Blessure
POV Law :
Il la tenait contre lui, la sentait trembler violemment, pleurer, hurler de terreur et de douleur, se débattre, le repousser, pour finalement sangloter contre son cou. Que s'était-il passé nom de Dieu ? Qu'est ce qui l'avait mis dans cet état ?!
Il ne l'avait jamais vu pleurer dans les semaines où elle avait abandonné toute sa vie, tout ce qu'elle connaissait pour le suivre dans un monde nouveau, où elle ne contrôlait plus rien, où ses propres réactions lui faisaient défaut. Pas une seule fois elle n'avait eu l'air de flancher, de craquer réellement, à part ses petits coups de colère. Qu'est ce qui avait bien pu...
Il regarda avec inquiétude les entailles sur ses bras. Elles étaient apparues d'un seul coup.
Flash Back :
Aylan se figea soudainement, alors qu'elle allait attaquer. Law haussa un sourcil, surpris qu'elle s'arrête dans cette position accroupie, l'arrière-train légèrement relevé, les pattes pliées, prête à bondir, sa queue se balançant pour conserver l'équilibre. Mais cette fois, elle s'immobilisa totalement. Pas un poil ne bougea pendant quelques secondes. Puis le corps massif fut parcouru d'un violent frisson qui le jeta à terre, et où il se tortilla un instant, avant de s'immobiliser sans un bruit, couché sur le flanc, la gueule et les yeux grands ouverts.
- Aylan ? Appela Law en s'approchant d'un pas, méfiant de ce qui pouvait suivre.
Sachi s'approcha à son tour, suivit aussitôt par Bepo, puis Akar, plus lentement.
- Tu as mal quelque part ? Renchérit le mécanicien, inquiet. Qu'est ce que...
L'animal ne bougea pas. Ne constatant aucune réaction, Law s'approcha et posa un genou au sol près de la tête du félin. Il tendit la main et la passa sobrement dans le poil si doux et épais de la nuque, la glissa ensuite sur la gorge et appliqua une pression avec ses doigts, se rappelant le début de recul qu'elle avait marqué quand il avait posé son scalpel sur sa jugulaire.
Mais cela ne servit à rien. Le jeune capitaine fronça les sourcils. Sachi commençait sérieusement à l'agacer à tournicoter autour de lui pour voir si Aylan était blessée, presque pire que Penguin, et il l'envoya voir ailleurs s'il y était. Revenant à ses moutons, ou plutôt, à son félin, Law se pencha vers les yeux turquoise grands ouverts de l'animal, qui ne cillaient plus.
Il les ouvrit plus largement, tirant sur la peau autour, vérifiant si ce n'était pas un évanouissement ou une crise quelconque. Sa pupille était entièrement dilatée, signe qu'il se passait quelque chose dans sa petite tête. La dilatation était d'ailleurs impressionnante, ses yeux renvoyaient un regard étrange. Il ne vit aucun éclat, comme si elle était morte.
Pourtant, elle respirait. Il glissa sa main jusqu'au poitrail, la glissant entre les lourdes pattes avant, tachant de sentir le cœur à travers les muscles, ce cœur qu'il avait déjà tenu entre ses mains. Alors qu'il mesurait un battement légèrement trop rapide, l'organe sembla brutalement s'emballer, la respiration avec, et se mit à marteler la poitrine avec une force croissante.
- Mauvais... Marmonna-t-il. Bepo, va me chercher ma trousse de soin. Réclama-t-il d'une voix froide. Vite.
L'ours fila immédiatement dans le couloir. Ne restaient plus que le capitaine rookie et Akar qui ne lâchait pas la scène des yeux. Law reprit son auscultation. Un hoquet échappa alors à Aylan, le faisant stopper sa main qui s'approchait de son estomac. Il tourna brutalement la tête vers celle du tigre, et vit ses pupilles s'agiter très rapidement. La respiration sembla alors se calmer, et les paupières se fermèrent lentement tandis qu'elle exhalait un soupir.
- Que se passe-t-il dans ta tête, Aylan ? Murmura le médecin.
Il songea aux différents types de malaise qu'il connaissait, mais aucun ne convenait à cette situation. Après, les probabilités d'une maladie étaient à bannir, il l'avait examiné lui-même, elle n'était pas atteinte. Un parasite en elle ? Non plus, aucun parasite n'aurait pu s'implanter dans un corps aussi particulier, et certainement unique en son genre. Elle avait par ailleurs une capacité de guérison impressionnante.
Elle ne devait pas tomber malade souvent, son système immunitaire étant lui aussi renforcé, comme il avait pu le voir lors d'une prise de sang (qu'elle avait d'ailleurs observer avec fascination, hypnotiser par le liquide coulant dans l'aiguille)… Et qu'il avait eu un mal de chien à lui faire, elle refusant au début qu'il l'approche avec cette « saloperie de putain de vicieuse et répugnante aiguille » comme elle disait. Mais il savait se montrer convaincant, et elle le savait aussi. Heureusement pour elle. Law grogna intérieurement. Il ne restait plus qu'une option, qu'il aurait préféré tenir au loin : la Bête. Un combat intérieur était la meilleure supposition qui lui apparaissait. Mais jamais Aylan ne lui avait parlé d'un phénomène de ce genre. Elle ne lui avait pas parlé de beaucoup de choses, mais avait essayé d'être la plus précise possible concernant la Bête.
Bepo le tira de ses réflexions en lui ramenant son matériel de soin. Alors qu'il glissait un stéthoscope sur ses oreilles et plaçait le micro sur le poitrail musclé, un puissant coup de patte manqua lui briser la cheville. Il s'écarta d'un bond, l'évitant de justesse, et la patte frappa le sol dans un claquement sonore.
Le félin se débattit violemment sur le sol, se cabra, roula sur le dos et tendit ses griffes acérées vers le plafond. Des halètements jaillissaient de sa gueule qui claquait avec force, ses yeux roulaient dans les orbites, complètements paniqués, et tout le corps était pris de convulsions, se tordant en tous sens.
Un hurlement de douleur atroce résonna dans le gymnase, faisant sursauter les trois pirates, suivit de plusieurs autres, qui se répétèrent à n'en plus finir. Law leva les yeux vers Bepo, qui avait à son tour gémit. Il agrippait ses petites oreilles rondes et fixait Aylan avec horreur, comme comprenant la douleur qu'elle endurait. Il semblait abasourdi, choqué. Law évita un nouveau coup de patte convulsif, qui lui aurait arraché le visage. Aylan roula sur le côté gauche en grondant férocement.
Trafalgar ne savait foutrement pas quoi faire pour arrêter ce qui se tramait en elle, et dut se contenter de s'écarter rapidement devant la multiplication des mouvements brutaux et agressifs du tigre. Il tira Bepo en arrière, qui continuait à fixer Aylan avec hébétude, tandis qu'Akar contournait soigneusement l'animal pour les rejoindre. Elle semblait avoir mal à un point insoutenable. Law enrageait de ne pouvoir rien y faire.
- Bepo ?
- Elle souffre... gémit-il.
- Je le vois bien, sais-tu ce qui se passe ? Demanda sèchement mais calmement le chirurgien, ôtant l'instrument pendant à son cou.
Mais son second secoua la tête, tirant sur ses malheureuses oreilles agressées par les puissants hurlements et feulements de douleur.
- Elle a mal... au cœur, au corps... partout ! Elle devient folle ! Put-il seulement ajouter avant de re-plaquer ses pattes sur ses oreilles sensibles.
Soudain, Law se baissa instinctivement, projetant Bepo et Akar au sol du même geste. Un frôlement noir passa au-dessus de leurs têtes. Se relevant, il découvrit le tigre à quelques mètres, planté sur ses quatre pattes, le fixant. De ses yeux rouges. Il jura, s'écarta d'un bond, imité par Akar tandis que l'ours roulait plus loin. L'animal ne semblait pourtant pas vouloir les attaquer de nouveau, se contentant de les fixer de ses grands yeux pourpres malveillants.
Ils semblaient aussi un peu...absents, comme concentrés sur autre chose. Akar, que son saut avait rapproché du mur, put saisir le Nodachi et le lança aussitôt à son capitaine. Law l'attrapa au vol et dégaina, se préparant à créer ses sphères si la Bête attaquait, mais ne cherchant surtout pas à la provoquer. Il en allait peut-être de la vie de la jeune femme.
Un frémissement agita la fourrure noire, comme une vague d'air parcourant le pelage, qui devint alors blanc os, poussiéreux. Il ne bougeait toujours pas, sa queue seule en mouvement, alors que tout dans sa posture indiquait l'attaque. Des tremblements agitaient ses muscles aux moments où elle les contractait, semblaient l'empêcher d'agir. Comme si deux forces s'affrontaient pour le contrôle du corps.
- Aylan semble garder un minimum de contrôle. Marmonna-t-il, exprimant tout haut ses pensées. Mais là, il va falloir faire quelqu-..
Il fut coupé par un nouveau hurlement de souffrance, et la Bête s'écroula au sol. Ses yeux passèrent du rouge sang au turquoise puis rouge à nouveau, alors que le corps massif reprenait ses convulsions.
- Merde ! Jura Law alors qu'il réfléchissait très vite pour trouver une solution.
Sachi apparut alors avec Penguin à la porte du gymnase, ainsi que quelques autres membres de l'équipage, alertés par le vacarme. Ils contemplèrent la scène, horrifiés par les mouvements spasmodiques d'Aylan, dont le corps était tordu d'une manière improbable, même pour un félin.
- On ne peut rien faire Penguin ! Murmura Sachi en retenant son ami qui cherchait des yeux quelque chose pour l'aider.
- Mais...elle va devenir dingue à avoir mal comme ça ! J'ai déjà vu des gens qui perdent la raison sous la douleur ! Gémit Penguin en tirant sur sa combinaison.
- Elle est solide, et le capitaine est avec elle et avec Bepo… Tenta de le rassurer son ami, n'y croyant qu'à moitié.
Ils s'approchèrent tout de même, ne supportant pas de partir dans cette situation, mais restèrent à l'écart.
Law s'aperçut de la présence de ses deux subordonnés et les ignora, concentré sur le félin à ses pieds. Il gisait maintenant complètement immobile. Sa cage thoracique ne se soulevait même plus, nota Law en serrant les mâchoires. Quelque chose en lui lui hurlait d'agir, mais il savait qu'il devait avant tout protéger la majorité de ses compagnons, même aux dépends de l'un d'eux, et cette pensée lui crucifiait le cœur. Mais attaquer la Bête pourrait tous les condamner. Soudain, des tremblements complètement différents saisirent le corps musclé. Les premiers avaient été erratiques, hideux, luttant contre la douleur. Ceux-ci semblaient plus légers...naturels... presque doux.
Avec fascination, Law contempla les poils disparaître, comme avalés par la peau, le corps énorme du tigre rétrécir, les pattes se fendre et prendre forme humaine, le pelage de la tête se résorber pour se transformer en une masse de cheveux noir et emmêles striés de mèches blanches, les dents diminuer pour venir se glisser dans une bouche humaine.
Un tatouage se dessina sur la peau bronzée du cou, et cette fois, le dessin représentait une partie du dos de l'animal, alors qu'avant, seules les pattes arrière et la queue apparaissaient. Law nota ce détail quelque part dans son esprit, et se concentra sur la jeune femme qui achevait sa transformation, apparemment sans douleur.
Le corps d'Aylan redevint humain... et nu aussi.
Restant sur ses gardes, Trafalgar s'approcha silencieusement, se pencha et, écartant une mèche de cheveux, il lui ouvrit une paupière. L'œil turquoise le rassura, et il remarqua aussi la petite lueur dans la pupille qui avait repris une taille normale, indiquant un apaisement de la personne. Law sentit ses épaules se relâcher de soulagement. Le cœur d'Aylan n'aurait pas tenu le coup s'il avait continué à ce rythme. Il le vérifia tout de même, appuyant sa main sur le les côtes au-dessous des seins de la jeune femme, et sentit les mouvements réguliers et lents à travers la peau douce, mais glacée.
Sa respiration s'était calmée, semblait presque apaisée, détendue, et Law se permit de relâcher un peu la tension accumulée. Il soupira, détendit sa main droite contractée sur son Nodachi, et le reposa à côté de lui. Elle était hors de danger. Il eut un petit sourire mi-figue mi-raisin en la contemplant ainsi, couchée sur le flanc, les cheveux masquant son visage. Il se secoua et se releva pour retirer son pull, entendant Sachi et Penguin déglutir derrière lui. Il étendit le sweat jaune sur son corps.
Il avait alors remarqué les gouttes de sang coulant sur ses bras, et les avait saisis, examinant les plaies qui n'étaient pas là une seconde auparavant. Law fronça les sourcils. Si ce qui lui arrivait dans son esprit causait des blessures physiques sur son corps dans le réel et qu'elle subissait des dégâts trop grands, en réintégrant son corps, elle risquait de mourir. Il porta aussitôt sa vigilance sur l'apparition éventuelle de nouvelles blessures.
Les grands yeux en amandes s'ouvrirent alors brutalement, et le corps d'Aylan se contracta avec violence alors qu'un cri, bien plus humain, et bien plus compréhensible pour lui ne déchire le calme relatif qui s'était installé. La voix, vibrante de douleur et de panique, était rauque, comme brisée. Les yeux du jeune capitaine s'écarquillèrent de quelques millimètres à l'entente de ce son emplie de souffrance et il saisit les bras de la jeune pirate avant qu'ils ne frappent durement le sol. Le sanglot se prolongea encore, elle ne parvenait même plus à respirer, débitant des propos incohérents dans ses cris.
- Elle fait de l'hyperventilation ! S'écria Bepo, penché sur elle à côté de lui.
Law entendit l'exclamation angoissée de Penguin avant de se concentrer uniquement sur le corps dans ses bras. Il devait être prudent, pouvant lui briser les côtes dans l'opération. Il plaça ses deux mains l'une sur l'autre au milieu de la poitrine de la jeune femme qui luttait pour inspirer et chasser l'air de ses poumons en même temps, puis appuya d'un coup brusque sur un point sensible relié aux poumons.
Ce fut efficace, et aucun bruit d'os brisé ne vint l'inquiéter. Aylan inspira une goulée d'air douloureuse et difficile, et sa main vint à l'aveugle agripper le pantalon de Law près du genou. Sa trachée était dégagée maintenant. Par à-coups, elle prit finalement une inspiration plus profonde, mais commença à se débattre faiblement.
Trafalgar l'entoura rapidement de ses bras, craignant qu'en s'agitant comme elle l'avait fait sous sa forme animale, elle ne se blesse ou ne se casse un bras sur le sol sans la résistance de son ancien corps. Ses faibles cris laissaient deviner la douleur qu'elle endurait, et il sentit qu'elle avait frôlé quelque chose, la folie, la mort, la perte de tous ce qu'elle aimait, ce qu'elle croyait, qu'importe, quelque chose qui avait failli lui coûter sa raison.
- Tout va bien Aylan ! Je suis là, calme toi…
Ses paroles semblèrent faire diminuer les tremblements du corps en sueur contre lui. Il sentit son torse hoqueter contre le sien. Elle pleurait. Voir un de ses nakamas dans cet état le rendit furieux. Furieux contre celui – ou celle – qui avait fait ça, furieux contre elle pour être dans cet état, mais surtout furieux contre lui de ne pas l'avoir empêché. D'être incapable de faire plus que de la tenir contre lui.
Ses cris s'éteignirent alors qu'elle reprenait peu à peu conscience. Elle bégaya des propos incompréhensibles. Le rookie devinait qu'elle parlait de la Bête sans pouvoir en tirer quoi que ce soit de plus. Il caressa ses cheveux trempés d'une main rude, l'autre la maintenant jalousement contre lui.
Il ne se reprochait que peu de choses dans sa vie, et retrouver un compagnon hurlant et sanglotant sans qu'il n'ait pu y faire quoi que ce soit en faisait partie. Il la plaqua davantage contre son torse, la serrant de ses bras brûlants contre sa peau glacée comme si elle allait lui échapper. Ses sanglots cessèrent peu à peu. Il sentit son nez si froid, son museau comme elle aurait dit, venir se blottir au creux de son cou.
Elle pleura alors doucement. Il sentait la colère monter et diminuer au même rythme qu'il sentait la poitrine se soulever et s'abaisser faiblement contre lui. Il fixa Bepo d'un regard furieux et meurtrier. L'ours, bien que sachant qu'il n'était pas la cible de ce regard, baissa les yeux, bafouillant d'émotion. Law détourna son regard assassin de son second, tachant de se calmer en se concentrant sur la pression régulière qu'exerçaient sur son torse les inspirations régulières et rassurantes de la jeune fille. Ce fut efficace.
Il était en dépit de tout heureux de la retrouver sous sa véritable apparence.
oOo
Assise par terre, sur les genoux, ou en tailleur, je ne savais pas très bien, je fixais le sol, depuis... depuis quelques secondes je crois, mais peut-être quelques heures aussi. Je ne savais plus. J'avais même du mal à ressentir l'ensemble de mon corps, alors savoir le temps écoulé... Je me forçai à lever la tête. Un peu. Ah tiens, j'étais dans la vigie. Je ne me souvenais pas d'y être allée.
Combien de temps avais-je passé ici ? Le temps... Mes idées s'embrouillaient complètement, je m'arrêtais sur un détail insignifiant, mais n'arrivais pas à me concentrer sur ce qui était vraiment important... ou devait l'être... ou qui était moins... moins gentil...comme la petite poussière juste sous mon museau, à voleter comme ça... elle était mignonne, elle.
Qu'est ce qui n'était pas mignon ? Pourquoi j'étais dans cet état-là ? Mignon... ma grotte était mignonne... Law était mignon...Law ? Mignon ?
Raaaah ! Je n'étais pas fichue d'aligner deux phrases cohérentes ! J'avais envie de frapper la moquette de toutes mes forces, mais n'arrivais même pas à lever suffisamment la main pour la poser sur mon genou. Mon corps comme mon esprit étaient...comme éteints... inaccessibles. Remarque, je sentais mes orteils, c'était tout de même une bonne nouvelle.
Cette pensée aurait dû me faire sourire. La colère que je ressentais s'évanouit aussi sec. Je n'avais plus la force de la maintenir. Depuis combien de temps n'avais-je pas mangé ? Dormis ? Est-ce que ça faisait vraiment des jours que j'étais là ? Tiens, une poussière...
Pfou sur la poussière...
ting.
Jolie poussière ça.
Ting.
Sisi, très jolie...
Ting !
Gnn...ksék'c'est que c'boucan ? Ma poussière.
TING !
Je sursautai presque. Je l'aurais fait si j'avais eu assez de force. J'en eu cependant assez pour tourner la tête vers la porte. Rien. Plus haut. Ri-... Ah non. Pas rien. Quelque chose essayait d'enfoncer la trappe du conduit d'aération. Les petits barreaux de plastiques étaient enfoncés de l'extérieur.
TING !
Encore ! Bof. M'est égal au final non ? Oh, une autre poussière. Ah non, c'est la mê-...
KLONK !
Un truc déboula alors dans la salle et tomba directement sur moi dans une culbute. Sans résister, je me laissai pathétiquement tomber sur le flanc droit alors que ce qui m'avait percuté se débattait contre mon ventre en battant des ailes.
Ailes ?
- KIIIDOUDOUDINDON !
….Késako ? Il pouvait me la refaire le poulet ? Poulet...
Je levai faiblement la tête, aperçus une boule de plumes bleu criard tout contre mon estomac, qui me regardait la tête penchée sur le côté, avec un air vraiment idiot.
- Kidd...
Aucun son ne sortit de ma bouche. Je réessayai, forçant mes cordes vocales usées à vibrer correctement.
- K-Kidd...
Ma voix était très rauque, abîmée, hachée. J'avais mal à la gorge, ma bouche était comme du parchemin. L'oiseau se rapprocha de moi en sautillant, sa longue queue se balançant derrière lui de manière assez comique. Il vint me pincer le museau de son bec acéré avec délicatesse. Des images me revinrent en mémoire avec ce geste. Je les chassai. Pas envie de me concentrer...
Le perroquet persista, recommença son geste. Un éclair d'image de jungle traversa mon esprit. Je m'entourai la tête de mes bras. Kidd lâcha un glapissement agacé. Je le sentis poser une patte sur mon épaule, avant de sentir clairement son bec chopper mon oreille et la serrer très fort.
Avec un cri – qui n'en était pas vraiment un – de protestation et de douleur, je me redressai rudement et agrippai mon oreille. Sur les genoux, j'observai le perroquet, qui avait été éjecté au sol par mon geste brusque, se dandiner vers moi, apparemment très fière de lui. Hébétée, je le fixai alors qu'il montait sur mes cuisses et venait se lover tout contre mon ventre. Je le laissai faire sans bouger.
Une douce chaleur émana bientôt de lui, qui se propagea à mon ventre vide. Je me rendis compte à quel point j'avais froid. Instinctivement, je me recroquevillai sur la source de chaleur, et entourai le gros perroquet de mes bras. Des souvenirs remontèrent à la surface, comme une douce pluie de printemps sur les eaux calmes d'un lac.
Moi avec Kidd un hiver très rigoureux, exactement dans cette même position, au creux d'une faille dans la roche, sous une tempête de neige. Moi et Kidd lors d'une douce nuit, profitant simplement de la présence de l'autre. Moi jouant au Kidd'dindon avec lui, le coursant en riant à travers la forêt, lui donnant à manger au creux de ma main, lui me mordillant le museau en guise de remerciement, venant se loger sur mon épaule, ma main ébouriffant ses plumes si douces. Moi lui hurlant dessus pour je ne sais plus quoi, une main sur l'oreille.
Toutes ces images s'accompagnaient de la chaleur du soleil, ou d'un bon feu, de nourriture, et surtout, simplement de la présence de celui qui fut mon unique compagnon pendant des lunes. Je les regardai défiler dans mon esprit, les yeux grands ouverts, retrouvant peu à peu les perceptions de mon corps, la faim qui me labourait l'estomac, le froid qui me faisait grelotter, la douleur des derniers souvenirs présents dans ma tête.
Une part de moi se débattit, voulant retomber dans le lac sombre et figé dans lequel je m'étais plongée pour me protéger. Mais la présence du petit animal contre mon ventre m'en empêcha. Son corps envoyait sans cesse des vagues de chaleur dans mon ventre, sur mes cuisses, contre mes bras... se débattant à sa façon pour moi. Je n'avais pas le droit... pas le droit de le laisser seul.
J'avais de plus en plus mal... Je me sentais de mieux en mieux... Mes épaules se redressaient en criant de protestation, mon dos suivait le mouvement... Kidd se redressa un peu et frotta sa tête sur mes côtes avec encouragement. Ce geste provoqua un «Tilt !».
J'avais l'impression que mon esprit s'éclairait, que les nuages disparaissaient au contact de mon perroquet. Kidd me donna de petits coups de tête dans le ventre, m'encourageant à me lever. Je tentai de lever une jambe. Trop longtemps privée de sang, l'afflux du fluide dans mes veines me fit serrer les dents. Bon sang...
L'autre jambe... Pas le droit, Il avait besoin de moi.
Je me redressai lentement...
PAS LE DROIT !
Je relevai brutalement la tête et inspirai ma vraie première bouffée d'air depuis plus d'une semaine.
A suivre...
Voila ! J'espère que ça vous a plu ! J'ai eu du mal à l'écrire ! Vous en pensez quoi ? Dites-moi votre avis ! Z'êtes géniaux !3 (^^)
