[note de l'auteure] Bonjour tout le monde ! Eh oui, j'ai encore traîné pour publier ce chapitre, d'ailleurs je l'ai rétréci car la suite risque de prendre également à elle seule la taille d'un autre chapitre. En plus, je risque de ne pas aller beaucoup plus vite pour la suite car non seulement j'ai (encore et toujours) de moins en moins de temps pour écrire, mais qu'en plus je vais vouloir rapidement reprendre certains chapitres précédents pour corriger quelques imprécisions ou in-justesses dans la descriptions d'événements que je ne connaissais pas et desquels je devrais plus facilement savoir parler maintenant. Rien de grave, au contraire ;-)
Un petit chapitre pour cette fois-ci donc !
[disclaimer] J'ai encore trouvé un extrait de chanson qui m'a inspirée. « Bring Me To Life » de Evanescence. Encore une fois, la traduction est approximative pour permettre de glisser des rimes.
Sur ce, je vous souhaite bonne lecture et à dans environ trois mois pour la suite !
Peluches et tournevis
Deux semaines.
Cela faisait deux semaines que la fin du monde n'avait pas eu lieu. Deux semaines que la vie avait repris un cours normal sur Terre. Cela faisait deux semaines que Végéta était revenu vivre à Capsule Corporation. Deux semaines que son état n'avait plus évolué.
Après la détresse, le dégoût, l'apathie et la colère s'était installée la résignation.
Le guerrier déchu passait ses journées à errer dans les jardins intérieur et extérieur, pensif, renfermé. Nul n'osait l'approcher. C'était comme si une aura sombre se dégageait de lui qui décourageait quiconque pourrait envisager de lui adresser la parole ou lui aboyer dessus. Même Kiki le tyrannosaure l'évitait soudain soigneusement. Tous le faisaient.
Tous ? Non.
Deux valeureuses créatures résistaient encore et toujours à la morosité que suscitait l'aura de cet homme fantomatique qui errait sans but dans la maison.
La première se nommait Bulma Briefs, la fière et brillante scientifique à l'esprit tactique inégalé (du moins comme elle se complaisait à le croire). Et Bulma Briefs ne reculait devant aucun obstacle ! Elle avait tenté de nombreux stratagèmes jusque là. Elle avait tenté de discuter avec lui plusieurs fois par jour. Elle avait fait cuisiner ses plats préférés. Elle l'avait forcé à se joindre à table avec elle, et même avec toute la famille. Elle lui avait confectionné et offert deux nouveaux droïdes de combat flambants neufs. Elle s'était énervée contre lui au point de lui hurler dessus et de tenter de le gifler, lui ordonnant de se secouer.
Sans succès.
Végéta n'appréciait plus échanger ni même débattre avec elle et le faisait savoir. Il se taisait à table et ne semblait plus vraiment prêter attention à ce qu'il mangeait. Les nouveaux droïdes de combat gisaient au sol devant la porte de la chambre de gravité sans jamais avoir été activés. Il ne se laissait cependant ni crier dessus ni gifler, heureusement. La main de Bulma était bleuie à force d'être saisie par le poignet, non qu'elle en eut quelque chose à faire d'ailleurs, car c'était un des seuls instants où il fixait sur elle son regard perçant... juste avant de disparaître. La plupart du temps il la plantait là, condamnée à s'égosiller toute seule contre les murs. Mais une fois, il était réapparu derrière elle et l'avait plaquée contre lui. Elle s'était tue. La suite en avait valu la peine.
Car il y avait toujours ces moments-là également, ces moments où elle sentait monter dans sa bouche cet insupportable goût de rouille, et où quelques instants plus tard elle voyait surgir Végéta dans la pièce où elle se trouvait. Où qu'elle soit, elle avait immédiatement pris le réflexe de se rendre disponible pour lui. Elle laissait son père seul en plein milieu d'une expérience, elle déposait Trunks à sa grand-mère, elle s'excusait des réunions, elle déverrouillait la porte de la salle de bains sans prendre le temps de s'enrouler dans une serviette... Car le guerrier venait à elle avec des urgences soudaines pour une chose qu'elle seule pouvait lui donner : du répit, de l'apaisement, du réconfort, un échappatoire... bref, du sexe. Bulma ne s'en plaignait pas. Ce n'était pas comme si c'était désagréable après tout ! Ce qui l'inquiétait, c'était Végéta lui-même. Ce regard qu'il avait lorsqu'il venait à elle était indescriptible. Ce regard de dément en perdition qui lui correspondait si mal, dissimulé avec peine derrière une expression qui se voulait indéchiffrable sans y parvenir. Le peu de fierté qui lui restait l'incitait à tenter de masquer tous ces sentiments avec lesquels il était si mal à l'aise et qui semblaient ne lui laisser aucun répit. Bulma sentait l'incertitude dans chacune de ses caresses et le serrait d'autant plus fort contre elle.
Mais au bout de deux semaines, la jeune femme avait toujours la même impression d'être en train de parachuter des vivres sur un radeau à la dérive dans la brume. Elle voulait lui jeter des rames. Elle voulait lui jeter une boussole. Elle allait devoir s'y résigner : même si cette perspective ne l'enchantait guère, elle aurait besoin d'aide.
C'est ici qu'un nouveau protagoniste allait entrer en scène, sans la moindre discrétion.
ooooo
Le jardin intérieur était calme, tout comme Végéta. Du moins en apparence, tout comme lui d'ailleurs. Les multiples odeurs qui parvenaient à ses narines lui indiquaient combien cette immense zone végétalisée grouillait de vie. Les insectes, les oiseaux, les félins, les canins, les sauriens. Tout était si bouillonnant d'activité à chaque fois qu'il approchait ces lieux. Et pourtant, dès son arrivée, tout semblait ralentir, se figer presque. Il en était la cause. Mais peu lui importait, il voulait du calme et en trouvait ici. Il trouvait de quoi occuper ses sens et distraire ses pensées. Pas les arrêter, juste les distraire, les ralentir, de quoi les maintenir sous contrôle. Il lui arrivait encore trop souvent de sombrer à nouveau dans des réflexions qui n'avaient plus lieu d'être. Des pourquoi. Des comment. Il ne savait plus vraiment qui il était, ni distinguer le vrai parmi les illusions et des mensonges auxquels il avait cru, tout s'était mélangé. Mais il était lasse de se poser ces questions inutiles qui ne le menaient nulle part. Il voulait du calme.
Il se déplaçait lentement dans le jardin, les yeux plus souvent fermés qu'ouverts.
Un bruit au milieu des feuilles mortes en face. Quelque chose qui rampait derrière lui en un crissement discontinu sur l'allée pavée. Le parfum du parterre de fleurs sur sa droite. Quelques graviers sous ses pieds nus. La chaleur du soleil réfléchie depuis l'extérieur par un ingénieux système de miroirs jusque sur les feuilles des plantes et sur sa peau. Le doux écoulement de la rivière artificielle. Le goût de l'humidité dans l'air. Le piaillement d'un oiseau. Un chat effrayé qui se faufile près de sa jambe.
Encore ce bruit d'un objet qu'on traîne au sol.
De discrètes effluves d'épices et d'océan lui parvenaient depuis la porte qui menait aux pièces de vie à l'étage, mais elles ne se répandaient pas, signe que la propriétaire de ce parfum n'était pas entrée dans le jardin intérieur, elle avait juste passé son chemin... c'était étrange mais bienvenu. Bulma était sa bouffée d'oxygène lorsqu'il perdait pied, mais le reste du temps, il n'appréciait pas vraiment cette façon qu'elle avait de le solliciter en permanence. Comme si elle pensait lui apprendre à nager en lui enfonçant la tête sous l'eau, le noyant de questions qui en déclenchaient une cascade d'autres dans sa tête. Il n'avait pas les réponses, il n'en voulait pas. Il voulait du calme. Il avait besoin de ce calme pour éviter de perdre pied.
Le bruit de feuilles mortes froissées et d'objet traîné à terre cessa. Cela s'était tant rapproché de Végéta que l'objet ou l'animal devait se trouver à peine à trois mètres de lui. Une étrange odeur à la fois familière et inconnue parvint à ses narines. Ambre et crème hydratante... Intrigué, le saiyan ouvrit les yeux et se retourna.
En face de lui, une paire de grands yeux bleus écarquillés.
Végéta haussa un sourcil et croisa les bras, toisant de haut ce regard émerveillé braqué sur lui.
Une seconde.
Deux secondes.
Trois secondes.
Le petit être ne bougeait pas. Mal à l'aise, Végéta regarda autour de lui, sachant pourtant pertinemment que Bulma n'était pas à proximité. « Mais qu'est-ce que tu fais là toi ? Ta mère te laisse tout seul ici sans surveillance maintenant ? »
Comme ébahi qu'on lui adresse la parole, Trunks ouvrit la bouche et inspira bruyamment en un petit « Oooh ! » d'émerveillement. Il oublia de refermer la bouche et resta assis par terre, fixant son père yeux et bouche grand ouverts.
Qu'est-ce que c'était que ça ? S'interrogea Végéta en pondérant quoi faire. Ce gamin faisait généralement la même mimique à chaque fois qu'ils se trouvaient tous deux dans la même pièce. Il était même capable d'oublier de manger et de le fixer à l'autre bout de la salle à manger avec la bouche dégoulinante de compote. Gâchis ! Et ça prétendait avoir du sang saiyan ! De surcroît, quand elle voyait son fils agir ainsi, Bulma réagissait toujours calmement : « Oui Trunks, tu vois, c'est papa. » ou « Ah tiens ! Ton papa nous fait l'honneur de sa présence ! ». Quoi qu'elle dise, ça avait le don de l'énerver et il ne restait d'ordinaire pas longtemps à proximité.
Mais là, pas de Bulma pour sortir le mioche de sa transe. Il était toujours planté là par terre avec sa mine de poisson grillé.
Décrétant que l'enfant ne risquait probablement pas grand chose à rester seul ici puisque sa mère l'y avait laissé (ou perdu), Végéta décida d'aller trouver le calme dont il avait tant besoin à l'autre bout du jardin. Il tourna les talons.
Aussitôt après retentit derrière lui un cri déchirant qui lui fit faire volte-face, croyant que l'enfant venait de se blesser.
Mais celui-ci n'avait toujours pas bougé, hormis la mine déconfite qui avait d'un coup remplacé sa précédente expression.
« Quoi ? » S'agaça Végéta.
Rien.
Végéta soupira et lança au petit être un regard appuyé « Bon. Va jouer ailleurs et fiche-moi la paix. »
L'expression de Trunks se métamorphosa à nouveau. Un grand sourire jusqu'aux oreilles se dessina en dessous de ses yeux pétillants de joie « Aaaaaaa... A zoué ? »
Le guerrier hésita, tentant de saisir le sens de ce mot. « Oui, c'est ça, va jouer. Ailleurs.
-Zouééé ! Répéta l'enfant avec enthousiasme en levant au ciel ses petites mains et l'infâme loque nauséabonde qu'il tenait dans son poing.
-Ailleurs. Précisa Végéta, sévère.
-Papa zoué vè Tunks ? »
Ce fut au tour de Végéta de changer brutalement d'expression et d'écarquiller les yeux. Ses bras se décroisèrent sous le coup de la surprise : « Quoi ? Mais non ! Pas moi ! Retourne plutôt voir les humains ! Ils n'attendent que ça ces idiots ! »
Trunks cilla brutalement, n'ayant visiblement pas compris ce que lui disait son nouveau compagnon de jeu. Végéta soupira et lui indiqua la direction de la porte vers l'escalier intérieur : « Va jouer avec ta maman. »
Le petit être regarda la main de son père, l'air déconcerté : « Nè Mama ? Mééééoooooo... Na mama naba ? Mébwwwwkaaaaa nwwwbl... Mama zoué ! Vè Papa ? »
Cette fois, Végéta s'empourpra mais n'eut pas le temps de formuler une réponse avant que le petit être ne semble traversé par une idée tellement géniale qu'il en battit les bras (et l'infâme loque nauséabonde) à ses côtés : « Tunks zoué Mama Papaaaaaaaaa ! »
Levant les yeux au ciel, le père décida que cette comédie avait assez duré. Sans un mot, il tourna les talons et faussa compagnie au bébé avant que celui-ci ne débite d'autres idioties inintelligibles.
« Néééé... Né Papa ! » Appela une petite voix inquiète derrière lui. Pour une raison inconnue, cela dérangeait très fortement Végéta de s'entendre interpellé ainsi. C'était une sensation très bizarre. Ça sonnait faux mais ça sonnait fort. Ses pieds s'étaient arrêtés d'eux-mêmes.
« Nééé... Né Mama naba pé aaaaaaa Mama zoué ! »
Végéta ferma les yeux en soupirant. Il connaissait les dialectes de près d'une quinzaine de langues alien dans l'univers et il était certain de son interprétation : ceci ne voulait rien dire. Il reprit sa marche sans accorder même un regard à la petite créature.
« Naba Papa zoué nabanabaaaAaaaaaAaaaa ! » Protesta la petite voix vibrante de frustration.
Les intonations aiguës firent naître l'ombre d'un rictus amusé sur les lèvres du guerrier qui s'arrêta à nouveau. Là, de dos, il attendit la prochaine réaction de son curieux camarade.
Une seconde.
Deux secondes.
Trois sec... ssssssssssssssssssSSSSSSSSSSS
Les réflexes de survie prirent immédiatement le dessus. Végéta leva la main devant son visage et se retourna pour intercepter un projectile qu'il entendait lancé vers sa nuque. Un objet mou et visqueux. L'infâme loque nauséabonde. Il fronça les sourcils, se remémorant cette première rencontre avec son fils comme si c'était la veille. Pour lui, ça faisait plus de deux ans, pour l'enfant juste quelques semaines, mais s'en souvenait-il ? Peu probable. « Tu fais ça à tout le monde où bien ça va devenir une habitude entre nous ? »
Le bébé s'était mis à rire en applaudissant aussi fort que le permettaient ses petites mains malhabiles. « Waaaaaaaaaaaaa ! Na papa da bwwwwaaaaaaaa puuuu ! Acor ! Acor ! »
Ce dernier mot désignait une sorte de fromage en langue Cold, et Végéta était à peu près certain que ce n'était pas ce que tentait de lui dire ce petit être. Méfiant, il l'observa se pencher vers l'avant, et avancer à quatre pattes vers le bord du chemin où ils se trouvaient. Là le petit trouble-fête regarda attentivement par dessus la bordure et tendit la main.
Végéta fronça les sourcils mais ne put s'empêcher de ciller d'effarement en voyant le demi-saiyan se saisir d'une branche aussi longue que son bras. Puis leurs regards se rencontrèrent. L'un ravi, l'autre abasourdi.
« N'y pense même pas...
-Gwwwwwaaaaaaana ! » Lui répondit joyeusement l'enfant en lui lançant l'objet avec une précision étonnante pour un être qui ne savait ni marcher ni frapper droit dans ses mains.
Après avoir intercepté la branche qui aurait pu arriver dans son nez, Végéta dut en intercepter une seconde qui lui arrivait droit vers le torse. Les brindilles ne parvinrent pas jusqu'à lui, mais lorsque son petit assaillant s'en rendit compte, il orienta son choix vers des projectiles bien plus nombreux et aérodynamiques. Le guerrier saiyan se retrouva donc à devoir intercepter au vol la totalité des cailloux qui parsemaient le chemin. L'enfant riait, saluant la performance de son compagnon de jeu.
« Dis, t'as pas bientôt fini ? » Rouspéta Végéta en attrapant au vol une à une toutes les pierres qui allaient s'empiler à ses pieds.
L'enfant riait. À chaque projectile intercepté il poussait un petit cri d'excitation, subjugué par la vue de son père qui les attrapait au vol avec une vitesse telle qu'il ne voyait même pas ses mains bouger.
Ses éclats de rire furent interrompus net lorsqu'il reçut son doudou en pleine figure.
Végéta croisa les bras et observa le petit homme lever les bras pour retirer l'objet de sa tête. « Eh bien ! Tu as baissé ta garde ! Tu lances mais tu ne sais pas attraper ? Ça manque d'entraînement tout ça ! »
Première seconde. Trunks fixa son père, les yeux pleins de surprise.
Deuxième seconde. Il regarda le précieux tissu dans sa main.
Troisième seconde. Il sembla juger important de faire les présentations : « N'est Doudou ! » Indiqua-t-il à son compagnon de jeu en lui tendant son compagnon de sommeil.
Perplexe, Végéta croisa les bras et haussa un sourcil.
« N'est Doudou ! » Insista Trunks, toujours bras tendu.
Végéta cilla.
« Cooo mèèè bonzou Doudou !
-Hein ?
-Bonzoooou ! Doudou na di bonzou Papa ! »
Le mot bonzou désignait une sorte de chaussette en langue saiyan, et Végéta était à peu près certain que ce mot n'avait aucun rapport avec le dialecte employé par son fils, hormis la similitude avec l'odeur nauséabonde de l'infâme loque dont il semblait être question.
« Doudou fè wooooooooou ! S'exclama soudain le petit Trunks devant le mutisme de son père. N'acor doudou wooooou ?
-Tu as conscience que je ne comprends rien de ce que tu dis ?
-N'est Doudou ! Insista l'enfant en fixant son père avec insistance. Cor doudou meuça ! WOOOOOOU !
-Eh ! S'exclama Végéta en interceptant à nouveau l'infâme loque lancée vers lui. Mais t'as pas bientôt fini oui ?
-Woooooou ! Doudou fè wooooou ! Célébra l'enfant en frappant dans ses mains.
-Non. Répondit platement Végéta en renvoyant le projectile.
-Oh ! Fit Trunks en se retrouvant à nouveau aveuglé par l'objet reçu en pleine figure. Doudou fè wooo... »
Végéta soupira, se demandant pourquoi il restait là à regarder le petit trouble-fête se mettre à converser avec la loque nauséabonde dans son dialecte d'onomatopées que lui seul comprenait.
« Cor wooou doudou ? Nèèè... Meeeeeeeu kasaaaaaa !
-Eh ! » S'exclama Végéta en interceptant à nouveau la loque lancée vers lui. Il fronça les sourcils, puis sans rien répliquer le renvoya brusquement vers l'envoyeur.
... avant d'écarquiller les yeux.
Par erreur ou par hasard, l'enfant avait monté ses bras devant son visage juste au bon moment.
« Woooou wooooou ! Chantait Trunks en levant triomphalement l'objet dans ses mains. Doudou fè woooou ! » Là il se mit à rire en serrant fort la loque contre lui et la berçant de droite à gauche. Puis il se mit à bâiller et ses yeux commencèrent à se fermer tandis qu'il concluait d'une voix bienheureuse : « Doudou... »
…
« Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? » Grommela Végéta en regardant son fils se rouler en boule et s'endormir à même le pavé du chemin (lequel avait heureusement préalablement été débarrassé de tous les cailloux qui s'y trouvaient), blotti contre son infâme loque nauséabonde et soupirant de satisfaction.
Il resta longtemps planté là à regarder l'enfant dormir à ses pieds, sans pouvoir se décider à le laisser là ni à le réveiller.
ooooo
« Mais enfin ! Qu'est-ce qui t'arrive, Bulma ? Ce n'est pas ton genre d'être distraite à ce point ! »
Ramassant pour la énième fois une vis qui lui avait glissé des mains, l'interpellée soupira avant de se relever. « Désolée papa. Je n'arrive pas à me concentrer avec Trunks qui n'est pas là...
-Voyons ma chérie ! Vu la vitesse à laquelle il se déplace tu sais bien que c'est difficile de le garder au laboratoire. Et tu sais que ta mère s'en occupe très bien...
-Justement... Ce n'est pas à maman que je l'ai confié tout à l'heure...
-Ah ? Mais alors qui s'en occupe ?
-Végéta. »
Monsieur Briefs lâcha son propre tournevis et resta à fixer sa fille avec des yeux grands comme des soucoupes à tasse avant de répondre d'une voix malassurée : « Végéta ? Végéta est en train de garder notre petit Trunks ?
-Oui. Soupira Bulma. Enfin j'espère... Faut dire que je lui ai un peu forcé la main...
-Mais... Pourquoi ?
-Pffffff ! Soupira à nouveau la jeune mère en se mettant à faire les cent pas. Parce que... Trunks était intenable toute la matinée... Je sais que maman ne dit rien mais je sais qu'il peut vraiment lui faire mal quand il lui lance des objets... Et puis ça faisait un moment je voulais laisser sa chance à Végéta de nouer un début de relation père-fils...
-Ah. Bon. Se résigna le père. Mais tu lui as quand même donné les instructions de base pour s'occuper d'un enfant en bas âge ? Je veux dire... Même s'il est à moitié saiyan, tu as conscience que Trunks a tout juste un an et qu'il est fragile ? »
Bulma pinça les lèvres avant de répondre d'une voix faible : « Je veux faire confiance à Végéta.
-Bien sûr ma chérie. Admit le père d'un ton compréhensif. Mais faire confiance à quelqu'un ne veut pas non plus dire le laisser dans le pétrin. Tu as le droit d'aller vérifier au moins que tout va bien...
-Mais je... Il saura tout de suite...
-Bulma. À toi aussi il faut que Végéta puisse te faire confiance.
-Mais si je retourne... Il va...
-Ma chérie, tu ne me sers à rien distraite comme tu es.
-Pfffff. Soupira Bulma avec résignation. Tu as raison. » N'y tenant plus, elle quitta le laboratoire sans prendre la peine de poser son tournevis, en lançant au moment de fermer la porte : « Merci Papa. »
Le vieux scientifique regarda sa fille partir et soupira « Ah ! Les enfants... » Sur ces entrefaites, Bulma rouvrit la porte et revint en courant déposer son tournevis sur l'établi avant de disparaître à nouveau. « Pauvre Végéta... » Conclut le père.
Bulma n'eut pas besoin de chausser son détecteur à ki pour trouver le saiyan dans le jardin intérieur. Il était assis en tailleur en plein milieu de l'allée juste à côté de l'entrée. À ses pieds gisait, à même le sol, un petit corps inanimé. Bulma sentit une sueur glacée s'échapper de tous les pores de sa peau à cette vue, elle se précipita vers eux.
« C'est pas trop tôt ! L'interrompit la voix de Végéta qui pourtant avait les yeux fermés.
-Qu'est-ce qui s'est passé ?! » S'exclama la jeune mère d'une voix paniquée.
Remarquant sans doute le ton inhabituel, Végéta ouvrit un œil pour la jauger avec sévérité : « Qu'est-ce qui s'est passé ? C'est plutôt à toi de me le dire ! Comment un truc aussi bruyant a bien pu faire pour t'échapper aussi longtemps ? Il a eu le temps de me trouver, de m'agresser, et même de s'endormir ! Qu'est-ce que tu foutais ? Tu l'as fait exprès ? »
Arrivant sur les lieux et s'agenouillant près de son enfant, la mère inquiète constata effectivement que le petit corps inerte respirait paisiblement en bavant sur son doudou. Elle soupira, reprenant ses esprits. Ce n'était évidemment pas la première fois que son bébé s'endormait n'importe où.
Puis elle releva les yeux pour rencontrer le regard du père de son enfant. Elle affirma avec fermeté : « Ce truc bruyant est ton fils, Végéta. Et... Euh... Je te remercie d'avoir veillé sur lui pendant qu'il dormait. »
Le père détourna brusquement le regard, maintenant ses sourcils froncés et la tête droite, ce qui ne suffisait pas pour faire oublier la légère teinte rosée prise par ses pommettes. Puis il répliqua : « On dirait que tu ne le nourris pas assez ! Il est tombé comme une mouche !
-C'est vrai que c'est bizarre, admit Bulma en le laissant détourner la conversation pour poser sa main sur le front de son bébé. Il ne fait pas ça très souvent, surtout qu'il a fini sa sieste i peine deux heures. Tu as vraiment dû l'épuiser...
-Il s'est épuisé tout seul ! S'offusqua Végéta. Je ne l'ai même pas touché. C'est lui qui m'a attaqué !
-Oh... »
Première seconde. Perplexe, Bulma leva à nouveau les yeux vers le père de son enfant, toujours assis en tailleur, et le scruta durant trois longues secondes, cherchant à démêler les pour et les contre, les risques qu'elle avait pu faire courir à son fils.
Mais à la deuxième seconde, le fils en question bâilla bruyamment et enfouit davantage son nez dans son doudou baveux. Il semblait aller bien, et le regard de l'homme en face d'elle était sincère.
À la troisième seconde, elle lui sourit timidement : « Donc vous avez fait des trucs de saiyan en somme... »
Végéta écarquilla les yeux d'un air offusqué, mais Bulma détourna le regard vers son fils et poursuivit : « On a de la chance de t'avoir. Il a une fâcheuse tendance à jouer en lançant des objets, sauf qu'il commence déjà à avoir assez de force pour nous faire tomber... Toi tu n'es pas si facile à ébranler.
-Eh attends un peu ! Je n'ai aucune intention de...
-Il tient beaucoup de toi tu sais ? Le coupa Bulma en lui jetant un clin d'œil complice.
-Hn ! Pas pour son fichu caractère en tous cas ! Rétorqua le saiyan.
-Quoi ? S'offusqua la scientifique. Qu'est-ce que tu insinues ?
-Je pense que c'était suffisamment clair. » Nargua-t-il. Il souriait de toutes ses dents et Bulma réalisa qu'elle venait bêtement de mordre à l'hameçon dès la première provocation.
Provocation... Végéta la provoquait... Cela faisait si longtemps... Ce regard hautain... Ce rictus moqueur... Elle réalisa en cet instant combien même son côté insupportable lui avait terriblement manqué.
Sans crier garde, elle se jeta sur lui avec tant de force que le guerrier manqua de tomber à la renverse et dut s'appuyer vers l'arrière avec une main. Son bras libre se retrouvait mécaniquement enroulé autour de sa taille à elle tandis qu'elle couvrait son visage et son cou de baisers, à genoux au dessus de lui, prenant appui sur ses épaules massives.
« Mais qu'est-ce que tu fabriques ? Souffla-t-il en détournant timidement son visage mais offrant ainsi son cou par mégarde.
-J'en sais rien. Avoua-t-elle en tentant de faire courir une de ses mains sur son torse musclé sans perdre l'équilibre. Une envie...
-Mhm... » Il semblait hésitant à lui répondre mais ne semblait pas non plus souhaiter la repousser. Maudit saiyan avec son self-contrôle de fer ! Plus il lui résistait et plus Bulma le voulait pour elle !
« Bulma... Tenta-t-il de l'interrompre avec un soupir.
-Tais-toi ! » Elle empoignait ses cheveux par poignées pour mieux plaquer son front contre le sien et échanger leurs souffles, le geste le plus proche d'un baiser qu'il pouvait tolérer. Comment avait-elle fait pour se retrouver à califourchon au dessus de lui ? Elle sentait sous ses doigts son corps musclé commencer à réagir, mais il ne bougeait pas.
L'hésitation de l'homme sous ses mains, d'ordinaire si prompt à répondre à ses avances, cela la rendait folle de désir. Elle était prête à lui faire l'amour ici et maintenant, en plein milieu de cette allée ! Mais lorsqu'elle commença à glisser une main le long de ses abdominaux et vers le bas, il l'interrompit de sa propre main libre, et se décida enfin à vocaliser son inquiétude : « Trunks... »
Bulma se figea.
Comme s'il avait entendu son nom ou senti l'agitation à deux mètres de lui, le petit être couché par terre soupira et remua dans son sommeil. Bulma fixa son bébé avec hébétude en se demandant comment elle pouvait être une mère aussi indigne pour le laisser endormi par terre tandis qu'elle cherchait à s'envoyer en l'air sur un coup de tête avec l'homme qui avait veillé sur son sommeil.
Une main douce mais ferme empoigna le bas de son visage et l'obligea à faire volte face. Elle se retrouva face à un regard d'une noirceur incomparable avec un souffle brûlant qui parlait presque contre sa bouche : « Va le mettre dans son lit... Qu'on soit tranquilles. »
ooooo
Privé d'une âme, mon esprit dort quelque part dans le froid
Jusqu'à ce que tu l'y trouves et que tu le ramènes en moi
Réveille mon esprit, je n'arrive pas à me réveiller
Prononce mon nom et sauve-moi de l'obscurité
Ordonne à mon sang de circuler
Avant que je ne me sois effondré
Sauve-moi de ce néant que je suis devenu
Insuffle en moi et rend-moi réel
Ramène-moi à la vie
ooooo
L'épisode de ce jour-là fit faire une grande avancée au nouveau combat de Bulma.
Le sombre guerrier n'était pas mort, le frisson était revenu, même succinctement. Lorsqu'elle avait déposé son fils toujours endormi dans son berceau, la jeune femme n'avait pu s'empêcher de frissonner, sentant dans son dos un regard brûlant. En se retournant, la silhouette sombre qui se détachait en ombre chinoise dans l'embrasure de la porte était celle d'un prédateur. SON prédateur. Elle lui avait souri avec défi. Il avait plissé les yeux. Et à la troisième seconde elle s'était sentie saisie par la taille avec la force d'un titan, mais plaquée contre ce même titan, elle n'avait eu ni mal ni peur durant les trois secondes de secousses violentes qui suffirent à les conduire dans la chambre de Végéta trois étages plus haut, où elle s'était retrouvée jetée sur le lit tandis qu'il verrouillait sa porte. Ce regard noir qu'il lui avait lancé. Sa voix rocailleuse : « Avoue ! Tu l'as fait exprès de mettre le gosse dans mes pattes.
-Hmmmm, peut-être... Avait éludé Bulma en prenant son air le plus séducteur alors que son cœur battait la chamade.
-Pourquoi ? » Son ton était dur et sa voix implacable. Mais cet air qui aurait dû paraître menaçant n'avait jamais vraiment eu l'effet escompté sur l'aventurière intrépide.
« Ça, il faudra me passer sur le corps pour le savoir... » Avait-elle répondu avec un sourire malicieux.
Première seconde. Les yeux noirs plissés s'étaient réduits à des fentes.
Deuxième seconde. Bulma avait changé sa position sur le lit pour se retenir de sauter sur cet homme qui la jaugeait sans s'approcher.
À la troisième seconde, enfin, était apparu le rictus moqueur : « Tu vas le regretter. »
Elle n'avait rien regretté.
Bien vite elle s'était retrouvée haletante, prête à le supplier et tout avouer, mais tous deux avaient déjà oublié la question à laquelle elle n'avait pas voulu répondre. Elle s'était vengée, griffant et mordant tant qu'il lui seyait cet homme qu'elle voulait dévorer entier.
Le guerrier était là, dans ses bras, sauvage, insaisissable, dangereux, affamé. À elle.
Que s'était-il passé cet après-midi-là qui l'avait fait ressurgir ? Comment briser ce masque d'âme en peine derrière lequel il s'était à nouveau fait engloutir dès lors qu'elle avait quitté sa chambre ?
Comment l'aider à aller de l'avant quand ses convictions de toujours s'étaient toutes effondrées en l'espace d'une journée ?
Il avait besoin de se trouver des réponses, des options.
Elle pouvait lui en présenter.
Cet après-midi-là, il avait été lui-même, et ça lui allait bien.
Tout en reprogrammant machinalement un robot ménager défectueux ce soir-là, tandis que son bébé, délaissant tous ses jouets sophistiqués, jouait à lancer son doudou en l'air, non loin de là dans le laboratoire, la scientifique élaborait théories et stratégies. Ce robot avait été confronté à une situation imprévue qui avait déclenché une boucle de programmation, empêchant toutes ses autres fonctionnalités de se déclencher normalement tant qu'il tentait de résoudre un calcul qui tournait en rond. La malheureuse machine ne pouvait plus utiliser que ses fonctions de base : se recharger et rejoindre sa zone d'attribution. Il avait donc effectué des allers-retour sans fin jusqu'à ce que Bulma le remarque. Il lui fallait maintenant débugger tout ça. À bien y réfléchir, le guerrier qui occupait ses pensées se comportait un peu comme ce robot. Il se déplaçait sans but, sans doute obnubilé par ses questionnements fondamentaux. S'il avait été un androïde, ça aurait été si simple... Elle aurait juste eu à trouver une des fonctions majeures dont le programme était intact, la réactiver en force pour étouffer le programme défectueux, puis profiter de la place mémoire ainsi faite pour réactiver et mettre à jour en masse toutes les autres fonctions secondaires, puis enfin isoler le programme défectueux pour le débugger. Simple... Pour un robot... Mais qu'est ce que ça pourrait donner d'utiliser le même type de méthode sur Végéta ? Était-ce seulement transposable ? Après tout pourquoi pas ?
« Bon. » Déclara-t-elle fièrement en refermant la trappe de commande du robot réparé. Elle contempla trois secondes la machine se mettre en marche et commencer à analyser les tâches à faire à proximité, en choisir une et se mettre à passer l'aspirateur dans le laboratoire. « Tu as vu, Trunks ? Ta maman est trop forte !
-Na mamaaaa ! Célébra l'enfant prêt à se réjouir de tout même quand il ne comprenait rien.
-Mais pour la prochaine réparation ça va être plus dur. Expliqua joyeusement la mère en ramassant son fils qui lui tendait les bras. Tu veux bien m'aider encore une fois ? On va réparer papa !
-Aaaa... Noupaé ?
-Oui, Papa aussi a besoin d'un override.
-Zoué Papaaaaaa ! » S'enthousiasma Trunks en jetant son doudou au ciel. Ce dernier retomba droit dans ses petits bras tendus. Le bébé se mit à rire doucement et serra fort la peluche contre lui avant de se blottir contre sa mère attendrie.
Oh oui, ils allaient y arriver. Ensemble ils allaient réparer Végéta.
