CHAPITRE 2

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Jour 1, 19h27

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Draco tenta de rester calme alors qu'un quatrième année le bousculait violemment. Il y avait assez de bruit dans la Grande Salle pour qu'il ne se mette à hurler à son tour.

Comme tous les autres élèves, Draco était resté figé lorsque les professeurs avaient disparu les uns après les autres.

Mais le silence n'avait pas duré et les élèves avaient commençaient à paniquer. Certains étaient sortis de la Grande Salle en courant, persuadés qu'ils allaient être les prochains à s'effacer. Les élèves les plus âgés se dirigeaient déjà vers l'estrade, cherchant vainement ceux qui n'étaient plus là. Les premières années semblaient eux, complètement perdus. Leur faisait-on une blague ? Pourquoi les autres élèves criaient-ils en s'enfuyant à toutes jambes ?

Draco vit Jordan en bout de table, lui aussi égaré.

-Où vas-tu Draco ? cria Pansy pour se faire entendre.

-Je reviens tout de suite !

Il rejoignit le premier année et lui prit le bras, le faisant sursauter.

-C'est moi Jordan, le rassura-t-il. Tu vas venir avec nous, d'accord ?

Le garçon hocha la tête.

-Qu'est-ce qu'il se passe Draco ? demanda-t-il avec inquiétude.

-Je n'en sais rien…

Ils rejoignirent les septièmes années, qui étaient presque les seuls Serpentards à être restés.

-Merlin, qu'est-ce que c'était ? s'écria Blaise. Vous croyez vraiment que les professeurs sont partis ?

-McGonagall avait vraiment l'air surprise, dit Pansy.

-On s'en fiche de savoir si les profs étaient surpris ou pas, rétorqua Théo, le problème est qu'on se retrouve maintenant avec des centaines d'élèves paniqués dans l'école.

Blaise vint s'asseoir à côté de Théo.

-T'inquiètes pas, essaya-t-il de le calmer. Regarde, Potter est déjà en train de donner des ordres à sa troupe de guerriers. Je suis sûr qu'il va tous nous sauver encore une fois et quand ça sera fini, on pourra recommencer à se moquer de lui.

Cela ne fit pas rire Théo mais au moins, il se détendit.

-Nous aussi on devrait faire quelque chose, soupira-t-il, on ne peut pas laisser les élèves courir dans le château toute la nuit.

-Alors autant aller rassembler les élèves tout de suite, enchaîna Pansy. Je vais aller dans la salle commune, rassurer ceux qui s'y trouvent déjà et en même temps je ferai le tour des cachots. Blaise et Greg peuvent prendre le premier étage et Théo et Vincent, le deuxième. Ça m'étonnerait que des Serpentards aillent plus haut que ça.

-Et moi ? demandèrent en même temps Draco et Jordan.

-Toi, fit Pansy en pointant le première année, tu viens avec moi. Il serait quand même temps que tu découvres ta salle commune, tu ne crois pas ?

Le garçon chercha du regard l'approbation de Draco et celui-ci hocha la tête. Jordan se leva alors pour se placer à côté de Pansy, qui continua :

-Toi, dit-elle en parlant de Draco, tu vas aller voir Potter et tu vas lui demander s'il sait quelque chose. On sait jamais, ça ne serait pas la première fois qu'il est de mèche avec les professeurs.

Blaise lui sourit.

-Pas de chance, tu n'aurais pas dû faire la paix avec Potter aujourd'hui.

Draco lui lança un regard noir alors qu'ils se levaient tous. Il observa tous ses amis partir et s'approcha avec résignation de la table des Gryffondors où Potter et sa bande faisaient surement des plans pour sauver l'univers.

En voyant Draco s'arrêter près de leur groupe, Potter finit sa phrase par un :

-On se voit tout à l'heure.

Puis il vint vers lui.

-Il serait temps de nous sauver Potter, commença Draco, sinon je crois que l'école va exploser.

Le Gryffondor s'assombrit :

-Vous ne savez rien à propos de la disparition des professeurs ? demanda-t-il.

-Pas plus que vous je suppose...

Harry comprit la question sous-jacente et répondit :

-On ne sait rien. Je n'ai pas encore quitté la Grande Salle mais Neville m'a dit que les personnages des tableaux ont aussi disparu, ainsi que les fantômes, les gargouilles, les statues et même certaines armures…

-Et les elfes ? demanda Draco.

-Aucune idée, mais Ron est parti transplaner pour prévenir le Ministère.

Draco hocha la tête.

-Prévenez-nous quand vous saurez ce qu'il s'est passé.

Harry acquiesça et Draco quitta la Grande Salle, croisant Granger qui venait surement faire son rapport.

Hermione ne fit pas attention à Malfoy en entrant. Elle vint s'asseoir à côté de Harry.

-Je suis allée voir dans les cuisines. On avait raison, même les elfes ont disparus, dit-elle. Il ne reste plus que les élèves dans le château.

Harry soupira avant de demander :

-Et tu as réfléchi à ce qui a pu faire disparaître les professeurs ?

-J'ai beau retourner la situation dans tous les sens, je n'y comprends rien, avoua Hermione. Peut-être que quelque chose nous a échappé, mais je n'ai jamais entendu parler d'un sort qui puisse faire disparaître autant de personnes en même temps. Je me demande où sont les professeurs en ce moment même…

Ron entra alors dans la Grande Salle en courant, visiblement épuisé.

Il s'assit à son tour sur la table. Ses amis l'écoutèrent attentivement.

Puis, ils restèrent un moment silencieux.

-Qu'est-ce qu'on va faire ? lâcha finalement Hermione.

-On va chercher les autres, dit Harry. On se réunit, avec les préfets des autres maisons, et... On essaye de ne pas paniquer. On n'en parle à personne pour le moment et on demande juste aux septièmes années de venir ici quand qu'ils auront réussi à calmer leur maison.

Une fois d'accord, ils gagnèrent la sortie. Mais Hermione s'arrêta.

-Il vaudrait mieux que je vous attende ici... Pour surveiller la Grande Salle.

Harry hocha la tête silencieusement et sortit dans les couloirs avec Ron. Ils tombèrent rapidement sur Neville, qui avait fini de regrouper les Gryffondors et était descendu les rejoindre. En tant que préfet, Neville savait où se trouvaient les différents dortoirs et Harry lui demanda d'aller avec Ron chercher les Serdaigles et les Poufsouffles.

-Quelque chose ne va pas ? demanda Neville, inquiet des visages graves de ses amis.

-Je t'expliquerai en route, fit Ron.

Harry partit ensuite vers le seul autre dortoir dont il connaissait l'emplacement, celui des Serpentards. Il arriva aux cachots et vit qu'on avait fait exploser la statue bloquant habituellement l'entrée à leur salle commune. Il n'hésita pas avant d'entrer.

Parkinson et Nott faisaient face aux autres élèves et tentaient de leur expliquer qu'ils passeraient la nuit dans les dortoirs et qu'il n'y avait aucun danger. Ils s'arrêtèrent en voyant Harry entrer.

-Potter ? Qu'est-ce que tu fiches ici ? s'énerva Pansy.

Harry fit signe à Malfoy de venir vers lui. Celui-ci se leva, en colère. Il se mit face à lui et siffla à voix basse :

-Comment tu sais où se trouve notre salle commune ?

-Je t'expliquerai ça une autre fois, répliqua Harry en chuchotant. Pour l'instant, j'ai besoin que les préfets et toi veniez dans la Grande Salle. Les autres peuvent rester là pour surveiller les élèves et vous leur expliquerez tout après.

Draco fronça encore plus les sourcils.

-Vous avez découvert quelque chose ?

Harry vit que tout le monde les regardait en silence, tentant d'entendre leur conversation.

-Pas ici, chuchota-t-il.

Et quelques minutes plus tard, Harry était dans les couloirs, suivis par trois Serpentards en colère.

-Comment savais-tu où nous trouver ?! enrageait Parkinson.

-Je suis déjà venu dans votre salle commune, admit le Gryffondor. Mais c'était il y a longtemps et c'est bien le dernier de mes problèmes.

-Pas pour nous, riposta Draco. Quand est-tu venu ? En sixième année, quand tu m'espionnais ?

Harry soupira. Un autre jour, il discuterait plus longuement avec Malfoy afin de mettre les choses au clair et de vraiment pouvoir faire la paix avec lui mais pour l'instant, il voulait arriver à la Grande Salle le plus vite possible.

-C'était en deuxième année, avoua-t-il, avec Ron.

-Parce que Weasley aussi est venu ? s'indigna Nott.

Harry leva les yeux au ciel et finalement, entra dans la Grande Salle. Tout le monde était là, en cercle près de la table des professeurs et Ron et Hermione eurent l'air soulagé de le voir enfin arriver.

-Maintenant que Potter est là, on va peut-être enfin nous dire ce qu'il se passe, attaqua directement Anthony Goldstein.

Harry se passa nerveusement la main dans les cheveux, cherchant ses mots.

-Bon... Après que les professeurs aient disparu, Ron est sorti de l'école pour pouvoir transplaner et prévenir le Ministère.

-Ils arrivent bientôt ? demanda Morag.

-Je ne pense pas qu'ils réussiront à rentrer, répondit Ron. Parce que la porte ne s'ouvre pas.

Les autres le fixèrent, confus.

-C'est impossible, rectifia Zacharias Smith, j'ai été récupérer quelques Poufsouffles dehors, et je suis passé par la porte plusieurs fois.

-Pas la porte du château, rectifia Ron, la porte de l'enceinte de Poudlard.

-Peut-être qu'elle se bloque automatiquement la nuit, proposa Zacharias Smith. Ou que seul un professeur peut l'ouvrir.

-C'est le travail de Hagrid normalement, confirma Neville.

-Lui aussi a disparu, rappela Ron. Mais je crois que même s'il avait été là, les portes seraient restées fermées.

-Pourquoi ? Demanda Pansy.

-Peut-être qu'on a vu le problème sous le mauvais angle, avança Hermione. Peut-être que les professeurs n'ont pas disparus...

-Clairement, pressa Draco, qu'est-ce que vous pensez ?

Harry prit une inspiration et lâcha :

-On pense que les professeurs n'ont pas disparus... mais que c'est nous qui avons été enfermés.

-Que les professeurs ont été ''éjectés'' de Poudlard, tout comme les elfes, les fantômes, les tableaux ou les statues, ajouta Hermione.

Pansy fut la première à rompre le silence.

-Mais... Pourquoi ? Pourquoi nous enfermer dans Poudlard ?

Hermione secoua la tête, dépitée.

-Je n'en sais rien. Mais il va falloir commencer à rechercher la cause de tout cela si l'on veut sortir d'ici le plus vite possible. Parce que les vrais problèmes commenceront demain...

- Tant qu'on maintient l'ordre parmi les élèves, il n'y aura pas de problèmes, assura Zacharias.

-Dès demain matin, le contredit Harry, notre plus gros problème va venir de ça.

Il pointa alors les tables, où le Banquet était toujours intact. Draco se tourna vers Harry.

-Ne me dis pas que c'est tout ce qu'il nous reste.

-Tous les elfes ont disparus, affirma pourtant Ron. La nourriture ne sera pas renouvelée pour le petit-déjeuner de demain. Le Banquet pourra nourrir les élèves pendant quelques jours, mais surement pas plus d'une semaine, même en rationnant.

-Et qui va s'occuper de rationner tout ça ? Vous trois ? demanda Anthony Goldstein en parlant à Harry, Ron et Hermione.

-Non, répondit Harry. Chaque préfet va s'occuper de nourrir sa propre maison. Vous prendrez avec vous le Banquet posé sur votre table et vous irez le cacher en lieu sûr.

Pendant un moment, les septièmes années se demandèrent s'il ne s'était pas mis à parler Fourchelangue.

Le Gryffondor remarqua leur airs ahuris.

-Vous ne vous rendez pas compte de la situation -

-Bien sûr que si, l'interrompit Zacharias. Tu nous proposes de voler le Banquet ! Même si c'est pour le redistribuer, je doute que les autres élèves seront d'accord.

-Tu as raison, ils ne seront pas d'accord, intervint Ron. Parce que la première chose qu'ils voudront faire lorsqu'ils comprendront que la nourriture va s'épuiser, ça va être d'en prendre le plus possible pour eux !

Harry soupira et poursuivit :

-Maintenant, il ne reste plus dans le château que des enfants. Des enfants qui dès demain matin vont demander à être nourris. Et je ne suis pas sûr que tous les enfants de Poudlard soient d'accord pour partager équitablement la nourriture restante quand ils comprendront qu'il n'y aura bientôt plus rien à manger.

Il y eut un moment de silence.

-Potter a raison, dit finalement Morag. Le partage de la nourriture doit être géré.

-Mais je refuse que ça soit fait par lui, fit Anthony. Tu as peut-être tué Voldemort, mais ça ne te donne pas le droit de te proclamer Sauveur de Poudlard.

-Je n'ai jamais dit que je voulais le faire, répliqua Harry. Ça sera le rôle des préfets, je suis d'accord avec ça. De toute façon, moi et Ron voulons faire le tour du château dès demain pour voir jusqu'où on peut aller. La porte est fermée, mais il y a peut-être un autre moyen de sortir d'ici.

-D'autres élèves viendront avec vous, rectifia Anthony. On est tous coincé ici, il faudrait que tu arrêtes de penser que toi seul peut s'occuper des élèves.

Le ton de la conversation commençait à monter.

-C'est aux préfets de s'occuper des élèves, acquiesça Harry en se contenant, et si l'école est bien organisée, je n'ai rien à dire.

-SI l'école est bien organisée ? Tu es en train de nous menacer Potter ?! explosa Anthony.

Déjà, Ron, Draco et Morag se plaçaient entre les deux élèves qui semblaient prêts à se sauter dessus.

-Je ne te menace pas Goldstein, gronda Harry. Je dis seulement que si cette école commence à tomber en ruines, je ne resterais pas sans rien faire !

-Tu es pourtant resté sans rien faire pour les élèves lorsqu'ils se faisaient ''punir'' par les Carrow ! l'accusa Anthony.

-Je n'ai rien fait ?! cria Harry. J'ai fait plus pour cette école que tu n'en feras jamais Goldstein !

Ils se seraient jetés sur l'autre élève si Ron et Malfoy ne les avaient pas retenus.

-Ce n'est pas le moment de revendiquer ta célébrité Potter, l'avertit Malfoy à voix basse alors que Théo et Zacharias retenaient Anthony.

-Demain matin, lui dit Ron, on cherchera un moyen de sortir et on laissera les autres gérer l'école. En attendant, tu te tais.

-Tu veux que je le laisse dire que nous avons abandonné l'école ? s'exclama Harry.

-Tu n'as rien compris Potter, lui fit Parkinson en s'approchant d'eux, tu menaces notre autorité de préfet.

Ron prit la parole :

-On va sortir d'ici tous les deux et vous laisser parler de la nourriture. Si certains élèves souhaitent partir avec nous demain, ils n'auront qu'à venir nous voir.

Ron prit le bras de Harry et le tira hors de la Grande Salle. Il faisait confiance à Hermione et à Neville. Si la présence de Harry énervait trop les autres préfets, ils n'avaient plus rien à faire ici.

-Malfoy aussi devrait partir, ajouta Anthony, il n'est pas un préfet.

-Laisse le en dehors de ça, répliqua Pansy, il -

-C'est bon je vais y aller, coupa le concerné avant de fixer Anthony. Mais fais attention Goldstein, évite de te mettre trop de monde à dos, parce que ton ''autorité'' de préfet n'a rien de définitive.

Avant que le préfet de Serdaigle ne s'énerve à nouveau, Draco tourna les talons et sortit à son tour de la Grande Salle. Potter faisait les cents pas dans le Hall, discutant avec Weasley. Il s'arrêta en voyant le Serpentard arriver.

-Toi aussi alors ? railla-t-il.

Draco haussa les épaules.

-Apparemment, Goldstein n'aime pas ceux qui ont participé à la Guerre.

-Il ne nous aime pas parce que nous n'avons pas été là l'année dernière pour protéger les élèves, rectifia Weasley.

-Ça n'a aucun sens, lâcha Harry. Même si je n'étais pas là, je veux quand même aider. Merlin, comment ça a pu dégénérer aussi rapidement ?

-Oh, ne t'inquiète pas, ça va aller en s'empirant, fit Draco. Vous avez intérêt à nous trouver un moyen de sortir d'ici rapidement... Je pense que certains d'entre nous voudront vous accompagner.

-Je préfère que ça soit vous plutôt que Goldstein qui nous accompagne, grogna Harry.

-Tu crois vraiment qu'il va nous laisser partir sans quelques Serdaigles ? se moqua Ron. Allez Ry, on retourna à la salle commune.

Le Gryffondor hocha la tête et jeta un dernier regard à Malfoy.

-Tu ne me souhaites pas 'Bonne nuit' Potter ? se moqua celui-ci.

Harry eut un sourire.

-Vu le nombre de fois où s'est parlé aujourd'hui, j'ai presque failli le faire, répliqua-t-il.

Draco rit légèrement en prenant la direction de sa salle commune, perdant de vue les deux Gryffondors.

Harry et Ron se rendirent compte que monter jusqu'au septième étage était maintenant plus difficile, puisque les escaliers ne se déplaçaient plus aussi facilement.

-Peut-on faire de la magie ? réalisa soudainement Harry.

-J'ai essayé, répondit Ron, c'est faisable mais la magie ne répond pas comme d'habitude.

-C'est surement lié à tout ça…

À ce moment, l'escalier sur lequel ils étaient bougea et les emmena vers le mauvais couloir, ce qui les obligea à faire un détour.

-Même la magie du château semble être déréglée, remarqua Ron. J'espère que ça n'est pas entièrement le cas, sinon les moldus pourraient nous voir.

-On découvrira ça demain, je suppose.

Ils arrivèrent au pied de la tour de Gryffondor. Le tableau de la Grosse Dame était vide, et il suffisait de l'ouvrir comme une simple porte pour entrer dans la salle commune.

Harry et Ron montèrent dans leur dortoir, sachant qu'ils allaient avoir du mal à s'endormir cette nuit-là.

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Jour 2, 8h18

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Le lendemain matin, Lilith sortit par le même tableau, mais beaucoup plus sereine.

Elle avait été la première fille de son dortoir à se réveiller et n'avait pas hésité avant de quitter seule la salle commune encore silencieuse.

La préfète des Gryffondors, Hermione, était revenue les voir la veille, pour les rassurer et leur dire que pour l'instant, ils devraient obéir à tous les préfets comme s'ils étaient des professeurs. Hermione était majeure, c'était une adulte, et cela avait grandement rassurée Lilith.

Mais même si elle faisait confiance à ses aînés, Lilith avait quand même un peu peur du manque de nourriture. Ça aussi, Hermione le leur avait expliqué ; qu'ils allaient devoir manger moins en attendant de trouver une solution. Lilith n'avait pas peur, mais son père lui manquait.

Mais comme elle lui avait promis de pas pleurer à cause de lui, Lilith descendit les étages jusqu'à la Grande Salle en chantonnant.

Les grandes tables n'accueillaient pour l'instant qu'une vingtaine d'élèves, des septièmes années pour la plupart. On leur avait expliqué ce qu'il fallait faire, alors Lilith vint se placer au bout de la table des Professeurs où Neville le préfet lui donna son petit déjeuner. Elle se retourna et vit sur la table des Serpentards que Jordan lui faisait signe. Elle sourit et vint s'asseoir à côté de lui.

-Toi aussi t'es le premier à t'être réveillé ?

-J'ai pas bien dormi cette nuit, avoua Jordan.

-C'est vrai que t'as l'air tout pâle, fit Lilith avant de regarder dans l'assiette du garçon et de s'exclamer : C'est tout ce que vous avez ?

-Les préfets nous ont dit qu'on devrait manger moins pour faire durer les réserves de nourriture.

-Nous aussi, acquiesça la jeune fille en cassant sa tranche de pain en deux. Tiens, prends ça.

-T'es sur ? Demanda Jordan, surpris de l'offre.

-Prends je te dis. Comme ça on a la même chose à manger.

Jordan lui sourit et prit le bout de pain.

-La prochaine fois, si c'est moi qui ai trop à manger, je te donnerai aussi un morceau, promit-il. Draco a dit qu'on devrait s'aider tant que les adultes sont partis.

-C'est qui Draco ?

-C'est un ami, dit Jordan en pointant le septième année qui mangeait plus loin.

-C'est un grand ! s'étonna Lilith. Il sait pourquoi les professeurs ne sont plus là ?

Jordan secoua la tête.

-Non, les préfets vont le dire tout à l'heure, quand tout le monde sera arrivé. Il a surtout parlé de la nourriture et des cours qui vont être annulés.

Lilith soupira :

-Je voulais vraiment apprendre à faire des sorts. Les filles de mon dortoir savent déjà en faire et je vais passer pour un bébé si je suis la seule à ne pas savoir utiliser ma baguette.

-Je t'apprendrai un sort ou deux si tu veux, proposa Jordan. J'en ai appris quelques-uns l'année dernière. C'est même Draco qui m'a appris.

-Tu as trop de la chance, soupira Lilith.

Ils terminèrent leur repas rapidement et continuèrent à parler alors que la Grande Salle se remplissait progressivement.

Plus loin sur la table des Serpentards, Pansy regardait Théo servir le petit-déjeuner à des élèves maussades.

-Vous ne pensez pas qu'on donne des portions trop petites ? demanda-t-elle à ses amis. Regardez les Poufsouffles, ils ont des assiettes plus remplies.

-Théo a raison de ne pas donner beaucoup, jugea Gregory. On ne sait pas jusqu'à quand on va devoir tenir.

-Le moins longtemps possible, par pitié, grogna Blaise. Et les assiettes des Poufsouffles sont peut-être plus remplies, mais pour moins longtemps. Ils épuiseront surement leur réserve avant nous.

-Et dans ce cas, on partagera la nourriture restante, rappela Pansy.

-Partager sa ration de survie, c'est un truc de Gryffondor. Je n'ai pas envie de mourir de faim pour que Smith puisse vivre quelques jours de plus.

-Et si tu partageais ta part avec Susan Bones ? demanda Gregory en souriant.

Blaise lui fit un clin d'œil.

-Là, ça serait différent, approuva-t-il. Je suis d'accord pour partager avec Bones, mais que Smith reste en dehors de mon assiette !

Pansy lui fit un regard noir.

-Oh pardon, j'avais oublié qu'on n'a plus le droit de dire du mal des préfets, sourit Blaise. Pas vrai, Draco ?

-Non, Goldstein te privera de nourriture si tu insultes l'autorité des préfets, assura le blond.

-Ça n'a rien de drôle, les coupa Pansy, et on ne t'a pas forcé à partir hier soir.

-J'ai préféré le faire, vous aviez l'air d'avoir la situation tout à fait en main.

-Ne sois pas si ironique. On a réussi à se mettre d'accord pour la nourriture, c'est déjà un bon début.

-Je sais Pansy, fit Draco plus doucement. Mais si tu penses que huit préfets seront suffisants pour s'occuper de deux cents élèves, autant aller rejoindre Goldstein avec ses grands airs sur l'estrade.

-Je ne l'aime pas non plus mais tant qu'on est bloqué là, on évite les disputes, conclut Pansy avant de changer de sujet. Qui part avec les Gryffondors autour du château ?

-L'expédition de Potter et Weasley ? grimaça Blaise. Hors de question pour moi.

-Moi je veux y aller, fit Gregory.

Pansy ne fut pas étonnée que son ami se propose mais elle fronça les sourcils en entendant Draco confirmer qu'il irait également.

-Tu ne veux plus quitter Potter maintenant que vous êtes copains ? se moqua Blaise. Au cas où tu l'aurais oublié Draco, tu as la trouille de la Forêt Interdite depuis ta retenue de première année.

-Merci de me la rappeler Blaise, rétorqua Draco. Mais on n'aura peut-être pas besoin d'aller dans la Forêt. Et de toute façon, Gregory sera là.

-Ça fera encore passer Greg pour ton garde du corps, protesta Pansy.

-Tu sais que je m'en fiche, tempéra le concerné.

-Et ça me fait aussi passer pour un lâche qui a besoin de protection, ajouta Draco. Les autres peuvent penser ce qu'ils veulent, j'ai juste envie qu'on trouve un moyen de sortir, rapidement. Et si Blaise venait, il nous ralentirait.

Ce dernier donna un coup de coude à Draco, faisant rire Gregory. Pansy sourit également, un peu moins nerveuse. Mais tout le monde n'avait pas envie de rire dans la Grande Salle et certains les regardaient comme s'il était impoli de s'amuser compte tenu de la situation.

Pansy se leva de table.

-Tous les élèves sont arrivés, dit-elle à ses amis, je vais sur l'estrade avec les autres préfets.

Elle vit le sourire moqueur de ses amis et leva les yeux au ciel. Pourtant, elle se sentit effectivement mal à l'aise en montant sur l'estrade près des autres. Il y avait un peu plus de deux-cents élèves dans la Salle. Comment allaient-ils s'y prendre pour s'occuper d'eux ?

Longdubat prit la parole le premier et tout le monde dans la Grande Salle se tut.

-Les préfets sont tous passés vous voir hier soir pour vous expliquer la situation, mais je préfère répéter. Il semblerait que les professeurs aient été… éjectés de l'école. D'après ce que nous savons, nous sommes tous bloqués ici. S'il existe une porte de sortie, on espère la découvrir bientôt mais en attendant, on doit s'organiser.

Neville fit signe à Morag de continuer.

-Je vous demande de ne pas utiliser votre baguette pour le moment, dit la Serdaigle. La magie est instable et on ne sait pas encore s'il est possible d'en faire sans danger. Le règlement reste le même, pas de duel ni de bagarre.

-Pour l'instant, renchérit Pansy, les cours sont annulés mais je vous conseille tout de même de rester à l'intérieur du château. N'allez ni dans le lac, ni dans la Forêt Interdite car on ne sait pas jusqu'où vont les ''limites'' du château.

Susan Bones vint conclure le discours des préfets.

-Certains élèves vont partir tout à l'heure faire le tour du château, voir s'il n'y a pas un moyen de sortir d'ici. Si certains élèves de septièmes ou sixièmes années souhaitent les accompagner, qu'ils viennent nous voir tout à l'heure. Si vous avez des questions, posez-les maintenant.

Une vingtaine de main se levèrent en même temps.

-Vas-y Midgen, encouragea Zacharias.

Éloïse Midgen, en cinquième année à Poufsouffle, se leva avant de demander :

-Est ce qu'on va manger aussi peu tous les jours ?

Une dizaine de mains se baissèrent. La nourriture était clairement le problème majeur des élèves.

-Ça va surement aller en diminuant si on ne trouve pas de la nourriture ailleurs, répondit honnêtement Zacharias. Les seuls aliments qu'ils nous restent sont ceux du Banquet de hier soir. Si nous sommes vraiment enfermés, on commencera alors à faire pousser de la nourriture dans les serres de Mme Chourave.

Ce fut au tour de Jason Samuels de se lever.

-Vous ne pensez pas qu'on devrait distribuer la nourriture en fonction des besoins de chacun ?

Les premières années fixèrent le Serdaigle avec inquiétude. Personne ne doutait du fait que le sixième année, du haut de son mètre quatre-vingt-dix, pouvait avaler trois portions de repas et avoir faim malgré tout.

Morag tempéra :

-Si on réduit encore la portion des plus jeunes, ils ne tiendront pas longtemps. Au contraire, je pense que c'est aux élèves les plus costauds de prendre moins de nourriture pour que les plus fragiles restent en forme. Mais pour le moment, tout le monde aura la même chose dans son assiette.

Morag vit sa sœur Isabel lever les yeux au ciel alors que Jason se rasseyait à côté d'elle.

Quelques élèves posèrent encore des questions et bientôt, ils commencèrent à se lever et à sortir de la Grande Salle. Quelques-uns restèrent et vinrent près de l'estrade.

Harry et Anthony évitèrent de se regarder et Hermione prit la parole :

-Tout le monde ici, préfets mis à part, souhaite vraiment faire le tour du château ? Sachant qu'il faudra surement aller dans la Forêt Interdite.

-J'aimerai aussi y aller, précisa Morag. Les autres septièmes années pourront aider Anthony à gérer les élèves en attendant.

Personne ne vit de problème à ce qu'un préfet y aille et finalement, plus d'une dizaine de personne était prête à partir.

-On devrait être rentré ce soir, non ? voulut savoir Parvati. Poudlard n'est pas si grand que ça.

-Si, comme on le pense, les portes de Poudlard sont définitivement fermées, expliqua Ron, il n'y aura que deux moyens de sortir.

-En traversant le lac ou la Forêt Interdite, poursuivit Harry. Le problème, c'est qu'on ne sait pas jusqu'où va la Forêt.

-On peut prendre un peu de nourriture, proposa Gregory, au cas où on passe la nuit dehors.

Ils discutèrent de ce qu'ils devaient prendre et se donnèrent rendez-vous une demi-heure plus tard dans le Hall d'entrée.

Ron et Harry avaient déjà pris ce dont ils avaient besoin et attendirent les autres au pied des escaliers.

-On aurait été plus vite seulement à deux, remarqua Harry.

-Mais si jamais les créatures de la Forêt n'ont pas disparu, on sera content d'être douze. Surtout si les araignées sont toujours là, grimaça Ron.

-Peut-être que la voiture de ton père est là, fit Harry en souriant, et on pourrait sortir par la voie des airs.

-Il suffirait plutôt de prendre un balai pour passer au-dessus des murs, contredit Ron. Si quelque chose nous retient bien dans le château, ça ne va pas nous laisser s'échapper aussi facilement.

Harry hocha la tête.

-Il paraît que Morag est imbattable en sortilèges, dit Ron en changeant de sujet, ça pourrait être utile. Mais je ne connais pas les deux Poufsouffles de sixième année, Summers et Spinks je crois.

-Ils sont dans l'équipe de Quidditch. Tu ne trouves pas ça bizarre que Parvati et Padma viennent et qu'elles laissent Lavande ici ? Ça ne te dérange pas qu'elle ne soit pas là, Ron-Ron ?

Son ami lui donna un coup de coude.

-Pas trop fort, tu sais qu'Hermione est jalouse ! Dis-moi plutôt quel sort tu as jeté à Malfoy pour qu'il veuille venir dans la Forêt avec nous ?

-Très intelligent Weasley, nota une voix derrière eux.

Malfoy et Goyle venaient de sortir de la porte menant aux cachots.

-D'ailleurs, continua le Serpentard, c'est peut-être le moment pour nous dire comment vous avez fait pour entrer dans notre Salle commune.

Ron se tourna vers Harry, surpris.

-Tu leur as dit ?

Le brun hocha la tête. Heureusement pour eux, Ernie Macmillan et Justin Finch-Fletchley entrèrent dans le Hall. Morag et Luna arrivèrent en dernière, le dortoir des Serdaigles étant le plus éloignés.

-On reparlera de ça une prochaine fois, s'excusa Harry.

-T'as intérêt Potter, fit Draco.

Ron chuchota à son ami.

-Quand il va apprendre qu'on a ensorcelé Crabbe et Goyle, il va te tuer.

-On était deux à le faire, s'offusqua Harry.

-C'est toi qu'il va vouloir dépecer, assura Ron d'un air confiant.

-Merci du soutien, grogna Harry alors que les autres les rejoignaient les uns après les autres.

Quand les douze élèves volontaires furent réunis, ils quittèrent le château et refermèrent la porte derrière eux, ne sachant pas ce qu'ils trouveraient dehors.

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Jour 2, 10h02

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