Heya! Merci à Luka Chinohana et ladyClau pour vos reviews! Vous m'avez fait tellement plaisir, et c'est super de vous avoir depuis tout ce temps avec moi!

Place au chapitre!

You win, or you die

(Ou comme quoi, le feu ça brûle.)

Bondissant à travers les branches les plus basses, je saisis du bout des doigts les ramifications du tronc suivant, arquant mon corps et me propulsant sans un temps d'arrêt vers le prochain appui. La présence de la Bête pulsait toujours en moi, plus froide et mortelle que jamais. Je pistai Thib et Law dans les hauteurs, la force de ma nouvelle partenaire me permettant de maintenir un rythme élevé sans causer les dégâts que la forme féline aurait engendré. L'odeur de Law flottant dans l'air, presque imperceptible pour d'autres, me guidait plus sûrement qu'un feu dans la nuit.

- Il a peut-être anticipé ce détail dans sa course. Prudence. Et ton petit capitaine n'aura pas encore été purgé du poison, même s'il peut avoir quelques moments de conscience.

Malgré le qualificatif « petit », je sentis une once de respect pour l'adversaire qui l'avait tenu plus longtemps que quiconque en échec, qu'elle ne put complètement cacher dans notre état de liaison actuel. Cet avantage était contrebalancé par des pulsions et envies tachées de sang et d'os brisés qui envahissaient allègrement mon esprit.

Sympa ses weekends.

Je répondis d'un grognement mental et accélérai un peu la cadence. Je commençais à contrôler cette force incroyable et mon esprit se mélangeait davantage avec la Bête, confondant nos volontés pour mieux unir nos gestes.

L'odeur se fit d'un seul coup plus intense, et je parvins finalement à capter l'odeur de Thib, très diffuse sous celle de Law. Ils avaient parcouru cette distance sur le sol, le bouc ne pouvant pas facilement se déplacer dans les arbres avec son poids mort. Ce détail m'avait, nous avait, permis de les rattraper.

J'atterri souplement sur une épaisse fourche, l'écorce mordant dans la chair tendre de mes pieds. Je me dissimulai aussitôt derrière la végétation d'un vert tendre qui s'épanouissait sur les branches. Une clairière plate à l'herbe desséchée par le soleil s'étendait devant mes yeux, avec un petit lac, ou une très grande mare vers le centre. Et derrière la très grande mare … Un pic d'adrénaline m'envahit.

Law était étendu sur le ventre, devant l'eau qui scintillait dans le soleil matinal. Ses puissantes cuisses à moitié dénudées laissaient apparaître des traces de griffures et des bleus, et son dos se soulevait à peine sous une très légère respiration. Ses tatouages tourbillonnant sur la peau bronzée de ses épaules suffirent à me faire monter l'eau à la bouche alors qu'une bouffée de désir totalement déplacée m'envahissait. La Bête répondait à ses envies sur le champ, et cela semblait valoir pour moi aussi désormais !

- Tu peux pas te contrôler ? Tu crois que c'est le moment là ? On dirait un chat en chaleur !

- Ffffhfff. Tu sais que chacune de tes réactions ne proviennent que de toi ? Tu ne fais que ressentir ce que cela fait quand tu peux réaliser tes désirs dans l'instant.

- . Ah. Ok.

Au temps pour moi, c'était moi la dépravée.

- Ouaiiis, bref. Tu as une idée ?

- C'est un piège c'est évident.

La remarque fut suivie d'un reniflement méprisant, comme si un piège aussi grossier, quand bien même elle tomberait dedans, suffirait à l'arrêter.

- Ça se voit tant que ça ?

- Utilise ce que tu as entre les oreilles de temps en temps ! Je résume pour ta cervelle de cafard. De un, tu as un caprin psychopathe armé d'une boite contenant une aiguille-…

- Comment tu sais ça ?

- Contenant une aiguille, continua-t-elle en ignorant la question. De deux, un capitaine rendu fou par le poison, blessé et sans armes, perdu au milieu de la jungle avec une femelle nue comme un ver le coursant dans les arbres. Que crois-tu qu'il ait fait ?

Je me creusai la cervelle.

- Heuuu... Iiiiil lui aaa… donné l'aiguille ?

Face à ma lenteur de réflexion, la Bête souffla par la truffe, irritée, ce qui agita les feuilles devant notre museau invisible.

- Tu n'aurais jamais atteint cet âge sans moi.

J'allai répondre vertement face à son ton arrogant dégoulinant de mépris, mais elle poursuivit, me coupant court.

- Donc nous nous retrouvons avec un alpha armé du pire objet qu'on puisse utiliser contre nous. Et qui n'hésitera pas à nous blesser, contrairement à nous. Tu suis ? Et encore, je t'ai épargné les suppositions sur ce que Thib fait de son temps actuellement.

Je contemplai la petite clairière, tel un écrin cerné de verdure avec le trésor en son centre. Un trésor au mélange détonnant.

- Et merde ! On fait quoi avec ce piège ?

- On s'y précipite.

… Ah oui. Je dois dire que je ne m'attendais pas à ça après cette démonstration d'analyse.

- C'est pas très évolué ça comme idée.

- Que crois-tu que Thib ait prévu que tu fasses ?

- J'aurais couru vers Law et l'aurais appelé.

- Si je suggère qu'on l'assomme à grands coup de pierre de notre poste pour être sûr qu'il reste tranquille comme un bon petit chien, tu vas hurler. Mais il faut faire sortir Thib de son trou sans se mettre à découvert. Donc…

Sans finir sa phrase, la Bête prit les choses entre ses m… pattes. Mon corps bougea de lui-même, dans une sensation peu agréable de manque de contrôle, et se laissa glisser en silence vers le sol. Nous atterrîmes souplement dans l'herbe épaisse. La Bête releva un instant le nez, vérifiant d'où venait le vent.

Alors que nous nous mettions en route vers la droite, je m'autorisai finalement un léger frisson.

- J'ai horreur des aiguilles.

oOo

La Bête avait longé la clairière silencieusement, dissimulée dans les hautes herbes, pour se retrouver dans le dos du capitaine brun qui n'avait pas bougé d'un pouce. Son immobilité me rendait extrêmement nerveuse, et seule la présence de la Bête m'empêchait de bondir vers lui.

Avec beaucoup de soin, la créature avait humé ce qu'il m'avait semblé comme chaque petit brin d'herbe pour s'assurer que Thib n'était pas passé par là. Au bout d'un moment, je me risquai à demander :

- Et c'est quoi le plan exactement ?

- ..

- Hey... Ho. Hey !

- Ça va j'ai entendu ! Sais-tu allumer un feu ?

- Hein ? Oui, évidemment, tu le sais très bien, tu m'as pourrie la vie assez longtemps pour ça !

- Alors j'espère que tu aimes les paris.

Non mais elle avait fumé la moquette ? Ou alors l'herbe de cette forêt était plus forte que prévu. C'était quoi cette conversation sans queue ni tête ? La Bête renâcla, ses oreilles invisibles plaquées avec irritation dans mes cheveux.

- Le pari est simple. L'aiguille contient un liquide extrêmement rare et précieux. Quand tu as écrasé la chèvre sous ton poids, ce que tu as senti était la boîte la protégeant. Et elle ne s'est même pas brisée sous le choc. Ce qui me laisse penser que cette aiguille est la seule que Thib ait en sa possession actuellement.

- Mais c'est hyper risqué alors de la filer à Law !

- Notre proie aime les paris ! De plus, il fait face à un adversaire plus puissant que lui… Il est temps de voir lequel de nous est le plus joueur.

oOo

Thib, ayant repris sa forme humaine pour se percher dans un arbre, était plutôt fier de la tournure des évènements. Aylan ne pourrait pas résister et courrait après son alpha. Elle n'aurait pas d'autre choix que de s'aventurer en terrain découvert pour récupérer le Chirurgien de la Mort… et elle serait alors de nouveau la possession de son maître.

Lorsqu'il il était tant bien que mal parvenu à hauteur de la fourche qu'Aylan avait si imprudemment quittée, il avait administré une toute petite dose de poison supplémentaire au rookie, à l'aide d'une fléchette.

Mais à la seconde où il avait mis le pied sur le bois couvert de mousse, le corps allongé de Trafalgar Law s'était tendu et ses yeux gris orage s'étaient ouverts en grand. Le trouble avait envahi le regard du capitaine pirate quand il avait croisé le regard du nouveau venu. Alors qu'il dévisageait l'homme avec suspicion, un court moment, Thib pensa que ça allait être facile. Mais l'instinct de combat reprit le dessus quand Thib, après s'être approché, referma sa main sur son poignet. La jambe encore intacte de Law avait fusée et Thib n'avait pu éviter le genou qui percuta son plexus solaire.

Le capitaine des Hearts s'était débattu furieusement, ses blessures pourtant graves le ralentissant à peine. Thib se fichait de le blesser davantage, mais il ne voulait surtout pas attirer l'attention de la cinglée perchée sur la cime, plusieurs dizaines de mètres plus haut. Il fallut donc qu'il combatte le plus silencieusement possible, tandis que Law avait carte blanche pour le vacarme.

Finalement Thib était parvenu à le plaquer sur le sol après quelques minutes de lutte. Mais Law avait, d'une torsion, libéré une de ses mains qui avait fusé pour se plaquer sur la poitrine du blond. Seule la longue habitude à résister à la douleur du guitariste lui avait permis d'encaisser le Counter Shock du chirurgien, les dents serrées. Par chance, ce geste avait épuisé les dernières forces du rookie, dont la main était alors retombée faiblement dans la mousse.

Thib frotta douloureusement sa poitrine à ce souvenir, un aiguillon de souffrance se faisant encore ressentir par instant.

Le trajet jusqu'à la clairière avait été plus calme, le poison le faisant délirer.

Ensuite, il lui avait suffi de le coucher sur le sol en glissant la seringue dans sa main droite – un docteur vise toujours la gorge, il en savait quelque chose – et de partir se dissimuler à l'opposer vers la gauche.

C'était risqué. Mais il n'avait pas d'autre choix, ses options s'amenuisaient d'heure en heure, le temps lui manqait et une angoisse oppressante grandissait dans sa poitrine face au temps perdu. Il risquait d'être puni pour son retard, et la simple idée lui donnait envie de vomir et lui collait des sueurs froides.

Aussi, après quelques dizaines de minutes d'attente, il commença à se demander si Aylan avait bien été capable de suivre leur piste. Il s'était aspergé d'un produit spécial effaçant son odeur, mais l'odeur de l'alpha aurait dû être suffisante pour elle. Il s'agita sur sa branche, réfléchissant à ce qui pouvait bien se passer du côté de sa proie.

Cependant, quand un léger nuage de fumée commença de s'élever en face de lui, il ne s'y attendait, mais alors pas du tout. Le feu, déclenché à l'orée de la clairière, embrasa bien vite les premières herbes sèches, attisé par un doux vent du Sud-Ouest. En quelques secondes il se jeta en avant et dévora les premiers mètres de la clairière en crépitant joyeusement.

Le blond, refusant au premier abord de croire ce qu'il voyait, se ressaisit et jura dans toutes les langues qu'il connaissait. Il quitta son perchoir et dégringola du tronc à toute vitesse. Non mais elle était folle ! Elle prenait le risque de brûler son alpha vivant !

Non, Aylan ne ferait jamais ça. La Bête en revanche… mais comment avaient-elles pu s'entendre sur ce sujet ?

Thib se réceptionna lourdement sur le sol. Changeant en même temps son apparence, il bondit de toute la puissance de ses jambes vers le capitaine étendu sur le sol, inconscient. Le feu rugit, se répandant sur les bords de la clairière et une épaisse fumée s'éleva en spirales. Piétinant les herbes folles, le blond sentait déjà la main glacée de la torture de son maître se refermer sur son cœur. Non, il ne pouvait pas échouer, pas si près du but !

Mais alors que Thib, sentant déjà la vague de chaleur intense du feu sur sa peau, tendait la main vers l'aiguille, une forme vint le percuter de plein fouet dans l'estomac et l'envoya brutalement rouler quelques mètres plus loin. Il n'eut que le temps d'apercevoir un corps nu et des cheveux dont les pointes avaient noirci dans les flammes. Elle avait sauté à travers le brasier jusqu'à lui… c'était impossible sous cette forme !

Cependant, emportée par son élan inhumain, elle avait roulé avec lui et atterri dans une éclaboussure dans un pan peu profond de la mare. Mais il se relevait à peine qu'elle était déjà debout. Des gouttes d'eau dévalant sa peau nue et accrochant les rayons du soleil, elle se jeta sur lui.

POV Aylan :

Vite. Le prendre de vitesse, c'était le seul moyen de conserver une chance de tirer Law des flammes à temps. Vite.

Quand la Bête avait expliqué son plan, j'avais hurlé, tempêté et refusé aussi sec. Mais sa colère avait bouillonné dans mon corps si soudainement que mes genoux avaient cédé, et un second rugissement avait résonné dans mes membres, me réduisant au silence. Furieuse, la Bête avait menacé de me laisser me débrouiller. Son pacte : sa force – et son intelligence avait-elle précisé- contre mon feu. Apparemment j'y gagnais largement. J'avais comme un doute sur la question, mais je n'avais pas vraiment tant le choix que ça.

Avec l'impression de signer l'arrêt de mort de mon alpha, j'avais finalement obtempéré, incapable de trouver une meilleure solution.

Désormais, notre seule chance était de le blesser, ou de lui échapper encore, avant qu'il ne comprenne d'où venait cette puissance. Thib semblait complètement prit de court et son regard était en train de passer de Law à moi. La Bête s'était retirée de ma volonté pour éviter d'éventuels états d'âmes ancestraux imbéciles pour la biquette, et si je conservais sa force, je devais reconnaître que sa ruse me faisait défaut.

En quelques foulées je fus sur lui et le rouai de coup de poings et de pieds, ne le laissant pas reculer assez pour réagir. J'envoyais un merci mental à Bepo et ses cours d'arts martiaux qui se révélaient cette fois très utiles. Thib encaissait et parait quand il le pouvait, et des grognements qui tournaient aux bêlements lui échappaient parfois.

Très utiles mais pas suffisant.

Je parvins à assener un violent coup du tranchant de ma main sur son poignet gauche et sentit l'os céder alors qu'un nouveau grognement de douleur échappait à Thib.

Mais j'eus à peine le temps de m'en réjouir qu'une main se refermait sur ma cheville droite - qui venait de manquer son flanc gauche- dans un étau de fer et je me sentis tirée brusquement vers lui. Aveuglée un instant de trop par mes cheveux et mon déséquilibre, je ne pus réagir à temps et je sentis une main se refermer sur ma gorge, me soulevant du sol comme si je ne pesais rien. M'étranglant dans une bouffée d'air trop courte, je saisis à pleines mains le bras de Thib et le griffai de toute mes forces, faisant couler son sang tandis que ses doigts s'enfonçaient davantage dans ma peau. Rassemblant mes pieds ensemble, je les lui envoyai dans le torse, mais il anticipa et esquiva le coup en se mettant complètement de profil. Ce mouvement suffit à me faire voir des points noirs partout et je suffoquai.

Un puissant coup de poing dans les côtes me fit cesser mes vaines tentatives et je crus sentir un os se déplacer. Je me recroquevillai sous la douleur fulgurante, un cri s'échappant de mes lèvres, qui emporta mes dernières réserves d'oxygène.

Les doigts autour de ma gorge se desserrèrent finalement juste assez pour me permettre de prendre une goulée d'air aussi délicieuse que douloureuse, et je toussai, mes pieds se balançant dans le vide.

Mon regard rencontra les yeux bleus du guitariste. Un sourire mauvais tordait ses lèvres fines.

- Enfin, tu vas retourner à la place qui est la tienne.

Sans perdre plus de temps, il se tourna vers le corps inanimé de Law et marcha vers sa main droite, moi toujours suspendue à son bras droit. Ecarquillant les yeux, je recommençai à me débattre brutalement, battant des pieds pour essayer de l'atteindre, voyant également le feu dangereusement proche.

Mais ma lutte fut balayée par la réaction de la Bête, à laquelle je ne m'attendais pas du tout, quand Thib fut plus proche de Law. Sa panique et sa haine se déversèrent dans mon corps comme un ouragan en un refus de ce qui allait se passer, et m'ébranlèrent jusqu'aux os.

Ma vision se teinta d'un voile rouge et la douleur dans mes côtes s'atténua sous le coup de sa colère. Ma bouche déshydratée s'ouvrit d'elle-même. Un rugissement de tigre déchira ma gorge dans un éclat de douleur, vint frapper Thib qui tituba sous sa puissance et résonna avec force dans la forêt. Des vols de centaines d'oiseaux quittèrent dans un vacarme la canopée en criant de frayeur, et s'évadèrent dans le ciel.

Sonné, Thib relâcha la pression sur ma gorge et je saisis alors plus fermement son avant-bras, ignorant résolument les vrilles de douleur dans mes tympans et ma gorge.

Utilisant la raideur du bras qui me tenait, je fis valser mes hanches vers le haut. Ecartant l'éclair de souffrance qui déchira mes flancs, je remontai d'une torsion des abdominaux mon pied qui partit percuter du talon la mâchoire du traître à toute volée.

Ayant sacrifié mes appuis pour attaquer, je retombai sur le flanc dans les herbes sèches et fauchai dans un même mouvement les jambes fourchues vacillantes qui se tenaient devant moi. Sans même vérifier l'état du bouc, je bondis sur mes pieds et fis demi-tour aussi sec alors qu'un bruit mat résonnait, m'apprenant sa chute,

Law. Law. Law. Vite.

Son nom résonnait dans ma tête comme un mantra et sans l'appui de la Bête, j'étais incapable de le laisser plus longtemps à la merci des flammes qui n'étaient plus qu'à deux mètres de lui.

Saisissant le corps toujours inanimé sous les épaules, j'utilisais la force de la Bête pour nous propulser tous les deux d'un long saut dans le lac. Alors que l'eau froide me saisissait et tétanisait un instant mes membres, je priai pour que le choc soit suffisant pour tirer mon alpha de son état comateux.

L'eau froide sembla exercer une pression très désagréable sur mon crâne, et je relâchai la goulée d'air que je retenais jusque-là dans un nuage de bulles. Je découvris avec soulagement que j'avais encore pied en sentant la boue se soulever sous moi. L'instant d'après, nous crevions la surface glacée de l'eau translucide.

Frigorifiée, le flanc droit pulsant douloureusement, je m'ébrouai. Chassant mes cheveux trempés de mes yeux, je tirai le corps flottant de Law contre moi et fis quelques pas instables dans l'eau. Mon saut nous avait mené sur un flanc triangulaire du large pan d'eau, et le feu poussé par le vent dévorait le côté opposé, à moins d'une dizaine de mètres sur ma droite.

Je relevai enfin la tête vers mon environnement immédiat, et me figeai soudainement, une main encore dans mes mèches blanches. J'étais dans l'eau jusqu'au ventre, soutenant d'une main l'épaule de Law pour lui garder la tête hors de l'eau. Et en face, Thib se dressait. Bien droit, ses pieds fourchus juste devant les remous qui venaient se briser sur le rivage en un doux clapot. Il ne nous quittait pas des yeux.

Il n'avait pas cette fois les énormes cornes qui avaient percé son front la nuit précédente, et son regard était encore humain. Un frisson me secoua, et je plissai les yeux avec dégoût.

Mon cerveau, encore sous le choc de l'eau glacée, se mit en branle péniblement. Le temps semblait comme figé pour un très court instant, et tout mon corps était tendu à l'extrême dans l'attente. La peur refit surface, acculée comme je l'étais. Mais alors que je réfléchissais rapidement à une solution, des mains venues de nulle part vinrent d'un coup saisir mes poignets dans un étau impitoyable, et je failli bondir en glapissant. Ils tordirent brutalement mes bras dans mon dos avant que je n'aie le temps de réagir, m'arrachant un cri rauque de douleur.

Mes épaules basculèrent vers l'arrière sous une ferme secousse, et percutèrent un torse musclé tout aussi trempé que moi. Je sentis la présence de la Bête affluer en moi immédiatement alors que je relevai des yeux éberlués, me tordant le cou.

Je hoquetai :

- Law ?!

Ou du moins, j'essayai de le dire. Aucun son ne sortit de ma bouche ouverte. Mes cordes vocales brûlaient encore du rugissement de dément que j'avais poussé, et refusaient d'émettre le moindre son cohérent. Je refermai misérablement ma bouche, muette comme une carpe et ayant vraiment les jetons. Mais genre : vraiment.

Les mâchoires de mon compagnon étaient serrées et ses yeux où d'infimes gouttes d'eau perlaient de ses longs cils noirs étaient voilés par la colère et le doute. Il baissa le regard vers moi, et je ne me reconnus pas dans ses yeux glacés.

Il me maintint pendant ce qui me sembla une éternité sous l'acier de son regard. Une goutte translucide quitta la pointe de ses mèches sombres et vint s'écraser sur ma joue.

Sa prise, une main sur mes poignets, se resserra finalement et je gémis en moi-même, ma voix n'émettant qu'un couinement étranglé. Oh. Merde.

Tout cela était très mal parti, mais si j'avais pensé que la situation ne pouvait pas être pire, je me trompai lourdement. Quittant difficilement les yeux orageux de mon alpha, mon regard descendit vers sa main libre. Où reposait une longue seringue remplit d'un liquide vif-argent. Dans mon corps, la Bête rua à toute volée.

- Sors-toi de là ! Sors-toi de là où je me charge de l'achever sur le champ ! Rugit-t-elle de sa voix malgré tout sensuelle.

Mon sang se glaça à ces mots et je plongeai en moi-même, resserrant mon emprise sur son contrôle alors qu'elle se débattait de plus en plus agressivement.

- Non mais ça va pas ! Je t'interdis de toucher à Law espèce de sale chat galeux !

- Je ne retournerais pas là-bas, pas là-bas ! Ne fais rien, et je lui arrache le cœur dans la seconde ! Gronda-t-elle dans ma tête.

- Si tu le blesses c'est moi qui nous arracherai le cœur tu entends ? Et tu sais que je le ferai !

La menace sembla la faire hésiter un instant, et j'en profitai pour me reconcentrer sur mon environnement.

- … comme ça que tu as atterri dans cette forêt. Terminai Thib.

Merde ! J'avais zappé un truc important ou deux semblait-il. Je me mordis la joue, le corps parcouru de frissons tant dus au froid qu'au stress.

- Mm. Et cette aiguille ?

Il eut un léger geste du poignet tenant ledit objet, et je crus littéralement avoir le cœur au bord des lèvres face au pic de panique de la Bête. Mes genoux menacèrent de céder et seul une brève et sèche secousse de Law me ramena sur mes pieds.

- Tu dis qu'elle voulait m'injecter plus de poison et que c'est pour ça que j'ignore pourquoi on se trouve trempé dans une clairière à moitié en feu ?

La voix grave de Law me fit tressaillir autant que ses mots et je me débattis, donnant un violent coup de coude que Law esquiva aisément. Sa main remonta impitoyablement mes bras vers le haut en représailles, et mes articulations hurlèrent de protestation, mes épaules tordues me forçant à me pencher vers l'avant. Mais aucun son ne sortait de ma bouche ouverte, à peine un raclement pathétique, et je paniquai à l'idée que Law songe à en tester les effets sur moi pour vérifier l'explication de Thib. Je restai alors immobile, penchée sur l'eau qu'effleurait la pointe de mes cheveux, dans l'attente de la décision de mon alpha sur mon sort.

Dans l'ombre de mon esprit, la Bête hérissait méthodiquement chacun de ses poils, rassemblant sa volonté pour m'arracher le contrôle au moindre mouvement de l'aiguille près de mon épaule.

Pas le moins du monde gêné par mes efforts pour me dégager, Law baissa des yeux suspicieux et colériques sur moi une deuxième fois, balayant mon visage, puis mon corps nu. Je lui lançai un regard suppliant, le cou tordu pour le dévisager. Des larmes commençaient à humidifier mes paupières sans pour autant déborder et je me mordis les joues pour contenir le mélange de peur et de désespoir qui faisait marteler mon cœur contre mes côtes.

Contre mes mains, appuyées sur son ventre, je sentais un liquide chaud couler. Sa blessure à l'abdomen saignait de nouveau, mais légèrement.

- Donc cette aiguille lui appartient. Tu permets que je vérifie cette théorie ? Reprit Law d'une voix posée.

Mon cœur rata un battement. Non, tout mais pas ça !

Mais au même moment, je vis le coin de sa bouche se redresser lentement, dessinant un léger… sourire en coin. J'écarquillai les yeux à cette scène, puis me ruai aussitôt dans mon moi interne alors qu'une brûlure familière envahissait déjà mon dos. Je hurlai intérieurement à la Bête :

- NON ATTENDS ! ATT-AAAAAAAH !

La brûlure se changea en vagues de douleur agonisante et je me jetai de toutes mes forces dans la bataille pour les repousser.

Sans attendre de réponse de la part de Thib, Law arma le bras, ignorant le brusque mouvement de méfiance de Thib… et jeta la seringue dans les airs qui atterrit droit au cœur du brasier sous le regard horrifié du blond.

Un son inarticulé lui échappa. Des cornes énormes poussèrent soudainement sur son front, s'enroulant vers le ciel en un arc menaçant. Il gagna quelques centimètres et sa musculature se développa en moins d'une seconde. Sa large forme caprine pleinement retrouvée, il bondit d'un coup vers Law en poussant un cri de rage et de désespoir. Ne s'attendant pas à une telle vitesse, Law ne put que nous précipiter tous les deux sur le côté gauche, et nous fit piquer une nouvelle tête dans l'eau glacée.

Mais je ne vis rien de tout ça, trop occupée à contenir de plus en plus faiblement les vagues de douleur alors que je sombrai dans l'eau et l'inconscience. La prise de Law sur mes poignets s'était relâchée au moment où les corps des deux hommes étaient entré en collision malgré l'esquive du capitaine.

J'entendis très nettement :

- Room. Shambles !

Puis un hurlement de souffrance retentit avant que tout ne s'assombrisse.

oOo

Je revins lentement à moi. Ma vision, piquetée de points noirs, me donna une brusque nausée et je pris une profonde inspiration. La douleur de la transformation ne faisait que refluer. J'avais dû rester inconsciente une poignée de secondes.

Rouvrant les yeux, la brume se dissipa finalement et je pus enfin y voir clair. D'énormes pattes étaient enfoncées dans l'eau jusqu'au coude, et je sentais le long de mon échine les poils hérissés et la queue fouettant l'air à la fin de mon bassin.

Mauvais début.

Je baissais les yeux. Rencontra mon reflet dans l'eau du lac. Deux yeux rouges encadrés par une fourrure d'un blanc osseux me rendirent mon regard.

Je jurai en prenant conscience de mon état de prisonnière sans le moindre contrôle. Je maudis la Bête. Ça n'était pas arrivé depuis un temps bien plus long que d'habitude ! Mais si moi j'étais dans cet état, alors…Non. Je fermai un instant les yeux, rassemblant mon courage soudain vacillant. Puis, me décidant, je relevai le regard. Je crus défaillir de soulagement quand j'aperçus Law, debout dans l'eau à quelques mètres devant moi, vivant. La seringue reposait de nouveau dans sa main droite, mais il la lâcha alors sans plus lui donner d'intérêt, et elle s'enfonça dans l'eau. Boooon... déjà un gros problème de réglé.

Mais je ne voyais Thib nulle part.

Mains ouvertes relevées en position de combat, toujours vêtu des lambeaux de son pantalon de toile beige formant plus un short qu'autre chose, Law me dévisageait avec un intérêt mélangé à la surprise. La seule expression trahissant son trouble était cette infime plissure à la commissure de ses lèvres. Merde, un instant de conscience aussi vite envolé, comme la Bête l'avait prédit.

En parlant de Bête… dans ma prison interne, je tendis le cou.

- Hey ! Te trompe pas de cible tu veux !

Seul un silence pesant me répondit et je sentis une pointe de nervosité m'envahir. L'équilibre trouvé ce matin semblait rompu, et aux abords de ma conscience, je sentais des émotions chaotiques et passionnées se bousculer. Et la principale était un puissant désir de sang.

Je me reculai face à l'intensité de son envie comme si je m'étais brûlée. Nom de dieu ! Elle semblait totalement perdue dans son désir de tuer, s'en délectant même, et je sentis ses griffes sortirent et s'enfoncer profondément dans la glaise du lac alors qu'un ronronnement de plus en plus langoureux se faisait entendre. Elle n'avait pas été dans son corps depuis si longtemps, et elle profitait de chaque seconde.

Je pouvais sentir son excitation, qu'elle maintenant sous contrôle pour mieux la libérer une fois qu'elle l'aurait suffisamment appréciée. J'émis soudain un hoquet quand mon propre désir s'enflamma en réponse au sien, et je me reculai violemment, tombant sur mes fesses dans ma précipitation à échapper à cette envie inhumaine.

Je voulais embrasser les lèvres de mon capitaine et retrouver leur douceur, planter mes dents dans son cou et voir la couleur de son sang, sentir ses os craquer entre mes mâchoires, caresser son visage et perdre mes mains dans ses cheveux, avoir le goût de son cœur sur la langue…

Je ne pus plus me retenir et vomis soudainement, le corps parcouru de soubresauts de dégoût. Crachant par terre avec horreur, les membres tremblants et couverts de sueur, je relevai un visage pâle comme la mort et hurlai de toute mes forces.

- ASSEZ ! ASSEZ ! ON N'A PAS FAIT TOUT CE CHEMIN POUR EN ARRIVER LA ! ASSEZ ! JE T'EN SUPPLIE !

Rien à part un doux esclaffement m'apprit qu'elle avait entendu, et elle se mit soudainement en marche, avançant tranquillement et souplement vers mon capitaine. Chacun de ses pas la rapprochant de sa proie soulevait un crépitement d'étincelles de plaisir dans son corps, et ses épaules musclées roulaient avec luxure sur son dos. Je ressentais tout avec une acuité exacerbée : le mouvement souple de ses articulations s'enroulant paresseusement vers l'avant, l'épaisseur confortable de ses coussinets au cuir souple quand ils s'enfonçaient dans la boue, la froideur de celle-ci, et cette sensation presque indécente de langueur quand la glaise remontait et pénétrait entre ses griffes.

Un véritable incendie envahissait mon bas-ventre, et je rampai un peu plus vers l'arrière, horrifiée au point que l'idée même de réagir n'atteignait pas encore mon cerveau. Aah, ce désir était comme du feu liquide dans mes veines et pulsait en moi avec force. Mais en parallèle, mon esprit, envahit d'images d'esquilles d'os volant dans les airs et de sang et d'organes éclaboussant le sol, se débattait avec effroi dans cet océan de folie.

Une brusque contraction des puissantes cuisses de la Bête me ramena bon gré malgré à l'instant présent et le félin se propulsa vers Law avec un grognement de bonheur contagieux, son corps se détendant souplement, répondant à la moindre de ses sollicitations dans un éclair de jouissance. Et la légère douleur dans ses côtes ne faisait qu'aiguiser la satisfaction excitée qu'elle tirait de la chasse.

Ouvrant des yeux horrifiés, je vis Law se dérober entre les griffes mortellement arquées tendues vers son torse. Se réceptionnant dans un geyser d'eau, la Bête pivota en un instant sur ses pattes. Elle se précipita en quelques courts bonds vers Law qui était réapparu dans son dos, éclaboussant les environs comme un enfant sauterait joyeusement les pieds joints dans l'eau.

Ne lui laissant aucun répit, la Bête s'amusa à le pourchasser le long des bords du lac, s'éloignant d'abord du feu grondant dans notre dos pour ensuite virevolter à la suite d'une prompte esquive de Law et repartir acculer sa proie vers le brasier, l'empêchant d'atteindre la terre ferme par des coups de pattes vicieux. On aurait dit un chat jouant avec une souris. Elle y allait doucement, Law était blessé et boitant bas sous sa jambe, mais il déployait des trésors d'agilité au vu de son état. La Bête prenait un plaisir fou à traquer cette proie facile.

Mais un petit détail semble bon à préciser. Si la Bête était loin de pouvoir être qualifiée de chat, Law n'avait absolument rien de la souris dans ce jeu. Et acculer un capitaine pirate ne se faisait pas sans risquer sa peau. Quand le tigre, l'ayant repoussé dos aux flammes qui léchaient désormais le bassin, bondit vers lui, ledit capitaine attendit le dernier moment pour se glisser agilement sous les pattes tendues, les griffes manquant la gorge mais traçant deux superficiels sillons ensanglantés sur son crâne. Dans le même temps, le capitaine des Hearts se laissa tomber dans l'eau et enfonça ses doigts profondément dans le ventre de l'animal.

- Counter Shock !

Le tigre, rugissant sous la surprise et la douleur, se retrouva propulsé cul-par-dessus-tête et envoyé bouler plusieurs mètres plus loin. Droit dans les flammes.

Glapissant sous la brusque morsure du feu, la Bête se tordit violemment la colonne vertébrale pour revenir sur ses pattes et échapper aux flammes attaquant cruellement ses coussinets et enflammant sa fourrure. D'un bond sur sa droite, elle se sauva vers l'eau.

Elle plongea tête la première dans l'eau et s'y roula pour éteindre le feu s'accrochant à son échine et ses flancs, soulevant un nuage de vapeur. Le tigre à dents de sabre rugit de colère, les délicates oreilles dégoulinantes d'eau plaquées sur sa large tête. Son excitation monta encore d'un cran, et malgré ses poils noircis, sa peau roussie et ses coussinets meurtris, son enthousiasme ne fut en rien réduit.

Law se tenait sur la berge à présent, et tentait de manœuvrer pour garder le feu entre lui et l'animal. Avec inquiétude, je remarquai son souffle cours après l'usage de son pouvoir et sa main gauche plaquée sur son abdomen, où un flot carmin dévalait doucement jusqu'à sa taille. Sa contre-attaque avait rouvert sérieusement sa blessure, qui drainait lentement mais sûrement les forces déjà entamés du capitaine pirate.

Mais alors que le félin commençait de trotter dans sa direction, accélérant en un rapide galop, un mur de flammes se dressa brusquement devant elle et la Bête freina des quatre fers en feulant de surprise et de frustration.

oOo

POV Ace :

Hiken no Ace devenait nerveux. La matinée était déjà bien avancée, et les pirates se réveillaient, la plupart avec une monstrueuse gueule de bois. Perché sur un mat du Moby Dick, il observait avec intérêt depuis un moment déjà l'agitation qui semblait contaminer tout l'équipage des Hearts sur le pont du sous-marin jaune. D'abord Trafalgar Law, ce docteur psycho, et Aylan n'étaient jamais ressorti des entrailles de la boîte de conserve canari, et pourtant ils semblaient d'une façon ou d'une autre manquer à l'appel. Ensuite, il avait observé l'ours Bepo et un homme appelé Akar se concerter sur la plage, en faisant parfois de grands gestes.

D'autres nakamas les avaient rejoints au bout d'un moment, mais aucun ne semblait apporter une solution au problème actuel, jusqu'à ce que l'un d'eux se pointe avec une guitare à la main. Et là, un grand silence était tombé.

A peine chelou et flippants ces gars.

Toujours est-il qu'un évident courant de tension et de compréhension navigua entre eux. Une autre longue conversation s'était alors engagée, interrompue par un nuage de fumée s'élevant vers l'Ouest de la forêt, qui s'était épaissi rapidement et qui avait fait se disperser les membres de l'équipage, chacun avec des ordres.

Mais Ace avait failli se casser la figure du mat quand un rugissement surpuissant avait ébranlé toute la forêt, faisant s'envoler des centaines d'oiseaux piailleurs. Alors la panique avait éclaté et après des ordres donnés sèchement. Akar était parti en courant à toute vitesse, suivi de Bepo avec le long sabre du Chirurgien de la Mort sur l'épaule. Penguin avait suivi également, laissant Sachi gérer certaines choses à l'intérieur du sous-marin avec le reste de l'équipage.

A ce stade, Ace avait décidé de se bouger le cul. Ce comportement le rendait inquiet pour sa demi-sœur, et du diable s'il allait rester derrière quand un peu d'action se profilait dans la forêt. De plus, il connaissait la faune de ces sous-bois. Aucun animal vivant ici n'était capable de produire un tel son.

Son fruit du démon lui permettant de se propulser bien plus vite, il rattrapa pour finalement dépasser les membres des Hearts courant au sol, leur criant qu'il prenait les devants. Ignorant leurs exclamations et avertissements, il accéléra la cadence.

Aussi, quand il arriva dans la clairière enflammée il ne comprit pas vraiment ce qu'il avait bien pu se passer ici. Du coin de l'œil, il aperçut le capitaine brun qui se redressait, l'eau dévalant son corps à moitié nu, du sang commençant à couler d'une plaie à l'abdomen, et une jambe ne portant que difficilement son poids. Le côté droit de son visage était également couvert de sang. Mais ce qui retint son attention fut cette énorme boule de fourrure d'un blanc malsain qui voltigea dans les airs pour atterrir au milieu des flammes dans un nouveau rugissement de rage.

Tiens donc. Le même rugissement que celui qui avait fait réagir les pirates du rookie. Mais Aylan n'était nulle part en vue, par la malepeste ! Ace songea qu'il allait falloir filer un coup de main au rookie qui lui avait fait mordre la poussière s'il voulait retrouver rapidement la jeune femme.

oOo

Je faillis hurler de soulagement quand une muraille de flammes se dressa soudain entre nous et Law. Une seule personne pouvait faire cela, et un regain d'espoir surgit quand j'aperçus la tête brune de mon demi-frère dans les arbres sur ma droite.

Plus bas, un éclat orange attira mon regard et Bepo et Akar surgirent des profondeurs de la jungle.

- YEAH ! La cavalerie est là !

Et il était temps. Du coin de l'œil, je vis Law vaciller et tomber sur un genou, le poing crispé posé au sol. Haletant, il redressa la tête, et je vis la sueur dévaler son visage pâle, se mêlant au sang coulant de ses cheveux. Entre les flammes, nos regards se croisèrent et je vis qu'enfin les derniers effets du poison le quittaient, la compréhension apparaisssant dans son regard métallique.

Voyant son état de faiblesse, la Bête cracha un profond grognement de frustration et de mépris, et tenta de contourner le feu par la droite. Elle n'avait pas encore remarqué Ace, trop concentrée sur sa proie qui lui échappait encore. Mais quand Ace envoya de son perchoir une salve de projectiles enflammés, le félin réagit au quart de tour et esquiva sans mal les poings de feu du jeune commandant. Ses bonds la firent se rapprocher du foyer ronflant et crépitant, et je sentis la vive chaleur envelopper les membres massifs.

L'animal était de plus en plus furieux. Son envie de sang et son désir d'atteindre Law supplantaient tout le reste, toute forme d'intelligence avait disparu, et j'avais de plus en plus de mal à me détacher de son esprit, nos personnalités se mêlant un petit peu plus à chaque minute.

La Bête mit de côté l'arrivée vaguement gênante des pirates pour l'instant, son esprit fixé sur un objectif : atteindre Law. Alors, prenant chacun de court, le félin se ramassa sur lui-même face au feu, ses pattes pétrissant la terre avec un frisson d'excitation. Au moment où je compris enfin, elle se propulsa en avant avec une titanesque impulsion pour bondir au-dessus du brasier. Son saut la porta suffisamment haut pour rester hors d'atteinte de la morsure des flammes dansantes, et suffisamment loin pour atteindre en un coup l'opposé du foyer… et Law, toujours pantelant, à genoux.

Je lâchai un hurlement d'horreur qui fut tout juste précédé par un autre, beaucoup plus grave et désespéré.

- LAAAAAW !

Je voyais comme au ralenti les griffes noires, aussi acérées que des serres fondre sur Law. Le capitaine écarquilla les yeux en voyant la masse blanche traverser les flammes et fuser vers lui pattes en avant. Il banda sa volonté, ses yeux ne quittaient pas cette vision de la Mort volant vers lui. Il se força à faire bouger son corps paralysé, ses muscles tremblants d'épuisement refusant de répondre. Il parvint à se redresser sur un genou peu stable, une grimace de souffrance tordant ses traits. Mais les griffes se rapprochaient bien trop vite, et quand il vit luire dans les prunelles bordeaux un plaisir sauvage, il sut qu'il n'y parviendrait pas à temps.

Alors que la compréhension de sa mort imminente envahissait brutalement son corps, le Chirurgien de la Mort se trouva un dernier sursaut d'énergie qui le porta debout au moment où l'animal arrivait sur lui.

Un long hurlement de douleur déchira la clairière.

Le feu, calmé juste après le saut insensé de la Bête par Ace aux poings ardents, n'était plus qu'un doux crépitement de braises refroidissantes. Des volutes de fumé grise masquaient encore la scène, lentement éclaircis par le doux vent du Sud-Ouest qui avait alimenté la fournaise.

Finalement, l'ombre du corps massif et puissant de la Bête se dessina à travers l'épais manteau de fumée qui se dissipait doucement.

Un corps humain se balançait entre ses crocs.

Bepo poussa un hurlement d'agonie et chuta sur ses genoux en tirant sur ses oreilles. Le Nodachi trembla dans sa poigne pelucheuse. Figé dans son arbre, le corps à moitié penché vers l'avant, Ace ne quittait pas la scène de ses yeux grands ouverts.

Moi, prisonnière impuissante, je contemplai bras ballants, bouche entrouverte et assise sur mes talons, la scène qui m'apparaissait lentement. Refusant d'admettre ce qui venait de se passer en l'espace d'une seconde.

La Bête eut un frisson soudain. Le sang de l'homme inonda sa gueule, teintant la blancheur de ses crocs de la couleur de la mort et un grondement envahit sa gorge.

Le vent dissipa enfin le dernier écran de fumé, révélant Trafalgar Law, étendu sur le flanc, en appui sur un coude en face de la Bête, les yeux écarquillés d'horreur fixés sur l'homme maintenu entre les dents de sabre.

Je clignai des yeux, un soubresaut rendant un semblant de vie à mon corps paralysé. Alors que mes poumons qui avaient momentanément cessé de fonctionner se remplissaient une nouvelle fois d'air salvateur, je réalisais l'identité de l'homme qui s'était interposer pour protéger son capitaine à n'importe quel prix.

Akar.