Poisson frappant
( Ou comment terminer en sushi avant d'avoir passé commande)
POV Kidd :
Et bein c'est pas trop tôt ! Ils allaient enfin la fermer. Il commençait à en avoir marre de leurs soupirs-cris-gémissements à tire-larigot je ne sais quoi...
Indigné, le perroquet bleu pétard s'installa confortablement sur le dessus de l'étagère de Law où il avait pris l'habitude de faire son nid, au grand dam de ce dernier. Il contempla les deux pigeons qui venaient enfin de s'endormir un peu en contrebas.
Impossible de pioncer avec leur raffut.
Il en avait vu des vertes et des pas mûres dans sa courte existence, surtout en vivant avec Aylan, mais depuis qu'il était arrivé sur ce sous-marin, il ne s'était pas passé un seul instant sans que quelqu'un ( il-ne-nommerait-personne-suivez-son-regard ) ne cherche à le balancer à la friture, où ne le confonde avec un objet de déco pour porte d'entrée.
Et ça, c'était quand même pas très urbain.
Alors écouter par-dessus le marché les accouplements d'une dinde et de son dindonneau, très peu pour lui, merci. Déjà, dans la jungle, c'était pas brillant, mais alors dans une boîte de conserve pour sushis... Mais qu'avait-il fait au monde pour mériter ça ?
Bon, à part faire tourner chèvre dès qu'il le pouvait la dinde en question, crotter sur la place dudit dindonneau, vider les réserves de pain plus vite qu'un bataillon de poules, répéter tous ce qu'Aylan lui disait en parfaite connaissance de cause, mettre le bazar à peu près partout et casser les pieds du cuisinier le matin, qu'est ce qu'il avait fait au nom du ciel ?!
Il aurait pu rester dans la jungle... se trouver une petite jolie oiselle... faire de jolis petits oisillons... avoir un joli petit nid... vivre une joli petite vie... et finir dans le joli petit estomac du premier joli carnivore passant par là.
… ( les méninges carburent à 100 à l'heure )
Tout bien réfléchi, il n'était pas si mal ici… Et puis, c'était assez intéressant de les observer, question de culture générale, vous voyez ?
… Hé ! C'est pas une raison pour recommencer !
POV Law :
Law, fidèle à son habitude, se réveilla tôt le matin. L'esprit encore cotonneux, il s'étirait quand son regard se posa sur la forme allongée près de lui. Aylan était étendue sur le flanc, les draps remontés presque jusqu'à son nez, ses cheveux blancs dissimulant son visage. La jeune pirate dormait toujours profondément malgré les mouvements de son nouvel amant.
Trafalgar eut un petit sourire, se pencha et écarta les mèches blanches de son visage. Il ne s'attarda pas sur leur couleur, s'y étant accoutumé. Il repoussa un peu le drap pour la contempler un instant, et sentit le désir l'envahir de nouveau. Il effleura la peau de son épaule d'une main, et embrassa sa nuque. Elle émit un petit couinement dans son sommeil, et Law rit doucement.
Chassant son envie de la réveiller et de recommencer la nuit encore une fois, Law se leva, s'habilla rapidement, jeta un regard assassin au perroquet bleu pétard squattant son étagère, et sortit.
C'était chiant d'être responsable avec une fille pareille dans son lit.
POV Aylan :
Un bruit me tira du monde des rêves et je me réveillai brusquement, complètement désorientée.
Je clignai des yeux quelques secondes, avant de reconnaître la chambre de Law, désertée par ce dernier soit dit en passant. Je me frottai le visage, secouée par mon réveil brutal. Qu'est ce qui avait bien pu me r-...
CLANG !
Un nouveau choc ébranla la chambre entière alors que je me faisais éjecter du lit.
- Hey ho ! C'est fini oui ?! M'écriai-je, étalée sur le tapis, le drap à moitié entraîné dans ma chute.
Ils sont pas bien là-haut ? Que fichaient-ils ?
Grommelant contre les sombres crétins aux commandes, je me levai, fis un pas vers la porte avant de me rende compte que j'étais nue. Il faudrait p'têtre s'habiller. J'en connais un que ça ne dérangerait pas tant que ça mais bon... La nuit me revint en mémoire et je souris. Alors c'était ça l'amour chez les humains. Et bein on ne s'en fait pas... Ç'avait été si bon !
CLAAAANG !
Le choc me fit de nouveau rouler au sol, et ma tête alla dire bonjour au pied de mon armoire.
- OH ! ON SE CALME ! Hurlai-je au plafond, commençant à avoir un peu peur, et frottant la bosse qui arrivait sur le haut de mon crâne. YA UN PET' A LA CAFETIERE OU QUOI ?!
La soi-disant cafetière ne répondit pas, préférant rester silencieuse plutôt que d'avoir à affronter une hystérique avec les puces à l'air. En revanche, la porte n'était pas de cette avis, et elle s'ouvrit en grand sur... Penguin !
- Aylan debout ! Dépêche-toi on-...
Il me remarqua, assise sur le tapis à me frotter la tête, et s'arrêta net en rougissant.
- Un problème ? Lançais-je.
Le cuisinier se retourna d'un coup et fixa la porte en face de lui, visiblement très gêné.
- Est ce que tu... peux te couvrir s'il te plaît ? Balbutia-t-il en se tortillant.
Comprenant enfin, j'éclatai de rire, ayant oublié ce problème de nudité chez les humains.
- Excuse-moi. Dis-je entre deux ricanements.
J'ouvris mon armoire, le sourire aux lèvres. Je choisis un débardeur blanc avec une sorte de symbole noir dans le dos et un bermuda beige clair, les enfilai rapidement et attrapai une paire de baskets.
- C'est bon, finis-je par déclarer. Je suis prête !
Penguin jeta un rapide coup d'œil en arrière, puis se détendit en me voyant habillée. Il avait une couleur... intéressante aux joues. Il ne valait pas mieux que Sachi sur ce plan-là, mon cuisinier préféré...
- Que se passe-t-il là-haut au juste ? Continuai-je en fronçant les sourcils, alors que Penguin me faisait signe de le suivre.
- On ne sait pas précisément, mais on reçoit des chocs sur la coque depuis un petit moment, et on ne sait pas d'où ça vient. D'ailleurs ça a l'air de s'être un peu calmé.
Nous relevâmes dans un bel ensemble la tête pour fixer le plafond d'un regard perplexe. Il nous rendit un regard tout aussi vide.
- Bon, quand vous aurez finis de bailler aux corneilles en tapant la discute au plafond, vous pourrez peut être venir nous filer un coup de main, hein ? Lança une voix dans notre dos, nous faisant sursauter.
Sachi, adossé à la chambranle de la porte, nous regardait blasement derrière ses lunettes, comme trop lassé de nous deux pour faire autre chose.
Je lui montrai les dents.
- Si on a envoyé le plus valeureux homme de l'équipage venir nous chercher, c'est que ça doit pas trop chauffer là-haut non ? Soulignai-je avec ironie.
- On sait maintenant que c'est un Roi des Mers, rien de bien méchant. Mais ça fait un moment qu'il taquine la coque. Répliqua-t-il sans relever, même si je le sentis agacé.
Hé hé.
- Et vous ne vous en êtes rendu compte que maintenant ? Relançai-je, surprise.
Le Sub Nautilus avait de nombreux moyens d'explorer son environnement, dont un extrêmement perfectionné, la vigie. Et je sais de quoi je parle...
- Il est très rapide. Expliqua le mécanicien en fronçant les sourcils. Un peu trop même. Et le crétin à la vigie s'est endormi pendant son tour.
Je ricanai. Je ne voudrais pas être à la place du gaffeur quand Law s'occuperait de son cas. Et là aussi, je sais de quoi je parle. Mais Sachi semblait perturbé par cette histoire de vitesse de l'animal.
- Montons. Ordonna Penguin.
Nous le suivîmes rapidement, alors que les coups reprenaient contre la coque jaune du sous-marin, nous envoyant valser contre les murs.
…
…
- Diantre fichtre et putain de merde !
Alors que je me reprenais pour la quatrième fois le métal froid dans la face avec très peu d'élégance, je frottai ma nouvelle bosse en jurant, et balançai fièrement tout le vocabulaire appris au contact des pirates et de la Bête.
- Si je la chope cette bestiole, je l'attache et j'lui bouffe ses tripes arrosées au vinaigre ! Grognai-je en direction d'un hublot, remarquant du même coup que le sous-marin était en mode émergé, nous pouvions voir le ciel bleu au travers.
- Attends un peu que je la cuisine. Remarqua Penguin en se redressant, frottant son épaule. Ne te rends pas malade avec cette saloperie.
Sachi, qui s'était rattrapé de justesse à la porte menant à la salle de contrôle, l'ouvrit et passa l'entrée en boitillant légèrement. Law et quelques hommes s'y trouvaient, dont Jean Bart et Bepo, ce dernier au bord de l'hystérie.
- … et il va nous couler c'est certaaaiin ! Gémissait-il en tirant sur ses pauvres oreilles.
Quelques uns nous souhaitèrent la bienvenue, mais le capitaine ne bougea pas. Je m'approchai de lui et il tendit sa main en arrière sans se retourner. Surprise, je la pris et il me tira vers lui. Me laissant faire, je me plaçai à sa droite et fixai l'écran sur le monde marin nous sous-plombant, qu'il manipulait agilement à l'aide de manettes.
POV Penguin :
Penguin observa le manège de sa nakama et du capitaine, songeur. Tien tiens... Ils sont passé à l'acte tous les deux... Pas trop tôt ! Ça va détendre le capitaine ça, il sera moins sur les nerfs déjà. En espérant que ça apprenne à l'autre gaffeuse à mieux se tenir.
A cette pensée, des nouvelles couleurs vinrent teintées ses joues et il détourna les yeux de la jeune femme. Aucune pudeur cette fille. Et il pria très fort pour la tranquillité des prochaines nuits.
POV Aylan :
Fixant mes yeux sur l'écran, j'aperçus un éclair d'écailles avant que celles-ci filent hors de ma vue. Je fronçai les sourcils. Un détail m'avait frappé pendant le bref aperçu, sans que j'arrive à mettre le doigt dessus.
Law s'agita un instant pour le retrouver à l'écran, et finit par le repérer à l'arrière du Sub Nautilus, juste avant que l'animal ne donne un grand coup de tête dans la paroi jaune, manquant de tous nous faire valser cul-par-dessus-tête.
C'est d'ailleurs ce qui arriva à certains.
CLANNNNNNNG !
La vibration résonna un long moment avant que les murs ne cessent de trembler. Je me décrochai du tableau de contrôle tandis que les cris de protestation et les jurons résonnaient derrière moi, et m'empressai de détailler le poisson.
Grand, au moins neuf mètres de long, il était de couleur cuivre sale, avait de puissantes nageoires bleues-beiges sombres sur ses flancs, une crête hérissée de piquants noirs, une nageoire caudale ressemblant à celle d'un requin, et une mâchoire à en faire pâlir les tigres de mon île.
Il resta un instant figé, comme sonné, avant de se propulser au loin d'un rapide battement de nageoires. Je grimaçai puis mordillai ma lèvre inférieure. Ce poisson avait quelque chose... un petit truc qui me turlupinait. Je sentis le regard interrogateur de Law à mes côtés, posé sur moi. Mais je l'ignorai, et il ne me posa pas de questions. Il reprit sa recherche de l'animal, attendant que je prenne la parole.
J'attendis encore une fois de pouvoir observer le comportement du Roi des Mers, et Law le retrouva de nouveau à l'arrière sur le flanc gauche, alors qu'il prenait son élan pour nous percuter, mettant sa tête en plein dans notre champ de vision. Je me penchai avidement vers l'écran, les yeux grands ouverts.
L'attaque fut tellement rapide que je n'eus pas le temps de m'agripper à quelque chose. Je pus cependant apercevoir encore ce détail qui me taraudait juste avant de basculer.
BLAAANNG !
- IIIAAAAAH ! Hurlai-je en me faisant éjecter à l'autre bout de la pièce, prise par surprise par la violence du choc.
Je heurtai le mur métallique brutalement, le souffle coupé, et retombai mollement au sol. Tous les hommes présents s'étaient faits mettre à terre. L'onde de choc résonnait encore sur les murs en un écho bientôt couvert par quelques glapissement de douleur vite remplacés par des grognements colériques.
Me frottant la tête, je me redressai dans une grimace avant de manquer de m'écrouler sur ma jambe droite.
- Merde ! Crachai-je, ce n'est pas vrai !
J'agrippai mon genou, d'où irradiait une douleur intense, alors que les hommes autour de moi se relevaient, de fort méchante humeur et pas plus poli que moi.
Mon alpha, compagnon, et nouvellement partenaire se releva rapidement, son visage impassible. Il prit un instant pour s'adapter au roulis qu'avait causé l'attaque du Roi des Mers sur la coque, pour ensuite balayer la pièce du regard en se frottant une épaule.
Son regard se posa sur moi, et il fronça les sourcils devant ma grimace de douleur. Il allait s'approcher quand un voyant rouge s'alluma sur le tableau de bord. Une voix paniquée sortit de l'interphone à côté :
- Sachi ! On a un gros souci du côté des soupapes arrière ! Cette saloperie d'emmerdeur de poiscaille avariée a ouvert une fissure dans la coque, l'eau y entre à toute volée !
Law se retourna d'un bloc, et Sachi lâcha un nouveau juron. Le mécanicien boitilla le plus vite possible vers l'escargophone miniature relié au système de communication d'urgence, décrochant rapidement :
- Ici Sachi ! Décris-moi les dégâts Marle !
- On a une grosse voie d'eau sur la partie arrière de la pièce, d'environ deux pouces de long et deux et demie de large !
Sachi jura silencieusement, se mordant les lèvres.
Mm. Ça ne sentait pas bon son charabia apparemment…
- J'ai déjà de l'eau jusqu'aux chevilles !
- OK, combien de gars sont avec toi ?
- Quatre, dont un assommé par le choc et un autre blessé à l'épaule. On peut savoir pourquoi ce connard s'acharne sur nous ?!
Sachi se tourna vers Law sans répondre à la question et échangea un rapide regard avec lui. Tous les hommes présents les regardèrent, attentifs. L'alpha donna ses ordres avec calme et efficacité, lorgnant du coin de l'œil l'animal qui s'éloignait à présent presque paresseusement :
- Jean Bart, tu restes ici et tu gères le sous-marin, en gardant à l'œil cette saloperie. Penguin, tu pars avec Sachi, prenez trois hommes avec vous et allez filer un coup de main aux soupapes. Leit, va checker les ballasts, il ne faudrait pas qu'on s'immerge alors qu'on a une voie d'eau. S'il y a un problème, tu sais quoi faire. Les autres, démerdez-vous pour me descendre ce Roi des Mers avant que ce soit lui qui le fasse. Distrayez le au moins jusqu'à ce que j'arrive si rien d'autre ne marche.
- Et moi ? Grimaçai-je, maintenant toujours mon genou entre mes mains, en équilibre précaire sur un pied.
- Ne bouge pas, je m'occupe de toi. Répliqua-t-il en s'avançant vers moi, son Nodachi à la main, alors que la salle se vidait précipitamment.
Law me fit m'adosser contre le mur, posa son sabre à mes côtés, et retira mes mains de ma jambe, les remplaçant par les siennes, glacées. Son odeur envahit mon museau, et je l'inspirai avec plaisir, des fourmillements envahissant mon ventre. Ca me permit au moins d'ignorer les élancements de ma jambe droite.
Concentré sur sa tâche, il palpa délicatement mon genou, et tira un peu sur la jambe. Je grondai immédiatement et crispai les poings, la douleur s'amplifiant. Il n'y fit guère attention, mais prit en compte ma réaction dans ses analyses avant de reposer ma jambe. Il fit passer ses doigts sur l'arrière de mon genou, puis les fis doucement glisser jusqu'à l'extrémité sud du tibia.
- Tu t'es amoché les ligaments sous le genou, au niveau du tibia, et probablement une partie du muscle. Tu ne vas pas pouvoir marcher avant un bon moment. Je te mettrai une attelle quand j'aurais le temps, et je ferais un examen plus approfondi plus tard.
Bon sang, ce n'était vraiment pas le moment !
- Il faut que j'aille sur le pont vérifier quelque chose. Grinçai-je alors qu'il manipulait de nouveau ma jambe entre ses doigts froids.
- Tu as remarqué quelque chose. Répliqua le médecin sans lever les yeux.
Ce n'était pas une question, mais j'expliquai :
- Pas sûr, mais j'ai un moyen de vérifier. Un truc cloche.
- Je le pense aussi. Mets ta main autour de mes épaules.
J'entourai sa nuque de mon bras et, son Nodachi dans sa main gauche, il glissa son bras droit autour de mes cuisses et me souleva, traversant la salle facilement malgré le déséquilibre de mon poids. Je serrai les dents sous les chocs répétitifs que sa marche faisait sur ma jambe blessée contre son flanc et agrippai son cou plus fort pour tenter d'amortir l'impact.
Nous atteignîmes rapidement la porte menant au pont après avoir croisé plusieurs membres d'équipage courant dans les couloirs à toute vitesse, plusieurs avec le visage en sang. Z'avaient dû faire une rencontre marquante avec un mur ceux-là.
Law ouvrit la porte de sa main gauche et sortit à l'air libre. Je clignai des yeux sous le soleil de fin de matinée, et inspirai une bouffée d'air frais. Nos nakamas s'étaient réparti sur la totalité du sous-marin pour protéger un maximum de surface et repérer l'animal.
- Il faudrait qu'il remonte à la surface. Expliquai-je en retirant mon bras de sa nuque.
Me déposant au sol, le capitaine médecin glissa sa main dans sa poche et en sortit un Dendenmushi, contacta Jean Bart pour lui résumer la situation, puis se tourna vers les pirates sur le qui-vive.
- Faîtes-moi le plaisir de faire remonter ce salopard à la surface ! Cria-t-il aux hommes d'une voix forte et dure.
M'appuyant sur son épaule, je retrouvai le sol avec un soupir de soulagement, mais restai debout et attendis. L'anxiété m'envahissait, ainsi que le pressentiment inexplicable ressentit un peu plus tôt. Les pirates s'empressaient d'obéir aux ordres à grands renforts de harpons et cordes arrimées de grappins aux piques acérés et cruellement recourbés.
Soudain, le sous-marin trembla et des bulles affluèrent à la surface.
La crête de l'animal effleura l'air libre, disparue un instant avant qu'il ne s'éjecte hors de l'eau dans un rugissement de protestation. Les hommes lâchèrent immédiatement les cordes reliées à l'agresseur et reculèrent. Je me précipitai vers la balustrade, me cassai la figure à cause de mon genou et manquai de passer par-dessus bord. Law me rattrapa de justesse par le col en me traitant d'imbécile au passage, mais je l'ignorai, concentrée sur l'appel d'air que la chute allait provoquer.
Le Roi des Mers retomba dans l'eau, faisant jaillir une grosse gerbe d'écume qui alla s'abattre droit sur le sous-marin. Plus précisément, sur nos épaules.
- Ooooh non ! Gémis-je en voyant le gigantesque mur d'eau s'abattre sur nous.
Ayant anticipé, nous nous étions jetés au sol et accrochés à la barrière. Je sentis Law se crisper sous la douche d'eau de mer toute proche et je passai un bras autour de sa taille, verrouillant ma prise sur la rambarde.
L'eau glacée nous plaqua contre le pont et nous coupa le souffle. Ma jambe brûla sous le choc et la douleur remonta jusque dans ma hanche. La vague nous submergea complètement, nous privant d'air, qui rapidement, commença à manquer. Bon sang à ce rythme, Law n'allait pas pouvoir... Mon cœur rata un battement. Je sentais la prise de mon alpha se détacher de la rambarde sous l'action de l'eau de mer, et son corps s'écarter peu à peu de moi. Tentant d'ouvrir les yeux qui brûlèrent à cause du sel, je vis les mains de Law glisser de la barre et son visage se crisper. Il allait lâcher… je saisis la barrière d'une main et gardait l'autre sur le t-shirt de mon alpha juste au moment où ses forces l'abandonnaient. La secousse faillit me faire perdre prise mais je tins bon de justesse.
L'eau s'écoula enfin du pont, relâchant la pression, et j'aspirais une grande goulée d'air frais. Mes mains tétanisées eurent du mal à se détacher tant j'avais eu peur que Law ne glisse.
Trempée et gelée jusqu'aux os, je me relevai en dérapant sous les roulis de la boîte de conserve, les cheveux collés à mon visage. Mon genou grinça de protestation et je m'adossai en catastrophe à la balustrade, la jambe pulsant douloureusement. Au moins, j'avais pu vérifier. Et mon idée se confirmait. Je dégageai mes cheveux vers l'arrière et me tournai vers Law à genoux une main sur la rambarde, qui secouait la tête, chassant les gouttes d'eaux de son visage avec une grimace de dégoût.
- Est ce que tout le monde est là ? Demanda-t-il alentours.
- Oui capitaine. Répondit un homme dont j'avais oublié le nom à défaut de l'odeur. Tout le monde a réussi à s'accrocher.
- Jamais vu… un emmerdeur pareil ! Articula-t-il avec une fureur tout juste contenue, recrachant l'eau avalée en toussant.
- Justement ! On a un souci là. Répliquai-je, la bouche brûlante.
Je déglutis et l'eau de mer me piqua la gorge. Je cherchai mes mots un instant.
- Ce n'est pas un poisson… Son corps n'est pas fait de chair et de sang.
Ses yeux s'écarquillèrent légèrement, et il saisit mon bras en se relevant.
- Tu en es sûr ?
- Il ne sent pas. Enfin… son odeur n'est pas perceptible. Et je sais combien un Roi des Mers peut puer ! Sa tête n'est pas normale non plus. J'ai pu en observer pas mal dans la vigie. Et sur mon île, les poissons ne sont pas comme ça. Il a une bosse anormale sur le haut du crâne, et ses mouvements son désarticulés par rapport à un vrai. Expliquai-je, toussant encore.
Je commençais à trembler sous l'effet du froid. Law tourna son regard vers le Roi des Mers dont la crête dépassait encore de l'eau et qui nous tournait autour. Les pirates, aussi trempés que nous l'étions, avaient repris leurs armes et gaffes en main et attendaient les ordres en maintenant une vigilance absolue.
Il réfléchit un quart de seconde avant de me fourrer son Nodachi dans les mains, d'entourer mes genoux et de m'embarquer sur son épaule, le Dendenmushi dans l'autre main. Il cria un ordre aux pirates qui se précipitèrent vers l'entrée sur sous-marin.
- HEY ! Lâche-moi tout de suite, espèce de cinglé ! Hurlai-je, complètement prise au dépourvu par sa réaction, tapant son épaule du poing pour qu'il me dépose.
Il m'ignora, referma la porte d'un coup de pied après que nos nakamas furent passés, et se précipita dans le couloir.
- Jean Bart ! On a un sérieux problème ! Lança-t-il dans l'escargophone.
- Qu'est ce qu'il se passe capitaine ?! Résonna la voix rauque du navigateur.
- Le Roi des Mers est une machine, un robot. Répliqua le jeune rookie, moi ballottée sur son épaule, cherchant à respirer avant de mourir asphyxiée, alors qu'il courait vers la salle de contrôle.
- Une...
- Oui. Et il a un émetteur placé sur sa tête.
Le silence lui répondit. Puis Jean Bart reprit, après un bref moment de course :
- Sachi me dit que la fissure n'est pas encore réparée, l'eau s'infiltre moins mais...
- Tant pis, mets les gaz, on se tire d'ici. Coupa le capitaine. Appelle la vigie et tiens-moi informé.
Il raccrocha et accéléra. La sensation désagréable du sous-marin s'enfonçant dans l'eau m'envahit, et je vis par les hublots la mer engloutir le Sub Nautilus. Mais que craignait-il à ce point pour prendre la fuite ainsi ?
-L-Law ! Je-peux-sa-voir-ce qui- se passe-là ! Tentai-je d'articuler difficilement à chaque enjambées, ma jambe me tiraillant de plus en plus.
- C'est un robot. Répéta-t-il en jetant un coup d'œil autour de lui dans les croisements, sûrement en train de chercher Bepo.
- Ça-j'-vais-c-pris ! Haletai-je, les abdos brûlants et des larmes aux yeux, résistant à l'envie profonde de le mordre histoire qu'il me pose vite fait.
- Il est très certainement envoyé par la Marine. Et la bosse sur sa tête est un émetteur.
- D'-ccord... Et-alors ? Co-en pourr-ait-il les pr-vnir qu'il nous-a-tr-vé ?
- Tu peux te taire une seconde ! S'énerva-t-il en s'arrêtant et il me reposa brutalement au sol, toujours cherchant autour de lui son second. Réfléchis. Un émetteur peut s'activer avec un bouton. Bouton qui, au vu de la situation actuelle, est situé sur l'émetteur, très certainement.
Je respirai plus facilement maintenant que les couloirs avaient arrêtés de danser devant mes yeux et que les tâches noires disparaissaient de ma vision. Heureusement que j'avais atterris sur ma jambe gauche. La délicatesse de mon capitaine est appréciable à tout moment...
- Et ? Articulai-je, énervé de le voir concentré ailleurs alors que je cherchais à comprendre.
- Et, à ton avis, les chocs sur la coque, c'était pour faire toc-toc à la porte ? Fit-il sèchement en plantant enfin ses yeux cendrés dans les miens.
…. Oh.
- Merde. Mais pourquoi ils nous pourchasseraient, nous spécialement ?
- Rien n'indique que ce soit nous la cible en particulier, mais s'ils ont largué ce truc un peu trop perfectionné sur Grand Line, c'est qu'ils ont bien un objectif, et que pour l'atteindre, ils vont déployer un maximum de moyens. Qu'importe les dommages collatéraux. Expliqua-t-il froidement. Ils ne louperont pas la chance unique de nous mettre la main dessus.
- Ce qui entraîne ? Enchaînai-je en fronçant les sourcils.
- Ce qui entraîne, sois une grande flotte de marines avec des hauts gradés, ce qui est le meilleur des cas, sois un seul navire...
Il s'interrompit, jeta de nouveau un regard autour avant d'interpeller un homme courant dans leur direction, et lui ordonna d'aller chercher Bepo.
- Et alors ? Le pressai-je, plus qu'agacée par le peu d'attention qu'il me portait pour m'expliquer la situation.
A peine avais-je finis ma phrase que le sous-marin s'ébranla rapidement et je manquais de m'étaler au sol, à défaut de m'étaler sur Law qui me rattrapa d'une main, son autre main accrochée à une barre sur le mur. Je commençais vraiment à en avoir marre de cette histoire, et ce n'est pas l'envie de l'envoyer paître et de le planter là qui me manquait. D'autant plus que nous étions trempés, la flaque à nos pieds rendait le couloir encore plus traître.
La tension qui régnait et l'angoisse me stressaient de plus en plus, et mon ventre vide n'arrangeait pas les choses, me faisant tanguer sous le manque de calories. Me dégageant de sa prise, je me mis devant lui en ménageant ma jambe blessée, et aboyai :
- Law explique-moi une bonne fois pour toute ce qui se passe !
Law me lança un regard énervé, mais il se tourna vers moi et termina agressivement :
- Merde Aylan, soit c'est une grande flotte de marines, sois un seul navire avec deux ou trois amiraux à bord. Et reparle moi encore une fois sur ce ton et je t'enferme dans la chambre froide.
-... Merde. Répétai-je.
Sa réponse m'avait fait l'effet d'une douche encore plus froide que tout à l'heure. Je n'avais pas pensé à ça. Nous nous fixâmes un instant, mais je résistai à l'envie de baisser rapidement les yeux sous son aura d'alpha, le défiant encore. L'avait qu'à me le dire plus tôt.
Il se détourna finalement en apercevant Bepo qui courait vers lui. L'ours blanc nous rejoignit et commença son rapport d'une voix suraiguë tandis que Law me soutenait pour avancer vers le poste de commandes avec le second.
- L'eau s'infiltre encore plus vite, les réparations ne sont pas terminées, les panneaux ne tiendront pas longtemps ! Et le Roi des Mers nous suit sans difficultés.
L'atmosphère s'alourdit encore, alors que son odeur emplie de panique venait me frapper de plein fouet, me faisant tanguer un peu plus. Les murs pirouettèrent devant mes yeux et j'eus un haut-le-cœur avec un horrible goût de bile dans ma bouche. Mon capitaine me déposa dans un coin de la grande pièce et donna toute son attention à Bepo et Jean Bart.
J'essorai avec des mains tremblantes mes cheveux blancs parsemés de mèches noires et tâchai de me calmer et surtout de ne pas vomir. Je fermai les yeux, ignorant les picotements du sel, adossée au mur. J'eus alors une idée, et plaquai mes cheveux contre mon museau, inspirant l'odeur salée, qui masqua celles, tendues et stressantes, de mon entourage. Je respirai mieux, mes muscles, crispés depuis un moment, se détendirent un peu, et je cessai de trembler.
Alors que je me concentrais un instant sur ma respiration, je sentis un frémissement presque imperceptible, quelque part. Incapable de dire d'où il venait, je rouvris les yeux et reniflais autour de moi.
Mais le Dendenmushi de Law sonna dans sa poche, brisant ma concentration, et alors qu'il décrochait, une voix paniquée sortit de l'engin :
- Capitaine ! Navire de la marine à tribord arrière !
A suivre...
Voili ! J'espère qu'il vous a plu !
Une petite review ? Merci d'avoir lu !
