Si tu n'as pas peur de te brûler
POV Law :
Adossé au chambranle de l'autre côté de la porte, les bras croisés sur son torse, Law écoutait les jurons que laissait échapper la jeune femme. Il l'avait poussé à bout, il le savait, mais il ne pensait pas qu'il lui ferait autant d'effet. Ce n'était pas grand-chose pourtant...
Un léger sourire apparut sur ses lèvres quand un nouveau juron, particulièrement exotique, lui parvint à travers le bois. Il étouffa un rire. Elle n'avait aucune pudeur, si ce n'est les moments où lui-même faisait des commentaires. Encore que, ses réactions avaient tendances à s'amoindrir. Dommage, il trouvait ça assez distrayant.
Il se demandait pourtant ce qui pouvait bien se passer dans la petite tête de linotte de sa nakama. Le contact de sa peau contre son dos avait été agréable, et il avait senti qu'elle retenait son souffle. Mais il n'avait pas pu s'empêcher de continuer. Provoquant la fuite d'Aylan. Était-elle si nerveuse que ça ? Le moindre effleurement pouvait-il lui causer autant de trouble ?
Pourtant elle ne s'était pas gênée quand il était blessé. Et non, ça n'avait pas été désagréable. Bon, hormis le fait qu'il était dégoulinant de sang et légèrement comateux.
POV Aylan :
Je soufflai doucement, puis tachai de me changer les idées en prenant moi aussi une douche. L'eau à température désirée était encore une source d'émerveillement, même si je préférai la garder tiède. Je pris le savon que Penguin m'avait donné plus tôt et me sentis bien mieux une fois débarrassée de toute la saleté. Posant une serviette blanche sur mes cheveux trempés, je me séchai rapidement.
J'enfilai le tee-shirt et le short blanc qui, trop grand, me tombait un peu sur les hanches et m'arrivait presque aux genoux. Tant pis, ça ferait l'affaire, je n'avais plus de ceinture. Le tissu du short, en coton, était doux et confortable.
Je posai alors doucement mes mains sur le bord du lavabo, et après une hésitation, fixai mon reflet. Mes grands yeux turquoise me lancèrent un regard plein d'interrogations, une ligne soucieuse barrant mon front. Le tee-shirt, trop grand lui aussi, baillait sur mes épaules et me donnait l'air d'une vagabonde. Ce que j'étais soit dit en passant.
Je me secouai pour chasser ces réflexions et attrapai mes deux couteaux usés accrochés à la ceinture orange du restant de bermuda de Law. Trafalgar semblait avoir accepté de ne plus revoir ses vêtements au moins. Puis respirant un bon coup, je me dirigeai vers la porte.
Je n'allais quand même pas passer la nuit ici. Law croirait que j'ai peur de lui. Et, non, je n'ai pas peur de lui ! Non ! Juste de ces réactions inconnues, qui me faisaient vouloir des choses bizarres. Les vouloir très fort.
J'ouvris donc la porte.
POV Law :
Soudain, il bascula en arrière, la porte s'étant ouverte dans son dos.
- Heyyy !
S'étalant sur le dos, sa tête cogna contre les jambes de la jeune fille.
Il leva le regard, et rencontra les yeux médusés d'Aylan entourés de ses mèches brunes et humides, la tête légèrement penchée vers la droite, l'air de dire : non mais je peux savoir ce que tu fous là ?
Law se redressa rapidement sous le regard suspicieux de la jeune femme. Entre-temps, il avait enfilé un large pantalon bleu foncé, et s'était débarrassé de la serviette. Heureusement, sinon elle n'aurait pas supporté sagement la chute.
Encore que lui s'en fichait.
- C'est bon ? Demanda-t-il, histoire faire comme si de rien était.
Aylan leva un sourcil, puis, haussant les épaules, elle le dépassa, déposa ses couteaux sur la petite table de nuit et vint s'étaler sur le lit.
- Ah par contre, si tu prends toute la place, on ne va pas être copain toi et moi. Fit remarquer Law.
Elle répondit par un son étouffé, sans pour autant bouger.
- Comme tu veux.
Il attrapa sa cheville d'une main, et l'envoya valser sur le tapis.
- Holàà qu'est ce qu-… Aïeuh!
Elle se redressa d'un bond furieux et lui lança un regard assassin. Il l'ignora et se coucha tranquillement. Mais alors qu'il s'installait confortablement sur le ventre, un poids lui atterrit brutalement sur le dos, vidant ses poumons.
- Tu crois que tu vas t'en tirer aussi facilement ? Souffla malicieusement Aylan à son oreille.
- Je crois que tu te surestime ! Grogna Law.
Et il la fit facilement basculer, lui attrapant les bras et la faisant perdre l'équilibre sur le côté d'un coup de hanche. Roulant avec elle, il se retrouva à califourchon sur son ventre, tandis qu'elle se débattait en lâchant des feulements furieux.
Contractant ses abdos, elle le fit de nouveau pencher sur le coté, qui était au bout du compte, justement le bout du lit, mais fut aussi entraînée dans la chute. Ils roulèrent au sol dans un bel ensemble.
Aylan ne perdit cependant pas de temps et se redressa d'un bond. Elle sauta sur son capitaine, qui commençait à se relever, le faisant tomber sur le flanc. Sans se laisser débordé, il esquiva les mains qui voulaient l'immobiliser et lui saisit les avant-bras en se redressant sur les genoux. Il la fit ployer peu à peu en arrière, la faisant courber le dos.
Elle changea rapidement de position, passant de sur ses genoux à sur les fesses, enfonçant ses genoux dans les abdos du jeune homme qui étouffa un grognement, et le fis passer au-dessus d'elle, soufflant sous l'effort.
Law roula sur l'épaule, transformant sa chute en roulade pour se remettre debout facilement. Il se jeta sur Aylan, qui ne put esquiver ni contenir la charge, et la bloqua au sol sur le dos.
Elle releva précipitamment un genou et Law s'écarta in-extremis, recevant le coup dans la hanche plutôt que plus bas, ce qui aurait été nettement plus douloureux.
Il rapprocha son visage du sien pour faire remonter ses jambes et placer un genou sur le ventre de la jeune femme, l'empêchant presque de respirer. Elle leva la tête et tenta de mordre l'épaule de son alpha qui s'écarta en riant.
Ils luttèrent encore quelques minutes au sol avant qu'il ne la plaque définitivement sur le tapis, les deux mains coincées sous ses genoux, lui de nouveau à cheval sur elle, ses mains sur les épaules frémissantes de la jeune femme. Ils haletaient légèrement.
- Tu te rends ?
- Jamais ! Gronda-t-elle, les yeux joueurs.
Un sourire mauvais se dessina sur les lèvres de Law, qui se pencha et commença à la chatouiller pour se venger du coup bas qu'elle avait tenté en visant son entrejambe.
- Hé ! Arrête ! Qu'est-ce que tu ffaaais !
Elle était forte. Il ne pensait pas qu'elle réussirait à lutter autant contre lui, mais il avait un niveau bien supérieur, elle n'avait eu aucune chance de le battre dès le début.
Pendant qu'il la chatouillait, elle se tortillait sous lui, tentant de lui échapper, ondulant du bassin pour desserrer l'étau de ses jambes, ce qui n'était certes pas désagréable. Il avait envie de jouer un peu, et Aylan, contractant ses abdos sous ses jambes pour tenter de le déloger, aiguisait cette envie. Ne pouvant plus parler, Aylan tachait d'étouffer sans succès ses rires.
- Tu es très chatouilleuse dis-moi. Commenta simplement Law, comme s'il parlait de la pluie et du beau temps.
- Aaah ! Arrête !
Ses rirent cessèrent un instant.
- Tu te rends ?
- Oui... souffla-t-elle, les yeux en larmes.
- Pardon ? Dit-il en reprenant ses chatouilles. Je n'ai pas bien entendu...
-Va crever ! Aahahha !
- Là par contre j'ai entendu… qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire pour te punir ?
Cela eu pour effet de la faire arrêter de se débattre, et il se redressa légèrement. Haletante, toujours sous les jambes de Law, elle le fixait de ses grands yeux turquoise baignés de larmes de rire contenu.
Law lui rendit un moment son regard. Puis il se pencha doucement, plaça ses mains de part et d'autre de sa tête. Il s'approcha avec lenteur de son visage et effleura ses lèvres de son souffle. Elle resta complètement immobile, toujours haletante.
S'approchant davantage, il caressa de sa bouche sa lèvre inférieure qui frémit, puis, tout en parsemant le coin de sa bouche de baisers papillons, glissa le long de sa mâchoire vers son oreille, qui subit le même traitement. Un discret miaulement de surprise sortit de la bouche d'Aylan.
Law se redressa alors, un sourire victorieux sur le visage. Aylan le regarda, éberluée, avant d'éclater de rire. Déconcerté, le jeune capitaine leva un sourcil en la regardant rire… et ne vit pas la main qu'elle avait finalement réussi à dégager attraper son épaule et le faire tomber sur la gauche, inversant de nouveau les rôles.
Elle lui tenait les poignets de chaque côté de sa tête, à califourchon sur ses hanches. Law la regarda, ayant d'ailleurs une belle vue sur le décolleté du tee-shirt, et força un peu sur ses bras. Sa prise était forte, et puis, il n'avait pas si envie que ça de se libérer, attendant avec curiosité la suite.
Elle avait plus de puissance que prévu dans ses épaules cette fille...songea-t-il avant de remarquer son sourire vengeur.
- Heu...Aylan ?
Elle ne répondit pas, et fit exactement ce qu'il avait fait, le surprenant encore une fois. Elle s'approcha, souffla doucement sur ses lèvres, et mordilla le plus délicatement possible sa lèvre inférieure, sachant que ses canines pointues pouvaient les entailler profondément.
Law se laissa faire, curieux de voir la suite. Comme elle allait lentement, de peur de le couper, l'opération était d'autant plus agréable. Elle passa ensuite sa bouche sur sa gorge, et cette fois, dévoila ses canines pour les poser sur sa carotide légèrement palpitante.
Law se crispa instinctivement, sachant parfaitement que d'une pression, elle pourrait la lui trancher. Et ça, il préférait autant éviter. Mais il sentit une langue douce parcourir sa peau frémissante et il déglutit quand des mains froides vinrent se poser sur ses côtes. Elle remonta doucement sa bouche sur sa mâchoire et changea encore sa position sur son alpha, qui poussa à nouveau un court soupir.
Satisfaite de sa réaction, Aylan se releva alors en prenant appui sur les abdos du jeune homme, et partit s'étendre sur le lit sans un regard pour lui. Law se redressa sur les coudes, amusé. Mm, voilà qui avait été un moment… particulièrement engageant. Il avait bien fait de la laisser continuer, cette fille avait du cran. Voilà longtemps qu'une femme n'avait pas joué ainsi avec lui, ayant trop peur pour ça.
Ça lui avait manqué plus que ce qu'il ne croyait. Il passa une main sur sa gorge, à l'endroit où la langue d'Aylan l'avait effleurée. Rien qu'en mimant ses mouvements et en les mélangeant à sa propre expérience, tirée de lui et des animaux, elle avait réussi à le surprendre. Son sourire en coin glissa sur son visage.
Law la regarda, couchée dans son lit. Oui, vraiment très intéressante...
oOo
Je me réveillai après seulement quelques heures de sommeil, une habitude de chasse. Je m'étirai, sachant que, de toute façon, une fois que j'avais ouvert les yeux, c'était impossible de me rendormir.
Law, endormi de l'autre côté du lit, couché sur le flanc et me tournant le dos, avait une respiration si imperceptible que s'en était inquiétant.
- T'es mort ? Murmurai-je, amusée par moi-même.
Son flanc se soulevait pourtant à un rythme régulier, et son odeur se glissa sournoisement jusqu'à moi. Je la respirai avec prudence, mais délice.
Assez fière intérieurement au souvenir d'hier, je me levai finalement. Je jetai un œil sur Kidd, toujours endormis sur l'armoire. En silence, j'ouvris la porte et me glissai à l'extérieur... Et le sol se déroba sous mes pieds. Je poussai un petit jappement alors que je basculais vers l'arrière, atterrissant sur mes fesses sur le tapis rouge bordeaux.
- Kaah !
Law se réveilla en sursaut et sauta hors du lit d'un coup, parfaitement réveillé. Me voyant couchée au sol, une main sur ma bouche, il se calma un peu.
- Quoi encore ? Marmonna-t-il de fort mauvaise humeur.
Il n'aimait pas qu'on le réveille apparemment. Mais la brutale nausée qui me saisit me détourna de ces futiles observations. Law se tenait parfaitement droit, pourtant le sol bougeait horriblement en les murs tanguaient.
- Je crois que je vais vomir...gémis-je.
Je le vis lever un sourcil, avant de rire ironiquement, les cheveux en bataille et la marque de l'oreiller sur la joue gauche.
- Tu as le mal de mer. Pas de chance.
- Le...quoi ? Marmonnai-je, tachant de contrôler les soubresauts de mon estomac.
- Mal de mer. On est en pleine mer à l'heure qu'il est. Et du coup, ça balance un peu.
- UN PEU ?! M'étouffais-je. Ca va pas bien du tout là !
- Je t'interdis de vomir sur mon tapis. Aller viens, je vais te faire prendre l'air.
Il m'attrapa par le bras et me souleva avec facilité. Mais à peine mes jambes touchèrent le sol que je me retrouvai aussi sec sur l'arrière-train.
- J'y arrive pas... me plaignais-je en le voyant tenir debout sans problème.
Je sentais les petites secousses parcourir le sol et les murs dans tous les sens.
- Il va falloir que tu prennes le pied marin. Aller, debout !
Il prit de nouveau mon bras et me redressa, sans me lâcher cette fois. Je m'appuyai sur son épaule gauche, lui, encerclant ma taille de son bras. Je m'appliquai immédiatement à respirer par la bouche. Si je le humais, j'allais devenir dingue.
- Mon odeur est si puissante que ça ? Plaisanta-t-il en me voyant faire.
- Tu n'as pas idée. Marmonnai-je, avant d'avoir un haut le cœur.
Il ne savait pas d'quoi y parlait...
- Je vais t'emmener sur le pont.
Il me traîna plus qu'il ne me porta hors de sa chambre vers ce que je supposais être la salle de contrôle. Jean Bart était aux commandes. La grande salle, dépourvue de fenêtres à proprement parler, contenait en son centre une large panoplie de manettes et autres trucs farfelues sur un comptoir en forme de croissant de lune. Le sol était recouvert à certains endroits d'une fine moquette blanche, comme sous ce fameux comptoir.
- Bonjour capitaine ! Salua Jean Bart de sa voix si grave. Vous êtes matinal aujourd'hui. Bonjour Aylan.
- 'lut...maronnais-je, incapable de dire plus.
Le navigateur lança un regard surpris à Law, le voyant me soutenir ainsi.
- Mal de mer. Répondit Law, faisant sourire Jean Bart.
- Pas drôle...bégaillai-je, ...me sens pas bienn...
- Fait remonter le sous-marin à la surface jean Bart, je vais la sortir un peu.
Non mais je rêve. Il parlait de moi comme si j'étais la mascotte de l'équipage. « Fais donc remonter le sous-marin, je fais sortir la bestiole ! » mimai-je dans ma tête d'une voix haut perchée. Attends un peu que je me sente mieux.
Jean Bart manipula le tableau de bord tandis que Law faisait demi-tour, moi toujours suspendue à son épaule, et pas vraiment prête à lui faciliter la tâche. Il parcourut encore quelques couloirs, me soutenant avec facilité malgré les secousses du sous-marin. J'avais l'impression d'oublier mon estomac vers le bas, tandis que je sentais le sous-marin remonter à la surface.
Alors là, c'était encore pire... Et pis expliquez-moi comment ça se faisait que j'ai le mal de mer dans un sous-marin !
- A cause des courants. Me répondit Law, après que j'eus posé ma question d'une voix vexée. Il y en a toujours à cette profondeur, et ils se heurtent en créant d'autres courants et remous autour de nous. Ça secoue un peu. Il va falloir t'y faire, on ne peut pas aller plus bas pour le moment, la zone n'est pas sécurisée.
Law ouvrit enfin la dernière porte après une dizaine de minutes, et je sentis l'air frais me caresser la joue. Je me dégageai tant bien que mal de la prise de Law et me jetai dehors, les jambes flageolantes, l'estomac en compote.
Dès la première secousse je fus jetée sur le sol trempé, mais le vent me fit le plus grand bien. Je me retournai pour bien exposer mon visage et pris une large inspiration bénie.
Les yeux fermés, couchée sur le dos, je respirai avec délice cet air vivifiant. Il n'avait pas la même saveur que sur mon île, beaucoup plus puissant et salé. Mais il réussit à apaiser mon mal de mer, et mon cœur s'accélérait de plaisir quand une bourrasque plus forte me parvenait. J'ouvris doucement les yeux, alors que ma respiration hachée s'apaisait. Il faisait encore un peu nuit, les étoiles semées sur la toile des cieux clignotaient encore faiblement. Je souris à cette vision. C'était si bon de ne plus avoir mal au cœur !
Le ciel, en partie dégagé, offrait une vue magnifique sur la lune et les étoiles. J'avais toujours été sensible à ce paysage de nuit, si calme et serein et recelant les mystères les plus sombres. Cela me manquerait dans ce sous-marin. Je me redressai lentement, parcourant des yeux le poste de vigie extérieur, mais qui avait aussi une petite cabine aux parois vitrées par laquelle on était arrivé, et à laquelle je n'avais pas vraiment prêté attention. Comme une petite terrasse entourée d'une barrière métallique, il surplombait le sous-marin et l'océan, et donnait la magnifique impression d'être seul au monde.
Je me relevai enfin péniblement, et m'accoudai à la barrière, reprenant ma contemplation fascinée de la lune.
POV Law :
Le jeune homme la regarda se redresser avec difficulté et se traîner jusqu'au bastingage. Il avait vu une lueur particulière dans ses yeux quand elle avait regardé la lune et ses reflets irisés sur l'eau clapotant, et compris qu'elle la touchait avec plus de puissance que n'importe quel autre paysage.
Légèrement frissonnante dans l'air frais du petit matin, une épaule laissée à nu par son tee-shirt trop grand qui claquait dans la brise, ses longs cheveux agités par l'air marin, dans son short bien trop long, elle offrait un spectacle surprenant. Ces vêtements masculins lui allaient étonnement bien. Trafalgar eut un léger pincement au cœur devant ce tableau.
- Moins malade ? Demanda-t-il, brisant le silence de la nuit.
Elle se retourna vers lui, et ce qu'il vit dans son regard le perturba. Une lueur de pur bonheur, d'intense joie. Elle lui offrit un sourire magnifique, le visage caché par intermittence par le vent.
Quand elle ne vit plus rien pendant quelques instants, les cheveux lui couvrant la moitié du visage, elle les retira en éclatant de rire. Il eut envie de rire avec elle. Il se contenta de sourire aussi, ne comprenant pas comment elle pouvait soudain lui paraître si différente.
POV Aylan :
J'avais l'impression qu'un torrent de bonheur déferlait dans mes veines, dans mon corps tout entier. Une vague d'argent parcourait mon sang en pétillant de vie. Et je m'offris à lui avec abandon, cette sensation si grisante était tellement agréable... Je sentais Law derrière moi, son regard sur moi, et je me surpris à y prendre plaisir cette fois. La pleine lune avait ce genre d'influence sur moi, mais jamais avec autant d'intensité. L'océan rendait cet instant bien plus unique, la lune bien plus belle, bien plus accessible à mes yeux.
La présence de Trafalgar ajoutait une pointe de sel dans le bonheur liquide que je ressentais. Je regrettai de ne pas le sentir plus proche et me retournai vers lui. Torse nu sous les rayons lumineux, son corps finement ciselé, ses yeux cernés couleur cendre, ses épais cheveux bruns en bataille, ses lèvres étirées en un léger sourire, tout me sauta alors au visage.
Sa beauté ne m'était jamais apparue avec autant d'intensité. Il contemplait aussi la lune, mais je savais qu'il ne ressentait pas la même chose que moi. Pourtant, quand il baissa les yeux, croisant mon regard, il me sourit, un sourire simple, ce que je pouvais appeler un sourire spontané comme ceux si rare chez ce mâle.
Nous restâmes encore quelques instants dans cette contemplation de l' immense océan, puis Law me dit qu'il était temps de rentrer.
-Tu vas tomber malade. Remarqua-t-il en me voyant frémir sous un coup de vent. Et c'est moi qui devrais te soigner après.
Je me sentais tellement bien que l'idée d'être malade ne me gênait même pas. J'étais comme droguée, complètement absente. Law dû me prendre par le bras et me forcer pour que je mette un pied nu devant l'autre, et passer la porte de la vigie intérieure. Je remarquai qu'il avait un peu froid lui aussi.
Mais dès que je fus privée d'air frais, mon mal de mer revint, et je m'écroulai sur les canapés longeant les baies vitrées de la pièce ronde.
- Oh noon... ça recommence.
- Tu finiras par t'habituer. Lâcha Law. Aller, viens il faut descendre. J'ai du travail.
Je tachai de me redresser, sentant le mal de cœur me chavirer encore le ventre, mais avec moins de force, et je réussis à tenir debout en respirant à fond. J'examinai rapidement les lieux, histoire de me repérer et de m'occuper. La petite pièce, dépourvue de mur, uniquement composée de fenêtres longées de canapés au doux tissu crème, était recouverte d'une moquette blanche. La douceur de la carpette sous mes pieds nus était très agréable.
La pièce ne comptait aucun autre meuble, hormis la porte où Law se trouvait, m'incitant d'un mouvement de la tête à passer devant lui. Au fur et à mesure que mon mal de cœur revenait, mon état euphorique diminuait, et je me sentis reprendre pieds avec la réalité. Maintenant, mon état de parfaite extase m'inquiétait presque. Mais cela avait été si agréable de ne plus penser à rien durant quelques instants.
Je n'avais même plus senti l'aura malfaisante de la Bête au fond de moi, comme si elle aussi avait été subjuguée. Est-ce que cet état venait finalement d'elle à l'origine ? Ferait-elle plus partie de moi que je le soupçonnais ? Je secouai la tête en descendant les escaliers, les jambes de plus en plus tremblantes sous le mal de mer.
Dans le couloir, Law se tourna vers moi avec circonspection, et me demanda :
- Tu as faim ?
- Beuh... non !
Law me considéra d'un œil critique, sourcils froncés.
- Il faut quand même que tu manges. Tu ne te nourrissais pas assez dans la jungle, et tu souffres de malnutrition. Je te dispense de manger pour ce matin, mais à midi, tu manges sans faute. Et puis, quand on a envie de vomir, il faut toujours avoir quelque chose dans l'estomac, sinon tu vas vomir de la bile. Non seulement c'est dégueulasse, mais en plus ça agresse la gorge. Un morceau de pain aide déjà beaucoup.
- A midi ? Vous mangez à midi vous ?
C'était la seule chose que j'avais retenu de son discours.
- Bien sûr, et le soir aussi.
- Mais vous mangez combien de fois par jours ?! M'exclamais-je, choquée d'une telle profusion de nourriture.
- Ça dépend si tu comptes le goûter et le souper après. Fit Law d'un air malicieux.
Je le regardais, abasourdie. Il me donna une pichenette sur le front avant de repartir. Je le suivis plus lentement, tachant aussi de mémoriser le chemin menant à la vigie. Je sentais que cet endroit allait me plaire.
oOo
Affalée par terre sur le sol frais de la cuisine, je regardai à travers mes yeux à demi-clos l'équipage manger avec appétit.
- Ça n'a pas l'air d'aller Aylan-chan ! Rigola Penguin en me jetant un coup d'œil en se retournant vers moi. Tu veux manger un morceau ?
Tout sourire, il me tendit une tartine de pain beurrée. Je me retournais de l'autre coté en mettant une main devant ma bouche, en sueur.
J'étais-très-malade.
- Ça suffit Penguin, sourit Law, tu devrais la laisser tranquille. Si elle vomit c'est toi qui nettoieras ! Elle se rattrapera en mangeant un morceau de viande bien gras et plein de sauce crémeuse à midi voilà tout.
- C'est vrai ! Ajouta le cuisinier avec un sourire sournois, et plein de délicieux gâteaux remplis de crème bien fraîche avec du sucre et un coulis de chocolat noir !
- Je vous déteste tous ! Braillai-je, alors que mon mal de cœur empirait.
Jean Bart eu la gentillesse de se lever et de me prendre dans ses bras -je me sentais trop mal pour protester- avant de me porter dans la salle de bain commune et de me passer sous l'eau froide le visage.
- Ouf ! Merci Jean Bart. Quelle bande de pauv' types...marmonnai-je, la tête penchée en arrière sous le jet d'eau de la douche, assise par terre.
Le navigateur sourit, et posa son corps massif à côté de moi, tandis que je relevai ma tête et essorai mes cheveux trempés.
- Je n'ai jamais eu le mal de mer, alors je ne sais pas trop ce que tu vis, mais ça n'a pas l'air agréable.
Je me tournai vers lui, surprise de son ton et de cette étrange sensibilité, à laquelle je ne m'étais pas du tout attendue. Il me contemplait d'un air bienveillant, avec une sorte de douleur aux fonds des yeux, ancienne, mais présente. Qu'avait vécu Jean Bart dans son passé ? Je me sentais un peu honteuse de vouloir le questionner alors que moi-même leur avais le mien. Il sembla sentir ma soudaine crispation, et reprit :
- Ça m'est bien égale que tu ais une chose en toi que tu ne sais pas contrôler. Le capitaine veillera sur toi, et puis, nous t'aiderons aussi. Law trouvera un moyen.
Il y avait un profond respect dans sa voix quand il parlait de Trafalgar, et je le regardai avec curiosité, mais tins ma langue.
- Merci Jean Bart. Lui souris-je.
Nullement embarrassé, il posa sa grande main sur mon dos, puis se releva, et me la tendit. En souriant, je repoussai pourtant sa main et me redressai seule. Je me sentais bien mieux après cette douche improvisée. Le ventre encore chamboulé, je retournai lentement avec le navigateur dans la cuisine, après une profonde inspiration dans la salle pour retenir son odeur et tacher de me repérer dans le sous-marin.
Il ne restait plus que Law, Bepo et Sachi dans la salle. Bepo m'accueillit avec un doux grognement bien animal qui me remonta le moral, auquel je répondis. Dès que le capitaine me vit, il eut un sourire ironique devant mes cheveux trempés, puis déclara :
- Tu commences l'entraînement aujourd'hui avec Sachi, Aylan. Je veux voir ton niveau.
A suivre...
Et pif ! Finit ! Ça vous a plu ?
