Disclaimer : Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !
Couple : Harry/Draco.
Rating : K+.
Cet OS écrit pour Reverie21, sélectionnée parmi les reviews que j'ai reçues, sur le challenge "Vulnérable". J'espère que cette petite chose écrite en 24h te plaira :)
Tu es libre, ce soir ?
Quand il regardait des photos de son enfance, il avait toujours l'impression de voir un petit animal. Quels que soient son âge et son état d'esprit, ce que lui renvoyaient ces clichés était toujours pareil : de la tristesse, de la pitié, voire du dégoût. C'était un peu comme si on lui montrait la photo d'un chiot abandonné, ou trouvé là par hasard, adopté par un maître compréhensif et élevé comme un chien de salon. Un bâtard dont on aurait essayé de relever le pedigree.
Ses parents étaient décédés quand il avait deux ans, lors d'un accident de voiture aussi banal que tragique. La sœur de sa mère avait repris le relais, le prenant à sa charge, parce que de toute façon personne n'en voulait, il fallait bien s'en occuper, de ce marmot aux yeux verts qui ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il se retrouva à dormir dans un placard à balais, sous l'escalier du premier étage, le vide causé par le décès de ses parents s'enfouissant en lui, de façon irrémédiable.
Trois ans plus tard, son parrain, qui s'était embrouillé avec ses parents depuis des années, était revenu sur Londres et avait cherché à reprendre contact avec son ex-meilleur ami. Harry ne se rappelait pas de grand-chose, il avait à peine cinq ans, mais ce qui demeura gravé dans sa mémoire, ce fut l'image de ce grand homme aux cheveux noirs qui s'effondra à ses pieds, en larmes, et hurlant comme un damné. Cet homme-là, il l'avait emmené loin de cette maison et avait essayé d'effacer ces trois dernières années de sa mémoire, de le rendre heureux et de combler ce vide qui s'était creusé en lui.
Mais grandir dans un placard laissait des séquelles. Il avait toujours été plus petit que la moyenne, avec des cheveux bouclés qui partaient dans tous les sens, et une peau pâle qui peinait à capter les rayons du soleil et à s'en imprégner.
Il resta toujours le petit chiot que sa tante avait recueilli, mis dans un coin pour qu'il ne fasse pas trop de bruit et ne salisse rien, et que son parrain avait récupéré, dans l'espoir d'en faire quelqu'un de bien, comme ses parents.
Un petit être vulnérable, qui avait conscience de ce qu'il était, et qui se méprisait.
OoO
La cloche de la boutique tinta alors que les portes vitrées s'ouvraient dans un léger bruit si familier, presque imperceptible tant il avait l'habitude de l'entendre. Perdu au fond du magasin au milieu des vêtements, il hésita à aller accueillir les nouveaux clients, mais au vu de la situation, il ne pouvait guère quitter l'espace essayage. Quelques minutes plus tôt, il avait été harponné par une cliente exigeante qui était en train de lui faire un petit défilé, hésitant quant à la robe à prendre. Sachant qu'en dépit de sa corpulence elle choisirait une plutôt courte et sans doute la plus chère possible, vu son budget, il se contentait de rester assis sur un siège et attendre qu'elle ait terminé ses essayages. Harry ne savait pas bien si son but était de le draguer ou simplement de le faire chier, mais en tout cas, c'était réussi.
Ne pouvant guère s'échapper, au risque de s'attirer les foudres de sa cliente et peut-être un achat en moins, le jeune homme prêta l'oreille et reconnu de suite la voix d'une cliente très fidèle et dépensière : Pansy Parkinson. Il poussa un soupir, l'entendant demandant où il était passé et son collègue lui répondre qu'il était occupé avec une personne. Il voyait déjà le tableau : elle, le trainant dans toute la boutique, fantasmant sur les robes, chaussures et divers accessoires, s'enfermant dans une cabine pour essayer il ne savait combien de tenues et se regarder des heures dans le miroir pour être certaine que la ou les tenues choisies lui allaient à la perfection.
Ils étaient trois à travailler dans cette boutique. Avec l'aide de ses parents qui croyaient en elle, sa patronne, Cho Chang, avait ouvert une boutique de vêtements divers près de Camden, à Londres : du gothique, du visual kei, aristocrate, steampunk et tout ce qui allait avec. Rapidement, elle avait embauché l'ami d'un ami pour l'aider à gérer la boutique, Théodore, qui travailla alors à mi-temps pour financer ses études, ainsi qu'une copine à elle, quelque temps plus tard. Client fidèle de la boutique, Harry s'était lié d'amitié avec le vendeur, puis avec la patronne, avant d'être embauché quelques heures par semaine, pour au final remplacer définitivement la vendeuse de Cho.
Harry était devenu employé à plein temps dans la boutique de fringues à sa majorité. Cela faisait trois ans qu'il travaillait pour sa patronne, et le moins qu'on puisse dire, c'était qu'il aimait ce métier et que pour rien au monde il ne voudrait le quitter, et il n'était pas le seul, d'ailleurs : ses tuteurs non plus ne voulaient pas qu'ils perdent ce travail.
En dépit de tout ce que Sirius avait pu faire pour lui, Harry avait dérivé. Enfant timide, réservé et parfois victime de la méchanceté des autres enfants, il avait su faire face à la différence qui l'éloignait des autres. Lui, il n'avait pas de maman et de papa, il était bien plus petit que la moyenne et ses cheveux noirs étaient toujours désordonnés, quoi qu'il fasse. Et puis, surtout, il était élevé par son parrain et son compagnon. Cette situation, il avait fini par l'accepter. Jusqu'au collège.
Le vide que la mort de ses parents, les mauvais traitements de sa tante et la solitude à l'école avaient créé en lui s'était transformé en rage. Une rage que ses tuteurs ne parvenaient pas à canaliser. Pour Sirius, tous ces rendez-vous avec le directeur, ces expulsions, ces bagarres après les cours et ces absences répétées étaient à chaque fois comme une déchirure et un échec cuisant. Harry avait beau l'aimer, avoir conscience de la souffrance qu'il lui infligeait et de la déception qu'il engendrait, il était emprisonné dans un cercle infernal de violence dont il était alors incapable de s'extraire.
Et cette situation dura jusqu'au lycée, en empirant un peu plus chaque année. D'autant plus qu'il changea de look, se rasant la tête, ces maudits cheveux noirs qui refusaient de s'ordonner, colorant ses mèches, maquillant ses yeux, perçant sa peau et portant des vêtements sombres et cloutés. Sirius avait beau le priver d'argent de poche, de tout ce qu'il aimait, Harry dériva, s'enfonçant dans sa colère, entraînant un climat d'incompréhension avec son parrain, où Severus, son compagnon, essayait comme il le pouvait d'entretenir quelque chose, un lien, n'importe quoi.
Et puis, le jour de ses dix-sept ans, il décida d'aller dépenser l'argent qu'il avait eu pour son anniversaire dans cette boutique où il avait repéré une tenue originale. Il y rencontra Théodore, qu'il revint voir régulièrement, parce qu'il était toujours gentil avec lui, il lui faisait parfois des prix, et il pouvait rester des heures derrière le comptoir à jouer le caissier pendant que lui s'occupait de la boutique. C'était la première fois que quelqu'un l'acceptait dans son entourage, sans le juger, lui parlait correctement sans prendre de gants, et qui, surtout, lui faisait confiance.
Cette rencontre l'apaisa considérablement, lui redonna un peu confiance en lui, et surtout, l'éloigna de cette violence qui était son quotidien. Théodore et Cho ne parvinrent pas à le ramener sur les bancs de l'école : au milieu de l'année, la patronne lui proposa de l'embaucher le samedi à condition qu'il travaille un peu plus au lycée, ce qu'il honora plus ou moins, et quelques mois plus tard, elle lui promit qu'elle le prendrait chez elle à temps plein s'il obtenait son diplôme de fin d'études. Autant dire que la Chinoise fut stupéfaite quand le parrain du jeune homme, qu'elle ne connaissait que de visage, s'était précipité dans la boutique pour s'agenouiller à ses pieds, en adoration totale…
Harry eut un léger sourire en se rappelant de cet évènement. Il suivait de près son parrain, Severus à ses côtés, et sa patronne n'avait pas su quoi faire, Sirius partant dans un discours qui la rendit toute rouge, Théodore plié en deux sur son comptoir, s'étouffant à moitié. Après ça, il avait effectivement été embauché par Cho, ce qui fut l'apothéose pour son parrain : non seulement Harry avait eu son diplôme, mais en plus il avait un travail à durée indéterminée. En définitive, pour Sirius, ce fut le plus beau jour de sa vie…
En quelque sorte, ce fut aussi un peu le cas pour Harry, qui gagna en stabilité et cessa toutes ses conneries. Il devint plus sérieux et s'ouvrit à d'autres choses, aux fringues, à la création… Théodore était dans une école de stylisme et bossait dans cette boutique à la fois pour se financer, mais aussi pour approfondir son travail. Il créait régulièrement des tenues originales ou prenait des commandes, collaborant avec Cho pour leur mise en vente. Cela faisait un peu l'originalité de la boutique. En quelque sorte, Théodore lui transmettait son goût pour les vêtements, quels qu'ils soient.
En somme, Théodore avait eu une très bonne influence sur lui. Mais d'un point de vue physique… c'était un échec total. Harry savait qu'à plusieurs reprises, Sirius avait essayé de convaincre son collègue de lui faire comprendre que se faire des mèches rouges et violettes, ce n'était pas une bonne idée, que la crête, ce n'était certainement pas la coupe de cheveux qui le mettait le plus en valeur, et enfin que le damier jaune et noir qu'il avait dernièrement fait teindre sur ses cheveux très courts, sur le côté droit de sa tête, c'était la pire chose qu'il ait faite après s'être rasé entièrement la tête quand il avait quinze ans.
Cependant, Théodore ne chercha jamais à influencer ses choix, autant vestimentaires que capillaires, même s'il ne comprenait décidément pas ce que Harry faisait avec ses cheveux, pas plus qu'il ne comprenait sa folie des piercings. Il se disait juste que, même s'il était plus stable, il y avait toujours des souffrances en lui et un mal-être qui le poussait à être ainsi. Et lui, il aimait bien le damier sur le côté droit de sa tête… La seule chose qu'il obtint de Harry, parce que cela chagrinait vraiment son parrain, ce fut qu'il laisse repousser ses cheveux du côté gauche de sa tête. Enfin, il lui avait gentiment, sans aucun espoir, de laisser repousser tous ses cheveux : pour qu'on le laisse tranquille, le jeune homme avait accepté pour le gauche, et le lendemain même, il se rasait et se teignait l'autre côté…
Ce que ni Sirius, ni Severus, ni Théodore n'avaient compris, c'était que se couper les cheveux, porter ces vêtements et percer sa peau et ses chairs était un moyen de se cacher. Il avait trop eu mal, on avait trop profité de lui, de sa faiblesse, de sa petite taille, de sa solitude. Trop fragile, trop sensible, trop à la merci de ceux qui lui voulaient du mal. Son apparence, c'était juste de l'autodéfense, essayer d'être quelqu'un d'autre. Au fond de lui, il savait ce qu'il était : un gars trop petit, avec des cheveux noirs ébouriffés, peu sûr de lui et affreusement timide. Son vrai lui avait peur des gens et de leurs regards, des gestes qu'ils pourraient avoir contre lui et de leur mépris. Alors il avait dû construire quelque chose de plus solide, dont tout le monde aurait peur.
Alors, il avait décidé de ne pas être comme les autres, car de toute façon, quoi qu'il fasse, il était différent. On ne l'aimait pas, alors on le détesterait. Il serait celui que personne ne voulait avoir pour ami, puisque de toute façon, personne ne lui avait jamais fait confiance, dans quoi que ce soit… Alors qu'il valait quelque chose. Il le savait, au fond de lui. Il n'était pas si con. Personne ne l'aimait, c'est tout. Et il avait peur des autres. Alors il ferait en sorte qu'on ne l'aime pas pour une bonne raison…
Ça, il l'avait toujours gardé pour lui. Avouer ses faiblesses était sans doute la pire des choses. C'était se mettre à nu, se dévoiler, retirer toutes les couches qu'il mettait sur lui pour cacher l'être minable qu'il était. Et ça, il ne le voulait pas. Ça faisait trop mal…
Sa cliente sortit soudain de la cabine d'essayage, l'arrachant à ses pensées. Elle lui montra sa robe sous toutes les coutures, lui faisant l'état des lieux de ses défauts et qualités, se regarda dans le miroir, puis conclut qu'elle allait surement la prendre. Quand elle voulut retourner dans la cabine, Harry lui proposa, maintenant qu'elle avait terminé son essayage, de se rendre à la caisse avec ses achats, il allait attendre qu'elle ait terminé de se rhabiller pour récupérer ce qu'elle ne voulait pas et aller les ranger. Elle eut un sourire avant de fermer le rideau. Un court instant, il avait espéré que, pour une fois, elle lui donne ce dont elle ne voulait pas, mais comme toujours, elle allait décider en se changeant… Il se laissa tomber sur son siège et écouta les voix dans la boutique.
Il entendait Pansy piailler sur il ne savait quelle tenue. Et soudain, il entendit une voix d'homme. Une voix un peu grave, avec un léger accent français. Il se pinça les lèvres ou retenir le léger sourire affreusement niais qui allait se former sur ses lèvres d'un instant à l'autre. C'était toujours un peu comme ça, quand il entendait à sa voix, à lui. Nerveusement, il se leva et s'examina. Comme toujours, le jeune homme se trouva trop petit et trop maigre, même s'il mangeait un peu plus depuis qu'il travaillait à la boutique. Ses cheveux noirs de jais, longs pour un garçon, retombaient en boucles sur le côté gauche de sa tête, ponctués de mèches violet foncé, tandis que le côté droit de sa tête, très court, était teint en damier jaune et noir. Ses oreilles étaient percées, un peu trop, mais à une époque il aimait bien ça. Il avait les coins de la lèvre inférieure percée, le nez aussi. Ses vêtements, eux, lui donnaient un aspect un peu gothique débraillé. La sale tenue, pile le jour où lui passait à la boutique…
Sa cliente sortit enfin et lui présenta ses achats, plus nombreux qu'il ne l'aurait cru. Elle quitta le coin cabine pour se rendre à la caisse alors que Harry récupérait les quelques vêtements qu'elle avait laissé derrière elle. Puis, il la suivit dans la boutique, et immédiatement, son regard capta les deux clients particuliers qui étaient rentrés à peine dix minutes plus tôt. Ce fut elle qui le vit la première et elle se précipita vers lui, les bras écartés, pour lui faire une bise aussi bruyante qu'appuyée.
« Oh Harry, je suis tellement contente de te voir ! J'avais peur que tu ne travailles pas aujourd'hui. Tu sais, j'ai besoin de…
- Du calme, Pans', il ne va pas s'envoler. »
Alors Harry leva les yeux vers l'ami de sa cliente. Vingt-cinq ans, plus grand que lui, solide et beau comme le jour, Draco le regardait d'un air amusé, un peu sarcastique. Il détonnait au milieu de cette boutique, tant il était élégant, mais simple, en totale contradiction avec les vêtements originaux exposés un peu partout. Blond comme les blés et les yeux bleus, son visage aurait pu être androgyne s'il n'avait pas cette mâchoire carrée si typiquement masculine et qui lui donnait un charme fou. Ce type, c'était typiquement son genre de mec. Cependant, la réciproque n'était pas tout à fait vraie.
« Bonjour, Harry. »
Le blond lui tendit la main que le jeune homme serra aussitôt. Étonnant comme ce type pouvait lui faire de l'effet. Il n'avait jamais tellement compris : il était son genre de mec, physiquement, mais Draco avait une vie trop parfaite, trop rangée pour lui correspondre. Pourtant, il le faisait rêver, comme jamais personne avant lui, et Harry en avait connu, des hommes, dans sa courte vie. Lui, il était certainement le premier à l'avoir autant chamboulé, à avoir réussi à toucher ce Harry qu'il gardait précieusement au fond de son cœur, bien caché.
Mais vivre quelque chose serait sans issue. Harry n'était pas fait pour lui, il le savait très bien. Il n'avait pas le physique, la tête, le travail pour lui correspondre. Il ne ressemblait à rien. Il était laid. De partout. Le Harry au fond de lui était plus joli et plus vrai que ce qu'il était devenu. À quoi bon essayer quelque chose avec quelqu'un d'aussi bien, au risque de le salir ?
« Bon, alors Harry, je t'explique. Il me faut impérativement une robe pour la soirée d'Halloween, parce que tu vois, je veux faire un truc un peu original, c'est une soirée avec pour thème les vêtements gothiques et tout…
- Techniquement, on ne vend pas tellement de gothique, ici…
- Oui, bon, mais ça ressemble. »
Un rapide coup d'œil à Théodore assis derrière son comptoir le renseigna très bien sur son opinion sur la question.
« Il me faut une robe pour cette soirée, qui sort du lot quoi ! Théodore m'a dit qu'il n'avait pas le temps de m'en faire une sur mesure, mais tu sais… »
Et elle se mit à babiller… Cette fille était une vraie calamité, le genre de cliente qui l'emmerdait royalement. Il fit cependant des efforts pour la conseiller dans le choix de sa robe, en prenant en compte son physique et ses exigences, mais c'était compliqué, tant elle était exigeante et contradictoire. Heureusement, son ami était là pour la recadrer un peu… Au final, le voyant à bout de nerfs et Harry pas loin de lui expliquer sa philosophie de vie, Théodore intervint et proposa à la jeune femme une robe sur mesure, mais vu qu'il la ferait dans l'urgence et vu ce qu'elle allait lui demande, elle lui couterait bonbon. Enchantée, la jeune femme le suivit à la caisse pour discuter avec lui et élaborer la tenue, laissant Harry et Draco au fond du magasin, seuls.
« Elle est insupportable, n'est-ce pas ?
- C'est une cliente exigeante.
- C'est gentil de la part de ton collègue de lui préparer une tenue en urgence.
- Ne rêve pas : s'il le fait, c'est parce qu'elle est bonne cliente.
- Je n'en doute pas une seule seconde. »
Ils échangèrent un regard avant de pouffer, ne se faisant aucune illusion sur les motivations de Théodore : Pansy passait très régulièrement acheter des vêtements dans cette boutique, il était presque évident que le vendeur allait la dépanner. Chèrement. Mais la dépanner quand même.
« À toi aussi, il te faut une tenue pseudo gothique ?
- Ouais.
- Je te conseille ?
- Avec plaisir. »
Ils descendirent au sous-sol où Harry lui montra ses plus jolies tenues, des costumes d'aristocrates ou bien des pantalons et des chemises originales et noires pour la plupart, l'aidant à se décider pour un ensemble. C'était agréable, ils étaient tous les deux seuls, il avait Draco tout à lui, l'espace de quelques minutes. Puis, il le conduisit aux cabines du même étage accrochant les cintres, puis se mit dans un coin à attendre qu'il se change.
C'était Draco qui lui avait demandé son numéro en premier. Harry avait déjà fréquenté des clients auparavant et était même sorti avec quelques-uns, mais jamais il ne faisait le premier pas. Avec le blond, les choses n'avaient pas été différentes. Il avait tout de suite été charmé par son visage, ses cheveux si clairs et son léger accent français absolument irrésistible. Il avait été étonné de le voir dans cette boutique, revenant régulièrement avec Pansy, jamais seul en somme, et il avait été encore plus surpris quand, au moment de payer le cadeau d'anniversaire de son amie, la seule fois où il n'était pas venu accompagné, il lui avait laissé son numéro, sans un mot.
Dire que ça n'avait pas marché serait une erreur. À vrai dire, ils n'étaient jamais sortis ensemble, et pourtant, Dieu savait ce que Harry en avait envie, au fond de lui, et visiblement, Draco était très motivé pour former un couple avec lui. Mais le jeune homme, en dépit des sorties qu'ils firent ensemble, de leurs mains parfois enlacées et des baisers qu'ils échangèrent, ne se laissa jamais aller et refusa de nouer une relation avec le blond. Ils n'étaient pas du même monde, Harry ne se sentait pas à sa place, et il savait très bien que ça ne durerait pas. Pour se protéger, de cet homme qui le touchait beaucoup trop et qui parvenait à voir ce que d'autres n'avaient jamais vu, il préférait fuir et le repousser, gentiment, mais surement.
Pourtant, il était si gentil… Personne n'avait jamais été aussi gentil avec lui. C'était un peu comme si Draco ne remarquait pas tout ce qui faisait de lui un garçon débile, laid et minable, une espèce de rebelle qui niquait ses cheveux et ses oreilles depuis qu'il avait quinze ans, à peine mature et se cachant derrière des fringues sombres et parfois peu seyantes. Ils n'avaient rien à faire ensemble, Harry ne comprenait même pas qu'il puisse être intéressé, le trouver attirant, et le choyer comme il avait tant envie de le faire.
Avec lui, c'était comme s'il était normal.
Comme si cette carapace autour de lui n'existait pas.
Et c'était dangereux. Alors mieux valait refuser. C'était plus sûr.
« T'en penses quoi ? »
Draco sortit de la cabine d'essayage vêtu d'un ensemble qui mettait en valeur son physique. Il était vraiment très beau. Ne manquaient plus qu'une paire de chaussures adaptée et un chapeau haut de forme sur sa tête. À tomber…
« Ça te va très bien. Tu es fait pour porter ce genre de fringues.
- Je suis fait pour porter tous types de fringues, mon cher…
- Quel narcissique ! »
Soudain, Harry entendit la voix de Pansy qui l'appelait, depuis l'escalier. Las, il fit un pas sur le côté, mais à peine tenta-t-il de quitter l'espace essayage qu'il fut tiré brusquement dans la cabine du blond. Surpris, il se sentit plaqué contre la paroi, entendit le rideau se fermer, et Draco s'empara de sa bouche. Quelques secondes, il resta là, les bras ballants, puis il ferma les yeux et répondit au baiser impérieux du blond, ce dernier dardant sa langue contre ses lèvres pour en quémander l'entrée. Harry se sentit fondre quand il sentit sa langue pénétrer sa bouche et en prendre possession, malmenant la sienne tout en la caressant, parfois avec un peu plus de tendresse, ses bras emprisonnant son corps pour le maintenir contre lui. Ses mains, à lui, se perdirent dans les cheveux blonds, les ébouriffant avec un certain plaisir, alors qu'un gémissement de bien-être quittait sa bouche.
L'embrasser, c'était toujours magique. Il pouvait se rappeler sans mal du premier baiser qu'ils avaient échangé, un soir où ils étaient allés voir un concert de rock ensemble. Alors qu'ils marchaient, euphoriques, vers le métro pour rentrer chez eux, Draco l'avait soudain pris par la taille pour l'embrasser tendrement, avant de lui dire qu'il le trouvait beau et qu'il adorait ses yeux.
Chaque baiser était unique. Lui-même, il était unique. Tellement beau, tellement tendre, tellement gentil, derrière ses airs un peu froids et ce regard hautain qu'il adressait à tous, sauf à lui. il se sentait tellement bien dans ses bras, contre lui, sa bouche contre la sienne et son souffle contre sa joue…
Il était comme un petit animal. Pris au piège.
C'était ça qui était dangereux.
Draco l'avait pris au piège…
Ils s'écartèrent, le souffle court et les joues rouges. Sa bouche à quelques centimètres de la sienne, Draco le regardait, dans les yeux. Il se sentait petit, face à lui. Tout petit. Car à chaque fois qu'il le regardait, c'était comme s'il voyait ce petit garçon qu'il avait enfermé dans son cœur, comme si ses yeux gommaient les détails en trop et ne gardaient que l'essentiel : celui qu'il était vraiment.
Celui qu'il tentait de cacher, depuis des années.
« Viens avec moi. À la soirée.
- Pardon ?
- La soirée d'Halloween. Viens avec moi. Je ne veux pas y aller en célibataire alors que je pense à toi tous les jours…
- Qu'est-ce qu'ils diront en me voyant ? Tes amis ne m'aiment pas, mes fringues c'est pas une lubie, c'est…
- Je m'en fous. T'es beau, Harry. T'es beau comme t'es. Qu'importe ce que tu portes ou comment t'es coiffé. Tu me fais rêver…
- C'est pas vrai…
- Pourquoi c'est pas vrai ? Tu sais que je tiens à toi, que je m'en fous de ton physique, que pour moi t'es juste parfait. Tu sais à quel point t'es important, pour moi… »
Oh oui, il le savait. Il suffisait de voir son regard pour le comprendre.
« Viens avec moi. T'as pas à changer.
- T'es vraiment bizarre…
- Parce que je suis fou de toi ?
- Ouais. C'est ok, pour la soirée.
- C'est vrai ? »
Son sourire valait tous les trésors du monde. Oui, il viendrait. Pour lui. Parce qu'il le trouvait beau, où qu'il regarde. Parce qu'il ne pouvait décidément pas lui résister… Parce que dans ses yeux, il avait l'impression d'être un peu joli, d'être un peu moins laid.
Il sentit à nouveau sa bouche sur la sienne, plus sage, plus tendre. Elle bécotait ses lèvres, ce qui le fit sourire, alors que son corps demeurait pressé contre le sien.
« Harry ! Tu montes ?! »
Ils sursautèrent. La voix forte et grave de Théo venant des escaliers résonna dans la pièce du sous-sol. Aussitôt, s'arrachant à l'étreinte du blond, Harry traversa la pièce au pas de course et monta à l'étage. Théodore le regarda venir vers eux d'un air sombre, se doutant de ce qu'il se passait en bas pendant que lui réglait son affaire avec Pansy. Cette dernière, par contre, était bien trop obnubilée par le croquis de sa future robe pour tenir rigueur du regard du vendeur. Théodore l'avait appelé pour parler prix : même si Harry hochait le plus souvent la tête sans discuter, il préférait quand même le faire devant lui ou Cho.
Quelques minutes plus tard, Draco les rejoignait, changé et sa tenue pendue à son bras. Il échangea un regard lourd de sens avec Harry qui piqua un fard monstrueux, faisant lever les yeux au ciel Théodore, qui quitta le comptoir pour pratiquer quelques mesures sur Pansy dans une cabine d'essayage, laissant les deux hommes. Harry encaissa son client, ce denier le taquinant : il ne lui faisait même pas une petite ristourne. Le brun le regarda avec un léger sourire en coin, lui rappelant qu'il ne mélangeait pas boulot et vie intime. Je suis ton client, à la base, lui rappela Draco. C'est toi qui m'as dragué le premier, lui répondit Harry.
« T'es libre ce soir ?
- Je suis de fermeture.
- C'est pas gênant.
- Tu m'emmènes où ?
- Où tu as envie d'aller. Ai-je le droit de te considérer comme… mon copain ? »
Harry leva les yeux vers lui et se pinça la lèvre, alors que le blond perdait son sourire et détournait les yeux, exaspéré. C'était toujours comme ça. Un baiser qui lui donnait un peu d'espoir, et puis une hésitation, un silence, parfois un « non, je ne suis pas prêt ».
« J'ai du mal à te comprendre, parfois.
- Pardon ?
- J'ai du mal à te comprendre. Pourquoi tu continues à venir ici…
- Quand on a envie d'être avec quelqu'un, c'est normal, non ?
- J'ai pas envie que tu te lasses de moi et que tu te rendes compte un jour que…
- Si tu continues à me dire non, je finirai vraiment par me lasser de toi. »
Pansy et Théo revenaient du fond de la boutique. Le cœur battant, Harry lui lança un regard, mais Draco ne le regardait toujours pas. Il aurait voulu lui dire quelque chose, mais trop tard, ils étaient déjà là, tous les deux. Pansy régla l'acompte puis proposa soudainement à Harry de venir à sa soirée, lui donnant rapidement les détails, comme le lieu et l'heure. Un peu crispé, le vendeur accepta l'invitation, quand soudainement la jeune femme lui demanda s'il accepterait d'être son cavalier pour cette soirée. Cette proposition le surprit beaucoup. Il n'osa regarder Draco, qui lança alors un regard aussi surpris qu'indigné à son ami, lui dirait plus tard Théodore.
« Heu… Je préfère décliner. Je suis en couple, actuellement. »
La déception fut immédiate sur le visage de Pansy qui, vexée, baissa les yeux un court instant, suffisamment longtemps pour que Harry puisse échanger un regard avec Draco, qui voulait tout dire. Cependant, le brun renquilla aussitôt en confirmant sa venue à la soirée, ce qui ne semblait plus beaucoup intéresser sa cliente.
En silence, il les regarda partir, assis derrière le comptoir, les yeux posés sur Draco.
Face à lui, Harry se sentait toujours vulnérable.
Mais avec lui… Ce n'était pas si désagréable.
Il avait hâte d'être ce soir, de fermer la boutique et de grimper dans la voiture de son petit ami, garé juste devant les portes vitrées, et de se laisser guider là où il le souhaitait.
FIN
