Un retour chez soit

POV Penguin :

Penguin grimpa rapidement l'escalier menant à la vigie, comme il le faisait depuis maintenant plus d'une semaine, une assiette fumante de viande et de légumes dans la main. Comme tous les soirs, il espérait découvrir le plat précédent vidé posé devant la porte fermée. Elle n'y avait quasiment jamais touché. Et cette fois ne fut pas différente des autres.

Désolé, Penguin fixa un instant l'assiette froide, lâcha un petit soupire triste avant de venir fixer le battant de la porte métallique. Il alla poser une main dessus, appuyant inutilement contre le chambranle, tentant de percer le métal avec ses yeux, de voir ce que pouvait bien faire sa nakama. Quelques fois il l'entendait laisser échapper d'étranges petits bruits d'animaux. Une fois il avait entendu un sifflement de mésange bleu.

Surpris, il avait d'abord cru qu'une mésange s'était glissée à bord, avant de se rendre compte que le sifflement sortait de derrière la porte. C'était Aylan qui sifflait ainsi ! Elle reproduisait le chant à la perfection. Il s'était assis et avait écouté le temps que dura la mélodie, adossé contre la porte fermée. Quelques fois, il était accompagné du perroquet de la jeune fille, qui regardait avec lui en silence le métal, comme cherchant une fissure pour pouvoir s'y glisser. Il ne criait plus rien depuis que le capitaine avait déposé Aylan dans la vigie, recouverte de son sweat et d'un de ses pantalons, bien trop grand, elle endormie dans ses bras.

Il s'était contenté de la déposé sur le sol en douceur, l'avait regardé un instant, s'était penché et lui avait touché la joue, avant de faire demi-tour, le visage fermé. Le cuisinier l'avait regardé fermer la porte grâce à son fruit du démon avant de repartir, sans un regard pour lui.

Penguin avait remarqué la tension de ses épaules et ses mâchoires crispées. Il le savait furieux contre lui-même pour n'avoir rien pu faire. Lui aussi s'en voulait terriblement, même s'il savait qu'il était encore plus impuissant que son capitaine.

Le cuisinier se secoua et revint à l'instant présent.

Cette fois cependant, l'oiseau l'avait devancé. Et était apparemment repartit, n'étant pas sur le sol à sa place habituelle. En revanche, il avait laissé un souvenir. Une fiente d'oiseau toute neuve marquait l'escalier ! Il la nettoya rapidement. Penguin s'était habitué à la présence de cet étrange compagnon, et l'appréciait à présent pour lui tenir compagnie lors de ses veilles devant la porte d'Aylan. Il essayait de nettoyer ses crottes rapidement, histoire que le capitaine ne décide pas qu'il serait beaucoup plus productif dans leur estomac plutôt qu'à vider le sien sur les meubles.

Le capitaine avait été d'une humeur massacrante toute la semaine, pour les rares fois où son équipage l'avait aperçu. Il s'était enfermé dans sa bibliothèque, s'était plongé dans ses livres de médecines -pas forcément très recommandables d'ailleurs, - et on ne l'avait quasiment plus revu, sauf les fois où il y avait eu des attaques, et là, il avait arraché lentement, disséqué, torturé, fait gicler le sang de tout ce qui s'était mis sur son passage. Il avait profité de chaque bataille pour se défouler, il passait sa colère sur les Marines, les faisait souffrir avant de les achever. Ce n'était pas très efficace, mais ça aidait.

L'équipage ne le voyait pas souvent ainsi, mais avait pris l'habitude de se tenir bien à l'écart de leur capitaine, histoire de le laisser se défouler en paix. Il s'enfermait de nouveau juste après. Seul Bepo avait été autorisé à entrer pour lui apporter ses repas. S'il les acceptait. Il revenait toujours le regard inquiet, le poil un peu hérissé en s'excusant.

Penguin soupira. Cette semaine semblait se poursuivre et déborder sur les autres indéfiniment. Mais alors qu'il repartait après avoir posé sur le côté l'assiette de nourriture et récupéré l'autre, il entendit un petit déclic. Il se figea. Se retourna brusquement.

Aylan, les cheveux formant une crinière emmêlée sur ses épaules, le sweat et le pantalon trop grand baillant sur ses épaules et sur ses hanches, apparut dans l'embrasure de la porte, debout sur ses jambes, Kidd sur son épaule. Elle était très pâle, sauf ses yeux marqués de noir, plus maigre que mince, mais dégageait une aura de vie forte.

Elle l'aperçut, hésita et se mordit la lèvre, puis lui lança un petit sourire contrit. Un immense sourire apparut sur les lèvres de son nakama.

- AYLAN ! S'écria-t-il en se jetant sur elle.

Il la percuta et l'enlaça rapidement en la sentant flancher sous le choc, pour l'empêcher de tomber. Il la serra fort contre lui. Elle agrippa ses épaules, plus pour se retenir qu'autre chose au début, puis finit par l'enlacer vraiment, le serrant à son tour, inspirant son odeur sucrée de cuisinier. Il passa une main dans ses cheveux emmêlés, les lissant doucement et rit en l'entendant protester faiblement, quand il buta sur un nœud.

- Aïe.

- Rappelle-moi te t'offrir une brosse la prochaine fois qu'on accostera sur une île ! Rit-t-il en se détachant d'elle et en la contemplant d'un œil critique. Tu sembles avoir récupérer un peu… mais tu es beaucoup trop maigre... Viens voir les autres ! On s'inquiétait tous pour toi. Tu aurais vu le capitaine, il...

Penguin s'arrêta net, les sourcils froncés. Il avait déjà fait une gaffe de ce genre-là, à l'arrivée d'Aylan dans l'équipage, en ayant la bonne idée de l'envoyer demander au capitaine quelles choses choquantes il pourrait bien lui faire. Son emploi du temps s'était étrangement surchargé pendant toute une semaine... Hum hum. Il préféra donc ne rien dire sur le comportement du capitaine à la jeune fille, qui s'en serait en plus certainement voulu. Aylan le regarda un instant avec une vague lueur de curiosité dans ses yeux fatigués, mais ne réclama pas la suite de sa phrase.

Penguin ne perdit pas plus de temps. Il la saisit par la main et l'entraîna dans le couloir.

POV Aylan :

Penguin attrapa ma main droite et m'entraîna à sa suite dans les couloirs, Kidd râlant derrière moi, tachant de suivre le rythme. Qui était beaucoup plus dur à suivre pour moi ! Chaque pas m'élançait les jambes et je devais faire constamment attention à ne pas trébucher. Penguin me donnait l'impulsion nécessaire pour que je parvienne à le suivre, mais je serais les dents pour continuer. Heureusement qu'il ne courait pas !

J'avais la gorge brûlante à cause du manque d'eau, mais j'avais surtout très, très faim. Et n'avais pas beaucoup de force à revendre... Je sentais comme une torture l'odeur délicieuse de l'assiette encore chaude abandonnée par terre s'éloigner… Mais le cuisinier ne ralentit pas, et je suivis sans broncher -ou presque-. Je lui devais bien ça, après l'avoir inquiété pendant tout ce temps.

Et...

… depuis quand je me comportais aussi humainement moi ? Je n'avais jamais fait attention à ce genre de détails auparavant. Etrange. Je m'humanisais ? Et… ça se dit un truc pareil ? Ah, tant pis, c'était une bonne nouvelle au final.

Je faillis percuter le dos du cuisinier -rectification. Je percutai le dos du cuisinier. - quand il s'arrêta enfin devant une porte, celle de la cuisine. Il avait dû préparer le repas, m'apporter ma part pendant que les autres mangeaient. Faisait-il ça depuis le début ?

Je n'aurais jamais imaginé qu'il... que quelqu'un fasse cela pour moi. Et ça ne me plaisait pas du tout. Enfin, si, mais m'être mise dans une situation qui inquiétait mes nakamas me gênait affreusement. Penguin coupa court à mes réflexions en ouvrant la porte en grand et en s'exclamant :

- Regardez qui est de retour parmi les vivants !

Tout sourire, il s'effaça devant moi et m'invita à avancer. Kidd me dépassa en survolant ma tête et alla se poser sur le comptoir où trônait le pain, qu'il commença à grignoter en piaillant. Il y avait une dizaine de personne présentes dans la salle, dont Sachi et Law. Bepo était absent, mais Akar était là, et même s'il ne m'appréciait pas trop, il me fit un petit signe de tête quand je posais mes yeux sur lui. Sachi sauta vers moi et me serra contre lui. Moins fort que Penguin, mais je ne m'attendais pas à ça !

Je n'avais pas l'habitude de toute l'affection dont m'entouraient ces deux-là. Mais cette fois je le serrais aussi sans hésiter, heureuse de savoir que j'avais un soutien partout, où que j'aille -dans ce sous-marin-. Ça aussi, c'était tout nouveau ! Je sentais comme une boule de chaleur au creux de ma poitrine... Encore une réaction zarb'.

Les membres d'équipage vinrent me saluer à leur tour plus sobrement, mais avec des sourires accueillants et des tapes sur l'épaule. A part Bepo, Penguin Sachi et Akar et son animosité, je n'avais fait la connaissance de quasiment aucun autre membre d'équipage.

Et Law bien sûr, le tout premier que j'ai rencontré. Il n'avait pas bougé d'ailleurs. Je me tournai vers lui. Assis dans son fauteuil, dans un coin de la pièce, les jambes croisées, une main sur le menton, dissimulant sa petite barbe, il ne m'avait pas lâché une seconde des yeux. Je le dévisageai. Les cernes sous ses yeux étaient encore plus prononcés qu'avant, et en analysant sa manière de se tenir, je devinai beaucoup de tension sûrement dû au manque de sommeil, dans la raideur de la posture, et dans l'angle de ses épaules.

Je me rendis compte que je le fixais depuis un moment, et me secouai. Les derniers hommes restant me regardaient d'ailleurs avec un drôle d'air. Ouais, super, je passais pour la cinglée de service. En fait, tout bien réfléchi, j'ai toujours été la cinglée de service, alors une fois de plus ou de moins...

Je les ignorai donc et avançai vers Law en reprenant ma contemplation, ce que lui n'avait pas cessé un seul instant.

POV Law :

Au moment où Penguin ouvrit la porte, Law sut qu'Aylan avait ouvert sa propre porte. Il ne serait pas revenu si tôt sinon, aurait fait le pied de grue devant la vigie pendant une heure, avec la catastrophe ambulante bleue pétard, puis serait redescendu, dépité et malheureux. Comme chaque jour depuis plus d'une semaine.

Law avait dû exiger de ses nakamas qu'ils ne tenteraient pas de forcer la porte, et de laisser Aylan sortir lorsqu'elle serait prête. Ils avaient promis, mais avait eu du mal, surtout Penguin. Il s'était beaucoup attaché à la jeune fille, qu'il considérait comme étant sa petite sœur. Law savait que sa jeune compagne saurait s'en sortir, et surtout voulait qu'elle s'en sorte seule, sinon la blessure n'aurait pas guéri correctement.

Elle était trop indépendante pour que l'aide d'un autre lui soit vraiment secourable. Surtout dans cette situation. Le rookie avait passé la semaine entre sa bibliothèque, les combats et la salle d'entraînement, déchargeant sa frustration et sa colère dans les livres et dans l'exercice.

Il faudrait songer à racheter des mannequins d'ailleurs.

Il avait appris beaucoup, revus beaucoup, mais rien qui ne lui soit utile, et ça il ne l'acceptait que difficilement. En tant que médecin, il se devait d'avoir un maximum de savoir sur le monde et les phénomènes qui pouvaient s'y produire, surtout sur Grand Line et encore plus pour le Shin Sekai.

Mais le manque de détails sur ce qui s'était réellement passé l'empêchait d'aller plus loin, et il attendait le réveil d'Aylan avec une impatience grandissante également pour cette raison. Le manque de sommeil l'avait rendu agressif, désagréable, et brusque avec son équipage, il le savait. Et en plus, cela n'avait pas été aussi fructueux qu'il l'espérait, et n'avait fait qu'attiser sa colère. Elle s'était un peu apaisée au fil des jours, mais avait pris un brusque congé quand la jeune femme s'était avancée dans la salle, d'un pas hésitant.

Il avait regardé avec satisfaction les démonstrations de soutien des autres, en voyant aussi Aylan les accepter, même s'il remarqua avec un sourire en coin la tension dans la courbe de sa mâchoire. Elle était très maigre, jugea-t-il. Beaucoup trop, et déshydratée. Elle semblait ne tenir sur ses jambes que par un miracle... ou une sacrée volonté. Ajouta-t-il en son for intérieur.

Son tee-shirt tombait sur une épaule, dévoilant une clavicule et soulignant sa maigreur, et son pantalon ne cessait de glisser et s'arrêtait juste sur ses hanches.

Quand elle avait alors posé ses yeux sur lui, elle s'était figée, puis à son tour mise à le détailler, à l'analyser. Il avait dû retenir un sourire devant son regard critique, exactement comme lui avec le froncement d'un sourcil en plus qui rendait la scène assez comique...

Il sentit qu'elle en tirait des conclusions, et certainement pas loin de la vérité. Il était vraiment épuisé, et en rogne, bien que ça soit passé. Aylan s'avança alors vers lui, et il plongea dans le turquoise brillant de fatigue de ses yeux. Ils se complétaient assez bien finalement aujourd'hui.

POV Aylan :

Alors que je l'examinais, je remarquai dans la courbure de ses lèvres qu'il retenait un sourire. Ça y est, à peine je le revois qu'il m'agace déjà… Je m'arrêtai juste devant lui, et il se leva alors lentement, sans me quitter des yeux. Je dûs lever à mon tour le visage pour continuer à le regarder. Je sentais derrière moi le regard des deux-trois hommes restants, sans compter Sachi et Penguin qui me fixaient depuis un moment.

Je sentais étrangement la présence de Trafalgar alors qu'il redressait sa haute stature devant moi, droit sur ses deux jambes, mais je notai qu'il n'était pas parfaitement campé sur elles.

Depuis combien de temps tu n'as pas dormi ? Je le vis lire ma question dans mes yeux, et un petit sourire glissa sur ses lèvres.

- Longtemps. Fit-il seulement, les yeux pétillants d'amusement devant mon regard de reproches.

Je découvrais la vie en communauté. Ce qui atteignait l'un, atteignait inexorablement les autres, quoi qu'on fasse pour le cacher. Vraiment pas terrible. Je regrettais presque ma solitude dans ces cas-là. Pas moyen d'être vraiment tranquille. Même Law, qui pouvait ignorer superbement les détails qui le gênaient, était touché aussi. Intéressant ça...

Je me mordis la lèvre, ma poitrine enserrée dans un étau de je ne sais quoi alors que je découvrais les conséquences d'un accident dans un groupe de personnes, en particulier dans un équipage, en particulier dans ce cas présent. J'avais honte, et me sentais vraiment gênée. J'avais inquiété tout le monde et ils avaient passé une sale semaine à cause de moi. Je n'avais vraiment pas l'habitude de ressentir tout ça, et avais très envie de filer me planquer dans un coin où personne ne me verrait, où on me ficherait la paix.

Je songeai alors aux derniers souvenirs qui me revenaient, vis Law contenir tous mes sanglots à lui-seul, m'aider, me protéger, je revis la flamme de rage dans ses yeux. Je levais les yeux vers lui, vers ses yeux cendrés désormais brillants de fatigue.

- Law ?

Il redressa la tête, attentif.

- Merci.

Il me fixa, leva la main et la posa sur ma tête, la caressant brièvement. Il sourit :

- Bienvenue parmi nous Aylan. Tu nous as manqué.

oOo

Attablée, je me jetai avec appétit sur un bol de chocolat chaud - j'avais découvert ça en arrivant et en raffolais - et une pile de tartines. J'aurais probablement pu en manger plusieurs dizaines, mais Law limita le nombre à quelques-unes, ne voulant pas me faire avaler trop de nourriture d'un coup.

Rabat-joie.

Alors je savourais la moindre bouché de pain grillé et de beurre, la moindre gorgée de chocolat avec délices, sous le regard ravi de Penguin. Je sentais mes forces revenir et une douche chaleur commencer à se répandre, chassant un peu le froid qui gelait mes veines. Tous les autres étaient partis, même Law. Faut dire, il n'avait pas l'air frais avec sa tête de déterré, le toubib...

- Penchouine..

- Ne parle pas la bouche pleine, combien de fois je dois le répéter ! Me gronda-t-il en me menaçant de sa cuillère en bois.

Je déglutis en ignorant le retour de la menace de la cuillère en bois, puis répétai :

- Penguin, pourquoi Law est aussi crevé ?

- Crevé ? S'étonna-t-il. Il est un peu fatigué, c'est tout.

- Tu rigoles ?! Répliquais-je. Il tenait à peine debout !

- Tu te fais des idées. Il n'a pas beaucoup dormi, mais ça lui arrive. Assura le cuisinier en se détachant du rebord du comptoir contre lequel il s'accoudait. Il n'était pas tant épuisé que ça, ne t'inquiète pas.

Je le contemplais, pensive. Il n'avait pas remarqué... personne n'avait remarqué... donc on pouvait dissimuler les choses pour que les autres n'en soient pas affectés. Et Law devait avoir beaucoup d'entraînement derrière lui, et si j'avais appris à vivre sans me plaindre, jamais je n'avais appris à mentir.

Mais je l'avais remarqué. Je l'avais vu dès le premier coup d'œil. J'avais une capacité spéciale dans le domaine ? L'idée était plutôt sympa ! J'en parlerais à Law... si j'y pensais. Ce n'était pas non plus très important... M'enfin si le reste de l'équipage n'était pas foutu d'analyser son propre capitaine.

Valait mieux ne pas les inquiéter. Une nuit de sommeil et puis voilà. Problème réglé. Tiens ! C'était ça un mensonge. Bof, pas vraiment... dissimuler la vérité, plus. Un mensonge joyeux quoi ! Pour une bonne cause ! Ils ne m'en voudront pas ! -Surtout s'ils ne le savent pas -…

Je remarquais que j'affichais un sourire légèrement stupide, et que Penguin me fixait avec un air un peu inquiet, qui descendit vers mon bol de chocolat avec un éclat suspect. Paniquée, je le saisis et le vidai d'un trait, de peur qu'il me le prenne sous le nez. Une fois vidé et posé sur la table, je me levai en me léchant les babines.

- C'était délicieux Penguin ! Merci ! Fis-je en filant par la porte entrouverte.

J'entendis un « TON BOL ! » retentissant que je ne compris pas – et bien quoi ? Je l'avais finis, mon bol ! - passai la porte et courrus... Trois mètres, avant de m'étaler au sol douloureusement. Sacrebleu ! Mes jambes ne me soutenaient pas encore... Ouch. Ma. Tête. Et ma fesse aussi.

Je me relevai prudemment en me frottant la fesse gauche, puis repartis plus lentement, m'appuyant sur le mur. Je pris le pari que Law était retourné dans sa chambre et suivis son odeur, qui flottait encore dans l'air, mélangée à celles des autres hommes ayant emprunté ce couloir, mais bien perceptible. Remarque, son odeur ne passait pas vraiment inaperçue.

Un frisson me remonta délicatement le long de la colonne vertébrale. Elle me faisait toujours autant d'effet, cette odeur... Mmm ! Mais le propriétaire n'était pas dans les parages -dommage. - j'inspirais une bouffé bien plus profonde. Atténuée par les autres fragrances, elle n'avait pas la même saveur, ni la même force, mais restait... intense. Je secouai la tête et me remis en route.

Après avoir parcouru plusieurs couloirs et remonter je ne sais combien de fois cette saloperie de pantalon trop grand, je finis par reconnaître la porte de ma chambre – et celle de Law, accessoirement – et ouvrai la porte avant de me glisser à l'intérieur. Law était assis à son bureau, en train de lire un livre, la chambre uniquement éclairée par la lampe sur son bureau, laissant la plus grande partie de la pièce dans une semi pénombre.

Il se retourna à mon entrée. Je m'avançai en fermant la porte et trébuchai sur un ***** de bouquin à la ***** qui traînait sur mon ***** de chemin. Et rebelote, je m'étalai par terre, les jambes tremblantes. Aïeuuh ! Law rit.

- Alors ? On ne tient plus sur ses béquilles miss ?

-Viens m'aider au lieu de te foutre de moi ! Grondai-je, incapable de me relever seule, relevée sur un coude.

Et qu'il se dépêche, j'étais du côté gauche, donc sur ma fesse gauche qui me faisait encore super mal !

Il se leva et s'approcha de moi, un sourire bien trop amical pour être honnête. Méfiante, je lui tendis ma main droite afin qu'il me soutienne, mais il se pencha en avant, dédaignant mon bras tendu et passa le sien sous mes genoux, l'autre autour de mes épaules.

- Hey ! M'écriai-je.

Me sentant soulevée très facilement, je m'agrippai à ses épaules.

- Qu'est-ce que tu fiches !

- Je t'aide. Rit-il. Ce n'est pas ce que tu m'as demandé ?

Je me retrouvai collée contre son torse, dans ses bras et je me pétrifiai. Le mouvement baissa encore plus mon pantalon sur mes hanches. Il me porta jusqu'au lit et m'y allongea, mais resta quelques instants au-dessus de moi, les mains s'appuyant sur la tête de lit de chaque côté de ma tête. Nous nous fixâmes ainsi un instant, moi un peu hébétée, lui me dévisageant avec attention.

Pourtant il t'a déjà tenue comme ça... Fit une petite voix dans ma tête. Une image me revint à l'esprit : moi sanglotant contre son torse, lui me plaquant contre lui. Et en plus, à ce moment-là, ce, n'était pas un pantalon trop grand -qui avait sérieusement besoin d'être remonté- que j'avais, mais juste un pull. Et je fis la chose que je déteste le plus au monde.

Je rougis.

Aaaaargh ! Non pas ça ! Law leva un sourcil devant ma réaction. Puis il eut un sourire pas dutoutdutout engageant. Il se pencha vers moi, sans me quitter des yeux. Son haleine à la menthe caressa mes lèvres qui s'entrouvrirent d'elles-mêmes, puis il s'immobilisa. A seulement quelques centimètres l'un de l'autre.

Ma respiration s'accéléra et mes joues chauffèrent encore plus. J'avais l'impression qu'un début d'incendie avait trouvé refuge dans mon bas-ventre, et si je ne trouvais pas cela désagréable en temps normal, je n'avais aucune envie d'être troublée soudainement en ce moment.

Je sentais des fourmillements dans mon ventre, sentais mon cœur venir cogner ma poitrine. Who ! Il n'avait rien fait, alors pourquoi je réagissais aussi fort ? Mais ce n'était pas vrai, je ne pouvais même pas m'en empêcher en plus. J'avais l'impression que tout mon corps venait de se prendre un virage en pleine poire, et que tout partait en sucette dans un dérapage pas du tout contrôlé.

Law lâcha un nouveau soupir qui revint caresser ma peau, me faisant frissonner. Il ferma les yeux et inspira mon odeur. N'étant semble-t-il pas satisfait, il se pencha plus, faisant jouer les muscles pourtant fatigués de ses bras. Le bout de son museau effleura ma joue, descendit le long de ma mâchoire. Je me pétrifiai encore plus en sentant la caresse inconnue. Soudain, il s'écroula sur moi, comme si ses bras ne le supportaient plus.

- Heho ! Fis-je, le souffle coupé -'tain, il m'avait fait mal en plus !-.

Étalé sur moi, les jambes tendues sur les miennes, Law plongea son visage dans mon cou et inspira profondément. Son souffle me chatouilla et je frissonnai, tentant de me dégager.

- Law ! Lève-toi ! Tu pèses une tonne ! Finis-je par plaider, incapable dans mon état de le soulever suffisamment.

-Pas envie. Murmura-t-il dans mon cou, et je le sentis sourire contre ma gorge.

Son poids pesa un peu plus sur ma poitrine, et bizarrement, ça ne me dérangeait pas tant que ça. J'aimais ça. Et son odeur, que je m'étais efforcée d'ignorer jusque-là, envahit inexorablement mon museau. Il sentait si bon !

Je pris une inspiration brutale sur le côté, tentant d'avoir de l'air moins chargé de cette odeur. - Au fond, j'avais vraiment très envie de respirer mon alpha, mais j'avais un peu peur de sa réaction et de la mienne-. Il roula alors de l'autre côté du lit, me libérant de son corps. Je me redressai sur les coudes, le fixant d'un air déconcerté. Il était couché sur le ventre, les mains de chaque côté de ses épaules, les yeux fermés.

Il était beau. Tient ? Je trouvais un humain beau ? Surprenant ça... C'est vrai, il était beau. J'avais envie de glisser ma main dans ses cheveux bruns, en bataille. Ses yeux s'ouvrirent d'un coup, me surprenant en train de le fixer. M'en foutais. Il eut un sourire tordu, une lueur bizarre dans les yeux.

Bon sang, je ne comprendrais jamais ce mâle. Dans la jungle, les dominants ne se comportaient jamais comme ça avec les femelles. Mais pourquoi faisait-il ça à la fin ? Pour son plaisir ? Il adorait m'énerver, il y avait d'ailleurs un grand talent. Pour assouvir un besoin ? Respirer mon odeur ? Là, je ne voyais pas trop. Encore moi c'était normal, j'avais un odorat plus développé, et il y avait comme un problème avec son odeur à lui, mais la mienne était... normal non ?

Je le regardai s'étirer longuement sur la couverture beige, avant de se lever et d'enlever son tee-shirt, faisant volontairement rouler ses épaules dont je ne détachais plus mon regard, et d'aller dans la salle de bain, où il claqua la porte derrière lui sans un regard pour moi.

…D'aaaccord. Oh qu'il m'énervait ! J'attrapai un oreiller et, mettant de l'angle dans mon tir, je le balançai contre la porte de la salle d'eau. J'aurais adoré qu'il ressorte à ce moment !

Boudeuse, j'attrapai le tee-shirt noir et le short qui me servaient de pyjama, me levai avec prudence pour voir si je « tenais sur mes béquilles » comme disait l'autre abruti, enlevant les vêtements trop grands que l'abruti en question m'avait enfilé. Et comme par hasard, quand il n'était pas là, je ne rougissais plus. Qui était l'idiot du village qui avait inventé les rougissements ? J'allais l'étriper, décorer la chambre avec ses entrailles et clouer son cœur à la porte. Ou alors je le donnerais à Law pour sa collection...

S'il est gentil.

Je rejetai les vêtements dans un coin de la salle et enfilai péniblement le short. Law ressortit de la salle d'eau alors que, de dos, je secouais un peu le tee-shirt et le détaillais d'un œil critique, cherchant un moyen pour qu'il ne glisse pas sur mon épaule. Je l'entendis s'adosser au mur, et sentis son regard sur moi. Je l'ignorai, résolue à ne plus m'occuper de lui de la soirée. Alors que je commençais à mettre le tee-shirt, il se glissa doucement derrière moi en murmurant doucement :

- Un coup de main ?

Je sentis le sourire dans sa voix, et des mains entourèrent mon ventre amaigri et encore dénudé, câlines.

- Merci, j'ai déjà expérimenté ton aide ! Rétorquai-je en enfilant enfin le haut, alors que ses doigts glissaient sur mes hanches, envoyant des ondes de chaleur sur ma peau.

Il devait avoir enfilé un tee-shirt et un bermuda pour dormir, l'odeur était légèrement différente de tout à l'heure, il y avait plus de fibres de coton dans ceux-ci.

Il me fit lentement pivoter et je le fusillai du regard, les yeux brillant d'agacement. Je ne comprenais vraiment pas ce qu'il voulait. J'avais beau chercher, s'il ne me le disait pas clairement, je risquais de pêcher encore longtemps.

- Tu veux quoi à la fin ? Finis-je par m'exclamer en m'énervant pour de bon. On est morts tous les deux, je veux dormir.

Il eut un petit sourire devant ma colère. Il leva une main et glissa une mèche blanche derrière mon oreille. Je l'attrapai et l'écartai de mon visage, décidée à ne pas me laisser faire. Il m'ignora, récupéra sa main sans difficulté, puis attrapa délicatement ma mâchoire et la tourna sur le côté gauche, la montant vers le haut et dévoilant mon cou. Chose que je détestais, et j'aurais tué n'importe lequel qui se serait aventuré à le faire. Sauf mon alpha. Lui-seul avait le droit de dévoiler ma gorge de cette façon. Reste à savoir pourquoi.

- Qu'est-ce que tu fiches encore ? Grognai-je, nerveuse.

- Ton tatouage s'est agrandi. Je jetais un coup d'œil pour voir à quel point. Dit-il en me relâchant, sans pour autant s'écarter de moi.

Il était trop près, sa main me semblait brûlante sur ma peau. Je tachai de me concentrer sur ses paroles. Mon tatouage ? Quelle importance cela pouvait avoir ?

- Tu en conclus ? Dis-je en articulant soigneusement.

- Rien, pour le moment.

Il sembla sur le point de poser une question, puis se ravisa.

- On arrivera bientôt sur Grand Line ? Questionnai-je alors.

J'avais hâte de pouvoir parler au vieil homme, si je le trouvais. S'il avait une solution, ça changerait tout. Je ne préférais pas y penser, c'était peut-être perdu d'avance. Law m'avait expliqué comment marchait Grand Line, ces histoires de lot pad, ou je ne sais plus quoi, et ça ne laissait pas beaucoup de chance de tomber sur l'île.

- On devrait l'atteindre dans une semaine. Pendant que tu étais enfermée dans la vigie, on a eu pas mal de problèmes avec plusieurs Rois des Mers, et on a encore rencontré des Marines. Ça nous a fait perdre du temps. D'ailleurs, il faut que je te montre quelque chose !

De nouveau souriant, il s'écarta – enfin !- de moi, sa main glissant un bref instant sur mon dos, comme à regret, et se dirigea vers son bureau. Il récupéra ce que je supposais être le journal de la semaine -ou du jour, aucune idée- et me le tendit. Je l'attrapais machinalement, ne pris même pas la peine de l'ouvrir.

- Oui ?

- Regarde à l'intérieur, tu n'as pas besoin de savoir lire pour ça. Répliqua-t-il avec ironie.

J'obtempérai et ouvrit à la première page. Rien d'intéressant, du moins pour quelqu'un qui ne sait pas lire. J'allais à la deuxième alors que Law s'asseyait sur le bord du lit, lançant son chapeau – pauvre vache- sur le bureau. A cette page, je reconnus les photos des affiches de recherches.

- Hé ! Ris-je, toute contente. Il y a la mienne !

Moi, la moitié droite du visage éclaboussé de sang, me tournant à demi vers l'objectif, fixant les lecteurs avec mes yeux turquoises aux éclats meurtriers. La classe ! Ça devait être sur le bateau de la marine, juste avant que je balance le type par la porte de la cabine. Je regardais plus bas, et vis... des signes sans aucun sens pour moi.

Agacée, je relevais la tête :

- J'ai quelle prime ?

- Je te la dis si tu me promets que tu apprendras à lire et à écrire sans faire d'histoire. Déclara le jeune homme avec un grand sourire.

- Hey ! C'est du chantage !

- Appelles ça comme tu veux. De toute façon tu apprendras que tu le veuille ou non, alors autant que ça se passe de la meilleure des façons.

- Très bien. Marmonnais-je en allant m'affaler avec bonheur sur le lit de l'autre côté de lui. Allez dis la moi !

- Promets le. Me coupa-t-il dans mon élan.

- Roo ça va ! C'est promis, là ça te va ?

- Ta prime s'élève à 110 millions de berrys.

Woua ! Pas mal ! J'eus un grand sourire fatigué qui fit rire Law. Je le regardai alors, joyeuse comme une gamine et lui sautai dessus, le tirant vers moi alors qu'il me tournait le dos ainsi assis. Il tomba en arrière, surpris, étalé sur le dos sur le lit. Je me couchai sur son torse, les bras croisés, les cuisses sur les siennes et les pieds battant doucement le vide sur le côté du lit.

Je lui lançai un regard ironique. Ah ! C'était qui qui était surpris maintenant ? Et toc ! Non mais. Roulant sur le côté, je filais sous la couette, lui donnant au passage un léger coup dans l'estomac. Il grogna. Hé hé.

Je m'endormis à peine la tête posée sur l'oreiller.

A suivre...

Voilà ! Bon, y'a pas beaucoup d'action, mais le prochain va être plus intéressant, promit ! Là il fallait que je calme un peu le jeu...^^

Merci beaucoup d'avoir lu. A plus ! Laissez-moi vos impressions !