Je te hais !

La haine monta en moi comme une tornade incontrôlable. Qu'est-ce que... Mais qu'est ce qu'il m'arrivait ? Cet homme était l'un de ceux qui m'avaient chassée il y a neuf ans, d'accord mais… cette haine ne m'appartenait pas.

Le goût du sang entacha ma bouche et je me pétrifiai de terreur. Une brûlure apparut dans le creux de mes reins, et remonta lentement tandis qu'une autre se répandait depuis mes yeux. Je courbai le dos en entourant mon ventre de mes bras, ma peau commençant à me piquer.

Je gémis de douleur.

- Hey ? Demanda Law. Il y a un problème ?

J'entendis ses pas s'approcher.

- NON ! Recule, ne t'approche surtout pas !

Je tentai de me redresser alors que la douleur augmentait dans mon dos, tachant de la refouler, de reprendre le contrôle de moi-même. Law me fixait, une main tendue vers moi à quelques pas, sourcils froncés, le regard fixé sur mes yeux qui, je le savais, avaient désormais virés au carmin. Je pris une inspiration tremblante et fermai les paupières de toutes mes forces.

Non... Pas maintenant. Pas depuis tout ce temps. Et pas près de Trafalgar Law, le tout premier humain que je rencontrai depuis cette ultime fois. Je me battais intérieurement face à cette vague de haine qui brûlait au plus profond de moi, me murmurant du sang, des tripes répandues au sol, imitait le bruit des os brisés du vieil homme, me montrait l'image de sa carcasse méconnaissable étendu sur la plage, baignant dans son sang. Tout cela, je le contenais, je l'avais déjà vécu, la soif de vengeance, et je crus parvenir à...

L'image de Law apparut alors dans mon esprit. Law, cloué à l'arbre le plus proche, les vêtements déchirés, en lambeaux dénudant des pans de chair à vif, et moi, le surplombant, mon couteau à la main, plongeant encore et encore ma lame dans sa peau, tranchants les muscles, sectionnant les tendons, brisant un par un le moindre de ses os avec un sourire de pure jouissance, les yeux révulsés...

Je tentai de chasser l'image, sachant pertinemment qu'elle voulait me déstabiliser pour mieux me contrôler. Alors une nouvelle image envahit mon esprit : cette fois, je plantais directement mes dents dans son cœur encore battant que je tenais entre mes mains en coupe recouvertes d'un sang qui coulait abondamment sur mes avant-bras, et Law gisait la poitrine ouverte à mes pieds. Je pouvais presque sentir l'horrible consistance sur ma langue.

- NON ! Hurlai-je en sentant reculer ma conscience devant l'inhumanité et la cruauté qui remontaient en moi.

La brûlure atteignit alors mon crâne, et tout devint noir.

POV Law :

Ses yeux... rouges sang comme la dernière fois. Mais qu'est-ce que cette fille avait ? Elle semblait souffrir énormément, son visage était déformé par une grimace de douleur intense, le corps plié en deux, les mains serrées autours d'elle, parcourue de tremblements. Un nouveau hurlement lui échappa, et elle s'écroula.

Il la rattrapa avant qu'elle ne heurte le sol, mais avant qu'il n'ait le temps de faire quoi que ce soit, la main de la jeune fille lui saisit brutalement la gorge et le plaqua sur le sable avec une force insoupçonnée.

- Putain de...

Son exclamation étonnée s'étrangla dans sa gorge alors qu'elle augmentait la pression sur sa carotide. Elle ne le regardait même pas, accroupie au-dessus de lui, son visage était fixé sur le vieux qui s'était figé, surpris par la tournure que prenaient les événements.

- Et bien...Je ne pensais pas que tu te laisserais faire Trafalgar.

- Imbécile.

La voix, ravissante, séductrice, renfermait également un sifflement de de cruauté et de mépris. Et cette voie appartenait à Aylan. Law plissa les yeux tandis que le vieux pâlissait brusquement et laissait une exclamation horrifiée s'échapper de sa bouche.

La pression sur la gorge de Law s'atténua, et Law put légèrement tourner la tête en arrière pour apercevoir le mécanicien à travers les longs cheveux d'Aylan qui lui cachaient la vue. L'homme avait hoqueté à l'entente de cette voie. Comme s'il la connaissait déjà. Le Chirurgien de la mort tourna alors son regard vers la jeune femme qui le surplombait, et son expression, si elle n'allait pas jusqu'à l'effrayer, le déconcerta.

Il ne savait pas comment prendre le nouveau comportement de sa nakama, mais rien que la force et la facilité avec lesquelles elle l'avait maîtrisé ne laissaient rien paraître de bon, alors voir une telle expression sur son visage... Elle avait un regard dément, les yeux flamboyants, un sourire à la courbe délicieuse empli de cruauté et de joie à la fois. Son visage s'était contracté de façon si étrange, changeant ses traits en masque de haine et de malveillance. Et pourtant elle en était étrangement attirante.

Law ragea intérieurement, mais prit soin de rester parfaitement immobile. Il était temps d'en apprendre un peu plus sur cette étrange fille.

L'attention de cette dernière était désormais fixée sur le vieil homme, et au fur et à mesure, sa main s'écartait du cou vulnérable du chirurgien.

- Tu es vraiment resté un parfait imbécile depuis tout ce temps. Reprit la voie venant d'Aylan. Alors comme ça tu crois que nous sommes en couple ? Il faut bien admettre que mon nouveau capitaine – elle sembla cracher ce mot avec mépris- est des plus séduisant, et qu'il ne la laisse pas indifférente, mais moi...

Sans quitter des yeux le vieux en face d'elle, elle fit glisser lentement sa main sur la joue de Law, descendit vers son torse et resta un moment à caresser le torse musclé du jeune homme, qui s'appliqua à ne pas bouger d'un poil. Si c'était de la schizophrénie, elle était rudement atteinte.

- Tu vois ? Je lui fais exactement ce que je veux, et en plus il ne dit rien. C'est un gentil chien, il a compris qui était son maître.

Le ton doucereux se transformait peu à peu en ton haineux et sifflant, sans perdre une bribe de sensualité. La main quitta le torse du chirurgien et gifla à pleine volée la joue de Law dont le visage partit rudement sur la droite. Il sera les dents. Ne pas s'énerver… pas tout de suite. Elle lui accordait de moins en moins d'attention, ses muscles se crispaient au fil du temps qui s'écoulait, et il pouvait sentir la tension émaner de son corps.

- Ce... n'est pas possible ! Balbutia enfin le mécanicien, la voix tremblante et envahit par la panique Tu ne peux pas être... ça ! La petite fille qui.. oui, je te reconnais.. il y a 11 ans... mais tu n'es pas... tu es...

- Oh ? Te souviendrais-tu enfin de moi ? Elle, il y a 11 ans... et Moi, il y en a 15. Tu vois ? Elle, Moi...Moi...Elle... Tu te souviens Méphiré ?!

La fin de sa phrase se termina en véritable rugissement alors qu'elle bondissait soudainement vers le vieil homme qui s'effondra de terreur dans le sable et glapit pathétiquement. Elle sentit alors un étau se refermer sur sa cheville et avant d'avoir atteint sa cible, elle fut projetée plusieurs mètres plus loin sur la droite.

Ne prêtant aucune attention au vieux, Law qui s'était remis debout en un clin d'œil activa sa Room et se téléporta juste derrière elle avant d'assommer la jeune femme d'un puissant coup contre la nuque. Aylan s'écroula sans un cri.

- Nom de dieu ! Jura Law avec colère. C'était quoi ça ?

Sans perdre de temps, il attacha sans douceur les mains et les pieds de sa nakama évanouie avec l'écharpe qui entourait sa taille, même s'il se doutait que cela ne tiendrait pas longtemps si ce n'était pas Aylan qui se réveillait. Au moins il serait averti par le bruit de déchirure du tissu.

La rage qu'il contenait depuis qu'il s'était fait avoir en beauté par Ayl... non, ce n'était pas elle… par cette chose remontait désormais en flèche, et il marcha vers le mécanicien horrifié à grands pas furieux, la joue encore brûlante. Arrivé devant lui, il le saisit brutalement par le col et le souleva du sol, sans prêter attention à un nouveau cri de peur de sa part.

- Réponds. Siffla-t-il. Tu la connais, et elle connaît ton nom également. Qui est-elle ? répond moi ou je te promets que tu vas le regretter.

- Lâche-moi Trafalgar ! Glapit d'une voie terrorisée Méphiré. je...Je ne sais...

La main du chirurgien se resserra sur son cou. Méphiré n'avait jamais vu autant de colère briller dans les yeux de cet homme qui lui avait sauvé la vie il y a de cela quelques années.

- Je viens de me faire clouer au sol par ce truc qui a remplacé Aylan, il n'est pas question que je laisse passer ça une seconde fois. Je t'assure que je n'hésiterai pas une seconde à achever ce que cette chose a voulu commencer si ton explication ne me convient pas. Tu as trois secondes pour te décider à me répondre.

- Law, attends...

- Un.

- Tu ne comprends pas, c'est-...

- Deux.

- Tu ne vas quand même pas...

- Adieu Méphiré.

L'étau de sa main se resserra impitoyablement, étouffant les propos du vieil homme.

- Huurg.. je vais.. parler ! s'étouffa-t-il en se débattant.

Law le relâcha et il s'écrasa sur le sable. Toussant et crachant, Méphiré s'assit péniblement sur le sol, tenant sa gorge à deux mains tremblantes. Law s'assit en face de lui, tachant de contrôler sa colère, et le mécanicien recula un peu à son geste.

- Raconte. Ordonna sèchement le capitaine, ne lui laissant aucun répit.

Rouge et essoufflé, le vieux sentit cependant qu'il ne fallait pas attendre de pitié de la part du Chirurgien de la Mort, blessé dans son orgueil de pirate et de capitaine. Tentant d'endiguer ses tremblements, il commença difficilement une longue histoire :

- C'é-c'était...hhh... il y a 15 ans. A cette époque, j'étais professeur dans un laboratoire, je t'avais déjà raconté cette période de ma vie… et tu sais comment je me suis retrouvé mécanicien.

Law se contenta de le fixer sans répondre. Le vieil homme déglutit faiblement.

- A cette époque, j'étais sur une autre île, et j'avais un ami très cher, on se connaissait depuis que nous étions enfants. On... peut dire qu'il était mon meilleur ami. Malheureusement, un jour, il a eu... une sorte d'accident. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, mais tard dans la nuit, il est venu frapper chez moi, et je l'ai retrouvé en sang, pâle comme la mort et... les yeux rouges. Comme elle.

Et il indiqua du menton la forme évanouie à cinq mètres d'eux. Law ne le quittait pas des yeux, aussi immobile qu'une statue, attendant la suite.

- Il… il m'a seulement dit qu'il était allé dans la forêt, et qu'il avait été attaqué. Je l'ai emmené dans mon laboratoire pour le soigner, et en effet, il portait de profondes marques de morsures sur la nuque et sur ses membres. Il était parcouru de convulsions, et semblait souffrir le martyre. Après quelques tests, je découvrais qu'il avait en lui un... quelque chose d'indéfinissable. Comme une sorte de virus.

Law haussa un sourcil intéressé.

- Je soignais ses blessures, et il réussit tout de même à s'en sortir. Mais après deux jours passés chez moi à récupérer, le matin du troisième jour alors que je lui apportais son repas, je l'ai trouvé accroupi sur son lit à la manière d'un chat, grondant et crachant de la même manière que...

Il s'arrêta, espérant que Trafalgar Law lui donnerait une indication sur l'origine de la gamine qui l'avait attaqué, mais le capitaine n'en fit rien, le fixant glacialement de ses yeux gris cernés. Il se passa une main tremblante dans ses cheveux trempés de sueur.

- De la même manière qu'elle, reprit-il après une profonde inspiration, et il me sauta dessus, me clouant au sol d'une force inhumaine. Alors qu'il allait me blesser, il s'est arrêté, et ses yeux sont redevenus normaux. Il m'a supplié de le pardonner, me disant qu'il ne voulait pas me faire de mal, que quelque chose l'y poussait. J'ai alors commencé des recherches sur ce fameux virus responsable de son comportement. Et c'est là que... j'ai commis l'irréparable.

Le vieux savant hésita, mais il était décidé à lui confier toute l'histoire, il fallait que quelqu'un sache après tout ce temps de silence et de culpabilité.

- J'ai découvert comment le guérir de son problème. Il a fallu du temps, mais j'ai réussi. J'ai dû fouiller jusque dans les archives de la Marine à travers mes anciens collègues.

Le capitaine des Hearts cilla intérieurement à cette mention. La Marine impliquée dans cette histoire ? Ca devenait encore plus intéressant.

- Il fallait pour cela un deuxième corps, qui devait servir de réceptacle au virus. Continua l'ancien sans l'avoir remarqué. Mais il ne fallait pas n'importe quel animal, non, il fallait un membre de la même espèce que celui infecté, et quand je lui ai appris cela, il était fou de joie. Il n'a pas prêté un instant attention au fait qu'il devait sacrifier un être humain pour être libre, et un soir, il est revenu avec un bébé...un bébé aux yeux turquoises...

A ces mots, Méphiré vit Law se redresser un peu tandis qu'il commençait à comprendre.

- Il... il m'a dit qu'il l'avait trouvé, qu'elle était seule, abandonnée en pleine nature. Ce n'est que plus tard que j'appris que c'était un mensonge. Le « rituel d'échange » était horriblement douloureux pour celui infecté et le virus lui-même, qui avait apparemment une conscience propre selon les écris que j'ai pu obtenir et dont je n'ai pas saisi les trois quarts. Et ce rituel pouvait être mortel pour le corps réceptacle. Il réussit cependant, et mon ami fut de nouveau libre. Complètement cette fois, car il ne le supporta pas et mourut quelques instants après.

Sa voie était devenue vide. Il racontait d'un ton misérable cette histoire horrible qui lui avait coûté son ami, qui était devenu pourtant un monstre à cette époque puisqu'il n'avait pas hésité à enlever un bébé innocent à ses parents pour être libéré.

- Le bébé reçut le virus par échange de sang principalement. Au début, je pensais tuer l'enfant avant qu'elle ne devienne à son tour un monstre et tue d'autres personnes. Mais elle ne changea pas d'un iota. Ses yeux gardèrent leur superbe couleur turquoise des fonds marins, pas une once de rouge. Alors j'ai espéré que la chose était sous le contrôle du bébé. Je me suis dit que, si ce bébé pouvait la contenir à cet âge, il n'aurait aucun mal en grandissant et en devenant plus fort.

Méphiré reprit son souffle un instant avant de poursuivre, les mains resserrées sur le sable.

- Mon hypothèse trouva fondement pendant un temps, après que j'eus simulé son enlèvement par une bête et avoir dit aux villageois que j'avais réussi à la récupérer, mais que mon ami avait trouvé la mort à sa place. On m'honora, moi qui avais maudit le futur de l'enfant, et ses parents furent immensément reconnaissant. Mais je quittais alors l'île, ne pouvant supporter de regarder l'enfant grandir avec en elle cette chose inhumaine.

« Quelques années plus tard, six pour être précis, une petite fille fit son apparition sur la place du marché. J'avais appris quelques jours plus tôt dans le journal, que mon ancienne île avait subi un horrible drame, entièrement décimée par… Quelque chose. Cette petite fille avait les yeux turquoise. J'aurais pu croire à une coïncidence si nous n'avions pas retrouvé des morts un peu après son arrivé, elle sanglotant et couverte de sang à côté d'eux. On la bannit, et on n'entendit plus jamais parler de la petite fille aux yeux turquoise. Jusqu'à aujourd'hui. »

Méphiré se tut, reprenant son souffle dans un frisson, plongé dans ces souvenirs. Il avait presque oublié la présence de Trafalgar Law à côté de lui. Ce dernier resta silencieux un moment, puis se leva. Le mécanicien le regarda, hésitant.

- … Law ?

- Répare mon sous-marin. Dit-il d'une voie impassible. Commence maintenant, je te fournis tous les hommes de mon équipage.

- Mais je...

- Maintenant. Le coupa le capitaine d'une voie sans appel.

- Mais tu ne vas pas la laisser vivre ! Il faut l'achever tant qu'elle est inconsciente et-…

- Si tu reparles d'elle et de ce qu'il s'est passé à qui que ce soit Méphiré, tu regretteras le jour de ta naissance pour le restant de ta vie.

La voix de Law frappa le savant de plein fouet, ses yeux manquant se révulser sous le trop-plein d'émotion et de peur. Il lâcha un hoquet terrorisé et déguerpit au plus vite, les jambes toujours flageolantes, en direction du village où tout l'équipage était parti. Law se détourna et alla vers la jeune fille inconsciente. Il s'accroupit près d'elle, repoussa quelques mèches de cheveux bruns encore boueux par endroit.

Ainsi elle possédait une... chose en elle. Voilà pourquoi elle restait aussi loin de tout être humain. A ce qu'il pouvait en déduire, elle perdait le contrôle sous le coup d'une émotion intense, ou plutôt, lorsqu'elle était profondément déstabilisée.

En tout cas, le résultat était effrayant. Mais quelle combattante elle ferait si elle pouvait se contrôler. Quelle force incroyable. De toute façon, elle l'avait prévenue qu'il ne la connaissait pas et il avait quand même tenu à ce qu'elle vienne dans son équipage. Il ne reviendrait jamais sur sa parole, plus particulièrement maintenant qu'il savait que la Marine y était d'une façon ou d'une autre mêlée. Il pourrait faire jouer cela à son avantage.

Les révélations de Méphiré avaient été très intéressantes, peut-être même qu'il pourrait trouver une solution à ce problème, ce... virus comme il disait. S'il y avait intérêt du moins, ce qui restait à voir. Il allait devoir lui demander les résultats de ses expériences pour pouvoir approfondir le sujet.

Un mouvement attira alors son attention. La jeune femme avait bougé la tête. Il se pencha avec prudence pour voir ses yeux. Elle ouvrit lentement les paupières... des yeux turquoise. Soulagé, Law souffla doucement et relâcha sa pression sur sa tête. Il trancha l'écharpe avec le couteau de sa nakama qu'il lui avait retiré et le rangea au passage dans son fourreau,.

- Ouh... Ma tête... Qu'est ce qui s'est passé ? Marmonna Aylan d'une voie pâteuse.

- Tu ne te souviens de rien ?demanda Law, la regardant attentivement.

- Law ? je... pourquoi tu me regardes comme ça ?

Sa voie s'était soudainement emplie de tension, et il revint plonger ses yeux dans les siens. Les orbes bleus le fixaient, un doute de plus en plus grand enflant en elle. Voyant que son capitaine ne répondait pas, elle détourna les yeux.

- Qui est mort ?

Sa voix était morne, comme lassée d'elle-même. Étonnement, l'entendre parler, retrouver les intonations de sa voix à elle le réconforta, et il sourit. Aylan le regarda, pensant qu'il avait perdu l'esprit.

- Tu as la cervelle d'un mollusque ou quoi ? ? Réponds ! J'ai tué quelqu'un ou pas ?!

- Tu vas apprendre à me parler sur un autre ton ! Asséna-t-il sèchement.

Mais il se força à se calmer devant son air angoissé, et il finit par répondre :

- Non, je t'ai retenu.

Law sentait que cela représentait un grave problème pour elle, assez important pour s'isoler pendant 11 ans de sa vie. Aussi, il allait essayer de la mettre en confiance.

- Tu... tu m'as retenue… contre elle ?

Sa voix, bien que profondément soulagée, était choquée par sa déclaration.

- Bien sûr, qu'est-ce que tu crois ? Que j'allais te laisser décimer le village et foutre un joyeux bordel toute seule ? Ce n'est pas mon genre miss.

- Mais... mais…

Elle semblait incapable d'expliquer ce qu'elle ressentait.

- … ça ne te dérange pas ?

- De quoi ? Dit-il, faisant mine de ne pas comprendre.

- Tu le sais très bien, arrête de jouer avec moi ! J'abrite un monstre en moi, un monstre que je ne peux pas contrôler, et qui peut faire du mal à ceux qui m'entourent ! Ça ne te dérange pas que je puisse arracher la gorge de ton équipage en une seconde peut être ?!

- Ne nous sous-estime pas gamine. Nous sommes bien plus forts que tu ne le penses. La tança Law sans être impressionné.

- Mais je...

- Si tu n'as pas confiance en toi, tu ne quitteras jamais cette île et tu n'arriveras jamais à régler ton problème. Si tu ne peux pas pour l'instant te faire confiance, accepterais-tu de me faire confiance à moi ?

Elle releva vivement la tête, le fixant de ses grands yeux turquoises. Une faible lueur d'espoir envahit ses prunelles.

De toute évidence, elle n'avait jamais pu faire confiance à qui que ce soit d'assez fort pour la retenir, se dit Law, rencontrer pour la première fois quelqu'un de mon niveau doit être tout nouveau pour elle.

Il lui sourit, se releva et lui tendit la main. Après une hésitation, elle tendit lentement la sienne, qu'il saisit fermement, la relevant avec assurance. Debout à côté de lui, elle lui rendit enfin son sourire, son poignet toujours serré dans la main de son capitaine.

Surprise, elle se rendait compte que, désormais, elle lui faisait confiance et l'acceptait en tant qu'alpha de la meute. Aylan était impressionnée pour la première fois de sa vie par un humain. Elle commençait à retrouver le bonheur de pouvoir compter sur quelqu'un, et refusait de retourner vivre seule dans la jungle, quoiqu'il se fût passé pendant son... sa perte de contrôle.

- On rentre ? Proposa Law.

Affamée et encore plus épuisée que la veille, j'acquiesçais avec un frisson.

Rentrer. Rentrer et ne plus être seule. Les prochains jours promettaient d'être… intéressants.