Hello! Voilà la suite de cette histoire! Alors? Alors? Enfin des révélations? Et bien...oui! Enfin hein? XD Enfin pas tout non plus mais un peu quand même on va dire.

Merci à ceux qui lisent et laissent une review!

Bonne lecture!


De l'eau chaude aromatisée, qui aurait cru que ce soit si bon ? Pourtant, me voilà le nez plongé dans ma tasse tout en gardant Edelgard dans mon champ de vision alors qu'elle porte elle-même son propre breuvage à ses lèvres. Toutefois, elle est bien plus maniérée que je ne le suis et je peux même voir son auriculaire se lever en prenant sa porcelaine. Je cache mon sourire moqueur devant cette attitude qui lui correspond si bien mais elle ne semble pas dupe de mon amusement à la voir faire puisqu'aussitôt son petit doigt revient se coller avec les autres. Je fais semblant de n'avoir rien vu et reprends un visage impassible en reposant le liquide chaud que j'ai déjà bu de moitié. Je n'ai pas ajouté de sucre d'ailleurs, l'arôme du thé Hresvelg se suffit à lui-même pour moi. Contrairement à mon élève qui elle ne s'est pas privée d'y verser une quantité plutôt impressionnante.

—Bien, dit-elle après une dernière gorgée, que voulez-vous savoir ?

Tout. Puisque visiblement je ne sais rien de toute la situation et que j'en ai assez de n'être qu'un pion ignorant que l'on déplace au gré des envies des joueurs de cette partie d'échec. Je lève un sourcil dubitatif pour montrer comme cette question est désuète tant tout ce qu'elle pourrait me dire a son importance de toute façon.

—Je suppose que vu la somme de questions que vous devez avoir j'ai beaucoup de choix dans ce que je vais vous dire, répond-elle à sa propre question en soufflant légèrement.

Elle commence alors par me demander si j'ai lu le journal de mon père. Je m'étonne à peine qu'elle en connaisse l'existence car y a-t-il quelque chose qu'elle ne sache pas finalement ? Lorsque je lui réponds par l'affirmative, elle me raconte qu'en effet j'ai deviné juste, elle fut bien l'enfant que mon père sauva au lieu de l'exécuter.

—Mais pour quelle raison devait-il vous tuer ?

Elle ne sourcille même pas devant ma formulation abrupte de l'éventualité de sa mort à cette époque. Cette enfant…jeune femme à présent, a vraiment vécu bien trop de choses à son âge pour que la mention de son décès ne l'ébranle pas un instant.

—Professeur, soyons transparentes, je sais parfaitement que vous appartenez à la mafia de l'Eglise, tout comme votre père avant vous.

Je ne cherche pas à nier, c'est plutôt évident à ce stade. J'hoche la tête sans un mot, attendant qu'elle poursuive.

—L'Eglise fonctionne par la dîme qu'elle recueille auprès des grandes puissances du pays qu'elle « protège » n'est-ce pas ?

—Où voulez-vous en venir Edelgard ?

—De qui nous protège-t-on ? Ma famille, les Hresvelg, est certainement votre plus gros donateur ou investisseur, appelez cela comme vous voulez. En échange nous devions être protégé et pourtant, je suis la seule héritière, tous mes frères et sœurs ayant perdu la vie…

Je reste muette, ne sachant que lui répondre. Je me souviens avoir lu cette information, quelques semaines auparavant dans le dossier que Rhea m'a remis pour me renseigner sur elle, ma cible. Mais les raisons, la cause de la mort de sa famille étaient censurées… Qu'a-t-il bien pu leur arriver ? Est-ce la faute de l'Eglise ou bien de ceux dont la mafia est censée protéger Fodlan ?

—Pardonnez-moi, au lieu de vous éclairer je ne vous apporte que plus de questions en fin de compte.

—En effet, mais pas seulement. Je vous en prie, continuez, je lui enjoins.

—Vous devez vous souvenir de cet emblème que je vous ai montré l'autre fois n'est-ce pas ? Celui que je porte et qui était identique à celui de Jeralt.

—Pourquoi portez-vous le même ? Je veux bien que mon père ait sauvé votre vie étant enfant mais cela n'explique pas que vous partagiez cette marque que je ne comprends même pas.

—Il s'agit de l'emblème de Seiros et ce nom ne doit pas vous être inconnu si j'en crois votre expression.

—C'est exact puisqu'il s'agit du nom officiel de l'Eglise.

—Tout à fait. Ces emblèmes sont en fait la représentation de notre allégeance Professeur. Je porte cette marque car ma famille soutient l'Eglise.

—Mais et l'autre alors ? Celle que nous partageons ?

Elle ouvre de grands yeux surpris suite à ma question.

—Ne faites pas l'étonnée, j'ai lu le journal vous vous souvenez ? Il n'était pas difficile d'en arriver à cette conclusion, n'insultez pas non plus mon intelligence.

Je la vois sourire largement suite à ma réplique qui dévoile que cela me froisse quelque peu qu'elle puisse penser que je n'ai pas assemblé un minimum le puzzle chaotique de la situation. La jeune héritière passe une main gantée de blanc dans ses mèches avec lesquelles elle se confond un bref instant avant de me répondre.

—Je ne me permettrais pas Professeur. Je doute en effet que l'exécutrice de l'Eglise soit dénuée d'intelligence ou bien ce choix de votre personne pour un tel rôle ne serait pas très judicieux.

Encore une fois me voilà sans voix quand elle mentionne mon titre exact toujours sans la moindre émotion, le moindre vacillement dans la voix et ses yeux parme rivés sur moi sans ciller une seconde. Sait-elle ? A-t-elle seulement idée que je suis celle qui est chargée de l'envoyer rejoindre sa fratrie déjà décédée ? Et si c'est bien le cas, pourquoi continuer à me côtoyer et me livrer ces informations ? Voilà des questions que je ne peux et ne dois pas lui poser. Elle porte de nouveau sa tasse à ses lèvres, ses prunelles me détaillants toujours. Peut-être cherche-t-elle une confirmation de ce qu'elle croit deviner si elle ne sait pas en vérité. Comme un reflet de ses mouvements, j'attrape moi aussi mon thé pour le terminer en une gorgée. Elle ne devinera rien, je suis bien trop entrainée à ne rien laisser paraitre, à ne rien ressentir… Quand je le décide.

—Cette marque, reprend-elle après avoir bu, que nous partageons en effet est celle de ceux qui œuvre dans l'ombre. Ceux desquels l'Eglise est censée nous protéger justement.

—Mais qui diable sont-ils ?

Je perds patience, tapant du poing sur la table ce qui fait vaciller nos tasses et le sucrier. L'étudiante ne bronche pas devant mon évidente colère et impuissance mêlées que je laisse éclater. Je regrette aussitôt mon geste d'humeur. Passe encore que Dorothea m'ait vu abandonner tout semblant de calme mais devant la déléguée cela me dérange bien plus même si j'ignore pour quelle raison.

—Pardonnez-moi, je me suis emportée.

—Habitez-vous loin d'ici ?

Sa question soudaine, sortie littéralement de nulle part pour le coup, me désarçonne. Mais je me suis suffisamment donnée en spectacle pour de nouveau laisser voir qu'elle détient le pouvoir de me perturber plus que je ne veuille l'admettre. Je prends donc bien le temps d'être certaine que ma voix ne tremblera pas avant de lui répondre.

—Quelques minutes à moto, pourquoi cela ?

—Il est des informations trop sensibles pour être divulguées dans un lieu public tel que celui-ci. Chez vous au moins nous aurons la garantie de ne pas être écoutées à notre insu.

Si j'ai très rarement sinon jamais l'habitude de me rendre chez des gens, c'est encore plus vrai lorsqu'il s'agit d'inviter les dits gens chez moi. Personne ne peut se targuer d'avoir franchit le pas de ma porte, pas une seule fois et pourtant… Pourtant me voilà à accepter de la recevoir presque malgré moi, n'ayant en tête que l'idée que je vais très prochainement retrouver la sensation de son corps contre le mien pour une nouvelle traversée urbaine. Seigneur, quelles sont ces pensées ridicules qui me traverses aujourd'hui décidément ? Je devrais bien plus me préoccuper de la sensibilité des informations que la jeune femme enfilant de nouveau mon second casque souhaite me communiquer.

Je n'ai qu'une conclusion qui me vient à l'esprit lorsque nous arrivons au bas de mon immeuble quelconque : je m'habitue bien trop vite et facilement à la présence de cet Aigle près de moi. Comment expliquer sinon toutes ces sensations étranges qui me viennent quand nous sommes aussi proches que sur ma bécane ? J'ai presque froid quand elle défait son étreinte pour descendre une fois que j'ai coupé le moteur et sortit la béquille. Je l'observe encore ôter sa protection de sa tête puis détailler mon quartier tout ce qu'il y a de plus banal. Elle m'interroge ensuite du regard et je tourne les talons pour la mener vers l'entrée et l'ascenseur. Le voyage jusqu'à mon étage ne dure guère longtemps, juste assez pour qu'encore une fois je la regarde à la dérobée.

Elle a l'air si sûre d'elle, dégageant une grâce et une prestance naturelle. Une aura difficilement occultable pour qui est doué d'un minimum de sensibilité ou dans une moindre mesure du sens de la vue. Mais est-ce vraiment elle tout ceci ? Parfois lorsque je l'observais de loin à l'Académie j'avais l'impression d'assister à une mascarade, une représentation durant laquelle elle s'efforce de jouer un rôle bien précis mais qui n'est pas le reflet de qui elle est en réalité. C'est ironique mais les seuls véritables moments où j'ai eu l'impression de la percevoir sans artifices étaient lorsque son visage m'était caché par son masque d'escrime. Son fleuret m'affrontant ne mentait pas quand elle semble le faire en tout temps.

La clé tournant dans la serrure de mon appartement, je m'interroge une nouvelle fois sur qui est vraiment Edelgard von Hresvelg pour avoir réussis, tout en pourtant se dissimulant, à attirer autant mon attention quand les autres me laissent indifférente le reste du temps. Qu'elle me fût désignée comme cible a de fait orienté mon regard vers elle, c'est évident, mais j'ai le sentiment que même sans cela elle m'aurait attirée immanquablement. Posant mon équipement dans l'entrée comme j'en ai l'habitude, j'essaie de me souvenir comment Dorothea m'a accueillie chez elle l'autre fois. Ah, bien sûr, le salon. J'indique à mon invitée inopinée de m'y suivre et de s'y installer avant de passer une main perplexe dans ma crinière bleuet.

Que faire à présent ? Discuter immédiatement ? Non, ce serait un peu abrupte j'imagine de la laisser penser que je ne veux que les informations qu'elle détient. Lui proposer à boire ? Idiote, elle n'est pas majeure comme notre espionne. Me voilà à court d'idées sur lesquelles m'appuyer quand c'est elle qui prend la parole.

—Dorothea m'avait prévenue que vous ne seriez peut-être pas très à l'aise, je constate qu'elle disait vrai.

—Je constate quant à moi que vous vous moquez aussi bien qu'elle sait le faire.

Je constate en plus de cela que notre espionne et la déléguée sont bien proches pour qu'elle ait connaissance de l'entrevue devenue nuitée que j'ai passée chez la chanteuse. Je décide de provoquer un peu la jeune héritière pour voir jusqu'où les détails de cette soirée lui sont connus.

—Hélas, je crains que je ne puisse vous offrir un verre comme me le proposa si aimablement cette chère Dorothea justement.

Je vois l'une des mains toute de blanc vêtue se crisper légèrement et la position de mon interlocutrice se faire un peu plus tendue. Hum… voilà qui est intéressant car il semble que ce petit oiseau ne soit pas autant de marbre qu'elle le prétend. Soudain me vient une idée pour détendre de nouveau l'atmosphère à présent que j'ai eu ma confirmation.

—Je peux en revanche vous proposer quelques douceurs sucrées que je pense sans me tromper vous saurez apprécier.

On dirait presque que j'ai dit un mot magique car je vois s'allumer dans ses prunelles une étincelle. Ouvrant mon placard, j'attrape ce dont j'ai besoin avant de le refermer pour venir près d'elle avec à la main une tablette de chocolat. J'ouvre l'emballage et en casse un ou deux carreaux avant de les lui tendre.

—Peut-être devriez-vous vous délester de vos gants si vous ne souhaitez pas qu'ils finissent tâchés.

Je penche la tête sur le côté en la voyant hésiter. Elle dévoile finalement sa première main marquée du sceau de son allégeance à l'Eglise. L'emblème de Seiros semble presque briller ainsi dessiné en noir sur sa peau d'ivoire. Alors qu'elle s'apprête à enlever son second gant, elle hésite à nouveau. Je me remémore alors que dans son journal mon père parlait de sa seconde marque identique à la mienne. Celle-ci cependant n'est pas tatouée comme l'est la première mais déchire plutôt sa chair. Reposant le chocolat sur la table basse où le journal trône toujours justement, j'attrape ensuite sa main encore gantée dans les miennes.

—Professeur ? interroge-t-elle surprise mais sans pourtant se dégager de ma prise.

J'ancre mes orbes dans le parme brillant de ses yeux saisissants tandis que je fais lentement mais sûrement glisser le vêtement. Je ne la quitte toujours pas du regard alors que je sens maintenant la douceur de sa paume me caresser. Je recouvre le dessus de cette main qui semble si frêle entre les miennes et je peux bientôt frôler la bordure de ce dessin que nous partageons. Mon cœur s'emballe en écho au sien que je ressens pulser dans son poignet fin. Je lui demande silencieusement la permission de baisser les yeux, prête à renoncer si elle ne me la donne pas. Elle plisse le regard un instant, comme s'interrogeant si oui ou non elle va me donner son accord, puis me prive de cet éclat parme en fermant les paupières une seconde avant d'hocher lentement la tête.

Je quitte presque à regret ses iris qui semblent s'être quelque peu embués pour enfin poser mes yeux sur le dos de sa deuxième main. Cette marque familière, comme il est étrange de la détailler sur quelqu'un d'autre que moi. Mais là où la mienne est faite des mêmes lignes foncées que son emblème de l'Eglise, la sienne est matérialisée sous la forme d'entrelacs blanchâtres sur sa peau pâle. Peut-être ne suis-je pas objective, je n'en sais rien, mais je trouve que cela est loin d'être aussi laid qu'elle doive le couvrir en permanence. Bien sûr, je suis consciente que pareille cicatrice doit avoir été très douloureuse en plus de ne pas arborer le même aspect lorsqu'elle lui fut infligée. Sans y penser, mes doigts se posent dessus et en redessinent les contours en relief. Une légère crispation du membre que je tiens encore attire mon attention sur sa propriétaire.

Relevant la tête, je me rends compte que la buée que j'ai aperçue tout à l'heure dans ses yeux s'est changée en perles salées que la jeune femme tente à grand peine de retenir. L'une d'elle glisse pourtant insidieusement sur sa joue et cette vision me bouleverse bien plus que quoique ce soit d'autre ne l'a jamais fait. Percevoir pour la toute première fois sa vulnérabilité provoque à son tour mon émoi. Serrant doucement cette main qui fut blessée, je porte l'une des miennes à son visage pour essuyer cette larme qu'elle a laissé échapper.

—Qui vous a infligé cela Edelgard ? je souffle doucement. Dites-le-moi.

—L'autre mafia qui dispute le contrôle de Fodlan à l'Eglise mais dont les méthodes sont bien plus immorales que ne le seront jamais les vôtres… Les Serpents des ténèbres…