Les 3 font la paire. Qui est l'imbécile qui a pu dire ça ?
- Restes là le dindon ! Vielle chèvre décrottée ! Je vais t'apprendre à m'exploser l'oreille moi, vautour empaillé !
- Aylan...
- Non mais tu vas venir par là oui ?! Et tu râles par-dessus le marché ? OUAH ! C'était juste ça ! Pas de fiente sur les gens on a dit !
- Aylan.
- Comment ça ne te convient pas ? Descends de là et viens te battre le poulet !
- AYLAN !
- QUOI ?! Hurlai-je avant de m'apercevoir que je venais de hurler sur mon capitaine qui était passablement énervé. Ah heuu désolée...
Essoufflée d'avoir couru derrière cette oie déplumée en l'invectivant, je regardai Law passer sa main sur son visage, avec un air du style : mais qu'est-ce que je fous là moi pour l'amour du ciel...
- Tu peux m'expliquer ce qu'est cet oiseau pour toi ? Un futur repas ou un compagnon ?
- Heu... c'est une bonne question. Ris-je, je l'ai trouvé tout petit, et depuis, je m'occupe de lui.
- Et tu l'as appelé Kidd oui je sais... Cette histoire de Kiddoudoudindon c'est quoi ? Demanda alors le capitaine avec un drôle d'air.
- Oh ça ? Heuuu pas grand-chose, je m'ennuyais et... et t'as pas besoin de le savoir ! Aller, on y va ? Kidd !
Le volatile vint se poser sur mon épaule gauche et me mordilla affectueusement une mèche de cheveux, comme si l'épisode « massacre du perroquet » était une banale habitude. Je passai une main dans ses plumes et me mis en route. Law me suivit, plus lentement, se demandant sans doute pourquoi il avait engagé une fille pareille dans son équipage. Cette pensée me fit sourire, et je m'enfonçais dans les sentiers pour, je le savais, la dernière fois.
- Tu sais où tu vas je suppose ? Questionna alors mon capitaine au bout d'une heure de marche silencieuse dans la chaleur tropicale et les fortes odeurs de la jungle.
Nous étions tous les deux en sueurs, et Law, moins familiarisé que moi à la lourdeur et le manque d'oxygène dû à l'altitude des lieux devait être mal à l'aise ici. Je me sentais quant à moi dans mon élément, et je me tournai vers lui en souriant :
- Je m'y retrouverais les yeux fermés. C'est mon territoire je te rappelle.
Je l'entendis soudain jurer. Je me retournais une deuxième fois, et le vit regarder derrière.
- Un problème ?
- Mon nodachi... murmura-t-il comme pour lui-même. J'étais tellement pressé de sortir que je l'ai oublié.
- Law ?
- Non rien, j'ai juste oublié de prendre mon sabre.
- Il n'y a pas de choses assez dangereuses dans cette forêt pour quelqu'un de ton niveau, ça je peux te l'affirmer. Avec ou sans nodachi, les animaux et les plantes ne t'attaqueront pas en sentant ton odeur, et en plus tu es avec moi, et il est rare que l'on m'attaque sur mon propre territoire. Sauf pour certaines personnes.
- Certaines personnes ? Dit Law, interpelé.
- Je ne sais pas grand-chose dessus, je n'en ai jamais rencontré... Grimaçai-je. J'ai juste entendu dire qu'une grosse bestiole particulièrement rare était plus dangereuse pour des gens avec une sorte de don.
Law haussa les épaules, puis, au fil du voyage, s'intéressa aux plantes qui poussaient sur l'île.
- Je n'ai jamais vu autant de plantes inconnues. Tu connais leur vertu ?
- Leur quoi ?
- Leur utilité, ce pourquoi on les utilise si tu veux.
- Ah, oui j'en connais certaines que j'ai appris à utiliser en regardant les autres animaux faire. Et aussi à mes dépends, ajoutai-je avec une grimace en passant la main sur mon estomac, bien souvent malmené par des tests ratés. Celle-là, la violette à épines, elle soigne les maux de ventre, mais seulement les feuilles, il faut les sucer et avaler le jus.
- Et comment s'appelle-t-elle ?
- Comment veux-tu que je le sache ? Tiens, celle à ta droite, la verte et jaune, c'est un véritable poison pour tous les mammifères. J'ai vu des jeunes buffles en manger, ils tombaient raides morts quelques minutes après.
- Il faudra que tu me répertories toutes ces plantes quand on rentrera.
- Que je les répertorie ? C'est à dire ?
- Que tu les notes dans des livres, que tu expliques leur capacité...
- Et bien en fait...
- … Laisses moi deviner. Tu ne sais pas écrire.
- Comment le pourrais-je ? Rétorquai-je, vexée par son air exaspéré.
- Et bien tu apprendras. C'est essentiel de savoir lire et écrire, surtout dans mon sous-marin où les livres sont une source inépuisable d'informations.
Boudeuse, je me tus pendant tout le reste du chemin, sous l'œil ironique de Law.
Je passai une main sur mon front, essuyant la sueur qui coulait dans mes yeux, et délogeai du même coup Kidd qui commençait à être lourd sur mon épaule. Il s'en alla se percher sur celle de Law qui le vira aussi sec sans état d'âme. Je lui lançai un coup d'œil malicieux par-dessus mon épaule auquel il répondit par un regard noir.
Mes vêtements collaient à ma peau, et la chaleur augmentait encore, signe que l'on approchait du pied réel de la montagne, ayant dépassé les plus petites collines envahies par les arbres. J'entendis Law pester sur l'état de ses vêtements ce soir et sur l'irrespect dont je faisais preuve pour lui avoir piqué ses affaires.
Il avait apparemment renoncé à me faire l'appeler capitaine, et de toute façon, ce serait un gaspillage de salive. Je n'y arriverai jamais. J'étais mon propre chef, même si je le reconnaissais comme mon alpha.
- On est arrivé, lançais-je alors, saisie d'une émotion soudaine à l'apparition de la toute petite clairière et de ma grotte.
Je m'immobilisai un instant, une boule à l'estomac. Law s'arrêta à quelques pas de moi et se contenta d'un mouvement du menton vers l'avant.
- Vas-y, je t'attends.
Reconnaissante face au temps qu'il me laissait, seule pour la dernière fois dans mon chez-moi, je filai rapidement dans ma grotte, où l'air plus frais me fit le plus grand bien. Je retrouvai avec plaisir toutes mes affaires dans l'état où je les avais quittées, aucun animal n'était entré entre-temps.
Songeuse, je passai une main distraite sur le cercle de pierres pour le feu, caressai les peaux qui avaient fait mon lit… je m'agenouillai finalement sur le sol et parcourus des yeux cette grotte dans laquelle j'avais vécu pendant la plus grande partie de ma vie.
La hampe cassée de ma lance, les couteaux en silex et en dents de tigre, la peau de bête usée me servant de couverture l'hiver – je la saisi et inspirai fortement, m'imprégnant de cette odeur forte et familière- , les petits outils que j'avais peu à peu appris à confectionner pour survivre… Même les profondes marques de griffes entaillant la roche qui me terrorisaient encore, faites par une chose venue la nuit alors que je dormais. La créature était partie sans pour autant m'avoir tué.
Je n'avais toujours pas vu dans la jungle un animal capable de faire de telles marques.
Tout ça, c'était ma vie. J'y étais accoutumée, je savais vivre ici. Je n'avais pas passé les plus belles années dans cet endroit, solitaire et isolée dans cette jungle, mais j'avais appris une multitude de choses, découvert des endroits magnifiques comme le bassin près de chez moi, où je me baignais par forte chaleur.
Je voulais y revenir une dernière fois, et je décidais d'y emmener Law pour se rafraîchir après. J'enlevai mes- ses- vêtements et enfilai une nouvelle large bande de cuir doux sur ma poitrine.
J'attrapai deux de mes couteaux les plus solide et tranchants, ré-enfilai les affaires de Law – qui allait sûrement pester si je les laissais là- et les glissai dans ma ceinture. J'allais pour finir de rassembler mes maigres possessions quand soudain, j'entendis Kidd pousser un grand cri d'alerte et je me pétrifiai en plein geste. Je le reconnaissais, c'était celui qu'il utilisait quand des prédateurs s'approchaient de ma grotte.
Fronçant les sourcils, je me demandai quel animal serait suffisamment timbré pour s'approcher ainsi de mon antre, avec par dessus le marché la forte présence de Law à côté. Sortant rapidement, ce que je vis me glaça.
Ce n'était pas un animal, c'était une plante. Cette plante qui ne s'attaquait que très rarement aux êtres humains normaux... préférant de loin les détenteurs de fruits du démon... Et elle avait attaqué sans hésiter mon territoire, et plus particulièrement, Law.
- LAW !
La plante, géante, faite de huit tentacules épais qui lui permettaient de se déplacer, avait enroulé ses « anneaux » autours des jambes et des bras de Law, l'immobilisant en hauteur et lui maintenant la tête en arrière par un tentacule plaqué sur sa bouche, dévoilant sa gorge.
Le jeune capitaine, le visage contracté, se débattait de plus en plus faiblement, et cela ne signifiait qu'une seule chose, il possédait un fruit du démon... et cela permettait à la plante de lui pomper peu à peu son énergie pour mieux lui injecter des toxines une fois la proie à terre.
Elle avait la forme d'une pieuvre tordue d'un vert violacé, et possédait des mâchoires aux dents acérées redoutables dans une bouche ridiculement petite, presque de la taille de la mienne. Kidd volait en cercle au-dessus, cherchant apparemment quelque chose. Sans réfléchir, je m'élançai à pleine vitesse vers la plante aux épines jaunes dont la tête apparaissait peu à peu derrière ses tentacules.
- Lâche-le saloperie ! Hurlai-je en tirant un de mes couteaux de ma ceinture.
J'esquivai un tentacule qui s'abattait vers moi en me jetant au sol et effectuai une roulade qui me mit à portée de bras, puis plongeai ma lame dans la liane enroulée autour de la taille de Law. Un sang vert qui ressemblait davantage à de la sève jaillit et m'aspergea le visage, m'aveuglant.
Je dégageai mon poignard, le coup étant insuffisant pour lui faire lâcher prise. Je continuai de lacérer le tentacule autant que je le pouvais tout en essuyant rapidement mon visage de l'autre main, tirant des sifflements furieux à la créature. Un autre tentacule me força à rompre l'engament et je bondis vers l'arrière in-extrémis.
Le jeune capitaine ne bougeait presque plus, les yeux révulsés, et les tentacules commencèrent à amener l'homme vers les dents à la salive empoisonnée, dégageant soigneusement la gorge offerte.
- Non !
Je me jetai en avant, tentant d'attraper la main de Law qui pendait au-dessus de moi pour pouvoir me hisser jusqu'à lui, mais un tentacule vint me percuter le ventre, m'enfonçant ses épines acérées dans la peau et m'envoyant bouler à plusieurs mètres.
Haletant, je me relevai aussi vite que possible pour éviter un deuxième tentacule qui me rata d'un poil en frappant le sol où j'étais étendue. Bon sang ça faisait mal ! Mon ventre était lacéré de toutes parts, et mon bras gauche était profondément entaillé par une pierre sur laquelle j'avais roulé. Engourdi, je le laissai pendre pour le moment.
Je regardais désespérément la plante dans son ballet de tentacules défensifs, cherchant une ouverture avant qu'elle ne puisse plonger ses dents dans le cou de Law. Soudain, je vis Kidd lancer un piaillement de guerre – KIDDOUDOUDINDON !- avant de plonger vers... les yeux de l'animal. C'était donc ça ! Le point faible de cette créature était ses yeux. Tout petits à l'arrière du crâne, je les distinguai à peine.
Je contournai en courant à toutes jambes la bestiole en faisant un grand détour, hors de portée de ses tentacules, tandis que les lianes épineuses immobilisant Law se resserraient, entaillant sa chair, faisant rougir l'herbe sous lui.
Je serrai les dents. Je n'avais pas beaucoup de temps. J'allongeai mes foulées, la main serrée sur mon poignard.
Les secondes s'allongèrent...
un battement de cœur.
un centimètre de plus vers les dents de la plante.
Boum
un pas de plus pour moi...
Boum
Les dents se rapprochaient...
Boum
Law ne se débattait presque plus.
Boum
Encore un peu... je bondis…
Boum
Elle refermait ses mâchoires...
J'y étais.
Avec rage, je plantai ma lame dans son œil gauche que j'avais atteint d'une pirouette à partir d'un rocher dépassant de terre. Un sifflement aigu de douleur s'échappa de sa bouche, et ses tentacules se desserrèrent un instant avant de revenir encercler Law vidé de ses forces.
Elle n'allait pas abandonner sa proie aussi facilement, et alors que je continuai de taillader son œil gauche, elle referma ses dents sur la partie du corps de Law la plus proche, son épaule. Cela eut pour effet de le ranimer, et il poussa un cri de douleur quand le venin pénétra son organisme.
Il lança dans un soubresaut d'énergie sa jambe dans la tête du monstre qui tressaillit, mais elle resserra ses mâchoires encore plus et le poison vainquit ses dernières forces. Kidd plongea alors vers l'œil droit du monstre, et le perça avec toute la puissance de son bec pointu tandis que la créature était à sa dégustation du sang de l'homme coulant dans sa gueule.
L'effet fut radical. Un œil percé s'était déjà beaucoup. Deux furent celui de trop. Elle lâcha Law, qui s'écroula au sol inanimé, alors qu'une violente convulsion la traversait, m'éjectant de sa tête. La créature se retira dans un dernier sifflement alors que Kidd repartait dans les airs, sain et sauf, et que je m'écroulais dans un carré d'herbe moelleux, mes poumons se vidant brutalement sous le choc, sonnée.
Haletant difficilement, le corps brûlant, je me redressai avec une grimace de douleur. Je m'assurai d'un coup d'œil que la zone était bien vide, puis je me traînai aussi vite que possible vers Law couché sur le dos, immobile. Me penchant au-dessus de lui, je sentis un souffle d'air s'échapper de ses lèvres et son cœur battre encore. Ouuuf.
Les dents de la plante avaient transpercées son épaule, déchirant la peau et les muscles, mais le poison n'était réellement efficace que si la morsure était faite à la gorge.
Soulagée, je me plaçais à califourchon sur lui au niveau des hanches, et après un frisson, posai ma bouche sur la blessure. J'aspirai le sang mêlé de poison bleu, recrachant chaque gorgée en prenant soin de ne rien avaler. Le goût du sang explosa dans ma bouche et me fit vaciller un instant.
Mais le poison me mordit rapidement l'intérieur des joues et la langue douloureusement, m'engourdissant méchamment la bouche, et je n'osai même pas imaginer ce qu'endurait Law. Ca faisait un mal de chien. Cependant, je ne connaissais pas d'autres solutions pour l'aider dans un premier temps.
Un mouvement me fit relever la tête. Il avait bougé. Je repris sans attendre mon travail, concentrée sur ma tâche, et je ne remarquai pas ses yeux fixés sur moi alors que j'aspirais son sang vicié.
POV Law :
La brûlure du poison était atroce, et il sentait le moindre de ses tissus le tirailler. A partir du moment où la créature l'avait effleuré, il n'avait plus pu faire aucun mouvement, ne pouvant même pas alerter Aylan à cause du tentacule qui s'était placé sur sa bouche.
C'était exactement comme lorsqu'il touchait de l'eau de mer, toutes ses forces l'abandonnaient.
Il avait aperçu Aylan se ruer à l'attaque du monstre, faisant fi des risques pour lui, qui n'était pour l'instant que son capitaine, ce qui ne semblait pas avoir grand sens pour elle. Elle s'était pourtant jetée sur la créature avec hargne, tailladant les lianes de ses couteaux, évitant avec agilité et de justesse les fouets de la plante.
Mais quand les dents empoisonnées s'étaient plongées dans son épaule, une véritable décharge électrique l'avait traversé de toute part. Il n'avait pas pu retenir un cri de douleur en sentant un feu ravageur se répandre dans ses veines, lui faisant perdre ses sens.
Mais doucement, il sentait la brûlure diminuer, et reprit lentement conscience. Il avait un poids sur le ventre... Il tenta de lever sa main droite, qui retomba faiblement sur l'herbe, inerte.
L'esprit encore brumeux, il ouvrit les paupières, pour découvrir Aylan, assise sur lui. Le t-shirt un peu ensanglanté, la bouche dégoulinante de sang et de liquide bleu qui coulaient sur son menton, elle cracha à coté et se pencha une nouvelle fois pour aspirer le maximum de venin hors de son épaule gauche. Pas une vision très commune il devait l'admettre.
La brûlure s'apaisait doucement, et curieusement, cela semblait lui rendre des forces. Il finit par murmurer :
- Aylan...
L'ouïe fine de la fille lui permit d'entendre le murmure de Law. Elle se redressa, essuyant le sang sur sa bouche et prenant appui sur ses genoux au sol pour lui faciliter la respiration. Elle se pencha vers lui.
- Tu as encore mal ? Demanda-t-elle, sourcils froncés.
- Si tu me prends trop de sang... Je vais y passer, ce serait dommage quand même. Articula-t-il dans une tentative de grimace ironique.
Bon, il se sentait assez bien pour faire un peu d'humour ! Elle se releva immédiatement, et déchirant les restes de son sweat en lambeaux, banda aussi bien qu'elle le put son épaule et son ventre lacérés par les épines.
- J'ai réussi à enlever le plus gros du poison, mais il en reste encore dans ton organisme. Toi, ajouta-t-elle en le pointant d'un doigt menaçant, tu ne bouges pas. Je reviens.
Elle disparut de son champ de vision, et Law reposa doucement sa tête au sol, se concentrant sur sa respiration pour endiguer le reste de douleur qui pulsait encore dans ses muscles. Tu ne bouges pas... je t'en foutrais des « tu ne bouges pas ». Persifla-t-il intérieurement, en colère de la tournure que prenaient une nouvelle fois les évènements avec cette fille.
Le perroquet bleu vint se poser près de lui, le regardant en penchant la tête sur le côté, du style : Alors toi, t'as vraiment une sale gueule !
- Je suis au courant... Grogna-t-il en l'assassinant des yeux.
Il s'était lamentablement fait avoir par un... légume. Il ne connaissait pas cette plante, mais en tout cas, elle agissait sur les détenteurs de fruits du démon. Comment une saleté pareille pouvait vivre sans qu'il en ait seulement entendu parler ? Probablement une espèce endémique. Pourriture de saloparde.
Aylan revint avec plusieurs feuilles jaune pâle dans les mains. S'agenouillant près de lui, elle les glissa dans sa bouche et les mâcha rapidement. Puis, elle saisit doucement les mâchoires de Law d'une main, s'attirant un regard inquisiteur, se pencha vers lui et déposa ses lèvres sur les siennes. Le cerveau embrumé de Law ne comprit pas tout de suite le but de la manœuvre, et il tressaillit de surprise quand elle écarta ses lèvres avec la langue.
Il sentit alors la pulpe engluée des feuilles glisser dans sa bouche et ne put retenir un petit bruit guttural. Aylan appuya un peu sur sa mâchoire et le força à avaler ces plantes au goût immonde et acide. Aylan se releva, mâchant de nouvelles plantes tandis qu'il toussait, ne pouvant qu'avaler pour ne pas étouffer. Déglutissant péniblement le jus, Law aspira une profonde goulée d'air. Il se rappela son comportement de tout à l'heure, alors qu'il l'embrassait et la caressait.
Elle avait rougi, ne sachant comment réagir face à ses gestes, mais s'était laissé faire, curieuse... mais gênée.
Là, elle était calme, maître de la situation, ne voyait que le côté pratique et nécessaire de la chose. Et sans doute cela lui semblait-il naturel, ayant sûrement vu des animaux nourrir leurs petits de cette façon.
La jeune femme replaça sa bouche sur la sienne, et il ouvrit les lèvres de lui-même, avalant la pulpe des plantes. Il sentait déjà leurs effets dans son organisme, sa fatigue diminuait tandis que la douleur disparaissait. Elle déposa une dernière fois ses lèvres sur celles de son capitaine, faisant glisser le jus des plantes avec sa langue dans la bouche de Law, qui avala rapidement.
Se faire soigner ainsi, c'était… nouveau. Il avait l'impression d'être un faible petit attendant sa mère pour qu'elle lui donne la becqué. Et ça ne lui plaisait que très moyennement, bien que la sensation soit loin d'être désagréable, bien que troublante.
Même si ces plantes étaient vraiment infectes.
POV Aylan :
Déposant une dernière fois la pulpe des plantes dans la bouche de mon capitaine, je me redressai et essuyai mes lèvres avec mon bras. J'étais tâchée de sang, et il était dans un pire état que moi. Cependant, Law avait repris quelques couleurs, les herbes que je lui avais données étant vite efficaces.
Il tenta de se redresser, et je passai un bras dans son dos pour le soutenir. Il me repoussa un peu sèchement, le regard orageux. Je fis une légère moue et haussai un sourcil, mais me reculai quelque peu sans me formaliser.
Après quelques secondes assis sans bouger, Law me regarda finalement en esquissant un infime sourire d'excuse :
- Je me sens déjà mieux.
- Ces plantes sont très efficaces contre les poisons, et je t'ai donné aussi des plantes fortifiantes. Expliquai-je, soulagée de le voir parler d'une voix plus assurée. Tu penses pouvoir marcher ?
- Oui. Affirma-t-il en hochant la tête. Ça ira.
Il se remit péniblement sur ses pieds, le visage fermé, et je le sentais atteint dans sa fierté. Je perçus pourtant dans ses yeux une légère lueur de remerciement. Je n'avais fait que protéger mon alpha.
Je le lui dis, et il rit.
- Alors tu me considère comme ton alpha ? Vais-je enfin avoir droit au « capitaine » ? Plaisanta-il d'une voix ou perçait déjà l'ironie.
Ben ça va ! Il récupère vite !
- Alors là, tu peux toujours courir... et tu n'es même pas en position d'exiger quoi que ce soit je te signale.
Il faut dire que, vacillant encore sur ses jambes, une main posée sur sa blessure, il n'était pas des plus impressionnants le « capitaine ».
Il grimaça et je me mordis la langue. Wups ! J'avais pensé tout haut apparemment. Une vieille habitude qu'il allait falloir perdre très rapidement, surtout avec Trafalgar Law…
- On est vraiment dégueulasse... ça te tente un petit bain ? Proposai-je pour changer de sujet et plus enjouée à mesure que l'adrénaline et la peur du combat s'estompaient.
Peur … ? J'eus un froncement de sourcil à cette pensée. J'avais vraiment eu peur pour ce jeune capitaine pirate arrogant, fier et sûr de lui, inquiétant, aussi étrange que cinglé, avec une odeur si... Il me sortit de mes pensées en demandant :
- Tu penses à un endroit en particulier ?
- … Hein ? Ah oui. Tout près, il y a un point d'eau. J'aimerais y faire un tour si ça te va.
Sous-entendu, si tu en a la force. Vaut mieux faire preuve de tact dans ces cas-là. Et oui je connais ce mot, même si ça ne se voit pas beaucoup.
J'avais beau avoir passé onze ans de ma vie seule, mon instinct me soufflait que lui balancer à la figure un truc du style : « si t'as suffisamment de force pour marcher sans que je te tienne la main » n'était pas un très bon moyen pour obtenir ce que je voulais.
Donc, passage en mode profil bas. Il eut son sourire en coin, comme lisant sur mon visage le reflet de mes pensées, mais hocha la tête en signe d'assentiment. Nous prîmes la direction du bassin clopin-clopant.
A suivre...
Voili voilou !
J'espère qu'il vous a plus ! Un commentaire ou une critique seraient un vrai cadeau, c'est génial de vous lire :D
