[Note de l'auteure] Salut tout le monde ! Alors tout d'abord un grand merci pour votre patience ! Non, promis, je ne vous avais pas oubliés, c'est juste que ce chapitre n'a pas été des plus faciles à écrire, qu'il est plutôt long (youpi !), et qu'en plus j'ai rarement trouvé le temps d'écrire plus de deux phrases de suite récemment… C'est pas facile d'essayer d'assembler un chapitre quand il surfe sur des notions avec lesquelles je ne suis pas complètement à l'aise, donc votre avis/ressenti/ vos propositions d'améliorations sont (comme toujours) les bienvenus !
Si comme moi, vous n'êtes pas fan des auteurs qui racontent leur vie, passez au paragraphe suivant ! (oui, maintenant, si si allez-y !) C'est pas que je ressente le besoin de me justifier et encore moins de me morfondre, mais je tenais quand même à vous partager rapidement les deux grosses raisons de ma lenteur d'écriture qui ne va pas aller en s'améliorant : j'ai découvert il y a peu ce que ça fait de perdre un proche, et tout ce que ça entraîne comme complexités au niveau mental et matériel (il se peut que l'état d'esprit de Végéta sur le précédent chapitre en ait conservé quelques traces) ; la seconde raison est plus heureuse, c'est que j'attends un heureux événement dans moins de trois mois, et que par contre du coup je passe tous mes temps libres à dormir (d'où il se pourrait que je rectifie un de ces jours les chapitres où Bulma est enceinte afin de lui donner plus de réalisme, parce que c'était quand même bien flou tout ça !). Voilà, ça c'était pour la parenthèse. Je ne cherche ici absolument pas à susciter des réactions de votre part, je communique juste.
J'ai été épatée par le nombre de commentaires que vous m'avez laissés depuis le dernier chapitre, et tous m'ont fait plaisir. Je suis désolée de ne pas avoir eu le temps de répondre à chacun(e) d'entre vous, mais je tenais tout de même à vous dire un grand merci !
Pour répondre à vos quelques questions :
-Non je ne travaille pas dans le milieu littéraire, je rédige des dossiers remplis de calculs à longueur de journée. Ma potentielle vocation d'écrivain a été étouffée dans l'œuf quand on m'a dit que ça permettait très très rarement de gagner sa vie. (pas grave, j'aime aussi faire des calculs) Du coup, écrire des fanfics, comme loisir je trouve ça cool ! C'est moins de pression et plus de relationnel je pense...
-Non je ne tiens pas de blog ni autre truc où je parlerais de moi, franchement ce ne serait pas intéressant ! Néanmoins je papote volontiers par MP si vous avez un compte fanfiction, ou sinon vous me trouverez sous le même pseudonyme sur google+ (NB ce compte ne me sert à rien à part papoter sur la communauté We're just saiyan). De même je ne vois pas en quoi brave-pauvre-petit moi irait donner des conseils stylistiques à quiconque. Je suis flattée si vous aimez ce que j'écris, mais comme je l'écrivais au chapitre 1, ceci reste quand même ma première fanfic, je n'ai donc de conseils à donner à personne ! Je crois que pour écrire un style qui vous plaît, il n'y a pas de secret : lisez beaucoup et lancez-vous, testez des choses ! Je serai ravie de vous lire aussi !
-Je ne sais jamais trop comment vous répondre quand vous me demandez des nouvelles sur l'avancement du prochain chapitre, donc je vous propose un truc : je vous mettrai toutes les infos sur ma page de profil fanfiction, avec l'état d'avancement et tout et tout. Ça vous conviendrait ?
Mon chat a sauté sur le clavier au moment de la relecture finale avec correcteur orthographique, et je ne sais pas où il a validé une correction sans doute tapée par lui. Donc si vous tombez sur un mot bizarre à la place d'un endroit où il y aurait dû y avoir une onomatopée, n'hésitez pas à me le signaler ! Merci d'avance !
[Disclaimer] Je tiens à préciser que je n'y connais rien en programmation ni en cybernétique, alors ma définition de Bulma pour un Override n'a peut-être aucun sens si on prend les lois de la physique de notre monde... Mais on est dans Dragon Ball alors j'ai droit !
[Disclaimer 2] Une des scènes de ce chapitre est directement inspirée d'un fanart de MayaBriefs que vous pouvez trouver sur Deviantart (« the bath » si vous ne craignez pas le spoil). J'aime beaucoup son travail, entre autres nombreux autres fanartistes qui mériteraient tout autant d'être cités.
[Disclaimer 3] On est dans une fanfic notée M, vous vous en souvenez bien, hein ? OK on peut commencer alors !
Override
Étape 1 : interrompre les programmes parasites
« Végéta ! Viens déjeuner avec nous, on a fait des gaufres !
-Na mazé Papaaaa !
-Il y a du beurre, des confitures, de la purée de fraises, du sirop d'érable, du miel, du fromage et des chips de crevette !
-Tunks mazé dé banananaaa ! »
Les voix enthousiastes qui appelaient au travers de la porte semblaient trop criardes aux oreilles fatiguées de Végéta. Trop surréalistes. Presque menaçantes pour sa tranquillité. Il espérait juste pouvoir les ignorer.
« Eh ! Végéta ! Tu nous entends ? Végéta ! On sait que tu es là !
-Nnnnnnnn ! » Grogna-t-il en réponse en posant son bras au dessus de sa tête, espérant couvrir ses oreilles et ses yeux, se rendormir, qu'on oublie son existence.
« Né Papa keeeeeeu bwe dodo ?
-Oui Trunks, c'est papa qui fait dodo dans la chambre. Donc tu viens avec nous Végéta ? ... Le thé et les gaufres sont tout chauds, c'est maintenant qu'il faut venir manger !
-Mazééé !
-Ehooooo ! Végéta ! Tu as forcément faim ! »
Pour le salut de cette même tranquillité. qu'on venait de lui voler, l'interpellé n'avait malheureusement que peu d'options. Répondre favorablement aux injonctions de ces deux éléments perturbateurs était le choix le plus sage. Le plus sécuritaire.
Peut-être même avait-il laissé directement s'exprimer son estomac désespérément vide lorsqu'il avait grogné : « C'est bon, j'arrive, fichez-moi la paix ! »
Puis il avait déplacé son bras par dessus ses yeux, tentant de se rendormir malgré le soleil perçant au travers de sa fenêtre. Ou peut-être tentait-il simplement de se couper de cette réalité si crue et absurde, au moins encore quelques minutes de plus. Mais cette même réalité de lui laissa pas ce répit :
« Youpi ! Tu as entendu Trunks ? Papa va venir manger avec nous !
-Eeeeeee Papa nèmeuuuuu nééé banana ?
-Oui bien sûr il aime les bananes ! Il en mange même plus que toi, tu vas voir ! Végéta ! On t'attend en bas ! Rejoins-nous vite ! »
La voix de Bulma était joviale mais sans appel. Sans pitié.
La tonalité des pièges tendus avec soin. Il la connaissait bien. Tout comme il savait qu'il ne servait à rien de tenter de les éviter. Il n'avait guère le choix des options : ou rester tranquille jusqu'à ce qu'elle revienne l'ennuyer, lui crier dessus, et lui pourrir l'existence jusqu'à ce qu'il cède et n'aille manger, ou bien il quittait la maison sans trop savoir où aller ni quoi faire ou manger, ou bien il descendait maintenant remplir son estomac affamé avec les délicieuses denrées quelle avait énuméré en tentant d'ignorer ces humains bruyants qui lui imposaient sans cesse leur présence. Pfffff...
« GRMLMLMLLLLL » Plaida son estomac. Le guerrier se retrouva donc à descendre les marches de l'escalier d'un pas pesant sans trop comprendre pourquoi il s'emmerdait à continuer d'avancer.
Bulma ouvrit grand les yeux et promena sur lui un regard gourmand et un sourire malicieux lors qu'il entra dans la salle à manger en traînant les pieds. Il connaissait bien ce regard... C'est là qu'il s'aperçut qu'il avait oublié d'enfiler un T-shirt. Il était pieds nus, portant tout juste le pantalon lâche dans lequel il avait dormi. Il hésita. Puis son nez capta le parfum des pâtisseries chaudes et du thé. Il grogna, croisa les bras et se dirigea sans un mot vers la chaise qui l'attendait à côté de Bulma.
« Oh, bonjour Végéta. Le salua le père de celle-ci en portant une tasse fumante à ses lèvres.
-Oh ! Quel plaisir de vous avoir avec nous ce matin ! » S'enthousiasma la mère qui se lança ensuite dans un long monologue sur la météo pluvieuse et les rassemblements populaires rapatriés vers des lieux abrités trop petits pour accueillir une telle foule.
« C'est bien que tu sois venu. » lui glissa Bulma avec un sourire alors qu'il s'asseyait, non sans avoir légèrement éloigné sa chaise de l'humaine au parfum d'épices, se sentant épié.
Il sentait son regard brûlant parcourir sa peau sans pudeur et réprima un frisson avant de se concentrer sur le contenu des nombreuses assiettes pleines déposées devant lui. Puis il se mit à manger sans trop savoir quoi. Ce n'était pas mauvais après tout.
La mère de l'humaine monologuait, s'adressant à qui voulait bien l'écouter, y compris le chat installé sur l'épaule du père, que ce dernier nourrissait par intermittence de morceaux d'omelette et de gaufre issus de sa propre assiette. Bulma tentait de nourrir sa progéniture et les négociations semblaient tendues :
« Mama ! Keeeeeu nbwii banana ? Interrogea l'enfant en tentant d'attraper une banane dans le panier de fruits trop loin pour lui.
-Tu veux encore une banane ?
-A aaaaa banana ! Confirma Trunks.
-Qu'est-ce qu'on dit ? Demanda Bulma en se saisissant du fruit et fixant son enfant avec insistance.
-Plèplè mamaaaaa. Répondit docilement celui-ci.
-C'est bien ! Approuva la mère en épluchant le fruit. Tiens, ne la mange pas trop vite, hein ? Et qu'est-ce qu'on dit à sa gentille maman ?
-Nan.
-Hein ? Quoi non ?
-Paa banana !
-Quoi ? Non mais ! Comment ça tu ne veux plus ta banane ?
-Aaaaaaaaabweeeeeeu... Nééé poooooureeeeu Papa ! »
Comme piqué au vif à chaque fois que cette minuscule créature prononçait ce mot incongru, Végéta releva la tête de son assiette pour jeter vers le duo un regard soupçonneux. Son regard croisa celui, surpris, de Bulma. Puis celle-ci se retourna vers leur fils pour demander : « Tu veux que je donne la banane à Papa, c'est ça ?
-Mmmmmmmmmmui ! Papa veeubw banana ! Kwobeu mazé papa ! » Accusa l'enfant en désignant son père du doigt.
Bulma suivit le mouvement et le dévisagea d'un air amusé : « Bon, eh bien tiens Végéta, c'est pour toi. »
Celui-ci regarda tour à tour la banane épluchée et l'humaine qui la lui tendait, d'un air soupçonneux, fronçant les sourcils sans rien comprendre à toute cette mascarade. Ne pouvait-on donc pas lui foutre la paix, franchement ?
« Végéta ! Lui rappela Bulma avec un clin d'œil. C'est un cadeau de la part de ton fils et ça se mange. Un saiyan ne va quand même pas refuser ça, si ?
-Je sais éplucher une banane tout seul. Commenta-t-il froidement.
-Oh... Eh bien dans ce cas tu peux en éplucher une pour Trunks ! Il sera ravi.
-Papa mazéé bananaaaaa ?
-À quoi tu joues ? Demanda finalement Végéta à l'humaine souriante.
-Je ne joue pas, répondit-elle avec un soupir amusé, j'éduque mon enfant en encourageant sa notion du partage. Et avec toi, on dirait qu'il veut partager de la nourriture et je trouve ça très bien trouvé.
-Du partage ? Tu te fiches de moi ? Tu n'as rien trouvé de mieux à vouloir lui apprendre ? »
Un éclair bleuté traversa l'iris azur du regard de l'humaine. Elle plissa les yeux : « Tu es le bienvenu à participer si tu penses que mes méthodes d'éducation ne sont pas les plus adéquates pour notre fils. »
Fronçant les sourcils en retour, le saiyan planta son regard dans le sien sans crainte. Agacé.
Une seconde.
Deux secondes.
Trois secondes.
Puis il haussa les épaules d'un air dédaigneux et se remit à manger comme si de rien n'était. Après tout il n'en avait rien à faire. Les ignorer était sûrement la solution la moins fatigante. Tout comme il ignora la banane épluchée qui se trouva déposée d'une main ferme dans son assiette, ainsi que la voix à côté de lui qui expliquait que Papa finissait ses gaufres avant de la manger mais qu'il était content.
Lui-même ne se rendit pas compte du moment où il avala le fruit entre deux bouchées de son délicieux repas.
ooooo
Étape 2 : Libérer un maximum de mémoire vive
Bon. Végéta avait l'estomac plein.
Bulma était parvenue à le forcer à prendre trois repas dans la même journée, à chaque fois en leur compagnie à tous. À l'heure du goûter, elle et Trunks étaient tous deux allés le trouver dans le jardin intérieur apportant avec eux un énorme gâteau au chocolat et à l'amande amère. Le bébé n'avait même pas eu besoin que sa mère lui suggère l'idée pour se précipiter à quatre pattes vers son père et lui parler/babiller du festin qu'ils avaient apporté avec eux. Au final, le saiyan morose avait toujours fini par obtempérer et se joindre à eux, bien que sans aucun enthousiasme.
À la fin de ce goûter, elle avait d'ailleurs trouvé un prétexte pour s'absenter urgemment en demandant à Végéta de garder un oeil sur Trunks quelques minutes (et sans bien sûr lui laisser le temps de répondre avant de filer). Lorsqu'elle était revenue une demi-heure plus tard, elle avait trouvé les deux garçons en plein duel de lancer de peluche au dessus d'une assiette brisée d'où les dernières miettes de gâteau avaient disparu. Tous deux avaient été ravis de la voir arriver, l'un pour la serrer dans ses bras, l'autre pour l'apostropher sur la durée de son absence et la mauvaise éducation de son fils. Ce qu'elle lui avait répondu n'avait pas dû lui convenir puisqu'il était parti en les plantant là.
Pourtant, le soir venu, elle et Trunks n'avaient pas eu trop de mal à l'inciter à se joindre au reste de la famille pour un repas gargantuesque qu'elle avait fait livrer par l'un des meilleurs restaurateurs de la capitale Ouest. Là, à l'insu de tout le reste de la famille, elle avait assisté à une scène qui lui avait semblé totalement surréaliste. Cela avait commencé par un des nouveaux caprices de son adorable bébé, qui réclamait absolument à goûter l'un des beignets frits qui le narguaient depuis l'autre bout de la table. Soucieuse de respecter les recommandations médicales pour son enfant, Bulma lui avait répondu calmement, encore et encore, que non il était trop petit et qu'il avait bien assez de bonnes choses à manger dans son assiette. Peine perdue. Trunks était manifestement prêt à se lancer dans une grosse colère et ruiner la soirée en famille s'il le fallait, plutôt que de vivre une minute de plus sans beignet frit. Se demandant ce qui lui avait pris de commander un repas inhabituel sans se douter que cela attirerait la curiosité de son fils, Bulma s'était pris la tête dans les mains trois secondes. Juste trois secondes. Et là, il lui avait semblé apercevoir comme un éclair passer devant elle en provenance de sa droite. Elle avait tourné la tête pour trouver assis à côté d'elle un Végéta au regard sévère rivé au delà d'elle, vers sa gauche. Il était en train de croquer dans l'un des fameux beignets qu'il se mit à mastiquer de manière très ostentatoire. À gauche d'elle, Trunks avec une expression de surprise sur son visage, avait le regard tour à tour rivé sur son père, et sur ses deux mains rassemblées devant sa poitrine, dans lesquelles il tenait un des beignets, à moitié écrasé. Puis, avec un sourire jusqu'aux oreilles, il mordit à son tour dans le beignet en imitant son père. Bulma fit semblant de n'avoir rien vu, prêtant juste l'oreille à son fils soudain bien plus calme pour vérifier qu'il ne s'étouffait pas. Qu'aurait-elle pu faire d'autre ?
Végéta était retourné dans sa chambre dès la fin de son petit déjeuner ainsi qu'après l'incident du goûter, Bulma était donc confiante que le saiyan avait suffisamment dormi. Tous les indicateurs étaient donc au vert.
De son côté, Bulma avait passé la matinée à cogiter son plan d'action. Elle embrassa une dernière fois son fils sur le front en le mettant au lit ce soir-là. Elle était convaincue que le petit être lui avait été d'une aide précieuse tout au long de la journée. Elle était certaine d'avoir vu les traits moroses de Végéta se relâcher peu à peu au fil des événements. L'attention que Trunks portait à son père était d'une innocence et d'une sincérité déconcertantes, et cela semblait jouer en sa faveur.
Maintenant, c'était à elle de jouer.
Mais avant cela, une heure ou deux de préparation devant son miroir lui semblaient nécessaires...
ooooo
Étape 3 : interrompre les processus alimentant la fonctionnalité défaillante
Il a plu toute la journée, à présent la nuit couverte s'annonce sans étoile et sans vent. Il fait calme, doux. Végéta est accoudé contre la rambarde de sa large fenêtre, contemplant d'un air pensif les lueurs de la ville autour. Si proches mais pourtant si lointaines. Tout lui semble comme figé dans du cristal, il se sent si distant de cette réalité futile, comme en dehors de son propre corps. Il ne sait plus qui il est, mais il sait qu'il n'appartient pas à ce monde. Il se sent comme un fantôme, triste observateur sans la moindre influence sur le cours des choses. La douleur du sentiment d'impuissance s'est atténuée pourtant. À présent, c'est plus de la résignation. Mais il ne voit pas comment aller de l'avant ainsi, il ne sait pas où est l'avant ni même où est l'arrière, il n'a plus aucun repère, alors vers où avancer, et pourquoi ? Les questions sont moins douloureuses dans sa tête, pourtant elles sont toujours là.
Toctoctoc
Tout comme elle. Elle est toujours là, toujours dans ses pattes, indispensable mais si agaçante, il n'arrive même pas à déterminer si elle l'aide ou si elle l'enfonce. Mais après tout, il ne peut pas tomber plus bas, alors pourquoi la repousser ? De toutes façons, elle ne l'écoute pas, elle essaye d'activer la poignée.
clic clic
Il n'a pas répondu, sa porte est verrouillée, pourtant il sent le parfum d'épices et d'océan qui l'envahit, filtrant au travers des interstices sous la porte. Il n'a pas vraiment envie de lui répondre, il préférerait rester au calme ce soir. Elle l'a déjà harcelé toute la journée. Même lui n'a plus faim.
Pouf
Un bruit sourd de hop-pop capsule derrière la porte. Le parfum se fait plus ténu, pourtant il persiste. Végéta décide de l'ignorer. À quoi bon y prêter attention ? De toutes manières, il n'a jamais réussi à empêcher Bulma de l'envahir, hormis dans sa chambre de gravité.
Pouf
Nouveau bruit de capsule. Cette fois le parfum s'amplifie et envahit toute la chambre. Végéta comprend sans même se retourner que cette femme intarissable a trouvé un moyen pour passer au travers d'une porte verrouillée. Et dire qu'il s'était cru tranquille dans cet endroit...
Il soupira.
Derrière lui, toujours aucun bruit. Elle savait qu'il savait. Elle attendait, comme une peste exigeante à qui tout est dû. Il n'était pas d'humeur.
« J'ai pas envie de discuter avec toi. » Déclara-t-il platement en fixant obstinément les lumières de la ville en contrebas.
Derrière lui, il ne sut interpréter si l'expiration bruyante qu'il entendit était un rire ou un soupir. Puis la voix douce de l'humaine lui répondit : « Qu'est ce qui te fait croire que je suis venue pour discuter ? »
Il soupira à son tour, se sentant obligé de clarifier les choses plus crûment : « Je ne suis pas non plus d'humeur à baiser. »
Nouvelle expiration. Le bruit de pas derrière lui lui indiqua que l'humaine, évidemment, se trompait de direction pour rebrousser chemin. Quelques secondes plus tard, il aperçut dans sa vision périphérique une paire de bras nus venir s'accouder à la rambarde à côté de lui. « Pas grave. Répondit la voix douce. Ta présence me suffit pour me sentir bien. Qu'est-ce que tu faisais de beau ? »
Ta présence me suffit pour quoi ?! Qu'est-ce que c'était que cette nouvelle aberration ? Ce n'était pas possible de pouvoir débiter de telles idioties et d'être restée en vie si longtemps ! Comment faisait-elle ?
Passant la paume de sa main sur son visage, le saiyan décida de passer outre pour se focaliser sur la question qu'elle lui avait posée : « Je viens de te dire que je n'ai pas envie de discuter. » Lâcha-t-il d'un air las.
« Ah oui, c'est vrai. »
Puis plus rien. Le silence s'installa entre eux comme un cheveu tombe dans un bol de soupe.
Ce fut le moment où Végéta ne parvint pas à se retenir de jeter un regard en coin à cette humaine qui envahissait une fois de plus son calme. Par chance, elle ne regardait pas dans sa direction quand, la seconde d'après, il se retourna d'un bloc pour la fixer avec des yeux ronds comme des soucoupes en réalisant comment elle était habillée.
Végéta pensait connaître le style presque provocateur mais toujours subtil de Bulma qui portait d'ordinaire volontiers des tenues mettant en valeur ses formes féminines, mais cette robe-ci était d'un tout autre niveau. Et c'était d'autant plus déconcertant qu'il savait exactement les délices que dissimulait savamment ce tissu si fin, si fragile et par endroits translucide dont elle s'était parée. Après plusieurs années de fréquentation, elle parvenait encore à le prendre au dépourvu avec une facilité déconcertante.
À l'époque où ils étaient amants, elle n'aurait jamais eu besoin de se vêtir de la sorte pour attirer son attention et obtenir ses faveurs. Mais c'était du passé. Désormais il était d'humeur morose, et n'était généralement venu physiquement vers elle que pour obtenir un moment de soulagement... À part la veille où elle lui avait presque sauté dessus dans le jardin intérieur...
« Tssss ! Piaffa-t-il en reculant d'un pas comme pour résister à la tentation qui s'offrait à lui sans qu'il l'ait décidé. Je t'ai dit aussi que j'étais pas non plus d'humeur pour ça ! Qu'est-ce que tu cherches à la fin ?
-Hein ? S'étonna-t-elle en levant vers lui ses deux grands yeux cristallins. Mais j'ai rien dit...
-Tu as vu comment tu es habillée ? Qu'est-ce que tu vas essayer de me faire croire au juste ? Que tu te promènes comme ça par hasard dans ma chambre fermée à clef maintenant ? »
Bulma croisa les bras, ferma les yeux et soupira. Pendant les trois secondes qui suivirent, Végéta ne parvint pas à décrocher son regard de son corps si voluptueusement mis en valeur dans les contrastes translucides du tissu, de sa poitrine plus généreuse qu'auparavant depuis qu'elle allaitait, de son bas-ventre toujours un peu arrondi d'avoir porté leur enfant, de ses jolis cheveux courts savamment coiffés qui lui donnaient une allure sportive qui n'était pas pour lui déplaire, de ses longs cils savamment maquillés juste pour lui plaire, à lui et à lui seul. Elle était belle quand elle venait à lui avec une telle assurance. Elle était belle quand elle hésitait comme à présent.
« Écoute, commença-t-elle avec un soupir de résignation. On est stressés tous les deux. On a chacun nos inquiétudes et nos doutes, et on a besoin d'un moment de calme et de détente. Juste un moment pour nous deux, qu'est-ce que tu en dis ?... Et je ne parle pas de coucher ensemble quand je te propose ça.
-Ah bon ? Et tu penses à quoi alors ? »
Elle leva vers lui un regard tendre et amusé, qui lui fit réaliser qu'il venait d'insinuer qu'il n'envisageait rien d'autre avec elle à part parler et baiser. C'était d'ailleurs sans doute la vérité, pourtant il se sentit bête d'avoir eu l'esprit aussi limité.
« En fait, j'avais trois propositions. Répondit-elle avec un sourire en lui montrant sa main dans laquelle elle tenait une trousse à hop-pop capsules. D'abord, j'ai retrouvé un bon vieux film que j'aimerais beaucoup revoir et partager avec toi. C'est génial comme les histoires et les drames des autres, bien racontés comme celui-ci, ça nous échappe à notre vie quotidienne et en même temps ça nous inspire... Ce film-ci raconte l'histoire de...
-C'est quoi tes deux autres propositions ? La coupa Végéta impassible.
-Eh ! Tu ne veux même pas savoir de quoi ça parle ?
-Non. Ça ne m'intéresse pas.
-Okaaaaay... » Hésita-t-elle en le fixant d'un air réprobateur. Mais sachant qu'elle avait peu de chances de parvenir à ses fins dans sa négociation, elle sembla se résoudre à ne pas insister, ce qui était effectivement le choix le plus raisonnable. Plus Végéta restait à l'écouter et la regarder, plus il commençait à se dire qu'après tout, il ne serait pas opposé à l'idée de débarrasser cette jolie sirène de cette vilaine robe qui occultait ses jolies formes.
« Ma deuxième idée, c'était qu'on pourrait faire une petite partie de oorlog. Ça fait tellement longtemps, ce serait dommage qu'on perde la main, tu ne trouves pas ?
-Bof.
-Je me disais même qu'on pouvait envisager de pimenter un peu le jeu... » Ajouta-t-elle avec un sourire malicieux en se penchant légèrement en avant pour planter son regard dans le sien... C'est là qu'il réalisa qu'il avait eu les yeux rivés sur son décolleté. Il eu immédiatement le sentiment très désagréable de s'être fait manipuler, mais l'humaine au parfum d'épices reprit comme si de rien n'était : « C'est une variante qu'on peut appliquer à pas mal de jeux terriens qu'on appelle ''strip''. Là par exemple, il faudrait retirer un vêtement à chaque fois qu'on perd une pièce maîtresse, et on peut même décider que le vainqueur aurait le droit d'exiger ce qu'il veut du perdant... »
Première seconde. Malgré lui, le guerrier sentit son corps se tendre tandis que son esprit effleurait toute l'étendue des possibilités qu'offrait cette proposition. Il ignorait tout des jeux érotiques et de la possibilité que Bulma en ait d'autres de ce type en réserve.
Deuxième seconde. Une seconde partie de son esprit s'offusqua de la manipulation dont il se sentait victime. Quoi, malgré sa mise en garde, l'humaine s'acharnait à tenter de le séduire ! Une offense intolérable !
À la troisième seconde, les deux réflexions s'apprêtaient à se livrer un conflit sans merci à l'intérieur de son cerveau, lorsque Bulma dissipa toute sa confusion d'un geste nonchalant de la main accompagné d'un sourire franc : « Mais bon, tu m'as dit que tu n'étais pas d'humeur, donc je ne vais pas insister ! On peut simplement faire un oorlog normal si tu préfères. Ou bien j'avais une troisième proposition, plus détente et lâcher-prise celle-là : J'ai apporté des huiles essentielles. On peut se faire couler un bon bain moussant bien chaud, et après je peux te faire un vrai bon massage. Qu'est-ce que tu en dis ? »
Première seconde. La première partie de son esprit calcula qu'un oorlog durait généralement plusieurs heures, soit autant de temps à attendre que la jolie femelle soit enfin nue et toute à lui.
Deuxième seconde. La seconde partie de son esprit calcula qu'un massage semblait une proposition honnête pour se détendre et résister à la manipulation de la sirène.
À la troisième seconde, les deux parties de son esprit en conflit se serrèrent la main, fières d'être parvenues à un accord. « Hnnn... Va pour la troisième proposition. » Acquiesça-t-il en tournant la tête sur le côté.
Du coin de l'œil, il remarqua avec perplexité l'humaine afficher un sourire qui semblait dire qu'elle avait vu juste. Puis elle choisit une capsule dans sa trousse en déclarant joyeusement : « Okay, je vais nous préparer ça ! » Puis elle posa la trousse sur la commode et disparut dans la salle de bains.
Perplexe, le guerrier la suivit du regard et resta planté là à côté de sa fenêtre ouverte en se demandant dans quelle nouvelle embrouille il venait de se fourrer. C'est là qu'il se rappela que son intention initiale était de renvoyer cette humaine intrusive hors de son havre de paix. Au lieu de cela, il l'entendait s'activer dans sa salle de bains à faire couler l'eau et ouvrir des flacons comme si elle était parfaitement légitime à se trouver là.
Son regard erra dans la pièce un moment. Les droïdes ménagers avaient accompli un travail colossal pour nettoyer cet endroit après sa crise de colère presque deux semaines auparavant. Le tapis avait été remplacé par un autre, plus moelleux et de couleur grise. Les trous creusés par ses poings dans les murs avaient été rebouchés au plâtre qui formait à présent de grosses tâches blanches contre les murs blanc cassé. Le saiyan soupçonnait Bulma d'avoir pris part à ces dernières réparations d'ailleurs, et d'avoir volontairement remplacé le mobilier cassé par des versions plus solides, de couleurs grises ou bleu foncé. Des couleurs qui lui rappelaient les voyages spatiaux. Cherchait-elle à ce qu'il se sente plus à l'aise ? Encore ?
Son esprit se mit à errer sur l'énigme toujours insoluble que représentait cette humaine. Elle était toujours ce qu'elle avait toujours été pour lui : envahissante mais utile, déstabilisante mais pertinente, agissant pour des motifs obscurs malgré sa grande intelligence, si fragile et pourtant infatigable, si faible mais si attirante... Attirante... Cette robe qu'elle portait ce soir était à l'évidence faite pour être arrachée. À présent, ses doigts le démangeaient rien que d'y penser, malgré son désintérêt qu'il avait clairement annoncé quelques minutes auparavant. Et dire que l'humaine était probablement penchée au dessus de la baignoire en ce moment. Quelle vue imprenable était-il en train de manquer au juste ?
En pénétrant dans la pièce, une odeur très puissante lui saisit le nez comme un ennemi vous saute à la gorge. « Ugh ! Qu'est-ce que c'est que ce truc ? Qu'est-ce que tu fabriques ? » Accusa-t-il en mettant sa main devant son nez.
Assise sur le rebord de la baignoire et effectivement penchée au dessus de celle-ci, l'humaine lui désigna la petite bouteille qu'elle tenait dans la main : « C'est un mélange d'huiles essentielles spéciales pour la détente. Oh... J'en ai trop mis peut-être ? Ne t'inquiète pas ça se dissipe vite...
-Tu as intérêt ! Grogna-t-il. C'est insupportable !
-Excuse-moi, j'avais oublié que tu as l'odorat plus fin. Je n'en mets pas plus dans ce cas. Ce sera mieux quand le bain sera entièrement rempli, ne t'en fais pas. »
Agacé, Végéta la coupa d'un geste de la main et retourna dans sa chambre pour y respirer un peu d'air pur. Ce n'était pas que la présence de Bulma soit à proprement parler désagréable, mais cette humaine était définitivement trop envahissante. Il décida de retourner s'accouder à la rambarde de sa fenêtre pour faire comme si elle n'était pas là. Bien sûr, le cours de ses pensées avait totalement été interrompu et au final, il passa plusieurs longues minutes à ruminer en écoutant l'eau couler. Puis enfin...
« Végéta ? Appela la voix mélodieuse de Bulma. Le bain est prêt. »
Machinalement, l'interpellé se redressa et la rejoignit dans la salle de bains. L'odeur restait très forte mais supportable. Par contre... « Qu'est-ce que c'est que ce truc ? » Fit-il avec une moue méfiante en désignant la baignoire. Il n'avait que très rarement pris le temps de prendre des bains auparavant, mais tout de même il était convaincu que l'eau des canalisations de cette maison était saine !
« Quoi ? Qu'est-ce qui ne va pas ? S'étonna la terrienne.
-Eh, tu vois bien que ton eau est complètement polluée ! Tu comptes vraiment que je me baigne là-dedans ?
-Polluée ? Répéta-t-elle sans sembler comprendre. Qu'est ce que... Oh ! Tu parles de la mousse ? »
S'en suivit une longue explication à propos des bains moussants et des pollutions aux produits chimiques. Au bout de plusieurs minutes de débat stérile, la patience du saiyan s'épuisa et il y mit brusquement un terme en se débarrassant d'un coup de son pantalon pour entrer nu dans la baignoire. Ce n'était pas quelques produits chimiques qui risquaient de le tuer de toutes façons. À côté de lui, le silence mutique de Bulma, interrompue en plein milieu d'une phrase, lui arracha un sourire malicieux. Il avait presque failli oublier qu'ôter ses vêtements était une méthode fiable qu'il avait pour la faire taire !
L'eau était tout juste chaude, très odorante et légèrement colorée au dessous d'une épaisse couche de mousse blanche. Il plongea la tête sous l'eau un instant, la sensation sur ses paupières lui attestant que les produits chimiques responsables d'un tel moussage n'étaient pas corrosifs. S'y installer n'était pas si désagréable en fait. Un bon endroit pour se faire masser. Ça lui rappellerait le bon vieux temps, déjà si lointain, où il était un enfant-prince dans un palais entouré de serviteurs respectueux et craintifs de sa puissance... Un souvenir agréable qui le fit brutalement replonger dans ses pensées sombres qui le hantaient depuis le combat contre Cell. Un souvenir agréable qui, lui aussi, n'avait été qu'un mensonge de plus au milieu d'une vaste fumisterie.
« Merde... Jura innocemment une voix douce non loin derrière lui. C'est encore plus galère à enlever qu'à mettre... »
La spirale infernale de ses pensées noires s'interrompit, distraite par ce stimuli extérieur.
Tournant la tête pour comprendre de quelle broutille inutile parlait l'humaine, Végéta la trouva en train de se débattre avec une accroche savamment dissimulée dans les replis du tissu de sa robe. Il la regarda faire en fronçant les sourcils. Lorsqu'elle y parvint, son doux regard ensoleillé d'un sourire amusé vint se plonger dans le sien : « Ah, c'est bon, j'arrive. »
Première seconde. Il fronça les sourcils sans comprendre.
Deuxième seconde. Il la contempla, perplexe, se défaire lentement d'un des nombreux pans de tissu translucide qui constituaient sa robe, sans cesser de fixer sur lui son regard d'océan intense.
À la troisième seconde, il comprit enfin ce qu'il aurait probablement dû avoir deviné depuis le début. Il n'allait pas prendre ce bain seul. Elle allait l'y rejoindre. Et il ne comptait pas perdre une seule miette de cette vue fascinante qu'elle lui offrait en se déshabillant si lentement devant lui, avec son sourire amusé et ses yeux bleus rivés sur lui.
Les pans du tissu tombaient un à un, retenus dans le dos de l'humaine par une quelconque autre accroche, révélant d'autres pans de tissu translucide et laissant de mieux en mieux apprécier au dessous les formes sveltes qui ondulaient sensuellement. Elle lui tourna le dos comme par pudeur au moment de découvrir sa poitrine, à sa plus grande frustration. Pourtant il ne fit pas le moindre geste pour se manifester, profitant simplement de la vue qui s'offrait à lui, tandis qu'il restait immobile dans la baignoire.
Puis d'un simple mouvement des épaules de la belle humaine, tous les tissus suspendus dans son dos comme des ailes tombèrent, emportant avec eux le dernier morceau qui entourait encore sa taille. Végéta relâcha une respiration qu'il n'avait pas eu conscience de retenir lorsqu'enfin elle se retourna vers lui, complètement nue.
« Désolée pour l'attente. » Lui sourit-elle en se penchant au dessus du rebord de la baignoire pour le rejoindre.
Il la regardait, suivait ses moindres gestes alors qu'elle trempait le bout de son pied dans l'eau en murmurant « Ouch ! C'est chaud ! »
Il ne répondit pas. Il se contentait de suivre. Ses pensées sombres s'étaient arrêtées de tourbillonner. Ça faisait du bien.
ooooo
Étape 4 : Réactiver une fonction primaire pour saturer la mémoire vive et écraser la fonction défaillante.
En toute honnêteté, Bulma n'avait pas la moitié de l'assurance qu'elle affichait en cet instant, en s'installant dans le bain moussant aux côtés de cet homme au regard embrumé fixé sur elle comme un aimant. Elle s'autorisa trois secondes pour inspirer longuement et se recentrer sur ces émotions complexes qu'elle ne pourrait jamais oser lui vocaliser mais tenait malgré tout à lui communiquer. Confiance. Affection. Tendresse.
Sans se départir de son sourire, elle se rapprocha de lui à quatre pattes dans l'eau et la mousse. Là, elle s'installa à genoux face à lui et tendit la main pour saisir une bouteille de shampoing. Elle en versa une généreuse rasade dans sa main. Végéta la regarda faire en levant à peine un sourcil interrogateur, sans doute ennuyé qu'elle ne poursuive pas ce qu'elle avait commencé par des caresses plus érotiques. Elle lisait sa tension sur tous les muscles de ses épaules et son cou.
« Je t'ai promis un massage. » Se justifia-t-elle en tendant les mains vers lui.
Il ne répondit pas mais épiait chacun de ses gestes.
Confiance.
Les cheveux mouillés de Végéta vinrent souplement s'entremêler dans ses doigts. L'eau chaude les faisait retomber sur ses épaules, conférant au guerrier farouche un aspect presque vulnérable.
Affection.
Bulma commença son massage avant même d'avoir étalé tout le shampooing, traçant de petits cercles de ses doigts sur son cuir chevelu, parcourant peu à peu toute la surface de son crâne, descendant sur sa nuque, ses tempes, et son front. Prenant son temps. Respirant profondément.
Tendresse.
Il n'avait pas mis longtemps avant de se laisser fermer les yeux. Elle avança doucement sa tête et posa délicatement son front contre le sien. Ils restèrent ainsi un moment, tandis qu'elle continuait de lui masser les tempes, les mains pleines de mousse emmêlées dans ses cheveux.
Mais la magie de tels instants est souvent bien éphémère, et Bulma ne tarda pas à sentir de légers tressaillements contre son front, signe que la tolérance du guerrier atteignait sa limite. Elle se résigna donc à reculer son visage.
Les yeux de Végéta étaient à nouveau fixés sur elle. Dans son regard voilé de calme, elle lisait une once de méfiance, cette indifférence maladive qui avait envahi son quotidien, mais aussi cette discrète flamme vacillante qu'elle interprétait comme du désir. Il se laissait faire car il n'avait rien d'autre à faire, ou peut être aussi parce qu'il appréciait les massages et l'idée de les savoir nus et si proches tous deux. Rien de plus. Pas de volonté. Elle en avait mal au cœur pour lui et dut se retenir de l'embrasser, ne tenant pas à gâcher ce moment si intime.
Après le shampoing, elle prit le savon qu'elle entreprit d'étaler lentement sur le cou et les épaules émergées du guerrier. Le massage était doux et léger mais semblait tout de même faire effet. Sous ses doigts, la peau à la consistance de marbre prit bientôt celle de la soie, au dessous elle ressentait la souplesse et la dureté des muscles tendus d'anticipation. Elle aurait pu se perdre rien que dans l'euphorie de cette sensation. C'était elle à présent qui fermait les yeux.
Puis arriva le premier déclic. Un petit « Hn ! » amusé, presque moqueur. Puis Végéta, l'esquisse d'un sourire de défi au coin des lèvres, sembla vouloir s'étirer vers l'arrière jusqu'à s'appuyer des deux bras sur les bords de la baignoire, laissant ainsi émerger tout son torse couvert de mousse. Il resta dans cette position à la fixer, la défiant de poursuivre ce qu'elle avait entrepris sans flancher.
Bulma cilla.
Puis elle se mit de bon cœur à savonner et masser cette nouvelle zone si fascinante au toucher. Le torse, les bras, le haut du dos qui nécessita qu'elle se plaque contre lui pour l'atteindre. Il se laissait faire, les yeux mi-clos, bougeant parfois pour lui faciliter la tâche, parfois pas pour la forcer à s'approcher davantage.
Masser le bas de son corps et ses jambes coûta de vider entièrement le flacon de savon liquide car bien évidemment tout se diluait sous l'eau. Peu importait, elle n'était pas à un savon près et sa maison était pourvue du meilleur épurateur d'eau de toute la ville. Elle évita soigneusement de passer ses mains sur les parties trop sensibles pour éviter tout dérapage de la situation : elle n'avait pas fini son massage ! Néanmoins, elle sentit comme un léger désappointement de la part de son partenaire lorsqu'il le comprit, quoiqu'il ne lui fit aucune remarque.
Il ne fit pas non plus le moindre commentaire lorsqu'elle commença à se savonner elle-même. Mais il n'avait pas besoin de dire quoi que ce soit pour se faire comprendre : il la dévorait des yeux avec une telle voracité que Bulma se sentait frissonner, alors qu'elle s'offrait à sa vue en se couvrant lentement du savon issu d'un second flacon.
Lorsqu'elle eut terminé, elle s'offrit le temps d'une pause pour le regarder en retour, s'avançant à nouveau dans l'eau vers lui jusqu'à ce que leurs visages ne soient plus qu'à quelques centimètres, souriante.
Confiance.
Là, le regard embrumé mais enflammé d'anticipation qu'il lui retourna lui donna envie de le provoquer. Avec un petit rire, elle lui déposa un baiser sur le bout du nez puis se recula pour ouvrir la vanne de vidange de la baignoire, détournant délibérément les yeux.
Elle l'entendit expirer bruyamment par le nez et changer de position dans l'eau, mais il ne répondit pas à la provocation.
Ils attendirent dans un silence calme mais tendu que le niveau de l'eau baisse, dévoilant leurs corps qui se couvraient de mousse en même temps. Bulma jetait des regards en coin à son guerrier, mais avait toutes les peines du monde à détourner à nouveau la vue de lui pour maintenir sa provocation. Végéta ne tarda pas à s'en rendre compte, il resta donc sagement installé, appuyé vers l'arrière sur le bord de la baignoire, laissant le niveau d'eau baissant et la mousse le mettre en valeur aux yeux de la femme qui feignait l'ignorer, retournant ainsi la provocation.
Cela fonctionna, car bien vite, Bulma n'y tint plus, le regard brûlant de l'homme sur elle et le froid de l'air sur sa peau mouillée ne l'aidant pas à garder son focus. Elle frissonna. Elle attrapa maladroitement la pomme de douche et mit l'eau chaude à couler avant de se lever pour se rincer. L'expiration brutale de Végéta voyant la mousse quitter son corps lui permit de regagner un peu de son assurance. Elle prit le temps de se cambrer en arrière en passant complètement sa tête sous le jet d'eau, afin de bien mettre en valeur sa poitrine et le travail titanesque qu'elle avait accompli sur ses abdominaux pour récupérer un joli ventre après la naissance de Trunks. En vérité, elle l'avait souvent fait en pensant à lui, même si elle refusait alors de le reconnaître.
Mais à quoi bon se mentir davantage ? Songea-t-elle en s'essuyant les yeux pour rencontrer le regard de braise de Végéta rivé sur elle. Souriante, elle lui tendit la main pour l'inviter à la rejoindre sous le jet d'eau.
Évidemment, elle n'obtint pour toute réponse qu'un froncement de sourcils. Végéta se méfiait manifestement toujours des mains tendues. Elle se justifia donc : « Je t'ai promis un massage après le bain. On ne va quand même pas mettre de la mousse plein ton lit... »
Première seconde. Un haussement de sourcils. Perplexité. Le massage n'était donc pas déjà fini ?
Deuxième seconde. Un plissement des yeux. Méfiance. Le lit pour destination était-il prévu au départ ? Était-ce acceptable ?
Troisième seconde. Le rictus moqueur. Défi. Nouvelle destination acceptée. D'un mouvement leste, il se leva à son tour et s'approcha d'elle : « Dépêche-toi alors ! » Grogna-t-il entre ses dents.
« Oh ? Le taquina Bulma. Le grand guerrier Végéta montrerait-il des signes d'impatience ? »
Elle réalisa immédiatement son erreur lorsque le sourire de défi face à elle tomba d'un bloc. Elle venait de faire allusion à ce qu'il assimilait à présent aux mensonges de sa vie passée. Eh ! Il n'allait tout de même pas se sentir blessé quand on lui disait qu'il est un grand guerrier ! Inacceptable ! Une diversion, vite !
Végéta poussa une exclamation de surprise en se prenant le jet d'eau en pleine figure.
« Oups. Fit Bulma en prenant un air faussement innocent. Je suis maladroite ! Mais c'est ta faute aussi, comment tu veux que je ne sois pas distraite avec un corps pareil sous les yeux ? »
Il cilla brutalement. Ça semblait marcher...
« Eh ! Protesta-t-il en se prenant un second jet d'eau droit dans les yeux. Mais tu te fous de ma gueule ?
-Re-oups. Répondit Bulma en affichant son plus beau sourire de défi. C'est tellement tentant ! Qu'est-ce que tu vas faire pour riposter ? »
C'est alors que, comme au ralenti, elle vit les yeux noirs du guerrier se plisser et ses doigts se plier à côté de ses flancs nus. L'instant d'après, le pommeau de douche lui avait échappé des mains et elle se prenait un jet d'eau froide en pleine figure.
« Ah ! » Glapit-elle en reculant par réflexe, se cognant les pieds contre le bord de la baignoire, glissant dans la mousse en tombant vers l'arrière dans une chute qui aurait pu être très grave si elle ne s'était pas retrouvée affalée sur les genoux et plaquée contre le torse brûlant de Végéta qui s'était miraculeusement retrouvé assis sur le rebord derrière elle, la sécurisant d'un bras.
« Effectivement tu es maladroite. Susurra-t-il d'un air mauvais. Tu as peut-être besoin de reprendre un peu tes esprits...
-Aaaaah ! S'écria à nouveau Bulma en se débattant contre le jet d'eau glacée projeté sur son ventre. Arrête c'est froid !
-Oui, c'est le but. » Ricana Végéta sans relâcher sa prise autour de la taille de la jeune femme qui se sentait soudain prise au piège. Plus elle se débattait en protestant pour échapper au froid, plus il déplaçait le jet d'eau vers le bas de son ventre, jusqu'à passer le pommeau de douche entre ses jambes sans qu'elle parvienne à le repousser. Là, Bulma se figea, ne parvenant pas à déterminer si cette sensation dans sa zone la plus intime était terriblement désagréable ou bien terriblement excitante.
« Voilà. Murmura Végéta dans son oreille. Tu t'es calmée maintenant ?
-T... Tu vas me le payer. » Parvint-elle à bafouiller entre ses dents serrées.
Elle ne perçut en retour qu'un ricanement avant qu'enfin il ne la relâche, la laissant tomber à quatre pattes dans la baignoire pleine de mousse et d'eau froide. Elle leva vers lui un regard noir auquel il répondit par son habituel rictus, en se rinçant comme si de rien n'était sous le jet d'eau froide qui l'éclaboussa au passage.
Il coupa l'eau puis sortit de la baignoire avant de se retourner à nouveau vers elle. Il eut alors un geste des plus inhabituels qui soient : il lui tendit la main. « Besoin d'aide pour sortir de là ? J'attends toujours mon massage, moi... »
Après la douche froide, ce fut une vague d'offuscation : « Je peux me relever toute seule, merci ! » Protesta-t-elle en s'exécutant.
Puis fièrement, elle sortit à son tour et s'en fut prendre une serviette dans le placard et en jeter une seconde à Végéta qui l'intercepta sans peine et toujours sans se départir de son rictus. Dommage, elle aurait bien voulu la lui lancer en pleine figure... Mais elle avait encore d'autres projets pour lui. Le fait qu'il la regardait et la considérait, la provoquait et répondait à sa provocation... Il ressemblait en ce moment vraiment à cet amant avec qui elle avait joué si dangereusement durant les mois les plus intenses de toute sa vie. Elle voulait jouer encore...
Round 2. Enroulée dans sa serviette, enfin sèche et réchauffée, les cheveux rapidement essorés, elle lui fit signe d'un geste ferme de la suivre jusque dans la chambre. Elle eut toutes les peines du monde à ne pas se retourner pour savoir s'il était derrière elle ou non, mais eut bien vite sa réponse arrivée devant le lit lorsqu'une paire de mains solides la saisit par la taille et la projeta sur le matelas.
« Eh ! » Protesta-t-elle en se retrouvant allongée sur le dos avec le visage de Végéta à cinq centimètres au dessus du sien.
Première secondes. Le cœur qui s'emballe, les doigts qui picotent, le regard qui se noie.
Deuxième seconde. Les mains qui se lèvent de leur propre initiative, la sensation de la peau brûlante de ses flancs musclés sous ses doigts impatients.
Troisième seconde. Focus. Focus...
« Eh ! C'est toi qui es censé t'allonger si tu veux ton massage ! » Protesta-t-elle faiblement en tentant de faire basculer sur le côté la muraille au dessus d'elle avec ses mains fébriles.
Il ricana sans bouger d'un pouce : « C'est pas exactement un massage que j'ai en tête en ce moment...
-Ah bon ? Tu as changé d'avis ?
-Je fais ce que je veux.
-Peut-être, reconnut Bulma en luttant pour garder la tête froide, mais moi je t'ai dit que tu allais me le payer pour l'eau froide tout à l'heure.
-Et alors ? Fit-il en haussant un sourcil.
-Alors, reprit-elle en tentant à nouveau un effort pour le faire basculer sur le côté, je te défie de tenir jusqu'à la fin de ce massage sans succomber à mon charme dévastateur !
-À ton quoi ? La nargua-t-il.
-Ne fais pas l'idiot ! Se vexa Bulma. Alors, tu t'installes ou tu es un trouillard ? »
Cette fois, la provocation fonctionna.
À la première seconde, Végéta plissa les yeux et la foudroya du regard.
À la deuxième seconde, Bulma lui répondit par un sourire de défi.
À la troisième seconde, il lui répondit par son propre rictus. Elle fut prise d'une envie folle de plaquer ses lèvres contre ce sourire si insupportable.
À la fin de la troisième seconde, le guerrier recula pour tenter de s'installer sur le matelas à côté d'elle. Manifestement mal à l'aise à se coucher sur le ventre, il préféra bien vite s'installer sur le dos, la bosse saillante sous la serviette nouée autour de sa taille servant d'explication.
Bulma déglutit bruyamment en s'asseyant. Elle avait défié Végéta de tenir jusqu'à la fin du massage sans succomber à son charme, mais ce défi était à double tranchant. Elle ferma les yeux le temps d'une profonde inspiration.
Affection
Puis elle s'approcha de lui en souriant. Et tendit les mains.
Elle commença par le cou et les épaules, pinçant cette fois les muscles de toutes ses forces. « Ouch, c'est tendu tout ça... Commenta-t-elle. Détends-toi, respire profondément. »
Alors qu'il s'exécutait, elle se rapprocha davantage pour affirmer sa prise sur ces pauvres muscles en souffrance. L'option la plus logique : elle enjamba son corps massif pour se positionner à genoux avec les jambes de part et d'autre de ses flancs. Elle ne prêta pas garde à sa propre serviette qui se dénoua durant le process, tombant lâchement sur ses hanches. En revanche, elle perçut clairement la tension revenir immédiatement dans les muscles des épaules de Végéta alors qu'il la dévorait des yeux et que ses mains se posaient sur ses genoux.
« Chhhhhhht. Murmura-t-elle d'une voix apaisante. J'ai dit détends-toi, mon prince, et profite ! Tu ne le regretteras pas je te promets... » Ce faisant, elle pressa à nouveau de toutes la force de ses petites mains sur les muscles saillants de ses épaules.
« Tu as intérêt... Marmonna-t-il en se laissant enfin fermer les yeux.
-Fais moi confiance. Respire. Lentement. Profondément. »
À mesure qu'elle massait tous les nœuds à sa portée, sur son cou, ses épaules et ses bras, Bulma descendait lentement son visage et synchronisait sa respiration avec celle de l'homme qui s'offrait à elle. Jusqu'à arriver de nouveau à poser son front contre le sien. Calmement.
« Tu es si beau. » Susurra-t-elle contre son visage.
En réponse, les yeux en face des siens s'ouvrirent, la submergeant de ténèbres mystérieuses dans lesquelles elle avait envie de plonger toute entière.
« Je sais pas si tu as la moindre idée de l'effet que tu as sur moi quand tu me regardes comme ça. » Avoua-t-elle. Parler ainsi à cœur ouvert était un exercice très nouveau et maladroit pour Bulma, surtout quand il était question de Végéta, mais elle était convaincue que c'était nécessaire.
Les yeux noirs ne lui répondirent pas, mais elle entendit une expiration rapide, semblable à un petit rire. Le jeu des confidences ne semblait pas le déranger si c'était pour flatter son ego mutilé. Son regard se troublait de plus en plus à mesure que Bulma massait, déplaçant ses mains sur ses bras musclés. En se relevant un peu pour le contempler, elle l'encouragea à remonter ses bras au dessus de sa tête et il s'exécuta.
« Tu m'étonnes que tu as dû en repousser des centaines, de filles qui voulaient tenter leur chance avec toi. Tu es bâti comme un Dieu ! » Commenta-t-elle dans un souffle.
À travers la fente de ses paupières, le regard du guerrier était trouble mais soutenait le sien calmement. Lui qui s'était si longtemps méfié des autres baissait en cet instant sa garde sans crainte. Peut-être pensait-il ne plus rien avoir à protéger en lui. Ou peut-être, du moins elle voulait y croire, peut-être lui avait-il accordé un peu de sa confiance.
Les doigts de Bulma erraient habilement sur son corps, passant à nouveau sur son crâne et son front tendu, sans empressement, sur les côtés de son visage et sa mâchoire si serrée, remontant sur les oreilles avant de redescendre vers son cou et sa nuque. Avec émerveillement.
« J'ai toujours du mal à croire à la chance que j'ai quand je suis avec toi comme ça. » Avoua la jeune femme, les joues brûlantes mais s'habituant de plus en plus à cet exercice de confidences duquel elle n'était pas repoussée. « Tu me rends folle, tu sais. Tout le temps. Pas seulement quand tu m'énerves. Je n'ai jamais rencontré personne qui soit capable de me faire vibrer à ce point, de jouer avec mes nerfs comme tu le fais. Je ne pense pas qu'il existe d'autres personnes comme ça. Ça me rend folle mais je crois que ça me rend accro aussi. Accro à toi... »
Cette fois elle obtint une réponse : les yeux noirs s'entr'ouvrirent un peu plus tandis que l'un de ses sourcils se haussait, entraînant dans leur mouvement le coin des lèvres du guerrier dans une esquisse de rictus trop détendu pour être moqueur. Bulma lui sourit en retour de toute la sincérité de son cœur palpitant. Il était si beau...
Le massage était à présent descendu sur son torse honteusement musclé, sur lequel chaque muscle tendu attendait ses mains avec anticipation. Bulma s'était complètement redressée à présent et couvait des yeux chaque cicatrice, chaque recoin de de peau, souhaitant déposer un baiser sur chacun d'entre eux. Elle en risqua un sur le creux de sa clavicule, s'attardant le nez et les lèvres contre sa peau pour mieux savourer son parfum mâle mêlé aux huiles essentielles du bain. Ledit mâle lui répondit par un grognement à peine audible, l'incitant à reprendre son massage ou à clarifier son changement d'intention.
Malheureusement pour lui, Bulma n'en avait pas fini de danser sur la corde entre les jeux de détente et les jeux sensuels, car à mesure que ses mains descendaient sur son torse puis ses flancs et ses abdominaux, le massage se faisait de plus en plus léger, ressemblant davantage à une caresse lorsqu'elles arrivèrent au niveau de sa taille.
« Il y a tant de choses que j'ai envie de te donner... Des choses que je n'ai jamais donné à personne d'autre... » Murmure-t-elle en décalant sa position au dessus de lui.
Elle est à présent en mesure de masser ses cuisses, où elle risque ses doigts avec une infinie douceur, prenant tout son temps, commençant son errance par l'extérieur. Ses doigts insatiables glissent sur sa peau brûlante, retirant peu à peu la serviette nouée autour de son bassin, prenant bien garde d'éviter les parties sensibles, s'aventurant petit à petit de plus en plus vers l'intérieur des cuisses, de plus en plus haut sous la serviette jusqu'à l'avoir complètement dénouée et écartée, lui révélant la vue imprenable de l'homme entièrement nu et offert à ses caresses.
Sa respiration s'est accélérée et ses yeux fermés sont plissés sous ses sourcils à moitié froncés. En cet instant, il paraîtrait presque de retour à son état normal, avant que tout cela n'arrive, avant que sa volonté ne se brise. Pourtant il reste immobile, presque trop passif malgré sa tension évidente.
« J'ai tellement envie de toi... » Soupire Bulma en autorisant enfin ses doigts à commencer de doux passages furtifs sur le membre tendu d'anticipation devant elle. Les passages furtifs se muent en caresses. Un baiser déposé furtivement sur ses abdominaux permet à ses seins nus d'effleurer la même zone. Et de muer à nouveau l'effleurement en caresse. Les lèvres de Bulma descendent peu à peu, prenant le temps de contourner l'os de son bassin. Elles aussi veulent caresser cette zone qui fait accélérer la respiration de son homme et tendre ses muscles. Elles aussi veulent le faire soupirer. Mais juste le temps d'une caresse et d'un souffle chaud pour cette fois...
Tendresse.
Car cette même caresse langoureuse, elle peut également la donner avec son propre sexe, repoussant encore plus loin les limites de leurs deux impatiences pour profiter encore un peu plus longtemps de la douce extase du désir. Bulma est à nouveau penchée au dessus de lui. Elle le dévore du regard comme si le moindre signe de sa part pouvait permettre de mettre un terme à cette attente si délicieuse mais tout autant insoutenable. Ils sont si proches...
Ce son... Ce grondement sourd qui emplit la pièce en cet instant, et qui émane de la gorge de Végéta... Cela fait véritablement des années qu'elle ne l'a pas entendu... Comme une flamme éteinte et soudain ravivée dont on avait oublié la luminosité et qui nous illumine comme au premier jour. Ce son étrange la fait vibrer toute entière. L'homme sous elle a beau ne pas réagir, tout son corps tendu indique à Bulma combien il est présent dans cet instant suspendu dans le temps, combien il apprécie le moment, combien il la désire. Il entr'ouvre les yeux et la fixe avec une telle intensité qu'elle pense chavirer.
À cet instant, les mots qui échappèrent des lèvres de Bulma, au moment de succomber et de s'enfoncer sur lui, de s'offrir toute entière à lui autant qu'elle avait envie de lui appartenir, ces mots qu'elle prononça, elle n'avait pas envisagé de jamais les dire même dans ses rêves les plus fous.
« Je t'aime Végéta. »
Et le verre se brisa.
Dans la fraction de seconde de stupeur qui s'ensuivit, l'illusion vola en éclats. L'atterrissage fut brutal.
Bulma se retrouva projetée sur le matelas à plus d'un mètre de Végéta, assis, qui la fixait d'un air incrédule : « Quoi ? »
Tout autant décontenancée, Bulma lui rendit son regard en tentant de réguler sa respiration. Tout son corps criait à l'injustice, au manque. « Qu'est-ce que tu fais ? Qu'est-ce qu'il y a ? » S'affola-t-elle en tendant la main vers lui.
Expirant bruyamment par le nez, il lui jeta en réponse un regard accusateur qui la dissuada de s'approcher davantage, se redressant à genoux sur le lit, un pied devant lui comme prêt à bondir. Lui aussi semblait peiner à calmer sa respiration. « Salope ! C'est à ça que tu voulais en venir ? Tu pensais profiter de la situation pour me piéger ? Tssss ! J'aurais dû m'en douter !
-Non mais oh ! Se vexa Bulma en adoptant à son tour une position défensive. Tu ne vas quand même pas te vexer parce que je t'ai dit Je t'aime ! C'est pas une insulte que je sache ! Crétin !
-J'en n'ai rien à foutre de ce que tu penses ! S'exclama-t-il en pointant vers elle un index accusateur. Si tu t'imagines pouvoir me faire répondre en écho à toutes les conneries que tu dis, tu te fourres le doigt dans l'œil !
-Non mais tu es con ? Je ne t'ai rien demandé de me répondre du tout ! Voilà ce que je récolte pour avoir osé mettre mes sentiments à plat devant toi parce que je pense que tu le mérites ? »
Végéta cilla. Il mit moins d'une fraction de seconde à se reprendre pourtant, mais cette fraction de seconde n'échappa pas à l'œil vif de la femme offensée. Avait-il donc cru qu'il devait lui répondre ? Réciproquer ses sentiments ? Pourquoi ne s'était-il pas vexé plus tôt alors ?
« Ose me dire, contre-attaqua l'homme à l'honneur blessé, qu'en me disant ça tu n'espérais pas pouvoir me garder rien que pour toi jusqu'à la fin des jours. »
Bulma hésita une fraction de seconde de trop avant de répondre : « Je ne cherche pas à t'emprisonner si c'est ce qu...
-Sale menteuse ! Tout ce qui sort de ta bouche ce sont des mensonges ! J'aurais dû m'en douter venant d'une manipulatrice dans ton genre ! Tout ce que tu as cherché à faire c'est de me piéger ! C'est vraiment pathétique ! Je croyais que tu me connaissais mieux que ça !
-C'est moi qui pensais que tu me connaissais mieux que ça ! Répliqua Bulma arrivée si proche de lui pour le foudroyer du regard qu'elle put appuyer son index sur le torse de Végéta d'un geste accusateur. Je dis ce que je pense et j'assume ce que je dis. Tout ce que je t'ai dit que je ressens pour toi, je le pense et je ne regrette pas de te l'avoir dit ! Et si je te dis que je n'attends rien de ta part en retour, je le pense ! Et si tu n'en veux pas, je n'en pense pas moins alors débrouille-toi avec ça. Moi au moins je suis au clair avec moi-même ! Tu as conscience que dans ma culture c'est quand même un sacré aveu de faiblesse ? Tu as idée de la dose de courage qu'il faut pour le dire ?
-Je n'en ai rien à foutre de tes sentiments à la noix ! Rétorqua Végéta en chassant sa main et se levant lestement. Tu ne représentes rien pour moi, je croyais que tu le savais ! »
Ça faisait mal. Mais ce fut tête haute et regard franc que Bulma se leva à son tour pour le jauger avec sévérité. C'est là qu'elle remarqua un détail : « Végéta, regarde-moi et répète-moi ce que tu viens de me dire. » Ordonna-t-elle d'une voix vide.
Végéta se tenait devant elle, droit et fier, dans toute sa splendeur mâle mise à nu, poings serrés à ses côtés. Mais il ne s'était manifestement pas rendu compte qu'il fixait la fenêtre, et non la femme qu'il venait de rejeter si violemment. Il cilla brutalement et fronça les sourcils, mais refusa de se tourner vers elle.
Pour Bulma, la blessure du rejet se mua en sentiment d'offense : « Végéta, si tu es un homme, ose répéter ce que tu viens de me dire en me regardant dans les yeux. » sa voix était froide et posée mais elle était au bord des larmes.
Cette fois la réaction fut immédiate. Le regard noir de Végéta se planta dans le sien, glacial et tranchant.
Il n'aurait pas réussi à la regarder dans les yeux si elle ne l'avait pas provoqué. Végéta venait seulement lui-même de réaliser que son regard avait perdu son focus au moment de prononcer ces mots qui auraient dû le libérer. C'est seulement à ce moment-là qu'il avait su qu'il avait menti. À elle et à lui-même. Il n'arrivait pas à la regarder. D'ordinaire il mentait mieux que ça. D'ordinaire il s'en fichait.
Et à présent qu'il la fixe droit dans les yeux, il lit en elle toute une houle de sentiments. Elle les assume, elle, fière et droite face à lui. Pourquoi n'arrive-t-il pas à trouver les mots pour assumer à son tour ce qu'il vient de lui dire ? Pourquoi rend-elle toujours les choses aussi compliquées ?
À défaut de mots, Végéta la saisit par la gorge et s'approche d'elle, menaçant, tentant bien de lui signifier à nouveau combien il est parfaitement capable de mettre un terme à sa vie d'humaine insignifiante ici et maintenant. Et que cela n'a pas d'importance pour lui.
Mais comme toujours, elle le contrecarre. Elle dresse la tête dignement, et soutient son regard. Son regard, d'ordinaire si flamboyant et si vif. Son regard est triste. Il en est le responsable. Il hésite.
Sa lèvre inférieure tremble. Une petite étoile perle au coin d'un de ses yeux bleus et chemine lentement sur sa joue rose. Une simple larme, elle s'est trahie.
S'il ne réagit pas dans la seconde, il va l'embrasser.
Première seconde. Bulma se sent juste brutalement repoussée vers l'arrière avant de réaliser que Végéta vient de la lâcher. Elle ne comprend que trop tard ce qui se passe en voyant Végéta faire un pas en arrière et, le visage crispé, former une petite boule d'énergie au creux de sa paume.
Deuxième seconde. « Non... » Murmure-t-elle faiblement. Mais c'est trop tard, la sphère est lancée, le regard de Végéta s'est fermé.
À la troisième seconde, la large fenêtre à côté d'eux explose dans un fracas assourdissant de verre et d'aluminium. Bulma enroule ses bras autour de son visage pour se protéger.
Lorsqu'elle baisse les bras, Végéta est parti. Elle se précipite vers le trou béant laissé dans le mur à la place de la fenêtre qui était pourtant ouverte. À peine à temps pour apercevoir au loin une petite sphère de lumière bleutée disparaître à l'horizon.
« Ne t'en vas pas... » Termina-t-elle sa phrase dans le vent.
Une bourrasque fut la seule réponse qu'elle reçut. Le point à l'horizon eut bientôt disparu.
Bulma pinça les lèvres, redressa la tête, serra les poings. Puis elle essuya l'unique larme sur sa joue et tenta un mince sourire. Le goût de rouille auquel elle s'était habituée comme un à désagréable arrière-goût venait de disparaître, laissant la place à un parfum ténu de métal en fusion.
Étape 5 : Attendre que le système retrouve son équilibre... ou en trouve un nouveau.
