Peur panique colère. Les émotions que je ressentais étaient multipliées sous la houlette de l'esprit animal qui m'habitait. Je n'arrivais plus à la contenir. Je tentai de prendre une profonde inspiration, hachée et difficile. Je dus recommencer plusieurs fois avant qu'elle soit continue.
Toutes ces années où j'avais cru ne serait-ce qu'avoir un minimum de contrôle sur Elle s'évanouissaient, me laissant impuissante. Et j'avais peur. Je croyais... j'avais croyais pouvoir la contenir. Toute ma belle assurance partait en fumée, me laissant sans défense contre la Chose, que je ne connaissais pas aussi bien que je le pensais.
Merde ! Putain de merde !
Haletante, je me forçais à me calmer, attendant que la Bête prenne d'elle-même la parole. Ce qu'elle fit.
POV la Bête :
Je jouais un jeu dangereux, je le savais. La petite chose pouvait ne pas me croire, trouver la faille. Mais je sentais la terreur dans laquelle elle se trouvait. Elle était impuissante. Faible.
Je savourais ces mots, les faisant rouler sur ma langue. Cela faisait tellement de temps que j'attendais une fissure dans cette défense qu'elle avait érigé dans son esprit. Je l'avais enfin trouvé ! Quelle ironie que ce soit lors du voyage de la fille pour se débarrasser de moi. J'avais sous-estimé son instinct de défense qui l'avait poussé à s'isoler. Mais elle avait aussi commis une grave erreur. Une erreur dont j'allais pouvoir tirer profit.
J'entourais son esprit, vagabond dans sa propre conscience, d'un halo froid et douloureux. Elle se débattit plus fort, repoussant quelques instants les vagues sombres dont je l'entourais. Mais elle échoua à les faire reculer. Je bouclai son esprit.
- Comprends-tu mieux à présent ? Lui murmurai-je. Saisis-tu l'étendue du pouvoir que je possède sur ta personne ? As-tu enfin réalisé que tu ne peux rien contre moi ?
- Non ! J'ai déjà réussi... tu n'as pas toujours gagné.
Irritée, je m'ébrouais intérieurement. Elle ne lâchait pas l'affaire facilement. Allons-y pour l'étape « briser l'esprit ». C'est partiiiie...
J'avais déjà réfléchi à ce que j'allais faire. Je repassai dans son esprit un souvenir... un souvenir enfoui très, très profondément en elle, et que j'avais mis du temps à reforger dans son exactitude. Mais cette fois, il était parfait. Et je n'avais absolument rien changé.
La femelle tressaillit et ses sourcils se froncèrent soudain…
- Aylan ! Où est ce que tu te caches encore ?
Rieuse, je filai encore plus loin dans les branches de l'arbre, les feuilles fouettaient mes bras, me brûlaient un peu.
- Aller, rentre ! C'est l'heure de dîner, et après au lit.
Ah ! C'était pas ça qui allait me faire descendre ! J'attrapai une branche plus haute, et me hissai dessus. Je jetai un œil en bas. Les longs cheveux noirs de ma mère apparurent entre les branches basses. Je laissai échapper un petit rire, ravie de la voir me chercher.
- Si tu te montres tout de suite, je te lirais une histoire. Celle que tu veux !
Ah...je ne savais plus trop...
- Avec un cookie en prime !
Là je ne pouvais pas résister. COOKIE ! Je descendis rapidement les branches de l'arbre, et me laissai tomber juste devant elle. Elle sursauta avant de me reconnaître.
- Aylan ! Regarde-toi. Tu es toute sale… Viens ici toi.
Je levai un regard angélique vers ma maman. Ses doux yeux aussi turquoise que les miens étaient toujours plein de vie, son sourire éclatant, ses fossettes quand elle riait, son corps gracieux et mince, ses longs cheveux bruns ondulés avec des mèches grises...
Elle se pencha vers moi avec un petit bout de tissu, et s'amusa à frotter mon nez, sachant que je n'aimais pas ça.
- Arrête Maman ! Dis-je en me débattant. Je suis propre, c'est bon.
Ma mère ébouriffa mes cheveux.
- Aller, petite belette, viens, on rentre.
Elle me tendit la main, que je pris en sautillant. Nous traversâmes en discutant de l'histoire qu'elle m'avait promise le petit bosquet de chênes dans lequel je m'étais cachée. Il devait être presque neuf heures du soir, et je venais de fêter mes 8 ans. Je portais la tenue que m'avait faite ma maman, un tee-shirt noir solide et un pantacourt marron clair, fais spécialement pour grimper dans les arbres.
Sortant du bois, je lâchai la main de Maman et courus ver la maison en criant :
- Preum's !
- Tu triches ! S'écria-t-elle en courant à ma suite, me rattrapant aisément malgré mon avance.
Maman me dépassa et, se retournant d'un bloc, se mit devant moi en criant :
- Bouh !
Je bondis dans ses bras en riant.
- Aller viens manger ! Je t'ai fait de la salade de tomates et de...
- Raisins ?! Coupais-je, toute excitée.
- Raisins ! Conclut ma maman avec un air très solennel. Ce serait dommage qu'elle se réchauffe avec la chaleur.
Nous étions en plein été, et la température pouvait atteindre les 45 degrés à midi. Je filai vers la maison, contente de manger mon plat préféré. C'était une petite maison de deux pièces, une pour la cuisine, une pour dormir. Nous vivions loin du village depuis qu'un drôle d'accident était arrivé il y a quelques années. Maman m'avait dit que des gens étaient morts, et que c'était dangereux de rester en ville.
Quand j'y allais, Maman restait toujours à côté de moi. Les gens là-bas me regardaient bizarre parfois, je préférai être ici. La petite cuisine ne comportait que quelques plans de travail en bois, et un petit four avec un frigo. Nous mangions à même le sol, avec des couverts en bois usé. Nous n'avions qu'un lit pour dormir, et le partagions.
Le lendemain, elle m'emmena avec elle faire des courses en ville. Je me sentais très mal, j'avais la tête qui me tapait à l'intérieur, et des douleurs dans le ventre. Maman avait paru s'inquiéter quand je m'étais plainte, alors j'avais arrêté. Mais j'avais mal, et retenais mes larmes. En passant devant la confiserie, je m'arrêtai un instant, en voyant des enfants manger des bonbons en riant. Plus âgés que moi, c'étaient des garçons. Mais quand j'allais m'approcher d'eux, Maman attrapa ma main et me tira en arrière. Je levai la tête, et vis le marchand me fixer avec des yeux étranges. Pas comme ma maman.
Je la suivis, déçue, alors que mon mal de crâne sautait partout dans ma tête. Maman avait de la famille en ville, des gens qui m'offraient des bonbons quand on allait les voir. Je demandai :
- Maman, on va voir Oncle Anor et Tante Iza ?
- Pourquoi pas. Sourit ma mère, les yeux pétillants. Tu seras sage ?
Elle se pencha et pinça un peu ma joue, mon nez touchant le sien.
- Promis !
C'était notre rituel. Chaque fois elle me demandait si je serais sage en pinçant ma joue, et chaque fois je répondais promis. Nous tournâmes dans une large rue et Maman sonna à une grande porte marron sombre. Iza vint nous ouvrirent.
- Petite sœur ! Et Aylan ! Entrez, cela faisait longtemps.
Tante Iza ressemblait beaucoup à Maman, normal c'était sa sœur. Mais elle avait de jolis yeux noirs. Je lui tendis les bras et elle me souleva en me chatouillant. J'entendis une voix grave bien connue.
- Coucou ma grande.
Oncle Anor était petit et gros, mais très gentil avec moi. Gâteux, comme disait maman. Il m'ébouriffa les cheveux et je me dégageai en grimaçant. Tante Iza me posa sur une chaise devant la table du salon. Je me massai un peu les tempes, j'avais le front chaud.
Soudain, alors que nous prenions le goûter, mon mal de tête explosa littéralement, je tombais par terre. Et je ne me souvins plus de rien.
Quand je repris connaissance, je ne savais plus où j'étais. J'étais couchée par terre. Tout était cassé autour de moi, et il y avait du sang. Du sang partout. Je reculai très vite sur mes mains en voyant un... truc devant moi. Un truc qui faisait peur.
Ça ressemblait à un humain, mais il avait un trou au milieu avec des machins longs et visqueux qui en sortaient. J'avalais difficilement ma salive. Il y en avait d'autres par là. Mais pas un cri. Ma nouvelle tenue était toute déchirée, et j'eus les larmes aux yeux. Maman allait être triste en la voyant... Maman ! Ma gorge se libéra d'un coup.
- Maman ? Criai-je.
Rien. Pas de réponse. Je parcourus des yeux le paysage. C'était le village ? Je ne voyais que des ruines, des ruines et des ruines. De la fumée aussi, un peu.
- Maman...Tu es où Maman ? Fis-je plus fort.
Le silence se fit plus lourd. Une nouvelle boule se forma dans ma gorge alors que mes yeux commençaient à me piquer. Je me levais difficilement, mes jambes flageolaient, j'avais mal partout.
J'étais avec Maman, Tante Iza et Oncle Anor, mais...et après ? Tout était détruit ? Je ne reconnaissais rien, j'étais complètement perdue.
- Maman... J'ai peur... ! Finis-je par crier.
Elle venait toujours quand je criais comme ça. Elle ne vint pas cette fois-ci. Je marchai dans les décombres en boitant, aperçus des gens couchés sur le sol, immobiles, couverts de sang, des bras ou des jambes manquants.
- Ils sont...murmurais-je.
Je m'entourai de mes bras, commençai à paniquer. Je me mis à courir.
- Maman ! Maman !
Je trébuchai, tombai. Aïe ! Mes mains... Je regarderai plus tard. Me relevant, les larmes coulant pour de bon, je m'affolai.
- Ma-Mamaaannn !
Ma voix tremblait.
- Pourquoi tu ne réponds pas... Hoquetai-je, un nœud au ventre.
Soudain, je reconnue la porte marron de Tante Iza et Oncle Anor par terre. Je me précipitai vers elle. Elle était brisée en deux. Deux profondes marques de griffes zébraient le bois. Je déglutis, mais me forçai à avancer.
Je sautai par-dessus, tombai encore et m'écorchai les genoux. Relevant mes yeux débordant de larmes, j'aperçus la chevelure brune mais raide d'Iza. J'avançai à quatre pattes vers elle, soulevais ses cheveux. Elle me regarda avec ses yeux noirs. Vides.
Je ne voyais rien à l'intérieur.
- T…Tante Iza ? Dis-je timidement.
Elle ne bougeait plus. Cette fois, j'avais vraiment très peur. Me relevant brusquement, je me mis à courir partout, soulevant des pierres, creusant dans les ruines de la maison, poussant une poutre.
- Maman ! Maman !
Puis, je l'aperçus. Je reconnaissais le bracelet sur la main qui pendait sur un rocher. Je me figeai. Mon menton se mit à trembler. Je m'approchai doucement, lentement de l'endroit où ma mère était couchée. Étalée sur le dos, une main sur le ventre, l'autre sur le rocher au-dessus d'elle, elle fixait le ciel de ses beaux yeux turquoise. Sa bouche était ouverte, un filet rouge en sortait.
- Ma...Maman ?
Elle ne répondit pas. Je me laissai tomber à quatre pattes près d'elle, attrapai sa main. Elle était très froide.
- Viens Maman...on rentre ! Tu...tu es toute froide...
Je tirai sur sa main. Elle ne bougeait pas. Le bracelet glissa dans ma paume, je le laissais tomber rapidement, tirai plus fort le bras de ma maman.
- Maman... Maman !
Son visage glissa de côté, révélant l'autre partie, cachée par ses cheveux. Déchirée par un puissant coup de griffes, défigurée hideusement, la chair à vif, l'œil devenu un puit noir et creux.
- Mais...
Elle ne répondit pas.
- MAAAAMMAAANN !
Je hurlai, hurlai encore. Je plaquai mes mains sur mon visage, refusant d'en voir plus. Mes mains étaient humides. Je les regardai, terrifiée. Elles étaient recouvertes de sang. Comment ? Pourquoi ? J'attrapai son bras si froid, tirai dessus de toutes mes forces. Je hurlai à travers mes larmes.
- Sois pas morte Maman ! Pourquoi ? Qui t'as fait ça ?!
- Toi..
Quoi ? Qui...qui a parlé ?!
Je tournai la tête dans tous les sens. Je voyais rien...
- C'EST TOI !
- ARRETES ! Hurla-t-elle.
Les mains plaquées sur la tête, se débattant comme une folle, la petite chose hurlait, se tortillait sur le sol de soie noire. Je ne pouvais la voir que grâce à mes yeux de félin, son corps d'ombre se confondant avec le sol. Je souris, me retirant de ses souvenirs. Trop mignon comme elle aimait sa chère petite maman !
Pathétique.
Elle s'immobilisa en frissonnant, fixant droit devant elle avec un regard vide. Un mince sourire étira ses lèvres. Soudain, elle éclata de rire. Elle rit, rit à n'en plus pouvoir, se tordant sur le sol, le frappant de ses poings fermés de toutes ses forces, prise de spasmes violents, les yeux en larmes, ces mêmes larmes coulant sur ses joues. Elle riait comme une damnée.
Je la regardai faire. Elle perdait les pédales. J'attendis patiemment qu'elle se calme en contemplant mes ongles ridiculement petits, ne pouvant me réincarner sous ma véritable forme puisqu'elle occupait mon corps.
Cela prit un peu de temps. Pas suffisamment. Elle s'essuya les yeux, mi-hoquetant mi-sanglotant, et se coucha sur le dos, le corps tremblant violemment, un sourire dément sur les lèvres.
Ses yeux étaient grand ouverts, laissant voir une grande partie de blanc, exorbités. Elle regardait droit devant elle, vers le haut. Ses cheveux emmêlés s'étalaient comme une toile sous elle. Ses bras saignaient de s'être fait lacérés alors qu'elle hurlait, plantant ses ongles dans sa chair. Bien qu'elle ne fût faite que d'ombres ici, son corps gardait ses fonctions vitales, et elle pouvait se blesser. Le sang, écarlate, ressortait sur sa peau teintée en noire.
Elle faisait presque peur tient ! Cette idée me fit rire à mon tour. Le son sembla la ramener sur terre. Elle tourna la tête à droite, à gauche, lentement. Ne vit strictement rien. Cela la fit sourire.
Alors voyons... -je me penchai sur ma patiente-. Était-elle devenue folle ? Pfff... Non, toujours pas. Une petite lueur ralluma ses pupilles, elle sembla revenir à elle. Un peu.
Son état était hilarant, j'aurais aimé qu'elle continue de rire. Ça s'était arrêté trop vite. Elle était solide cette gamine. Ça s'annonçait encore plus long et drôle que prévu ! Je me reconcentrai sur cette espèce de loque qui osait me tenir tête. Je repris comme s'il ne s'était rien passé, mâchonnant un morceau d'ongle au passage.
- Je te laissai faire. Tu t'imaginais qu'une misérable petite humaine comme toi pouvait réellement me contenir ? D'autres s'y sont essayé avant toi pauvre idiote. Je te laissais faire pour mieux prendre le contrôle la fois suivante. Tu es si versatile, si encline à me donner ton corps. Comme la première fois que nous avons éventré tout le village ensemble. Nous avons beaucoup en commun toi et moi. Plus tu étais confiante, plus c'était facile.
Et plus je pouvais retrouver et conserver tes souvenirs. Il y avait une faille dans mes dires, mais elle était trop choquée pour la percevoir et l'exploiter. Moi en revanche, j'y allais à cœur joie ! Pouvoir enfin la tenir en mon pouvoir, la tenir entre mes griffes et serrer... Lentement. Pouvoir lui faire subir ce que bon me semblait... J'en fffrissonnais de délice !
- Je...Law a réussi...il t'a arrêté...
Les mots étaient rauques, elle articulait péniblement. Je grimaçai de dégoût. Beurk ! Sa voix raclait comme du verre sur du métal. Ses hurlements lui avaient massacrés les cordes vocales.
Mais ça y était ! Je l'avais poussé dans ses derniers retranchements, elle cherchait une protection chez les autres ! Chose qu'elle n'aurait jamais faite avant, quand elle vivait seule, qu'elle n'avait besoin de l'aide de personne. Elle était très bien à cette époque. Même si mes prises de contrôle étaient plus rares. Et, plus particulièrement, elle cherchait la protection de son alpha, alors qu'avant, elle était son propre chef.
Je lui dis exactement ces mots. En sautant la partie où je donnais mon avis sur le bon vieux temps tout de même… Elle fut complètement ébranlée, pâlit.
- Si...j'étais restée seule...dans la jungle...
- Seule aurait suffi.
- Sans Law...
- Juste maître de ta vie.
- Sans Penguin, Sachi, Bepo, Jean Bart...
- Sans poids-morts t'empêchant d'avancer.
Jubilant, je guidais son cheminement de pensées, alors que je sentais que chacun des mots que je prononçais lui glaçait un peu plus le cœur.
- Je...
- Mais sans moi, tu n'aurais rien, petite chose ! Tu ne serais rien. Ton cher capitaine ne t'aurait même pas regardé.
- Toi, tu...
Sa voix était faible, sans volonté... complètement perdue.
- J'ai fait de toi ce que tu es aujourd'hui. Quelqu'un de fort, de puissant. Quelqu'un qui n'a besoin de l'aide de personne, qui n'aime personne, et qui vit sans personne. Quelqu'un qui vit de mort. Et s'en réjouie.
POV Aylan :
J'avais...mal. Très mal. Ma poitrine ressemblait à un trou béant emporté dans un vortex hérissé de lames. Je ne comprenais plus, n'arrivais plus à réfléchir, mélangeais tout. Où est-ce que j'étais ? Et pourquoi ? J'avais très froid. Je ne savais même pas ce que j'étais. Je levai une main. Rien. Que du noir. Des filaments rouges coulaient sur ce qui me sembla être mes bras.
Tiens, c'est joli ça... Pensai-je. En plus ça chatouillait.
Et une voix... Une voix froide, mais sensuelle, si douce, si désagréable, mais avec un accent chaud pourtant, et une intonation qui semblait crisser sur du métal. Une intonation qui donnait envie de relever le coin de la lèvre en plissant les yeux.
Kidd !...c'était...un perroquet ? Bleu pétard je crois.
- J'ai fait de toi ce que tu es aujourd'hui. Quelqu'un de fort, de puissant. Quelqu'un qui n'a besoin de l'aide de personne, qui n'aime personne, et qui vit sans personne. Quelqu'un qui vit de mort.
- Elle ? De quoi est-ce qu'elle... Non...Non ! Ce n'était pas...
Sans m'en apercevoir, j'avais commencé à penser à voix haute. Le son de ma voix à mes oreilles me fit sursauter et je clignai des yeux surpris.
- Tu n'as pas besoin de tout ça pour vivre... encore moins de ton dindon ! Je suis avec toi.
- Mais que...Il... le, ou la...
- Un, une, des, je connais mes pronoms, merci.
Qui c'était déjà ? En plus elle faisait de l'humour. … De l'hu quoi ? Ah oui, bien sûr, de l'humour. Je n'ai rien dit. Je pouffai d'une voix brisée.
- Tu es là ? Hého ?
Tiens ? Une voix.
- Hé ! Tu m'écoutes ?
Mmmm... Non.
- Je te parle ! S'énerva la voix.
Mais c'était qu'elle insistait en plus. Ou étais-je d'abord ? Ça commençait légèrement à me courir sur le haricot cette affaire.
Peu à peu, la douleur et l'hébétude quittaient mon organisme, me permettant de mieux réfléchir. Mes pensées se reformèrent en un flux lié à la place de ces éclats de phrases que j'avais jusqu'alors peine à maintenir ensemble, sans parler de leur donner un sens quelconque.
Alors… D'abord j'étais où ?
Je ne sais pas. Bon. Question suivante !
Je suis qui ?
Aylan. Enfin une réponse claire. Cool ! Ensuite.
Qui est Aylan ?
Une fille de 18 ans. Super. D'accord.
Qui a un perroquet bleu pétard qui hurle n'importe quoi à tout va. Bon pourquoi pas... D'accord.
Qui a un monstre en elle. Génial. D'ac-... Pas d'accord !
Ah oui, ça me revenait maintenant. La Bête. Et je saignais en plus. Aah, c'est pour ça que les bras piquaient. J'comprends mieux. Et c'était apparemment moi qui m'étais blessée, j'avais du sang sur les ongles. Bon, un autre problème de réglé ! C'est fou ce qu'on règle comme problème quand on se concentre.
Abordons le « pourquoi ? » maintenant. Pour... Les souvenirs remontèrent lentement à la surface, et pas forcément dans le bon ordre. Des images me revinrent brusquement, que je tachais de remettre à leur place, me débattant avec chacune pour essayer de comprendre ce qu'il m'arrivait. Le tableau d'ensemble ne me plut pas, mais alors absolument pas.
Cette pourriture de saloparde avait osé me remontrer tout ça... Une rage intense se mit à pulser dans mes veines au rythme des battements de mon cœur. Je La sentis s'agiter autour de moi. Ça n'avait pas l'air de lui plaire que je réagisse comme ça, je l'entendais fureter et souffler avec énergie. Tant mieux ! J'allais la massacrer, lui trancher la langue, lui arracher les entrailles et les jeter aux chiens.
Quoique, ça risquerait de les empoisonner. Il allait falloir y réfléchir très sérieusement. Je me sentis reprendre définitivement pied et pris une première vraie inspiration.
- On s'énerve petite chose ?
La voix était presque joyeuse malgré une pointe d'agacement. Une détermination glaciale m'envahit à ces mots, me permettant d'affronter la peur. Je me levai, ignorant avec haine le brusque étourdissement qui me saisit à ce geste, et me campai tant bien que mal sur mes deux pieds nus.
- La ferme ! Tu n'es qu'une sale ordure bonne à nourrir le plus pourri des rats.
Je la sentie reculer, comme outrée.
- Je ne t'ai rien demandé que je sache, ni force ni combat ni meurtre ni même l'attention de Law ! Renvoie-moi avec les autres !
Elle sembla considérer la question et mon cœur palpita un peu plus fort dans la tempête de mes émotions. Qu'elle le considère sérieusement m'inspirait plus de méfiance encore.
- Tu vas le regretter... s'amusa alors la Bête, et puis, tu n'es pas dans une position des plus confortable là-bas, dans le gymnase...As-tu vraiment envie d'y retourner ?
- C'est à dire ? Grognai-je, les genoux tremblants malgré tout.
- Tu m'as demandé de te rendre ta forme normale ? J'ai exaucé ton souhait.
Elle disait vrai, je sentais que mon corps avait changé…
- …Pourquoi ? demandé-je, méfiante, malgré ma joie à la perspective de retrouver enfin mon corps.
Soudain ma vision s'éclaira et une image floue apparut devant moi. J'étais toujours dans le gymnase. Plus rien ne bougeait. Law semblait avancer vers moi en retirant son pull. Je compris vite pourquoi en sentant le froid pénétrer ma peau. J'étais complètement nue, étendue sur le dos.
Rrmmmm...
- Oui, et alors ?
Je la sentie s'agacer de mon manque de réaction que j'avais très soigneusement cachée. J'avais réussi à me contrôler cette fois. J'étais très fière, mais ce fut de courte durée. A mon grand dam, elle passa outre et continua :
- Plus tard... Je ne vais pas te rendre consciente tout de suite, c'est trop drôle de les regarder ! Hé hé hé ! Bon, les meilleures choses ont hélas ! Une fin.
Soudain, une intense douleur me saisit. Je gémis de ma voix déjà rauque. Des millions de petites pointes de glaces semblaient me transpercer la peau sur tout le corps, particulièrement dans la colonne vertébrale.
- Aaaah !
- Ça, c'est pour m'avoir envoyé promener alors que je te parlais.
La douleur se changea en image, celle de ma mère, toute souriante me tendant la main, puis celle de son visage, labouré d'un côté par des coups de griffes brutaux laissant l'os apparaître, et de l'autre déformé par la douleur figée dans les traits de sa peau dorée. Mon cri de douleur se transforma en hurlement de terreur et de peine.
- Et ça, c'est juste un petit souvenir...pour que tu ne m'oublie pas trop vite. Et parce que ça m'amuse.
Je luttai contre l'once de folie douce, luttai pour ne pas replanter mes ongles dans ma peau, pour ne pas me laisser tomber dans le gouffre dans lequel je m'étais jetée un peu plus tôt.
Je parvins à repousser les pointes de glaces imaginaires, mais mes forces m'abandonnaient. Non ! Je n'en pouvais plus, j'avais trop mal. Serrant les dents, je réussis dans un ultime sursaut à chasser la vision du visage arraché de ma mère, mettant mes dernières forces dans la bataille. Il y eut comme un déclic.
Avec un frisson de surprise, la Bête se retira sur un dernier rire ravi.
Hoquetant, je me réveillai dans le gymnase. Prenant une inspiration brûlante et difficile, j'ouvris brutalement des yeux trempés de larmes, et haletai comme si j'avais été privée d'air trop longtemps, les poumons en feu.
- Calme-toi Aylan !
Ma première sensation fut celle du poids d'une main sur mon épaule. Je me débattis faiblement, poussant avec mes mains.
- Tout va bien ! Calme-toi ! C'est moi.
- Lai-... Laisse-moi ! Ne me touche pas !
Ma voix rauque se brisa. La main se resserra davantage sur mon bras nu. Une autre se posa sur mon épaule. Respirant de plus en plus difficilement, je ne parvins pas à inspirer de nouveau. Je toussai, commençai à étouffer, un verrou invisible prisonnier de ma gorge.
- Elle fait de l'hyperventilation ! S'écria une voix grave.
- Aylan... tout va bien.
Deux mains se posèrent l'une sur l'autre et appuyèrent avec violence sur ma poitrine, dégageant le nœud qui s'y était formé, trop épais pour que je puisse le dénouer moi-même. Prenant une brutale et douloureuse inspiration, je me rejetai en arrière.
- HHHHhhh !
- Là, c'est bien, respire... Doucement...
Je suivis les sages conseils, transpirant sous la panique. La voix était grave, apaisante, elle guidait mon esprit vers des pensées moins sombres. Je sentais tout mon corps à présent, parcouru de tremblements, et d'autres larmes coulèrent sur mes joues. J'ouvris enfin des paupières humides.
Deux yeux cendrés me fixaient, penchés sur moi, avec en eux une détermination implacable qui me ramena définitivement. Law, à genoux, me tenait tout contre lui, j'étais recouverte de son pull, et il m'entourait de ses bras, le regard orageux. Je le fixai de mes yeux larmoyants, haletante, le visage crispé de douleur.
- Elle...ma...faute...morte...Bête...le...
- Tout va bien Aylan… Je suis là, avec toi. Calme-toi... Me dit-il doucement, essuyant avec son pouce mes larmes.
Je criai comme une folle une nouvelle fois, la tête penchée en arrière. Law me plaqua contre lui, me serra contre son torse, une main derrière ma tête, caressant mes cheveux d'une main crispée, l'autre dans mon dos.
Je m'agrippai à son T-shirt, plaquant mon visage au creux de son cou. Mon cri diminua peu à peu. S'évanouit. Il me serra plus fort.
Je me mis à sangloter contre la poitrine de Law.
A suivre...
Finit ! Pfou ! Pas facile…
( Très fière ?)
Je l'avoue. Un peu...
( C'est pas à toi d'en juger, je crois !)
Pas faux... Dites-moi, qu'en pensez-vous ? :D
J'espère que ça vous a plu en tout cas ! Merci beaucoup d'avoir lu !
