Disclaimer : Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !
Couple : Harry/Draco.
Rating : T.
OS écrit il y a longtemps et publié pour le plaisir, histoire de fêter la St Valentin avec un peu de retard ! Les reviews pour cet OS et le prochain bénéficieront d'un même tirage au sort.
La vie continue
Toute sa vie, son existence avait été raisonnable : il avait mené les études que son père voulait pour lui, il était sorti avec de jolies filles bien nées et sa conduite avait toujours été exemplaire. C'est sans doute pour cette raison que, le jour où il rencontra Harry dans cet hôtel trois étoiles situé dans une ville montagnarde, il n'essaya pas de refreiner les sentiments qui naquirent en lui, dès le premier regard.
Draco arriva le jeudi, avec ses amis Blaise, Pansy et Théodore. Il partageait sa chambre avec le premier, son meilleur ami depuis l'enfance. Ce n'était pas la première fois qu'il louait une chambre dans cet établissement : Draco n'aimait pas vraiment marcher, ni même faire du ski en hiver, mais ses amis adoraient ça et, pendant qu'ils partaient s'amuser, lui pouvait profiter de la piscine et du jacuzzi de l'hôtel. Chacun y trouvait son compte, en quelque sorte.
Voici un mois qu'il avait complètement coupé les ponts avec ses parents. Il avait obtenu son diplôme de kinésithérapeute deux ans auparavant, puis il avait travaillé dans un hôpital. Il était doué, autant l'avouer. Il ne lui manquait plus qu'une femme et des enfants. Draco avoua son homosexualité à son père. Il le jeta dehors.
Pour remonter le moral au jeune homme, ses amis avaient préparé ces deux semaines de vacances, qui mangeaient à la fois sur août et septembre. Draco n'avait pas vraiment la tête à ça : il se sentait mal dans sa peau et aurait préféré rester chez lui. Enfin, ce ne fut plus le cas le samedi soir, pendant le petit pot d'accueil traditionnel de l'hôtel, quand son regard croisa les grands yeux verts de Harry.
C'était un jeune homme qui devait avoir dans les vingt-deux, vingt-trois ans. Il était assez petit et chétif, comme s'il n'avait pas terminé sa croissance, ou plutôt comme s'il n'en avait pas eu le temps. Son visage était doux, encadré par des cheveux noirs indisciplinés, et ses yeux vert menthe à l'eau étaient cerclés de lunettes rondes, qui le rajeunissaient encore un peu. Peut-être avait-il simplement la vingtaine, ou un peu moins. Draco était incapable de lui donner un âge…
Quand il le vit avec son verre de jus d'orange, alors que les deux amis qui l'encadraient avaient pris du rosé, Draco sentit son cœur faire un bon. On ne pouvait pas dire que ce garçon était son style : bien trop jeune, bien trop frêle… Mais il éprouva une attirance pour lui, et ses dernières disputes avec ses parents qui refusaient de lui adresser la parole le poussa à aborder ce garçon un peu étrange.
Un garçon qui lui parla avec gentillesse et douceur, sans faire attention aux regards réprobateurs de ses deux amis…
OoO
Il s'appelait Harry Potter, et il avait vingt-quatre ans. Soit le même âge que Draco. Le brun avait éclaté de rire en voyant la tête du blond, qui, la stupeur passée, refusa de croire qu'ils étaient nés la même année. Il fallut que, le lendemain, Harry lui montre sa carte d'identité pour que Draco le croie. Il avait encore ri en le voyant décortiquer sa carte, persuadé néanmoins qu'il devait y avoir un souci quelque part.
Une fois cette inspection faite, ils étaient partis se balader dans la station balnéaire. La veille, alors qu'ils discutaient ensemble avec une facilité déconcertante, Harry lui avait avoué qu'il allait passer quelques journées seul, vu que ses amis comptaient faire de la marche en montagne, profitant du beau temps. Le blond avait sauté sur l'occasion et lui avait proposé de passer la journée avec lui : il lui ferait visiter la ville. Le brun avait accepté aussitôt.
Draco savait très bien qu'il se montrait aussi gentil avec Harry simplement pour défier ses parents, par rancœur et colère. Ce n'était pas bien vis-à-vis du jeune homme, et il le savait aussi. Si quelque chose se créait entre eux, ce ne serait qu'une relation éphémère, sans lendemain. Une amourette de vacance, parce que Harry n'était pas son type d'hommes et parce que le blond n'agissait que sur le coup de la colère et de l'amertume.
Ce n'était pas sain. Mais Harry, avec son joli sourire et ses yeux verts rendit leur relation saine. Petit à petit, sans y toucher. Se contentant de laisser les mains de Draco se déplacer sur son épaule, son bras, enfin sa taille. Il le laissa le taquiner dans l'eau de la piscine, puis du jacuzzi. Ils parlèrent beaucoup, bien que Draco sente tout de suite que Harry avait beaucoup de lacunes, sur divers sujets, qu'ils n'abordaient pas parce que ça l'embarrassait. Le blond apprit entre autres que Harry n'avait pas de travail, sortant d'une maladie dont il n'évoqua pas le nom, mais qu'il allait reprendre ses études à la rentrée, par correspondance. Il voulait être traducteur. Il aimait les langues…
Et une semaine après l'arrivée de Harry dans l'hôtel, ils s'embrassèrent pour la première fois. C'était un samedi : les vacanciers repartaient tandis que d'autres arrivaient. En somme, une journée un peu creuse, à cause des embouteillages, de la fatigue et des heures précises où il était possible de récupérer sa chambre. C'était fin août, également. Ils étaient donc seuls dans le jacuzzi, où Draco avait laissé ses mains glisser sur la peau fragile et sensible de Harry qui riait contre lui. Il ne l'avait jamais embrassé, se contentant d'abord de le draguer, savourant cette sensation de simplicité et de tendresse qui émanait de leur relation. Ce ne fut que quand ils sortirent du bassin pour s'essuyer, Harry tremblant de froid, que Draco le coinça contre le mur de la cabine où ils avaient déposé leur serviette et l'embrassa sur la bouche.
Le brun ne lui résista pas et répondit à son baiser timidement. Harry était un grand timide et ne faisait jamais les premiers pas. Ca le faisait sortir du lot, c'était sans doute son sens de la réparti et le fait qu'il ne réponde pas systématiquement à ses avances, le repoussant gentiment quand il allait trop loin. Mais ils passèrent trop de temps ensemble pour que Harry puisse vraiment lui résister : Blaise, Pansy et Théodore ne rentraient qu'en fin d'après-midi, à présent, vu que Draco avait quelqu'un avec qui s'occuper. Quant à Ron et Hermione, les amis du brun, ils partaient en général le matin, déjeunaient dans la montagne, et revenaient en début d'après-midi pour passer du temps avec leur ami. Mais pendant leurs absences, ils restaient ensemble et se rapprochèrent beaucoup, ou du moins assez pour s'embrasser au bout d'une semaine et former un couple.
Leurs amis furent assez septiques, quant à leur relation. Blaise se demanda si c'était une bonne chose, Pansy trouva cela stupide de s'attacher à un garçon en vacances et un seulement un mois après son coming-out, et quant à Théodore, il haussa les épaules, sans rien dire. Du côté de Harry, Hermione fut méfiante : Draco était trop beau à son goût, lui dit Harry, ils n'allaient pas vraiment ensemble. Quant à Ron, il se contenta d'applaudir gentiment en rigolant. Si la réaction du rouquin étonna Draco, la première lui parut au contraire des plus normales. C'était vrai, dans le fond : lui et Harry n'allaient pas ensemble.
Et c'était peut-être pour ça qu'il tomba amoureux du brun.
Il s'en rendit compte deux jours avant leur départ. Ils vivaient tous deux à Paris, ils auraient l'occasion de se revoir. Draco s'était donc demandé s'il avait envie de poursuivre leur relation. Et il avait compris qu'il était tombé amoureux de ce garçon un peu étrange, optimiste et gentil, qui le faisait fondre comme jamais personne n'y était parvenu. Le froid et réservé Draco Malfoy fondait pour un espèce de gamin qui s'extasiait d'un rien, qui croquait la vie à pleine dents, qui se laissait câliner et embrasser, bien que rougissant face aux attentions du blond, ne sachant pas vraiment comment y répondre…
Amoureux d'un garçon, d'un gamin qui prenaient des médicaments à chaque repas, et qui rêvait d'être traducteur…
OoO
Deux jours avant leur départ, alors que Draco décidait d'enfin vivre une relation homosexuelle en plein jour, mettant de côté ses craintes des on-dit, des regards de travers et des réflexions, ainsi que son sale caractère qui lui faisait toujours voir le mauvais côté des choses, Harry le quitta.
Draco était venu frapper à sa chambre et Hermione lui avait ouvert. Ce détail aurait dû l'alerter. Mais il ne le releva pas et demanda à voir Harry. Son amie le laissa entrer de mauvaise grâce. La chambre était divisée en deux : une pièce avec un lit double et une autre avec un lit simple. Harry était assis sur ce lit et quand il leva les yeux vers lui, Draco sentit que quelque chose n'allait pas, que son sourire n'était pas comme d'habitude. Hermione s'enferma dans la chambre au lit double, continuant de faire sa valise, les laissant seul.
Quand le blond, après un silence, voulut détendre l'atmosphère puis demander à son petit ami s'il était libre le lundi, pour qu'ils puissent se voir, le brun lui répondit que c'était fini. Ce fut comme si le sol s'ouvrait sous ses pieds. Le visage calme, les mains posées sur le matelas et ses yeux dans les siens, Harry lui dit qu'il ne voulait pas continuer.
D'abord, Draco ne comprit pas. Puis, il y eut la tristesse, la colère, et à nouveau l'incompréhension. Il haussa la voix, lui demande pourquoi, mais pourquoi il ne voulait plus de lui. Ce qu'il avait pu faire de mal, ce qui avait pu le froisser, dans son comportement, ou alors était-ce sa meilleure amie qui avait eu raison de ses sentiments ? Pourquoi était-ce fini ?
Harry lui répondit simplement qu'ils n'étaient pas fait l'un pour l'autre. Il avait vécu leur relation à fond, s'était toujours montré honnête avec Draco et il avait vraiment été attiré par lui, mais rien n'était possible entre eux. Ils n'étaient pas du même monde. Ils étaient en vacances, dans un cadre idyllique, mais une fois dans la capitale, leurs vies respectives les éloigneraient. Ce ne servait à rien de souffrir pour une bêtise pareille.
Ces mots durs employés avec douceur écrasèrent le cœur de Draco. Il en avait trop dit, beaucoup trop dit sur lui. Il avait été trop honnête avec Harry, lui révélant ses craintes et ses espoirs, pourquoi il était devenu kinésithérapeute, comment il avait travaillé dur pour rentrer dans une prestigieuse école à Paris… Il lui avait ouvert son cœur, à ce connard qui mettait fin à leur histoire, qui s'était foutu de lui en lui montrant un visage trop gentil pour cacher son cœur de pierre…
Harry Potter était un salopard.
Il mit fin à leur relation sans l'écouter, ses yeux partant dans le vague à chaque fois que Draco parlait, au point que le blond faillit éclater en sanglots, ses mots caressant la peau de Harry sans jamais parvenir à ses oreilles. Il ne l'écoutait pas, il s'en foutait de lui.
Et cela brisa quelque chose, en lui…
OoO
Draco rentra à Paris, le cœur en morceaux. Il envoya valser Pansy et Blaise, se refugia auprès de Théodore qui ne lui disait pas ce qu'il ne voulait pas entendre. Il voulait souffrir en silence, maudire son putain de cœur et sa naïveté. Lui qui avait toujours manipulé les autres, il se retrouvait manipulé par un garçon à l'aspect trop gentil qui s'était bien foutu de lui. Théodore avait beau lui dire que, si Harry s'était vraiment foutu de lui, il aurait couché avec lui avant. Mais Draco refusait de croire que son ex ait pu être honnête une seule fois pendant ces deux semaines. Il s'était joué de lui, pensant peut-être que le blond voulait le manipuler, et il avait joué à l'arroseur arrosé.
Oui, c'était cela. Harry avait joué. C'était pour ça que Ron avait applaudit dans ses mains et que Hermione n'avait pas parue si enchantée que ça. Ils devaient savoir ce qui allait se produire. Oh oui, ils savaient. Ils étaient complices. Quels salauds…
La vie reprit, à Paris. Draco s'enfonça dans son travail et, à sa plus grande horreur, il se mit à harceler Harry au téléphone. Il l'appelait sans arrêt, lui envoyait des texto, laissait des messages sur son répondeur. Il n'avait que son numéro de portable et il craignait à chaque fois qu'il appelait que l'opérateur lui dise que ce numéro n'était pas attribué. Harry ne répondait jamais. Souvent, son téléphone était éteint. Un peu trop souvent, d'ailleurs…
Il dépérissait. Il haïssait Harry et l'appelait sans cesse. Et plus les jours passaient, et plus il l'aimait. C'était stupide. Il ne l'avait fréquenté que deux semaines. Etait-ce assez pour être autant amoureux de quelqu'un ? Etait-ce assez pour ne plus être capable de vivre dans cette personne ?
Harry n'était pas quelqu'un, ni une simple personne. Harry, il avait de la souffrance dans ses yeux verts, cachée derrière de la joie de vivre. Harry, il prenait des médicaments, à tableau, et allait souvent aux toilettes. Harry, il était trop mature pour son âge, trop optimiste, comme s'il avait trop vécu, comme s'il en avait trop vu. Il lui faisait parfois penser à un survivant, à une victime d'une guerre sans merci.
Son Harry, il s'endormait dans ses bras, parfois, quand il se réveillait, il lui disait qu'il était heureux d'être ici, que c'était comme dans un rêve…
Un rêve auquel il avait mis fin, un jeudi, assis sur le lit de sa chambre d'hôtel, le regardant droit dans les yeux…
OoO
Cela faisait un mois qu'ils s'étaient séparés, et personne n'avait jamais répondu au téléphone, quand il appelait. Pourtant, Draco avait laissé des messages. Il lui avait même avoué, un jour, qu'il l'aimait. Il avait même cherché sur des sites Internet son profil, connaissant son nom. Il finit par le trouver, mais il n'accepta jamais sa demande d'ami. Harry ne semblait plus exister.
Pourtant, un soir, alors qu'il appelait pour la énième fois, quelqu'un décrocha. Son cœur fit un bon dans sa poitrine et fut au bord des larmes en quelques secondes. Mais au lieu d'entendre la voix de Harry, ce fut cette de Hermione. Cependant, Draco refusa d'être déçu, et il demanda si Harry était là. La jeune femme eut une hésitation.
« Non, il n'est pas là.
- Vous mentez ! Si vous répondez, c'est qu'il…
- Êtes-vous libre demain ? »
Draco hésita. Il ne comprenait pas. Mais il accepta de la voir le lendemain après-midi, vers deux heures. Il ne travaillait pas, elle non plus. Ils devaient se retrouver dans un café dans un quartier connu. Draco arriva avec trente minutes d'avance. Hermione, avec vingt.
Ils s'assirent à une table, commandèrent un café. Draco ne passa pas par quatre chemins et lui demanda comment allait Harry. Le visage de la jeune femme sembla s'affaisser et il se rendit compte à quel point elle paraissait fatiguée.
Puis, incapable de tenir plus longtemps, elle vida son sac.
« Harry a la mucoviscidose. »
Son cœur qui se décrocha de sa poitrine et qui tomba lourdement sur le sol…
« Il a fait une rechute et il ne va pas très bien. »
Son sourire radieux alors qu'ils se promenaient au bord d'une rivière…
« Il n'a osé vous en parler. Il a voulu vous épargner. »
Son visage trop calme, ses yeux trop francs, comme si ce n'était pas la première fois qu'il quittait un être qu'il aimait…
Harry allait un peu mieux et il demanda à Ron de l'emmener en vacances. Pour Hermione, c'était de la folie. Son petit ami ne l'avait pas écouté et avait convaincu le parrain de son meilleur ami, Sirius, qui l'élevait de puis la mort de ses parents, de payer le séjour. L'homme n'avait pas fait beaucoup de difficultés : il était retenu pour le travail et ne voulait pas priver son filleul, si courageux et peu capricieux, de ces quelques vacances.
Ils étaient donc partis tous les trois et s'étaient installés dans ce bon hôtel où Harry pourrait profiter de la piscine et du jacuzzi. Draco n'était pas prévu dans le programme et Hermione avait vu leur rapprochement d'un mauvais œil. Elle surprotégeait Harry depuis l'enfance, mais ce n'était pas ça qui avait créé cette méfiance : elle ne voulait simplement pas que son ami souffre, une fois que Draco s'en irait, comme les autres, ou si jamais il décidait lui-même de s'en séparer. Ron, au contraire, avait applaudi, content que son meilleur ami vive, pour la première fois, pleinement une histoire d'amour.
Draco écouta son récit, le cœur au bord des lèvres et les larmes menaçant de déborder de ses yeux, alors que Hermione lui parlait avec quelques difficultés, la gorge nouée, du bonheur que Harry avait éprouvé aux côté du blond, se sentant revivre. Il ne le regardait pas de travers, ne le jugeait pas. Tant pis s'il se moquait de lui, tant pis si tout ça n'était que du folklore. De toute façon, tout se terminerait à la fin du séjour. Alors Harry en avait profité à fond. Et il avait été heureux.
Mais ce bonheur ne pouvait pas durer. Harry était terrifié à l'idée que le regard de Draco change s'il lui parlait de sa maladie, dont il finirait par mourir. Il ne voulait pas imposer toutes ces souffrances à Draco, ce combat perpétuel pour rester en vie, la peur de le voir partir… Il ne voulait pas que Draco s'accroche à lui, comme Ron et Hermione, et qu'il sacrifie de précieuse minutes de son existence à aimer un condamné à mort. Il devait vivre et être heureux, mais avec quelqu'un d'autre. Harry n'aurait pas la force de tenir. Ce serait trop lourd, pour Draco.
Le blond baissa la tête en entendant ces mots. Il comprenait beaucoup de choses. Ces médicaments, ses allers-retours aux toilettes, pour les prendre en cachette, son optimisme, sa joie de vivre, ses lacunes… Ses espoirs, ses rêves…
Sa maigreur, sa petite taille, sa fragilité…
Cette souffrance au fond des yeux, son humanité…
« C'est pour tout ça qu'il vous a quitté. Et qu'il n'a jamais répondu au téléphone. Il vous maudissait de ne pas l'oublier. Il avait fait ça pour vous et vous le torturiez… »
Sa bouche tenta de sourire mais ce ne fut qu'une grimace.
Soudain, Draco se leva, faisant sursauter Hermione. Il fouilla dans sa poche, posa quelques pièces sur la table et la tira par le bras, lui ordonnant de l'emmener dans l'hôpital où se trouvait Harry. Elle était trop lasse et fatiguée pour lui dire non. Trop égoïste, aussi. Elle avait trop mal, elle ne voulait pas s'il soit épargné. Elle voulait qu'il voit Harry, qu'il soin de lui, qu'il subisse tout ça, comme eux, et non pas qu'il reste dans son coin sans savoir…
Elle voulait être égoïste…
Le chemin fut incroyablement long jusqu'à l'hôpital. Hermione était venue à pied, Draco en voiture. Il conduisait comme un fou et la jeune femme tentait de lui expliquer la route. Arrivé à l'hôpital, elle guida le blond jusqu'à la chambre de Harry, puis le laissa entrer, seul.
Voir l'homme qu'il aimait retenu en vie par tous ces tubes bouleversa Draco qui faillit sortir de la pièce. Ce fut pire encore que Harry tourna la tête vers lui et que ses yeux verts, dénués de lunettes, s'écarquillèrent d'horreur. Le blond ne savait pas quoi faire, quoi lui dire. Il avait les yeux rivés sur tous ces tubes, sur la peau pâle de Harry, ses bras trop minces, et enfin ses yeux, qui pleuraient, maintenant…
Draco s'approcha de lui, le regardant. Harry craquait sous son regard, son visage se décomposant. Il n'osait même pas parler, tétanisé par le silence du blond. Jusqu'à ce que ce dernier s'assoie au bord du lit et qu'il prenne son visage entre ses mains, et embrasse sa bouche.
Les vannes s'ouvrir, et Harry explosa en sanglots. Il sentit la bouche de Draco contre sa joue, puis des « je t'aime » mouillés à son oreille. Son corps tremblait, il avait du mal à respirer. Il avait l'impression d'étouffer, de mourir sous Draco. Il fallut que le blond se redresse et voit dans quel état il était pour lui intimer de se calmer, caressant ses cheveux et ravalant ses propres larmes. Mais Harry avait du mal à se calmer, alors que son ex était là, embrassant sa peau et se condamnant à une existence pleine d'attentes, d'espoirs vains et de souffrances inutiles.
« Va-t-en…
- Non.
- Je ne… veux pas… que tu… ais mal…
- Moi non plus. Moi non plus…
- Va-t-en… Tu ne… seras jamais… heureux… avec moi…
- Mais avec moi, tu le seras, non ? »
Harry ne parut pas comprendre, puis il se mordilla la lèvre. Il secoua douloureusement la tête, le suppliant de s'en aller de ses yeux mouillés.
« Ne fais… pas ça…
- Pourquoi, Harry ? Tu vas mourir, non ? Dans combien de temps ? Quelques semaines, quelques mois ? Je peux bien sacrifier quelques jours de ma vie, non ? Puisque moi, je ne vais pas mourir… »
Il pleurait, à présent. Sa gorge n'en finissait pas de se serrer, et ses yeux l'avaient trahis.
« Qu'est-ce que représentent quelques mois, pour moi ? Par rapport à toi, qui va partir ? »
Quelques minutes d'une journée, pour Draco.
Une vie entière, pour Harry.
« On va rester ensemble. Tous les deux. »
Pendant quelques semaines… Quelques mois…
Pour la vie…
OoO
L'état de Harry s'améliora mais il n'alla pas mieux, loin de là. Draco passait le plus souvent possible à l'hôpital pour venir le voir, au point qu'il en vint à sympathiser avec les infirmières, les médecins et les autres patients. Il se faisait passer pour un ami, mais tout le monde savait ce qu'il en était vraiment. Et les patients étaient trop proches de la mort pour reprocher quoi que ce soit à leur relation, des plus platoniques.
Draco rencontra également Sirius, un homme sympathique qui ne parvint à lui faire confiance qu'après un dîner en tête à tête où le blond subit un véritable interrogatoire, auquel il se plia bien malgré lui. Après cette étape de franchie, l'homme se montra plus gentil avec lui et le rencontrer dans les couloirs de l'hôpital ou dans la chambre du malade était un plaisir. Ils divertissaient Harry, qui avait retrouvé le sourire.
Au bout d'un mois, son état s'arrangea tant qu'il put enfin sortir de l'hôpital et rentrer chez lui. A partir de ce moment-là, Draco partagea ses nuits entre son appartement et la petite maison où Sirius et Harry vivaient. Ce dernier aimait l'avoir contre lui la nuit, même s'il était embarrassé à chaque fois qu'il le réveillait à cause de ses problèmes de respiration. Sirius laissait faire : ils étaient heureux, Harry surtout, il n'allait pas le priver de ce bonheur d'avoir quelqu'un dans sa vie. Surtout que Draco semblait plutôt bien encaisser la maladie. Il avait pourtant vu Harry dans un état assez critique, mais cela ne faisait pas assez longtemps qu'ils sortaient ensemble, le blond n'avait pas encore connu le désespoir et la souffrance induite par cette maladie qui les bouffait tous petit à petit.
Ce combat perpétuel contre la maladie avait rendu Harry placide et peu exigeant, se satisfaisant d'un rien. Il avait enterré trop d'amis pour se laisser aller à des futilités.
Cependant, son caractère un peu trop calme et sa manière de toute relativiser créait quelques clashs avec Draco, bien plus pessimiste de nature. Son caractère bien trempé, son éducation d'aristocrate et ses réussites scolaires étaient en opposition avec Harry plus calme mais qui savait frapper là où ça faisait mal, moins au courant des bonnes manières de part son enfance passé entre la maison et l'hôpital, son niveau scolaire en avait d'ailleurs pâti. Cependant, ils parvenaient toujours à se réconcilier, notamment parce que Draco savait que la vie de Harry était comptée et que se disputer était inutile, et ce dernier ne pouvait tenir en rigueur au blond, qui n'avait pas eu sa vie. En somme, ils s'aimaient et se connaissaient assez pour se pardonner.
Harry était celui qui pardonnait, le plus souvent. Draco l'attendrissait trop pour qu'il lui fasse la tête bien longtemps. Même s'il ne l'avait jamais avouer, et ne l'avouerait sans doute jamais, il avait pris conscience depuis très longtemps qu'il ne servait à rien. Harry était malade et rien qu'il ne puisse faire ne pourrait le sauver. La chose qu'il pouvait faire, c'était le faire rêver. Il n'était bon qu'à ça : le faire rêver. Lui faire oublier toutes ses souffrances par des rêves.
Harry n'allait jamais au restaurant. Il se rendait rarement à la piscine de son quartier, il n'osait pas le demander à ses amis, de peur de les déranger et que son corps leur fasse honte. Il ne savait pas cuisiner mais adorait les gâteaux. Il avait toujours rêvé de faire de la plongée sous-marine. Remonter au première étage de la Tour Eiffel était son rêve. Il n'avait jamais su ce qu'étaient des sushis.
Petits rêves auxquels ils ne pouvaient ou n'osaient accéder. Draco l'emmena le plus souvent possible au restaurant, lui fit manger des sushis, fit comprendre à Sirius que Harry voulait apprendre à faire des gâteaux, le fit nager dans la piscine du coin, le balada dans Paris et paya son baptême de plongée.
Les seules personnes à ne pas critiquer son comportement étaient Ron et Hermione. Ils étaient les seuls à comprendre que payer tout ça à Harry était la seule façon de faire tenir leur couple. Le brun aimait Draco, il l'aimait tellement qu'il en venait à avoir des idées noires, se persuadant qu'il avait mis à faire que de fréquenter un malade comme lui, qu'il sacrifiait son temps et son argent. Mais quand il le faisait rêver, les idées noires disparaissaient et il croyait à un avenir. A deux. Il espérait à nouveau de vivre, longtemps, et qu'un jour ils puissent vivre ensemble, payant tous deux le loyer, fondant peut-être une famille.
Ron et Hermione n'avaient plus la force de le faire rêver. Cela faisait trop longtemps qu'ils avaient ce rôle. C'était au tour de Draco de lui donner de l'espoir, de l'emmener à droite et à gauche pour lui faire voir le monde et l'aider à se battre. Pour eux. Mais surtout pour lui. Là où certains ne voyaient qu'argent jeté par les fenêtres et relation sans autre fondement qu'une carte bancaire, les autres, rares, y voyaient des preuves d'amour, une façon d'offrir à Harry ce qu'il n'avait jamais eu, avant la fin…
OoO
Les problèmes commencèrent à arriver trois mois après leur remise en couple. Théodore l'encourageait, Blaise était septique mais le laissait faire, Pansy n'en pouvait plus. Elle ne comprenait ni n'approuvait leur relation. Draco ne savait pas si c'était de la jalousie ou une réelle inquiétude. Il savait qu'à une époque elle avait éprouvé des sentiments pour lui mais elle n'était plus qu'une amie pour lui, enfin surtout celle de Blaise et Théodore. En tout cas, le fait était qu'il n'en pouvait plus de l'entendre jacasser, critiquant ce qu'il faisait et le couple qu'il formait.
Elle n'avait rien contre Harry. Elle ne portait jamais la faute sur lui, du moins pas du directement, car il avait été assez courageux pour se séparer de lui alors que manifestement il avait besoin d'affection et de soutien. Et il n'était pas non plus très exigeant, autant l'amour. En réalité, Pansy en avait contre sa maladie, qui poussait Draco à le fréquenter de plus en plus, à faire des folies, sortant son carnet de chèque à chaque lubie de Harry. Draco avait beau lui dire que monter sur la Tour Eiffel et manger un macaron n'étaient pas des lubies mais simplement des envies, Pansy ne décolérait pas. Le blond avait de l'argent, ce n'était pas ça qui allai le ruiner, loin de là, mais il s'enfonçait dans une relation sans aucun avenir, étant donné qu'elle se terminerait avec la mort de Harry.
Toutes ces dépenses étaient, pour elle, une façon de garder Harry, de se faire aimer de lui. Draco était complètement dingue de lui, ce qui ne lui ressemblait pas, et avec toute cette histoire, il finirait par devenir dépressif et terminerait mal. Pansy ne voulait pas de ça. Elle ne voulait pas que son ami souffre inutilement à cause de ce condamné à mort. Toute cette histoire ne lui apporterait rien de bon. Oui, ça ferait du mal à Harry s'il le quittait maintenant. Mais de toute façon, il n'allait pas tarder à mourir, quelle différence ? Il en avait vu d'autres, dans sa vie.
De telles paroles mettaient Draco hors de lui. Il avait vu Harry à l'hôpital, il avait rencontré ses amis malades. Il avait touché, senti, vu cette maladie. Comment pouvait-on parler ainsi de personnes qui s'accrochaient à cette vie qui leur filait entre les doigts, en les laissant de côté parce que, de toute façon, ils allaient crever ? Pourquoi les priver d'affection, pourquoi les priver d'attentions, alors que dans quelques mois, quelques semaines, quelques jours, ils ne seraient plus là, mais nous si ?
Draco n'avait pas le droit de reculer. Plus que l'amour, il éprouvait du respect pour Harry. Même s'il venait à ne plus l'aimer, il resterait avec lui jusqu'au bout. En tant qu'ami. Car s'il venait à le quitter, ce ne serait pas à cause de la maladie, Draco s'y refusait. Ce serait à cause de leurs sentiments qui s'essouffleraient. Mais il ne cesserait jamais d'être près de lui et de le faire rêver. Cet espèce d'instinct de médecin qu'il n'avait jamais eu s'éveillait en lui. Il avait déjà demandé à travailler dans un hôpital où on s'occupait beaucoup des personnes atteintes de la mucoviscidose, il voulait apprendre à les masser. Pas les sauver. Mais les soulager. Le visage de Harry s'était illuminé quand il lui avait annoncé ça. C'était comme si Noël était en avance.
Pansy n'avait pas vu ça d'un bon œil non plus. Elle n'écoutait pas Draco quand il lui disait que Harry lui avait beaucoup donné, qu'il lui donnait un peu plus chaque jour, et qu'il avait éveillé en lui cette envie d'aider et de sauver les gens. Quand il lui disait ça, la jeune femme secouait lentement la tête, en le regardant de ses yeux noirs. Comme si elle lisait le mensonge dans ses yeux.
« Tout ce que tu veux, c'est t'accrocher à lui le plus possible. C'est ça, Draco, et rien d'autre.
- Harry m'a appris ce qu'est la maladie, Pansy. Quand il mourra, je ne veux pas rester sur cet échec, je veux aider ces malades, les soulager. Je ne veux pas que la souffrance de Harry n'ait servi à rien.
- Putain mais Draco, tu ne vois pas dans quel état tu es ?! Tu es triste, morne, tu ne vois que lui dans ta vie, et un jour, il va partir ! Il va crever, ce mec ! Et toi, tu vas te retrouver ici, tout seul, comme un con ! Pense un peu à toi, merde ! Qu'est-ce que ça t'apporte, de rester avec lui, hein ? Qu'est-ce que tu y gagnes, à subir ses traitements et la vue de son corps ?! Pourquoi tu fais tout ça, pour lui ? Pourquoi, Draco ? »
Le blond s'était pris la tête dans les mains. Et, la voix lourde, il avait mis fin à son amitié avec Pansy.
« Je veux qu'il s'en aille en paix, pour que mon cœur s'en aille en paix avec lui… »
OoO
Sortir avec Harry l'avait rendu différent. Draco mit du temps à arriver à ce constat, car en dépit de sa maladie, Harry restait à ses yeux une personne absolument normale. Mais la réaction de Pansy et certaines paroles de Blaise finirent par lui faire comprendre que former un couple avec ce garçon le rendait différent.
Sortir avec un homme ne lui faisait plus rien : il s'était trop caché et il était prêt à assumer cette différence. Mais quand il comprit qu'aux yeux de tous, ce qui le rendait étrange, c'était qu'il était capable d'éprouver de véritables sentiments pour un homme condamné à mourir, cela lui fit un coup au cœur. Car il perçut enfin, descendant de son petit nuage, les regards de travers de son entourage, les réflexions, les sous-entendus, voire même les moqueries. On se moquait de lui, de son coup de foudre, on plaignait son couple qui ne durerait pas.
On ricanait dans son dos. Dans celui de Harry.
On le traitait comme un pestiféré, quand Draco avait le malheur de l'emmener quelque part avec lui. Avec ses problèmes de respiration, sa petite taille et sa minceur, il ressemblait plus à une bête de foire, un aliéné qu'un être humain. On le regardait de travers. Et jamais Harry ne lui en avait parlé. Jamais. Il devait être habitué, dans le fond. Mais pourquoi diable Draco n'avait-il jamais remarqué cela ? Pourquoi ne s'était-il jamais formalisé de ça, pourquoi l'avait-il accepté si bien ?
L'amour rend aveugle, et quand Draco se rendit compte de cela, il voulut prendre ses distances, comprenant que Harry le rendait différent des autres, qu'il lui transmettait cette aura de mort qu'il trainait malgré tout toujours derrière lui. Il voulut s'éloigner de ce petit ami peu représentable, l'aimer de loin, en quelque sorte, pour que les autres cessent de le regarder, de le trouver anormal, et par extension, de trouver Draco bizarre d'aimer ce malade, ce garçon, cette personne continuellement atteint à la gorge, toussant parfois sans pouvoir s'arrêter.
On regardait Draco bizarrement, parce que Harry était bizarre.
Parce qu'il embrassait cette chose, posait ses lèvres sur sa bouche malade.
Parce qu'il faisait l'amour à ce corps trop mince.
Parce qu'il parvenait à trouver du charme et éprouver de l'amour pour ce garçon. Pas tout à fait un homme. Juste un garçon.
Mais cette volonté de s'éloigner de lui pour retrouver un semblant de normalité fut balayée par une petite rechute qui poussa Harry à retourner à l'hôpital quelques jours, et quand il en revint, Draco était si soulagé de le voir un peu mieux qu'il ne put se résoudre à rester loin de lui.
Car au fond de lui, il savait que Harry n'était pas un pestiféré, que sa bouche n'était pas sale, que son corps n'était pas laid, et que ce n'était pas une honte de l'aimer. Qu'il était malade, mais qu'il restait un être humain. Différent, certes. Mais si différent des autres qu'il en devenait beau, désirable, attachant.
La différence fait peur.
Harry faisait peur aux autres.
Donc les autres avaient peur de Draco.
Donc ils le fuyaient, comme beaucoup avaient fuit Harry. Un peu comme on fuit la mort, le malheur qui y est lié.
Mais Draco ne s'en allait pas. Plus que l'amour, il avait la sensation qu'il ne pourrait pas être plus heureux loin de lui et de ses malheurs, car chaque jour, Harry lui en apprenait un peu plus sur la vie, sur lui. Il avait éveillé sa vocation, celle d'être médecin, de soigner et d'aider les malades. Il lui avait montré ce qu'était la vie, à quoi ressemblait la mort, comment se vivait une maladie, ce qu'elle bouffait et ce qu'elle laissait derrière elle. Il lui avait appris l'espoir, la souffrance.
Chaque jour, il lui apprenait à être différent des autres, différent de cette masse de gens qui le regardaient de haut, parce qu'il n'était pas né comme il faut. Parce qu'il avait un corps qui déconnait, le seul bien qu'il avait hérité de ses parents décédés. Un cadeau du ciel, une bénédiction. Qui le faisait souffrir, mais qui lui avait apporté bien du bonheur.
Un corps qui refusait de mourir et qui lui avait permis de rencontrer des gens fantastiques.
Harry lui apprenait à aimer, à être quelqu'un. Il lui apprenait à avoir de l'espoir, même quand il n'aurait pas dû exister. Un espoir stupide, mais qui les faisait vivre. Qui lui avait toujours permis de vivre…
Draco était différent des autres, parce qu'il aimait un homme inguérissable. Deux tabous. L'homosexualité, la maladie. Et ce qui le rendait encore plus étrange aux yeux des autres, c'était qu'il assume pleinement son choix.
OoO
Sa dispute avec Pansy s'était passée quatre mois après sa remise en couple avec Harry. Deux semaines plus tard, ce fut l'anniversaire de Blaise, et bien sûr, Harry et Pansy furent conviés, le premier car il était le copain de Draco, la seconde car c'était son amie. Au début, tout se passa très bien. Harry était fatigué, ils savaient tous deux qu'il ne resterait pas longtemps. Ils avaient prévenu Blaise, Ron viendrait le chercher dès que Harry voudrait rentrer. Et quand vint le moment où il voulait se coucher et qu'il prévint Blaise, il eut le malheur de ne pas le faire loin de Pansy. Harry ne savait rien de sa dispute avec Draco.
Pansy l'explosa en public. Elle lui cria ses quatre vérités. Draco crut voir le monde de Harry s'effondrer. Il s'interposa, pour le protéger, et alors la colère de Pansy fut reportée sur lui. Elle lui cracha à la figure tout ce qu'elle lui disait depuis tout ce temps. Et Harry était là. Harry entendit tout ce que son petit ami avait entendu jusque là : qu'il n'était qu'un poids, que c'était stupide de s'engager avec un malade comme lui, qu'il ne faisait que gâcher sa vie.
Qui pouvait résister à cela ? Qui en ce monde aurait pu endurer ce tels mots ?
Harry se les disait souvent. Et entendre Pansy les gueuler dans cette salle bondée lui fit plus de mal qu'il ne l'aurait jamais cru. C'était un peu comme si elle venait de briser leur couple et le château de cartes qu'ils avaient construit ensemble.
Harry s'enfuit hors de la salle, Draco le suivit et parvint à le rattraper. De toute façon, il n'avait pas assez de souffle et il ne connaissait pas le quartier, il ne serait pas allé bien loin. Quand il l'attrapa, Harry pleurait. Il lui ordonna de le lâcher et de le laisser tranquille, de ne plus jamais l'approcher. S'enfuir, loin, très loin d'ici, ne plus jamais l'approcher, ne plus jamais le toucher…
Dans un état proche de l'hystérie, Harry lui disait les pires choses. La peur de la mort revenait, la peur d'être seul, aussi. Il allait mourir seul, et Draco finirait seul. Il allait le quitter parce que son corps lui faisait défaut. Il allait partir… La maladie allait l'emmener…
Que pouvait-il lui dire pour le soulager, le rassurer ? Que dire à un condamné dont on vient de bafouer tous les espoirs ?
« Harry, je t'interdis de dire ça, tu m'entends ?! Je te l'interdis !
- Tu seras mieux sans moi ! Va-t-en ! Tu n'aurais jamais dû venir dans cet hôpital, j'avais raison, toi et moi…
- Non, tu n'avais pas raison ! Harry, ce qu'elle a dit est faux, je ne gaspille pas mon temps. Je ne l'ai jamais gaspillé avec toi, jamais. C'est vrai, on n'a pas d'avenir, tu vas finir par en mourir, mais est-ce une raison pour se laisser abattre ? J'ai besoin de toi, moi !
- Et quand je serai plus là, tu feras quoi, hein ? Tu feras quoi ?
- Je ne sais pas. Mais pour le moment, tu es là. Tu es là, avec moi. Je n'ai pas le droit de renoncer à toi parce que tu vas partir. J'ai envie d'être heureux, et là, tout de suite, c'est avec toi que je peux l'être. Si je m'en vais, Harry, je ne pourrai plus jamais me regarder dans un miroir. J'aurai toujours en tête l'idée que je t'ai abandonné, alors que tu avais besoin de moi. Il faut continuer comme avant et vivre notre vie à fond. Et ne pas abandonner. »
Harry lui avait enseigné ça, aussi : vivre l'instant présent. Ils devaient garder espoir, comme il l'avait fait toute sa vie durant, rêvant d'un avenir impossible pour continuer à avancer et rester en vie. Pansy n'avait pas le droit de le priver de ça. C'était à Draco de choisir sa vie. Et même si parfois c'était dur, il ne le regrettait pas. Même si c'était dur…
« Mais tu l'as entendue, Draco… Tu l'as entendue…
- Mais qu'est-ce qu'elle sait de notre vie, bordel ?! Qu'est-ce qu'elle sait de nous ? De toi, de moi ? Elle me connait, Harry, mais elle ne te connait pas, elle n'a jamais voulu te connaître. Elle n'a pas le droit de nous juger. On est ensemble, et on le restera jusqu'au bout. »
Harry pleurait encore, et ses larmes qui coulaient sur ses joues lui faisaient mal au cœur. Il était bouleversé, il ne savait plus ce qu'il devait croire, à qui se fier.
« Marions-nous. »
Ses grands yeux verts qui se lèvent vers lui…
« Epouse-moi, Harry… »
Ses grands yeux mouillés de larmes…
« Non… Non non, Draco…
- Viens, on va aux Pays-Bas et on se marie. Personne ne pourra contester notre couple.
- Non.
- Viens, allons nous marier…
- Non… »
Mais ses « non » étaient des « oui », dans ses yeux, dans sa bouche qui n'osait pas sourire, dans son corps qui se blottissait dans les bras protecteurs du blond, qui le serrait fort contre son cœur.
OoO
Et ils le firent. Le lendemain, Draco demanda la main de Harry à son parrain, qui haussa un sourcil en leur demandant d'où venait cette nouvelle lubie. Ecarlate, Harry lui dit que Draco l'avait proposé. Il n'osait avouer qu'il en était fou de joie, sachant que c'était une folie aussi stupide que les autres, que ça n'avait aucun sens. Mais Sirius dut lire tous ça dans ses yeux et ne fit pas de commentaires. Harry appela Ron et Hermione. Le rouquin accepta avec joie, puis il en parla à sa petite amie qui, outrée, cria que ce n'était que pure folie.
« Mais on ne va pas faire ça comme ça, à la sauvette, ce week-end ! Ils pourront faire ça après, quand…
- Il n'y aura jamais d'après, Hermione. »
Ce fut comme si Ron lui donnait une baffe. Sonnée, elle regarda Ron aller dans leur chambre pour préparer la valise. Hermione avait alors fermé les yeux et avait retenu les larmes qui lui montaient aux yeux. Plus tard, Draco lui dirait pourquoi il avait demandé Harry en mariage. Pourquoi, après quatre mois seulement, ils s'uniraient à l'église. C'était symbolique. C'était stupide. Ca n'avait aucun sens. Pour personne.
Sauf pour eux.
Alors ils prirent l'avion et se rendirent à Bruxelles où ils échangèrent leurs vœux. Draco avait acheté pour l'occasion un costume pour tous deux. Harry était resplendissant. Trop petit et trop mince, il se regardait dans le miroir sous toutes les coutumes, comme s'il ne se reconnaissait pas. Draco fondait littéralement. Sans se douter un seul instant que Harry était en extase devant ce costume qui le mettait si bien en valeur.
Ce fut une belle journée, remplie de joie. Ils n'étaient que cinq, Ron et Hermione furent les témoins de Harry, Sirius de Draco. Ce dernier n'avait pas contacté Blaise, qui pensait sensiblement la même chose que Pansy même s'il n'avait jamais eu le courage pour le lui dire, ni Théodore, qui n'était pas en France de toute façon. Il savait que cela aurait des répercussions sur son entourage, mais il s'en fichait. Tout ce qui importait, c'était Harry qui avait retrouvé le sourire, qui pleura au moment de dire « oui » et son corps chaud contre le sien dans leur lit.
Ils étaient unis.
Jusqu'à ce que la mort les sépare…
OoO
La vie reprit son cours. La maladie aussi.
Cette espèce de trêve qui avait été signée entre Harry et sa maladie fut gâchée par une rechute. C'était vrai que parfois il allait à l'hôpital, mais jamais très longtemps. Là, il fallait qu'il reste plus longtemps. Et son état empira tellement qu'on chercha un donneur.
Draco avait l'impression de mourir à petit feu. C'était comme si le souffle qui manquait tant à Harry lui avait été retiré. S'il avait pu, il les lui aurait offert, ses poumons… Mais c'était une idée stupide, car de toute façon, ils n'étaient pas compatibles. Le sentiment d'être inutile atteignit son point culminant. Draco se haïssait et devait se composer un sourire à chaque fois qu'il allait voir Harry. Le plus dur était pour lui, évidemment. Il devait endurer son mal et, Sirius le lui avait dit, il craignait que Draco ne se détourne de lui, maintenant que son état s'était aggravé. Il avait peur que Draco n'en puisse plus, ne vienne plus le voir, se lasse et finalement s'en aille, ou reste jusqu'à la fin, par pitié pour lui. Harry se torturait tellement avec ça que Sirius en vint à poser plusieurs fois la question à Draco, qui lui gueula qu'il aimait Harry, qu'il l'avait épousé et qu'il ne viendrait pas là-dessus.
Il l'avait épousé. Il lui avait mis la bague au doigt, dans un pays où le mariage homosexuel était autorisé, mais qui n'avait aucune valeur juridique dans leur pays. Mais sentimentalement, il était uni à Harry, jusqu'à la mort, et même si son désormais mari éprouvait certains remords de le savoir ainsi lié à lui, il en éprouvait un bonheur sans commune mesure. Même s'il savait que cette expérience marquerait Draco à vie : il avait aimé un malade, il avait épousé un homme. A jamais, il serait différent des autres, et peut-être qu'aucun autre homme ne parviendrait à le rendre heureux, car il en avait trop vu et avait trop vécu de souffrance pour accorder à quelqu'un d'autre ce qu'il avait déjà offert à Harry. Mais c'était un choix. C'était son choix. Et Harry avait compris depuis longtemps que Draco était homme de parole.
Mais si le blond était aussi fidèle à lui-même, ce n'était pas le cas de son entourage, loin de là, qui le continuait à le considérer comme un homme bizarre, qui avait eu l'audace d'épouser son pestiféré de petit ami en Belgique. En effet, ses amis lui offraient un réconfort médiocre. Ils ne savaient pas quoi lui dire, en vérité. Il s'était marié sans eux et, quoi qu'ils en disent, ils se sentaient un peu trahis. Il n'y avait que Théodore qui semblait plutôt bien prendre la chose. Quand Blaise le lui avait reproché, Théodore lui dit avait répliqué que de toute façon il pensait la même chose que Pansy, donc il n'avait pas à se plaindre de ne pas avoir été invité, puisqu'il n'aurait pas été d'accord pour cette union. Cela lui cloua le bec.
En vérité, seul Théodore le soutenait vraiment, l'accompagnant à l'hôpital. Il ne venait jamais voir Harry, l'odeur des médicaments lui soulevait le cœur, alors il attendait dans le hall et l'emmenait boire un café après. C'était lui qui l'avait accompagné quand Draco avait fait sa plus grande folie depuis qu'il fréquentait Harry. Sa plus chère et grosse folie. Tellement énorme que Sirius se demanda sérieusement si Draco n'avait pas perdu la tête.
Il acheta les machines et employa un médecin à temps complet. Il avait les moyens, héritage et argent placé sur un compte depuis qu'il était enfant. Il demanda à Sirius s'il pouvait les installer chez lui et s'il pouvait venir vivre dans sa maison, pour être auprès de Harry. Mais il ne fut pas le plus difficile à convaincre, à vrai dire. Son homme ne manifesta absolument aucun enthousiasme à l'idée que Draco achète les machines qui le maintiendraient en vie chez lui.
« Draco, mais qu'est-ce que c'est que cette idée, encore…
- Les machines sont achetées, Harry. Elles seront installées dans la journée. Tu n'en as pas l'air heureux.
- Pourquoi j'en serais heureux ?
- Je fais en sorte que tu puisses venir vivre chez toi au lieu de cet hôpital et tu n'es pas content !
- Dis plutôt que tu fais en sorte pour me voir dépérir sous tes yeux, oui ! Draco, je suis en train de mourir, tu entends ? Mourir. Je vais maigrir, m'affaiblir et au final mon cœur va lâcher. Tu as vraiment envie de me voir dans cet état-là ?
- Harry…
- Et que feras-tu de ces machines, après ? Elles t'ont couté les yeux de la tête. Quand je serai mort, t'en feras quoi ? Tu les mettras dans le grenier, tu les vendras ? Quand je serai mort dans ma chambre, tu reviendras t'y coucher, en pensant à nous ? C'est ça que tu… »
Sur le coup, il n'avait pas senti les larmes couler sur ses joues. Il avait fallu que Harry cesse de parler pour qu'il les sente sur sa peau. La voix si calme et les mots si forts de Harry furent comme des gifles, des coups au cœur. Hagards, se sentant stupide au-delà des mots, Draco s'en alla, ignorant les appels de Harry. Pour la première fois de sa vie, il se bourra la gueule dans un bar et fut récupéré par Sirius. Il refusa d'aller rendre visite à Harry pendant une semaine. Il fallut que son parrain s'abaisse à pleurer devant lui pour qu'il aille enfin le voir.
A peine entra-t-il dans la chambre d'hôpital que Harry leva le bras vers lui, les larmes au bord des yeux. Quand Draco fut près de lui, il lui demanda pardon, il était désolé pour tout ce qu'il lui avait dit. Il l'aimait, il essayait d'accepter l'idée qu'il allait s'en aller sans lui, il ne voulait pas lui faire de mal. Draco se sentit alors égoïste de ne pas être allé le voir pendant cette longue semaine. Il lui avait manqué, mais il avait tellement mal et honte à la fois d'avoir fait ça sans prendre l'avis de Harry qu'il n'avait pas osé affronter son regard. Alors que c'était une preuve d'amour… Une énième preuve d'amour…
« Draco… Ramène-moi… à la maison… »
Et Harry se fit une raison. Cette semaine sans Draco avait été horrible pour lui, tant il s'était senti abandonné. Il était condamné, de toute façon. A quoi bon rester ici alors qu'il avait la possibilité de rentrer chez lui ? C'était ce que Sirius lui avait dit. Draco avait de l'argent, à quoi bon le garder alors qu'il avait la possibilité de garder Harry près de lui ? Toutes les familles n'avaient pas cette chance, certes. Eux, ils l'avaient. Pourquoi s'en priver ? Parce que les autres allaient mourir dans cet hôpital ? Même si ça allait être dur, une fois encore, avant et après son arrivée, Sirius le voulait à la maison.
Il voulait qu'il vive ses derniers instants chez lui. Dans leur maison.
Qui, de toute façon, deviendrait un Enfer pour Sirius une fois qu'il en serait parti définitivement…
Alors ce jour-là, quand il vit Draco et qu'il se rendit compte du vide que représentait sa vie sans lui, il lui demanda de le ramener chez lui. Chez eux.
Et Harry emménagea dans sa chambre, au rez-de-chaussée. Un médecin personnel venait tous les jours lui apporter tous les soins dont il avait besoin. Draco dormait avec lui, s'habituant aux bruits. Il travaillait la journée et rentrait le soir. Harry l'accueillait toujours avec le sourire, celui qu'il avait déjà du temps où ils s'étaient rencontrés, dans cet hôtel, dans la montagne.
Mais à présent, les choses étaient différentes. Harry avait des tubes partout. Il maigrissait à vue d'œil. Il allait mourir.
Relié à ces machines, installées dans sa chambre, pour qu'il puisse s'en aller chez lui, entouré des siens…
OoO
Harry était allongé dans son lit. Il avait beaucoup de mal à respirer, des tubes sortaient de ses narines. Le dos appuyé sur des coussins, il lisait un roman d'aventure. Draco le trouva comme ainsi quand il passa devant la porte de sa chambre, rentrant du travail. Il était attendrissant.
« Passionnant, ce livre ?
- Plutôt. Passé une bonne journée ? »
Il leva les yeux vers lui et sourit. Draco entra s'assit dans le lit, près de lui, puis l'embrassa sur la bouche avec tendresse. Que c'était bon de rentrer chez soi et de l'y trouver, d'entrer dans cette chambre, dans son univers, et d'oublier le monde extérieur et tous leurs soucis, même si les machines les leur rappelait à chaque instant. Quand il recula, Harry souriait toujours, ses yeux pétillaient.
« Tu sais quel jour on est ?
- Non, je ne sais pas. »
Mais le sourire sur son visage indiquait tout le contraire, et le visage de Harry s'illumina.
« Ca fait cinq mois que nous sommes ensemble, aujourd'hui.
- Tant que ça ?
- Ouais ! »
Cela paraissait énorme. Ces cinq mois représentaient des années pour eux, une éternité. Harry souriait de toutes ses dents, son visage amaigri, comme tout le reste de son corps. On voyait ses côtes, ses doigts étaient squelettiques et ses joues creuses. Il n'était plus que les restes de ce qu'il avait aimé autrefois. Et pourtant, ce qu'il ressentait pour lui n'avait jamais été aussi fort. Il était courageux, son Harry. Il était fort. Plus fort que lui. Bien plus…
« Comment on va fêter ça ? Un japonais, ça te dit ?
- Je suis partant !
- Tout est dans la cuisine. »
Puis, avec un sourire séducteur, il embrassa langoureusement Harry qui soupira contre lui de contentement. Puis, Draco l'embrassa sur le front, et se leva du lit pour préparer le dîner. Ils seraient seuls, Sirius dînait avec un collègue, pour les laisser seuls. Il voulait qu'ils profitent bien de leur soirée, comme n'importe quel couple. Draco avait toujours connu Harry très malade, et en dépit de son affaiblissement, il continuait à se comporter comme si leur couple et leur vie étaient normales, comme si rien dans leur histoire ne les rendait différents des autres. D'où cette petite soirée en amoureux, pour fêter leurs cinq mois ensemble.
Draco mit tranquillement leur repas dans des assiettes puis sur un plateau. Il amena le tout et, au moment où il sortait de la cuisine avec une bouteille de champagne, le téléphone sonna.
Le blond décrocha le téléphone, continuant son chemin vers la chambre. Il entendit la voix surexcitée d'un médecin à l'autre bout du fil. Alors qu'il parlait, un sentiment de profond soulagement se diffusait dans son corps. Et quand Harry leva les yeux vers lui, avec tous ses tubes et sa peau si blanche, ses difficultés de respirer et son problème d'alimentation, Draco sourit difficilement, l'émotion lui étreignant le cœur et un nouveau souffle naissant dans ses propres poumons.
Et la vie continue…
FIN
