Un nouveau chapitre dans le fourneau ! Un peu moins long, mais je voulais faire vite ! :D

Merci pour tes deux reviews LadyClau ! Me suis bottée les fesses spécialement pour toi ! 3

Enjoy !

Un chasseur sachant chasser…

(Ou comme quoi, fait toujours se méfier des maximes)

Ses pattes martelaient d'un bruit étouffé le sol couvert de mousse de la forêt. Aylan courait aussi vite que sa forme féline lui permettait. Elle sentait sur son dos le corps malmené de son alpha, le sang qui empoissait sa fourrure davantage à chaque minute. Elle était capable de courir à cette allure plusieurs heures d'affilées, mais Law ne tiendrait pas aussi longtemps.

J'en suis rendue à protéger mon alpha, qui l'eut cru !

Tout en poursuivant sa course effrénée, elle tentait désespérément de se repérer dans la jungle plongée dans une épaisse obscurité. Les odeurs l'assaillaient de toute part, mais Thib avait semble-t-il trouvé le moyen de dissimuler la sienne en les amenant ici. Avait-il prévu qu'ils s'échapperaient ? Ou que l'équipage pourrait les pister par la suite, plus probablement.

Quoi qu'il en soit, songea-t-elle, pas moyen de savoir quelle foutue direction prendre pour retrouver le sous-marin. Il nous faut un abri et tout de suite !

Slalomant entre les arbres géants, bondissant par-dessus leurs larges racines, le tigre leva les yeux vers la voute à peine visible dans le noir de la canopée. Il n'y aurait aucune grotte pour les abriter ici, et les arbres étaient la meilleure solution pour rester en sécurité face au bouc.

Aylan en souffla de dépit. Fuir face à un bouc, quelle dérision…

Ignorant la soudaine angoisse de la Bête à l'idée de remonter vers un potentiel autre serpent, elle cessa de se poser des questions et repéra un arbre dont les branches basses lui permettraient de prendre de la hauteur sans brutaliser son passager. Du moins… pas trop. Tout est relatif.

Elle banda ses muscles et sentit avec soulagement les doigts de Law raffermir leur prise dans sa peau en réponse. En quelques bonds ils se retrouvèrent à 10 mètres du sol. Sur son dos, Law se crispa de douleur, à chaque saut ses doigts s'enfonçaient dans la fourrure du cou de la Bête.

De branches en branches et d'arbres en arbres, Aylan se fraya un passage vers les hauteurs et trouva finalement une large fourche à 30 mètres du sol, capable de les accueillir tous les deux et auréolée d'épais feuillages pour les dissimuler.

Atterrissant une ultime fois, le félin s'accroupit rapidement pour permettre au capitaine pirate de descendre. Elle avait senti ses forces décliner à chaque soubresaut causé par ses bonds, et son souffle en était réduit à un mince sifflet douloureux.

Law, des points noirs devant les yeux, tomba plus qu'il ne glissa de son dos et se crispa dans l'attente du choc, qui fut à son soulagement plus doux que prévu. La fourche était en partie recouverte d'une épaisse mousse vert foncé dans laquelle on s'enfonçait agréablement, et qui le reçut en douceur.

Levant des yeux fiévreux, il rencontra le regard turquoise du gigantesque animal noir, qui ronronnait faiblement en s'approchant à tâtons. Tout son corps pulsait de douleur, couvert de sang et de sueur, et sa vision se troubla un instant lorsqu'il leva une main tâchée pour la poser sur le museau d'Aylan.

- Aylan… Il va falloir retirer ce couteau de là… et réduire la fracture.

Pov Aylan :

Je plissai les yeux, un incontrôlable ronronnement pulsait dans ma gorge, tentant d'apporter un certain réconfort pour nous deux. Surtout pour moi.

Ce qu'il demandait allait être compliqué. Je n'avais aucune certitude de pouvoir retrouver ma forme animale si je redevenais humaine, et il serait alors impossible de descendre tous les deux. Law sembla suivre mon cheminement de pensées et sa main retourna se poser sur sa plaie à l'abdomen.

- Trouve quelque chose pour compresser la blessure quand j'aurai retiré le couteau.

Son ton avait beau être ferme, je sentais qu'il était épuisé après la brutale cavalcade dans les bois puis cette partie de chat perché. Sans perdre une seconde, je raclai avec mes griffes une large bande de mousse que j'emmaillotai au mieux dans les lambeaux de son vêtement. D'un regard embrumé, Law me fit signe et resserra sa main sur le manche du couteau. Il le retira avec une terrible lenteur, le visage crispé de douleur et lâchant quelques grognements. Aussitôt j'appliquai la compresse que j'avais soigneusement lécher pour lui transmettre les vertus antiseptiques de ma salive. Les horribles séances passées à étudier avec Law avaient fini par être utiles en fin de compte.

- Appuis plus fort !

J'obéis en pressant avec ma patte et Law retint un grognement de douleur. Mes babines se soulevèrent machinalement à cette vue, rêvant de goûter au sang du coupable, des scènes de carnages très imagées dansant devant mes yeux. La Bête était plus sensible à mes émotions qu'elle ne le laissait paraître…

Law continua. Sa voix dérivait de plus en plus à mesure qu'il parlait.

- Maintenant réduis la fracture… comme tu peux. Cassure nette… ça ne devrait pas être compliqué à…

Je ne le laissai pas finir sa phrase et refermait vivement mes pattes avant sur son tibia. L'os se remit dans le bon angle en un éclair et lui arracha un hoquet de douleur en un tressautement qui parcouru tout son corps, avant qu'il ne perde finalement connaissance. Il s'effondra dans la mousse épaisse et je revins précipitamment appuyer une large patte avant sur la boule de mousse, jetant avec nervosité un regard vers lui.

Ses mèches de cheveux étaient collées à son front par la sueur et l'humidité ambiante, sa poitrine musclée se soulevait faiblement et mes yeux de félin pouvaient voir la pâleur de ses traits dans la nuit, ressortant encore plus nettement avec les larges tatouages qui ornaient son torse et ses bras.

Super, et je faisais quoi moi maintenant…

Il fallait trouver un moyen de rejoindre le fichu sous-marin dès demain. Je ne pouvais rien faire sous cette forme pour immobiliser correctement sa jambe, et si ma salive aidait à empêcher la plaie de s'infecter pour l'instant, je redoutais que cela ne dure pas...

J'étais quand même assez fière de parvenir à garder tout le monde en vie jusque-là, malgré la situation pas hyper sympathique dans laquelle on se trouvait ! Et tiens, pour une fois on s'y trouvait tous les deux. On aura vraiment tout vu à cause de ce guitariste tortionnaire ruminant démoniaque. Et lunatique.

Contemplant la nuit, tous les sens en éveil, je réfléchi à une façon de nous sortir de là. J'avais beau me creuser la cervelle, je ne parvenais pas à deviner ce qui allait se passer dans les prochaines heures. Je devais avouer que j'avais une trouille affreuse que je contrôlais difficilement, entre Thib et le serpent et Law blessé, et moi au milieu de ce bitzouf avec quelqu'un à protéger !

Thib allait nous chercher. Il nous cherchait sûrement en ce moment même. Bon c'était déjà un début. Mais quand l'équipage du sous-marin commencerait-il à s'inquiéter ? Essayer de partir et créer des fausses pistes était très risqué, et je ne pouvais pas me résoudre à laisser Law dans cet état. Trop de questions se bousculaient et je secouai ma large tête avec colère, soufflant par la truffe.

On avisera bien demain !

L'odeur du sang de Law ne cessait de m'enivrer. J'entrepris donc de nettoyer son torse musclé couvert du liquide carmin avec de légers coups de langue. Le goût explosa dans ma bouche et je ronronnai plus fort, un peu plus calme. Cette odeur ne passerait pas inaperçu. Je poursuivis en une toilette complète, pour lui comme pour moi, attentive au moins bruit.

Ça ne servait à rien de cogiter pour l'instant. L'odeur du sang était très amoindrie, cela devrait suffire.

Je me rapprochai donc pour me blottir contre mon compagnon afin de lui tenir chaud et poussai doucement sa tête contre mon flanc. La patte toujours fermement appliquée sur son ventre, oreilles dressées, yeux grands ouverts, je me préparai à veiller jusqu'au petit jour.

oOo

Doucement, le voile d'obscurité se leva pour laisser la forêt se réchauffer aux premiers rayons du soleil. Le corps ankylosé d'être resté si longtemps immobile, je baillai et tâchai de relaxer mes muscles sans réveiller Law. Le sommeil du capitaine brun avait été agité et son état semblait empirer. Son corps était parcouru de tremblements alors que de légers râles s'échappaient de sa bouche, me faisant frissonner à chaque fois. Il n'avait pas crié dans sa fièvre, c'était déjà ça. Il aurait suffi d'un cri pour guider Thib droit jusqu'à nous.

Une fois seulement, j'avais surpris des bruits qui m'avaient fait me tapir sur le corps de Law, la fourrure hérissée et les yeux écarquillés. Mais quoi que cela ait pu être, la chose s'était éloignée après avoir fureter au pied de l'arbre, me laissant pantelante, prête à égorger dans la seconde la moindre créature qui s'approcherait. Le poil blanc de la bête était bien joli, mais franchement pas discret ! J'étais bien contente de mon pelage aussi noir que la nuit.

Doucement, j'ôtai ma patte de sa blessure à l'abdomen que j'avais maintenu toute la nuit. D'un délicat coup de museau, j'ôtais la boule imbibée. Si ça ne saignait plus, la plaie près de la hanche n'avait pas l'air rassurante et la peau était chaude et enflammée. Je passai lentement ma langue dessus, tirant un sursaut à Law qui grogna et ouvrit faiblement des yeux embrumés.

Ils s'agrandirent en un éclair à ma vue et sa main vola, deux doigts tendus vers moi et avant que je ne comprenne quoi que ce soit de ce qu'il se passait, il s'exclama d'une voix rauque :

- Shambles !

- Hey Law fais pas le c-….AAAAAAAAAHH !

Je me retrouvai à trente mètres de haut chutant dans le vide, le vent faisant voler mes babines, hurlant de panique alors que le sol se rapprochait à une vitesse affolante. J'atterris dans un lourd bruit mat sur mes quatre pattes, mes muscles absorbant la majorité du choc mais cédant tout de même, et je m'effondrai sans douceur sur le ventre.

Je restai là, au milieu des grands arbres, les yeux grands ouverts et respirant par saccade pendant plusieurs secondes. Les feuilles et brindilles voltigeaient devant mon museau alors que je reprenais mon souffle.

Nom de dieu !

- Mais il est malade ! Sombre crétin !

- Il faut avouer, il a même réussi à me faire peur le temps d'une seconde.

- … La Bête ?

- Non une sirène.

- Oui ben j'aurais préféré, et c'est pas le moment ! Si tu veux te rendre utile penses plutôt à une façon d'échapper à Thib et de retrouver le sous-marin !

Je sentis un léger mouvement de recul face à ma réplique cinglante. Je ne lui aurai jamais parlé sur ce ton quelques mois plus tôt, je me serais plutôt pissée dessus. Mais là face à un ennemi commun où elle avait besoin de moi, elle n'avait pas d'autre choix que de me laisser les rennes. Pour la première fois nous coopérions, et c'est moi qui menais la danse. Une situation que je savourais grandement.

Levant la tête, je bondis vers la première branche accessible. Mon hurlement n'avait pas été des plus discret. S'éloigner de là et prendre de la hauteur était la priorité numéro un, la deux étant de retrouver Law et de le suspendre à une branche pour lui apprendre à balancer dans le vide la première personne aperçue. Certes, une personne avec des canines comme des couteaux, de la fourrure et de la taille d'un cheval, mais c'était pas une excuse !

Je me choisis un perchoir dans les 35 mètres de haut afin de repérer mon capitaine sans que lui ne me voit. Un seul baptême de l'air avait suffi merci, et si je devais me bagarrer avec mon alpha délirant ça ne ferait qu'attirer l'autre cornu.

La main pressée sur l'abdomen, Law avait les yeux encore plus creusés que d'habitude. Haletant, il se hissait jusqu'au bord de la fourche, écartant les feuilles, et tressaillit quand il se rendit compte de la hauteur. Mais ses forces l'abandonnèrent de nouveau et il s'effondra sur le côté.

C'était quand même bizarre cet état, Law avait déjà subi pire blessure et-…

- C'est un poison créé par mon peuple.

Je sursautai, le cœur battant fort.

- Mais préviens bon sang quand tu-….

- Il rend la victime fiévreuse et lui fait perdre la raison momentanément. Ce n'est pas puissant, mais c'est terriblement efficace.

- Et tu pouvais pas le dire plus tôt ?!

- Il n'a ni goût ni odeur, on ne le détecte que quand il agit, petite chose fragile et ignorante !

- Puisque je suis si ignorante, je suis sûre que tu sauras me dire comment le guérir ? Hein ? Répliquai-je pleine de fiel.

La Bête se tut un instant.

- Le poison est parfois réalisé à partir du venin du… serpent.

Elle avait soigneusement évité de prononcer son nom.

- Si c'est le cas, ton corps s'est défendu contre le venin et porte des résistances.

- … Tu veux que je lui fasse boire mon sang ?!

L'idée me fit tressaillir. Autant le sang de Law me paraissait naturel, autant je doutais que ce soit son cas. Et vu l'état dans lequel il se trouvait, de quelle façon j'allais pouvoir faire un truc pareil ?

- Si tu veux le guérir, c'est ta seule solution petite chose. Moi peu m'importe en soit.

Mais à peine avait-elle dit ces mots qu'une brûlure horrible et malheureusement familière se déversa le long de ma colonne vertébrale. Je mordis aussitôt de toutes mes forces dans la branche qui craqua sinistrement alors que je redevenais humaine peu à peu, mon sang se transformant en lave et mes os étirant mes tendons à en hurler de douleur.

Pantelante alors que la souffrance refluait rapidement, les mains enfoncées dans les anfractuosités de l'écorce, je retrouvais mon corps. Nue, pour changer.

Dans le genre imprévisible et je te mets dans des situations pourries, je savais qui nommer champion. Bon sang ça faisait un mal de chien !

Je me redressai lentement en position accroupie en recrachant la mousse que j'avais mordue. Mon corps se purgeait des derniers élans douloureux. Fort heureusement, c'était encore possible pour moi d'atteindre la fourche où Law était couché, et il n'avait pas encore repris connaissance.

Mais alors que j'étudiai le meilleur moyen d'y parvenir, la branche émit un nouveau craquement qui résonna sinistrement à l'endroit de ma morsure.

Ohooo.

En un éclair, je pris appuis sur le bois qui déjà ployait sous mon poids et d'un coup de pied, me propulsai vers la première liane suspendue non loin de moi. La branche bascula dans le vide alors que je crochetai in-extremis la liane. Je verrouillai solidement mes doigts autour, laissant derrière moi mon perchoir… choir vers le sol, avec une monstrueuse marque de morsure comme preuve d'un nouveau cauchemar hantant cette maudite forêt.

Les sourcils froncés, je regardais le long morceau de bois se briser en deux en percutant une autre branche avant de disparaitre de ma vue. Un indice des plus probant s'il en était pour guider notre poursuivant, pour l'instant invisible heureusement. Parce qu'avec une adepte de la nudité suspendue à une liane et un capitaine délirant, il s'en serait donné à cœur joie le bougre.

Revenant à mon problème principal, je forçai sur mes bras et me hissai peu à peu jusqu'à ce que je me retrouve au niveau d'une ramification juste au-dessus de Law. Me balançant souplement, je saisi les premières branches pour parvenir jusqu'à la partie plus épaisse du bois.

Bon, songeai-je une fois accroupie près du tronc, une main refermée sur l'écorce rugueuse. Je fais quoi maintenant ?

Il fallait que je lui fasse boire mon sang sans qu'il ne m'envoie valser dans le vide. Surtout que cette fois ce serait un allé simple, si vous voyez ce que je veux dire. Avisant le couteau que Thib avait utilisé contre le rookie, je me glissais sans bruit le long du tronc et atterris silencieusement juste à côté.

Refermant mes doigts dessus, mes cheveux battant mon visage sous la brise, je me risquais à appeler.

- Law ?

Allongé sur le flanc, dos à moi, je ne voyais que ses puissantes épaules tatouées et le rythme irrégulier de sa respiration dans son flanc. Aucun frémissement ne l'agita.

RAS jusqu'ici.

Tendant une jambe, puis l'autre, je m'approchai à croupeton, aussi près du sol que possible. Posant ma main gauche avec délicatesse sur son épaule droite, je me penchai tout doucement vers son visage.

Sourcils froncés, mâchoires serrées, Law semblait en proie à des démons internes et ses mains se serraient et se desserraient de manière convulsive contre son ventre et dans la mousse épaisse. Je le tirai alors vers moi et il roula sur le dos dans un gémissement rauque. Son visage pivota de droite et de gauche, tourmenté alors que sa bouche s'ouvrait pour ce qui ressemblait à un cri silencieux.

Choquée de le voir dans un tel état de faiblesse, je ne perdis pas plus de temps et saisis fermement le manche du couteau dans ma main droite. La lame mordit dans mon poignet gauche un bref instant et le sang commença à couler le long de mon bras. Je redressai le visage de Law de ma main droite, glissant sa tête contre mon épaule et lui saisis la mâchoire fermement, glissant un doigt entre ses lèvres et ses dents.

Puis je plaçai mon poignet au-dessus de son visage et laissai le sang s'écouler dans sa bouche déshydratée. Les premières gouttes le firent tiquer et plisser le museau. Sa langue vint chercher par réflexe ce liquide qui coulait sur ses lèvres et il chercha soudain à tourner la tête et échapper à ma prise sur sa mâchoire. Enfonçant mes doigts un peu plus dans les muscles de son visage, je le forçai à ouvrir la bouche et inclinai mon bras pour que mon sang se déverse totalement dans sa gorge.

S'étranglant, Law toussa et se débattit soudain dans son sommeil, appuyant désespérément sur ses talons malgré ses blessures pour glisser hors de ma portée, mais je le maintins fermement en place en enroulant mes jambes autour des siennes, et il n'eut d'autre choix que de hoqueter et déglutir alors que davantage de sang coulait dans sa bouche.

Je n'avais aucune idée de si je faisais le bon choix, quelle quantité il pouvait avoir besoin, et si les effets seraient rapides, si effets il y avait. Je me mordais un peu plus les joues à chaque gorgée que je lui faisais avaler de force mais poursuivis néanmoins jusqu'à ce que le sang se tarisse à la plaie.

Puis je le relâchai, laissant son corps retomber dans la mousse, toussant et haletant, toujours inconscient pour le meilleur comme pour le pire.

Dieu que je n'aimais pas ça ! L'alpha veillait sur la meute, et pas l'inverse. Mon instinct animal me poussait à la peur et je devais prendre de brusques et profondes inspirations pour rester calme, la main serrée sur mon poignet gauche auparavant léché pour endiguer les dernières gouttes de sang. Sang qui recouvrait la bouche, le menton et la gorge de Law de longues peintures écarlates.

Et j'étais toujours nue avec ça. Non que cela me dérange, mais ce corps était fragile... De plus, je commençais à avoir suffisamment faim pour avoir de légers vertiges, surtout après la perte de sang.

Mais il y avait plus urgent. Je repris la boule de tissu et en prélevait deux bandes en les déchirants, puis je choisis deux branches suffisamment droites. Je bricolais alors une attelle de fortune autour de la jambe de mon alpha.

Une fois l'attelle finie, je saisis délicatement Law sous les bras et le trainai pour l'adosser contre le large tronc. Une main sur l'écorce, je levai les yeux vers la cime, songeuse. Si je parvenais à escalader jusqu'en haut, je devrais pouvoir trouver le moyen de nous orienter.

J'hésitai. Manquerait plus que Law se réveille et se fasse la malle pendant mon expédition dans les hauteurs. Même s'il ne pouvait pas aller bien loin, certes. Je résistai à l'envie très tentante de l'attacher. S'il ne réalisait pas qui j'étais au retour, expliquer à un mâle blessé que : vous l'avez attaché, à moitié nu, à un arbre pour lui éviter de se casser la gueule trente mètres plus bas parce qu'il a perdu la raison à cause d'une chèvre armée d'un couteau ne semblait pas très pertinent.

Finalement je décidai de prendre le risque. Je commençai à m'élever rapidement dans les branches à la force des bras. Le corps immobile de Law disparut bientôt entre les ramifications de l'arbre.

Arrivée presque en haut quinze minutes plus tard, j'étais essoufflée et couverte de brindilles. Prenant quelques instants, je pris une longue inspiration, puis traversai la barrière de feuillage secouée par le vent qui masquait ma vue de l'horizon.

D'abord éblouie, j'assurai ma prise dans les branches plus souples et lançai un regard à la ronde, les yeux plissés.

L'arbre n'était pas un roi des cimes comme ceux que je pouvais voir dominer toute la forêt par leur improbable stature, mais il me permit de voir les contours de l'île, déchiquetés en hautes falaises et surplombés par l'épaisse forêt vierge.

J'eus tôt fait de repérer la petite ville sur la côte, un peu sur ma gauche vers… l'Est. Et ô joie, je distinguai un peu plus long, dans un trou de la végétation, un morceau de la proue du Moby Dick ! Ça, ça n'aurait pas été avec notre petit sous-marin que je m'en serais sortie ! J'envoyai une prière silencieuse au gorille et à son affection pour l'ostentatoire.

Notant soigneusement la direction, je redescendis en quatrième vitesse, bénissant pour une rare fois mes années dans la jungle pour m'avoir appris à grimper.

Au fur et à mesure de ma descente, j'accélérais insensiblement le rythme, prenant de plus ne plus de risques en me balançant d'une branche vers une autre et pirouettant dans les feuilles, ne restant sur le même appui qu'un bref instant. Plus j'avançais, plus mon empressement augmentait. Un pressentiment me hantait et m'exhortait à accélérer.

Enfin, je me laissai tomber sur la fourche face au tronc, le cœur tambourinant mes côtes mais rassurée sur au moins un point. Un sentiment qui se dissipa plus vite qu'un éclat d'intelligence dans le regard de Kidd quand je remarquais un détail. Où plutôt, je remarquais l'absence d'un détail.

L'odeur de Law.

Mon cœur fit une embardée alors qu'une sueur froide recouvrait ma peau. Je pivotais sur moi-même, parcourant frénétiquement des yeux la fourche et les ramures alentour. Bon sang, mais quelle buse j'avais été de le laisser dans cet état !

Me précipitant, je me jetai à genoux sur le rebord du bois et me penchai vers le sol, la panique commençant à surgir pour de bon. Je ne vis aucun corps, mais cela ne signifiait rien pour peu qu'un animal l'ai emporté ! La Bête avait dit que le poison lui ferait perdre la raison, mais jusqu'à quel point ?

« Au point de te jeter toi dans le vide… » susurra une petite voix intérieure, que je m'empressai de faire taire. Tachant de contenir le tremblement de mes mains et le soudain vertige qui m'envahissait face à la fatigue, le stress et la faim, je reniflai le bois rugueux.

Rien par ici… Ah là. L'odeur de Law ! Et aussi de…

J'eus un hoquet et plaquai ma main sur ma bouche, des images horribles de ce qui pourrait ou s'était déjà passé défilant devant mes yeux.

Mixée à celle de Law sur l'avant de la fourche, l'odeur de Thib. Il les avait trouvé.

Je saisis mes mèches de cheveux à pleines mains, tirant dessus, et tournai en rond sur la souche, affolée comme un écureuil face au loup. Et comment j'allais bien pouvoir faire à présent pour le récupérer ? Est-ce qu'il était même encore vivant ! Pas une seule fois je n'avais envisagé cette possibilité au cours de l'année et demie passés ensemble. Je n'étais pas un alpha, je n'avais jamais eu à veiller sur un être autre que Kidd et n'avais aucune idée de la stratégie à établir dans ma situation.

Mais surtout, envisager d'un coup la mort de Law était comme une lame chauffée à blanc qui venait ouvrir une plaie béante dans ma poitrine, et je sentais presque sous mes pieds le sol se dérober, avalé par un immense gouffre noir, prêt à m'engloutir à mon tour. Ma respiration se fit de plus en plus courte et l'air ne semblait plus atteindre ma poitrine.

M'adossant contre le tronc, les ongles plantés dans mes paumes pour tenter de me ressaisir, je m'efforçai de lutter contre un début d'hyperventilation.

Je rassemblai autant que possible mon courage vacillant qui vint désespérément se briser contre le mur de panique qui barrait mon esprit, agité par mille images ensanglantées. Je frappai mon crâne de mes poings fermés, sentant malgré mes efforts un sanglot remonter inexorablement le long de ma gorge. Ne cède pas à la panique ! Surtout ne cède pas !

Reste calme.

Soudain, la présence froide et puissante de la Bête m'enveloppa, inonda mon corps paralysé de son aura, pulsant avec force en moi d'une manière totalement différente de d'habitude.

Mais qu'est ce que…. !

Sous ma peau, sans affecter mon apparence, le corps félin de la Bête remua. Eberluée, je sentis, très lentement, ses puissantes pattes se superposer à mes membres.

Ses coussinets prirent appui dans mes pieds. Ses pattes avant s'emboitèrent dans mes mains. Je sentis son large dos épouser chacun de mes muscles, déclenchant des sensations qui se répercutèrent dans tout mon être. Sa force se déversait dans mes jambes en un flot libérateur, détendait mes bras.

Mes poings serrés s'ouvrirent d'eux-mêmes, mes doigts ployèrent pour former des serres acérées. Peu à peu, sa présence monta le long de mes épaules, ouvrant mes poumons dans une goulée d'air salvatrice. Continuant, elle pulsa avec force dans mon cou qui se tendit vers la cime des arbres. Son esprit remonta le long de mon visage, ses yeux écarlates s'axèrent sur mes yeux fermés, son large museau se superposant à mon visage sans que mon corps n'en soit modifié. Elle griffa ma peur et émit un rugissement tonitruant qui résonna dans tout mon corps comme si j'avais plongé dans une eau pire que glaciale.

Je sentis ses oreilles plaquées avec colère de chaque côté de mon crâne comme si elles y étaient vraiment, sentis sa force couler en moi en un flot de puissance ininterrompu, sentis la fourrure pâle se hérisser sur mon échine, et sa queue danser le long de mon dos. Je roulai doucement des épaules, me délectant de cette sensation de puissance. La panique m'avait totalement quitté, j'avais désormais la tête claire et une assurance qui grandissait à chaque instant.

Pour la première fois, unies dans un même objectif.

Mes lèvres se retroussèrent sur mes dents en un très large sourire où l'ombre de la Mort planait. Nous ouvrîmes les yeux. Levâmes lentement la main droite. Le poing se serra avec détermination devant nos yeux.

Je quittai l'appui du tronc et la Bête gronda sourdement de satisfaction. Ses membres s'emboitèrent aux miens dans un même mouvement avec un frisson de plaisir, les canines mises à nue accrochant la lumière du soleil matinal.

Je redressai le menton en défi, gagnée par l'excitation malsaine de la Bête.

- Prépare-toi pour la partie de chasse la plus dangereuse de ta vie Thib.

A suivre

Vous avez aimez? Donnez moi vos impressions, je fonce écrire la suite! Merci d'avoir lu et de me suivre!