A Poudlard, le temps défilait et le mois de janvier laissait déjà place au mois de février. Alors que les élèves profitaient de la chaleur du château pour se retrouver avec leurs amis autour du feu. Trois rousses s'enfonçaient dans un couloir oublié pour pénétrer dans une salle vide.

"Vous êtes sûres qu'on n'a pas été suivies, s'inquiéta Chloé en fermant la porte.

-Aucun risque, assura Ginny, nous sommes bien trop rapides."

Cette affirmation sembla convaincre les jumelles qui ne contredirent pas leur amie.

"Alors, j'attends vos exploits ! s'impatienta Ginny.

-En discutant avec notre mère et Harry, on a eu une meilleure idée des pouvoirs, c'est finalement assez amusant ! expliqua Juliette."

Ginny observait ses amies avec des yeux brillants. Sa curiosité était plus que jamais piquée. Chloé accepta de ne pas faire durer le suspense plus longtemps et, d'un simple regard, alluma le feu de la cheminée:

"Waw, trop bien ! Et vous pouvez l'éteindre ?"

D'un sourire, les jumelles mirent fin au crépitement.

"Je n'aurais plus jamais froid avec vous ! s'enthousiasma Ginny.

-Non, ça ne risque pas ! affirma Juliette en se rapprochant de Ginny."

Elle tendit la main et sous les yeux impressionnés de Ginny, l'enflamma.

Ginny sauta de sa chaise et se précipita à l'autre bout de la salle. Les jumelles l'observaient en riant. Les mains de Chloé se joignirent à celles de sa sœur et les flammes s'amplifièrent sous les yeux émerveillés de Ginny.

« Mais c'est incroyable ! souffla-t-elle. »

Elle ne bougeait plus. Son sourire sincère témoignait de la joie qu'elle avait de partager cela avec les deux filles.

« Dommage que nous devions garder cela secret, souligna Juliette.

-On pourrait faire tellement peur avec ça ! ricana Chloé.

-Vous savez, je crois qu'on est déjà un peu terrifiante, nota Ginny.

-C'est sûr que les gens n'ont pas besoin de ça pour nous craindre ! approuva Juliette en jonglant avec des boules de feu. »

Ginny ne cessait d'être surprise à chaque nouvelle forme que prenaient les flammes habilement maniées par Juliette et Chloé.

« Ce qui est vraiment dommage, c'est que je ne puisse pas faire tout ça, vous êtes sûres qu'il n'y a pas un moyen d'étendre ces pouvoirs pour les transmettre, demanda Ginny avec espoir. »

Les deux sœurs se regardèrent en réfléchissant et haussèrent les épaules.

« Je te rappelle que tu n'es même pas censée être au courant de ces pouvoirs, raisonna Juliette.

-Mais de toutes façons, ces pouvoirs sont héréditaires… soupira Chloé.

-Si nos mères ont réussi à transmettre certaines de leurs capacités à nos pères, c'est parce qu'ils s'aimaient.

-Oui, expliqua Chloé, c'était un cas particulier, déjà pour être transmise, la magie des Quatre Eléments doit être fluide et ses représentants unis… Ce qui n'est pas du tout le cas en ce moment, et, surtout, c'est l'amour sincère et total qui permet le partage de cette magie.

-C'est ça, confirma Juliette, c'est plus le partage de la magie que la transmission des pouvoirs. »

Ginny acquiesça avec un air sérieux.

« Donc, à moins que tu sois destiné à un membre de notre famille étendue, on jettera des flammes à ta place, mais ne t'inquiète pas, on sera toujours là pour t'aider, conclut Chloé.

-Et tes chauves-furies peuvent sûrement s'associer à notre feu, ça donnera une explosion intéressante, rit Juliette. »

Chloé trouvait cette idée très intéressante et félicitait sa sœur alors que Ginny acquiesçait sans vraiment écouter. Elle s'était arrêtée à la réflexion anodine de Chloé. C'était par amour que se transmettait le pouvoir des éléments. Or, elle était amoureuse, toujours aussi intensément, d'un enfant des Maraudeurs, un autre enfant du feu, de surcroît.

Ginny soupira en imaginant Harry jouer avec ses mains enflammées de la même manière que Chloé et Juliette. Elle visualisait son regard émeraude s'illuminer face à ce feu magique et son sourire quand il arborerait fièrement sa nouvelle capacité.

« Ginny, tu rêves ? l'interpela Chloé. »

Ginny secoua la tête et reprit un sourire machiavélique.

« J'imaginais tous les sorts qu'on pouvait lancer avec le feu ! rit-elle.

-Oui, c'est exactement ce qu'on disait, reprit Juliette, le chauve-feu-rie fera un malheur ! »

Les trois amies explosèrent de rire avant de se lancer dans un tas de théories farfelues sur leurs pouvoirs et comment les développer.

L'après-midi avançait et il fut bientôt temps pour les trois rousses de rejoindre la Grande Salle pour le dîner. Elles aimaient être parmi les premières pour s'installer à leur place habituelle et profiter des meilleurs mets.

Elles sortirent donc de leur salle désaffectée et se dépêchèrent de se rendre dans un couloir plus fréquenté.

« Vous pensez que personne ne nous a vu ? chuchota Ginny.

-Tu rigoles, il n'y a jamais personne, dit Chloé.

-Même les tableaux n'y croyaient pas quand ils nous ont vues, alors ils n'ont clairement pas croisé d'autres élèves avant nous. »

Ginny acquiesça, rassurée. Depuis qu'elle était au courant du secret qui liait les enfants des Maraudeurs, elle se sentait privilégiée et son orgueil avait très envie qu'elle reste la seule à en savoir autant.

« Même les amoureux ne vont pas dans ces couloirs, renchérit Chloé, ils sont vraiment trop glauques !

-En revanche, dans celui-là, ils ne se gênent pas, indiqua Juliette en pointant un banc solitaire occupé par deux élèves. »

Si le couloir dans lequel se trouvaient les filles était plus fréquenté que les allées abandonnées de Poudlard, il restait éloigné de la Grande Salle et devait permettre une certaine intimité aux courageux qui s'y invitaient.

Malheureusement pour Ethan Brooks et sa partenaire du moment, leur isolement n'avait été que de courtes durées.

Si Ethan avait ignoré les élèves qui les avaient regardés alors qu'il sortait de la salle commune au bras de Romilda Vane, il fut tout de suite plus gêné quand il reconnut la voix des jumelles Potter.

« Ne vous dérangez pas pour nous ! se moqua Chloé.

-On ne te demande pas ton avis, rétorqua Romilda, pas vrai mon cœur. »

Romilda fut la seule à ne pas noter la grimace qu'Ethan fit quand il entendit le petit surnom affectif qu'elle lui avait donné.

« C'est pathétique, s'exaspéra Chloé, tu pourrais être un peu plus respectueux.

-Il faudrait qu'il arrête de considérer Poudlard comme un terrain de chasse, renchérit Juliette. »

Alors que Ginny en rajoutait, Ethan se crispait. Romilda essayait tant bien que mal de répondre à sa place mais elle ne faisait que le ridiculiser.

Ethan ne se reconnaissait pas. Face aux filles, il n'était que séduction ou provocation, mais, leurs commentaires accompagnés du regard dégoûté de Chloé le perturbaient.

Il laissa échapper un soupir tandis que les trois rousses s'éloignaient.

« Ce sont de vraies pestes ! se plaignit Romilda, je me demande comment Harry et Ron font pour les supporter.

-Ce sont leurs sœurs, et elles ne sont pas si terribles, les défendit Ethan en se souvenant de ses vacances d'été plutôt agréables chez les Potter.

-Je sais qu'ils n'ont pas le choix, concéda Romilda d'une voix grinçante, mais elles ne méritent pas autant de lumière donnée juste par leurs noms de famille. »

Ethan avait en tête une dizaine d'arguments qu'il aurait pu exposer à Romilda pour lui expliquer en quoi elle avait tort mais il ne voulait pas faire durer la conversation. Il était déjà perturbé par le comportement des sœurs de ses amis qu'il ne voulait pas s'exaspérer du comportement de Romilda. Il en avait déjà assez de ses mièvreries et de ses réflexions injustifiées.

Il ne prononça pas le moindre mot. Il se leva simplement et se rendit dans la salle commune, laissant Romilda déblatérer des propos sûrement abjects. Mais Ethan ne les écoutait pas, il était plongé dans ses pensées et essayait désespérément de comprendre ce qui le dérangeait tant dans la réaction des trois rousses. Après tout, il commençait à se faire une petite réputation auprès de la gente féminine et avait pris l'habitude de ces remarques.

Ce devait être précisément parce qu'il s'agissait des sœurs de Ron et Harry qu'il se sentait jugé. Il ne les connaissait que très peu à Poudlard et discutait plus avec elles pendant les vacances. Ce devait être pour cela qu'il se sentait mal.

Satisfait de son raisonnement, Ethan pénétra dans la salle commune de Gryffondor. Il ne prêta pas attention au mielleux au revoir de Romilda. En revanche, il eut un regard amusé pour Ron qui se tenait debout contre une fenêtre. Face à lui, Lavande Brown s'agitait. Elle passait fréquemment sa main dans les cheveux et se laissait aller à des rire niais et bien trop exagérés pour qu'ils soient uniquement dus à des blagues de Ron.

Ethan hésita à se moquer de son ami tant il était difficile de distinguer s'il était flatté de l'intérêt de Lavande ou gêné de son insistance car, vu comment Ron était coincé entre les carreaux et Lavande, il n'avait plus d'échappatoire pour écouter sa camarade.

Ethan décida d'ignorer cette scène et se dirigea vers les canapés où étaient installés ses amis.

Ron vit son ami s'éloigner et fut soulager. Il était suffisamment mal à l'aise pour supporter les railleries d'Ethan.

Lavande l'avait accaparé dès qu'il était sorti de sa chambre et Ron n'avait pas osé dire non à une entrevue privée. Curieusement, il semblait apprécier cet échange. C'était la première fois qu'il avait l'impression de plaire à quelqu'un et ses expressions légèrement niaises ne pouvaient effacer son joli sourire et son regard résolument intéressé.

« Et pour le bal, répéta Lavande pour la troisième fois.

-Euh, je n'y ai pas encore réfléchi, avoua Ron.

-Mais c'est dans très peu de temps ! s'exclama Lavande.

-Oui, mais je n'y ai pas accordé beaucoup d'importance.

-Tu devrais, pourtant, suggéra Lavande en battant des cils. »

Si Ron avait compris que l'intérêt que lui vouait Lavande était plus qu'amical, il était encore loin de déceler tous ses stratagèmes.

« Ah bon ? Tu y as déjà réfléchi toi ?

-Euh… balbutia-t-elle.

-Tu y vas avec qui alors ? »

Lavande releva soudainement la tête, en se demandant comment Ron pouvait être si naïf et lui poser une telle question. Elle ne s'en formalisa pas puisqu'elle reprit son regard tendre et, dans un petit sourire coquin, lui dit.

« Bah, c'est-à-dire, en fait…

-En fait quoi ? s'enquit Ron, absolument pas attendri par son hésitation.

-C'est que je suis un peu timide, minauda-t-elle.

-Ah bon ? s'étonna Ron, pourtant tu es plutôt de celles qu'on entend le plus quand tu bavardes avec Parvati. »

Lavande eut une mine choquée mais cela ne dura que quelques secondes. Elle retomba vite dans ses sourires amoureux et ses yeux de biche.

« Oui, mais là c'est plus intime.

-Plus intime ? répéta Ron. »

Il était tellement gêné par cette remarque que son visage avait viré au rouge pivoine, même ses oreilles semblaient pouvoir prendre feu à tout instant.

« Tu es tellement craquant quand tu réagis comme ça, s'enthousiasma Lavande, accentuant encore l'effet de ses propos sur le visage de Ron. »

Elle prit sa main dans la sienne et la caressa calmement.

« Tu sais, je te comprends cela peut être gênant, mais il faut que tu oses, tu es courageux, Ron, je le sais.

-Que… que j'ose quoi ? balbutia Ron.

-Oh, sourit Lavande, je veux bien faire comme si je n'avais pas compris, mais ce serait te faire passer pour un imbécile, et tu n'es pas un imbécile.

-De quoi tu parles ! »

Ron était perdu. A vrai dire, il ne voyait toujours pas où Lavande voulait en venir.

« Bon, je te rassure, j'accepte ! déclara-t-elle.

-Pour le bal, j'accepte, insista-t-elle, je vois bien que tu veux que je te demande, parce que tu n'oses pas le faire… Mais je vais t'avouer quelque chose, j'avais également envie que tu me demandes.

-Hein ? Quoi ?

-C'est d'accord, nous irons au bal tous les deux ! »

Elle ne lui laissa pas le temps de finir et se mit sur la pointe des pieds pour déposer un rapide baiser sur sa joue. Le teint de Ron redevint aussi rouge que quelques minutes auparavant et il la regarda sortir de la salle commune sans bouger.

Il n'avait toujours pas retrouvé ses esprits quand il rejoignit ses amis.

« Qu'est-ce qu'il t'arrive, Ron ? s'enquit Clarisse, tu es tout blanc.

-Euh… balbutia-t-il, je crois que je viens d'inviter Lavande Brown au bal de la Saint-Valentin.

-Tu quoi ? »

Tout le monde se tourna vers Hermione. Cette dernière avait surpris ses amis en réagissant si vivement alors que chacun laissait à son cerveau le temps de comprendre la nouvelle.

« Comment ça, tu crois ? reprit Harry.

-Bah… c'est-à-dire que… hésita-t-il, je ne sais pas vraiment si c'est elle ou moi qui avons invité l'autre. »

Ron repassait la discussion dans sa tête, mais il ne semblait pas vraiment réaliser ce qu'il s'était passé.

« Et du coup, elle a accepté ? ou tu as accepté ? s'impatientait Harry.

-Euh, oui, enfin je crois.

-Il faudrait que tu arrêtes de croire Ronald, s'énerva Hermione, vas-tu au bal avec Lavande Brown ? »

Ron ne se formalisa pas du ton d'Hermione qui était à la limite de l'irrespect, il regarda ses pieds en essayant encore une fois de comprendre ce qu'il se passait. Un sourire franc naissait sur son visage alors qu'il relevait la tête avec fierté.

« Oui, je vais au bal avec Lavande Brown ! s'exclama-t-il fièrement. »

Harry, Neville et Ethan s'amusèrent de l'expression béate de leur ami et l'applaudirent tandis qu'Hermione grommelait méchamment :

« Tu vas te coltiner une pouf toute la soirée ! Quelle chance !

-Ce n'est pas une pouf ! protesta Ron, Lavande est très gentille !

-Tu t'es déjà fait avoir par ses techniques de drague sans classe, souffla Hermione. »

Ron parut choqué de cette remarque, mais n'eut pas le temps de répliquer qu'Harry mettait un terme à la dispute entre ses deux amis.

« Si tu veux, on ira tous les deux ensemble au bal, Hermione ! comme ça, nous on ne se fera pas avoir par les absurdités de la saint-Valentin et on laisser les autres dans leurs délires. »

Hermione se tourna vers Harry, elle acquiesça, soulagée d'avoir trouvé un cavalier, même s'il s'agissait de son meilleur ami. Mais elle ne quitta pas sa mine tendue pour autant.

« Il faudrait que je trouve une cavalière, marmonna Ethan, plus pour lui-même que pour ses amis.

-Euh, celle avec qui tu étais tout à l'heure, non ? proposa Hermione d'une voix criarde. »

Cette fois-ci, Harry haussa les épaules et ne tenta pas de calmer son amie. Après tout, il ne cautionnait pas vraiment le comportement d'Ethan. Même s'il riait beaucoup quand ce dernier racontait ses exploits et nouvelles tentatives de drague, il ne pouvait s'empêcher de se sentir mal pour les pauvres filles qui se faisaient avoir.

« Les sœurs d'Harry et Ron, je ne pense pas que ce soit la meilleure option.

-Tu étais avec mes sœurs ! s'écria Harry en se levant. »

Harry avait déjà la main dans sa poche pour brandir sa baguette alors que Ron jetait à son ami un regard tout aussi menaçant. Ethan s'empressa de rétablir la vérité.

« Non, je n'étais pas avec tes sœurs, enfin pas comme tu l'entends Harry, je les ai juste croisées quand j'étais avec… »

Il marqua une pause et son regard s'illumina lorsqu'il comprit qu'Hermione n'avait pas pensé à Ginny, Juliette et Chloé.

« … Ah mais tu parlais de cette fille… Elle s'appelle comment déjà ? »

Harry et Neville explosèrent de rire. Clarisse et Jane avaient un regard choqué, mais ne se permirent pas de commenter. Quant à Hermione, très irascible à cet instant, elle osa formuler tout haut ce que les filles pensaient tout bas.

« Mais tu es insupportable, Ethan, tu n'as aucun respect pour cette pauvre Romilda ! Ni pour toutes les autres filles, d'ailleurs…

-Oh, Hermione, tu me lâches s'il te plaît ! soupira Ethan, je ne t'ai pas demandé ton avis, et tu es de mauvaise humeur… On a déjà Elsa qui fait la tête depuis un mois…

-Quoi ? Mais je ne fais pas la gueule, protesta la blonde qui n'avait pas prononcé un mot de l'après-midi. »

Entre Hermione qui bouillait de l'intérieur et Elsa qui réagissait enfin à la conversation, Ethan se sentit soudainement pris au piège. Quoi qu'il dise, il se verrait renvoyer ses remarques comme des reproches à son encontre. Mais Ethan était courageux. Il avait certes de nombreux défauts mais son courage ne l'abandonnait jamais. Ce fut donc avec fierté qu'il adressa un sourire machiavélique à Elsa avant de lui dire.

« Ne fais pas comme si tu ne faisais pas exprès Elsa, tu es d'une humeur massacrante depuis la rentrée et, quand tu daignes nous parler, ce n'est que pour nous insulter !

-Tu exagères, rétorqua Elsa, choquée.

-Non, je t'assure, tu nous parles vraiment ma, parfois, enfonça Ethan, même quand tu parlais à Zabini, tu n'étais pas si violente ! »

A la mention de Blaise, Elsa sentit tout son corps se tendre. Elle ne savait si cela était signe de l'énervement et la haine qu'il lui inspirait toujours ou celui du souvenir brûlant de ses mains et ses lèvres contre elle.

« Tu dis n'importe quoi, s'emporta Elsa. Je suis calme, et je vous laisse tranquille depuis un moi et tu me compares à Zabini.

-Alors techniquement, tu n'as rien à voir avec Zabini, se défendit Ethan, sans conviction.

-Eh bien, tu as gagné, conclut Elsa en se levant, maintenant je suis énervée. »

Elle ne pouvait laisser transparaître les émotions qui la traversaient quand elle pensait au Serpentard. Elle avait donc pris cette échappatoire pour éviter les suppositions gênantes de ses amis et les regards inquiets de Neville.

Elsa se leva soudainement et se précipita vers sa chambre. Elle ne prit pas le temps de regarder ses amis. Elle avait bien trop peur de se trahir.

Clarisse soupira en la suivant du regard.

« Tu aurais pu faire un effort, pour une fois qu'elle te laissait tranquille, ça ne servait à rien de se défouler sur elle… reprocha Neville.

-Tu n'es pas objectif, nota Ethan, il s'agit de ta sœur.

-Oui, mais, objectif ou pas, on doit aller rechercher Elsa pour aller dans la Grande Salle, se plaignit Harry. Elle sera encore plus énervée si on ne l'attend pas.

-Ah ! Non, protesta Ron, on est déjà en retard pour le dîner, et j'ai super faim.

-Pourquoi ça ne m'étonne pas ? souffla Hermione qui n'était pas loin de rejoindre Elsa dans son énervement. »

Personne ne réagit à la remarque d'Hermione, il ne fallait pas l'énerver davantage ou il n'y aurait pas une mais deux filles à attendre pour le dîner.

« Bon, je vais la chercher, proposa Clarisse pour détendre l'atmosphère, vous n'avez qu'à m'attendre, pour ceux qui veulent.

-Et ceux qui ne veulent pas ? s'enquit Ron en tenant son vendre qui gargouillait déjà, et ceux qui ne PEUVENT pas ?

-Pff, soupira Dean, en tentant de maîtriser le regard assassin d'Hermione, on va éviter une guerre et je vais t'accompagner dans la Grande Salle, vous nous rejoindrez plus tard. »

Jane remercia Dean du regard et laissa les deux garçons. Elle reporta son attention sur Hermione qui était prête à tacler la prochaine remarque d'un de leurs camarades.

Dean poussa la porte de la salle commune et se sentit soulagé d'avoir coupé cette conversation tendue.

« Merci Dean, j'avais vraiment fin ! »

Dean adressa un sourire à son ami. Ce dernier était parfois un peu rustre et naïf, mais il était d'une franchise incroyable.

« Parfois, ton estomac est trop important, tu te rends compte que tes amies ne sont pas en forme.

-Hermione ? Oh, elle s'en remettra, elle ne fait que me critiquer alors ça lui fera le plus grand plaisir de se lâcher sur moi et d'avoir un nouveau reproche. »

Dean haussa les épaules. Il connaissait la forte amitié qui liait Ron, Hermione et Harry, et avait l'habitude de voir son ami la critiquer. Il ne prit pas le temps de défendre Hermione, car il fut accaparé par la vision de Roxane Lupin qui arrivait face à eux. Ils étaient à hauteur de la porte de la Grande Salle et la Serpentard devait rejoindre ses amis pour dîner avec eux.

Elle courait vers l'entrée en laissant ses cheveux bruns voler et son uniforme flottait avec grâce derrière elle.

Quand elle aperçut les deux garçons, Roxane eut un sourire. Elle avait souvent vu Ron pendant les vacances quand il venait chez Harry et avait découvert Dean lors des quelques échanges qu'elle avait eus avec les Gryffondor.

« Hey, Roxane, comment vas-tu ? salua Dean avec un grand sourire. »

Roxane reconnut ses dents blanches et ses yeux bruns lumineux qui laissaient transparaître de la bienveillance. Soudainement, son retard et ses amis l'attendant à table avaient disparu de son esprit. Elle n'accordait de l'importance qu'aux paroles de Dean.

« Euh… balbutia-t-elle essoufflée, oui ça va, et toi ?

-Très bien, juste un peu fatigué après un mois de cours, mais rien de bien étonnant !

-Je te comprends, ajouta Roxane, ravie de converser si naturellement, j'avoue que les cours, la pression des BUSEs, ça ne rend pas tout ça facile.

-Heureusement, que je n'ai pas d'entraînements de quidditch, rit Dean, ça prendrait encore plus de temps, pas vrai Ron ? »

Les deux élèves se tournèrent vers la droite de Dean où Ron s'était placé quelques minutes auparavant, mais il n'était pas là.

« Oh, je n'avais pas vu qu'il était rentré, s'excusa Roxane.

-Moi non plus, admit Dean, mais, il avait tellement faim qu'il a dû s'impatienter. Ron est un vrai estomac sur pattes. »

Roxane rit alors que Dean reprenait :

« Mais, je ne veux pas te retenir, tes amis doivent t'attendre, tu avais l'air pressée.

-Oh, ils attendent depuis quelques instants déjà, quelques minutes de plus ou de moins ne vont rien leur changer.

-Ton estomac ne crie pas famine ?

-Apparemment, je dois mieux le maîtriser que Ron, supposa Roxane.

-Ce n'est pas difficile, mais c'est quand même louable, admit Dean.

-Et puis, les plats de Poudlard sont suffisamment bons pour être dégustés à tout heure !

-Surtout si on considère qu'on peut aller en récupérer à toute heure directement dans la cuisine. »

Les yeux de Roxane s'illuminèrent, elle aimait le ton léger de cette conversation, le visage de Dean qui s'éclairait à chacune de ses remarques. Cela faisait longtemps qu'elle ne s'était pas sentie si à l'aise avec quelqu'un qu'elle ne connaissait que très peu. Ses propos étaient intéressants et elle l'écoutait avec une attention toute nouvelle. Elle avait envie de continuer à parler de tout et de rien, sans se poser de questions, et Dean lui permettait d'être plus détendue et sereine que jamais.

« C'est vrai que la cuisine c'est vraiment top ! soutint Roxane.

-On devrait y faire un tour, un de ses jours, proposa Dean. »

Face au sourire et à la bonne humeur de Roxane, le Gryffondor se sentait pousser des ailes, il avait envie de passer plus de temps avec elle et savait que cette discussion ne serait pas éternelle.

« Tous les deux, balbutia Roxane alors que son visage virait au rouge pivoine. »

Elle était étonnée du courage de Dean et semblait apprécier cette initiative. Elle n'eut cependant pas le temps de répondre que des voix se faisaient entendre dans le couloir.

« Dean, tu as laissé Ron seul, j'espère qu'il n'a pas déjà englouti tous les plats ! s'exclama Harry. »

Aussitôt, Dean se sentit gêné d'être aperçu en compagnie de Roxane, il lui adressa un rapide regard désolé et se tourna vers ses amis qui arrivaient.

« Je pensais que vous sérieux plus rapide. »

Roxane attendit quelques secondes que Dean l'inclue dans une conversation ou s'adresse à elle mais il ne fit rien, elle pénétra donc dans la salle commune en essayant de comprendre le changement soudain de comportement de Dean.

Elle arriva à la table des Serpentards et rejoignit ses amis tandis que les hiboux survolaient la Grande Salle en déposant les lettres.

Elle passa d'abord devant Drago et July qui s'étaient éloignés du groupe, comme à leur habitude. Cette dernière tenait dans ses mains un parchemin reçu récemment.

« Qu'est-ce que c'est ? demanda Drago en baissant la voix. »

July lui tendit la lettre. Elle était déçue.

« Tout ça pour rien, il faut recommencer à zéro.

-Oui, confirma Drago après lecture de la missive. C'est quand même bizarre, ils disent clairement qu'il n'y a plus de Boris Smith à Sainte Manghouste depuis 1980.

-Oui, ils sont clairs là-dessus, surtout qu'ils n'arrivent plus du tout à le joindre. »

Drago fixait son assiette avec un air grave. Il était concentré, il fallait trouver une solution.

« La lettre dit quand même qu'ils n'ont plus de trace de lui, pas une adresse, plus de compte à Gringotts… Rien.

-C'est surprenant ! reconnut July.

-C'est comme s'il avait disparu de la circulation, qu'il n'existait plus.

-Tu penses qu'il est…

-Mort ? compléta Drago, non je ne pense pas, parce que Sainte-Manghouste le saurait. Il faudrait avoir accès à des registres magiques qui concernent toutes les informations sur un sorcier.

-C'est bien plus compliqué que les registres de l'hôpital, soupira July.

-Il doit y avoir un moyen, poursuivit Drago. »

July observait son ami avec compassion. Il était difficile pour lui d'être à ce point dans l'inconnu par rapport à sa propre naissance, à ce qu'il était réellement. C'est en soutenant son ami qu'elle eut une idée.

« Les archives du ministère sont inaccessibles pour deux élèves de Poudlard, commença-t-elle.

-C'est clair, mon père serait forcément au courant ! ajouta Drago.

-Mais il y a d'autres endroits où sont inscrits tous les sorciers dès leurs naissances, quelles que soient leurs origines.

-Ah bon ? Je suis censée voir de quoi tu parles, tenta de deviner Drago.

-Je ne sais même pas si tu es au courant, mais tu ne t'es jamais demandé pourquoi les nés-moldus recevaient leurs lettres alors que personne ne les connaît dans le monde sorcier.

-Euh… Je dois t'avouer que le sort des nés-moldus n'est pas vraiment un sujet de conversation que j'aime avoir avec mes parents.

-Oui, c'est vrai, mais quand-même, ça aurait pu mériter ta réflexion. »

Elle prit une inspiration et termina son propos :

« En tout cas, ça a fait réfléchir ma sœur… Parfois elle sert à quelque chose.

-Arrête d'être méchante avec elle, souffla Drago qui était épuisé des reproches injustifiés de July sur Jane.

-Je ne comprends toujours pas pourquoi tu la défends sans la connaître, mais ce n'est pas le problème, reprit July. Un jour, elle a demandé ça aux parents et ils ont dit que tous les sorciers étaient inscrits dans un registre magique à Poudlard, avec leurs adresses et d'autres détails qui s'actualisent au cours de leur vie.

-Et alors ?

-Eh bien c'est évident, s'excita July, il faut qu'on mette la main sur ce registre.

-Mais comment, il doit être dans le bureau de Dumbledore ! et je ne suis pas sûre qu'on puisse aller le voir pour demander ça.

-En tant que préfet, tu connais le mot de passe, non ? s'enquit July.

-Oui, mais je ne suis pas sûre qu'on trouve un moment pour y aller… réfléchit Drago.

-Il faut trouver un moment où on est sûrs qu'il ne débarquera pas.

-Le Bal ? proposa Drago, c'est dans quelques jours, ça nous laisse le temps de s'organiser. »

July acquiesça, elle était déjà en train de réfléchir à leur approche et laissa Drago se rapprocher de leurs amis pour intégrer la conversation.

« C'est quand même triste, je ne sais pas comment je vais supporter une Saint-Valentin célibataire, se plaignait Pansy.

-Tu étais déjà célibataire l'année dernière, nota Roxane.

-Et l'année d'avant, renchérit Théo.

-Justement, je commence à être à bout de tout cela. »

Tout le groupe s'amusa de cette remarque alors que Pansy soupirait à nouveau.

« J'aimerais tant être invitée par un cavalier digne, qui s'intéresse à moi pour autre chose que ma famille ou le respect que j'impose.

-Cela va arriver un jour, la rassura Daphné.

-Mais oui, nous sommes jeunes encore, renchérit Roxane.

-Oui, mais je suis quand-même obligée d'aller au bal avec Drago à chaque fois…

-Je suis censé le prendre comment ? ironisa Drago à côté.

-Non, mais Drago, je t'adore, mais il ne se passera rien entre nous, reprit Pansy sérieusement, je dis juste que j'aimerais bien avoir d'autres options, comme Flora qui est amoureuse de Blaise depuis toujours et à qui il a enfin demandé d'être sa cavalière. »

A la mention de son prénom, Blaise releva la tête. Il soupira en apprenant que sa cavalière, une Serpentard dont il avait temporairement oublié le nom, avait des sentiments pour lui. Il n'aimait pas quand les filles avec qui il était tombaient amoureuse de lui. Il aimait profiter mais il ne voulait pas blesser.

« Je ne suis pas sûre qu'elle va rester longtemps amoureuse de lui, dit Daphné en jetant un œil à son ami, Blaise, on est d'accord que tu es invivable depuis la rentrée. »

Blaise ne répondit même pas, il ne parvenait pas à justifier son comportement auprès de ses amis parce qu'il ne voulait pas leur révéler l'évènement qui avait tout changé en lui. Il ne pouvait pas dire que tout ce qu'il arrivait autour de lui était passé au second plan. Il ne se souvenait pas du prénom de sa cavalière, parce qu'il ne pouvait se concentrer sur autre chose que le goût des lèvres d'Elsa, il ne pouvait être gentil avec ses amis, parce qu'il ne savait pas comment évacuer la frustration due à son départ soudain et il ne pouvait écouter ses amis et participer à la discussion, parce qu'il était inexorablement obsédé par sa tête blonde qui avalait son repas sans broncher et ne pouvait penser à autre chose que le désir ardent de se retrouver à nouveau contre elle, de la tenir dans ses bras, de passer ses mains dans ses cheveux, contre son dos ou sous ses fesses, de plonger ses yeux dans son regard aux couleurs de l'océan et de l'embrasser avec autant d'ardeur.

« Il est reparti dans ses pensées, constata Teddy. »

Teddy ne pouvait pas le blâmer, il s'absentait souvent, du moins mentalement, des conversations alentours.

« Toujours est-il qu'il a une cavalière ! marmonna Pansy.

-Ce n'est pas le principal, dans la vie, raisonna Teddy.

-Tu es vraiment trop sérieux, reprocha-t-elle, on te mettrait une fille nue devant toi que ça ne te ferait rien.

-Euh, ce serait surtout bizarre, rétorqua Teddy. »

Encore une fois, Teddy parlait comme l'adolescent rationnel qu'il était. Cette rationalité qui faisait de lui un élève studieux, concentré sur l'essentiel et ne se laissant pas distraire pas les filles ou celles qui le dérangeaient particulièrement était le centre de la personnalité de Teddy. Ainsi, il ne s'était jamais intéressé aux filles et avait toujours pensé que ce ne serait jamais le cas.

Cependant, depuis le début de l'année, il avait eu l'agréable surprise de retrouver un sourire qu'il n'avait jamais vu sous cet angle. Il aimait regarder ce visage et écouter ces remarques, mais il ne se permettrait jamais plus. Teddy se savait sérieux, bon élève, il n'était pas le genre d'adolescents qui faisaient rêver les filles, alors il ne voulait pas se projeter dans ce qui lui paraissait impossible.

« Tu es parfois un peu fermé d'esprit, dit Pansy.

-Euh, c'est quand même excessif comme situation, se défendit Teddy.

-Arrête, tu deviens tout rouge, rit Daphné. »

Roxane posa une main sur l'épaule de son frère, l'objectif n'était pas de le mettre mal à l'aise, mais elle ne comprenait pas cette gêne qu'il avait en évoquant tout cela. Après tout, à quinez ans, tout le monde se posait ce genre de question.

Théo perçut la tension de Teddy et vint à la rescousse de son ami.

« Nous ne sommes pas obligés de parler de ça, d'ailleurs, j'ai une question sur le devoir de potion, vous pensez qu'on peut s'inspirer du traité des potions oubliées ?

-Tu l'as lu ? s'enquit Teddy. »

Il avait immédiatement saisi l'occasion de changer de sujet.

« Oui, je l'ai vu à la bibliothèque et il évoque exactement les potions de guérissement et c'est le sujet du devoir.

-Tu as raison, mais c'est très ancien, je ne suis pas sûr que le professeur Rogue trouve cela pertinent, corrigea Teddy.

-C'est dommage, il était pourtant très intéressant.

-Oui, surtout le passage sur le dosage des pousses de Germinions. »

Teddy continua sans réaliser qu'il s'était relâché. Parler de livres lui était simple. Il savait qu'il maîtrisait son sujet et assurait un contrôle sur la conversation. Encore une fois, il faisait appel à sa raison et sa réflexion et il savait qu'il était à sa place.

Alors, beaucoup d'interactions pour ce chapitre, qu'en pensez-vous?