Dignement, Hermione Granger descendait les marches qui séparaient sa chambre de la salle commune des Gryffondors. Elle fut soulagée quand elle tomba immédiatement sur Harry. Il n'était pas en retard. Il l'attendait fièrement vêtu d'un costume traditionnel qui illustrait toute l'élégance des Potter.
« Tu es très belle ! la félicita-t-il quand elle arriva à sa hauteur.
-Merci. »
Hermione rougit légèrement. Les propos d'Harry ne la touchaient pas particulièrement mais elle était émue que son meilleur ami se soucie d'elle. Hermione aimait beaucoup Harry. Elle avait découvert rapidement qu'il se donnait une fausse image pour ne pas se laisser atteindre par les ambitieux ou les opportunistes qui voulaient se rapprocher de sa notoriété et avait creusé pour appréhender la vraie personnalité de celui qui était devenu son meilleur ami. Hermione aimait son assurance dans les moments importants et sa capacité à écouter ses conseils. Elle avait compris que, même s'il protestait, Harry tenait compte de chacune de ses réflexions et appliquait souvent ses recommandations dans les jours qui suivaient leurs discussions houleuses.
« Tu es pas mal non plus ! complimenta-t-elle à son tour. »
Elle posa son bras sur celui d'Harry et ils sortirent de la salle commune. Ils furent suivis par Jane, rayonnante aux côtés de Lucas.
« Vous vous êtes surpassées les filles ce soir ! s'exclama Harry.
-Merci Harry, sourit Jane, tu es très élégant, on dirait ton père.
-Je ne sais pas comment je dois le prendre, ironisa Harry.
-Bien ! intervint Hugo qui arrivait à son tour, je te rappelle que ton père était un tombeur reconnu à Poudlard quand il avait ton âge !
-Je crois que le vôtre était pire ! rétorqua Harry. »
Jane soupira. Parfois, Hugo et Harry ressemblaient un peu trop à leurs pères. Ils aimaient se chamailler pour n'importe quoi et ressortir les histoires de la génération précédente
« Vous allez encore au bal tous les deux ? demanda Hermione à Jane d'un ton détaché.
-Eh oui ! rit Lucas, c'est bien plus simple ainsi.
-Oh ! ne put s'empêcher Hermione.
-Arrête de la mettre mal à l'aise, s'amusa Jane.
-Mais, souffla Lucas, l'intégralité de Poudlard ne peut pas nous parler sans nous jeter des regards équivoques ou nous faire des sous-entendus à peine dissimulés, on a bien le droit d'en rire.
-Tu as raison, approuva Jane, mais Hermione n'est pas comme les autres. Elle ne va pas commérer ou quoi parce qu'elle nous a vus ensemble.
-Vus ensemble ? s'inquiéta Hugo. Vous êtes ensemble ? »
Son ton était partagé entre l'étonnement et la menace du frère qui apprenait une telle nouvelle pour sa sœur. Hugo semblait lui-même indécis, comme s'il ne savait pas quel comportement adopté.
« Là, ce n'est pas moi qui fais planner le doute, reprit Lucas.
-Quel doute ? relança Harry qui ne pouvait pas croire qu'il était passé à côté d'un nouveau couple si proche de lui. »
Jane et Lucas semblaient s'amuser de la situation. Ils voyaient leurs amis les fixer avec surprise, mais les caractères protecteurs d'Hugo et Harry pointaient dangereusement et Jane dut mettre fin à cette ambiguïté.
« Mais non, absolument pas ! assura-t-elle.
-Nous sommes juste ami, promis Lucas, je ne comprends pas comment tout le monde peut imaginer le contraire.
-Bah, vous êtes toujours ensemble, expliqua Hermione.
-Tu es toujours avec Harry, souligna Lucas, et Ron aussi. Pourtant on n'a jamais imaginé quoi que ce soit. Tu es amie avec Harry, qui ne s'intéresse pas aux filles. »
Lucas avait jeté un clin d'œil à son ami, il avait par ses propos, rappelé la dernière conversation qu'ils avaient eue dans leur dortoir où Ethan avait décri les avantages d'être avec une fille et où Harry avait préféré son indépendance.
« … Et Ron, il a l'air d'avoir d'autres cibles en tête ! continua Lucas en désignant Ron et Lavande qui attendaient déjà devant la Grande Salle. »
Au moins, cette phrase mit fin aux suspicions concernant Lucas et Jane, puisque tous les yeux étaient orientés vers le roux qui assumait difficilement les gloussements de sa cavalière. Pourtant, Ron semblait apprécier d'être l'objet de ses curiosités.
En revanche, pour les autres Gryffondors, les réactions étaient bien différentes.
« Je n'aurais jamais pensé ça de lui, commenta Harry d'une voix basse, mais je pense que ça va lui faire du bien. »
Lucas acquiesça en contemplant avec bienveillance la gaucherie souriante de Ron mais Hermione réagit plus ardemment.
« Enfin, elle est quand même ridicule, je ne vois pas ce que Ron lui trouve.
-Elle est passionnée ! observa Lucas.
-Mais Ron est plus intelligent que ça. Il n'a pas besoin qu'une greluche se pâme devant lui, il vaut mieux que ça. »
Hermione fixa alors ses pieds et baissa la voix.
« Du moins je pensais. »
Ce fut à ce moment qu'Harry nota le regard peiné avec lequel elle avait stoppé l'observation de Ron et Lavande, jamais il n'avait reçu un tel regard. Il avait toujours pensé qu'Hermione considérait également Ron et lui. Mais il était forcé de constater que l'amitié forte qu'il avait tissé avec Hermione n'avait rien à voir avec les sentiments qu'elle éprouvait envers Ron.
Jane regardait également Hermione avec un air triste. Avait-elle compris ? Harry ne voulait pas le savoir. Ce qu'il savait sûrement, c'était qu'Hermione elle-même était inconsciente de la nature de ses sentiments, et c'était sans doute cela qui la rendait si désagréable et si mélancolique.
Harry souffla, il ne savait pas comment il pourrait régler cette situation. Visiblement, il ne pouvait rien faire d'autre que soutenir son amie qui avait besoin de passer une bonne soirée, loin de ses préoccupations.
Il s'abstint donc de relancer la conversation, ou même de jeter un regard noir à July qui apparaissait radieuse au bras de Drago Malefoy. Il ne fallait pas lancer une nouvelle altercation qui irriterait Hermione.
July croisa le regard d'Harry et fut soulagée qu'il se garde de lui jeter une remarque acerbe ou autres réflexions néfastes. Elle ne voulait pas gâcher cette entrée. C'était la première fois qu'elle accompagnait son meilleur ami. Ce dernier avait tendance à proposer à Pansy qui pouvait pavaner fièrement avec l'hériter Malefoy à ses côtés. Il savait que c'était un moyen de faire plaisir à Pansy.
Mais Pansy en avait eu assez de cette démonstration « trop artificielle ». Elle se sentait de plus en plus à l'écart de Drago et July qui l'écartaient de leurs secrets. Elle avait donc accepté la demande d'un septième année, sûrement intéressé par beaucoup plus que ce qu'elle serait prête à donner, mais Pansy avait confiance en elle et elle allait rentrer avec ses amis pour éviter tout débordement.
En attendant, elle pouvait profiter des regards admiratifs de tous les jeunes Serpentards qui oscillaient entre elle et July et Drago. Les deux blonds se tenaient droit, avec un air dur, presque menaçant. Ils étaient imposants par leur stature et semblaient évoluer dans un monde parallèle, inaccessible et supérieur à celui, médiocre, des élèves de Poudlard.
Ils arrivèrent à hauteur de quelques-uns de leurs amis qui les félicitèrent.
« Vous êtes impressionnants ! s'exclama Roxane.
-Merci, sourit July avant de reprendre un air plus sérieux.
-Il ne reste plus que Teddy et Daphné et nous serons tous là ! s'exclama Pansy d'une voix enjouée.
-A ce sujet… hésita Drago. »
Roxane leva un sourcil vers son ami. Elle connaissait son frère, il ne pouvait être en retard sans raison. Et elle savait pertinemment que Daphné était ponctuelle. Elle l'avait laissée dans la salle commune, pensant que Teddy n'allait pas tarder.
« Il n'est toujours pas descendu ? comprit Roxane. »
Drago acquiesça avec un regard désolé. Roxane s'excusa auprès de son cavalier et s'en alla vers la salle commune des Serpentards. Elle y trouva une Daphné qui se rongeait les ongles avec un air concentré.
« Roxane ! s'exclama-t-elle, je ne sais pas ce qu'il se passe.
-Oh, c'est Teddy, expliqua calmement Roxane, mon frère parfois doute tellement de tout qu'il ne sait plus ce qu'il a à faire. »
Elle laissa Daphné méditer ses propos et monta dans la chambre de son jumeau.
« Teddy, c'est moi ! s'annonça-t-elle en ouvrant la fenêtre. »
Elle le trouva allongé sur son lit, les yeux fixés sur un morceau de parchemin qui s'effritait tant il avait été manipulé. Il n'avait pas bronché à l'arrivée de sa sœur.
« Oh, Teddy, tu rêves ! Je te rappelle que tu fais attendre Daphné, et je ne te permets pas d'être aussi incorrect avec ma meilleure amie ! »
Teddy releva la tête et tendit à Roxane la lettre qu'il avait lu des dizaines de fois et dit :
« Je ne comprends pas ! Elle ne veut pas être plus claire, ou c'est juste que c'est moi qui ne suis pas normal. »
Avant de répliquer et d'aider son frère dans son moment de doute intense, Roxane préféra lire la lettre pour savoir de quoi il en retournait.
Teddy,
Je comprends ta perplexité face à ces révélations et à ses conséquences. Tu es spécial, et la Terre coule en toi comme en ton frère et ta sœur. Mais cela ne se manifeste pas forcément de manière raisonnée, il faut apprendre à se connaître, à ressentir et à s'assumer pleinement pour appréhender ses pouvoirs.
Tu es brillant mon fils, et je suis sûre que tu découvriras en temps voulu ce que tu peux faire de tout cela.
Pour ma part, ce n'est parti que de sentiment de plénitude et de communion avec la Terre, et le reste était tout naturel. Je sais que ça ne t'aide pas, mais je ne veux pas que tu te bloques ou te frustres. Tout viendra en son temps, il faut juste que tu sois prêt à les recevoir.
Mon chéri, je suis toujours avec toi et ne peux que te conseiller d'être patient,
Ta Maman qui t'aime.
« Teddy, souffla Roxane, il faut que tu arrêtes de te fixer sur tes pouvoirs…
-C'est une histoire de sentiment, c'est naturel ! répéta-t-il.
-Oui, exactement, il ne faut pas se poser de questions, arrête de tergiverser et descends, s'énerva Roxane.
-Je ne comprends pas comment je peux maîtriser des sorts de dernière année mais pas réussir à faire ce que Maman faisait en deuxième année, se plaignit-il.
-Ce n'est pas comparable, et, surtout, ça dépasse toute rationalité ! raisonna Roxane.
-Je ne sais pas si je vais avoir la patience, Harry, July, Jane et les autres ont bien réussi.
-Oui, mais ce n'était que des accidents à chaque fois. Tu as vu ce qu'il se passait sur le terrain de quidditch, je te jure quand ils sont sur des balais ils se transcendent tous et ça les change vraiment.
-Et moi, jamais je ne peux me transcender, je ne suis pas assez original, souffla Teddy.
-Tu dis n'importe quoi ! s'exaspéra Roxane, mais, en attendant, tu vas enfiler cette veste et te dépêcher de retrouver Daphné, c'est vraiment incorrect ce que tu fais. »
Roxane savait qu'elle avait raison de couper court à ses doutes. Teddy continuerait certainement à se poser des questions quant à ses capacités à assumer son héritage, mais, au moins, il allait rire avec son amie pendant une soirée et il en avait grandement besoin.
A contre cœur, il acquiesça et suivit sa sœur pour rejoindre Daphné et l'emmener au bal. Il appréciait la jeune fille et avait été honoré qu'elle accepte de l'accompagner pour cette soirée. Daphné était différente de toutes les filles de Serpentard. Elle avait toujours été considéré par ses parents comme une première tentative qui n'était pas à la hauteur du standing des Greengrass. Depuis qu'elle était arrivée à Poudlard, Daphné s'était ouverte et avait compris que l'éducation qu'elle avait reçue était superficielle et qu'elle valait mieux que tout cela.
Cependant, elle était encore mineure et devait se confronter aux codes et contraintes de cette Haute Société qu'elle haïssait tant. Seule Roxane connaissait l'ampleur des efforts que faisait Daphné pour entrer dans le moule. Roxane était également la seule à qui Daphné avait confié qu'elle avait prié le choixpeau de ne pas l'envoyer à Gryffondor et que c'était sans doute pour cela qu'elle était à Serpentard. En effet, à l'époque de la répartition, Daphné pensait encore qu'elle n'était pas à la hauteur de sa famille et avait craint de les décevoir encore plus si elle rejoignait la maison ennemie qui représentait tout ce que les Greengrass condamnaient.
Mais le caractère de Daphné n'avait pu être annihilé très longtemps. Elle avait rencontré Roxane et avait tissé une amitié indestructible avec la fille de ceux que ses parents n'avaient de cesse de critiquer.
Aujourd'hui, Daphné vivait entre ses rêves et ses obligations. Elle savait qu'elle devait garder ses deux aspects de sa vie jusqu'à la fin de sa scolarité. Ensuite elle pourrait réfléchir et remettre en question tout ce qui devait être remis en question.
« Prêt ? demanda Daphné à Teddy alors qu'ils arrivaient dans la Grande Salle. »
Elle lui adressa un sourire réconfortant. Elle n'était pas blessée par la distance de Teddy, elle savait que ça allait passer.
« Oui, approuva-t-il, j'espère qu'on n'est pas trop en retard.
-Non ça devrait aller ! supposa Daphné. »
Pourtant, quand les deux adolescents rentrèrent derrière Roxane, ils constatèrent que le repas était déjà considérablement entamé et que certains élèves s'attaquaient déjà à leurs desserts.
« Ce n'est pas grave ! le rassura Daphné, nous allons simplement manger plus vite. »
Ils s'installèrent à une table discrète dans un coin de la Grande Salle et discutèrent simplement en engloutissant les mets appétissants de cette soirée. Alors qu'ils terminaient à peine leur dessert, les tables disparurent et Daphné manqua de tomber face à la surprise. Teddy la retint en riant.
« Je pense qu'on peut aller boire un verre avant d'aller danser, il nous faut au moins quelques minutes pour digérer, proposa-t-il. »
Pour toute réponse, Daphné avala la dernière bouchée de son gâteau et le suivit vers le buffet. En chemin, ils croisèrent Jane qui se laissait déjà aller au son de la musique. Sa robe noire tranchait avec son teint pâle et les ondulations de la soie accompagnaient chacun de ses gestes. Elle suivait les mouvements de Lucas avec une facilité déconcertante.
Daphné soupira, elle se demandait comment une fille si discrète, si effacée pouvait avoir tant d'élégance alors qu'elle n'avait même pas reçu la même éducation exigeante qu'elle.
« Coucou Daphné ! s'exclama la voix fluette de Clarisse, bonjour Teddy, vous avez eu le temps de dîner ? »
Daphné quitta l'observation de Jane et se consacra à sa nouvelle amie. La petite Clarisse avait revêtu une robe rose cintrée autour de sa taille qui s'écartait pour donner à ses jambes la liberté de sautiller avec toujours avec autant de rythme.
Teddy rougit, gêné, et balbutia :
« Vous nous avez remarqués ? s'inquiéta-t-il.
-Oh, pas tellement, rassura Anthony Goldstein qui accompagnait Clarisse, nous avons juste vu Roxane arriver en retard et se confondre en excuse auprès de Théo.
-Oh, il n'a pas du mal le prendre, affirma Daphné.
-Non, il n'avait pas l'air vexé, confirma Clarisse, mais ça a attiré notre attention et on vous a vus arriver.
-Je dois reconnaître que ce retard est ma faute, admit Teddy, toujours aussi rouge.
-Mais ce n'est pas grave, souffla Daphné, l'important reste qu'on a eu le temps de dîner.
-Oh, et c'était excellent, renchérit Clarisse. »
Les deux filles continuèrent leur discussion avec plaisir. Teddy les regardait avec un sourire. Il était toujours autant impressionné par l'énergie de Clarisse et son entrain à chacun de ses propos.
« Elles sont assez similaires, constata Anthony en donnant un léger coup de coude à Teddy.
-Oui, en effet ! répondit-t-il avec un ton froid. »
Il n'avait pas maîtrisé sa voix, il aurait voulu s'excuser envers Anthony, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Il se contenta de toiser son camarade. Il ne comprenait pas vraiment ce qu'il avait contre lui, mais il n'arrivait pas à lui paraître amical. Après tout, il avait été menaçant à son égard quand ce dernier avait invité Roxane au bal, parce que son succès auprès des filles aurait pu occasionner des déceptions qu'il voulait éviter à sa sœur, mais il ne semblait s'être rien passé puisqu'il avait changé de cavalière.
Teddy haussa les épaules et fit appel à sa raison et, comme d'habitude, repris le contrôle.
« Elles étaient faites pour se rencontrer, affirma-t-il d'une voix chevrotante.
-Elles parlent tellement vite qu'on a des difficultés à les comprendre, reprit Anthony.
-On vous entend ! s'interposa Clarisse.
-Ce n'est pas notre faute si vos cerveaux sont trop lents pour nous suivre… rit Daphné. »
Les deux filles se tapèrent dans la main mais concédèrent d'ajouter Teddy et Anthony dans leurs discussions. Aucun des deux n'était friand de danse et cette conversation légère entre des élèves de trois maisons différentes les réjouissaient, ils ne voyaient plus l'intérêt de rejoindre les autres élèves sur la piste.
Pourtant, ils étaient nombreux à se déhancher au son de la musique, le rythme des chansons s'était légèrement ralenti, permettant aux plus courageux de tenter des rapprochements plus sensuels. Aussi, Elsa ne fut pas surprise quand elle Michael Corner réduisit l'écart entre eux en serrant ses mains dans son dos. Elsa était plutôt amie avec son cavalier et ce rapprochement lui faisait plaisir. Elle ignora totalement le regard protecteur de Neville et sourit à Michael.
« Tu danse très bien, la félicita-t-il. »
Il n'était pas très bavard, mais Elsa ne se formalisa pas de ces propos simples. Elle préférait profiter de son sourire séducteur. Elle espérait que ses sollicitations de la part de Michael l'occuperaient et lui ôteraient le souvenir brulant de Blaise autour d'elle.
C'était insupportable de vivre avec ces sensations en mémoire. Dès qu'elle croisait Blaise, qu'elle devinait sa présence ou que son nom était mentionné, elle sentait tout son corps se tendre et réclamer à nouveau son contact, son souffle et ses baisers.
Elle avait toujours détesté Blaise Zabini, mais, désormais, sa haine à son égard était invivable. Et, après avoir dansé une bonne heure avec Michael, elle réalisait qu'il n'était pas le remède qu'elle aurait espéré.
« Tu es belle, chuchota-t-il à son oreille. »
Elsa ne parvint même pas à rougir. Elle ne ressentait rien, pourtant, elle voyait que Michael tentait un rapprochement plus intense. Il la fit tourner sur elle-même pour se placer derrière elle et poser ses mains sur ses hanches pour accompagner ses mouvements sensuellement.
Elsa commençait à apprécier le jeu qui s'installait entre eux et à se vider la tête, quand un nouveau mouvement le fit apparaître dans son champ de vision.
Blaise bouillait de l'intérieur, il avait tout fait pour ne pas tourner ses yeux vers Elsa depuis le début de la soirée. Il savait qu'elle était accompagnée de ce séducteur de Corner et ne savait plus qui il détestait plus entre celle qui obsédait ses pensées et celui qui était actuellement face à lui à passer ses mains sur son corps.
Blaise dansait également avec sa cavalière. Flora Carrow en pinçait pour lui. Il le savait depuis que Pansy n'avait pas su tenir sa langue, et s'interdisait de trop forcer les choses avec elle. C'était une chose de profiter de Millicent quand il avait besoin de se soulager, c'en était une autre de coucher avec une fille qu'il savait amoureuse de lui.
Pourtant, il n'arrivait pas à l'éloigner d'elle. Flora était la seule chose qui lui permettait de ne pas se jeter sur Elsa.
La Gryffondor était désormais face à lui, toujours enlacée par son cavalier, ses yeux s'étaient assombris dès qu'ils avaient croisé les siens. Blaise avait alors resserré son étreinte autour de sa cavalière, ignorant son soupir de joie. Il fixait Elsa, analysait chacun de ses gestes avec précisions. Son regard intense ne le quittait pas et il était complètement hypnotisé par ses mains délicates qui se posaient sur celles de son partenaire. Blaise perçut un sourire léger qui prenait naissance sur les lèvres d'Elsa, ses lèvres si douces, si attirantes… Non ! Blaise se reprit et refusa de laisser autant d'emprise à Elsa. Il passa une main dans les cheveux de Flora et vit le sourire disparaître des yeux de la blonde. L'énervement montait en elle alors qu'elle faisait tout pour maîtriser ses pulsions.
Elsa s'inclina légèrement avant de se redresser pour coller son dos et son cou contre le torse de Michael. Ce dernier humait ses cheveux avec délectation. Ce fut le geste de trop pour Blaise. Face à la délectation de Michael, il ne pouvait résister. Il savait que s'il tombait à nouveau sur le regard victorieux de Michael, il ne pourrait plus se retenir. Il cessa donc son rapprochement avec Flora et fila hors de la Grande Salle.
« Blaise, s'écria Flora dès qu'elle put, que fais-tu ? »
Blaise se sentit mal d'avoir autant utiliser la jeune fille. Elle était gentille et simplement attachée à lui d'une manière qui ne pourrait jamais être réciproque. Blaise n'était pas courageux. Il n'avait pas la poigne et la force d'affronter ce genre de situation. Il s'énerva en pensant que le fort caractère et la franchise dont il aurait eu besoin plus tôt pour ne pas blesser la pauvre Flora étaient ceux d'Elsa. Même dans un tel moment, elle revenait à son esprit.
« Flora, je suis désolé, s'excusa-t-il.
-Qu'est-ce qu'il t'arrive, tu as été concentré sur ton assiette pendant tout le repas, puis entreprenant quand on dansait et tu t'en vas sans rien dire.
-Je suis désolé, répéta-t-il penaud.
-Je ne comprends pas, s'exaspéra Flora.
-Moi non plus, admit Blaise. »
La jeune fille baissait la tête. Baise fut attristé par cette réaction, mais elle eut au moins le mérite de faire le réagir.
« Je ne suis pas fait pour toi Flora, je suis désolé si tu as pu penser le contraire, mais je ne suis pas intéressé. »
Il n'attendit pas sa réaction et se précipita hors de sa vue. Elle allait sûrement retourner dans la Grande Salle pour aller chercher le soutien de ses amies.
Blaise avait à peine fait trois pas qu'il avait oublié la jeune fille. Elsa était déjà revenue hanter ses pensées. Il n'en pouvait plus. Il pensait fuir cette soirée mais il entendit des pas rapides raisonner derrière lui. Il s'arrêta net mais n'osa pas se retourner. Il fallait d'abord qu'elle l'interpelle.
« Tu es lâche de partir ainsi, et méchant ! »
Il avait eu raison. Il reconnaissait maintenant Elsa rien qu'au rythme de ses pas. Il céda et se tourna vers elle. Elle était si craquante dans sa robe rouge qui faisait ressortir ses formes. Ses yeux bleus étaient parfaitement maquillés. Elle ne bougeait pas. Ils n'avaient pas été si proches depuis leur baiser le jour de la rentrée.
« Tu peux parler, rétorqua-t-il, tu as laissé Corner, si je ne m'abuse ?
-Michael voulait profiter de moi, je n'en avais pas envie, se justifia-t-elle sans broncher.
-Il voulait quoi ? »
Blaise avait sursauté. Les mots d'Elsa l'avaient glacé du plus profond de son être. Il réalisa alors qu'en plus de la passion qui brûlait en lui à la pensée d'Elsa, il devenait également protecteur. C'était comme s'il avait besoin qu'elle lui appartienne.
« Ce n'est rien, il passera simplement sa soirée dans sa chambre, sourit-elle, mais il m'aura fait passer une bonne soirée.
-Tellement bonne que tu la finis avec moi ! »
Elsa mit quelque temps à répondre. Cette indécision fut perçue par Blaise. Si Elsa avait rapidement compris l'emprise qu'elle avait sur Blaise, il avait fallu plus de temps pour que le Serpentard réalise que l'attirance qu'il ressentait et qui se faisait de plus en plus intense.
« Je voulais juste te dire que tu me dégoutes, répliqua-t-elle. »
Elle s'apprêtait à déposer Blaise dans le couloir et à se satisfaire de son regard de désir qui signifiait encore une fois sa victoire quand il se saisit à nouveau de son poignet. Seulement cette fois, l'intention était bien différente. Il ne laissa pas le temps à Elsa de protester et plaça sa deuxième main dans son dos avant de venir écraser ses lèvres sur les siennes.
La surprise passa en un instant pour Elsa qui sentait tout son corps s'éveiller à ce baiser. Les rapprochements tentés par Michael avaient quitté ses souvenirs et tout son corps réclamait la proximité de celui de Blaise.
Elle noua ses mains autour de son cou et enroula ses jambes autour de ses hanches. Blaise resserra encore son étreinte et approfondit ce baiser en plaçant ses mains derrière le visage et le cou d'Elsa qui s'accrochait à lui avec une facilité déconcertante, elle se sentait libérée de toutes ses préoccupations. Plus rien n'avait d'importance que la langue de Blaise qui titillait la sienne avec passion.
Elle s'écarta de lui pour reprendre son souffle quelques instants. Elle sentait que Blaise la tenait avec poigne, elle ne pouvait pas s'enfuir cette fois. Et, de toutes façons, elle voyait bien que même sa volonté intraitable n'arriverait pas à prendre le pas sur son corps soulagé d'être à nouveau en contact avec Blaise.
Blaise laissa Elsa respirer en parsemant son cou de baiser. Il sentait avec délectation le souffle chaud et accéléré de la jeune fille qui se crispait de plaisir à chacune de ses approches.
« C'est ça qui te dégoûtes, s'amusa-t-il dans une voix rauque. »
Tout en lui trahissait l'attirance et la passion qui le consumaient. Il plongea ses yeux dans ceux d'Elsa et elle fut subjuguée par l'intensité de son regard et s'apprêtait à fondre à nouveau sur sa bouche quand ils entendirent des gloussements raisonner à travers le couloir.
« Euh… Lavande, balbutia la voix de Ron, on n'a pas besoin de courir. »
Blaise fut le premier à réagir. Il avait toujours Elsa dans ses bras et l'entraîna dans la première salle qu'il trouva.
« On l'a échappé belle ! chuchota-t-il. »
Elsa acquiesça à peine et reposa ses jambes au sol pour observer à travers l'embrasure de la porte. Elle constata avec amusement que Ron avait passé une main autour des hanches de Lavande. Cette dernière marchait à ses côtés et s'arrêtait fréquemment pour se tourner vers le roux et l'embrasser.
En voyant les mains de Lavande qui étouffaient presque Ron à chaque baiser, ainsi que les bras maladroits de Ron qui cherchaient encore à se placer correctement dans le dos de Lavande, Elsa pria Merlin de ne pas avoir la même allure qu'eux quand elle était avec Blaise. Le sourire un peu niais de Ron après chaque effusion montrait bien qu'il était inconscient de sa gaucherie et satisfait de pouvoir se dire enfin en couple.
Elsa quitta son observation et se tourna vers Blaise. Il avait les yeux fixés sur elle. Alors qu'elle acceptait à nouveau son étreinte sensuelle, Elsa se rassura, ils étaient définitivement plus accordés que Lavande et Ron. Elsa rougit à cette pensée, elle ne voulait pas être assortie à Blaise, elle ne voulait pas qu'il ait autant d'influence sur elle. Il avait beaucoup trop d'importance pour elle et l'intensité de leurs baisers ne faisaient qu'augmenter cet attachement à celui qu'elle haïssait tant.
« Tu joues à quoi, Zabini ? S'énerva Elsa quand elle fût sûre que Ron et Lavande s'étaient éloignés.
-Euh, je pense qu'on est deux à jouer, Elsa… corrigea Blaise avec un sourire moqueur. »
Elsa fut surprise par l'utilisation de son prénom mais préféra ne pas relever. Après ce qu'ils avaient vécu, il était en effet dérisoire d'utiliser encore cette appellation impersonnelle.
« Bah je vais arrêter de jouer ! protesta Elsa.
-D'abord, tu n'es pas capable d'abandonner, tu ne supporterais pas la défaite, et ensuite, tu es beaucoup trop démonstrative pour mentir. Tu adores ce jeu. »
Chacune de ses paroles était accompagnée d'un sourire mesquin, d'un rapprochement équivoque, d'une main sensuellement posée que ses hanches et de son souffle qui faisait frissonner la peau d'Elsa.
« Parce que je suis la seule, peut-être ? »
Elsa sentait l'emprise de Blaise. Il était si près d'elle qu'elle pouvait sentir tous ses moindres mouvements. Blaise s'enivrait du parfum fruité de la jeune fille. A mesure qu'il accentuait les contacts entre eux, il la voyait défaillir. Jamais il ne s'était senti aussi puissant. Il était grisé par cette sensation qu'elle était la seule à lui procurer. Il voulait passer ses journées à constater son regard s'assombrir quand il s'approchait d'elle. Il profitait de sa situation à cet instant mais aucun des deux adolescents n'était dupe, ils avaient conscience que cette attirance inexplicable était si forte parce qu'elle était réciproque, et sans toute également parce qu'ils s'étaient toujours détestés.
« Alors qu'est-ce qui te dérange tant ? s'enquit Blaise. »
Il avait toujours cet air moqueur qui exaspérait Elsa au plus au point mais qui criait à tout le corps de la jeune fille de se jeter sur lui.
« Tu te demandes vraiment ! Je vais t'expliquer, tu es méchant, vicieux, opportuniste, injuste, coincé dans des traditions que tu ne comprends même pas mais que tu respectes sans réfléchir, tu te prends pour le centre du monde et tu n'accordes de l'attention qu'à ceux qui sont assez puissants pour t'élever dans la société, s'écria Elsa.
-Et toi, tu es caractérielle, bornée, tu ne te remets jamais en question, même quand tu blesses tes amis. Enfin, ce sont plutôt les amis de ta famille parce que tu es tellement exaspérante que tu ne peux pas te faire tes propres amis. Tu te surestimes et considères que tu n'as rien à apprendre de personne… rétorqua Blaise.
-Menteur !
-Bornée !
-Orgueilleux !
-Agressive !
-Baratineur !
-Capricieuse !
-Serpentard !
-Gryffondor ! »
Ces derniers défauts, qui les rendaient chacun si fiers, mirent un blanc d'une demie seconde dans la conversation avant que leurs lèvres se rejoignirent pour un nouveau baiser effréné. Le dernier ne remontait qu'à quelques minutes, mais les lèvres d'Elsa lui avaient déjà manqué. Il appréciait la passion qui se dégageait de cet échange. Quand ils reprirent leurs respirations, Elsa se défit de son étreinte et se dirigea vers la porte.
« Elsa… Souffla Blaise.
-Je ne fuis pas, assura-t-elle, je dois seulement repartir avant que mon frère ne s'inquiète et me cherche. Tu ne voudrais pas qu'il tombe sur nous !
-Sûrement, réfléchit Blaise, mais je suppose qu'on va se revoir.
-Ne te fais pas d'idée, prévint Elsa, ce n'est que physique… et totalement secret !
-Cela me va très bien, approuva-t-il. »
Elsa ouvrit donc la porte et s'écria :
« Et je te déteste ! »
Quand la porte se referma, Blaise se laissa tomber sur une chaise en souriant, il avait besoin de quelques instants pour se remettre de toutes ces fortes émotions.
