Gold D. Aylan
Un silence qui commençait à me courir sur le haricot retomba sur la cuisine. N'empêche que...
- Law ?
- Mm ? Fit-il, comme distrait par une poussière voletant devant lui.
- C'est quoi cette histoire de prime ?
- Quel mot n'as-tu pas compris miss ? Me rétorqua-t-il avec un sourire supérieur qui eut le don de m'exaspérer.
- Et toi, quel mot n'as-tu pas compris dans ma question ? Lui rétorquai-je aussi sec.
- A peu près aucun me semble-t-il. pourquoi ? Oh, et c'est capitaine, tu te souviens ?
Non mais il n'est pas vrai ! Je passai une main déjà fatiguée devant mon visage, tachant de ne pas céder à l'irritation, sentant que c'était exactement ce qu'il cherchait. On se calme, on se …
- C'est quoi ton problème Law ? Arrête de tourner autour du pot, on dirait une chouette hallucinée en plein jour. Sifflai-je.
Malgré moi, l'énervement prit le dessus sous le regard goguenard de mon capitaine raté.
- Décidément, c'est toi qui ne comprends pas. Comment es-tu censée m'appeler déjà ? Et puis s'il faut te donner des cours de politesse par-dessus, pas de problème, tu ne seras pas déçue du résultat.
L'équipage n'en revenait pas. Ou était leur dangereux, calme et puissant capitaine ? Depuis quand parlait-il ainsi avec un membre de l'équipage, nouveau qui plus est ? Ils tournèrent leur regard vers la fille, attendant sa réponse.
Je me retins juste à temps de taper du pied sur le sol métallique de la cuisine, et décidai sagement au prix d'un grand effort de lui fournir ce qu'il demandait. Tant que j'avais enfin une réponse sur cette mystérieuse prime, et surtout sur sa valeur. J'avais disparu de la surface du monde humain depuis plus de 11 ans bon sang. Ça n'aurait pas dû être possible cette prime, et c'était loin de me plaire.
- Très grand et puissant capitaine ayant parcouru toute la surface du globe…entamai-je, furieuse malgré moi d'en être arrivée là sans avoir pu renchérir.
- Seulement les trois quarts. Dit-il avec un semblant de modestie, faisant tourner son bonnet sur ses doigts sans me regarder, comme absorbé par sa tâche.
- Possédant une connaissance et une sagesse allant par-delà les mers, continuai-je en ignorant l'intervention, aurais-tu la profonde obligeance, l'extrême bonté, de m'expliquer pourquoi mon humble et inintéressante personne possède-t-elle une prime, et aussi élevée ? Ça te va comme ça monsieur-le-capitaine-de-mes-deux ?
- Mmmm, tu rajoutes le vouvoiement et ça devrait le faire. Me lança-t-il avec moquerie.
- Vas te faire mettre chez la Marine !
Et smatch. Mais retour vicieux de l'adversaire en la présence d'un plis narquois au coin des lèvres, indéniablement victorieux. Merde. Bon sang qu'il m'énervait.
L'équipage me regarda, choqué par mon exclamation et le ton que j'employais avec mon capitaine. Quant à moi je me mordis la lèvre. Il avait réussi à me mettre en pétard finalement. Je lui lançai un regard méchant, et il répondit par cet air moqueur et arrogant. Raaaaaah !
M'attendant à ce qu'il m'envoie promener, je fus surprise quand il reprit sa phrase, comme si notre petit match n'avait jamais existé :
- Tu as une prime, car tu as décimé une île entière appartenant à la Marine, qui possédait une base importante à cet endroit, sans que rien ne puisse t'arrêter, et que tu as soudainement disparus sans qu'on puisse te retrouver. Répondit-il en me regardant enfin.
Je pus lire avec étonnement un éclat joyeux et satisfait dans ses prunelles grises, comme s'il avait attrapé une proie particulièrement appétissante. Étrange. D'où sortait cette bonne humeur… Il tramait quelque chose avec cette histoire de Marine, j'en étais convaincue.
Sentant le regard des hommes posé sur moi, je réalisai soudainement autre chose. Cette scène avait pour but de me présenter à l'équipage de la façon la plus claire qui soit, et cela avait étonnement bien marché, je me sentais désormais plus à mon aise maintenant.
Comme un nouveau dans une meute, je venais de me faire accepter, et l'atmosphère de la salle s'en fit ressentir immédiatement à l'entente de mes « exploits »… qui n'étaient pas vraiment les miens. Je me demandais d'ailleurs si Law allait leur en parler.
A cette pensée, mon estomac se crispa soudainement. Si j'avais décidé de faire confiance à mon capitaine, le seul assez fort que je connaissais à avoir survécu à mon... côté sombre, ces hommes n'étaient rien pour moi, tout comme je n'étais rien pour eux. Il allait falloir que chacun montre sa force pour que je me fasse une idée de la hiérarchie régnant ici. Et j'avais bien l'intention de me faire une place élevée. Et ce sous-marin était, dès aujourd'hui, mon territoire, que je partageais avec le clan.
Je revins vers Law, qui semblait avoir suivi mon raisonnement, et qui m'adressa un regard approbateur. Je compris que je devais dire quelque chose.
Ow. Trouver quelque chose à dire, vite. Mais la seule chose intelligente que je trouvais, alors que je parcourais de plus en plus nerveusement des yeux plus la dizaines d'hommes, fut :
- Un ours !
Immédiatement, deux hommes, l'un roux avec une grosse casquette bleu vert, et l'autre avec une casquette marqué Penguin tendirent les bras vers moi avec des yeux brillants, et s'exclamèrent :
- Ne vous en faites pas jeune demoiselle nous sommes là et...
Je les dépassai et sautai sur l'ours blanc en combinaison orange en poussant un léger couinement amical, comme j'avais appris à le faire auprès de certains carnivores. Surpris, il répondit immédiatement par un grognement de bienvenue, sobre mais chaleureux.
Ravie, je fourrais mon visage dans son cou et inspirai son odeur musquée, et il fit de même. Enfin quelqu'un se comportant normalement dans ce sous-marin ! Un vrai compagnon !
- Heu... Bepo ? Qu'est-ce que tu fiches ?
La voix venait d'un des deux hommes, Sachi, et je lui jetais un coup d'œil. Tous deux semblaient assez déçus, et regardaient le dénommé Bepo d'un air jaloux.
- Désolé. Murmura alors l'animal blanc à l'épaisse fourrure si douce, à ma plus grande surprise.
- Tu parles ! Tu es génial toi M'exclamai-je, ravie.
- Pourquoi tu lui as grogné dessus ? S'exclama alors un autre homme, affublé d'une combinaison identique, mais sans manche longue. Tu vas l'effrayer, tu parles d'un accueil.
- Hey ! Protestai-je, prenant la défense de ma nouvelle peluche préférée, qui se ratatinait sous les reproches. Il ne m'a pas grogné dessus enfin !
- Et ce grondement à l'instant, c'était quoi ? Répliqua l'homme.
- Tu l'as entendu comme moi. Il me souhaitait la bienvenue. Lui dis-je, éberluée par sa remarque.
Law intervint, amusé de l'incompréhension régnant dans les rangs :
- Aylan a vécu dans la jungle pendant toute sa vie, expliqua-t-il, et je fus soulagée devant la brièveté de son explication. Elle ne connaît que le code des animaux, comprenez qu'elle soit attirée par Bepo !
Puis il se tourna vers moi et poursuivit :
- Bepo peut parler, et c'est aussi mon second.
- Wow ! La classe l'ours.
- Bein désolé...
- Ne t'excuse pas pour ça. Dis-je, reprenant sans le savoir une des maximes préférées de l'équipage.
- Dites capitaine, ou l'avez-vous trouvé ? Demanda le dénommé Penguin, toujours vexé que je l'ai ignoré tout à l'heure, mais malgré tout curieux.
- Je chassais dans la jungle quand j'ai rencontré Law. Nous nous sommes battus et il m'a proposé de rejoindre son équipage. Répondis-je à sa place, agacée qu'il ne me pose pas la question directement.
- Pourquoi avoir accepté ? Demanda-t-il sans tenir compte de mon ton un peu acerbe.
- Parce que...j'ai un but depuis toute petite, et l'occasion s'est présentée.
- Et quel est ton but ?
- C'est mon affaire.
Penguin n'insista pas, et je lui souris finalement. Je m'étais détendue beaucoup plus vite que je ne l'imaginais.
- Voici Jean Bart. Commença Law en me montrant un homme gigantesque, qui se tenait courbé sous le bas plafond de la cuisine. Notre navigateur.
L'homme brun m'adressa un signe de tête que je lui retournais, tachant de retenir son nom, à défaut de son odeur.
- Sachi, et Penguin, notre cuisinier.
Il m'indiqua les deux hommes aux casquettes qui me sourirent comme des idiots.
- Voici Akar.
Il me montra un homme assez petit, juste un peu plus grand que moi, aux longs cheveux bruns réunis en queue de cheval sur sa nuque, habillé de cette même tenue orange avec le jolly roger des Hearts dessus.
- Il est spécialisé dans le combat à la lance et fait partit de mes assistants médicaux.
Et il me présenta rapidement le reste de l'équipage.
- Je suppose que vous avez tous déjà mangé ? Parfait. Penguin, tu feras visiter le sous-marin à Aylan.
- Aye captain ! Penguin acquiesça, ravi, tandis que Sachi se renfrognait, jaloux de son ami.
- Capitaine bon sang ! S'énerva Law.
- On y va Aylan ? Lança Penguin avec entrain.
Pendant une bonne heure, Penguin me fit visiter le sous-marin en me racontant leur vie sous le commandement de Law, et je m'aperçus qu'il aimait vraiment son capitaine, le respectait énormément. Il faut dire, quand c'est le seul dans le coin à pouvoir faire la différence entre crever sur place et survivre... ça aide j'imagine.
Il me posa aussi beaucoup de questions, et me déstabilisait grandement par ses réactions, très différentes de celles de Law auxquelles je commençais à m'habituer, difficilement il fallait avouer, avec cet espèce de lunatique.
- Tu vivais toute seule dans la jungle ?! S'écria-t-il. Tu n'avais pas peur ?
- Le monde des animaux n'est pas plus dangereux que le monde des humains, tu sais. Et bien moins compliqué.
- C'est pour ça que tu as reniflé Bepo tout à l'heure ? Parce qu'entre animaux c'est un signe de…bonjour ?
- …C'est à peu près ça. Comment dites-vous bonjour entre vous ?
- On se serre la main, ou on se fait la bise. Répondit-il, comme ça. Donne ta main droite !
- Heu... je ne sais pas si...commençais-je, mal à l'aise.
- Regarde !
Devant son enthousiasme, je finis par tendre ma main droite. Il la saisit avec fermeté, mais douceur, et la serra.
- Tu vois ?
- D'accord... Et c'est comme ça que je devrais vous saluer tous les matins ?
- Non, rit-il, ça c'est plus pour quelqu'un que tu ne connais pas. Comment dit-on bonjour avec des animaux ? … Attends une seconde, ce couloir mènent aux machines.
Et il me désigna le couloir étroit à notre gauche. Je tachai d'enregistrer cette information, et m'arrêtai un instant pour inspirer l'air se dégageant du couloir.
- Il n'y a aucune odeur ! Me plaignis-je, comment voulez-vous que je m'y retrouve !
- Tu te repères à l'odeur ?
- Oui. Boudai-je, c'est plus facile pour retenir.
Voyant son air ébahis, je revins vers sa première question.
- On se salue différemment en fonction de notre hiérarchie, ou si on est un carnivore ou un herbivore. Les saluts sont très fréquents, même si tu es là pour chasser ta proie, il y a toujours un signe indiquant la reconnaissance de l'autre. Un mouvement d'oreille, un renâclement.
- Mais ce ne sont pas des signes d'alerte plutôt ?
- Pas toujours. Deux carnivores se saluent par un attouchement des truffes pour les félins, et un frottement de museau pour les fauves en général. Mais chaque animal a sa façon propre de saluer, et il faut les retenir pour se faire accepter.
Nous discutâmes ainsi pendant le reste de la visite, mais le peu d'odeur que j'avais réussi à percevoir et à retenir ne me seraient pas d'une grande aide pour m'y retrouver.
Arrivés devant la salle du bloc opératoire, je demandai :
- Au fait, où je vais dormir ? Il n'y avait pas de place dans les dortoirs de l'équipage.
- Avec le capitaine je suppose, répondit-il, surpris que je songe à dormir avec eux. Il n'y a pas de chambre unique alors...
- Avec Law ? Dis-je alors, soudainement plus hésitante.
L'idée de dormir avec mon jeune et intriguant– avais-je vraiment songé ça ? Pour un humain ?- capitaine me mettait mal à l'aise, et je sentis mon estomac se tordre légèrement.
- Ça ne te gêne pas de dormir avec nous, mais dormir seulement avec un homme, qui plus est le capitaine, te dérange ? Tu n'as rien à craindre de lui, tu sais. Il ne te fera rien de... choquant on va dire. Ajouta Penguin avec un regard entendu.
- De choquant ? Qu'est-ce que tu veux dire ? Demandai-je avec curiosité.
- Tu ne... Bein heu... tu ne vois pas ce que je... ? Bredouilla alors Penguin, le rouge aux joues sous mon regard étonné. Heu... tu demanderas au capitaine ! Lança-t-il en toute hâte, tachant de se dégager de cette situation assez gênante.
- D'acc. Merci pour la visite, je vais voir Law alors. Répondis-je, troublée.
Pourquoi ne me le dirait-il pas lui-même ? Et pourquoi était-il tout rouge, à tirer sur son col en se raclant la gorge ? J'étais cependant curieuse de la réponse, et de toute façon, il fallait que je dise à Law que j'avais des choses et une bestiole bleue à récupérer dans la jungle, alors je partis aussitôt à sa recherche dans cette saleté de sous-marin sans odeur.
Resté seul, Penguin réalisa enfin ce qu'il venait de dire. Wups ! Dire à une jeune fille d'aller demander au capitaine quelles choses choquantes il pouvait lui dire ou lui faire ne lui semblait désormais plus aussi intelligent. ... il avait intérêt à se faire oublier dans les heures à venir.
A suivre...
Merci d'avoir lu! Rendez vous au prochain chapitre :D
