Avant dernier chapitre mes chers lecteurs, j'espère qu'il sera à votre goût !
Mille merci pour vos reviews, surtout à AsamixAkihito et ses private message légèrement psychopathes (ça doit être ce qu'on appelle remonter le moral des troupes ! XD), à Lady Clau Traffy D Lamy (on vous aime, tellement cool de vous retrouver à chaque fois !) et Luka Chinohana !
Enjoy !
Jeu, set et…
(Ou redéfinir les règles à sa façon)
Law vit avec horreur son nakama hoqueter et cracher du sang qui vint couler le long de son menton. Prisonnier des longs crocs du tigre blanc, le corps d'Akar ressemblait à une poupée désarticulée.
Un violent frisson agita le jeune pirate, tandis que la salive du tigre imbibait doucement sa combinaison. Il agrippa d'une main prise de tremblements la dent de sabre contre son flanc droit, serrant de toute ses forces face à la souffrance qui envahissait son corps.
Il tourna péniblement un regard vitreux vers son capitaine pétrifié qui le dévisageait. Akar eut alors un faible sourire en coin ensanglanté, comme si les crocs transperçant son abdomen n'étaient qu'un désagrément nécessaire. Le visage du rookie se crispa à cette vue. Ses dents se dévoilèrent en une grimace de haine pure et ses yeux orageux s'assombrirent, une étincelle de folie scintillant brièvement dans ses pupilles. Son regard plus froid que la glace remonta se planter droit dans ceux de la Bête.
Nous y lûmes alors toutes deux un message.
Il allait nous dépecer vivantes. Il allait retirer la peau des muscles de la Bête lambeau par lambeau et se délecter de chacun de nos hurlements. Il allait nous tuer sans sourciller pour avoir pris la vie d'un de ses nakamas.
J'eus un pathétique hoquet. A la douleur d'être responsable de la mort d'Akar s'ajouta le sentiment de trahison que je vis brûler dans les yeux de Law, et une plaie s'ouvrit dans mon cœur aussi sûrement que si un couteau chauffé à blanc s'était planté dans ma poitrine. Je reculai lâchement de quelques pas sans pouvoir m'en empêcher.
La Bête aussi sembla décider de prendre la menace au sérieux. Desserrant les mâchoires, elle projeta avec force cette proie non désirée dans les bras du capitaine brun. Le corps d'Akar percuta Law qui amortit précipitamment le choc, et fut en quelques secondes recouvert du sang coulant des multiples blessures sur le torse du pirate.
Le tigre blanc ne perdit pas de temps et s'éloigna de quelques bonds prudents, et son geste me permit de me ressaisir un tant soit peu. Mais nous ne bougeâmes pas davantage, et l'animal sembla juste patienter avec curiosité pour voir comment Law allait réagir. Elle s'occupa donc à lécher soigneusement chaque goutte du sang d'Akar. Son goût sur ma langue faillit me faire re-vomir aussi sec et je déglutis avec dégoût, l'acidité brûlant ma gorge.
Law ne s'occupa pas tout de suite de nous. Comme s'il était absolument seul dans la clairière, il étendit doucement l'homme dans son giron. Le refus de ce qu'il venait de se passer se lisait dans ses yeux d'acier. Akar ne prêtait aucune attention aux blessures qui répandaient en épais ruisseaux sa vie sur le sol, ou au tigre assis à quelques mètres qui effectuait consciencieusement sa toilette. Il n'avait d'yeux que pour son capitaine.
La respiration sifflante, il leva avec peine un bras vers le visage du rookie. Son front se couvrit de sueur sous l'effort et ses traits se crispèrent. Il effleura alors doucement les lèvres de Law du bout des doigts, les teintant au passage de bordeaux. Ses doigts s'attardèrent sur la lèvre inférieure du capitaine, et y tracèrent d'infimes arabesques. Law le laissa faire, pétrifié, son bras droit sous les épaules de son subordonné, le gauche pressant avec force sur les blessures pour tenter de retenir le flot incessant rythmant macabrement les battements de son cœur.
Des bulles carmin se formèrent soudainement à la commissure de la bouche du mourant alors qu'il esquissait un nouveau sourire qui s'acheva en une quinte de toux sanglante. Dans une grimace, Akar agrippa le bras du rookie et l'attirant à lui, lui souffla quelques mots que nul autre n'entendit, avant de retomber sans plus de force sur les genoux de Law.
Le capitaine serra les mâchoires de chagrin, les épaules un court instant voutées. Il savait qu'Aylan n'était pas responsable de la mort de son nakama, mais il voulait faire souffrir la Bête pour ça. Il avait promis à la jeune femme que cet accident n'arriverait pas, et après tout ce temps, ce chemin parcouru et les progrès réalisés avec la Bête, ils avaient perdu le pari qui avait convaincu Aylan de se joindre à leur équipage.
Malgré tout, l'ironie de la situation ne lui échappa pas. Une ironie au goût amère.
Sa main droite se leva alors, comme indépendante de son corps, et il articula d'une voix d'outre-tombe :
- Room.
La sphère bleue apparut immédiatement autour de lui, et la Bête, pas suicidaire, s'échappa de son rayon d'action en une fraction de seconde. Mais l'objectif actuel de Law était tout autre.
- Shambles.
Bepo, encore sous le choc, glapit quand le Nodachi disparut de sa poigne et qu'à la place s'effondra le corps déchiqueté d'Akar, respirant encore bien que laborieusement. L'ours ouvrit des yeux larges comme des soucoupes devant son nakama ayant atterri dans ses bras. Il se ressaisit cependant et allongea le blessé par terre pour aussitôt l'examiner.
Penguin tomba à genoux à ses côtés. Il dut contenir un frisson à la vue de son compagnon en train de se vider de son sang et ses poings se crispèrent. Il garda cependant un œil sur le combat sur le point de commencer derrière eux, un mauvais pressentiment au cœur tandis qu'il ôtait précipitamment son haut pour le rouler et le presser sur le ventre de son ami.
Quand Law se redressa lentement, en grande partie porté sur une jambe et son Nodachi à la main, Ace sauta de son perchoir et atterrit lourdement juste à côté de lui, s'alignant à ses côtés pour faire face à la Bête. Un air sombre hantait ses traits, et ses boucles brunes voletant devant son visage ne faisaient rien pour adoucir son expression.
Le tigre, cible de toutes les attentions, arpentait les bords du lac avec ce qui ressemblait à un début de questionnement. Elle n'avait jamais affronté quelqu'un maitrisant le feu auparavant, et cela la rendait circonspecte, quoique intéressée. A l'opposé, voir Ace me redonna un peu d'espoir quant à la situation, mais mon cœur, à la vue de Law et du blizzard de ses yeux, était au fond d'un gouffre.
Nos esprits toujours étroitement mêlés nous rendaient chacune légèrement confuse – en tout cas pour elle, moi j'étais larguée depuis longtemps- et chacune de ses décisions était un rien retardée par mon propre état émotionnel. Au moins, j'avais arrêté de vouloir déchiqueter les organes vitaux de mon alpha. Grand progrès.
Mais quand un éclair bleu déchira le ciel et que Marco le Phénix apparut soudainement aux côtés d'Ace, avec ses yeux plissés braqués sur nous, la Bête changea immédiatement de tactique et fit une chose qu'elle n'avait fait qu'une seule autre fois dans sa vie.
Elle prit la fuite.
En quelques secondes, nous nous retrouvâmes à la limite de la clairière et franchîmes les premiers arbres à toute vitesse, sans s'attarder pour vérifier si on nous suivait.
Les trois capitaines suivirent, Law créant ses bulles pour se déplacer beaucoup plus vite.
Marco, de son côté, commençait sérieusement à se poser des questions sur le chaos régnant dans cette clairière. A moitié brûlée, un rookie couvert de sang qui avait l'air d'avoir salué la Mort récemment, et des pirates paniqués à l'orée de la forêt autour d'un de leur nakama blessé. Sans parler de son amant aux côtés dudit rookie contre un énorme tigre à dents de sabre au pelage couleur poudre d'os.
- Je peux savoir ce qu'on fout ici ? Adressa-t-il à Ace en bondissant au-dessus de ronces.
- On cherche Aylan. Répliqua-t-il d'une voix sérieuse.
Oh. Ace sérieux. Ça craignait à ce point ?
Cela dit, ce n'était pas la première fois qu'il entendait ce rugissement et que cela concernait la fille. Plusieurs pièces du puzzle semblaient désormais s'imbriquer. De un, le seul animal de la faune de cette île capable de pousser un tel cri était ce tigre blanc. De deux, Trafalgar Law, de près ou de loin y avait été mêlé à chaque fois. Enfin, le tigre à lui-seul était bien trop intelligent puisqu'il avait tenu tête à Ace et le capitaine rookie.
Et cerise sur le gâteau, un tigre apparait, une Aylan disparait.
Il avait entendu parler de certaines expériences menées par des scientifiques comme Vegapunk sur des animaux et espèces intelligentes pour les associer à des humains. Cependant, il se murmurait que certains, mêlés à des créatures surpuissantes, avaient survécu, et parmi eux quelques-uns étaient tombés sous le joug de la Marine.
Le Phénix commençait à avoir une ou deux idées de ce que les Hearts leur avaient dissimulés, et ça ne présageait rien de bon.
Quelques dizaines de mètres plus loin, la Bête sembla percevoir quelque chose et allongea encore ses foulées.
- Hey ! Glapis-je alors qu'elle évitait de justesse un petit mais dense bosquet épineux. Et tu vas aller jusqu'où comme ça ?! Tu crois vraiment que tu peux échapper à Law et aux deux meilleurs commandants du Gorille juste par la vitesse ? Si oui tu rêves debout le chat pelé!
- Echapper à Law sans problème. A un commandant, tout à fait faisable. Aux trois en même temps, plus compliqué.
- … Et donc ? C'est quoi ton plan ? Répondis-je après quelques secondes avec haine.
- Notre plan. Je te signale que c'est notre vie qui est en jeu.
- On vient de tuer un membre de mon équipage. Tu crois vraiment que Law va me laisser en vie après ça ? Il faudrait un miracle pour qu'il ne nous tue pas à la seconde où on tombera entre ses p-… mains.
- Justement, mets -y un peu du tiens pour une fois et arrête de pleurnicher !
Je clignai des yeux. Effectivement, des larmes dévalaient mes joues en cascade. J'eus un reniflement pathétique mais n'essuyai même pas mon visage. Je m'en moquais comme d'une guigne. Le regard qu'avait lancé Law à la Bête m'avait terrorisé. La douleur et la colère des yeux de l'alpha me hantaient, comme si les fantômes de mon passé m'avaient rattrapé.
Ramassée sur moi-même, les genoux contre la poitrine et mes bras autour de mes jambes, je me laissai aller à mes sanglots, ayant l'impression que cette vie magique que j'avais eu avec mes nakamas et Law s'effaçait un peu plus à chaque foulée de la Bête.
- Bon sang, ce n'est pas le moment de te taper une déprime ! On a ton capitaine et deux commandants au train, tu ne crois pas que tu pourrais travailler à une solution un minimum ?! Tu connais mieux ces hommes.
- Ça il fallait y penser un peu avant de tuer Akar !
- C'est pas lui que je visais.
La réponse plate et directe du tigre me donna un frisson.
- Et puis il n'était pas encore mort aux dernières nouvelles.
- Mais ça Law ne le saura pas maintenant que tu t'es barrée en courant !
- Et si j'y étais encore, j'aurai le poil roussi par ton imbécile de demi-frère.
- Ah ! ça tu l'as déjà puisque Law t'a balancé dans le barbecue !
- MAIS TU VAS LA FERMER ET UTILISER TA CERVELLE DE MOLLUSQUE OUI !
Son explosion me réduisit au silence, mais seulement parce que je n'avais ni l'envie ni la force d'argumenter. La collusion de nos deux esprits avait au moins pour conséquence une certaine dose de crainte en moins de ma part. Déjà ça de pris dans cette galère.
La forêt, immense, défilait sous nos pattes tandis que l'animal dévalait une douce pente moussue, sautait par-dessus de gigantesques troncs abattus grignotés par les insectes, et se glissait dans les hautes fougères vert tendre.
Finalement, je grommelai.
- Ace.
- Quoi Ace ?
- Il ne laissera pas Law nous tuer s'il voit que c'est moi.
- Ça voudrait dire te redonner ta forme fragile, même avec ma force en addition c'est extrêmement risqué.
- La panthère galeuse a peut-être une autre idée ?
…
Ah ben tiens, quand je ne faisais pas d'effort il y avait du monde au balcon pour hurler et tempêter, mais dès que je suggérai quelque chose, plus personne !
Le sous-bois se déchira devant notre cavalcade et nous déboulâmes sur un promontoire dominant une petite plage de sable blanc léchée par une mer grisâtre et encadrée par de hautes falaises noires. La Bête jura. Elle espérait pouvoir s'enfoncer davantage dans la forêt sans atteindre le littoral. Mais elle avait mal jugé la distance et la direction à prendre. Première erreur.
La deuxième fut de prendre une demi-seconde de plus pour choisir entre faire demi-tour ou longer la côte.
La réponse s'imposa d'elle-même. Une paroi d'un bleu translucide apparut d'un coup juste derrière nous, enveloppant nos pattes arrière et la Bête n'eut pas d'autre solutions que de se projeter d'urgence dans le vide, droit vers la plage. Le sol se rapprocha à une vitesse effarante, et je n'eus pas le temps de prendre une courte inspiration paniquée que déjà les puissants membres du félin amortissaient l'impact, les muscles se gonflant sous l'effort.
Face à cette première attaque, la Bête avait immédiatement compris que pour survivre, il lui faudrait élever le niveau de combat. Sans prendre un instant de plus, elle se propulsa droit vers la falaise dans son dos dans une souple volte-face. Un battement de cœur après, un bruit mat et un geyser de sable derrière nous nous apprit qu'un ennemi venait de manquer son attaque d'un poil.
La Bête bondit vers la falaise, arriva à mi-hauteur de la paroi et y planta ses griffes qui crissèrent horriblement sur la roche noire. Les yeux écarquillés, j'avais à peine le temps d'enregistrer une information que quelque chose d'autre survenait aussitôt après.
La Bête, son cerveau fonctionnant à pleine vitesse et puisant dans toutes les données que j'avais sur ces hommes pirouetta vers une petite corniche, juste avant qu'une boule de feu s'écrase pile là où elle s'était tenue. Ses capacités de déduction, d'analyse et ses réflexes lui permirent d'éviter une lame bleutée qui s'enfonça dans le roc juste au-dessus de notre tête.
- On va vraiment finir par y passer là ! Tu n'as pas le choix, redonne-moi ma forme !
La Bête n'eut pas le temps de répondre, concentrée comme elle l'était face à Marco, suspendu dans les airs à nous observer calmement, Ace planté au milieu de la plage, son corps dévoré par des flammes rouge-orangé qui passaient sur ses flancs avant de venir s'enrouler sur ses poings serrés, et puis…
La Bête comprit un instant avant moi et leva les yeux juste à temps pour voir la lame du Nodachi plonger vers nous du dessus de la falaise, la main de son propriétaire le guidant droit vers notre nuque.
- PUT- !
Je n'eus pas le temps de finir mon juron. La Bête esquiva la lame qui trancha le vide devant le nez frémissant du tigre avant qu'elle ne bondisse vers une nouvelle corniche… Qu'elle dut quitter tout aussi précipitamment, poussée vers le bas par les tirs embrasés d'Ace.
- Ils veulent nous acculer contre le pied de la falaise. Gronda la Bête entre ses crocs. Ils vont nous tirer comme des lapins.
J'étais ébahie par sa résistance face à ces trois combattants chevronnés. Elle avait déjà échappé à la mort 4 ou 5 fois, de justesse certes, mais avec brillance pour se mettre dans une position qui lui serait utile… mais les commandants de Barbe Blanche avaient réduit une à une toutes ses options jusqu'à ce que Law nous coupe finalement toute retraite.
J'eus soudain le besoin urgent de le regarder et la Bête tourna immédiatement la tête dans sa direction. Trop angoissée pour le remarquer, je sentis mon cœur se serrer face à mon alpha, debout sur notre ancienne corniche. Sa jambe brisée était relâchée, inutile, et sa main gauche reposait contre une excroissance rocheuse sur sa gauche. Dans sa main droite son sabre, de nouveau dans son fourreau, sur lequel il s'appuyait légèrement, sans même y penser. Toute son attention était portée sur nous.
Il nous fixait de son promontoire avec l'air du prédateur qui n'a aucun doute quant au résultat de sa chasse. Ce n'était qu'une question de temps.
Mais mon moment de distraction nous fut fatal.
Une forme nous percuta violemment par en haut et des bras puissants se refermèrent sur les flancs creusés de la Bête. Dans un rugissement, elle se débattit et donna un coup de griffes qui aurait coupé en deux n'importe quel homme. Elles traversèrent le Phénix de part en part sans lui faire plus de dommage qu'un courant d'air.
Elle changea de tactique et voulu rouler sur ses épaules pour étouffer le commandant et le faire lâcher prise, mais la puissance de Marco cloua ses pattes au sol aussitôt, la prenant totalement au dépourvu. Un duel de force commença alors, un duel que la Bête aurait dû gagner si Ace n'avait pas aussitôt saisi sa chance. Il bondit dans les airs pour atterrir, avec tout l'élan de sa propulsion enflammée, sur les omoplates du félin.
Ses pieds percutèrent notre dos et nous plaqua au sol alors que son bras venait entourer la gorge du tigre et la forçait à relever le menton vers le haut tandis que tout l'air était chassé de nos poumons.
La Bête eut un rugissement étranglé qui s'acheva sur un gargouillis quand Ace enfonça davantage son bras dans sa trachée. Ses flancs étaient pris dans un étau d'acier, sa tête tordue vers le haut, et ses griffes rendues inutiles si elle ne me laissait pas utiliser le haki. Ce à quoi j'aurai répondu non, il était hors de question que je blesse quelqu'un d'autre seulement pour sauver notre peau. Qui ne valait pas bien cher désormais.
La Bête se débattit de toute ses forces pour trouver une ouverture. Elle n'avait été capturée qu'une fois et sa vie était devenue un cauchemar. Cette fois c'en serait finit si personne n'empêchait Law de nous trouer la pelisse. Car je ne voyais pas comment ça pouvait se finir autrement.
Ace grogna et força davantage face à la puissance que déployait l'animal pour se dégager. De la sueur perla à son front dans l'effort. Marco devait maintenir sous contrôle les muscles très développés des pattes arrière mais plaquait tout aussi fermement les flancs contre le sable, restant tout de même à distance prudente des griffes acérées. Chaque mouvement de la Bête manquait de les déloger, elle semblait infatigable.
Law, qui avait observé la scène sans bouger depuis son promontoire, avança d'un pas et, chutant dans le vide, se réceptionna sur le sable une dizaine de mètres plus bas. Il amortit la chute d'une roulade sur l'épaule pour ménager son tibia brisé. Ce fut à peine si une grimace effleura ses traits figés sous la douleur qui se répandit dans sa jambe blessée.
Boitant et couvert du sang d'Akar, le Chirurgien de la Mort avança pas à pas vers les trois lutteurs, tirant lentement le Nodachi de son fourreau. Sans cesser ses efforts ponctués de grognements et halètements, la Bête fixa sur lui son œil écarlate. Elle l'observa approcher de sa démarche bancale, et la mort sous la forme vacillante d'un capitaine brun se refléta sur sa large pupille.
Ace tourna également son attention vers le Chirurgien. Il avançait difficilement, sa jambe laissait un sillon dans le sable blanc. La main droite était serrée sur le Nodachi, la gauche sur le fourreau. Malgré ses blessures, il se dégageait de lui une aura noire, puissante, qui démentait son calme apparent.
Luttant de plus en plus pour maintenir l'animal qui semblait à présent se débattre avec l'énergie du désespoir, Ace sentit son instinct activer l'alerte rouge. Il s'égosilla en direction du rookie pour se faire entendre au-dessus des grondements et glapissements de l'animal. :
- Hey Law ! Qu'est ce qu'il se passe ? Où est Aylan ?!
Marco tressaillit à ses mots. Son intuition lui soufflait qu'il avait vu juste depuis le début. Law, s'il dégageait une aura mortelle, n'avait pas encore achevé l'animal qui était pourtant cloué au sol. Et Aylan, avec sa capacité de guérison exceptionnelle et son aisance dans les forêts, pourrait très bien…
- ACE ! Je crois qu'Aylan est dans le tigre ! Cria-t-il.
Ace se dévissa la nuque pour regarder Marco dans son dos.
- AYLAN? répliqua-t-il sur le même ton.
Comme en écho à sa voix, un piaillement suraigu résonna alors à l'orée de la forêt.
- AYYLAAAAANNN !
Un perroquet bleu pétard surgit des arbres et plongea en piqué de la falaise vers le tigre plaqué par terre… et plus précisément vers Ace.
Pas Marco. Entre confrères…
Avec son cri de guerre, l'oiseau brandit ses longues serres tendues vers le visage sans protection du deuxième capitaine de la flotte de Barbe Blanche.
- Kidoudoudindon !
- Bordel mais c'est quoi ce-!
Ses boucles brunes voletant en tous sens, Ace se retrouva soudain à loucher sur les pattes qui s'étaient figées à quelque centimètres de son nez. Une bulle bleue était apparue juste à temps, arrêtant tout dans le périmètre de la sphère.
Ace ouvrit la bouche, mais avant d'avoir pu prononcer un mot, il se retrouva suspendu dans les airs, séparé de la Bête et du poulet bleu, eux-mêmes à quelques mètres du sol et incapables de bouger. Marco, plus rapide, s'était dégagé du combat et projeté de justesse en dehors du champ d'action de la sphère.
Un genou planté dans le sable et le poing droit serré, le blond dévisageait Law avec méfiance, sans intervenir. Ace se débattit sans succès dans les airs, et hurla avec furie une floppé d'insultes tant tournées vers Law que vers le tigre qui ne bougeait plus.
Elle savait qu'il était impossible d'échapper à la sphère.
Le médecin n'avait d'yeux que pour l'animal, qui lui rendait son regard avec une angoisse palpable. Tout ce temps elle s'était juré de ne jamais pénétrer dans ce maudit espace et avait toujours maintenu Aylan en dehors avec succès. Tout ça pour s'y retrouver, incapable de faire quoi que ce soit, sans aucun contrôle.
J'assistai au défilement de ses pensées avec un choc, me rappelant très bien de tous ces combats où je m'étais tenue à distance de Law, sous l'influence de la Bête donc… Merde alors. Mais on verra ça plus tard hein, on avait un chat plus gros à empêcher de se faire fouetter.
- Rends- moi ma forme ! Il ne me fera pas autant de mal qu'à toi !
- Parce que tu te soucis de moi suffisamment pour ça maintenant ?
- On partage presque le même esprit stupide boule de poil crevée, évidemment que je m'en soucis !
- De toute façon ça ne suffira pas. Toi en moi ou moi en toi, il ne me tolérera pas. Il me traquera et me détruira.
- Il n'en a pas les moyens enfin !
- Si. S'il s'adresse à la bonne personne. Et Thib lui a fourni son nom.
- … Attend quoi ?
- On appelle ça échec et mat dans mon monde.
Law leva alors une main et un courant électrique traversa le corps du félin qui se convulsa.
- Rends la moi. Articula-t-il froidement.
La Bête grimaça et je glapis en me mordant la langue jusqu'au sang. Bon sang ça faisait mal !
- Bon sang, pas question de supporter ça encore !
- Désolée de contrecarrer tes plans petite chose fragile.
Law leva une deuxième fois sa main et cette fois arracha un feulement au tigre. Je hurlai.
Mes genoux cédèrent et je m'écroulai, couverte de sueur. Il fallait qu'on se sorte d'ici avant que je perde connaissance. Ce qui n'allait pas tarder à ce rythme. Chaque nerf de mon corps hurlait déjà de protestation. Et si je perdais connaissance, je craignais le pire pour la suite. Si « pire » était encore possible.
- Merde… Si moi en toi … ou toi en moi ne marchent pas… Toi et moi alors.
Je n'étais pas bien sûr de ce que je disais, la douleur m'empêchait de m'éclaircir les idées, mais la Bête sembla y voir un intérêt.
- Moi et toi… tu te rends compte de ce que tu suggères ?
- Je m'en fous faut juste que ça s'arrête ! Je peux pas supporter ça aussi longtemps que toi !
Miracle, pas de reniflement méprisant cette fois-ci ! J'en aurai été choquée si je n'avais pas eu si mal.
- Ca ira beaucoup plus loin que le partage de nos pensées… Tout ton être sera en partie moi. Ce qui est clairement plus un ajout qu'une perte, surtout en te considérant.
Ah, le voilà le petit ton moqueur. M'avait presque manqué tiens.
- On va pas y passer le réveillon. Soit t'as une autre solution qui évite la case « mort assurée », soit on le fait !
A l'extérieur de la sphère bleutée, Marco plissa les yeux, incapable de décider de la bonne marche à suivre. De base, ce problème ne le concernait pas, c'étaient les affaires du Chirurgien de la Mort. Mais avec Ace prisonnier de la sphère, il n'avait pas d'autres choix que de s'en mêler. Même si le capitaine des Hearts n'avait pas l'air de vouloir s'en prendre au frère de sa compagne manquante pour l'instant, le Phénix ne doutait pas de ce dont il était capable pour atteindre son but.
Ledit frère était d'ailleurs toujours occupé à abreuver d'insultes et d'imprécations le rookie, le menaçant des pires tortures s'il ne le relâchait pas sur le champ. Marco devait s'avouer qu'il était impressionné par le contrôle de Law sur L'Ope Ope no mi. Dès que les flammes d'Ace revenaient caresser le torse nu du jeune homme furieux, elles disparaissaient dans l'instant et lui coupait court toute marge de manœuvre.
Et il se retrouverait dans la même situation, peu importe sa force, s'il traversait le voile bleuté qui dansait devant ses yeux. Ne lui restait que la patience pour guetter une ouverture et sortir son amant de là.
Quand Law releva la main une troisième fois, tout sembla soudain se ralentir autour de la Bête et moi. Mon alpha avait la main à mi-chemin, la menace de son pouvoir au bout des doigts, mais notre connexion semblait s'être soudain imbriquée, au lieu de cette sensation de chevauchement. Nous pouvions sentir nos esprits déjà proches commencer à se lier alors que je tendais une main imaginaire vers elle.
Elle ne put retenir un nouveau reniflement, auquel j'opposai un sourire provoquant.
- Ensemble le chat galeux ?
- … Ensemble petite chose fragile.
Je perçus alors une patte fantomatique devant moi. Une brûlure d'un genre nouveau se répandit aussitôt dans mon esprit, combinée d'une sensation exaltante d'énergie et de pouvoir qui déversa un incroyable goût sur ma langue. Comme lorsqu'elle s'était jointe à moi plus tôt dans la forêt.
Telle une traînée de poudre dans mes veines, je sentis mes membres, mes organes, jusqu'à mes os bouger doucement sous la déferlante d'énergie qui ébranlait mon corps. La douleur était aussi intolérable que délectable.
La Bête se redressa devant moi. Je distinguais seulement le scintillement de sa forme sur le noir d'encre de ma prison mentale, et j'écarquillai les yeux.
- Au fait. Mon nom est Hell.
Et elle s'abattit sur moi.
…
Au milieu de la sphère, Law interrompit son geste. Un frémissement venait de parcourir le gigantesque animal qu'il maintenait à 3 mètres du sol. Un frémissement étrange, comme si un vent invisible s'était brièvement levé pour créer une onde dans la fourrure hérissée. Un frémissement qu'il connaissait bien. Il abaissa lentement la main. Marco quitta sa position un genou au sol, sentant également le changement dans l'air sur la plage, comme une imperceptible vibration.
- Hé l'infirmière ! T'écoutes ce que je te dis merde ! descend moi de là avant que je fasse exploser toute la plage !
- Ace.
- QUOI MARCO ?
- Ta gueule.
L'effet fut immédiat et Ace referma la bouche aussi sec, quoiqu'avec l'équivalent d'une bombe à retardement dans la tête.
Reportant son attention sur l'animal, le Phénix fronça les sourcils devant une soudaine convulsion silencieuse du félin blanc osseux. Sa gueule s'ouvrit sur un hoquet muet et ses babines se crispèrent, découvrant ses crocs imposants. Les os de ses omoplates saillirent cruellement de son dos. Ses griffes se courbèrent en serres mortelles entre ses coussinets et les muscles courant du poitrail au ventre se tordirent en un spectacle stupéfiant.
Law recula d'un pas et manqua s'écrouler quand le sable se déroba sous sa jambe cassée.
- Wwowowow !
Ace tomba de son perchoir aérien dans un glapissement aigue. Il atterrit tête la première dans le sable avec un grognement étouffé. Marco saisit aussitôt l'occasion et plongea dans la bulle. Il saisit le bras de son amant au vol alors que ce dernier se relevait, couvert de flammes furieuses, et ils volèrent en un instant en dehors de la sphère, atterrissant à côté.
Ne restaient suspendus dans le vide que le félin paralysé dans une position où elle semblait à deux doigts de la rupture, et le grand perroquet bleu à longue queue qui contemplait avec un calme surprenant sa partenaire, sans bouger une plume.
Le Chirurgien de la Mort, le visage gris et en appui précaire sur son Nodachi, tressaillit involontairement quand les pattes commencèrent soudain à rétrécir, que le museau se résorba sur un visage assoupi aux longs cheveux noirs, que la fourrure disparut pour laisser apparaître le corps mat de sa compagne.
La forme endormie descendit lentement vers le sol et s'étendit sur le sable, sous les yeux fascinés de Marco, et abasourdis d'Ace.
Dans un « COUAC ! » de peur et une volée de plumes, Kidd s'effondra rudement par terre à son tour, la queue en l'air. Law mit un genou au sol, l'épaule contre son sabre enfoncé dans le sable, à bout de forces après son combat avec Thib et l'utilisation excessive de son pouvoir.
- Aylan ! s'exclama Ace, encore sous le choc et ne parvenant pas à aboutir à une quelconque conclusion logique.
La main ferme de Marco sur son épaule l'empêcha cependant de se jeter en avant.
Law s'avança péniblement vers le corps immobile d'Aylan allongée sur le flanc droit. Sa chevelure à nouveau sombre couvrait son visage et il s'arrêta dans son dos, un genou au sol et sa jambe blessée étendue. Il saisit la jeune femme délicatement par les épaules et la fit glisser dans son giron, ses yeux cherchant les siens. Kidd vint se glisser sous le bras inanimé d'Aylan et se blottit contre son ventre mince, juste sous la courbe douce de ses seins, et fusilla le capitaine du regard.
Law ramena d'une main sur le menton le visage de la pirate vers lui, émerveillé malgré lui du retour de la noirceur de la chevelure d'Aylan. Une couleur que la Bête lui avait peu à peu volé il y a longtemps. Le tatouage complet sur sa gorge était également d'un noir presque luisant.
- Aylan… murmura-t-il d'une voix rauque de fatigue.
Et il secoua doucement les épaules reposant au creux de son coude. Un gémissement étouffé lui répondit et il se tendit, sur ses gardes. Les paupières d'Aylan papillonnèrent et il sentit tous ses muscles tressaillir, comme lorsqu'elle se réveillait.
Le capitaine brun se pencha aussitôt, tentant de voir la couleur des yeux de sa compagne et prêt à agir en conséquence. Du bout des doigts, il remonta le menton de la pirate vers le ciel. Deux immenses prunelles turquoise se posèrent sur lui. Cillèrent une fois.
- Bah dis donc, articula Aylan d'une voix éraillée. T'as vraiment une sale gueule.
Law poussa un soupir. Aucun doute possible.
….
Voilou ! je me suis éclatée avec ce chapitre comme jamais auparavant. J'espère que vous avez pris autant de plaisir ! Laissez moi vos commentaires et critiques, ça me donne des ailes à chaque fois :D
Je me mets sur la suite, des bisous en chocolat (Sur votre fesse droite !) !
Quoi ?
(Quoi ?)
