Debout!
(Ou, comme quoi, trois paires de baffes, ça reste efficace !)
…
- … Toujours pas réveillée ?
- Non... trois jours déjà... Mais cicatrise très vite.
- … Capitaine ?
- … s'est réveillé… matin. Moins facile… Blessures pas encore…
- Je… voir ?
- Non... dort dans... pas encore...
…
…
Un jour plus tard :
J'émergeai doucement, revenant peu à peu à moi. Les sensations de mon corps reprirent vie peu à peu, à mon plus grand regret. J'étais dans un lit. J'avais l'impression d'être passée sous un troupeau de buffles.
Uniquement composé de mâles. Adultes. Minimum 500 kg.
Je n'ouvris pas les yeux, profitant du temps que j'avais pour faire le point sur ma situation. La scène d'il y avait... euh... je ne sais pas combien de temps au juste, repassa dans ma tête. Alors que mon cerveau enclenchait la marche avant, mon corps se rappela à mon bon souvenir avec plus de précision : première mauvaise nouvelle, mon œil gauche me brûlait. Beaucoup. Ensuite, mes bras comme mes jambes me paraissaient avoir été passé dans la mâchoire d'un tigre avant d'être recrachés avec soin. Après avoir été mastiqués consciencieusement.
Yerk.
Surtout que, à la base, je suis passée sous un troupeau de buffles, pas sous les crocs d'un tigre. Hum, je diverge. Je clignai enfin des yeux, douloureusement. Je ne voyais strictement rien, juste des points noirs qui masquaient le quoi que ce soit qui puisse être devant moi. M'acharnant, je parvins à éclaircir ma vision. Réduite de moitié.
Reprenant brusquement conscience, je levai précipitamment ma main droite pour essayer de palper mon œil gauche, avant de la laisser retomber immédiatement.
Aïeuuh !
Je refermai les yeux sous l'onde de souffrance glacée qui remontait le long de mon bras. Ah, saleté ! Ok, on va faire tout doucement. Je rouvris prudemment mes paupières et plissai les yeux. Finalement, je parvins à reconnaître une salle d'infirmerie. Mais mon œil gauche ne voyait absolument rien. Juste du noir. Je réprimai un frisson. Ma paupière me lançait, je ne sentais que la brûlure autour, sans pouvoir le contrôler. Je ne savais même pas s'il s'était ouvert comme le droit.
Et ça, je n'appréciais pas trop. Voire pas du tout. Je revis dans un flash brumeux un éclat de verre venir entailler mon œil. Je fronçai les sourcils sous l'inquiétude. Je n'allais quand même pas perdre un œil à cause d'un aussi bête accident ?! Bon sang je ne voyais vraiment rien ! Je me mordis les lèvres, arrêtai immédiatement en sentant des croûtes. Ouille... Je m'étais mordue la bouche moi. Profondément en plus. Je soupirai intérieurement. J'apprendrai à faire sans mon œil s'il le fallait.
Bon, est-ce qu'il y avait une seule partie de mon corps qui ne soit pas une plaie, dans les deux sens du terme ? Je pris une profonde inspiration, pas douloureuse celle-là au moins, et entrepris, faute de pouvoir encore bouger, de détailler la pièce où je me trouvais, faisant la girouette avec ma tête pour mieux voir.
Plongée dans la pénombre, mon lit était placé près de la porte à ma gauche. Je devais tourner la tête pour l'apercevoir. La salle était assez grande, remplie de machines bizarres. Je fronçai le museau. Bon, on était dans l'infirmerie principale. Un peu rassurée, j'utilisai mon odorat afin de vérifier si j'étais vraiment seule.
Reniflant à droite et à gauche, je repérais alors une légère odeur chaude de plastique et de produits. Quelqu'un avait dû passer il n'y a pas longtemps et avait manipulé ces objets.
Law ?
Je ne sentais pas son effluve si reconnaissable. Je me rappelai ce qu'il m'avait dit, pendant notre combat, et un frisson me parcouru au souvenir de la sensation qui m'avait envahi. Incroyable. Je ne savais peut-être pas bien ce que ça voulait dire, mais mon corps lui savait. Et j'avais envie d'y croire. On verra bien.
Laissant à regret tomber pour le moment, je m'intéressai un peu à mon état.
J'étais nue sous les draps, mais bon je commençais à avoir l'habitude de me retrouver comme ça -oui, c'est une habitude des Hearts pirates de dénuder les gens- et recouverte de bandages sur les jambes, le ventre et les bras, mais pas sur l'œil aveugle. Bonne ou mauvaise nouvelle ? Je tentai de me redresser doucement, et parvins après quelques essais ratés à m'asseoir, laissant le drap glisser sur mes jambes.
Wow... ça touuurne ! Tiens, ça me rappelait quelque chose ça... mon arrivée dans l'équipage. Sauf qu'à ce moment là, je voyais des deux yeux. Et qu'il y avait quelqu'un avec moi. Law accessoirement. Je levai doucement ma main gauche, la tins un instant au-dessus de mes jambes. Puis, voyant que je tenais le coup, je la portai lentement à mon œil.
Je le palpai délicatement, sentis une marque verticale plus épaisse traversant mon arcade sourcilière jusqu'à ma pommette, passant par le milieu de l'œil gauche. Aïe, ça ne sentait pas bon cette affaire. Je gardai ma main fraîche sur la brûlure de la cicatrice, l'y appuyant doucement, soufflant pour chasser le mal de tête qui martelait mon crâne.
- Pfff... tu t'es mise dans de beaux draps... et c'est le cas de le dire... Marmonnai-je d'une voix rouillée qui résonna dans la pièce de métal.
Je me raclai la gorge, levai faiblement mes deux mains bandées et tremblantes devant mes yeux, les passai ensuite sur mon ventre, tachant de repérer les blessures, fis de même sur mes jambes. Ce check up personnel me fit du bien et me permit de me calmer. Bon, apparemment, ça allait de ce côté-là... je n'étais pas touchée au point de garder des séquelles. Les coupures étaient très nombreuses, mais rien qui ne pouvait guérir en son temps. Je rangeai la question de l'œil avec le problème de Law dans un coin et l'y enfermai.
Je verrai plus tard avec lui, pas besoin de me torturer les méninges avec ça. Je serrai un peu mes cuisses l'une contre l'autre... et m'étranglai sous la douleur. D'accord d'accord ! Doucement, j'ai compris, pas besoin de s'énerver !
Je me rappelai alors un détail capital, et filai voir dans ma tête ce qu'il s'y passait.
Rien. Pas une onde d'agitation.
Fronçant les sourcils, je fouillai plus profondément, puis finis par trouver une sorte de source de froideur, d'un truc noir, collant ... et tournai immédiatement les talons. Pas question d'aller voir, ce n'était pas nécessaire, et le courage n'est pas de mise dans la jungle ! Je sentis l'agacement m'envahir en sentant mes muscles se mettre à trembler alors que la fatigue m'envahissait. Je basculai à nouveau sur mes oreillers moelleux, essoufflée.
Un bruit de grenouille vint me titiller les oreilles, et je me concentrai sur un problème on ne peut plus prioritaire... Je mourais de faim...
- Il n'y a pas d'âme charitable pour m'aider dans ce bas monde ? J'ai faaaim... quémandai-je dans un murmure en mettant mes bras sur mon ventre bandé qui grondait.
Ma voix sonnait bizarrement, mais je n'y fis pas attention. Là, j'avais faim. Le reste après.
Le silence m'oppressait, j'avais besoin de le rompre. Je laissai échapper un couinement animal, qui me réconforta, puis un deuxième, appelant pathétiquement, comme un chaton réclamant sa mère. L'image me fit rire, mais j'arrêtai aussitôt sous la douleur. Dans un soupir, je regardai avec indifférence le plafond plongé dans le noir. Tsss. Je faisais quoi moi maintenant ?
La réponse vint d'elle-même. Je m'endormis.
….
- Mgnfm... kék'c'est qu'cette lumière ? Grognai-je en sentant à travers mes paupières closes la lueur m'agresser les mirettes.
Pouvez pas me foutre la paix?
- Aylan ! Enfin réveillée ? S'exclama une voix grave à mes côtés.
Je me retournai dans mon lit et planquai ma tête sous l'oreiller. Nan ! Dodo...
- Allez allez, debout la marmotte ! Ça fait presque cinq jours que tu roupilles !
Cinq jours ? Fichtre... M'est égal. J'ai dit dodo... Fière de cette importante décision, je plaquai un peu plus l'oreiller sur ma tête en marmonnant. Mais je n'avais pas prévu que la personne en question agrippe les draps et tire d'un seul coup, me balançant au sol.
- HEY ! Criai-je avec angoisse en basculant, complètement réveillée pour le coup.
J'attendis, crispée, la douleur de la chute sur mes blessures alors que je roulai au sol, empêtrée dans les draps. Mais rien ne vint.
Rien ? A plus bobos ?
Je me sentais... très bien à vrai dire, plus fatiguée du tout, et mes muscles ne me tiraillaient presque plus.
Je me débattis et sortis ma tête de sous les draps, assassinant des yeux l'auteur de mon réveil brutal, qui n'était autre que Sachi, sans ses lunettes pour une fois. Debout devant moi, le bout des draps dans les mains, il me regardait, mort de rire. Grrro... Mort tout court s'il continuait.
- Et tu trouves ça drôle toi ? Râlai-je en recommençant à me battre avec mes draps pour me libérer.
Je maugréai d'agacement quand il hocha la tête avec vivacité, un grand sourire aux lèvres.
Je me sortis enfin du tissu, et relevai les yeux vers l'abruti en question. Je le vis alors perdre son sourire et détourner le regard, le rouge aux joues, embarrassé. Je baissai les yeux et remarquais que j'étais encore nue, bien que momifiée... Je m'en fichais royalement maintenant, mais... pas lui apparemment.
Tiens, marrant ça. C'était à son tour de rougir. Nié hé hé !
- Hé ben Sachi ? T'es malade ? Tu dois avoir un peu de fièvre, t'es tout rouge ! Glissai-je en m'approchant de lui, tendant la main vers son front.
Il me tourna brusquement le dos, se tortillant sous mes yeux. J'éclatai de rire, surprise par les possibilités que j'avais sur les mâles quand je ne portais pas de vêtements,.
Sur les femelles aussi ? Faudrait vérifier à l'occasion.
J'arrêtai de jouer avec Sachi et m'entourai du drap jonchant le sol, me faisant une sorte de cape. Ah, et mon éclat de rire n'avait pas réveillé de mal de tête. Une victoire complète !
- C'est bon Sachi ! Ricanai-je en tapotant son épaule.
Tout rouge, il risqua un œil prudent en arrière, puis se détendit en me voyant couverte. C'était dingue n'empêche ! Rien qu'en enlevant mes vêtements j'obtenais des résultats très bizarres, du moins sur Sachi !
Law avait été pourtant assez pressé de me les enlever hier- enfin i jours... Rien qu'à cette idée, je rougis à mon tour. Bon, de ce côté-là, ce n'était pas encore ça. Lui me fusillant des yeux, je lui fis signe que j'étais prête. Face à mon geste, Sachi me détailla soudainement avec des yeux adoucis. Je haussai un sourcil.
- Qu'y a-t-il ?
- Le capitaine a dit qu'il fallait que tu te regardes avant que l'équipage ne te voie. Répondit-il sur un ton sérieux.
- Me voir ? Répétais-je, surprise. A cause de quoi ? De mon œil ou de ma sale gueule?
- Tu n'y vois pas avec le gauche, n'est-ce pas ? Répliqua-t-il en fronçant les sourcils.
Plus de trace du Sachi avec lequel je me bagarrais. Je secouai négativement la tête, m'attendant au pire quand il ouvrit la bouche.
- Le capitaine pense que tu as une chance de recouvrer la vue, compte tenu de la vitesse à laquelle tu as cicatrisé.
Ah, c'était pour ça que je n'avais plus mal. Je me disais aussi, en cinq jours je n'aurais tout de même pas dû guérir aussi vite. Je cicatrisais plus vite que la normale mais là… Vive la médecine ! Je passai le bout de ma langue sur mes lèvres. Plus aucune trace des croûtes qui s'y trouvaient quelques... heures ? Jours ? Auparavant. Seulement un vague renflement, signe que c'était en voie de guérison. La remarque du mécanicien me soulagea en tout cas, je ne me voyais pas combattre en étant borgne. Mais pourquoi voulait-il que je me voie ? Les cicatrices, je devais en avoir une collection maintenant, pas de quoi vous en chier une pendule à treize coups.
Sachi me prit gentiment le bras qui ne tenait pas le drap blanc et me tira vers la sortie. Je le suivis sans broncher, curieuse de savoir ce qui m'attendait en face du miroir... Et un chouilla anxieuse aussi. Déséquilibrée du fait de ma vision réduite de moitié, je trébuchai un peu, avant de réussir à marcher sans m'étaler lamentablement par terre tout en sécurisant le drap.
Les muscles de mes jambes me tiraillaient doucement, mais en comparaison avec ce que ç'avait été, je m'estimais étonnamment chanceuse.
- Il est quelle heure ? Demandais-je tout de même, alors qu'il alignait son pas au mien, ralentissant tandis que je luttais contre la nausée, le ventre vide.
- Milieu d'après-midi. Tu es restée inconsciente près de cinq jours. On vous a retrouvé à moitié morts dans l'infirmerie du capitaine. On a quitté les Mugiwaras rapidement, prétextant un rendez-vous ou une autre excuse pour pouvoir vous soigner tranquillement. Ils n'ont pas trop apprécié ! Rit-il, mais je sentais qu'il s'était fait pas mal de mauvais sang.
Soudain, une image me revint en mémoire.
- Et Kidd ! M'écriai-je paniquée. Il va bien ?!
- Ton dindon ? Oui, il a juste l'aile droite un peu amochée, et il ne peut toujours pas voler, mais ça reviendra. Le capitaine l'a rapidement examiné mais l'équipe de médecine avait déjà fait un bon boulot. Il se dandine à droite à gauche et crotte partout. D'ailleurs c'est lui qui a saccagé l'infirmerie pendant que nous étions sur le Sunny Go. Apparemment, que tu l'enfermes dans la chambre du capitaine ne lui a plu que moyennement. Mais bon, après le bordel que vous avez foutu, ce n'était pas grand-chose... Et Law l'a enfermé dans la vigie, histoire de lui apprendre à vivre.
- Ce n'est pas un dindon.
Soulagée, me rappelant en frissonnant la vision du scalpel le clouant à la porte, je m'intéressais enfin au sujet le plus important.
- Et Law ? Il s'est réveillé avant moi ?
Le mécanicien, dans sa combinaison blanche, sa casquette sur la tête, me lança un regard indéchiffrable.
- Oui, deux jours avant toi. Je ne l'ai jamais vu dans cet état, surtout qu'il n'avait pas son Nodachi avec lui. Avec, il s'en serait probablement beaucoup mieux sorti. Toi aussi d'ailleurs.
J'en doutais. Je l'avais vu créer ses sphères bleues, en partie pour avoir un jour été dedans, et pour l'avoir vu combattre des marines. Il lui fallait du temps et de la concentration. Dans la petite pièce, il n'aurait pas réussi si facilement contre la rapidité de la Bête. Mais bon, Sachi était plus renseigné que moi.
- Il était...
Je m'interrompis quand Sachi s'arrêta devant une porte, celle de la salle de bain de l'équipage où Jean Bart m'avait emmené une fois, alors que je me traînais par terre à cause de cette saloperie de mal de mer. Il l'ouvrit, laissant sortir de la pièce vide les odeurs de sueur et de savon mélangés, et m'emmena devant un lavabo surmonté d'un miroir, avant de reculer d'un pas.
J'inspirai à fond, puis posai brusquement le regard sur mon reflet. Mes yeux s'écarquillèrent. Presque tous mes cheveux avaient viré au blanc, ne restant plus que quelques mèches noires ici et là. Mon tatouage remontait désormais jusqu'en haut du cou, touchant presque la mâchoire et dévoilant le corps massif d'un félin qui s'arrêtait aux épaules.
Mon œil gauche, alors que je le croyais ouvert, était presque fermé, et traversé d'une ligne sombre sur ma peau mate, marquant ma paupière définitivement. Latéralement, plus que verticalement, la marque partait de la droite de mon arcade sourcilière gauche pour filer vers la fin de ma pommette gauche. Le morceau de verre avait entaillé en longueur ma paupière, heureusement la plaie avait bien cicatrisé.
Mais mon regard revint illico sur mes cheveux.
Je déglutis, tant le tableau me perturbait. J'attrapai une mèche, la portai vers mes yeux, la frottai entre mes doigts. Je n'arrivais pas à y croire. Comment mes cheveux avaient-ils pu virer au blanc comme ça ? La peur m'enserra la poitrine, et ma respiration se fit tremblante. Une main se posa sur mon épaule, et je me retournai brutalement, l'œil hagard, grand ouvert. Sachi me regarda longuement, avec sérénité.
- Ce n'est rien Aylan. Dit-il en me serrant l'épaule. Tout ça, ce n'est rien. Ça ne change pas ce que tu es au fond. Comme une coloration. Plaisanta-t-il.
Sa voix apaisante m'aida à me calmer. Je fermai l'œil droit, tentai de ralentir les battements de mon cœur, respirai plusieurs fois en soufflant soigneusement, puis le rouvris, et souris avec effort au mécanicien.
- Ça va. J'étais juste surprise.
Il me frotta un peu l'épaule, puis recula à nouveau quand je me retournai vers le miroir.
Me concentrant, je tentais d'ouvrir mon œil gauche. Je ne le sentais presque pas. Contractant mon visage, je me forçai à le contrôler. Un éclair de douleur jaillit dans mon orbite, mais je ne lâchai pas le morceau, grimaçante, forçant davantage. Je finis par réussir, et soulevai ma paupière entièrement. A mon grand soulagement, l'œil n'était apparemment pas atteint. La cicatrice de la paupière était invisible sur la rétine, et il semblait intact, malgré la balafre au-dessus et en dessous.
Ainsi, je voyais, très flou, mais je distinguais des couleurs. Satisfaite pour l'instant, parvenant à le maintenir ouvert, je clignai une ou deux fois des yeux, avant d'arrêter sous une vive brûlure.
Pas encore tout à fait guéris hein.
- Ne force pas trop. Confirma Sachi.
J'avais très envie d'enlever mes bandages pour voir un peu ce que j'avais subi, et pour connaître mon apparence, mais Sachi attendait, et faire ça devant lui n'était pas forcément une très bonne idée.
Je le ferai ce soir. Je tournai le dos au miroir et pivotai vers Sachi.
- C'est bon, merci Sachi.
Encore perturbée, mais tâchant de ne plus y penser, je le suivis. Il m'emmena alors dans la chambre de Law, qui y brillait par son absence. Là, il sortit et attendit que je me change, parce que me balader dans les couloirs les puces à l'air comme il disait, ce n'était pas la meilleure des options.
Roooololo...
J'enfilai rapidement un long short noir et un débardeur rouge avec un crâne de chat à l'encre noire dessus, offert par Penguin. Mes jambes me lancèrent douloureusement, mais je parvins à enfiler cette saleté de short. Puis je sortis rejoindre Sachi qui m'attendait dans le couloir.
- Prête ?
Mon estomac gronda en écho. Il sourit et je lui tirai la langue.
- Allez viens, on te trouvera bien quelque chose à manger dans la cuisine. Je ne te raconte pas l'état de Penguin ! Complètement paniqué le pauvre, à courir partout et à s'en vouloir !
Je souris avec gêne et me mordis l'intérieur de la joue en pensant au pauvre Penguin, n'ayant pas l'habitude que l'on s'inquiète pour moi et qu'on cherche à me protéger. Surtout quand c'était moi qui étais en tort. Nous arrivâmes rapidement dans la cuisine... enfin, Sachi arriva, parce que moi, j'étais dans ses bras ! Plus capable de marcher...
Faaiimmm...
En grommelant contre les imbéciles dans mon genre alors que je riais de le voir bougonner comme ça, le rouge encore aux joues, il me déposa sur le banc et, toujours en pestant dans sa barbe, alla fouiller dans le frigo.
Je dévorai avec appétit tout ce qu'il déposa devant moi, du reste de la viande du midi jusqu'aux derniers morceaux de pain du matin avec du beurre et du café.
Beurk du café... je me jetais pourtant voracement sur le tout. Je n'avais qu'une envie : manger à m'en rendre malade.
Après une petite demi-heure à manger, boire et me chamailler avec Sachi qui voulait que je ralentisse le rythme, je repoussai l'assiette avec un soupir satisfait.
- Enfin finis, l'estomac sur pattes ? Railla le mécanicien.
- Quand tu te priveras de nourriture pendant cinq jours, je voudrais bien voir ton état ! Répliquai-je immédiatement en me léchant consciencieusement les babines et le défiant du regard. Tu ne tiendrais même pas debout.
- J'aurais déjà une meilleure tête que toi ! Sans les bandages tu es un squelette. Avec, tu deviens une momie !
Il se pencha juste à temps pour esquiver la cuillère pleine de sauce qui filait vers lui, et vint plaquer ses paumes sur la table pour me fixer au plus près. Nous nous fusillâmes du regard jusqu'à ce que Penguin entre et s'exclame, nous faisant sursauter :
- Aylan !
Il se jeta sur moi, me renversant, mais m'empêchant de tomber et m'enlaça avec force.
- Penguin, j'étouffe !
- Lâche la Penguin ! Rit Sachi, on ne l'a pas sauvé pour que tu l'achève par étranglement !
Penguin me relâcha et me détailla avec attention, l'œil critique. Je vis à ses yeux qu'il m'avait déjà vu, et qu'il n'était pas surpris par mes cheveux blancs qui me faisaient peur. Il posa sa main sur ma tête et ébouriffa ma crinière.
- Comment tu vas ? Lança-t-il avec bonne humeur, ravi de me voir debout.
- Mieux le ventre plein, ris-je en me débattant un peu. Arrête crétin !
Il résista et passa un bras autour de mon cou, me bloquant tout en me frottant plus fort les cheveux. Je lui enfonçai sans méchanceté un coude dans les abdos mais il ne me lâcha pas.
- Mais tu vas me lâcher oui ! Ah, mais ! Vas... t'en... de... là ! Dis-je en poussant sur son torse pour m'éloigner, détachant mes mots sous l'effort.
Il ricana et me relâcha.
- Ça fait du bien de te voir entière ! Tu es maigrichonne dis-moi. Lança-t-il, taquin.
- Oh ça va hein !
- Bon, on va remplumer tout ça. Allez, du balai, il faut que je prépare le repas de ce soir moi ! Ouste ! Nous chassa le cuisinier en agitant les mains vers nous.
- Penguin ! Appela une voix derrière nous.
Il se retourna vers la porte. Bepo et Jean Bart se tenaient là. Jean Bart me sourit amicalement, visiblement content de me voir, et Bepo grogna, manifestant son plaisir. Le second prit la parole :
- Le capitaine ne va pas dîner avec nous, on lui apportera sa part.
- Très bien ! Tu t'en chargeras Aylan ? Vu que vous partagez sa chambre, ça sera plus pratique. Dit Penguin en se tournant vers moi.
Il avait visiblement une idée derrière la tête sous cette proposition innocente. Alors que les deux autres partaient après être venus prendre de mes nouvelles rapidement, il me serra l'épaule et m'ébouriffa les cheveux. Mais ça devenait une manie !
- Arrête ça cuisinier raté ! Protestai-je en me dégageant. Oui pas de problème pour Trafalgar, mais pourquoi est-ce qu'il ne viendra pas manger ?
Le cuisinier haussa les épaules alors que Sachi ricanait bêtement en voyant le spectacle.
- Faut pas chercher, c'est le capitaine. Il doit être occupé.
- Tu ne veux pas savoir ? Relevai-je, envoyant innocemment à Sachi un torchon qui traînait par là.
Sachi le prit en pleine figure, trop occupé à lécher la cuillère du plat que Penguin venait tout juste de retirer du feu, et qui devait chauffer depuis un moment. J'éclatai de rire devant sa tête ahurie, avant de filer sous la table quand il le renvoya à toute volée dans ma direction avec un regard furieux... et Penguin se le paya en pleine face à ma place.
- Que... !
- Sale peste estropiée ! Cria le mécanicien roux en se précipitant vers moi sous la table.
Il m'expulsa de mon abri en me tirant par le bras et nous roulâmes au sol avec force grognements et insultes, bousculant la table et les bancs. Soudain, mon épaule tapa contre la tablette sur laquelle était posé le plat que venait de commencer Penguin. Le plat s'écrasa sur le sol dans un fracas dramatique sous les yeux furibonds de ce dernier. Il nous attrapa tous les deux par le collet et je me crispai instinctivement.
- Bordel, mais vous allez dégagez ! Cria-t-il.
Je commençai à protester, mais il me poussa dehors avec Sachi avec un bon coup de pied aux fesses en prime, nous menaça quand nous reprîmes notre bagarre là où elle en était, pour finalement nous claquer la porte au nez violemment.
…
Bon bein tant pis.
Nous nous regardâmes un instant, avant d'éclater de rire.
- Ahaha ! La tête qu'il a faite ! S'exclama Sachi, plié en deux.
- Je t'entends Sachi ! Hurla la voix étouffée derrière le battant de la porte, ce qui eut pour conséquence de nous refaire partir dans notre fou rire.
J'eus du mal à me calmer, et le mécanicien encore plus ! Wouaïe, j'avais mal au ventre maintenant, et la tête qui tournait. Essuyant mes larmes je me redressai et envoyai un coup de pied à Sachi qui se roulait par terre. Nous finîmes notre discussion assis par terre, histoire de reprendre notre souffle, Sachi me racontant ce qu'il s'était passé ces derniers jours pour eux.
Penguin finit par ressortir, nous passa une nouvelle soufflante et nous servit le dîner en derniers, chacun à l'opposé de l'autre. Pas marrant le chef... J'avalai en vitesse mon plat, ayant de nouveau faim mais sentant la fatigue me rattraper d'un seul coup. Holàà... Le café que m'avait versé Sachi, qui avait le mérite malgré son sale goût de donner un coup de fouet, venait de s'envoler, me laissant avec mes réserves pas très vaillantes.
J'allais partir me coucher quand Penguin me rappela, une assiette à la main.
Ah oui. Le plat pour Law. Je revins d'un pas traînant et récupérai l'assiette. Penguin me glissa au passage quelques carrés de chocolats noirs en me souriant d'un air exaspéré. Ho mais, ça va hein !
Je pris cependant les chocolats, ravie, et les avalai rapidement en me dirigeant, avec un peu plus de réussite vers la chambre du « Chirurgien de la Mort ».
Elle me ferait toujours marrer celle-là.
Je réussis l'exploit de ne pas me perdre une seule fois. Youpiiii ! Prenant une plus grande inspiration devant la porte de la chambre, j'abaissai finalement la poignée. J'entrai à pas feutrés et découvris mon capitaine sur son bureau, encore à lire je ne sais quoi. Probablement un livre peu recommandable. Je m'étais améliorer dans le domaine d'ailleurs... pour lire des bandes dessinées. Me tournant le dos, il ne bougea pas, et j'en profitai pour le regarder. En tee-shirt blanc à manches courtes, on voyait l'épaisseur des bandages à travers le tissu, et je sentais dans sa manière de se tenir qu'il avait encore mal.
Je m'approchai doucement. Ne le voyant pas réagir, je posai l'assiette sur le bureau, et j'observai son visage. Il releva enfin les yeux sous le bruit sourd du plat contre le bois de sa table encombrée de paperasse. Il avait l'air épuisé, les traits tirés et les cernes encore plus marqués sous ses magnifiques yeux cendrés.
Nous nous regardâmes un moment sans rien dire, je vis ses yeux dériver vers mes cheveux, puis vers mon tatouage sans réagir. Puis Law se leva lentement, une expression impassible sur le visage. Je relevai peu à peu la tête pour continuer de le fixer. Son souffle caressa ma joue, et il leva un bras, l'effleurant du dos de sa main avec douceur.
J'eus un soudain frisson qui chassa la tension dans mes membres. Je tournai la tête et fourrai mon museau dans sa paume, l'y plongeant avec délice, respirant sa peau. Son odeur était vraiment...
Law releva mon menton de sa main et me regarda encore un instant.
- Enfin debout... murmura-t-il en souriant.
Je lui tirai la langue et appuyai doucement ma main contre son torse bandé. Une blessure que je lui avais infligée. Il plissa le nez et recula d'un pas, m'empêchant d'appuyer plus.
- Moi, au moins, je suis guérie ! Répliquais-je en relevant fièrement le menton.
Il secoua la tête avec exaspération.
- Tu es peut-être guérie, mais tu ne vois pas de ton œil gauche.
- … émis-je, surprise.
- Ça se voit dans ta manière de faire. Répondit-il avec amusement devant mon air étonné. Tu retrouveras la vue ne t'inquiète pas. Continua-t-il alors que j'ouvrais la bouche. Dans un ou deux jours, trois au plus.
Soulagée, je lui souris franchement et il se pencha vers moi. Je me dégageai soudain d'une pirouette, profitant de son manque de force pour me défaire de ses bras, et filai le narguer à la porte de la salle de bain. Law me lança un regard agacé, penché en appuie d'une main sur le bureau.
- Pas maintenant. Mange. Me moquai-je avec un air supérieur.
Non mais. Ravie de le faire bisquer un peu, et d'avoir un peu de temps pour moi pour être tout à fait sincère, je fermai la porte et m'adossai contre le chambranle. Je fermai les paupières, avec un petit pincement pour la gauche, et soupirai lentement.
Bon… On y va.
Rouvrant les yeux, je m'approchai à pas décidés du miroir et me contemplai sombrement. Mon visage tiré, mon œil balafré, mes cheveux blancs. Je les fixai jusqu'à en avoir les yeux secs. J'avais de nouveau du mal à y croire. Mes cheveux noirs désormais blancs... Ils m'effrayaient, montraient le manque de contrôle sur mon propre corps, la marque indélébile de la Bête et son emprise sur moi. J'y passai mes doigts, démêlai patiemment chaque nœud que je rencontrai, retrouvant leur texture douce ou rêche selon les endroits. Les pointes partaient dans tous les sens, et ils tombaient beaucoup trop bas, presque jusqu'à mes fesses.
J'attrapai un couteau – j'avais récupéré mes armes en me changeant- et les coupai jusqu'au niveau des omoplates sans faire dans la précision. Les mèches tombèrent au sol, laissant mes cheveux à des hauteurs différentes descendant follement dans mon dos.
Beaucoup mieux. J'excellais dans l'art de me couper les cheveux maintenant.
Ensuite, je défis avec soin mes bandages sur mes jambes, le short me permettant de tous les atteindre. Les plaies avaient cicatrisé, mais je garderai des marques ici aussi, en particulier à l'intérieur de ma cuisse droite, et sur mon mollet aussi, deux marques plus claires sur toute la longueur de la cuisse et du mollet, d'un violet mauve peu engageant.
Des cicatrices faites par Law, et lui aussi portant mes propres marques. J'eus un brusque frisson quand un flash d'image me parvint. Une certaine morsure sur sa poitrine… Pectoral droit. J'avais presque envie d'aller vérifier tout de suite si elle était vraiment là.
- M'en sors pas si mal finalement... Marmonnai-je en revenant sur mon reflet, pas vraiment enthousiaste.
Les autres blessures disparaissaient d'ailleurs déjà, à moitié effacées. De ce côté-là, rien de bien méchant. Je laissai les bandages éparpillés au sol, n'en ayant plus besoin, et m'attaquai à mon ventre. J'enlevai mon tee-shirt, ne gardant qu'un soutien-gorge noir, chose que j'avais découverte et que je trouvais rudement pratique quand même. Bien plus que mes bandes de cuirs doux. Enfin, pratique certes, mais pas très confortable.
Défaisant les bandages avec soin, je découvris mon ventre et ouvris des yeux soulagés. Ouf ! Presque rien de ce côté-ci non plus ! Je contemplai mon estomac, concentrée, et glissai mes doigts le long de l'estafilade faite par Law, presque parallèle à celle faite par le tigre qui elle, était permanente. Je rencontrai alors d'autres doigts sur la cicatrice et sentis un corps venir doucement s'appuyer par derrière contre le mien, m'entourant de ses bras. Je sursautai, avant de me détendre. J'étais tellement absorbée que je n'avais pas senti venir mon capitaine. Le visage de Law vint s'appuyer contre le côté droit de ma tête et nos regards se croisèrent dans le miroir.
Mon alpha caressa du bout des doigts mon ventre, suivant la ligne des deux cicatrices, et je ne pus réprimer un frissonnement chatouilleux. Ses mains se firent plus douces et fermes, et la chaleur de ses paumes se répandit sur ma peau. Je m'apaisai alors complètement, m'appuyant contre mon alpha alors qu'un sentiment de sécurité et de bonheur m'envahissait.
Il déposa un baiser dans mon cou, et je nous regardai dans le miroir, lui m'enlaçant par derrière, la tête plongée au creux de ma nuque, et je sentis le désir venir papillonner dans mon bas-ventre.
Mais il n'alla pas plus loin, et se contenta de me retourner, ses mains sur mes hanches, et de déposer un simple et rapide baiser sur mes lèvres. Je le retins par le col alors qu'il s'écartait et joignis de nouveau nos bouches. J'enlaçai sa taille et approfondis le baiser en glissant le bout de ma langue sur ses lèvres, avide de retrouver le goût de sa bouche. Il me laissa faire, ses mains parcourant lentement mon dos, effleurant mes fesses sans chercher à faire plus. Je gémis dans un murmure contre ses lèvres, réclamant plus.
Mais alors que je me blottissais un peu plus contre lui, le rouge me montant aux joues en même temps que l'envie, il m'écarta, haletant un peu.
- Pas ce soir. Souffla-t-il, les yeux rieurs devant ma mine boudeuse.
- Mais... tentai-je, mourant d'envie de ressentir à nouveau ce qu'il m'avait fait vivre cette nuit-là.
- Tu as vu ce que ça a donné non ? Contredit il, haussant un sourcil ironique.
- C'était un accident ! Ça ira.
J'étais persuadée que la Bête n'était pas prêt de revenir. Je me sentais forte, pas comme quand elle répandait ses tentacules glacés en moi, lorsqu'elle était très présente. Désormais, je la sentais à peine, comme si un barrage s'était mis en place de lui-même. Restait à voir combien de temps il tiendrait, et combien de temps elle mettra à refaire ses forces.
Raison de plus pour profiter. Je sentais, je savais que nous ne risquions rien ce soir.
POV Law :
Law soupira. Le corps chaud contre lui ne l'aidait pas, mais il resta sur sa décision. De toute façon, ils étaient tous deux épuisés. Il vit briller dans ses yeux turquoise la confiance en elle toute neuve, quand Aylan lui affirma que ça irait. Elle y croyait vraiment.
Le jeune capitaine sourit, voyant enfin les progrès attendus après les heures de méditations et de vie dans un équipage comme le leur. Il ne manquait qu'un simple coup marquant. « Enfin, simple, simple... ». N'exagérons rien.
Il plongea ses yeux dans ceux brillant de fatigue, mais aussi de désir d'Aylan, et répéta fermement :
- Pas ce soir.
Aylan soupira, frottant une dernière fois son nez dans son cou, puis se détacha de lui avant de partir en vacillant vers la chambre.
« Et alors comme ça, ça ira hein ? » Se moqua-t-il en son for intérieur, la voyant hésiter sur ses pas.
Il la suivit, et la regarda se changer, regrettant sa décision pour le coup, avant de se prendre un vêtement en pleine figure quand elle s'en aperçut.
- Puisque c'est comme ça, ne t'approche pas de moi ! Menaça-t-elle en se glissant sous les draps.
Law ricana tout en se changeant à son tour. A peine fut-elle couchée qu'il se glissa contre elle et entoura son ventre de son bras, la maintenant contre lui alors qu'elle se débattait et protestait, malmenant ses blessures, mais il ne lâcha pas. Voyant ses efforts inutiles, elle se retourna, lui fit face et lui jeta un regard assassin. Il lui offrit un visage innocent.
La jeune femme eut pourtant un profond soupir de contentement, avant de sombrer dans le sommeil quelques secondes après. Le jeune capitaine sourit victorieusement. Ses blessures l'avaient gardé éveillé la majeure partie du temps, mais cette fois-ci il s'endormit, le corps chaud d'Aylan lové contre le sien.
A suivre...
Voilou ! J'espère qu'il vous a plu !
Vous me dites ce que vous en pensez ? Ça m'aiderait beaucoup !
(Nié ! Et pas un mot pour moi dans c't'histoire ?!)
Ah si, effectivement !
(Ah bah quand même !)
Ta gueule.
(ouvre de grands yeux choqués, et met en place un plan pour mettre son écrivaine hors service. Oh oui ! Ce sera machiavélique, diabolique, sinistre, horrible, terrifiant, démoniaque, sadique, immonde, sanglant...)
Merci d'avoir lu !
