanément arrêtées à l'entrée du jardin intérieur. Puis elle fixa Chichi d'un regard ferme avant de répondre sur un ton de confidence : « Au contraire, je suis peut-être une des personnes les mieux placées pour te comprendre Chichi. Cherche un peu, tu en connais beaucoup d'autres, toi, des femmes qui ont vécu avec un saiyan ? »
Après quelques secondes d'effarement, Chichi lui répondit sur un ton d'avertissement : « Ne me dis pas que tu compares mon Goku avec ce monstre de Végéta ? »
Bulma soupira, mi-agacée mi-résignée. Puis elle revint à la charge : « Je ne te parle pas de comparer les bons et mauvais caractères. Mais tu sais quoi ? Moi aussi j'ai nourri et logé pendant des années un saiyan complètement insaisissable à qui j'ai donné mon affection malgré moi, et qui me laisse à me débrouiller toute seule avec l'enfant qu'il m'a donné. Comme toi, même si les raisons sont différentes. Moi aussi je sais ce que c'est la vie aux côtés d'un homme qui ne vit que pour se battre et ne s'intéresse à rien d'autre. Alors excuse-moi de ne pas être mariée, chacun choisit sa vie comme il l'entend et tout le monde n'a pas la chance de pouvoir choisir un partenaire aussi facilement que tu l'as fait, mais j'ai quand même l'impression que je peux tout à fait comprendre ce que tu vis. En tous cas je suis bien placée pour essayer.
Comme Chichi restait silencieuse, Bulma soupira et reprit : « Écoute, ne le prends pas mal Chichi. Je voulais simplement t'exprimer ma sympathie. Toi et Gohan vous êtes sûrement ceux du groupe qui avez le plus perdu dans cette bataille. Alors tu sais... on n'est pas obligés de retourner tous chacun dans notre coin comme à chaque fois et ne plus se voir ni s'envoyer de nouvelles pendant des années, et peut-être ne plus jamais se revoir. On pourrait rester en contact si ça vous dit. Je sais que tu es forte, que tu n'as besoin de personne et que tu vas de l'avant, mais ça n'empêche pas qu'on pourrait se serrer les coudes toutes les deux par moments, enfin si ça te dit... »
Chichi ne répondait toujours pas, se contentant de pincer les lèvres et froncer les sourcils. Bulma était même incapable de déterminer si elle l'avait vexée ou non.
« Mamaaaaa ! S'écria une petite voix en provenance du sol. Mama mazééé na mami nabaa ! »
Les deux femmes tournèrent en même temps la tête pour voir débouler vers elles une toute petite forme avançant à quatre pattes en braquant vers elles deux grands yeux bleus pleins d'amour.
« Oui Trunks ? Répondit Bulma avec un grand sourire attendri. Qu'est ce que mamie t'a donné à manger ?
-Mazé mami bwwww dawa. Mama ! » Expliqua le petit être en s'asseyant aux pieds de sa mère et tendant haut les bras vers elle d'un air inquisiteur.
« Qu'est ce qu'on dit ? Demanda la maman d'un air sérieux en se penchant vers son enfant.
-Plèplè. » Répondit docilement l'enfant qui se mit ensuite à babiller joyeusement lorsque sa mère consentit à le prendre dans ses bras.
Bulma et Chichi échangèrent un sourire attendri. Puis Bulma proposa : « Tu prendras bien une part de gâteau avant de repartir ? »
Chichi hésita, jeta un œil en direction de son propre enfant qu'elle trouva installé avec les autres, tentant d'avaler une part de gâteau plus grosse que lui, puis elle sourit en retour avant de répondre : « Avec plaisir. »
ooooo
Bulma ne laissa pas partir Son Gohan sans lui avoir fait promettre de venir la voir à chaque fois qu'il aurait besoin d'un coup de main quelconque, assurant à Chichi qu'elle était disponible si un jour il avait besoin d'aide pour comprendre un concept scientifique complexe ou si l'un d'eux avaient besoin d'une invention farfelue inexistante à ce jour.
Ils promirent. L'enfant avec un sourire chaleureux, sa mère sur la réserve.
Tout le monde était parti.
Cette soirée aurait pu être une soirée tranquille, l'esquisse d'un futur quotidien enfin calme.
Au loin, on entendait des cris, des rires et des chants partout dans la ville. Le monde était sauvé.
Pour le commun des mortels, cela avait été une semaine de terreur, à l'aube de l'Apocalypse. L'ordre mettrait du temps à être totalement rétabli. De nombreux dégâts avaient été causés ça et là par des gens sous l'emprise de la panique ou de la révolte. Mais pour le moment, l'heure était à la fête. La Terre était sauvée, elle avait un sauveur à vénérer, et tous ceux qu'on avait cru morts étaient miraculeusement revenus à la vie.
Pour le commun des mortels cela avait été une semaine intense.
Mais pour le groupe des Z (Bulma s'incluait dans le lot), cela avait représenté entre trois et cinq ans de préparation intensive. Et on ne tourne pas si facilement la page de plusieurs années de vie en une seule soirée.
Malgré les rires et les chants, cette soirée était bien trop calme, elle le fut encore plus lorsque le petit Trunks fut endormi à poings fermés dans son berceau. Et c'est en veillant sur son bébé que Bulma réalisa à quel point ces quelques années avaient bouleversé sa vie.
Elle était fatiguée, épuisée même, par ces dernières semaines de nuits blanches de travail acharné. Mais elle n'avait pas sommeil, elle se sentait même pleinement éveillée tandis qu'elle quittait la chambre de son enfant sur la pointe des pieds. Sauf qu'il n'y avait plus rien à faire. Plus de monde à sauver, plus de tragédie à éviter. La suite restait à inventer.
Se sentir maître de son destin. C'était déboussolant.
Que voulait-elle faire à présent ? Elle avait bien quelques idées en réserve !
... Il y avait une autre personne en cet instant, qui devait être encore plus déboussolée qu'elle. Une personne qui avait fortement influé sur le bouleversement de sa vie depuis quatre ans, en mal comme en bien. Une personne qui avait réellement pesé dans l'équation. Une inconnue dans la formule de cet avenir qu'elle espérait construire.
Elle avait réellement cru jusqu'à la dernière minute que Végéta n'était pas venu saluer son fils à son départ. Jusqu'au moment où elle avait vu le jeune homme se retourner devant la porte de sa machine à remonter le temps, adressant un sourire et un signe de la main en direction de la zone boisée du jardin. Elle reconnaissait ce signe qui indiquait la fierté envers un compagnon d'armes. Trunks n'avait pas pu l'inventer. Son cœur s'était serré.
Prenant une grande inspiration, Bulma décida d'aller voir comment se portait l'homme au centre de toutes ses interrogations.
Mais elle ne le trouva ni dans sa chambre, ni dans la salle de gravité, les données des robots ménagers indiquaient qu'il n'avait à nouveau pas mangé ce soir. Ce ne fut qu'en se résignant à chausser son détecteur à ki qu'elle parvint à le localiser. À l'étage.
Au dessus du dernier étage.
Sur le toit de la maison.
« Salut ! Qu'est-ce que tu fais là ? » L'interpela-t-elle avec surprise en émergeant par la trappe de maintenance qui permettait d'accéder au toit en forme de dôme, et dont elle n'aurait jamais pensé se servir un jour.
Végéta était assis par terre, appuyé vers l'arrière sur ses mains, il regardait vers le ciel.
La nuit était claire mais fraîche.
Une seconde. Rien.
Deux secondes.
Trois secondes. Bulma s'apprêtait à reposer sa question quand il consentit enfin tourner la tête vers elle.
Son air était grave. Ses yeux étaient vides.
« Rien. Répondit-il d'une voix lente. Je n'ai rien à faire.
-Ça doit te faire un drôle d'effet. Admit Bulma en prenant prudemment pied sur le toit.
-Bah ! » Éluda-t-il avec lassitude en reportant son attention vers le ciel.
Silencieusement, Bulma vint s'asseoir à côté de lui et entoura ses genoux avec ses bras pour se tenir chaud.
Une seconde.
Deux secondes.
Trois secondes.
« Moi aussi ça me fait bizarre de penser que c'est fini. De me dire que l'avenir reste à écrire. » Reprit Bulma en regardant vers lui. Elle eut la surprise de trouver ses yeux noirs déjà posés sur elle.
Il cilla.
« Qu'est ce qui te fait croire que c'est toi qui vas l'écrire ? »
Bulma fronça les sourcils, perplexe : « Qu'est-ce qui te fait penser que ça peut ne pas être toi ?
-J'ai cru ça toute ma vie. Répondit-il amèrement en jetant vers le ciel un regard de reproche. J'en ai marre. Je ne suis pas une marionnette.
-Évidemment. Acquiesça Bulma. Qu'est-ce qui te fait penser que quelqu'un a décidé à ta place ?
-Tsss ! Laisse tomber, tu ne peux pas comprendre !
-Essaie quand même ! L'encouragea-t-elle.
-Non. Soupira-t-il. Ça n'a plus d'importance. Je ne me battrai plus. Je m'étais promis que ça ne se reproduirait plus jamais et pourtant ça a recommencé, c'était même pire. Maintenant je n'ai plus de but à poursuivre, plus d'ennemi à écraser, plus de supériorité à prouver, rien. Tout ça, ça n'a servi à rien.
-Ah. Mais du coup qu'est-ce que tu penses faire maintenant ? Insinua Bulma en espérant dévier de la conversation qu'ils avaient déjà eue la veille.
-Rien.
-Mhm... Tu ne risques pas un peu de t'ennuyer ?
-Je m'en fous.
-Ah. »
Il n'ajouta rien. Les étoiles semblaient plus intéressantes à ses yeux que de parler avec la femme qu'il avait prise dans ses bras avec tant de ferveur la veille et le matin-même.
Vide.
Elle leva les yeux à son tour et se rapprocha de lui en appuyant elle aussi ses mains derrière elle. Puis reprit : « Moi j'ai envie de reprendre mes inventions, de développer des projets pour aider à rendre ce monde un peu meilleur. Je veux voir notre fils grandir et s'épanouir dans un monde en paix. Qu'il puisse jouer, rire, se bagarrer, apprendre... Tu as une place à nos côtés dans cette vie-là si tu le veux. »
Elle tourna les yeux avec anxiété vers l'homme à côté d'elle. Il fixait toujours les étoiles.
Une seconde. Il pinça les lèvres.
Deux secondes. Il cilla.
Trois secondes. Il ne tourna même pas les yeux vers elle lorsqu'il marmonna avec une indifférence glaciale : « J'en sais rien. Je m'en fous. »
Le cœur de Bulma se serra.
Elle avait comme un désagréable goût de rouille dans la bouche assise à côté de cet homme apathique. Il était là, le sombre guerrier qui avait fait palpiter son cœur. Il était là mais sans y être, comme un fantôme, l'ombre de lui-même. Elle avait mal. Elle avait l'impression de l'avoir perdu.
Alors elle tenta la seule chose qu'elle savait faire qui le fasse réagir. Refoulant la grosse boule qui s'était formée dans sa gorge, elle leva la main pour effleurer la joue de Végéta.
Il lui saisit les doigts sans même lui accorder un regard et esquissa un mouvement pour les rejeter. Mais il s'interrompit lorsque Bulma sursauta, ayant réagi à son geste avec un temps de retard.
Première seconde. Il cilla violemment.
Deuxième seconde. Il fixa la main de Bulma prisonnière dans sa poigne.
Troisième seconde. Il risqua un regard vers elle pour immédiatement se reporter sur sa main qu'il lâcha doucement.
Puis il parla d'une voix distante « Dis-moi, c'était quoi ce truc que tu as fait hier ?
-Euh, de quoi tu parles ? Murmura-t-elle prudemment en remuant ses doigts engourdis.
-Hier, sur la falaise. Tu as fait cette attaque bizarre en mettant tes bras autour de moi.
-Mes... Hein ? Ce n'était pas une attaque. Se défendit la jeune femme abasourdie en cherchant vainement son regard. C'était just...
-Tu saurais le refaire ? La coupa-t-il sur un ton soudain inquisiteur, toujours sans la regarder en face.
-... » Bulma en eut le souffle coupé.
Une seconde. Elle cilla brusquement, tentant d'assimiler l'information.
Deux secondes. Végéta... [respire] Demandait... [respire] Un...
...Câlin... [respire]... En ayant l'air de penser que c'était une sorte d'attaque mentale...
Il allait vraiment mal.
À la troisième seconde, il braqua sur elle un regard accusateur qui d'ordinaire précédait une critique quant à son incompétence. Une petite voix dans la tête de Bulma se lamentait en constatant combien l'homme en face d'elle n'était pas vraiment Lui, mais elle n'hésita pas une seconde de plus tandis qu'elle lui renvoyait un sourire peiné et qu'elle avança le bras vers lui.
Il observa sans bouger alors qu'elle enroulait prudemment un bras autour de ses épaules et glissa l'autre autour de son torse, se tournant vers lui pour rapprocher leurs corps. Puis elle tenta de l'attirer à elle.
Autant essayer de faire bouger une statue.
« Laisse-toi faire. » L'encouragea-t-elle doucement en maintenant sa tentative.
Il sembla hésiter. Puis soupira de lassitude. Et la laissa le tirer par les épaules jusque contre sa poitrine, et attirer sa tête jusque dans le creux de son cou. Elle posa son nez dans ses cheveux à lui et expira doucement tout en le serrant contre elle de toutes ses forces.
Autant enserrer une statue.
Une seconde.
Deux secondes.
Ce ne fut qu'à la fin de la troisième seconde qu'il soupira enfin à son tour, plus profondément cette fois, bougeant doucement sa tête jusqu'à trouver sa place contre elle : nez et bouche contre sa peau.
Et ce fut tout.
Le vent frais soufflait, transportant avec lui les rires et les chants de la cité en fête. Les étoiles se taisaient. Ils étaient seuls au monde.
Pour la première fois depuis qu'ils s'étaient rencontrés, le temps ne leur était pas compté.
Puis la nature reprit peu à peu ses droits et Bulma se mit à grelotter, de fatigue et de froid. L'homme dans ses bras s'en aperçut et se dégagea lentement de leur étreinte pour la fixer : « Rentre ! » Ordonna-t-il.
Bulma esquissa un sourire résigné avant de tenter : « Tu viens avec moi ? »
Il hésita.
Dans ses yeux vides, elle pouvait le lire : ça lui était bien égal de rester seul ici ou ailleurs.
Alors elle insista en lui prenant la main : « S'il te plaît, viens ! »
Un haussement d'épaules fut tout ce qu'elle obtint avant qu'il ne se lève, fixant un point distant à l'horizon avec indifférence. Il la laissa se relever toute seule, puis la suivit sans un mot à travers la trappe d'accès au toit qu'elle referma derrière eux.
S'en suivirent trois secondes de malaise avant que Bulma ne reprenne la parole avec hésitation : « Est-ce qu ... » Elle ne put rien ajouter. L'homme qui l'accompagnait venait de la saisir par la taille et de plonger son visage dans son cou en un geste bien plus possessif que leur précédente étreinte.
Elle avait été sur le point de lui proposer de dormir avec elle. Ce ne fut pas nécessaire.
L'aube les trouva profondément endormis, profitant pour la première fois depuis une éternité d'un sommeil réparateur, enlacés nus dans le même lit.
ooooo
Jour 2 après la fin du monde évitée de justesse.
Bulma était descendue de la chambre de Végéta vers la sienne précipitamment ce matin-là pour enfiler le premier vêtement qui lui passa sous la main et se précipiter vers son bébé sans même prendre le temps de se recoiffer. Elle le trouva installé à jouer dans le salon avec sa grand-mère. Cette dernière la félicita d'être enfin parvenue à faire une grasse-matinée tandis que Bulma se morfondait de honte de n'avoir pas été là pour s'occuper elle-même de son enfant et d'avoir dû laisser sa propre mère le lever et lui donner à manger. Cependant, l'enfant en question ne semblait pas lui en vouloir le moins du monde, se précipitant vers elle à quatre pattes pour tendre les bras vers elle avec un sourire rayonnant : « Mamaaaaa ! Mama nè la plu bell ! Lè bwa mama... plèplè ! » Et tous les soucis de la mère attendrie disparurent instantanément.
Ils refirent surface un peu plus tard dans la journée.
La vie avait repris son cours. S'occuper de Trunks. Discuter de théories avec son père. Et donner le sein à Trunks. Cuisiner des gâteaux énormes avec sa mère. S'absenter trois secondes, entendre un grand bruit et paniquer, retrouver la table de la cuisine renversée par terre et Trunks se régalant de la pâte à gâteau dont il était couvert. Laver Trunks pendant que les robots ménagers lavaient la cuisine. Changer leurs habits trempés pendant que les robots ménagers passaient la serpillière dans la salle de bains. Manger avec sa famille. Bercer Trunks pour tenter de l'aider à s'endormir malgré son mal de ventre d'avoir mangé trop de pâte à gâteau. Et souffler enfin le temps d'une sieste. Reprendre le thé avec son père en discutant de théories folles. Changer la couche de Trunks, lui donner le sein et jouer avec lui. Le nourrir à nouveau. Prendre part au festin préparé par sa mère. Remettre Trunks au lit pour la nuit et l'embrasser sur le front. Et à nouveau soupirer en fermant la porte de la chambre de son enfant.
La vie était belle.
Mais quelque chose clochait.
Végéta ne s'était pas montré de la journée.
« Eh ben ! Tu étais vraiment sérieux en me disant que tu ne voulais rien faire ? » L'apostropha Bulma en entrant prudemment dans sa chambre dont la porte n'était pas fermée.
Végéta était allongé sur son lit, à peine recouvert par la couverture, du moins pas assez pour que la jeune femme ne remarque pas immédiatement qu'il n'avait même pas pris la peine de s'habiller aujourd'hui. Il tourna vers elle son regard vide et ne daigna lui offrir pour toute réponse qu'une expiration brusque marquant son dédain.
Elle réalisa avec effarement : « Ne me dis pas que tu es resté là toute la journée sans bouger quand même ? »
Un haussement d'épaules. Un regard qui se détourne. « Bah ! »
Bulma haussa les sourcils et étudia la situation avec un brin d'inquiétude. Puis elle porta les mains à ses hanches et déclara : « Bon. Eh bien il est temps de bouger ! Mets-donc quelque chose sur ton dos et viens manger ! On t'a préparé tout un festin et tu n'y as même pas touché !
-Ah. Fit-il avec indifférence.
-Mais si ! On a fait des gaufres, des sushis, du caméléon grillé, de la salade, des carottes, et du gâteau chocolat-piment. »
Ça y était, elle avait son attention. Végéta la fixait en fronçant les sourcils, pesant sans doute le pour et le contre à l'idée de s'extirper de son lit confortable.
Et son estomac poussa un grondement de détresse absolue.
Ce fut donc avec un grognement de résignation que le saiyan se décida à se lever et à suivre silencieusement Bulma jusqu'à la salle à manger après avoir trouvé un short dans son armoire. Elle tenta tant bien que mal de lui faire la conversation, de lui parler de Trunks et de ses projets à Capsule Corp, et de lui poser des questions. Il réagissait peu. Ses réponses étaient brèves et monocordes. Son ton était tantôt cynique tantôt indifférent. Il avait la tête ailleurs et elle ne parvenait pas à le faire revenir à l'instant présent.
Quand il eut fini de manger, il resta un long moment à contempler silencieusement les montagnes de plats vides étalés devant lui, comme on contemplerait un champ de bataille jonché de cadavres, avec cet air blasé qu'ont les soldats qui en ont vu bien d'autres.
Bulma s'était tue, attendant sa réaction.
Elle n'y croyait plus quand il se décida enfin à tourner la tête sur le côté pour la découvrir assise près de lui. C'était comme s'il remarquait enfin sa présence. Il cilla plusieurs fois en la fixant, et elle crut voir une faible lueur s'allumer dans ses yeux sombres, juste avant que ceux-ci ne descendent vers son décolleté, bientôt suivis par ses mains et sa bouche.
Il n'était plus le dangereux prédateur entre les griffes duquel elle avait tant frissonné. Il n'était plus l'amant possessif sous les mains musiciennes duquel elle avait gémi tant d'harmoniques. Il n'était même plus ce mâle farouche la scrutant avec méfiance et intérêt lorsque c'était elle qui imposait des variantes dans la partition. Plus rien de cela. En cet instant, il n'était plus qu'un homme ayant perdu toute volonté hormis celle de vivre. Leurs ébats s'en trouvèrent animés par une passion presque désespérée. Bulma, assise sur la table, le serra contre lui du plus fort qu'elle put, s'ouvrant corps et âme à lui comme si elle pouvait ainsi lui offrir un refuge. Puis le moment de folie et de passion s'acheva presque aussi brusquement qu'il avait commencé. Une, deux, trois secondes, le temps de reprendre leurs souffles erratiques. Puis Végéta se redressa. Son regard éteint semblait éviter celui de Bulma tandis qu'il grommela quelque chose d'inintelligible qui ressemblait tout à la fois à un merci, à un bonne nuit, à un pardon.
Rien de tout cela ne lui ressemblait, pas plus que l'homme qui quittait hâtivement la pièce en cet instant sans lui laisser le temps de le rattraper.
Bulma dormit mal cette nuit-là.
ooooo
Jour 3 après la fin du monde annulée.
Bulma se réveilla tôt, le crâne usé par mille questions qui y avaient tourné en boucle toute la nuit sans vraiment trouver d'analyse satisfaisante. Un bon café et un peu de travail sur d'autres énigmes plus faciles à résoudre lui feraient le plus grand bien. Juste le temps de donner le sein à Trunks avant.
Une nouvelle journée parfaitement normale s'annonçait.
Elle ne voulait pas de cela. Elle se présenta devant la porte de Végéta dès le milieu de la matinée, bien déterminée à le faire sortir de sa coquille.
C'est là qu'elle sentit qu'un changement avait eu lieu, avant même de frapper. Le goût de rouille qu'elle avait dans la bouche était si puissant qu'il lui donnait envie de cracher par terre pour s'en débarrasser.
Comme personne ne venait lui ouvrir, elle saisit la poignée et entra. Puis elle écarquilla les yeux.
La chambre de Végéta était sans dessus dessous. La veille encore, celle-ci était tellement rangée qu'elle paraissait sinistrement vide. À présent, une multitude d'objets jonchait le sol, les tiroirs des placards avaient été arrachés, des orifices de la largeur d'un poing parcouraient tous les murs et avaient éventré l'armoire. Et au milieu de ce champ de bataille, Végéta faisait les cents pas comme un lion en cage, vêtu du même short que la veille.
« À quoi ça sert, tout ça ? » L'apostropha-t-il rageusement sans s'étonner une seule seconde de voir la jeune femme débarquer dans son sanctuaire.
« Euh... Tout ça quoi ? Demanda celle-ci à la fois perplexe et inquiète.
-Tout ça ! S'exclama-t-il en écartant les bras comme si c'était une évidence. Pourquoi on se fait chier ? Qui est-ce qui se marre dans l'ombre à nous voir tous nous démener comme des tarés pour des objectifs impossibles ? On m'avait promis la gloire sans effort, et je ne pense pas être resté à me tourner les pouces. Pourquoi ça m'a été refusé, pourquoi ? Où elle est, l'erreur, bordel ? Pourquoi ce crétin sans honneur avait raison et moi pas ? Pourquoi il est mort sans me donner ma revanche ? À quoi ça a servi toute cette histoire à part à m'humilier ? C'est du grand n'importe quoi ! Ça n'a pas de sens ! Rien de tout ça n'a de sens, j'en ai marre ! » Il acheva sa tirade en plantant rageusement son poing dans un mur. Un bruit de pierre heurtant du carrelage indiqua à Bulma que le poing du guerrier était passé au travers de la paroi jusqu'à la salle de bain.
Une seconde. Elle attendit, surprise mais en même temps presque rassurée de le voir sorti de son état léthargique de la veille.
Deux secondes. Le silence. Enfin.
Trois secondes. Il soupira de frustration.
« Depuis que j'ai posé le pied sur cette putain de planète, plus rien n'a de sens. Tout ce qui était vrai est faux, les faibles sauvent les forts, les idiots sont des héros, l'attachement donne de la force au lieu de t'affaiblir, et puis... Pffff ! C'est complètement débile ! »
Bulma prit le temps de réfléchir et de choisir ses mots avant de demander avec appréhension : « Est-ce que... tu aurais préféré n'être jamais venu sur Terre ? »
La question fit mouche. Végéta cessa de gesticuler et la fixa intensément. Puis il fronça les sourcils.
Une seconde.
Deux secondes.
Trois secondes.
Il détourna le regard pour regarder vers le sol et retira son bras du mur d'où les poussières de plâtre s'écoulèrent en cascade sur le tapis déjà maculé de blanc.
Il ouvrit la bouche mais s'interrompit.
Puis il sembla choisir d'éluder la question : « À l'heure qu'il est, si je n'étais jamais venu sur Terre, je serais certainement mort de la main de Frieza. J'aurais forcément fini par tenter de l'affronter, ou pire encore, je serais resté un pantin toute ma vie... J'aurais cru jusqu'au bout à des choses... Toute ma vie j'ai couru après des chimères. » Il s'interrompit un temps, puis soudain serra devant lui son poing maculé de poussière de plâtre : « Sauf que ça ne m'a servi à rien d'apprendre tout ce que je sais maintenant, ni d'être devenu si fort, d'avoir atteint et surpassé la légende. À rien ! Je n'arrivais pas à la cheville de notre adversaire, je n'avais même pas réussi à rattraper le niveau de Karkarott, sans parler de son morveux, et je n'ai rien pu faire quand Trunks s'est fait... » Il s'interrompit brutalement.
Refusant de la regarder à nouveau dans les yeux, il envoya à Bulma un signe de la main : « Bon, dégage ! Laisse-moi tranquille ! »
C'était mal connaître Bulma qui fit exactement le contraire.
Elle s'avança sans peur sur ce champ de bataille dans cette pièce qui respirait la violence, jusqu'au dangereux responsable de tout ce saccage.
Mais un poing enfariné se dressa tel une menace silencieuse entre elle et le corps qu'elle voulait enserrer. « Arrête. Intervint-il. Je vais te faire mal.
-Bien sûr que non, j'ai confiance en toi. Rétorqua Bulma.
-Pas moi. J'ai dit dégage. Il te faut une traduction ? Sep'haknass ! Fuerrro té ! »
Bulma sentait l'agacement et la frustration monter en elle. Deux sentiments qui n'étaient pas de la meilleure aide dans cette discussion. « Bon, OK. Mais j'étais venue pour te dire qu'on allait bientôt manger. Tu devrais te joindre à nous. Vraiment. Et prendre une douche aussi. Tu pues. Donc si tu veux que je dégage, OK, mais je t'attends dans une demi-heure à table, c'est d'accord ? »
Pour toute réponse, Végéta leva vers elle un regard méfiant.
Profitant du contact visuel, Bulma répéta fermement, les mains sur les hanches : « On mange dans une demi-heure Végéta. Alors ne reste pas trop longtemps sous l'eau chaude et rejoins-nous, d'accord ? Tu ne pourras pas prendre un nouveau départ si tu ne commences pas par les bases. »
Et sans lui laisser le temps de répondre, la jeune mère hocha la tête d'un air entendu avant de tourner les talons et d'enjamber dignement tous les décombres jusqu'à disparaître dans le couloir.
Végéta resta là, perplexe, constatant qu'à défaut de comprendre cette humaine étrange, au moins le tumulte dans sa tête et sa colère s'étaient un peu calmés. Pour le moment.
Un nouveau départ ?
De l'eau chaude ?
