Hello! Nouveau chapitre avec Edelgard de retour puisqu'elle n'était pas trop présente dans le précédent. Et à part ça, des révélations? Nope, toujours pas XD Dans le prochain par contre, y'en aura, sûr!

Merci à ceux qui lisent et pour les review,

Bonne lecture!


Frustration… Voilà le sentiment qui me domine depuis le début de la semaine. Cinq jours durant lesquels je n'ai pu qu'observer la jeune héritière des Hresvelg de loin sans pouvoir l'approcher. Déjà lundi lors du premier cours d'escrime de la semaine elle s'en est allée immédiatement après la fin de la séance sans que je ne puisse même lui adresser la parole, pas même une minute. Quant au reste de nos cours, cela ne fut guère différent. Soit elle disparaissait avant que je ne songe même à la retenir, soit elle demeurait inaccessible, entourée en permanence de son acolyte, le jeune Vestra ne la quittant pas. J'eus presque l'impression que ce dernier irradiait d'ondes assassines envers ma personne dès que ma cible et moi nous trouvions dans la même pièce.

Pourquoi cette surprotection si soudaine quand les autres semaines, bien que sa surveillance fût tout aussi constante, la jeune femme s'est plus d'une fois retrouvée seule ? A moins bien sûr qu'une nouvelle fois tout fut magistralement orchestré pour que je puisse justement lui parler seule à seule lors de ces moments. Ce qui revient à dire que là aussi, si je ne peux l'approcher c'est qu'Edelgard l'a ainsi décidé. Je suis celle qui doit la précipiter vers sa fin, plus quelques jours avant ce fatidique moment. Pourtant, encore une fois j'ai la sensation de n'être qu'un pion dans le jeu de l'héritière. Une nouvelle joueuse parmi ceux qui sont déjà en lice, l'Eglise en tête de ce manège dont je commence très sérieusement à me lasser.

Toute cette négativité s'en ressent dans ma façon de combattre aujourd'hui au point que plusieurs fois je manque de me faire toucher par mon élève le plus brillante. Sa longue chevelure immaculée volant derrière elle, elle me harcèle de coups plus audacieux les uns que les autres et, chose étonnante, au lieu d'attaquer je ne fais que me défendre. Je peux presque sentir sa jubilation et son sourire étiré derrière son masque d'escrime me dissimulant une fois de plus son visage. Là où je suis hésitante et vacillante, elle est assurée et ferme sur ses appuis. J'en suis certaine, elle pense assurément me défaire lors de cette manche finale.

Hors de question que je sois battue ! Et encore moins devant notre public improvisé que constitue le reste de la classe des Aigles de Jais. Je peux voir leur agitation et leur air perplexe face à ma soudaine faiblesse inhabituelle. Je perçois aussi le regard aigu qu'Hubert porte sur moi, attendant bras croisés que sa maitresse m'écrase pour certainement rien de moins que son plus grand plaisir. Secouant la tête ce qui agite ma crinière bleuet en même temps, collant ainsi quelques mèches à mes tempes, je tente de me reprendre. L'agent froid et méthodique que je suis ne peux pas se laisser déborder pour si peu. Vrillant mes yeux sur ce masque me faisant face, j'arme mon bras et mobilise mes jambes pour ma prochaine attaque. Celle-ci sera décisive, je vaincrais.

La séance se termine sur la cloche retentissant dans le silence qui a pris place dans le gymnase. Le combat fut intense, la sueur perlant sur mon front en témoigne aisément. Devant moi, le souffle court et ses longueurs neigeuses désordonnées après qu'elle a ôté sa protection, la déléguée des Aigles n'est pas dans un meilleur état. Je peux voir, enfin, ses prunelles parme briller lorsqu'elle me dévisage. Je ne sais quoi penser de ce regard qu'elle me lance. Est-elle déçue de ne pas l'avoir finalement emporté ? Car en effet, c'est bien moi qui ai triomphé. Je n'ai pas le temps de plus m'interroger qu'elle se détourne et part pour les vestiaires.

Je ne peux l'y suivre, nous ne sommes toujours pas seules et je vois déjà son ténébreux garde du corps sortir de ceux des hommes pour se poster non loin de la porte par laquelle elle ressort quelques minutes plus tard. Sous mon regard impuissant, ils quittent enfin les lieux. Je pousse un grand soupir défaitiste en levant les yeux au ciel. Je suis persuadée qu'elle le fait exprès et cela m'agace au plus haut point.

—Allons Professeur, votre dulcinée vous fuit ?

—De quoi parlez-vous Dorothea ? Je n'ai pas de dulcinée, contrairement à vous. Et d'ailleurs, comment se porte Ingrid ?

—Subtil changement de sujet. J'applaudis votre dextérité à ne pas vouloir parler d'une certaine jeune femme qui va finir par s'embraser tant votre regard sur elle est vrillé depuis le début de la semaine.

—Elle refuse visiblement de me parler, je ne vais tout de même pas lui courir après.

—Et pourtant, je suis presque sûre que ce n'est pas l'envie qui vous manque, dit-elle avec un clin d'œil tel qu'elle en a le secret. Je vous offre un conseil si vous vous le voulez.

—Un conseil ? Pour quoi faire ?

—Vous saurez. Quoiqu'il en soit, si c'est de la princesse dont vous souhaitez vous emparer, il vous suffit de l'enlever sur votre vaillant destrier !

—Je suppose que je n'aurais de votre part pas plus d'explications sur cette obscure formulation, n'est-ce pas ?

—Bonne journée Professeur !

La brune espiègle me laisse là alors qu'elle est la dernière de mes élèves à me quitter. J'ai parfois l'impression que Dorothea vient d'un autre monde pour qu'elle me parle toujours avec des énigmes si étranges et décalées. Princesse ? Destrier ? Enfin, je suppose que tout ceci trouvera sans doute un sens tôt ou tard. Lorsque je me prépare à partir à mon tour je croise Shamir qui me rappelle que la mission doit être accomplie d'ici une semaine. Comme le temps est passé si vite, déjà bientôt un mois que j'enseigne à l'Académie. Acquiesçant, je promets une fois de plus que tout se passera comme prévu. Cependant, plus le temps avance et moins je suis sûre de cette affirmation.

Ce rappel à l'ordre fait, le professeur de tir à l'arc s'en va tandis que je me dirige à mon tour vers le parking pour rentrer chez moi. Je vois au loin notre espionne tourner autour de la jeune lionne à la tresse dorée et ne peux m'empêcher de sourire en les voyant. J'ai presque envie de lever le bras pour les saluer avant de réaliser ce que je m'apprête à faire. Mais que fais-je justement ? Je m'attache immanquablement et c'est très certainement une mauvaise chose. Rien ne dit que je ne sois pas amenée un jour à devoir l'abattre elle aussi. Presser la détente n'en sera que plus difficile alors, voilà pourquoi je ne m'attache jamais à rien ni personne. Mon père était une exception et pourtant lui aussi est mort à présent.

Secouant la tête et rabaissant mon bras, je poursuis mon chemin. Je pose à peine le pied sur le goudron du parking que mon regard est immédiatement attiré par un éclair blanc dans ma vision périphérique. Je vois alors ma cible, pour une fois cheminant seule, s'immobilisant finalement près de la grille d'entrée. Je ne peux pas laisser passer cette occasion que je guette depuis des jours maintenant. Bifurquant, au lieu de rejoindre ma moto garée plus loin je trace ma route jusqu'à l'étudiante qui patiente les bras croisés.

—Et bien Edelgard, vous avez perdu votre chien de garde ?

—Je doute qu'Hubert soit très heureux de vous entendre l'évoquer en des termes tout sauf élogieux.

—Vous admettrez tout de même que la comparaison est facile.

Décroisant ses bras, elle ancre ses iris dans les miennes, l'ombre d'un sourire planant sur ses lèvres. C'est plus fort que moi, j'ai aussi l'envie de sourire en la voyant faire.

—J'en conviens, Hubert est parfois très protecteur.

—Vous versez dans l'euphémisme mais je me contenterais de cette réponse.

Alors que nous devisons comme si de rien n'était et surtout comme si je ne lui courrais pas après depuis cinq jours, je réalise le sens des paroles de Dorothea plus tôt. La jeune héritière enfin seule, je pourrais parfaitement l'emmener avec moi pour la faire parler. Certes oui, mais comment ? Je ne peux tout de même pas la kidnapper… Mais je n'ai que peu de temps avant que n'arrive sa voiture pour la ramener. Ou pire, son éternel cerbère qui a si mystérieusement disparu en cet instant. Alors je me jette à l'eau en espérant qu'elle accepte de me suivre.

—Cela vous dirait-il de m'accompagner ?

Elle ouvre de grands yeux surpris et j'ignore si c'est à cause de ma proposition ou bien de mon audace à lui poser cette question. Pourquoi ai-je une fois de plus la sensation que tout est organisé pour j'en arrive à lui dire cela ? Je dois me faire des idées, c'est impossible qu'elle ait tout planifié jusqu'à ma réaction.

—Et où donc irions-nous ?

—Y a-t-il un endroit en particulier dans lequel vous aimeriez aller ?

—En y réfléchissant, il y en a peut-être un.

Elle me donne une adresse et je m'étonne de plusieurs choses. Premièrement qu'elle ait accepté si facilement de m'accompagner et surtout que nul Hubert ne soit venu pour m'en empêcher. Je suis pourtant bien plus troublée lorsque je reconnais le lieu où elle souhaite aller. Est-ce une coïncidence que ce soit justement juste en face du Mittelfrank ? Encore une fois, j'en doute fortement mais ne rétorque rien alors que je l'invite à monter derrière moi après l'avoir aidé à s'équiper.

Je sens ses mains venir timidement enserrer ma taille après que je lui ai conseillé de le faire pour ne pas risquer de s'envoler. Etrangement alors qu'avec Dorothea cela ne m'avait pas provoqué de réaction quelconque, je ressens cette fois-ci un léger frisson quand pourtant je perçois à peine sa prise légère au travers de mon blouson. Je ne m'attarde pas sur cette nouvelle sensation et démarre le moteur avant de nous mettre en route. Par réflexe, je jette tout de même un œil dans mon rétroviseur pour vérifier que vraiment personne ne va tenter de m'empêcher de quitter les lieux avec la jeune femme mais il n'en est rien. Aucune trace d'une ombre ou d'un regard étrécit, teinté d'envies de meurtre… Je suis presque déçue à cette constatation ironiquement.

Louvoyant entre les voitures car la circulation est plutôt dense pour cette fin de journée, je sens la prise de ma passagère se resserrer lorsque nous frôlons d'assez près une voiture qui n'a pas regardé avant de déboîter d'une brettelle d'insertion. Si je l'ai évité souplement comme j'en ai l'habitude, la jeune héritière semble avoir eut une petite frayeur cependant. Je la sens ensuite pour le reste du voyage se rapprocher de moi sur la selle et une nouvelle fois je ne peux m'empêcher de comparer cet épisode à celui où c'était la chanteuse derrière moi. Je distingue nettement que leurs morphologies sont différentes, Edelgard est bien plus petite que notre espionne pour commencer.

Je suis assez perplexe de me rendre compte que son contact me provoque véritablement bien plus de sensations telle qu'une sorte de chaleur lorsque son buste se colle à mon dos alors que je freine à un feu rouge. J'ai presque l'envie que ce trajet ne trouve pas de fin mais c'est pourtant le cas lorsque nous arrivons à destination quelques minutes plus tard. Je regrette immédiatement la présence contre moi de ma passagère lorsqu'elle pose pied à terre avant d'ôter le casque que je lui ai prêté. Elle replace consciencieusement ses longueurs neigeuses quelque peu décoiffées à la suite de cette chevauchée au-dessus de l'asphalte et mon regard ne la quitte durant tout le processus. Ses doigts glissent une ultime fois dans sa chevelure alors que l'espace d'un bref instant je me demande ce que cela ferait si c'étaient mes propres mains qui caressaient ces mèches cotonneuses. Leur douceur doit sûrement être incomparable…

—Professeur ? Vous n'enlevez pas votre casque ?

Prise dans mes rêveries éthérées j'en ai en effet oublié de me déséquiper. Quelle idiote, ce n'est guère le moment de me dissiper. Alors que le cabaret familier dans lequel j'ai l'habitude de faire mes rapports depuis le début de cette mission est devant nous, la déléguée m'entraine de l'autre côté de la rue pour rejoindre ce qui semble être un salon de thé. Le Pavillon, comme se nomme ledit salon, possède une atmosphère chaleureuse lorsque nous pénétrons à l'intérieur. Diverses senteurs et arômes tourbillonnent dans l'air alors que quelques clients déjà installés conversent à voix basse. Cette clientèle me rappelle un peu celle aisée du Mittelfrank d'en face mais avec l'attitude hautaine en moins car ici personne ne me dévisage étrangement comme à chaque fois que j'y entre pour rencontrer Alois.

Une serveuse nous reçoit aimablement avant de nous indiquer de la suivre tandis qu'elle nous mène à une table. Nous donnant la carte, elle nous dit qu'elle reviendra pour prendre notre commande dans quelques minutes, le temps que nous nous décidions. Observant brièvement mon élève qui ne dit pas un mot, je m'avance pour tirer une chaise avant de lui faire signe de s'y asseoir. J'ignore pourquoi j'agis ainsi mais cela me semble être la chose à faire. Inclinant la tête avec un sourire fleurissant sur son doux visage, la jeune femme prend place et j'en fais ensuite de même.

—Je ne vous savais pas si galante Professeur.

—Voilà qui constitue une découverte pour moi aussi je vous avoue.

Edelgard rit légèrement et je réalise que c'est bien la première fois que je l'entends émettre un tel son. Quoiqu'il en soit, voilà une agréable musique à mes oreilles que je me prends à espérer pouvoir écouter plus souvent.

—Vous ne prenez pas la carte ? je l'interroge ensuite.

—Je sais déjà quel parfum je vais prendre, c'est inutile.

—J'en conclus donc que ce n'est pas votre première fois en ces lieux.

—Vous concluez bien en effet.

Mais depuis combien de temps au juste ? Et pourquoi ne l'y ai-je jamais vu auparavant ? Cela m'intrigue alors que je me demande aussi si elle est consciente qu'elle se trouve tout près d'un établissement appartenant à l'Eglise et surtout dans lequel l'Archevêque s'est déjà rendue à plusieurs reprises. Saisissant la carte entre nous pour me décider, je reste médusée par la quantité impressionnante de variétés de thés différents proposés. Je ne suis pas grande amatrice de ce breuvage je dois dire et je n'ai pas la moindre idée de quel goût choisir.

—Je vous conseille celui tout en haut de la liste, c'est l'un des meilleurs et je suis certaine que vous l'apprécierez.

Mes yeux se lèvent sur elle en même temps que remonte l'un de mes sourcils, dubitative qu'elle soit sûre de ce qu'elle affirme sans pourtant me connaitre. Je reporte ensuite le regard sur la ligne qu'elle m'indique avant qu'un sourire amusé n'apparaisse sur mes lèvres presque malgré moi.

—C'est parce que ce thé porte votre nom que vous faites preuve d'une telle présomption ?

—Vous vous méprenez, je vous le conseille seulement car le thé Hresvelg à la meilleure réputation.

—Je me range à votre avis dans ce cas, je jugerais de la véracité de vos assertions.

Je laisse planer ma phrase teintée d'un double sens un instant avant que la serveuse ne vienne prendre nos commandes. Elle prend la mienne mais ne demande même pas à la jeune héritière ce qu'elle souhaite, le sachant déjà apparemment. Visiblement elle disait vrai en m'indiquant qu'elle est une habituée du salon.

—Bien, je crois que vous me devez quelques explications Edelgard.

—En effet, mais êtes-vous prête à les entendre ?

—Peu importe, je dois savoir.

Nous sommes interrompues lorsque nos commandes arrivent et bien que le thé Hresvelg sente particulièrement bon ce n'est pas la senteur qui domine à notre table. La tasse de mon élève, fumante et odorante, est finalement déposée devant elle également et ce parfum qu'elle exhale m'est familier. Il semble que ces révélations auront lieux alors que nous sommes enveloppées par le délicat arôme que j'ai déjà pu respirer, semé dans le sillage de la déléguée. Caressant mes sens, douce mais pourtant acidulée comme sa propriétaire, la fragrance de la Bergamote flotte dans l'air.