Mais qu'est-ce qu'il t'arrive encore ?
POV Law :
Et merde.
Il courut vers les deux hommes, sachant pertinemment qu'il allait se faire incendier par Aylan si quoique ce soit arrivait à son poulet. Et elle l'en tiendrait pour responsable. Il bouta Belern hors de l'embrasement au moment où la balle partait, l'éjectant dehors. La balle se perdit dans les buissons.
Belern, propulsé vers l'avant, passa la rambarde et atterrit dans l'eau avec un PLOUF ! sonore. Il refit rapidement surface en hoquetant, et fixa sur son capitaine un regard aux des yeux incrédules.
- Mais j'avais rien fait !
- Si vous croisez un perroquet bleu pétard qui hurle à tout bout de champ n'importe quoi, il est à Aylan, alors pas touché ok ? Rétorqua Law à Karro, ignorant l'exclamation indignée de Belern qui remontait déjà l'échelle, toujours sous le choc.
Il lança un coup d'œil menaçant vers Kidd qui planait au-dessus. Dette réglée la volaille, et qu'on n'en parle plus !
Quand il voulut reprendre la conversation, ses deux subordonnés le regardaient avec des yeux ronds.
- Depuis quand vous protégez les dindon capt...capitaine ? Osa le pirate trempé.
- Je ne protège pas les poulets, je...commença Law, avant de remarquer le regard furtif échangé entre les deux hommes.
Su-per. Et voilà qu'il passait pour un protecteur d'animaux, qui plus est du perroquet le plus stupide qu'il ait jamais vu... Et tout ça à cause d'Aylan. Cette fille allait lui payer ça un de ces quatre.
Ce n'était pas un hurlement à elle qu'il entendait d'ailleurs ?
POV Aylan :
Je papillonnai des yeux doucement, remerciant mille fois le chic type qui avait éteint la lumière pour mon réveil, et maudissant celui qui m'en avait allumé trente-six dans la caboche... Nom d'un chien ! J'avais un de ces maux de tête et une vilaine envie de vomir.
J'ouvris plus clairement les yeux, et reconnus la chambre de Law. Allongée sur le dos dans son lit, je me relevai doucement en position assise, et agrippai aussitôt ma tête d'une main.
- Aï-euh...
Réflexion faite, restons allongés. J'avais aussi l'étrange impression d'avoir comme une crampe dans le cou à un point précis, très désagréable. Je plongeai mon visage dans les draps pour me changer les idées, reniflant légèrement l'odeur si différente de Law.
Sans crainte cette fois, puisque le propriétaire n'était pas là, j'inspirai alors profondément, sentant mon mal de tête refluer un peu. Je me forçai cependant à m'en écarter après quelques secondes. Je ne voulais surtout pas me retrouver dans la même situation que cet après-midi.
Mais la migraine revint aussitôt. Qu'avais-je fait pour mériter ça déjà ? Je fouillai dans mes souvenirs, tachant de me remémorer ce qui c'était passé... Ah oui ! Ça me revenait... deux « transformations » en aussi peu de temps... ça n'était jamais arrivé. Le fait de vivre avec des humains me faisait perdre le contrôle à qui mieux-mieux. L'univers de la jungle suffisait en général à me calmer, mais cohabiter avec mes semblables était dangereux... pour eux. Surtout pour eux.
Law avait réussi à me stopper, et heureusement qu'il avait agis rapidement, deux secondes de plus et je ne contrôlais plus rien. Je revis sa main fuser et massai douloureusement ma gorge.
Si je prenais le risque d'aller avec eux, c'était bel et bien parce que je n'avais aucune autre option. Il fallait que je rencontre cet homme. Je devais admettre aussi que je commençais à apprécier ce jeune capitaine qui pouvait me contrôler. C'était un tel poids en moins de ne pas compter uniquement sur soit même…
- Oui, bon d'accord, il a sauvé la face deux fois, mais il ne peut pas veiller sur ses membres d'équipage H24 tout de même. Ni me surveiller toute la journée, sans compter la nuit... Grommelai-je à voix haute, nerveuse de ne pas trouver de réponse claire à mon dilemme.
Je ne savais pas si j'avais déjà perdu le contrôle pendant mon sommeil. En tout cas, chaque matin je me retrouvai dans ma grotte... Bon, ça ne servait à rien de ressasser tout ça, ça ne me mènerait à rien de toute façon. Mais je me disais que, très égoïstement, je voulais tenter l'aventure malgré le risque.
Je me levai doucement, appréciant le moelleux tapis sous mes plantes de pied, et remarquai alors une petite porte dans la pénombre de la chambre, juste à côté du lit, camouflée par une bibliothèque.
Voyant que je pouvais me permettre quelques pas, je m'avançai et l'ouvris.
- Wow ! C'est... blanc ce truc.
La porte donnait sur une petite salle faite de...pierre ?...blanche, toute lisse, avec au fond une sorte de cage transparente, sans barreaux... Ah, la salle de bain personnel de Mr mon capitaine. Il y avait aussi un comptoir avec une cuve surmontée d'un...heu... ce machin d'où sortait l'eau, et au-dessus il y avait…
- YAAAAAAAHH!
Je hurlai, me retrouvant en face d'une personne que je n'avais absolument pas remarquée. Reculant précipitamment en portant la main à mon couteau, je trébuchai et me raccrochai à la porte derrière moi in-extremis.
Je pointai directement ma lame vers l'inconnue...qui fit exactement de même. Je fronçai les sourcils...elle le fit. Interloquée, je me redressai, elle le fit également. Je rabaissai mon bras avec lenteur, toujours imitée par la personne.
- Non mais t'as pas bientôt fini ! Grondais-je, agacée par son mimétisme.
Pas de réponse. Je ne l'avais jamais vu celle-là, bien qu'elle me rappelât quelqu'un... Elle avait les mêmes yeux que moi pour commencer. Elle avait aussi de longs cheveux noirs, comme les miens, mais parsemés d'étranges mèches blanches, avec une sorte de tatouage à l'encre noire inachevé sur le cou. Je levais la main pour la toucher, elle levait également la sienne au même moment.
Je me penchais lentement, mon cœur battait encore la chamade, cherchant à comprendre. Mais, au moment où nos mains devaient se rencontrer, je heurtais une surface dure et froide. Je retirai vivement ma main.
- Qui t'es ? Questionnais-je alors.
Ses lèvres bougèrent en même temps que les miennes. Je fronçai encore plus les sourcils et le museau, sentant l'agacement devant l'incompréhension de la situation poindre en plus du mal de tête. Cette chose froide, se serait de l'eau ? Les seules fois où je voyais mon reflet, c'était quand je pêchais. Or, ce truc n'avait absolument pas l'odeur de l'eau. Pis ça renvoyait mal le reflet avec ça. Je me penchais de nouveau, ignorant mon sosie qui faisait de même, et, du bout de la langue, j'effleurais la surface dure.
- Yerk. Ça, ce n'est pas de l'eau en tout cas !
- Je peux savoir ce que tu fiches ? Et pourquoi tu as hurlé comme une folle ?
Mon cœur rata un nouveau battement et je me retournai en un instant, lançant par réflexe mon couteau dans la direction de la voix. Law eut juste le temps de décaler sa tête avant que la lame ne se plante sèchement dans le bois clair de la porte sur laquelle il était adossé, à deux centimètres de son oreille. Le son mat résonna un instant avant que le capitaine n'immobilise la lame vibrante d'un doigt sur le manche.
- On se calme, ce n'est que moi, le diable attend encore à l'entrée. Se moqua-t-il.
- Law ! Tu es malade d'arriver comme ça sans prévenir !
- Je suis dans ma chambre je te signale. Je viens d'éviter à ton dindon psychopathe un aller simple dans la casserole, alors tu vas être priée de garder bouclé ton chapon. Surtout que je me suis ridiculisé pour lui.
…Certes... Enfin, puisqu'il était là...
- Tu peux me dire ce que c'est ? Demandais-je en pointant mon doigt vers mon sosie presque parfait, ignorant sa tirade sur Kidd.
Il tourna le visage, contemplant la chose en question.
- Un miroir, pourquoi ?
- Un miroir ? Et... Mais ce n'est pas ma question, elle, c'est qui ?! Répétais-je en agitant ma main dans sa direction.
- Tu n'as jamais vu de miroir ? Questionna le jeune capitaine, une nuance étonnée dans la voix.
- Euh… non. Peut-être ?
Je le regardais froncer un sourcil, remettant en place les pièces du puzzle. Et je vis très nettement la commissure gauche de ses lèvres se contracter fort pour retenir un ricanement. Ses yeux pétillèrent.
- Je peux savoir pourquoi tu te fiches de moi ? Grognais-je, hargneuse.
- C'est toujours fascinant de voir un chiot découvrir un miroir, mais de là à hurler de terreur devant son propre reflet… Lâcha-t-il d'une voix teintée de rire contenu.
Son sourire en coin ne le quittait pas, et il me dévisageait toujours avec cette moue horripilante qui te faisait comprendre que là tu avais vraiment été la dernière des imbéciles. Ou la première. Mais ce qu'il disait ne tenait pas debout.
- Ce n'est pas moi, je n'ai pas de tatouage sur le cou, et encore moins des cheveux blancs.
Il redevint brusquement sérieux et pinça les lèvres dans une expression plus dure.
- C'est toi Aylan, et c'est bien ce qui me préoccupe.
Son ton était plus concentré aussi. Il y avait des nuances que je ne parvenais pas à définir dans sa voix. Je n'avais pas encore l'habitude d'analyser des voix humaines...Mais ce qu'il dit me fit revenir sur terre. Je le fixai quelques instants, avant de me tourner lentement vers mon reflet. Levant une main, j'effleurais mon tatouage du bout des doigts, et frissonnai au contact pourtant identique de ma peau. Je remontai vers mes cheveux et agrippai une fine mèche blanche pour la placer devant mes yeux.
Bien réelle. Je revins vers Law. L'inquiétude commençait à pointer le bout de son nez.
- C'est quoi cette histoire ? Depuis quand j'ai ça ?
- Depuis tout à l'heure quand tu as perdu le contrôle – j'aurais quelques questions à te poser à ce sujet d'ailleurs – et que je t'ai assommé. Joli bleu sur ta gorge d'ailleurs.
- Tu veux le même ? Grognais-je. C'est quoi tes questions ?
Au moins ça me permettrait de me distraire de ces soudains changements d'apparences très angoissants, et pourrait peut-être nous amener à fournir une réponse.
- Je veux savoir comment se déclenchent tes pertes de contrôle en premier. Si ça peut se passer aussi vite et aussi fréquemment que les deux dernières fois par exemple.
Je le fixais quelques instants, songeuse. Il avait bien choisi son moment pour me questionner, juste après une prise de contrôle de la Bête, là où mes défenses étaient les moins fortes. Cependant, je me devais de lui donner plus d'informations, et de plus, il pourrait trouver une réponse.
- Non, normalement, mes transformations étaient bien plus espacées, ça se comptait même en années depuis que je vis seule... Jusqu'à il y a 48h.
- Mm. Bon, ça valide une de mes suppositions. Songea Law, la main sur son menton et toujours adossé à la porte.
- Laquelle ? Dis-je en m'avançant pour récupérer mon couteau.
- La Bête se manifeste plus facilement quand tu es fréquemment déconcertée ou déstabilisée.
- Ça c'est de ta faute. Rétorquai-je en tirant un coup sec, délogeant la lame du bois et rengainant le poignard.
- Tient donc. Ma faute ? Railla-t-il, sarcastique. On aura tout entendu. Bref, j'ai vu juste ?
- Oui. Bougonnai-je. Enfin je suppose. Je ne vois pas d'autres raisons. De toute façon, cohabiter avec les humains a toujours accéléré la montée en puissance de la Bête.
- Pas les humains Aylan. Tes semblables. Dit alors Law.
Je lui jetais un coup d'œil, peu convaincue, mais son regard me dissuada de dire quoique ce soit contre ça. Je laissais tomber, et il reprit :
- C'est en partie pour cette raison que tu es partie vivre seule je suppose… ?
- Oui.
Neutre et définitif. Je n'en dévoilerai pas plus. Il comprit le message, et laissa lui aussi tomber, mais je sentais qu'il n'avait pas abandonné la partie. J'avais beau faire partie de son équipage – encore quelque chose auquel je devrais m'habituer – mon passé m'appartenait.
- Tu as une idée sur l'apparition de ces marques ? demandai-je alors.
- Aucune. A peine des suppositions pas très utiles. Répondit Law en se détachant de la porte et en avançant vers moi.
Il tendit la main pour attraper une mèche, mais je préférai m'écarter d'un pas, le faisant froncer les sourcils. Je n'y pris pas garde et dis :
- Je n'arrive pas à saisir. Dans la jungle, les animaux sont beaucoup plus faciles à comprendre. Pourquoi vous ne parlez pas plus directement et n'exprimez pas clairement votre pensée ?
Cela le fit rire.
- C'est normal que tu ne comprennes pas. Dit-il avec un nouveau sourire. Tu n'as pas été éduquée par des hommes, tu as appris en regardant les animaux, d'où certaines de tes réactions qui surprennent. Mais tu verras qu'avec un peu d'entrainement, grâce à ta capacité d'observation, tu pourras voir les pensées de beaucoup de gens directement sur leur visage.
Il tendit alors de nouveau la main vers mes cheveux, et cette fois je le laissai faire. Attrapant une mèche blanche, il la frotta entre ses doigts, la laissant glisser sur toute la longueur de mes cheveux, silencieux.
Il fit un pas de plus, et enserra délicatement ma mâchoire de son autre main pour me faire tourner la tête, dévoilant ma gorge. Immédiatement, je me dégageai, le repoussant avec force et montrai les dents, laissant échapper un feulement de défense.
- Shhshh !
Mon feulement et ma réaction le firent tressaillir imperceptiblement alors que sa bouche se plissait de déplaisir. Non mais qu'est-ce qu'il s'imaginait ? Que j'allais lui offrir comme ça ma gorge en signe de reddition et de soumission ? Il rêvait. Un violent sentiment d'insécurité m'avait envahi alors qu'il dégageait mon cou.
- Désolé. Dit-il cependant en levant les mains en signe d'apaisement devant ma réaction. J'oubliais que tu protégeais tes points vulnérables comme un fauve.
Je me redressai un peu, un grondement discret toujours bloqué dans ma gorge.
- Mais ne me feule pas dessus Aylan. Reprit Law plus durement. Je ne vais pas te faire de mal. Je veux juste-…
Sa voix se figea, son regard fixé sur mes dents dévoilées par mes babines retroussées. Je les rabaissai, étonnée par son arrêt.
- Et bien ?
Il resta silencieux, fixant toujours mes dents camouflées par mes lèvres. C'était quoi le soucis cette fois ? Avoir dévoilé mes crocs ? C'est ça qui le perturbait ?
- Hé Law ! C'est t'avoir montré les crocs qui te...
- Tes dents... marmonna-t-il plus pour lui-même qu'autre chose.
Ah ! Il se décidait quand même.
- Oui, et alors ?
Il se remit en mouvement et attrapa de nouveau ma mâchoire pour la maintenir en position cette fois. Alors que j'allais me dégager une seconde fois, il m'ordonna d'une voix sèche :
- Assez !
- Mais...
- Boucle-la une minute et ne bouge pas. Me coupa-t-il.
J'obéis bien involontairement, puisqu'il glissa un doigt entre mes lèvres et le passa doucement sur mes dents. Je serrai les poings et tâchai de respirer, me faisant violence pour ne pas lui trancher le doigt d'un coup de mâchoires.
- Quechque tu fais… ! Marmonnais-je comme je pouvais, sentant son doigt effleurer mes canines.
- Je vérifie quelque chose. Ouvre la bouche. Répliqua-t-il en forçant ma mâchoire avec sa main.
Mes dents s'écartèrent malgré moi tandis que j'attrapais la main de Law sur ma mâchoire qui serrait à me faire mal. Une brusque inspiration de ma part m'apporta son odeur et me fit vite changer de tactique. Il était trop proche pour risquer de le humer.
- Arrête ça !
- Aylan, ne t'inquiète pas. S'énerva-t-il. Je ne fais rien.
- Bien sûr tu ne fais rien ! Lâche-moi ! Tu vas finir par me casser la mâchoire, et moi je te casserai le poignet en retour !
Il gronda devant ma menace, mais proposa finalement :
- Je te lâche la mâchoire et tu te tiens tranquille. Deal ?
Je n'obtiendrais pas mieux de lui. Je hochai la tête et il retira sa main, libérant ma mâchoire devenue douloureuse. Il approcha un peu son visage, et passa un doigt sur la pointe d'une de mes canines, sans appuyer. Il le retira couvert de sang. J'ouvris de grands yeux surpris.
- Wow...
Une goutte de sang tombée sur ma langue me fit taire immédiatement, surprise du goût puissant du sang humain comparé à celui des bêtes. Law contemplait son doigt coupé en réfléchissant. Voyant qu'il était un peu déconnecté, je pris sa main et portai sa coupure à ma bouche, léchant la blessure et le sang qui s'en écoulait avec soin. Cela eu pour effet de le ramener à la réalité.
- Qu'est-ce que tu fais miss ? Demanda le médecin d'une voix interloquée.
- Je lèche pour que ça cicatrise, à ton avis ! Répliquai-je, avant de reprendre mes coups de langue.
- Tu as une salive cicatrisante ? S'étonna-t-il.
Je donnai une dernière léchouille sur la blessure avant de lui répondre, en essuyant les petites gouttes de sang sur mes lèvres.
- Pas toi ?
- Seuls les animaux en ont. Répondit-il en secouant la tête. Tu es sûr que...
- Oui le coupais-je. Jamais aucune de mes plaies de s'est infectée après que le l'ai recouvert de ma salive. Je dois être l'exception qui confirme la règle. Mais comment tu as pu te couper autant ?
- Tes canines. Tes cheveux et ton tatouage ne sont pas les seuls à être apparus. Tes canines sont aussi plus pointues.
A suivre...
